Privé Le temps des feuilles

8 octobre 2050

L'éclat de feu embrasait les cimes dans l'onde scintillante. Ici et là, des perles formaient un écrin aux rayons solaires, jalousement conservés, tels les miroirs ensorcelés de ce qui avait été la journée. Bientôt, Psyché pleurerait le long des bras décharnés, rejoignant Perséphone dans son royaume de nuit.

Une main, minuscule et pâle, s'étendit maladroitement à l'adresse de ces branchages grelottant. Le vent la faisait glisser, danser dans un doux courant à l'odeur musquée. Contractées par le froid, les molécules emprisonnaient ces parfums boisés pour en décomposer de terreuses particules, derniers témoins de ce que furent des végétaux mourants. Certains s'accrochaient encore, chant du cygne dans le vent, telles des invitations voyageuses pour une Aiglonne rêveuse. Elle aurait aimé enlacer les noeuds de ce tronc, s'y glisser pour explorer les branches, suivre des doigts une pulpe d'écorce, lire dans les veines les souvenirs d'années estudiantines qu'elle ne pourrait jamais connaître.

Dans un silence transi, elle papillonna vers l'aurore déchue qui tapissait déjà l'herbe. Un livre lui revint en tête, comme le murmure d'une Mnémosine nostalgique. Au coin du feu, dans sa maison en Irlande, l'histoire d'Oz. Ses propres souliers glissaient dan la mélasse d'or et de rouge mêlés. Au bout de la route, trouverait elle un brin vert ? Dessous les pavés, était-ce la magie qui s'éveillait ?

D'un oeil, la Née Moldue chercha une sorcière à la peau émeraude, des singes volants. Ne trouvant que des humains aux écussons flamboyants.

Elle attrapa une feuille, la retourna. Une fois, une amie de sa famille lui avait lu un poème sur le temps qui passe. Sur un Automne malade se fondant en manteau blanc, revêtissant le brame de cerfs, avant de se parer de fruits mûrs. Le temps était il un cercle éreinté par son aiguille ? Elle vérifia le soleil, se remémora l'arc de la Terre. Bulle après bulle, globe après globe, Chronos n'était il finalement qu'une roue à tourner ?

Saïph s'intéressa à nouveau à sa feuille. Le temps était il, sinon, à l'image des nervures qui ressemblaient à s'y méprendre au dessin d'une vallée ? La jeune fille sourit doucement. Elle préférait cette image au sablier.

Déjà le jour déclinait, pâle et malade. Il perdrait, deux saisons durant, sa guerre face à la Lune. La nuit prendrait ce domaine, écaillant le ciel d'un voile poudré d'ivoire. Un temps pour les âtres chauds et crépitants. Un temps pour s'y regrouper, plaid sur les jambes, livre, tricot, dessin dans les mains.

La sorcière aimait cette saison. C'était sans aucun doute sa favorite. Moins d'odeurs, mais plus piquantes. Des couleurs fauves. L'humidité. Des conserves et bocaux plein les étagères, le bois derrière le foyer, à portée de main, à l'abri de la pluie. Elle aimait voir rouler les bogues, ces maisons choupissons pour les châtaignes. Elle aimait trouver un nouveau coin à champignons. Elle aimait les ramener chez elle et les faire sécher.

Saïph sourit doucement, inspira par la bouche. Voulut se remplir de cet air frais qui, prochainement, deviendrait froid. Sa baguette sembla vibrer avec elle et elle se demanda un instant quel sortilège conviendrait à l'émotion qui l'habitait. Sérénité, nostalgie. La bibliothèque lui apporterait certainement une réponse à cela.

Les pieds encore ancrés dans le sol, son esprit s'était évaporé dans les rayons et les volumes. Partagé, comme d'habitude, entre sa nouvelle idée et l'envie de profiter du moment. Le temps était ainsi. Il ne cessait de filer, composant un habit tantôt blanc, tantôt ocre, jamais complètement neutre.

Brusquement l'adolescente attrapa l'instant, et laissa ses pas trouver d'autres feuilles aux odeurs parcheminées.

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Saïph - 2e Année RP Promo 2049-2050 - Fiche PR
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