Le feu contre les ombres

Début Août 2050
Inutile de se voiler la face, Alice savait qu’elle était impatiente. Elle pourrait utiliser autant de jolis mots pour nommer son incapacité à attendre, le résultat serait toujours le même : elle ne supportait pas de ne pas obtenir ce qu’elle désirait a la seconde même où elle le désirait.
Et ce qu’elle désirait aujourd’hui, c’était revoir Aelle.
Six mois s’étaient écoulés depuis leur dernière rencontre qui, pourtant, était la première fois où elles s’étaient vu pour de vrai. Dés lors, Alice avait occupé son esprit pour ne pas songer à Aelle, à ses bras autour d’elle, a l’odeur de sa peau, à la texture de ses cheveux, à ses larmes et a ses cris, à ses sourires et ses démons.
Cela avait marché. Alice avait toujours été très douée pour occulter la vérité. Il lui suffisait d’être suffisamment occupée, comme par exemple ses examens, la saison des bals, les derniers mots à Beauxbâtons…
Une fois dans son lit de satin et de soie, oublier ce qui devait l’être devenait bien plus ardu si Alice n’avait pas bu sa potion de Sommeil. Elle avait décidé de diminuer sa consommation au début de l’année, pour ne plus avoir à se réveiller encore comateuses. Quand bien même la potion lui assurait un sommeil faste et sans rêve, Alice n’aimait point ressentir encore ses effets les heures suivant son réveil.
Alors, plus de potion, mais des endormissements agités et des rêves fiévreux. Elle repensait au visage d’Aelle qu’elle avait laissé dans l’Allée des Embrumes en proie à des ombres qu’elle n’avait fait que repousser. Elle se fustigeait mentalement de ne pas lui avoir demandé de venir avec elle en France pour la tenir éloignée de tout ce qui cherchait à la corrompre. Alice lui aurait organisé des vacances au grand air, avec pour seule compagnie la Magie qu’elle aimait tant et, parfois, la sienne. Naturellement, Aelle aurait refusé avec brusquerie, prenant les attentions d’Alice pour de la pitié, jusqu’à peut-être réaliser que cet exécrable sentiment n’avait pas sa place entre elles.
De retour en Grande-Bretagne, Alice avait laissé passer plusieurs semaines avant de recontacter Aelle puisqu’elle avait décidé de ne point songer à elle tant qu’elle n’avaient pas fait toutes ses corvées, ou vu tout ceux qui devaient être vu. Pour qu’elle puisse donner corps et âme à Aelle, sans que rien ni personne ne puisse perturber leurs retrouvailles.
Alors, non, Alice n’était pas là plus patiente des sorcières, mais elle savait que ce moment devait se mériter et se préparer.
Ce matin était un bon jour pour revoir Aelle. Elle avait laissé passer les derniers tourments de son existence manifestés en exécrable rencontres. Ce matin, Alice méritait de se tenir droite devant Aelle, d’être forte pour elle. Aujourd’hui, savait qu’elle donnerait toute son énergie à celle qui en avait le plus besoin.
Hier soir, alors que Mère Lune n’était pas tout à fait levée, Alice s’était munie de son gallion enchanté et y avait écrit un mot, un seul :
"Petit-déjeuner ?"
Il y aurait eu bien d’autres mots plus adaptés pour cueillir une Aelle, Alice le savait. Mais n’était-ce pas là toute la saveur de ce genre d’invitation ? La surprise. Elle imaginait un sourcil arqué au dessus d’un œil noir, puis peut-être un sourire.
En réponse, Alice reçu un seul mot : "Où ?" Elle sourit, s’empressa d’effacer la réponse d’Aelle pour y inscrire la sienne : "Café du Rosier." Leurs macarons y étaient merveilleux. Ils n’arrivaient pas à la cheville des français mais… pour des anglais, plutôt versé dans les immondices culinaires, ce n’était pas mal du tout.
Alice ne songea pas un instant à l’éventualité où Aelle ne pourrait point aimer les pâtisseries. Peut-être même n’avait-elle aucun attrait particulier pour la nourriture et se contentait de manger par nécessité. Cela correspondait à la dernière image qu’Aelle lui avait laissé d’elle : celle d’une femme qui n’aspire qu’à rester debout un jour de plus sans s’effondrer dans le marasme où ses ambitions ont élu domicile.
Aelle répondit à la décision non négociable d’Alice en lui donnant l’heure de rendez-vous : "8h".
Assise sur son lit, ses cheveux encore gorgées de l’eau de son bain, Alice sentit son cœur s’embraser. Elle allait revoir Aelle. Demain.
Alice savait que les mois passé auront crée de nouvelles cicatrices en Aelle. De nouveaux démons auront fait leur apparition. Ce nom aura poursuivi ses incessants coups de poignard. Alice ne réparerait pas Aelle en un petit-déjeuner… mais elle serait là, désormais. Elle l’avait promis : Alice ne l’abandonnerait pas. Même si il fallait se battre contre elle. Même si il fallait lui arracher démon après démon. Alice userait de son feu pour repousser les ombres.
Après s’être longuement préparée le lendemain, laissant le temps au Soleil de se lever pour de bon, Alice avait rejoint Daniel dans la cuisine de la demeure qu’il partageait avec son irlandaise d’épouse, Bedelia née O’Landeir. Tasse de café à la main, le cousin leva un sourcil en observant une Alice sur le départ. Il ne prononça pas le moindre mot, bien peu intéressé par les sorties de la jeune femme, mais bien obligé de faire montre d’un minimum de politesse. Après tout, Alice était son invitée -imposée, certes- et sa cheffe de famille. Daniel était bien des choses, mais il n’en demeurait pas moins un Sangblanc et portait dans son sang le respect de la hiérarchie. Enfin, il savait faire tout comme. Dans leurs glorieuses veines flottaient également le mensonge.
« Où vas-tu ? » demanda t-il en suivant Alice des yeux. Elle ajusta son boléro d'un coup d'épaule après avoir vu son reflet dans un miroir, soucieuse d’être parfaite pour Aelle, avant de répondre. « Je vais prendre le petit-déjeuner avec une amie. Je reviendrai ce soir. Si tant est que ce ne soit pas le cas, ne m’attends pas pour dîner. »
Ce terme suffirait pour Daniel. Il n’avait nullement besoin de savoir qu’Aelle était bien au delà de cela. Et puis, aux oreilles d’un Sangblanc, le mot ami englobait tout et n’importe quoi. Il ne poserait pas de question. Il ne chercherait pas à donner une importance quelconque à la jeune femme qu’Alice s’apprêtait à retrouver.
Les incommodités liées au transplanage passées, son chapeau ajusté sur sa tête, Alice rejoignit le Café du Rosier. Huit heures résonneraient bientôt. Aelle était-elle du genre ponctuelle ? Comme c’était curieux de ne point avoir connaissance de cela chez une personne aussi chère au cœur d’Alice. Elle connaissait le goût de ses larmes, l’odeur de sa peau, le son de son cœur… mais pas sa prédisposition à la faire attendre ou non. De toutes évidences, quelques étapes avaient été sautées.
Mais qu’importait. Aelle serait bientôt là, accompagnée de ses démons.
Et… peut-être de son joli renard bleu ?
Surprise, ma chère Aelle ! Si tu savais comme je suis contente de nous retrouver en RP ! Est-ce que j'étais en manque ? C'est fort probable.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
Vendredi 5 août 2050 — dans la nuit
180 Buck Street — Londres
20 ans
C'est le bruit des draps froissés qui me réveille. Je me redresse dans le lit que je fais apparaître chaque soir. Ma peau est brûlante, mes entrailles nouées. Mon cœur bat comme un tambour dans ma gorge. Une angoisse sourde me tétanise sur place. Je scrute la cuisine plongée dans une semi-pénombre. La lumière de la lune qui coule par la fenêtre teinte la pièce de nuances grisâtres qui aggravent mon angoisse. Il me faut un long moment pour comprendre l'origine de ma crainte et presque autant de temps pour me rendre compte qu'elle ne cessera de me dévorer que lorsque j'aurais eu la preuve, la preuve concrète, que Kristen ne m'a pas abandonnée.
Je déglutis péniblement en sortant mes jambes nues hors des draps. Je glisse mes pieds dans mes chaussons, gênée par ce que je vais faire mais incapable de m'en empêcher. Je ne ressens aucune honte ; cela fait bien longtemps que je n'en ressens plus. Je ne prends pas la peine de mettre mon pantalon ni même de chercher Zikomo du regard. Mon cœur rebondit à l'intérieur de moi et la panique commence à me faire gémir. Descendre, maintenant, et vérifier de mes propres yeux qu'elle n'est pas partie. Maintenant, maintenant. Maintenant.
En passant l'entrée de la cuisine, lorsque les escaliers qui descendent au premier étage et leur obscurité profonde m'accueillent, je remarque que mes lèvres bougent toute seule. J'entends alors ma propre voix qui murmure :
« Elle est pas partie, elle est pas partie. »
J'essaie de me taire. En vain.
La main sur le mur, je descends les marches une à une. Mes jambes tremblent et un étau enserre ma tête. Le bruit de ma respiration résonne dans mes oreilles. Elle est erratique, précipitée. Arrivée devant la porte de sa chambre, je m'immobilise, le cœur battant. La main sur la poignée, j'hésite. J'ai l'estomac au bord des lèvres. Ne devrais-je pas remonter, dormir, faire semblant et n'affronter la vérité que demain ? De toute façon elle est partie, je ne pourrais rien y faire ce soir, autant attendre demain avant que la vérité s'impose, non ? Les questions tournent dans ma tête et se percutent les unes aux autres. Je dois me retenir au chambranle de la porte pour ne pas m'effondrer par terre. Je ferme les yeux très fort pour que l'étroit palier cesse de tourner autour de moi. Lorsque mon cœur cesse de battre dans mes oreilles, je me redresse et appuie doucement sur la poignée.
La porte de la chambre de Kristen s'ouvre sur une pièce obscure. Je glisse une tête, les yeux écarquillés pour essayer d'y voir quelque chose. Son lit trône au milieu de la pièce. D'un geste du poignet, j'allume ma baguette magique. Une lueur discrète éloigne les ombres. Et je la vois enfin. Là, au milieu du lit. Sa forme ramassée m'est familière. Et j'entends désormais le son doux et apaisé de sa respiration. Elle est profondément endormie. Le soulagement qui se répand dans mon corps est si violent que je me sens glisser contre la porte. Je prends sur moi pour la refermer discrètement, assez effrayée à l'idée qu'elle me surprenne à la regarder dormir pour ne pas me laisser totalement envahir par mes émotions. Mais une fois la porte fermée, je m'affaisse contre elle et je prends conscience des larmes de soulagement qui débordent de mes yeux.
Je remonte les escaliers à la lueur de ma baguette en essuyant mes joues d'un geste bref et habituel. C'est à chaque fois la même chose. Le réveil dans la crainte, la panique violente, la descente dans la nuit, la tétanie devant la porte, son corps recroquevillé dans son lit, le soulagement, les larmes. C'est une mélodie que je connais pas cœur.
Profondément rassurée et vaguement consciente de mon comportement idiot, je retrouve la quiétude de mon lit qui me parait bien plus confortable maintenant que la panique ne serre plus ses doigts glaciaux autour de ma gorge. Je me tourne sur le côté et farfouille dans ma besace abandonnée au sol, comme tout le reste de mes affaires puisque je campe dans une cuisine.
Quand je me redresse, je tiens serré entre mes doigts un Gallion comme il s'en fait tant, mais qui est pourtant unique. Allongée sur le dos, les bras relevés au-dessus de moi, je l'observe à la lueur de la lune. Les messages sont désormais effacés mais je n'ai pas besoin qu'ils soient présents pour les voir. Demain matin. Demain matin, au Café du Rosier. Que ressentirais-je en sentant sur moi ses yeux qui m'ont fusillé, qui m'ont aimé, qui m'ont soulagé de mes peines il y a de cela cinq mois ? Que ressentirais-je en la voyant si maîtresse d'elle-même dans un café chic alors qu'elle m'a montré son vrai visage dans une clairière loin de tout ? Je réalise que je me fiche de la réponse à ces questions. J'ai seulement envie d'y être. Demain, huit heures, Café du Rosier. Y être et oublier l'espace d'un instant la peur panique dans laquelle je vis lorsque ma joie de partager la vie de Kristen s'efface un tant soit peu.
Peu avant huit heures
Vingt minutes après mon réveil me voilà dehors, habillée, préparée, les traits tirés et l'estomac en vrac. On pourrait croire que cela est dû à Kristen, à son regard sur moi lorsque j'ai passé la porte, à sa présence dans l'appartement alors que je venais à peine d'ouvrir les yeux, à notre cohabitation, à ce que j'ai appris il y a deux semaines, à mon avenir qui s'étire soudainement devant moi alors qu'il n'était qu'une masse obscure jusque là. On pourrait croire. Sauf que l'origine de l'angoisse sourde qui me noue les tripes se trouve actuellement à l'endroit même où je dois me rendre.
Je rejoins la ruelle à quelque pas du salon de tatouage qui m'est désormais bien familière pour transplaner. Le bruit de la ville qui commence tout juste à s'éveiller à cette heure-là et en pleine période estivale m'agresse déjà. J'apprécie l'arrivée à Godric's Hollow, bien que cela me force à me courber, l'estomac au bord des lèvres. J'attends d'être en pleine possession de mes moyens avant de me mettre en route pour le Café du Rosier. Huit heures n'a pas sonné.
J'ai de l'avance. Pourtant lorsque j'aperçois la devanture du café, je l'aperçois elle aussi et je ne suis pas surprise qu'elle soit déjà présente, avant même que j'arrive. Je m'immobilise dans la rue sans trop savoir pourquoi, le regard braqué sur elle. Je prends conscience que c'est la première fois que nous nous donnons rendez-vous. Que ce n'est pas seulement le hasard qui nous réunit. Sans trop comprendre pourquoi, je trouve que cela ressemble à un mauvais présage. Une petite voix murmure des choses désagréables au fond de moi. Je n'ai pas envie de l'écouter.
Je me remets en route en songeant que j'aurais dû proposer à Zikomo de m'accompagner, hier soir. Il a été heureux de voir qu'Alice m'avait écrit. Il m'a dit : « Tu souris », comme si c'était nécessaire de me faire remarquer cette grimace que je sentais s'étirer sur mes lèvres. J'ai rétorqué quelque chose de désagréable et la discussion s'est arrêtée là. Si je lui avais demandé clairement de m'accompagner, je n'aurais pas trouvé l'espace à côté de mon oreiller vide, ce matin, signe qu'il était sorti pour la chasse. Et il m'accompagnerait, actuellement. La caresse de son poil sur la peau de ma nuque m'aurait réconfortée. Mais pourquoi en ai-je besoin ? songé-je, la silhouette d'Alice de plus en plus claire au fur et à mesure que j'avance vers le café. Pourquoi est-ce que la voir me fait ressentir cette appréhension ? Pourquoi le fait qu'elle ait respecté sa promesse m'effraie ?
Mes pensées se taisent lorsque j'arrive près d'elle. J'y suis, je ne peux plus reculer. Et à présent, elle ne peut plus ignorer ma présence. Mes yeux trouvent aussitôt les siens. Au fond de la poche de la robe de sorcier que je porte, mes doigts se referment sur le Gallion qui nous rassemble aujourd'hui.
« Alice, » dis-je simplement.
À une époque, je l'aurais appelée par son nom de famille et je n'aurais pas ressenti cette appréhension.
Mes yeux glissent le long de la tenue qu'elle porte. Sa mise parfaite, sa belle robe, son port princier. Tout est exactement à sa place. Elle est tout à fait semblable à ce qu'elle a toujours été. Ne manquerait que la révérence. Sauf que moi, je connais son vrai visage — et je le préfère. Bien malgré moi, un sourire aussi léger que la caresse d'un nuage étire mes lèvres lorsque mes yeux remontent vers son visage. J'ai l'impression que ce que nous avons vécu dans cette clairière n'était qu'un rêve. Ce n'était peut-être que cela. Alors pourquoi, en la voyant ainsi devant moi, me revient le souvenir de son odeur que j'avais pourtant oublié ces derniers mois ?
180 Buck Street — Londres
20 ans
C'est le bruit des draps froissés qui me réveille. Je me redresse dans le lit que je fais apparaître chaque soir. Ma peau est brûlante, mes entrailles nouées. Mon cœur bat comme un tambour dans ma gorge. Une angoisse sourde me tétanise sur place. Je scrute la cuisine plongée dans une semi-pénombre. La lumière de la lune qui coule par la fenêtre teinte la pièce de nuances grisâtres qui aggravent mon angoisse. Il me faut un long moment pour comprendre l'origine de ma crainte et presque autant de temps pour me rendre compte qu'elle ne cessera de me dévorer que lorsque j'aurais eu la preuve, la preuve concrète, que Kristen ne m'a pas abandonnée.
Je déglutis péniblement en sortant mes jambes nues hors des draps. Je glisse mes pieds dans mes chaussons, gênée par ce que je vais faire mais incapable de m'en empêcher. Je ne ressens aucune honte ; cela fait bien longtemps que je n'en ressens plus. Je ne prends pas la peine de mettre mon pantalon ni même de chercher Zikomo du regard. Mon cœur rebondit à l'intérieur de moi et la panique commence à me faire gémir. Descendre, maintenant, et vérifier de mes propres yeux qu'elle n'est pas partie. Maintenant, maintenant. Maintenant.
En passant l'entrée de la cuisine, lorsque les escaliers qui descendent au premier étage et leur obscurité profonde m'accueillent, je remarque que mes lèvres bougent toute seule. J'entends alors ma propre voix qui murmure :
« Elle est pas partie, elle est pas partie. »
J'essaie de me taire. En vain.
La main sur le mur, je descends les marches une à une. Mes jambes tremblent et un étau enserre ma tête. Le bruit de ma respiration résonne dans mes oreilles. Elle est erratique, précipitée. Arrivée devant la porte de sa chambre, je m'immobilise, le cœur battant. La main sur la poignée, j'hésite. J'ai l'estomac au bord des lèvres. Ne devrais-je pas remonter, dormir, faire semblant et n'affronter la vérité que demain ? De toute façon elle est partie, je ne pourrais rien y faire ce soir, autant attendre demain avant que la vérité s'impose, non ? Les questions tournent dans ma tête et se percutent les unes aux autres. Je dois me retenir au chambranle de la porte pour ne pas m'effondrer par terre. Je ferme les yeux très fort pour que l'étroit palier cesse de tourner autour de moi. Lorsque mon cœur cesse de battre dans mes oreilles, je me redresse et appuie doucement sur la poignée.
La porte de la chambre de Kristen s'ouvre sur une pièce obscure. Je glisse une tête, les yeux écarquillés pour essayer d'y voir quelque chose. Son lit trône au milieu de la pièce. D'un geste du poignet, j'allume ma baguette magique. Une lueur discrète éloigne les ombres. Et je la vois enfin. Là, au milieu du lit. Sa forme ramassée m'est familière. Et j'entends désormais le son doux et apaisé de sa respiration. Elle est profondément endormie. Le soulagement qui se répand dans mon corps est si violent que je me sens glisser contre la porte. Je prends sur moi pour la refermer discrètement, assez effrayée à l'idée qu'elle me surprenne à la regarder dormir pour ne pas me laisser totalement envahir par mes émotions. Mais une fois la porte fermée, je m'affaisse contre elle et je prends conscience des larmes de soulagement qui débordent de mes yeux.
Je remonte les escaliers à la lueur de ma baguette en essuyant mes joues d'un geste bref et habituel. C'est à chaque fois la même chose. Le réveil dans la crainte, la panique violente, la descente dans la nuit, la tétanie devant la porte, son corps recroquevillé dans son lit, le soulagement, les larmes. C'est une mélodie que je connais pas cœur.
Profondément rassurée et vaguement consciente de mon comportement idiot, je retrouve la quiétude de mon lit qui me parait bien plus confortable maintenant que la panique ne serre plus ses doigts glaciaux autour de ma gorge. Je me tourne sur le côté et farfouille dans ma besace abandonnée au sol, comme tout le reste de mes affaires puisque je campe dans une cuisine.
Quand je me redresse, je tiens serré entre mes doigts un Gallion comme il s'en fait tant, mais qui est pourtant unique. Allongée sur le dos, les bras relevés au-dessus de moi, je l'observe à la lueur de la lune. Les messages sont désormais effacés mais je n'ai pas besoin qu'ils soient présents pour les voir. Demain matin. Demain matin, au Café du Rosier. Que ressentirais-je en sentant sur moi ses yeux qui m'ont fusillé, qui m'ont aimé, qui m'ont soulagé de mes peines il y a de cela cinq mois ? Que ressentirais-je en la voyant si maîtresse d'elle-même dans un café chic alors qu'elle m'a montré son vrai visage dans une clairière loin de tout ? Je réalise que je me fiche de la réponse à ces questions. J'ai seulement envie d'y être. Demain, huit heures, Café du Rosier. Y être et oublier l'espace d'un instant la peur panique dans laquelle je vis lorsque ma joie de partager la vie de Kristen s'efface un tant soit peu.
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Peu avant huit heures
Vingt minutes après mon réveil me voilà dehors, habillée, préparée, les traits tirés et l'estomac en vrac. On pourrait croire que cela est dû à Kristen, à son regard sur moi lorsque j'ai passé la porte, à sa présence dans l'appartement alors que je venais à peine d'ouvrir les yeux, à notre cohabitation, à ce que j'ai appris il y a deux semaines, à mon avenir qui s'étire soudainement devant moi alors qu'il n'était qu'une masse obscure jusque là. On pourrait croire. Sauf que l'origine de l'angoisse sourde qui me noue les tripes se trouve actuellement à l'endroit même où je dois me rendre.
Je rejoins la ruelle à quelque pas du salon de tatouage qui m'est désormais bien familière pour transplaner. Le bruit de la ville qui commence tout juste à s'éveiller à cette heure-là et en pleine période estivale m'agresse déjà. J'apprécie l'arrivée à Godric's Hollow, bien que cela me force à me courber, l'estomac au bord des lèvres. J'attends d'être en pleine possession de mes moyens avant de me mettre en route pour le Café du Rosier. Huit heures n'a pas sonné.
J'ai de l'avance. Pourtant lorsque j'aperçois la devanture du café, je l'aperçois elle aussi et je ne suis pas surprise qu'elle soit déjà présente, avant même que j'arrive. Je m'immobilise dans la rue sans trop savoir pourquoi, le regard braqué sur elle. Je prends conscience que c'est la première fois que nous nous donnons rendez-vous. Que ce n'est pas seulement le hasard qui nous réunit. Sans trop comprendre pourquoi, je trouve que cela ressemble à un mauvais présage. Une petite voix murmure des choses désagréables au fond de moi. Je n'ai pas envie de l'écouter.
Je me remets en route en songeant que j'aurais dû proposer à Zikomo de m'accompagner, hier soir. Il a été heureux de voir qu'Alice m'avait écrit. Il m'a dit : « Tu souris », comme si c'était nécessaire de me faire remarquer cette grimace que je sentais s'étirer sur mes lèvres. J'ai rétorqué quelque chose de désagréable et la discussion s'est arrêtée là. Si je lui avais demandé clairement de m'accompagner, je n'aurais pas trouvé l'espace à côté de mon oreiller vide, ce matin, signe qu'il était sorti pour la chasse. Et il m'accompagnerait, actuellement. La caresse de son poil sur la peau de ma nuque m'aurait réconfortée. Mais pourquoi en ai-je besoin ? songé-je, la silhouette d'Alice de plus en plus claire au fur et à mesure que j'avance vers le café. Pourquoi est-ce que la voir me fait ressentir cette appréhension ? Pourquoi le fait qu'elle ait respecté sa promesse m'effraie ?
Mes pensées se taisent lorsque j'arrive près d'elle. J'y suis, je ne peux plus reculer. Et à présent, elle ne peut plus ignorer ma présence. Mes yeux trouvent aussitôt les siens. Au fond de la poche de la robe de sorcier que je porte, mes doigts se referment sur le Gallion qui nous rassemble aujourd'hui.
« Alice, » dis-je simplement.
À une époque, je l'aurais appelée par son nom de famille et je n'aurais pas ressenti cette appréhension.
Mes yeux glissent le long de la tenue qu'elle porte. Sa mise parfaite, sa belle robe, son port princier. Tout est exactement à sa place. Elle est tout à fait semblable à ce qu'elle a toujours été. Ne manquerait que la révérence. Sauf que moi, je connais son vrai visage — et je le préfère. Bien malgré moi, un sourire aussi léger que la caresse d'un nuage étire mes lèvres lorsque mes yeux remontent vers son visage. J'ai l'impression que ce que nous avons vécu dans cette clairière n'était qu'un rêve. Ce n'était peut-être que cela. Alors pourquoi, en la voyant ainsi devant moi, me revient le souvenir de son odeur que j'avais pourtant oublié ces derniers mois ?
Le feu contre les ombres
Aelle aimait-elle les macarons ? Préférerait-elle peut-être quelque chose de bien moins connoté qu’un macaron ? Un pain au chocolat, peut-être ?
Circée… Aelle ne venait pas pour le petit-déjeuner, mais pour la retrouver elle. Elle, et elle seule. Alice sentit son ventre se tordre à l’idée de revoir Aelle… et dans quel état. Elle inspira en relevant un peu son menton. Il fallait sourire. Accueillir Aelle avec sa promesse peinte sur le visage : je ne t’abandonnerai pas.
Et enfin, sa voix lui parvient. Un sourire bondit au visage d’Alice alors qu’elle se tourne vers celle dont l’existence dans sa vie lui apporte autant de satisfaction que d’inconfort.
La française ne parvient pas à retenir ses lèvres qui se lèvent sans fin et cela même si l’image d’Aelle lui déplait. Elle ne va pas mieux mais… elle est là. Face à elle. Plus seulement pour quelques heures à la volée, mais pour des années.
« Aelle », répondit-elle. Alice s’avança à sa rencontre, ses mains contre son ventre. Elle aurait aimé la prendre dans ses bras, retrouver les battements de son coeur contre le sien. Mais pas ici. Certainement pas ici. Une rue en plein Godric’s Hollow, Terre-Mère des trahisons et des mensonges, ne méritait point d’assister à cela.
Alice laissa son regard courir le long du corps d’Alle, tant pour apprécier la sobriété de sa tenue que pour prendre conscience de son état. Pas ici, Alice. Ailleurs. Pas ici.
La jeune femme posa une main sur sa hanche, l’autre désignant la devanture du Café du Rosier dans une élégante oscillation de ses longs doigts blancs. « Voilà ce que je te propose, ma chère Aelle. Nous commandons une trentaine de macarons, et nous partons prendre notre petit déjeuner loin de ces tristes lieux. Qu’en dis-tu ? » Elle ajouta en se penchant un peu en avant, ses lèvres ourlées d’un sourire espiègle. « J’ai une surprise pour toi… mais je ne puis te la montrer si tu as le ventre vide. »
Ventre vide ou bien rempli, Alice ne priverait pas Aelle de ce partage. L’idée avait germé dans son esprit peu avant son sommeil. Elle serait au goût d’Aelle, Alice en était persuader.
Mais Alice devait s’assurer qu’Aelle mange, ce matin. Non pas pour la materner, mais pour être sûre qu’Aelle prenne soin de son corps. Un vilain pressentiment lui murmurait que ce n’était point le cas.
Circée… Aelle ne venait pas pour le petit-déjeuner, mais pour la retrouver elle. Elle, et elle seule. Alice sentit son ventre se tordre à l’idée de revoir Aelle… et dans quel état. Elle inspira en relevant un peu son menton. Il fallait sourire. Accueillir Aelle avec sa promesse peinte sur le visage : je ne t’abandonnerai pas.
Et enfin, sa voix lui parvient. Un sourire bondit au visage d’Alice alors qu’elle se tourne vers celle dont l’existence dans sa vie lui apporte autant de satisfaction que d’inconfort.
La française ne parvient pas à retenir ses lèvres qui se lèvent sans fin et cela même si l’image d’Aelle lui déplait. Elle ne va pas mieux mais… elle est là. Face à elle. Plus seulement pour quelques heures à la volée, mais pour des années.
« Aelle », répondit-elle. Alice s’avança à sa rencontre, ses mains contre son ventre. Elle aurait aimé la prendre dans ses bras, retrouver les battements de son coeur contre le sien. Mais pas ici. Certainement pas ici. Une rue en plein Godric’s Hollow, Terre-Mère des trahisons et des mensonges, ne méritait point d’assister à cela.
Alice laissa son regard courir le long du corps d’Alle, tant pour apprécier la sobriété de sa tenue que pour prendre conscience de son état. Pas ici, Alice. Ailleurs. Pas ici.
La jeune femme posa une main sur sa hanche, l’autre désignant la devanture du Café du Rosier dans une élégante oscillation de ses longs doigts blancs. « Voilà ce que je te propose, ma chère Aelle. Nous commandons une trentaine de macarons, et nous partons prendre notre petit déjeuner loin de ces tristes lieux. Qu’en dis-tu ? » Elle ajouta en se penchant un peu en avant, ses lèvres ourlées d’un sourire espiègle. « J’ai une surprise pour toi… mais je ne puis te la montrer si tu as le ventre vide. »
Ventre vide ou bien rempli, Alice ne priverait pas Aelle de ce partage. L’idée avait germé dans son esprit peu avant son sommeil. Elle serait au goût d’Aelle, Alice en était persuader.
Mais Alice devait s’assurer qu’Aelle mange, ce matin. Non pas pour la materner, mais pour être sûre qu’Aelle prenne soin de son corps. Un vilain pressentiment lui murmurait que ce n’était point le cas.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
Elle se tourne vers moi ; son sourire est comme un rayon de soleil trop puissant. Je plisse les yeux, par pour protéger ma vision mais parce que mon cœur répond en écho à ce sourire, et que ses échos se répercutent partout dans mon corps. Je me rends compte que mes mains sont moites seulement au moment où, dans le secret de ma poche, je tourne le Gallion dans un sens puis dans l'autre pour m'occuper les doigts. Mes yeux, avides, se baladent sur son visage comme s'ils le découvraient pour la première fois. Les cils presque transparents, son regard gris aujourd'hui si lumineux, sa joue vierge bien camouflée sous son sortilège, son nez bien dessiné, ses lèvres rosées, ses cheveux noués. Le souvenir de son odeur s'éveille encore une fois à la vision de ses cheveux, qui étaient dénoués la dernière fois. Elle est là, en face de moi, mais je l'imagine là, contre moi avec ses doigts posés sur le haut de ma nuque.
Je déglutis péniblement en essayant de renvoyer le souvenir d'où il vient, à savoir dans les limbes de mon esprit. Parfois ces derniers mois, j'y repensais. À ses doigts dans ma nuque. Je m'en souvenais comme d'une chose que l'on a du mal à se persuader avoir réellement vécu. Mais je l'ai bel et bien vécu ; entre nous, entre elle et moi, sont écrasées des dizaines de vérités que nos regards ne peuvent taire. Je me demande si elle les voit elle aussi quand elle me regarde dans les yeux comme elle le fait. Si elle se souvient de ses cris, de ses exigences, de sa colère et de la mienne, de ses poings serrés, puis de nos larmes. Se souvient-elle ? Certainement pas comme je le fais moi.
Puisque je ne dis rien de plus, Alice prend les commandes — mais quelque chose me dit qu'elle aurait pris la parole quoi qu'il arrive et qu'elle avait déjà tout prévu dans sa tête. Ce qu'elle me propose me le confirme. Une trentaine de macarons. Partir loin de ce triste lieu. Une surprise. Pour moi. « Ma chère Aelle ». J'ouvre la bouche sans savoir que dire, mes yeux passant de la devanture du Café du Rosier au visage pâle et lumineux d'Alice. J'étais tellement persuadée de devoir rester ici que sa proposition me surprend. Sans réellement comprendre pourquoi, une vague de soulagement me submerge à l'idée qu'elle et moi nous en allions loin d'ici, loin d'un lieu qui sentira le thé, qui sera rempli de monde et d'oreilles indiscrètes, loin d'un endroit où je n'aurais pas Alice devant moi, mais l'héritière de sa lignée. Souhaite-t-elle la même chose que moi ? Est-ce pour cela qu'elle veut que nous allions prendre notre petit déjeuner ailleurs ?
Et puis, une surprise ? Réellement, pour moi ? Je fouille son visage comme si je pouvais trouver une réponse sur ses traits si bien dessinés. J'ai conscience que le silence s'étire et je m'en fiche. Une surprise. Cela signifie qu'elle y a pensé avant d'arriver, qu'elle y a réfléchi. Mon cœur bat de côté, rate un battement, trébuche. L'appréhension que je ressentais en arrivant s'affirme tout au fond de moi, une angoisse sourde qui gronde comme un animal tapi. Étrange. Étrange que je la ressente avec elle, cette familière sensation. Je ne devrais pas me réjouir autant qu'elle ait songé à une surprise pour moi, n'est-ce pas ? Ce genre de réjouissance n'est pas bonne.
« Une trentaine de macarons ? dis-je enfin d'une voix bien trop faible, mes lèvres s'étirant à peine en réponse à ses sourires. Tu as donc aussi faim ? »
Quelque chose me dit que je devrais l'arrêter maintenant. Lui dire tout simplement : « je ne vais pas y arriver », puis me détourner et disparaître dans un craquement de transplanage. Je lui rendrais son Gallion par hibou et je laisserais tout cela derrière moi. Ses doigts sur ma nuque, son odeur dans mon nez, sa promesse, ses sourires, les surprises qu'elle concocte pour moi. Cela faudrait mieux. Je vais le faire. Maintenant.
Je sens mes yeux s'étirer sous l'effet d'un sourire que mes lèvres ne montrent pas. Mon menton se dresse comme une protection invisible tandis que je repousse en bloc toutes mes pensées, toutes mes craintes et toutes les foutus sensations de ce cœur que je ne comprends pas.
« Je te suis, » affirmé-je alors que mon esprit, ce raisonnable, pense : je devrais m'enfuir.
Je lance un regard par la vitrine du café derrière laquelle se devine un certain nombre de clients venus pour la même chose que nous.
« Cet endroit n'est pas fait pour nous. »
Je ramène mes yeux sur Alice. Mon cœur s'est serré lorsque j'ai prononcé le mot nous. Et il a sursauté comme les cœurs peuvent parfois sursauter lorsqu'une chose nous fait plaisir. Mais une chose est sûre : j'ai dit l'exacte vérité. Dans la clairière, la dernière fois, j'ai compris que je ne voulais plus d'artifice avec cette fille-là.
Je déglutis péniblement en essayant de renvoyer le souvenir d'où il vient, à savoir dans les limbes de mon esprit. Parfois ces derniers mois, j'y repensais. À ses doigts dans ma nuque. Je m'en souvenais comme d'une chose que l'on a du mal à se persuader avoir réellement vécu. Mais je l'ai bel et bien vécu ; entre nous, entre elle et moi, sont écrasées des dizaines de vérités que nos regards ne peuvent taire. Je me demande si elle les voit elle aussi quand elle me regarde dans les yeux comme elle le fait. Si elle se souvient de ses cris, de ses exigences, de sa colère et de la mienne, de ses poings serrés, puis de nos larmes. Se souvient-elle ? Certainement pas comme je le fais moi.
Puisque je ne dis rien de plus, Alice prend les commandes — mais quelque chose me dit qu'elle aurait pris la parole quoi qu'il arrive et qu'elle avait déjà tout prévu dans sa tête. Ce qu'elle me propose me le confirme. Une trentaine de macarons. Partir loin de ce triste lieu. Une surprise. Pour moi. « Ma chère Aelle ». J'ouvre la bouche sans savoir que dire, mes yeux passant de la devanture du Café du Rosier au visage pâle et lumineux d'Alice. J'étais tellement persuadée de devoir rester ici que sa proposition me surprend. Sans réellement comprendre pourquoi, une vague de soulagement me submerge à l'idée qu'elle et moi nous en allions loin d'ici, loin d'un lieu qui sentira le thé, qui sera rempli de monde et d'oreilles indiscrètes, loin d'un endroit où je n'aurais pas Alice devant moi, mais l'héritière de sa lignée. Souhaite-t-elle la même chose que moi ? Est-ce pour cela qu'elle veut que nous allions prendre notre petit déjeuner ailleurs ?
Et puis, une surprise ? Réellement, pour moi ? Je fouille son visage comme si je pouvais trouver une réponse sur ses traits si bien dessinés. J'ai conscience que le silence s'étire et je m'en fiche. Une surprise. Cela signifie qu'elle y a pensé avant d'arriver, qu'elle y a réfléchi. Mon cœur bat de côté, rate un battement, trébuche. L'appréhension que je ressentais en arrivant s'affirme tout au fond de moi, une angoisse sourde qui gronde comme un animal tapi. Étrange. Étrange que je la ressente avec elle, cette familière sensation. Je ne devrais pas me réjouir autant qu'elle ait songé à une surprise pour moi, n'est-ce pas ? Ce genre de réjouissance n'est pas bonne.
« Une trentaine de macarons ? dis-je enfin d'une voix bien trop faible, mes lèvres s'étirant à peine en réponse à ses sourires. Tu as donc aussi faim ? »
Quelque chose me dit que je devrais l'arrêter maintenant. Lui dire tout simplement : « je ne vais pas y arriver », puis me détourner et disparaître dans un craquement de transplanage. Je lui rendrais son Gallion par hibou et je laisserais tout cela derrière moi. Ses doigts sur ma nuque, son odeur dans mon nez, sa promesse, ses sourires, les surprises qu'elle concocte pour moi. Cela faudrait mieux. Je vais le faire. Maintenant.
Je sens mes yeux s'étirer sous l'effet d'un sourire que mes lèvres ne montrent pas. Mon menton se dresse comme une protection invisible tandis que je repousse en bloc toutes mes pensées, toutes mes craintes et toutes les foutus sensations de ce cœur que je ne comprends pas.
« Je te suis, » affirmé-je alors que mon esprit, ce raisonnable, pense : je devrais m'enfuir.
Je lance un regard par la vitrine du café derrière laquelle se devine un certain nombre de clients venus pour la même chose que nous.
« Cet endroit n'est pas fait pour nous. »
Je ramène mes yeux sur Alice. Mon cœur s'est serré lorsque j'ai prononcé le mot nous. Et il a sursauté comme les cœurs peuvent parfois sursauter lorsqu'une chose nous fait plaisir. Mais une chose est sûre : j'ai dit l'exacte vérité. Dans la clairière, la dernière fois, j'ai compris que je ne voulais plus d'artifice avec cette fille-là.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 30 sept. 2025, 11:09, modifié 1 fois.
Le feu contre les ombres
Aelle ne répond pas de suite, et pendant quelques secondes, Alice s’attend à la voir transplaner pour ne jamais revenir. Fuir était toujours plus simple. Entre elles existaient une vérité à laquelle songer était difficile. Pour deux menteuses, savoir qu’elles pouvaient être elles-mêmes avait quelque chose d’intimidant et de dérageant.
A cela, Alice préférait n’y porter aucune attention pour le moment. Ignorer la réalité était aisée pour elle puisqu’elle avait été élevée ainsi : cachons dans l’armoire ce qu’il n’est pas bon à voir pour le moment. Puis, lorsque la situation s’y prête, occupons nous en. Aelle n’avait pas reçu la même éducation d’Alice, aussi était-ce sans doute difficile d’omettre certaines choses.
Alice souffrirait de voir Aelle s’échapper. Elle lui en voudrait, ô cela oui. Elle haïrait sa lâcheté. Elle irait la débusquer où qu’elle soit. Elle se confronterait à sa colère, elles pleureraient ensemble…mais Aelle aurait finit par être honnête. Alors, la journée n’aurait point été gâchée.
Sa surprise, en revanche…
La voix d’Aelle retentit à nouveau, faiblarde, à peine un sourire aux lèvres. Le regard d’Alice tomba sur ses dernières. Sous le tapis, Alice. Range cela sous le tapis.
« Pour être tout à fait honnête avec toi, je pensais plutôt en prendre le double », répondit-elle dans un sourire plus grand, ses yeux glissant jusqu’aux siens. Alice aurait volontiers ajouter une plaisanterie au sujet de l’ancienne maison d’Aelle et ses préjugés, mais elle se retint. Pas pour épargnée la jeune femme, mais parce qu’elle savait que ce serait de trop. Aelle n’avait pas le coeur à rire.
Alice amorça un geste vers le Café des Rosiers en entendant Aelle lui dire qu’elle la suivrait. Elle s’arrêta néanmoins en écoutant la suite. Son regard passa alors d’Aelle à la devanture. Elle avait raison. Cet endroit n’était pas fait pour elles, pas plus que tout Godric’s Hollow. Des trahisons pour pavés, des mensonges pour briques, du mépris pour ciment. Le Café des Rosiers pourraient leur offrir des chaudrons de macarons, il n’en demeurait pas moins un lieu qui ne les méritaient pas.
« Voilà pourquoi nous ne resterons pas ici plus que nécessaire. Mais que veux-tu ? J’aime leurs macarons. » Sur ces mots, Alice pénétra dans la boutique. Elle laissa la porte ouverte un peu plus longtemps pour Aelle, si tant est qu’elle soit sur ses talons, puis rejoignit le comptoir.
« Bonjour. J’aimerais un assortiment de… » Non, Alice. Trente, c’était déjà bien assez. « … trente macarons. Ne mettez pas de pistache, je vous prie. Ce sera à emporter. »
Elle jeta un regard de côté, espérant qu’Aelle l’ai suivi… et qu’elle se manifeste si quelque chose était plus à son goût que des macarons. Quelle drôle de chose ce serait.
Mais qu’importe. L’important était qu’Aelle mange. Elle était bien trop maigre au goût d’Alice.
A cela, Alice préférait n’y porter aucune attention pour le moment. Ignorer la réalité était aisée pour elle puisqu’elle avait été élevée ainsi : cachons dans l’armoire ce qu’il n’est pas bon à voir pour le moment. Puis, lorsque la situation s’y prête, occupons nous en. Aelle n’avait pas reçu la même éducation d’Alice, aussi était-ce sans doute difficile d’omettre certaines choses.
Alice souffrirait de voir Aelle s’échapper. Elle lui en voudrait, ô cela oui. Elle haïrait sa lâcheté. Elle irait la débusquer où qu’elle soit. Elle se confronterait à sa colère, elles pleureraient ensemble…mais Aelle aurait finit par être honnête. Alors, la journée n’aurait point été gâchée.
Sa surprise, en revanche…
La voix d’Aelle retentit à nouveau, faiblarde, à peine un sourire aux lèvres. Le regard d’Alice tomba sur ses dernières. Sous le tapis, Alice. Range cela sous le tapis.
« Pour être tout à fait honnête avec toi, je pensais plutôt en prendre le double », répondit-elle dans un sourire plus grand, ses yeux glissant jusqu’aux siens. Alice aurait volontiers ajouter une plaisanterie au sujet de l’ancienne maison d’Aelle et ses préjugés, mais elle se retint. Pas pour épargnée la jeune femme, mais parce qu’elle savait que ce serait de trop. Aelle n’avait pas le coeur à rire.
Alice amorça un geste vers le Café des Rosiers en entendant Aelle lui dire qu’elle la suivrait. Elle s’arrêta néanmoins en écoutant la suite. Son regard passa alors d’Aelle à la devanture. Elle avait raison. Cet endroit n’était pas fait pour elles, pas plus que tout Godric’s Hollow. Des trahisons pour pavés, des mensonges pour briques, du mépris pour ciment. Le Café des Rosiers pourraient leur offrir des chaudrons de macarons, il n’en demeurait pas moins un lieu qui ne les méritaient pas.
« Voilà pourquoi nous ne resterons pas ici plus que nécessaire. Mais que veux-tu ? J’aime leurs macarons. » Sur ces mots, Alice pénétra dans la boutique. Elle laissa la porte ouverte un peu plus longtemps pour Aelle, si tant est qu’elle soit sur ses talons, puis rejoignit le comptoir.
« Bonjour. J’aimerais un assortiment de… » Non, Alice. Trente, c’était déjà bien assez. « … trente macarons. Ne mettez pas de pistache, je vous prie. Ce sera à emporter. »
Elle jeta un regard de côté, espérant qu’Aelle l’ai suivi… et qu’elle se manifeste si quelque chose était plus à son goût que des macarons. Quelle drôle de chose ce serait.
Mais qu’importe. L’important était qu’Aelle mange. Elle était bien trop maigre au goût d’Alice.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
Le double ? Je plonge mon regard dans le sien et m'étonne de son sourire. J'essaie de faire quelque chose de ma surprise. Trente, c'est déjà énorme, alors soixante ? Je mets un moment avant de comprendre qu'il s'agissait certainement d'une blague. Lorsque l'information arrive dans mon cerveau sans que j'aie eu la moindre réaction, Alice est déjà passée à autre chose, comme si elle n'avait jamais vraiment attendu que je réagisse.
Le geste qu'elle fait en direction du café tire à mon cœur un sursaut que je n'attendais pas ; comme si quelque chose ou quelqu'un saisissait les coins de ma peau et les tirait vers l'arrière. C'est brutal, fugace et douloureux. J'amorce aussitôt un geste dans la même direction, une peur idiote vissée au cœur : et si elle décide de s'en aller ? Je ne la laisserai pas faire, je l'attraperai avant qu'elle transplane et la forcerais à m'emmener avec elle, peu importe où elle va. Mais finalement, Alice ne va nulle part. Et moi je ravale mon geste, les yeux accrochés aux siens et un long hurlement silencieux coincé dans le crâne.
J'acquiesce à ses paroles, même si je n'en ai entendu que la moitié. Je la laisse avancer vers le café, ouvrir la porte, la tenir pour que je passe après elle. Je la laisse commander décider du choix des aromes. Pendant qu'elle fait toutes ces choses, je me demande : pourquoi ? Pourquoi cette tension ? pourquoi cette fébrilité ? pourquoi ne suis-je tout simplement pas capable de sourire de ses sourires, de m'amuser de ses jeux d'esprit, qu'importe qu'ils soient immatures, d'apprécier de voir dans son regard cette intelligence que j'ai toujours aimé chez elle ? Pourquoi ne puis-je pas m'accouder au comptoir, tourner les yeux vers l'employé après avoir lancé un regard amusé à Alice et dire sur le même ton qu'elle : « Remplacez-les par de la citrouille », comme ça nous aurions chacune nos exigences ?
En même temps que je me demande pourquoi je ne suis pas capable d'être tout simplement moi-même sans me laisser diriger par ces choses bonnes à jeter, ces choses détestables, méprisables, condamnables, les émotions, je me rends compte que je n'ai que cela à faire : mettre en mot mes idées et faire semblant qu'elles ne s'accompagnent d'une pointe douloureuse qui s'enfonce dans mon cœur.
« Remplacez ceux à la pistache par des macarons à la citrouille. »
Voilà, ma voix est sortie. Mon cœur frappe dans ma gorge. Mon épaule frôle celle d'Alice. Je me décale très légèrement pour que le contact cesse. Alors je me sens un tout petit peu plus capable de vivre, de respirer, de parler sans me mettre à hurler pour faire taire la peur qui creuse un sillon à l'intérieur de mon corps. Mes épaules commencent à se relâcher, mon visage perd un peu de sa dureté. Je passe la langue sur mes lèvres sèches pour sentir que j'existe et je sens que je retrouve peu à peu le contrôle sur mon cœur et sur ce qui l'accompagne toujours malgré moi, ces foutues émotions.
Je m'efforce de ne pas regarder vers le côté, car j'ai peur que la vision d'Alice mette fin à mes efforts. À la place, je glisse la main dans le revers de ma cape pour en sortir ma bourse. Jamais il ne m'est venu à l'esprit qu'Alice paierait quoi que ce soit que je mangerai. Jamais il ne m'est venu à l'esprit que je paierai quoi que ce soit qu'elle mangera. Le regard rivé à l'étiquette de prix des macarons, je m'apprête à donner à l'employé la moitié exacte du prix qu'il annoncera et cela me semble tellement naturel que ne me vient pas à l'esprit de demander son avis à celle qui m'accompagne. Il y a des choses qui n'ont pas la moindre importance dans cette espèce de chose que l'on a, ce genre de... relation. Et l'argent en fait partie. L'argent. Excepté ces Gallions-là qui n'ont pas la moindre valeur monétaire.
Le geste qu'elle fait en direction du café tire à mon cœur un sursaut que je n'attendais pas ; comme si quelque chose ou quelqu'un saisissait les coins de ma peau et les tirait vers l'arrière. C'est brutal, fugace et douloureux. J'amorce aussitôt un geste dans la même direction, une peur idiote vissée au cœur : et si elle décide de s'en aller ? Je ne la laisserai pas faire, je l'attraperai avant qu'elle transplane et la forcerais à m'emmener avec elle, peu importe où elle va. Mais finalement, Alice ne va nulle part. Et moi je ravale mon geste, les yeux accrochés aux siens et un long hurlement silencieux coincé dans le crâne.
J'acquiesce à ses paroles, même si je n'en ai entendu que la moitié. Je la laisse avancer vers le café, ouvrir la porte, la tenir pour que je passe après elle. Je la laisse commander décider du choix des aromes. Pendant qu'elle fait toutes ces choses, je me demande : pourquoi ? Pourquoi cette tension ? pourquoi cette fébrilité ? pourquoi ne suis-je tout simplement pas capable de sourire de ses sourires, de m'amuser de ses jeux d'esprit, qu'importe qu'ils soient immatures, d'apprécier de voir dans son regard cette intelligence que j'ai toujours aimé chez elle ? Pourquoi ne puis-je pas m'accouder au comptoir, tourner les yeux vers l'employé après avoir lancé un regard amusé à Alice et dire sur le même ton qu'elle : « Remplacez-les par de la citrouille », comme ça nous aurions chacune nos exigences ?
En même temps que je me demande pourquoi je ne suis pas capable d'être tout simplement moi-même sans me laisser diriger par ces choses bonnes à jeter, ces choses détestables, méprisables, condamnables, les émotions, je me rends compte que je n'ai que cela à faire : mettre en mot mes idées et faire semblant qu'elles ne s'accompagnent d'une pointe douloureuse qui s'enfonce dans mon cœur.
« Remplacez ceux à la pistache par des macarons à la citrouille. »
Voilà, ma voix est sortie. Mon cœur frappe dans ma gorge. Mon épaule frôle celle d'Alice. Je me décale très légèrement pour que le contact cesse. Alors je me sens un tout petit peu plus capable de vivre, de respirer, de parler sans me mettre à hurler pour faire taire la peur qui creuse un sillon à l'intérieur de mon corps. Mes épaules commencent à se relâcher, mon visage perd un peu de sa dureté. Je passe la langue sur mes lèvres sèches pour sentir que j'existe et je sens que je retrouve peu à peu le contrôle sur mon cœur et sur ce qui l'accompagne toujours malgré moi, ces foutues émotions.
Je m'efforce de ne pas regarder vers le côté, car j'ai peur que la vision d'Alice mette fin à mes efforts. À la place, je glisse la main dans le revers de ma cape pour en sortir ma bourse. Jamais il ne m'est venu à l'esprit qu'Alice paierait quoi que ce soit que je mangerai. Jamais il ne m'est venu à l'esprit que je paierai quoi que ce soit qu'elle mangera. Le regard rivé à l'étiquette de prix des macarons, je m'apprête à donner à l'employé la moitié exacte du prix qu'il annoncera et cela me semble tellement naturel que ne me vient pas à l'esprit de demander son avis à celle qui m'accompagne. Il y a des choses qui n'ont pas la moindre importance dans cette espèce de chose que l'on a, ce genre de... relation. Et l'argent en fait partie. L'argent. Excepté ces Gallions-là qui n'ont pas la moindre valeur monétaire.
Le feu contre les ombres
Aelle l’avait suivit, et ce geste pourtant simple, naturel, arracha un beau sourire à Alice. Pour n’importe qui, elle n’aurait prêté nulle attention à la présence évidente à sa compagne de petit déjeuner, puisqu’il était tout à fait logique qu’elle l’accompagne pour commander. Pour n’importe qui, Alice aurait été courroucée d’être seule à pénétrer dans ce café. Mais Aelle n’était pas n’importe qui. Si elle avait décidé de rester devant la porte, elle ne lui en aurait point voulu et aurait compris. Elle aurait tout de même jeter des oeillades par dessus son épaule pour s’assurer qu’elle ne s’échappe point. Alice en aurait souffert, mais cela aussi elle l’aurait compris. Aelle était un coeur sauvage frappé par d’incessantes tempêtes : ses émotions.
Alors lorsqu’elle la sentit à côté d’elle avant de la voir, lorsque son épaule frôla la sienne, lorsque sa voix franchit les lèvres acariâtres d’Aelle pour participer, Alice ne pu retenir un tendre sourire. Le temps s’arrêta pour quelques secondes durant lesquelles elle laissa une chaleur réconfortante chasser les angoisses de voir sa chère Aelle faire un effort. Pour elle. Alice le savait, cela lui avait coûté. Elle aurait aimé se saisir de sa main et nouer leurs doigts pour la rassurer, la remercier, la consoler. Quelque soit le sentiment à adopter, Alice l’aurait fait sans sourcilier.
Aelle ne la regardait pas, offrant son profil en contemplation. Alice souriait encore, son regard serpentant de sa tempe à sa mâchoire… jusqu’à glisser vers ses doigts occupés à sortir sa bourse. Alice amorça un geste pour l’en empêcher, mais sa main se suspendit dans les airs. Les convenances étaient claires : celle qui invite paie. Voir Aelle prête à endosser la responsabilité financière était désagréable. Mais… il s’agissait d’Aelle, qui refuserait sans nul doute de se voir entretenir. La mâchoire d’Alice oscilla de droite à gauche. La commande était excessive, onéreuse. Il était parfaitement hors de question qu’Aelle paie pour les caprices gourmands d’Alice.
Les longs doigts blancs se serrèrent pour former un poing en retombant le long de sa hanche. Elle jeta un regard vers le dos de l’employé, avant de revenir à Aelle sur laquelle elle se pencha un peu pour capter son attention.
« Je t’invite, Aelle. S’il te plaît. » Elle se précipita pour ajouter : « La prochaine fois, ce sera toi. D’accord ? » Elle articula avec soin ce dernier mot, son regard braqué dans le sien. Elle déglutit, baissa les yeux un court instant sur la main d’Aelle qu’elle aurait pu attraper pour marquer son refus catégorique de la voir payer pour elles. Finalement, son regard retrouva le chemin de son visage, non sans un sourire gêné. «… s’il te plaît. »
Alors lorsqu’elle la sentit à côté d’elle avant de la voir, lorsque son épaule frôla la sienne, lorsque sa voix franchit les lèvres acariâtres d’Aelle pour participer, Alice ne pu retenir un tendre sourire. Le temps s’arrêta pour quelques secondes durant lesquelles elle laissa une chaleur réconfortante chasser les angoisses de voir sa chère Aelle faire un effort. Pour elle. Alice le savait, cela lui avait coûté. Elle aurait aimé se saisir de sa main et nouer leurs doigts pour la rassurer, la remercier, la consoler. Quelque soit le sentiment à adopter, Alice l’aurait fait sans sourcilier.
Aelle ne la regardait pas, offrant son profil en contemplation. Alice souriait encore, son regard serpentant de sa tempe à sa mâchoire… jusqu’à glisser vers ses doigts occupés à sortir sa bourse. Alice amorça un geste pour l’en empêcher, mais sa main se suspendit dans les airs. Les convenances étaient claires : celle qui invite paie. Voir Aelle prête à endosser la responsabilité financière était désagréable. Mais… il s’agissait d’Aelle, qui refuserait sans nul doute de se voir entretenir. La mâchoire d’Alice oscilla de droite à gauche. La commande était excessive, onéreuse. Il était parfaitement hors de question qu’Aelle paie pour les caprices gourmands d’Alice.
Les longs doigts blancs se serrèrent pour former un poing en retombant le long de sa hanche. Elle jeta un regard vers le dos de l’employé, avant de revenir à Aelle sur laquelle elle se pencha un peu pour capter son attention.
« Je t’invite, Aelle. S’il te plaît. » Elle se précipita pour ajouter : « La prochaine fois, ce sera toi. D’accord ? » Elle articula avec soin ce dernier mot, son regard braqué dans le sien. Elle déglutit, baissa les yeux un court instant sur la main d’Aelle qu’elle aurait pu attraper pour marquer son refus catégorique de la voir payer pour elles. Finalement, son regard retrouva le chemin de son visage, non sans un sourire gêné. «… s’il te plaît. »
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Le feu contre les ombres
Sortir ma bourse, délier le cordon qui la tient fermée, me concentrer sur la sensation du cuir contre la pulpe de mes doigts, frissonner sous la fraîcheur des pièces quand je plonge les doigts dans cette bourse si peu remplie... Tous ces gestes me permettent de faire semblant que ne se trouve pas à côté de moi une femme qui m'a un jour tenue dans ses bras, devant laquelle j'ai pleuré, pour laquelle j'ai pleuré ; une femme qui a posé ses mains sur mon visage, dans ma nuque, qui m'a serrée contre elle et que j'ai serré contre moi, que j'ai vu dans un état dans lequel peu de monde doit la voir, une femme qui m'a inspiré une si grande colère que j'ai détruit un arbre pour ne pas la blesser elle, que j'ai menacé d'un golem plus grand que nous, une femme qui accompagne le paysage de mon quotidien depuis cinq mois et qui le fait sans pour autant être là. Alice Sangblanc m'effraie car je sens son regard sur moi tandis que je fouille dans ma bourse et que je suis capable de deviner sans même la regarder de quelle façon l'intensité fait briller ses pupilles grises. Elle m'effraie parce que je me sens trébucher de l'intérieur sous ce regard-là et que je n'ai pas envie de cela. Je meurs d'envie que cela ne s'arrête jamais, car depuis moins de deux minutes que je suis avec elle, j'ai déjà cette sensation que sa présence est suffisamment forte pour éteindre l'espace d'un instant les pensées qui grouillent toujours dans le fond de ma tête.
J'attrape entre mon index et mon majeur une grosse pièce que je glisse dans ma paume. Je vais pour en attraper une seconde lorsque Alice me retient. Je lève la tête pour lui offrir un regard assombri par mes sourcils froncés. M'inviter ? Pourquoi ferait-elle une chose pareille ? Même si elle mangera peut-être plus de ces choses sucrées que moi, nous sommes deux à avoir décidé de les acheter, nous serons deux à piocher dedans, nous sommes deux à avoir choisi de petit-déjeuner ensemble ce matin, alors nous serons deux à payer, voilà tout. C'est aussi simple que cela. Je n'ai pas la moindre envie qu'Alice Sangblanc sorte ses pièces et paye pour moi, ce serait incohérent en plus d'être profondément idiot. Si elle croit que je vais la laisser faire, elle est vraiment à côté de la plaq—
La prochaine fois, ce sera toi. Mon cœur s'élève très haut avant de tomber tout aussi soudainement jusque dans mon ventre. De là, il bat douloureusement. La prochaine fois, ce sera toi. Mes yeux fouillent frénétiquement les siens, passent de son œil droit à son œil gauche puis du gauche au droit et ainsi de suite, mais la seule chose que je discerne sur son visage pâle qui me demande avec insistance si je suis d'accord, c'est une détermination que je ne comprends tout simplement pas. La prochaine fois, ce sera toi. Alors il y a aura une prochaine fois ? Est-ce que c'est ce qu'elle est en train de me proposer ? Une fois suivante, une promesse à laquelle je ne pourrais me dérober ? Car si elle paye aujourd'hui, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe entre nous, il y aura une fois suivante car je paye toujours mes dettes, toujours. Alors... Alors peut-être bien que je pourrais la laisser faire, oui... Pour m'assurer de cette prochaine fois. Pour être sûre qu'elle arrive, quand bien même Alice ne le désirerait pas.
Je laisse retomber dans la bourse la pièce que j'avais attrapée. Les yeux d'Alice tombent vers mes mains et remontent vers mon visage ; elle a un sourire étrange sur le visage quand elle me répète son s'il te plaît. Comme si elle me demandait une faveur. Comme si cela lui tenait réellement à cœur. J'ai du mal à me détourner de son visage que j'observe d'un air un peu perdu. Je me reprends dans la seconde en clignant des paupières et en me redressant.
« Bien, » articulé-je de la même façon qu'elle le fait, comme si ces quatre petites lettres contenaient une phrase entière que son interlocutrice était capable de comprendre sans effort.
J'enlève la main de l'intérieur de ma bourse et m'arrache enfin au visage d'Alice pour pouvoir refermer le cordon et la ranger dans le revers de ma cape. Mes doigts sont moites, mon cœur frappe maladroitement, mes pensées s'emballent, j'ai chaud dans la nuque, je déglutis comme si j'avais du mal à avaler quelque chose. Puis j'inspire longuement par le nez et :
« La prochaine fois, ce sera moi, » affirmé-je en enfonçant mes yeux dans les siens.
Et ça me fait peur. Cela m'effraie parce que mon cœur rate un battement. Parce qu'il se réjouit secrètement là, au fond de moi, et que je n'arrive pas à lui interdire de le faire. Je n'arrive pas à contrôler l'ombre du sourire qui étire mes lèvres. Je n'arrive pas à ne pas être heureuse à l'idée que quoi qu'il arrive, il y aura une seconde fois, même si je dois la forcer. J'ai l'impression qu'avec ce simple constat la pression qui me tendait les épaules se fait moins forte. Comme si quelque chose dont je n'avais pas conscience venait de se résoudre. Je me sens à la fois plus légère et beaucoup plus mal qu'il y a quelques minutes. Mais c'est comme si tout cela ne m'appartenait pas. C'est là, je le ressens, j'ai peur, je suis soulagée, mais j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui ressens ces choses.
Au cas où Alice n'aurait pas compris ce que sous-entend ce que je viens de dire, j'ajoute sans même la regarder, parce que je préfère garder mes yeux braqués sur le dos de l'employé qui s'occupe de notre commande :
« C'est une promesse. »
Une boite joliment décorée glisse devant nous sur le comptoir. Je la regarde un instant, elle et les trop nombreux macarons qu'elle contient, puis je me décale sur la droite pour laisser Alice s'occuper du paiement. Et je profite qu'elle soit occupée pour observer son visage pâle, les mouvements de ses lèvres et ceux de ses cils qui couronnent son regard si particulier.
J'attrape entre mon index et mon majeur une grosse pièce que je glisse dans ma paume. Je vais pour en attraper une seconde lorsque Alice me retient. Je lève la tête pour lui offrir un regard assombri par mes sourcils froncés. M'inviter ? Pourquoi ferait-elle une chose pareille ? Même si elle mangera peut-être plus de ces choses sucrées que moi, nous sommes deux à avoir décidé de les acheter, nous serons deux à piocher dedans, nous sommes deux à avoir choisi de petit-déjeuner ensemble ce matin, alors nous serons deux à payer, voilà tout. C'est aussi simple que cela. Je n'ai pas la moindre envie qu'Alice Sangblanc sorte ses pièces et paye pour moi, ce serait incohérent en plus d'être profondément idiot. Si elle croit que je vais la laisser faire, elle est vraiment à côté de la plaq—
La prochaine fois, ce sera toi. Mon cœur s'élève très haut avant de tomber tout aussi soudainement jusque dans mon ventre. De là, il bat douloureusement. La prochaine fois, ce sera toi. Mes yeux fouillent frénétiquement les siens, passent de son œil droit à son œil gauche puis du gauche au droit et ainsi de suite, mais la seule chose que je discerne sur son visage pâle qui me demande avec insistance si je suis d'accord, c'est une détermination que je ne comprends tout simplement pas. La prochaine fois, ce sera toi. Alors il y a aura une prochaine fois ? Est-ce que c'est ce qu'elle est en train de me proposer ? Une fois suivante, une promesse à laquelle je ne pourrais me dérober ? Car si elle paye aujourd'hui, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe entre nous, il y aura une fois suivante car je paye toujours mes dettes, toujours. Alors... Alors peut-être bien que je pourrais la laisser faire, oui... Pour m'assurer de cette prochaine fois. Pour être sûre qu'elle arrive, quand bien même Alice ne le désirerait pas.
Je laisse retomber dans la bourse la pièce que j'avais attrapée. Les yeux d'Alice tombent vers mes mains et remontent vers mon visage ; elle a un sourire étrange sur le visage quand elle me répète son s'il te plaît. Comme si elle me demandait une faveur. Comme si cela lui tenait réellement à cœur. J'ai du mal à me détourner de son visage que j'observe d'un air un peu perdu. Je me reprends dans la seconde en clignant des paupières et en me redressant.
« Bien, » articulé-je de la même façon qu'elle le fait, comme si ces quatre petites lettres contenaient une phrase entière que son interlocutrice était capable de comprendre sans effort.
J'enlève la main de l'intérieur de ma bourse et m'arrache enfin au visage d'Alice pour pouvoir refermer le cordon et la ranger dans le revers de ma cape. Mes doigts sont moites, mon cœur frappe maladroitement, mes pensées s'emballent, j'ai chaud dans la nuque, je déglutis comme si j'avais du mal à avaler quelque chose. Puis j'inspire longuement par le nez et :
« La prochaine fois, ce sera moi, » affirmé-je en enfonçant mes yeux dans les siens.
Et ça me fait peur. Cela m'effraie parce que mon cœur rate un battement. Parce qu'il se réjouit secrètement là, au fond de moi, et que je n'arrive pas à lui interdire de le faire. Je n'arrive pas à contrôler l'ombre du sourire qui étire mes lèvres. Je n'arrive pas à ne pas être heureuse à l'idée que quoi qu'il arrive, il y aura une seconde fois, même si je dois la forcer. J'ai l'impression qu'avec ce simple constat la pression qui me tendait les épaules se fait moins forte. Comme si quelque chose dont je n'avais pas conscience venait de se résoudre. Je me sens à la fois plus légère et beaucoup plus mal qu'il y a quelques minutes. Mais c'est comme si tout cela ne m'appartenait pas. C'est là, je le ressens, j'ai peur, je suis soulagée, mais j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui ressens ces choses.
Au cas où Alice n'aurait pas compris ce que sous-entend ce que je viens de dire, j'ajoute sans même la regarder, parce que je préfère garder mes yeux braqués sur le dos de l'employé qui s'occupe de notre commande :
« C'est une promesse. »
Une boite joliment décorée glisse devant nous sur le comptoir. Je la regarde un instant, elle et les trop nombreux macarons qu'elle contient, puis je me décale sur la droite pour laisser Alice s'occuper du paiement. Et je profite qu'elle soit occupée pour observer son visage pâle, les mouvements de ses lèvres et ceux de ses cils qui couronnent son regard si particulier.
Le feu contre les ombres
Alice craignait qu’Aelle refuse. Cette crainte était parfaitement légitime. Aelle Bristyle ne voulait rien devoir à personne, et certainement point des macarons. Ses sourcils froncés, son regard si naturellement sombre planté sur elle confirmait Alice dans sa pensée.
Aelle accepta finalement. Par trois fois. Dans un mot, dans une volonté, dans une promesse. Ce fut cette dernière qui réchauffa le coeur d’Alice qui ne put retenir un sourire. Les deux jeunes femmes se retrouveraient pour un prochain petit-déjeuner, quand bien même celui ci n’avait point débuté. Qu’il était doux de prévoir un autre moment comme celui ci, plus encore lorsqu’il était promit par Aelle. Son Aelle. Celle qui avait hurlé et pleuré devant elle, contre elle. Qui lui avait fait offrande de ses sentiments les plus sincères, ceux qu’elle cache au quotidien aux yeux des autres, qui ne méritent ni sa douleur, ni sa peur, ni même son intérêt.
« C’est une promesse », répéta Alice du bout des lèvres, son regard planté sur le coin de l’oeil d’une Aelle qui ne la regardait plus désormais. Ce constat amusa la française autant. Une promesse se fait les yeux dans les yeux, Aelle devait sans nul doute le savoir, elle aussi. Un regard partagé transmet la sincérité. Mais chez Aelle, une promesse formulée, même jetée au visage, demeure une promesse qu’elle respecterait, n’est-ce pas ?
Alice glissa sa main jusqu’à son sac à main pour en tirer sa bourse. Elle régla la somme demandée, non sans penser à ses économies sacrifiées pour partager ce moment gourmand avec Aelle. Il serait temps d’être raisonnable, tout de même. Pour deux raisons.
La première, Alice avait besoin de tout son argent pour survivre à cette nouvelle vie d’étudiante autonome.
La deuxième était bien moins valorisante : il était hors de question de s’empâter. Alice savait que sa gourmandise pouvait nuire à la silhouette gracile qu’elle devait à tout prix conserver. Elle avait bien trop souffert de voir ses hanches se marquer, il y a de cela quelques années. Tante Elise l’avait remarqué, et avait repoussé l’excuse d’Alice concernant la puberté : une jeune femme de haute lignée ne doit pas grossir, quelque soit la raison. Une grossesse ? L’enfant à peine pondu, la femme devait retrouver son corps d’antan. Les vilenies de la puberté féminine ? Activité physique renforcée, corset et gaine en tout temps, de quoi étrangler les formes acquises, mais surtout pas celle que les hommes doivent apprécier. Certainement pas. Une jeune femme doit rester désirable pour attirer les vautours bien nés, comme une belle carcasse à la viande fraîche et scintillante de vie.
Alice récupéra sa boîte de macaron, remercia l’employé d’un sourire avant de se tourner vers Aelle. D’un sourire rien que pour elle, la jeune femme l’invita à la suivre. Il était temps de quitter Godric’s Hollow.
Une fois à l’extérieur, Alice s’écarta de la boutique. Elle observa Godric’s Hollow et ses hautes bâtisses. Désormais, plus le moindre sourire. Ces murs ne lui en inspirait aucun.
« Attrape mon bras, veux-tu ? » lança Alice en se rapprochant d’Aelle. Elle lui tendit son coude, ses bras chargés par sa jolie boîte pleine de sucrerie. « Nous allons transplaner. Dés que tu es prête… dis le moi. » Alice ne se souvenait que trop bien de leur dernier voyage ensemble, marqué par des difficultés des deux côtés. Au moins le savaient-elles toutes les deux, et pourraient s’appuyer sur l’autre pour ne point s’effondrer dans l’herbe tendre de…
… là où elles allaient.
Aelle accepta finalement. Par trois fois. Dans un mot, dans une volonté, dans une promesse. Ce fut cette dernière qui réchauffa le coeur d’Alice qui ne put retenir un sourire. Les deux jeunes femmes se retrouveraient pour un prochain petit-déjeuner, quand bien même celui ci n’avait point débuté. Qu’il était doux de prévoir un autre moment comme celui ci, plus encore lorsqu’il était promit par Aelle. Son Aelle. Celle qui avait hurlé et pleuré devant elle, contre elle. Qui lui avait fait offrande de ses sentiments les plus sincères, ceux qu’elle cache au quotidien aux yeux des autres, qui ne méritent ni sa douleur, ni sa peur, ni même son intérêt.
« C’est une promesse », répéta Alice du bout des lèvres, son regard planté sur le coin de l’oeil d’une Aelle qui ne la regardait plus désormais. Ce constat amusa la française autant. Une promesse se fait les yeux dans les yeux, Aelle devait sans nul doute le savoir, elle aussi. Un regard partagé transmet la sincérité. Mais chez Aelle, une promesse formulée, même jetée au visage, demeure une promesse qu’elle respecterait, n’est-ce pas ?
Alice glissa sa main jusqu’à son sac à main pour en tirer sa bourse. Elle régla la somme demandée, non sans penser à ses économies sacrifiées pour partager ce moment gourmand avec Aelle. Il serait temps d’être raisonnable, tout de même. Pour deux raisons.
La première, Alice avait besoin de tout son argent pour survivre à cette nouvelle vie d’étudiante autonome.
La deuxième était bien moins valorisante : il était hors de question de s’empâter. Alice savait que sa gourmandise pouvait nuire à la silhouette gracile qu’elle devait à tout prix conserver. Elle avait bien trop souffert de voir ses hanches se marquer, il y a de cela quelques années. Tante Elise l’avait remarqué, et avait repoussé l’excuse d’Alice concernant la puberté : une jeune femme de haute lignée ne doit pas grossir, quelque soit la raison. Une grossesse ? L’enfant à peine pondu, la femme devait retrouver son corps d’antan. Les vilenies de la puberté féminine ? Activité physique renforcée, corset et gaine en tout temps, de quoi étrangler les formes acquises, mais surtout pas celle que les hommes doivent apprécier. Certainement pas. Une jeune femme doit rester désirable pour attirer les vautours bien nés, comme une belle carcasse à la viande fraîche et scintillante de vie.
Alice récupéra sa boîte de macaron, remercia l’employé d’un sourire avant de se tourner vers Aelle. D’un sourire rien que pour elle, la jeune femme l’invita à la suivre. Il était temps de quitter Godric’s Hollow.
Une fois à l’extérieur, Alice s’écarta de la boutique. Elle observa Godric’s Hollow et ses hautes bâtisses. Désormais, plus le moindre sourire. Ces murs ne lui en inspirait aucun.
« Attrape mon bras, veux-tu ? » lança Alice en se rapprochant d’Aelle. Elle lui tendit son coude, ses bras chargés par sa jolie boîte pleine de sucrerie. « Nous allons transplaner. Dés que tu es prête… dis le moi. » Alice ne se souvenait que trop bien de leur dernier voyage ensemble, marqué par des difficultés des deux côtés. Au moins le savaient-elles toutes les deux, et pourraient s’appuyer sur l’autre pour ne point s’effondrer dans l’herbe tendre de…
… là où elles allaient.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
Mon cœur s'envole lorsqu'elle confirme qu'il s'agit d'une promesse. Le fait est acté, désormais. C'est une promesse. Une promesse ne peut pas être brisé, c'est impossible. Je ne brise pas mes promesses.
Je reste à un pas d'elle pendant qu'elle s'occupe de régler la somme nécessaire à notre achat. J'observe les pièces quitter sa bourse avec un certain mécontentement mais je ne dis rien, je laisse faire. Une promesse est une promesse. Maintenant que nous avons réglé cela, je n'ai plus besoin d'y penser. C'est d'ailleurs l'origine du sentiment étrange que je ressens et qui me fait observer Alice comme je l'observe. D'un regard profond bien que distant qui se détourne aussitôt que ses yeux à elle se dirigent vers moi. Je n'ai cesse de me répéter : la prochaine fois, c'est moi. Comme une litanie, une musique que je connaîtrais par cœur. La prochaine fois, c'est moi. Il y aura une prochaine fois. Je ne sais pas comment elle sera mais il y aura une prochaine fois et c'est moi qui décidera quand elle aura lieu. Cela aurait dû être une phrase banale, je le sais. J'aurais dû l'intégrer puis passer à autre chose. Mais je n'y parviens pas.
Elle me reste dans la tête pendant que j'observe le profil d'Alice, quand elle sourit à l'employé, quand elle prend la direction de la sortie en m'invitant à la suivre d'un sourire qui me dit « viens avec moi ». Alors je la suis après avoir à mon tour remercié l'employé, mes yeux dévalant le long du corps d'Alice comme s'ils parcouraient la page d'un livre au langage mystérieux que j'aimerais apprendre à connaître. Sauf que ce n'est pas elle que j'essaie de mieux comprendre, c'est moi et les sentiments ambivalents qui se battent à l'intérieur de moi, cette chose bizarre qui fait que j'ai envie de marcher plus vite pour la rejoindre mais qui fait aussi que j'ai envie de me détourner et de m'enfuir dans un craquement de transplanage.
Je me contente d'attraper la porte qu'elle me tient et de sortir à mon tour dans la chaleur de l'été. Je me greffe aux pas d'Alice qui s'éloigne ; je la laisse décider de la direction que nous prenons. Elle marche de toute façon comme si les pavés avaient été placés sous ses pieds pour qu'elle les foule elle et personne d'autre. Pendant un instant, son silence me donne l'impression qu'il y a bel et bien un monde autour de nous. Un monde qui vit, qui fait du bruit, qui grouille de sorciers qui flânent dans la rue autour de nous. J'ai beau les voir, c'est vers elle que mon regard revient. À ses yeux levés vers les bâtiments de la Capitale, à sa mine sérieuse.
Je m'arrête à ses côtés lorsqu'elle se tourne vers moi. Au moment même où elle me propose d'attraper ses bras, mes yeux s'écarquillent et je plonge les mains dans mes poches, comme pour m'empêcher un geste que je regretterais. Je frotte mes doigts moites les uns contre les autres, une drôle de panique au fond du corps. Ce n'est qu'ensuite que je comprends ce qu'elle désire réellement. Transplaner, tout simplement. Mes yeux remontent le long de son bras tendu jusqu'à se déposer dans ses yeux. Nous partons prendre notre petit déjeuner loin de ces tristes lieux, a-t-elle dit tout à l'heure. Je n'ai pas la moindre idée d'où elle veut nous emmener. L'espace d'un instant, je revois la clairière que nous avons laissée plus de cinq mois en arrière ; l'arbre brisé, notre étreinte qui a éloigné les doigts glaciaux de l'hiver, nos cris et nos larmes. Puis après, je vois un autre endroit. Fracassé par les vents violents, par un ciel tempétueux. Un endroit où j'ai planté mes genoux dans la boue. Là où mon monde s'est effondré. Brutalement. Douloureusement. L'émotion monte si vivement qu'elle me noue la gorge. Je ne veux pas penser à ça. Pas maintenant. Pas comme ça. Surtout pas.
J'arrache ma main de ma poche pour le glisser sous le coude d'Alice. Cela me fait bizarre mais ça m'aide à m'ancrer dans le moment présent. Sous mes doigts, sa peau me paraît brûlante. À moins que ce ne soit la mienne ? J'évite soigneusement son regard, parce que le contact de nos peaux me gêne. Il me rappelle le glissement de ses doigts dans ma nuque.
« Je suis prête, » dis-je dans un souffle.
Mais ce n'est pas vrai. Malgré moi, mes yeux reviennent se plonger dans les siens. Je lui fais confiance pour nous faire transplaner mais ne pas savoir où nous allons me déplaît. Pourtant, ma prise sur son bras se fait plus forte, parce que je n'ai pas envie d'être séparée d'elle durant le voyage. J'ai seulement envie qu'elle m'éloigne de ces contrées familières. Peut-être que cela me permettra aussi de m'éloigner de ces souvenirs qui ne me lâchent pas et que je ne veux pas ressasser. Je ferme fort les yeux pour ne pas voir le paysage défiler. Je retiens mon souffle, dans l'attente.
Je reste à un pas d'elle pendant qu'elle s'occupe de régler la somme nécessaire à notre achat. J'observe les pièces quitter sa bourse avec un certain mécontentement mais je ne dis rien, je laisse faire. Une promesse est une promesse. Maintenant que nous avons réglé cela, je n'ai plus besoin d'y penser. C'est d'ailleurs l'origine du sentiment étrange que je ressens et qui me fait observer Alice comme je l'observe. D'un regard profond bien que distant qui se détourne aussitôt que ses yeux à elle se dirigent vers moi. Je n'ai cesse de me répéter : la prochaine fois, c'est moi. Comme une litanie, une musique que je connaîtrais par cœur. La prochaine fois, c'est moi. Il y aura une prochaine fois. Je ne sais pas comment elle sera mais il y aura une prochaine fois et c'est moi qui décidera quand elle aura lieu. Cela aurait dû être une phrase banale, je le sais. J'aurais dû l'intégrer puis passer à autre chose. Mais je n'y parviens pas.
Elle me reste dans la tête pendant que j'observe le profil d'Alice, quand elle sourit à l'employé, quand elle prend la direction de la sortie en m'invitant à la suivre d'un sourire qui me dit « viens avec moi ». Alors je la suis après avoir à mon tour remercié l'employé, mes yeux dévalant le long du corps d'Alice comme s'ils parcouraient la page d'un livre au langage mystérieux que j'aimerais apprendre à connaître. Sauf que ce n'est pas elle que j'essaie de mieux comprendre, c'est moi et les sentiments ambivalents qui se battent à l'intérieur de moi, cette chose bizarre qui fait que j'ai envie de marcher plus vite pour la rejoindre mais qui fait aussi que j'ai envie de me détourner et de m'enfuir dans un craquement de transplanage.
Je me contente d'attraper la porte qu'elle me tient et de sortir à mon tour dans la chaleur de l'été. Je me greffe aux pas d'Alice qui s'éloigne ; je la laisse décider de la direction que nous prenons. Elle marche de toute façon comme si les pavés avaient été placés sous ses pieds pour qu'elle les foule elle et personne d'autre. Pendant un instant, son silence me donne l'impression qu'il y a bel et bien un monde autour de nous. Un monde qui vit, qui fait du bruit, qui grouille de sorciers qui flânent dans la rue autour de nous. J'ai beau les voir, c'est vers elle que mon regard revient. À ses yeux levés vers les bâtiments de la Capitale, à sa mine sérieuse.
Je m'arrête à ses côtés lorsqu'elle se tourne vers moi. Au moment même où elle me propose d'attraper ses bras, mes yeux s'écarquillent et je plonge les mains dans mes poches, comme pour m'empêcher un geste que je regretterais. Je frotte mes doigts moites les uns contre les autres, une drôle de panique au fond du corps. Ce n'est qu'ensuite que je comprends ce qu'elle désire réellement. Transplaner, tout simplement. Mes yeux remontent le long de son bras tendu jusqu'à se déposer dans ses yeux. Nous partons prendre notre petit déjeuner loin de ces tristes lieux, a-t-elle dit tout à l'heure. Je n'ai pas la moindre idée d'où elle veut nous emmener. L'espace d'un instant, je revois la clairière que nous avons laissée plus de cinq mois en arrière ; l'arbre brisé, notre étreinte qui a éloigné les doigts glaciaux de l'hiver, nos cris et nos larmes. Puis après, je vois un autre endroit. Fracassé par les vents violents, par un ciel tempétueux. Un endroit où j'ai planté mes genoux dans la boue. Là où mon monde s'est effondré. Brutalement. Douloureusement. L'émotion monte si vivement qu'elle me noue la gorge. Je ne veux pas penser à ça. Pas maintenant. Pas comme ça. Surtout pas.
J'arrache ma main de ma poche pour le glisser sous le coude d'Alice. Cela me fait bizarre mais ça m'aide à m'ancrer dans le moment présent. Sous mes doigts, sa peau me paraît brûlante. À moins que ce ne soit la mienne ? J'évite soigneusement son regard, parce que le contact de nos peaux me gêne. Il me rappelle le glissement de ses doigts dans ma nuque.
« Je suis prête, » dis-je dans un souffle.
Mais ce n'est pas vrai. Malgré moi, mes yeux reviennent se plonger dans les siens. Je lui fais confiance pour nous faire transplaner mais ne pas savoir où nous allons me déplaît. Pourtant, ma prise sur son bras se fait plus forte, parce que je n'ai pas envie d'être séparée d'elle durant le voyage. J'ai seulement envie qu'elle m'éloigne de ces contrées familières. Peut-être que cela me permettra aussi de m'éloigner de ces souvenirs qui ne me lâchent pas et que je ne veux pas ressasser. Je ferme fort les yeux pour ne pas voir le paysage défiler. Je retiens mon souffle, dans l'attente.