Place des grandes Femmes A.S

☽ Grande École de l’Art du Duel, Écosse ☾
Vendredi 16 septembre 2050

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Le vendredi était une journée que les étudiants de la filière Investigation appréciaient tout particulièrement. Après quatre jours rythmés par des cours intenses et exigeants, cette dernière journée avait quelque chose d’un peu plus léger, de presque apaisant. Le vendredi était en quelque sorte un tampon, servant de transition entre l’intensité de leurs apprentissages et la liberté du week-end. Les cours s’achevaient à midi, laissant place à un après-midi de repos bien mérité. Pourtant, rares étaient ceux qui en utilisaient réellement ce temps pour se détendre. Nombre des camarades d’Eileen préféraient mettre à profit ces heures précieuses pour réviser. Dès la fin du déjeuner, on pouvait les voir prendre la direction de la bibliothèque du manoir, un lieu à la fois imposant et paisible, dont les hautes fenêtres tamisaient la lumière du jour en rais dorés sur les nombreuses étagères remplies de livres. L’Irlandaise, d’ordinaire, faisait partie de ces étudiants studieux. Il n’était pas rare de la trouver installée au fond de la bibliothèque, légèrement à l’écart, mais souvent entourée d’Akane et Hyun-Su, la tête plongée dans livres et parchemins. L’adolescente aimait cette atmosphère calme et rigoureuse, le parfum du papier et de l’encre qui emplissait l’air, mais surtout, la présence rassurante de ses amis qui lui servait de point d’ancrage.

Cependant, ce vendredi-là, Eileen ne prit pas la direction de la bibliothèque.

Après avoir pris son déjeuner dans le réfectoire de l’école, elle franchit les imposantes doubles portes pour rejoindre l’avant du domaine. Une fois dehors, elle inspira profondément, permettant à l’air encore réchauffé de ce milieu du mois de septembre de remplir ses poumons. Laissant derrière elle le murmure constant de l’école, elle s’avança, seule, sur les chemins de gravillons qui faisaient crisser ses pas, alors qu’elle alla trouver refuge sur un banc à l’abri des regards. Sa seule compagnie, elle la trouva dans le poids de sa baguette qui était rangée dans l’étui qu’elle portait au niveau de sa taille, et dans le livre qu’elle ouvrit.

La jeune femme ne savait pas exactement pourquoi elle avait ressenti le besoin de s’éloigner, de s’isoler. Peut-être avait-elle simplement l’envie de se retrouver un peu avec elle-même, loin des regards et des bavardages qu’elle pouvait entendre à son sujet, et qui avait souvent le même dénominateur commun, Simon.


@Alice Sangblanc je t’en prie, viens déranger Eileen :cute:

« Free will does exist, it's just fucking hard.»
Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]

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Être à la hauteur. Voilà ce qui tenait Alice éveillée après des nuits à se faire malmener par ses ambitions et la réalité. Être à la hauteur. Pour sa famille, pour ses Ancêtres pour ses idéaux, pour ses professeurs, pour ses jeunes élèves, pour son cousin, pour Elicia, pour elle même. Ses journées étaient orchestrées à la seconde près. Il n’y avait pas la moindre place pour quelque liberté que ce soit. Avant les cours, Alice se préparait pour être belle et présentable, cachant ses cernes sous le maquillage qu’elle avait pourtant toujours exécré. Après les cours, Alice préparait ceux qu’elle donnerait à ses jeunes élèves, qu’il s’agisse de ceux dont les parents estimaient la langue française primordiale dans l’éducation de leurs enfants ou ceux qui désirait brutaliser les oreilles sensibles de leur entourage par la harpe et le piano. Lors des repas, Alice mangeait peu, suffisamment pour tenir debout, assez pour ne pas enrober ses hanches, mais toujours trop pour son appétit disparu. Après le repas du soir, après avoir embrassé Aliosus, Alice se plongeait à corps perdu dans la préparation de son grand projet. Au moment du coucher, Alice ingurgitait ses potions de Sommeil diluée, puisqu’elle n’avait ni l’argent pour en acheter, ni le temps pour en préparer. Et ainsi de suite, et ainsi de suite.
Au début, tout était parfait.
Au fil des jours, tout s’était dégradé.
Être à la hauteur devenait difficile. Le réaliser ? Infernal.
Alors à la peur d’échouer s’était ajouté les désagréments physiques. Les nausées, l’épuisement, la faiblesse, le coeur palpitant. Il n’y avait pas un matin où Alice se levait sans être assaillie par la violente répulsion qu’elle avait pour sa propre incapacité à gérer tout ce qu’elle avait décider de gérer. Son excellence scolaire, la déchéance de cette nation empoisonnée. Tout. Alice voulait tout. Elle se donnerait les moyens pour tout obtenir.
Même si cela signifiait consommer un peu trop de potion d’Aiguise-Méninges pour rester à la hauteur.

Comme souventefois, Alice avait choisi le parc pour préparer ses cours du soir. A treize heures, elle reprendrait ses cours. Cela lui laissait un peu de temps.
Le menton haut, elle avançait dans les allées bordées par les fontaines et les buissons. Elle rejoindrait son banc favori, loin des passages, et surtout loin des autres. Loin d’Aliosus.
Penser à son cousin serrait le coeur d’Alice. Elle avait peur qu’il finisse par s’inquiéter, qu’il remarque à quel point leur cohabitation semblait éloigné de ce qu’il avait attendu. Alice n’avait pas le temps. Jamais le temps. Elle aurait aimé mais les responsabilités avant tout. Circée, Aliosus en était une, pourtant. Son sourire qui n’appartenait qu’à elle en était une. Son corps contre le sien, sa joue contre la sienne, n’était-ce pas plus important que tout cela ? Qu’être à la hauteur de tout le reste ? Aliosus aurait dû être son seul objectif. Vilaine cousine. Mauvaise sorcière. Incapable d’être à la hauteur. Aliosus ne méritait pas Alice. Il ne méritait pas cette parjure à son propre sang qui osait lui dire qu’elle partait se coucher pour mieux préparer la déchéance du Conseil des Sorciers.
Parjure. Parjure. Vilaine parjure.

Alice prit une grande inspiration, sa main sur son coeur dont elle sentait chaque battement jusque dans ses ongles. Parjure. Parjure. Vilaine…

Son banc était occupé. Son refuge était celui d’une autre.

«… Eileen ? »

Sa main retomba le long de son corps, son regard occupé à contempler les traits de celle qu’elle nomma un jour ma recrue.

Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

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Une douce brise caressait le visage de l'adolescence, balayant quelques mèches de cheveux châtains devant ses yeux ; des mèches qu’elle coinça sans réfléchir derrière son oreille, dégageant ainsi sa vue. Ses yeux parcouraient avec affection les caractères frappés d’une encre noir profonde sur les pages originellement blanches, désormais légèrement jaunies par le temps, de son livre. Les mots qui défilaient sous ses yeux, elle ne les connaissait que trop bien, si bien qu’ils étaient presque ancrés en elle. Cet ouvrage, Eileen l’avait lu au moins une dizaine de fois depuis qu’il était en sa possession, et pourtant, elle y trouvait toujours un réconfort immense. Se laissant porter par la plume de l’auteur, bercé par le soleil qui réchauffait sa peau, l’Irlandaise se perdit dans sa lecture, ne faisant aucunement fi du temps qui s’écoulait.

Cependant, le cocon de sérénité qu’Eileen s’était tissée se fissura lorsque le bruit de pas foulant le fin gravier qui jonchait le sol atteignit ses oreilles, la tirant doucement de l’attention qu’elle portait à son livre. Pour autant, les orbes bleus de la châtain restèrent fixés sur les pages de son livre, pensant que la personne n’était que de passage et ne lui prêterait pas attention. Mais il semblerait qu’elle eût tort, car quelques instants plus tard, une voix qu’elle ne connaissait que trop bien, malgré le temps qui séparait leur dernière conversation, prononça son prénom, la tirant définitivement de son écrin de calme et de solitude.

D’une lenteur maîtrisée, les yeux de la deuxième année quittèrent l’ouvrage qui resta ouvert sur le dessus de ses cuisses pour se poser sur elle. Alice Sangblanc.

La surprise qu’elle avait éprouvée la semaine passée ne s’était toujours pas dissipée. Eileen avait encore du mal à croire que la fondatrice du MERLIN avait retrouvé le chemin du sol britannique, et de surcroît qu’elle avait intégré les rangs de la GEAD et qu’elle se trouvait, en cet instant, devant elle. Son départ de Poudlard avait été si… soudain. Le mouvement d’élèves avait essayé de rester vivant, malgré son départ ; et pendant un temps, il avait réussi. Mais les aléas de la vie, nommément la menace qu’Aedan Shelby avait placé sur sa vie l’avait poussé à tout quitter, y compris le MERLIN. Toutefois, ses convictions n’avaient pas changé, et, avec ses affaires désormais en ordre, Eileen avait rejoint l’UDS.

« Alice, » salua Eileen, d’une voix posée et polie, alors que ses yeux étudièrent le visage de l'adolescente aux cheveux blancs devant elle.

Le visage de l’Irlandaise était un mirage de neutralité. Une neutralité qui ne reflétait en rien ses pensées. Cela ne faisait que quelques secondes que les deux sorcières se faisaient face, et pourtant, Eileen était frappée par l’apparence de l’étudiante. L’Irlandaise avait l’impression de se revoir, quelques années auparavant, lorsqu’elle avait l’impression de porter le poids du monde sur les épaules. C’était d’ailleurs encore peut-être le cas. Aurait-elle intégré l’UDS s’il en avait été autrement ? La châtain tut ses pensées, les assomptions qu’elle faisait n'étaient que ça, des assomptions. Les années qui séparaient ce moment et leur dernière rencontre les avaient sûrement changées toutes les deux, et Eileen n’oserait en aucun cas présumer quoi que ce soit des traces que le temps avait pu laisser. D’autant que leur monde traversait une période difficile entre la chute du Ministère, la menace des Lignées, bien qu’elle était désormais écartée, l’avènement du Conseil, et la politique menée par ce dernier. Il était indéniable que chaque sorcier et sorcière de leur génération avait été touché, voire changé, de près ou de loin par les événements de ces dernières années.

« Je n’aurais jamais pensé te revoir un jour. »

Et là était la vérité. Alice faisait partie d’un passé qu’elle avait presque oublié, seulement remémoré à la vue de sa personne la semaine précédente.
Dernière modification par Eileen Shelby le 9 mai 2026, 14:42, modifié 1 fois.

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Alice demeurait figée, ses yeux gris braqué sur le visage d’Eileen. Ses lèvres entrouvertes, aucun autre mot que son prénom ne parvint à s’en extirper. Une expiration, lente, tremblante, comme un spectre se détachant de son pauvre coeur pour mourir dans la lumière, flotta en elle. Un écho d’un passé lointain, marqué par l’espoir et la haine, par la désillusion et l’abandon.
Eileen était le dernier visage qu’elle voulait voir aujourd’hui, car il était celui de l’échec autant que de l’avenir. Chaque trait lui rappelait ce qu’elle avait manqué, ce qu’elle ne pouvait plus rater aujourd’hui. Son coeur battait plus vite, plus fort, martelant sa cage thoracique à chaque battement.
Elle déglutit difficilement sous les mots d’Eileen. Alice non plus ne s’était point attendu à revoir Eileen, de surcroît ici, dans cette école. La française n’avait pas la prétention de dire connaître Eileen, bien au contraire. Leurs rares échanges s’étaient déroulés au sein du Merlin, pour le Merlin, rien que pour lui. Avec un recul qu’elle n’eut jamais jusqu’à présent, Alice regrettait de ne jamais avoir pris le temps de faire connaissance avec ses recrues. Elle ne les avait jamais vu comme autres choses que des extensions de sa soif de vengeance.
Quelle pitoyable cheffe.
Misérable résistante.
Incapable.

Alice déglutit une seconde fois, son regard tombant sur un coin du banc sur lequel était installé Eileen. Elle fit un pas, un léger pas vers elle. Elle aurait préféré qu’il ne s’agisse pas d’Eileen. Elle aurait préféré n’importe qui… mais pas l’un des visages arborés par ces échecs. Ceux d’avant. Peut-être ceux à venir.

« Le monde sorcier britannique n’est pas si grand », répondit Alice dans un demi sourire peu convainquant, elle le savait. Il fallait qu’elle se reprenne. Faire taire ce coeur affolé, cette incessante voix qui lui murmurait qu’elle n’avait nullement le droit de se tenir devant Eileen qu’elle avait abandonné, comme tout les autres. C’était à cause d’elle que le Merlin s’était effondré, Alice en avait désormais conscience.
Comment pouvait-elle continuer à prétendre pouvoir renverser le pays si elle avait été incapable de garder unis des enfants ?

« Je suis désolée, je ne pensais pas que la place était occupée. »

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Eileen referma doucement son livre, glissant le marque-page entre les pages avec un soin presque tendre, pour ne pas perdre le fil de son histoire. Elle savait qu’elle ne reprendrait pas sa lecture de sitôt, l’atmosphère entre les deux jeunes femmes s’était bien trop alourdie pour qu’elles puissent rester chacune dans leur monde. Le volume resta sur ses cuisses, encore tiède du contact de ses mains. Eileen le contempla un instant, dans le silence qui emplissait le cocon qu’elle avait laissé s’étendre pour accueillir la Sangblanc en son sein, avant qu’elle ne repose ses yeux bleus sur le visage pâle de sa cadette.

Il semblerait, cependant, qu’Alice ne l'ait jamais quitté du regard. D’un geste imperceptible, même aux yeux des plus observateurs, l’Irlandaise inclina délicatement sa tête sur le côté. Ce n’était qu’une infime déviation, et pourtant, il y résidait une certaine intention, celle de sa curiosité. Ce réflexe instinctif que l’être humain, qu’il soit sorcier, moldu, cracmol, manifestait dès lors qu’un mystère, même infinitésimal, attirait leur attention. Eileen fouilla dans ses souvenirs les plus lointains, sans rien trouver qui puisse expliquer la réaction de la Première Année. À Poudlard, leurs échanges s’étaient toujours limités aux réunions du MERLIN, toujours très cordiaux, mais mesurés. Rien qui, à ses yeux, ne puisse justifier cette réticence qu’elle percevait, non pas à être là, mais à être là en sa présence.

« Peut-être oui, mais il était assez grand pour qu’on ne se revoie jamais, » répondit la deuxième année d’une voix calme.

Alice avait fait un pas en avant. Un pas vers elle. Était-ce, inconsciemment, une main qu’elle tendait dans l’obscurité, dans l’espoir que quelqu’un la saisisse ? Peut-être que oui. Peut-être pas. Quoi qu’il en était, la châtain avança la sienne à son tour, laissant ses doigts effleurer ceux de la jeune Sangblanc, lui offrant la possibilité, et la liberté, de la prendre.

« Elle ne l’est pas, » sourit Eileen en plongeant ses yeux dans ceux de l’étudiante devant elle. « Il y a bien assez de place sur ce banc pour nous deux. »

Une pause, « Si tu veux. »

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Revoir Eileen, c’était comme replongé dans le passé. Elle revêtait le visage de ses échecs, de ses peurs, de ses angoisses. Dans son regard, Alice voyait Elicia, Rufus, Orphéa, Alexei, Célia, Mael, Christopher, Maggie, Emelyne, Irene, Wilson, Herminie, Chems, Britanny, Ethan, Alaska, Megan, Lumah. Elle revoyait des actes manqués, des discussions sans conséquences, des réflexions pour rien.
Finalement, Alice voyait une défaite passée, et une autre à venir. Celle ci plus grande que toutes les autres avant.

Alice n’avait pas le droit de se tenir ici, devant Eileen. Pas plus qu’elle n’avait le droit de songer au passé qu’elles avaient partagés. Pourtant, elle s’était avancée à sa rencontre. Ce n’était pas correct. C’était une insulte. Elle aurait dû présenter ses excuses avant tout autre chose. Voilà ce qu’elle aurait dû faire.
Le regard d’Eileen se plongea dans le sien pour étrangler son besoin de s’en aller. Elle l’invitait à s’asseoir avec elle. En d’autres circonstance, Alice l’aurait remercié d’une élégante génuflexion héritée de Beauxbâtons, ponctué d’un délicat sourire, avant de la rejoindre sans mot de plus. Mais Alice restait désespérément figée. Rejoindre Eileen, c’était se mettre en danger. C’était ouvrir la porte à une discussion qu’Alice n’était pas sûre de vouloir avoir. C’était voir de plus près un visage qu’elle avait abandonné après avoir tenu des discours enflammés sur la nécessité de se battre contre feu Ursula Parkinson.
C’était admettre qu’elle avait perdu.

Mais le corps se moque bien de l’esprit. Il agit, commandé par la politesse, ce poison sillonnant ses veines depuis sa naissance. Il s’avança vers ce banc en quelques pas, et s’y installa. Alice déposa ses mains sur ses cuisses, ses genoux légèrement fléchis sur la gauche. Son regard, lui, restait fixe. Consciente de cela, elle finit par le baisser sur ses frêles doigts. La gueule de loup de sa chevalière était braquée sur Alice, menaçante, accusatrice. Incapable, tu n’as pas l’étoffe d’être ce que tu aspires à devenir.

Alice déglutit encore, et lutta pour dégainer un sourire. Une façade plus qu’une émotion. Un rempart pour caché son inconfort, sa douleur d’être là, à côté d’Eileen. Circée, elle n’aurait pas dû s’asseoir. Elle aurait dû laisser Eileen, poursuivre son chemin, trouver un autre banc ou bien rentrer au Passage de Draíocht. Se terrer dans sa chambre, profiter de l’absence d’Aliosus pour hurler dans son oreiller afin d’assourdir son esprit.

« Je pensais que tu ferais tes études dans le monde du Quidditch », avoua Alice en levant un peu les yeux sur Eileen. Son regard dévia cependant pour retomber sur l’épaule de la jeune femme. Son coeur battait un rythme frénétique. Ses mains étaient moites, chose qu’Alice détestait. Elle referma ses poings sur ses cuisses. « Et, finalement… te voilà en Investigation. » Alice sourit un peu plus, sans que ce ne soit par joie ou quoi que ce soit. Un masque, toujours. Il n’y avait bien que cela pour ne pas apparaître plus piteuse qu’elle ne l’était au quotidien, ces dernières semaines.

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Eileen resta silencieuse, observant Alice sans la brusquer. Sous ses yeux, la jeune femme semblait être en proie à un véritable combat intérieur, un de ceux qui était aussi difficile qu’épuisant. Eileen ne connaissait que trop bien cette lutte-là, elle y avait laissé de nombreux mois de sa vie, peut-être même une part d’elle-même, à affronter son propre esprit, ses propres pensées.

Alors, plutôt que de prononcer des mots qui pourraient n’avoir aucune valeur pour elle, elle offrit à la jeune femme un simple regard. Un regard doux, ouvert, dépourvu de toute attente. Aucun jugement ne transparaissait dans ses traits, aucune pression ne figurait dans son expression. Immobile, elle se contenta d’être là, présente, disponible si Alice le souhaitait. Si cette dernière finissait par la rejoindre sur le banc de pierre, ce ne serait que par sa seule volonté, parce que cela aurait été son choix.

Après un court instant, qui sembla durer une petite éternité, la Première Année s’avança pour venir s’installer à ses côtés, laissant une distance respectable entre elles. Là encore, Eileen garda le silence, toujours aussi respectueuse du combat que la Sangblanc paraissait mener. Lorsqu’un sourire, même si ce dernier était faible et semblait presque forcé, étira les lèvres d’Alice, l’Irlandaise refléta son expression. À son tour, la châtain laissa paraître un sourire, un énième signe de la compréhension qu’elle éprouvait à l’égard de sa cadette. Et finalement, l’adolescente laissa émerger l’une de ses tribulations. Elle non plus ne s’était pas attendu à revoir Eileen, ici, à la Grande École de l’Art du Duel.

L’Irlandaise quitta sa cadette des yeux, dirigeant son regard vers le jardin s’épanouissait devant elle.

« Le Quidditch n’a jamais réellement été une option pour moi, » confessa Eileen, secouant doucement la tête, alors que des fragments de souvenirs défilaient derrière ses paupières.

Si à Poudlard, l’ancienne Poufsouffle avait surtout été connue pour son passage dans l’équipe de Quidditch de la maison qui l’a recueilli durant sa scolarité, Eileen avait toujours considéré le sport en question comme un loisir. Il ne lui avait jamais traversé l’esprit de poursuivre ses études dans ce domaine-là et de devenir joueuse professionnelle. Son destin fut scellé lorsque le climat politique du monde sorcier commença à se dégrader, lorsque son père avait rejoint le Conseil des Sorciers. L’Irlandaise avait toujours été encline au métier de ceux qui étaient autrefois appelés les Aurors, et force d’événement l’avait poussée sur cette voie-là. Elle ne se voyait pas faire autre chose.

« Si j’ai peut-être, un jour, pu envisager un autre chemin que celui sur lequel je suis aujourd’hui, les événements qui ont bousculé notre monde m’ont rapidement fait comprendre où étaient mes priorités. Ma place n’est nulle part ailleurs qu’ici, en Investigation. »

Malgré la gravité latente de ses mots, la voix d’Eileen était restée calme et posée. Il y avait bien longtemps que l’Irlandaise embrassait sa ‘destinée’. Elle ne regrettait aucun des choix qui l’avaient menée jusque-là, elle était faite pour ça.

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Autrefois, Alice n’aurait jamais éprouvé la moindre difficulté à soutenir le regard d’Eileen ni même de qui que ce soit. Aujourd’hui, elle était tout juste bonne à se lever le matin, les nerfs de tout son corps éprouvés par un mal dont elle ne voulait pas voir le visage.
La gorge nouée, son masque toujours bien en place, Alice écouta à quel point ses souvenirs d’Eileen, sa connaissance en son ancienne recrue étaient minables. Comment Alice avait-elle pu croire un seul instant qu’elle était en position d’émettre des hypothèses sur le futur d’Eileen ? Elle était déjà incapable de savoir de quoi le sien serait fait. Son regard resta fixe sur l’épaule d’Eileen, cette dernière observant le jardin.
Alice ne devait pas être ici, aux côtés d’Eileen. Cette pensée la fustigeait inlassablement. C’était dangereux. C’était idiot. C’était une bêtise qu’elle ne se pardonnerait pas une fois seule. N’avait-elle pas convenue avec elle-même qu’il lui fallait rester seule aussi souvent que nécessaire, pour chercher la guérison dans le silence ? Parjure à sa propre volonté.

L’aveu d’Eileen fit sauter le coeur d’Alice dans sa poitrine. Son regard remonta doucement pour observer l’ancienne Poufsouffle. Alors… Alice ne s’était finalement pas tant fourvoyé que cela ? Le Monde change les enfants, et Eileen n’avait pas échappé à la règle. Alice déglutit. Comme elle, Eileen avait décidé d’offrir de sa personne pour aider et lutter contre l’injustice.
Était-ce bien cela ? Alice ne se trompait-elle pas, cette fois ? Eileen parlait avec tact sans chercher à donner à sa parole le poids d’un choix mûrement réfléchi. Comme si il s’agissait là d’une évidence.
Rien n’aurait pu mieux définir Eileen que cette aveu.

« Je comprends. »

Comprendre ? Comprendre quoi, au juste ? Que d’autres étaient parvenu à faire un choix guidé par leurs idéaux quand d’autres, plus lâches, en étaient incapable, ou avait abandonné le combat pour partir jouer les grandes dames de l’autre côté de la Manche ?
Eileen avait changé. Alice avait régressé.
Le constat était douloureux.

« Avant tout cela, et encore longtemps après, je voulais devenir draconologiste », avoua Alice, cherchant à donner vie à une discussion qu’elle cherchait pourtant à éviter. Mais son besoin de justification l’emportait sur son envie de silence. « Au final… me voilà en Art du Duel, avec la conviction de pouvoir changer le monde en pariant tout sur une hypothétique victoire au Tournoi de l’Excellence ». Un rire sans joie franchit les lèvres pâles d’Alice. « Ton combat est un poil plus ancré que le mien. »

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« Je comprends. »

Les mots d’Alice résonnèrent étrangement aux oreilles de l’Irlandaise. Non pas parce qu’elle se sentait offensée par la réponse de la Sangblanc à l’explication de son choix de parcours, loin de là. Simplement, elle ne s’était jamais imaginé que quelqu’un puisse réellement la comprendre. Et bien qu’elle ne sache pas si c’était vraiment le cas, il était tout de même étrange pour Eileen de se le figurer.

Certes, certains de ses amis les plus proches connaissaient son parcours, les épreuves traversées et les obstacles surmontés. Mais entre savoir et comprendre, il y avait un monde. Et jamais Eileen n’en voudrait à ses proches de ne pas la comprendre, ni les choix, parfois stupides, qu’elle avait pu faire. Elle leur était d’ailleurs éternellement reconnaissante d’être à ses côtés malgré tout, et ne leur souhaitait en aucun cas d’avoir le vécu nécessaire pour pouvoir la comprendre.

Même si elle ne connaissait pas vraiment sa cadette, ni son histoire, Alice était peut-être l’une des seules personnes à pouvoir prononcer ces mots en en mesurant toute la portée. Après tout, elle avait fondé le MERLIN. Ce n’était pas un acte anodin, mais le début du révolution personnelle.

Doucement, la châtain détacha son regard de la végétation verdoyante pour retrouver celui d’Alice.

« Peut-être oui, » dit elle, sans apparat.

Puis, à la surprise de l’Irlandaise, ce fut au tour de la jeune femme assise à ses côtés de livrer une part d’elle-même. Une vague de tristesse la frappa alors de plein fouet. Si Eileen n’avait jamais réellement espéré devenir autre chose qu’enquêtrice, et ce, en raison de son enfance et de son passé, Alice, elle avait nourri d’autres rêves qui lui avaient été arrachés. Ce constat fut le rappel aussi nécessaire qu’inutile que son combat était loin d’être terminé.

Sa surprise ne fit que décupler à la mention du tournoi de l’Excellence. Alors, elle aussi avait tout misé sur l’espoir qu’elle en atteindrait le sommet. La Première Année ne s’en rendait pas encore compte, mais les deux jeunes femmes partageaient le même objectif. Elles n’étaient, en réalité, pas si différentes l’une de l’autre.

« L’est-il vraiment ? » Demanda l’Irlandaise, sourcil arqué, le regard toujours planté dans celui de la Sangblanc.

La question, Eileen se la posait autant à elle-même qu’à Alice. Son combat était-il plus ancré ? Son adhésion à l’UDS lui vint aussitôt à l’esprit. Si quelque chose rattachait son combat à la réalité, ce n’était ni sa présence à la GEAD, ni son espoir de remporter le tournoi. C’étaient les actions qu’elle avait pu mener avec ses camarades, des actions qu’elle emporterait dans sa tombe, sans que personne n’en sache jamais rien.

Alors peut-être que le combat de la châtain était plus ancré, mais ça, Alice n’en saura rien.

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D’une certaine manière qui échappait à Alice, parler de ces échecs, de ses rêves avortés, de ses choix dangereux apaisait un peu les tourments qui la rongeait. D’ordinaire, elle se sentait mieux lorsque son archet dansait sur les cordes de son violon, ou alors après avoir ingéré un peu de philtre calmant, ou encore lors de ses rencontres hebdomadaires avec sa précieuse Aelle. En somme, Alice avait besoin de ne pas penser. Si seulement elle pouvait arracher ses songes, en faire une pelote et les jeter loin, si loin, et courir dans le sens inverse, de peur qu’ils ne la retrouvent aussitôt.

Ses yeux dans les siens, Eileen lui lança ses quelques mots. Rien de bien conséquent, mais suffisamment pour ébranler momentanément Alice.
Des non dits flottaient entre les deux filles. Une volonté farouche de protéger le monde les liait. Un fil fin, fragile, tremblant. L’une ferait de son corps une arme contre le Mal. L’autre désirait devenir un bouclier ardent.

Eileen… si tu savais à quel point je t’envie. Ton regard est droit. Ta volonté n’est pas soumise au doute. Ton regard en dit long, et j’ignore si tu mesures bel et bien la force de tes convictions.
Alice les sentait. Elles embrasaient les siennes, poussiéreuses et rachitiques. Elles faisaient vibrer cette misérable et exécrable jalousie. J’aimerais ne plus douter, murmurait-elle souvent. J’aimerais avoir les épaules assez solides pour tout porter. Oh, oui, Alice en était convaincue depuis quelques temps désormais, mais voilà qu’à présent, elle n’en démordrait plus : Eileen porterait toujours le visage de ses échecs.

Alice baissa les yeux sur ses genoux. Elle inspira douloureusement, une main venant couvrir sa gorge pour y sentir son cœur battre. Elle avait envie de dire tout cela à Eileen. Dire ce qui pesait sur elle, une fois, juste une fois. Lui dire à quel point elle l’enviait, ô combien elle avait honte d’être là, à côté d’elle, si forte et pleine de conviction. Lui dire qu’elle voulait voir flamber le pays mais ne savait plus si elle en était tout à fait capable. Lui dire que si elle échouait au Tournoi de l’Excellence, elle ne saurait plus dans quoi puiser son courage. Lui dire qu’elle aussi, elle en était capable, oui ! Car elle l’était, Circée ! Quand bien même ses convictions se heurtaient contre ce mur que l’esprit avait dressé entre elle et le monde.
Elle avait envie. Grands Ancêtres, ce qu’elle en avait envie.

« J’aimerais qu’il le soit tout autant », répondit-elle après un temps. « Ou seulement être assurée que tout cela servira à quelque chose. » Mais tant que la Capitale ne sera pas en flamme, Alice n’en seras jamais sûre.

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