8 défis: 1 graffiti

« À Casadelspiritu ? » Cette bête répétition lui échappe. Une réaction raisonnée, alignée avec ce qu’il pense lui convenir, aurait été de se retenir, se taire ; comme la dernière fois, chez Fortarôme. Il n’avait pas relevé, émis aucun commentaire ; une conversation qui a beau dater, mais dont il se souvient parfaitement. Le Brésil. Ce n’est pas la première fois qu’une sorcière récemment sortie de Poudlard évoque son accès à une institution magique du lointain. Un programme d’échanges, avait-elle dit ? Il n’avait pas eu envie d’en savoir plus. Un an et demi plus tard, voilà la deuxième fois qu’il a vent de… cette contradiction que son esprit ne veut pas assimiler. Poudlard avait été pour lui une prison, qui ne savait qu’enfermer. Au nom de la protection, peut-être – une sûreté par ailleurs fort discutable, considérant ce que ses murs avaient accueillis et laissé se dérouleur sous les rétines sensibles de la jeunesse– ; mais il se souvient de l’enfant enrageant de subir tantôt l’interdiction de rentrer lors des congés, tantôt la suspension de toute excursion, tantôt la perte du droit de porter sa baguette appliquée jusqu’aux étudiants majeurs. Poudlard n’ouvre pas les horizons, il les étrique. Tel avait été le jugement forgé d’après ses années passées au château. Au point de soupçonner en toutes perspectives le potentiel d’une prison. Les études en sont-elles ? Il ne le saura jamais. Après avoir expérimenté ce qu’il pensait être la liberté la plus radicale, celle de la vie maritime, il avait compris que le sentiment d’entrave était une sale bête résistante, insidieuse, qui trouvait toujours le moyen de lui tenir compagnie, quelques soient ses choix. C’est quoi, être Libre ? Il n’a toujours pas trouvé.

Il ne peut pas ouvrir cette boîte. Non seulement parce qu’il a décidé de bannir ce qui se rattache au collège de son vocabulaire de conversation – et qu’il est du genre prêt à s’investir dans l’abattement d’une liste de défis plutôt que de prendre le risque de glisser sur ce terrain – mais aussi parce que cela ne pourra que lui rappeler qu’il est responsable d’une part de ses propres chaînes. Qu’il ne peut plus découvrir par le voyage. Que le simple fait de devoir désormais déclarer aux autorités sorcières son intention de franchir une frontière constitue une montagne face à laquelle il n’est pas disposé à lever un petit doigt.
« Je n’ai jamais vu d’œuvres enchantées venant de là-bas. » conclut-il dans une tentative de désamorcer ce que son ton interrogatif aurait pu déclencher ; décidé à se recentrer sur le thème des couleurs.

« J’imagine m’aventurer du côté du rosoyant ou pourpre, en passant par des nuances vert-bleu. Comme un feu nuageux, pour les dégradés, en suivant la progression du spectre des ondes lumineuses. Avec des cœurs plus intenses, dont la chaleur se dissipe. La couleur, c’est comme les potions, on peut toujours arriver à la nuance souhaitée en mélangeant les bons pigments. Je suis d’accord que ça ne rendrait pas idéalement dans des tons trop ternes. »

Trop curieux de voir son athlète de Quidditch prendre forme pour aller chercher aussitôt l’aval de leur hôte, Hjúki la regarde donner vie au personnage sur son carnet, dont il apparaît de plus en plus clairement qu’il s’agit d’un batteur. Il n’a beau ne pas suivre d’assez près le sport pour en maîtriser les subtilités, l’accessoire qu’il brandit ne laisse guère place au doute. D’autant que le bibliothécaire vole, s’entraîne à esquiver les obstacles avec un cognard d’entraînement, son ignorance n’est pas entière en la matière. Alors que les contours se font de plus en plus définis, que son expression se détaille, le jeune adulte perçoit l’absence d’un élément, d’où éclot une interrogation d’importance. « Tu penses dessiner un cognard ? s’il bouge aussi férocement que les modèles, ça pourrait créer la zizanie dans la fresque. » Si batteuse est l’une des facettes de l’identité d’Ali, en outre d’artiste, il n’a à première vue pas l’impression d’un autoportrait. En quête de détails, il se demande s’il elle a insufflé de soi, cherchant instinctivement du côté du regard plutôt que de la tenue, mais il n’est pas sûr de le discerner. Ses yeux vairons sont pourtant si … Oh ! Bien sûr, un clin d’œil à la fois discret et univoque. « Je viens d’y penser, par rapport aux couleurs. Je pourrais y glisser la nuance de nos iris ? » Intégrer des nuances de bleu ne devrait pas être compliqué ; quant au brun… il voyait bien comment recourir aux éclats mordorés à l’orée d’une lumière mourante.

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L’Etudiante redressa la tête à la répétition de Hjuki. C’est qu’elle ça lui paraissait tellement naturel, elle ne se rendait pas compte de la chance qu’elle avait eu en ayant un correspondant AMICO, en allant au Mexique voir cette école si différente de Poudlard, de goûter à cette culture et d’y découvrir l’amour de sa vie. Du moins la personne qui aujourd’hui encore fait vibrer son cœur malgré la douleur que leur histoire procure à la jeune Delphillia.

Le garçon enchaina rapidement sur le fait que peu d’œuvres venaient de sorciers du Mexique et ce n’était pas étonnant, ce n’était clairement pas leur domaine de prédilection. Malgré tout lors de cette fête des fleurs, ils avaient permis à chaque école d’exprimer un peu de son art.

-Oh, c’était lors de l’échange AMICO avec les écoles du monde. J’ai la chance d’aller là-bas, mais ce sont surtout les sorciers de Walmamba qui peignaient. Mais ils ont proposé toute sorte d’activités créatives.

Elle fit une pause, l’échange AMICO est né lors de sa sixième année, donc il était plus que probable que le jeune n’ai pas eu accès à cette ouverture de l’école au monde magique.

-Le programme ne devait pas exister quand tu étais à Poudlard. Elina à au moins apporté l’ouverture au monde en tant que directrice.

Elle offrit un fin sourire à l’adulte alors que lui observe son dessin. Elle termine de le peaufiner alors qu’il fait un commentaire qui surprend Aliénor. Elle termine son dessin en ricanant dans sa barbe. Mais quand il dévoile une nouvelle idée, elle se redresse d’un coup. Jouer avec la nuance de leurs iris ?

-C’est une super idée !

Elle se lève de sa chaise pour se planter devant son binôme d’une soirée. L’idée étant de voir ces yeux auxquels elle n’avait pas tant fait attention que ça jusqu’à maintenant. Bleus. Mais pas le même bleu que le sien. Si son œil gauche était d’un bleu franc assez clair, les siens étaient plus foncés, comme le début d’une nuit, quand le ciel se pare de ces couleurs les plus nobles.

-Bleus nuit. Joli.

Elle s’écarte de lui, sans ce soucier de cette proximité qu’elle venait de forcer à l’homme. Puis un sourire mutin se dessine sur ces lèvres. Son regard retombe sur son joueur de quidditch.

-En revanche je ne t’imaginais pas un esprit aussi chaotique. Mettre un cognard dans cette fresque c’est un peu trop dangereux pour tous ces pauvres personnages.

Elle lance une œillade en coin à Hjuki en secouant la tête de gauche à droite. Décidément, infini cachait bien son jeu.

-Lui donner une batte je pense que c’est déjà assez dangereux.

Elle pose sa main sur le carnet avant de le faire glisser sur la table pour le ramener vers elle. Il serait très bien comme ça. Au moins si l’un des habitants de cette fresque l’embêtait il pourrait se défendre sans mal. Ce serait parfait comme ça.
Dernière modification par Alienor Delphillia le 1 déc. 2025, 19:05, modifié 1 fois.

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Les peintures de Walmamba n’avaient pas plus été exposées au regard du bibliothécaire que celles de Casadelspiritu. Du temps de la directrice prédécesseuse, il y avait bien eu de rares cours de Magies du Monde, qui n’étaient pas assortis d’excursions en conséquence, mais ils sont si lointains que le jeune mage est loin d’être capable d’en restituer le contenu sans omission, ou d’énoncer ne serait-ce que les localisations et leurs spécialités. Peut-être que sa pédagogie, sa façon de transmettre ne lui correspondait pas. L’évocation d’un second nom éveille néanmoins un souvenir plus récent, datant d’à peine deux mois. Une expérience plus sensorielle, marquante, qui avait laissé une empreinte forte et prégnante face à laquelle l’impression d’une heure d’assise sur un banc d’école peut difficilement rivaliser. « Aldalbah » prononce-t-il avec hésitation. Quelques syllabes inscrites sur un fascicule de présentation de spectacle, dont il est n’est pas certain de la prononciation, ni de la bonne restitution du nom. « J’ai vu leur art » Sans Seán, il aurait laissé passer l’occasion d’apprécier les arts magiques d’ailleurs. Quand Ali lui parle de peintures de ces deux écoles, il prend d’autant plus conscience que ce sont des horizons à découvrir. Pas meilleurs ou supérieurs à l’art moldu, qu’il tient en haute estime ; mais différents, méritant d’être vus. « Cet été, la Salle de Spectacle a invité des artistes sorciers venant d’Asie, d’Europe et d’Afrique. L’une des œuvres avait été forgée par d’anciens élèves d’Aldalbah. Une représentation incroyablement riche, une facette circassienne, un tissage remarquable. Ils avaient tant à montrer que c’était peut-être… un peu trop ? Pour vraiment apprécier et voir tous les détails et techniques essaimées sur scène. Je ne sais pas si tu as eu l’occasion d’y assister. Le Serpent. » Aussi plaisantes soient ses conversations avec le danseur corcagien ; il n’a pas souvent l’occasion de deviser art magique avec une mage.

« Je suis content que l’idée des iris te plaise » ajoute Hjúki en souriant après l’examen visuel imposé par sa partenaire, dont il découvre réciproquement avec plus de détails que jamais les nuances dont ses perles vairons sont parées. Il est rare de franchir cette ligne de proximité à partir de laquelle les motifs uniques cachés au fond du regard deviennent décelables, et elle se l’est permis sans ambages. Parce que c’est elle, il n’en ressent pas de gêne ni ne s’en offusque. Ali est directe, franche, mais pas… intrusive lorsqu’elle agit sans pincettes. « Je ne sais pas si le cognard aurait passé la validation, c’est vrai que tu lui offres déjà une grande liberté de mouvement et d’action. »

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Aldalbah, l’école de Paraneh et là où Deryn s’est rendue durant les échanges. La culture du moyen orient fascinait aussi la jeune fille qui rêvait d’y faire un voyage. Enfin, ces voyages au Mexique puis au Portugal lui donnait de plus en plus envie de découvrir le monde et ce qu’il pouvait lui offrir. Mais les portoloins n’étaient pas gratuits. Une chose était certaine pour la jeune fille, elle ne passerait pas toute sa vie en Grande-Bretagne. Elle ne savait pas quand, mais un jour elle espérait avoir l’opportunité de jouer dans une autre ligue que la Britannique, pourquoi pas la ligue européenne ? Ou la ligue asiatique même ? Mais ça, elle ne pouvait que l’espérer pour le moment et tout faire pour que cette pensée s’épanouisse, aujourd’hui elle en était bien loin.

Elle sourit à Hjuki, vu leur art ? Elle ne savait pas de quel type d’art il parlait, mais il avait l’air particulièrement sensible à tout ce qui touchait à l’artistique. Elle savait qu’il dansait, qu’il appréciait le maquillage, pour ce qui est du reste, elle n’avait aucune idée de ces pratiques ou non, mais il n’était pas nécessaire de pratiquer pour se passionner.

-Non je n’ai pas eu l’occasion, je ne fais pas souvent de spectacles. A tord très certainement, mais je suis concentrée sur le sport et le quidditch. Mais je note, il faut que je me renseigne sur les spectacles, ça devait être tellement immersif.

Oui elle se concentrait sur le sport et ce n’était pas un mal. C’était ce qui la faisait vibrer le plus finalement. Même si elle appréciait l’art, la danse, le chant, la peinture. Mais ce n’était pas ce qui l’animait au plus profond d’elle-même. Mais c’était la richesse du monde non ? Que chacun ait ces amours, ces passions qui font naitre tout ce qu’on a à découvrir aujourd’hui.

-Oui, un balai c’est déjà pas mal de libertés en effet.

Elle pencha la tête sur le côté en observant son petit bonhomme perché sur son balai et brandissant sa batte. Quelque part il lui faisait penser à tous les batteurs qu’elle avait connu dans son équipe. Un peu de Jeffrey, un peu d’Edmund, un peu d’elle très certainement, un peu d’Ambre aussi. Elle n’avait plus de contact avec eux. Plus aucun… Une certaine nostalgie s’immisça dans le cœur de la jeune fille qu’elle chassa rapidement en se reconcentrant sur leur œuvre.

-Pour les couleurs tu vois ça comment ? Brun et bleu ce n’est pas très évident à dégrader… Soit on part du plus clair au centre, avec le bleu qui va au bleu plus foncé et soit on dégrade du brun foncé avant le noir, ou alors rajouter comme des filaments autour bruns plus ou moins clairs ? Ou alors on part du foncé vers le clair ? Ou encore plus représentatif, un côté bleu, un côté brun et le lien serait dans le bleu plus foncé ?

Brun et bleu, dans tous les cas mélangés ça fait un espèce de gris marroné vraiment pas joli. Dans tous les cas il fallait jouer avec le contraste pour que ce soit agréable à l’œil. Même si le bleu clair et le beige offrait un contraste plutôt heureux et intéressant.

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« Certains arts sont sportifs. L’un des spectacles de la saison estivale, proposé par une compagnie française, était précisément sur balais volants. La prouesse nourrit un narratif ou la construction d’un tableau scénique plutôt qu’un score, mais ce ne sont pas des domaines toujours si éloignés. » La danse de théâtre a bien des pendants sportifs, que ce soit le patinage artistique, la gymnastique rythmique ou la natation synchronisée. Si les compétitions d’athlètes sont soumises à des contraintes et figures imposées, l’art sportif du cirque explore sans limites en forgeant des acrobaties que les règlements ne permettent pas. Dans l’autre sens, il doit être possible d’assister dans une rencontre de Quidditch à un jeu artistique, selon la façon dont les feintes sont accomplies, dont les formations se dessinent. D’après Seán, il arrive que les cirques moldus récupèrent des athlètes en fin de carrière sportive, qui ne peuvent plus concourir pour les points, mais dont les capacités ont encore à offrir dans le domaine du spectaculaire et artistique. « Les sens étaient sollicités de toutes parts, c’était très immersif. Selon le type de spectacle, certains ne dépayseraient pas tant par rapport à une rencontre sportive. » Si les athlètes sont acclamés après une action, il arrive que la qualité d’exécution de tel enchaînement technique sur scène soit applaudie. Hjúki visualise mentalement des images célestes, nocturnes et diurnes, et la façon dont les teintes y cohabitent, avant de répondre à ses réflexions sur la couleur.

« Hum… quand je pense à la lumière, on peut trouver des notes de brun dans l’éclat crépusculaire, autour de l’orangé, avec des éclats dorés ou cuivrés. Si on imagine plusieurs foyers lumineux dans la Nébuleuse, il pourrait en avoir autour du bleuté en fonçant vers l’extérieur, et partant de l’orangé pour tendre vers le marron. Pourquoi pas une dominance de tons bleus étoilés sur une aile et une dominance de tons bruns orangés sur l’autre pour rendre les côtés en effet. »

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Elle ne pouvait pas dire le contraire. Quiconque avait vu le corps d’un danseur pouvait affirmer qu’il était autant athlète qu’artiste. C’était certainement ce qui faisait toute la complexité de la danse d’ailleurs. Quand aux ballets aériens… C’était assez différent à ces yeux, peut-être que jouer sur un balai durant toute ces journées la rendait imperméable à ces prouesses artistiques. Elle hocha donc simplement la tête aux mots de Hjuki tout en levant les yeux vers le coin de fresque sur lequel ils auraient le droit de dessiner aujourd’hui. Malgré tout elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer des spectacles colorés d’autres pays, des façons d’aborder l’art d’une toute autre façon.

Puis l’image des katas lui vint en tête. Elle qui faisait du karaté depuis plusieurs années maintenant, elle s’entrainait à des des tas d’enchainements précis presque chorégraphiés, pousser son corps dans des angles inconnus. Est-ce que ça pouvait s’apparenter à de l’art ?

Son attention retourna à l’homme quand il évoqua à nouveau la peinture, enfin, la lumière. Lumière si difficile à retranscrire en un tableau… Le crépuscule, l’orange. C’était bien plus vibrant que le brun qu’elle avait en tête. Bleu et orange, des couleurs complémentaires, encore plus complexes à fondre l’une dans l’autre. Aliénor arqua un sourcil, perplexe mais laissant à infini le temps de terminer. Plusieurs foyers lumineux ? Elle était donc là sa solution. Aliénor se plaça face à la fresque, fit un pas en arrière pour caler ces fesses sur le rebord de la table et plaça ces mains de chaque côté de ces hanches.

-De l’orange au marron, du bleu clair au foncé. Ça fait une jolie dualité et ça ressortira bien. J’avoue que tu m’as convaincu au doré et au cuivré, j’adore ce genre de teintes en accentuation.

Elle se tourna alors de nouveau vers la table, attrapa son matériel de peinture et sorti des teintes qui correspondraient à leur projet. Elle les aligna sur la table, séparant les teintes bleutées des teintes plus chaudes, orangées, marronées et même jaunes/dorées. Elle se redressa, prenant de la hauteur sur l’ensemble des tubes alignés.

-Oui ça sera joli.

Elle sourit et tourna la tête vers Hjuki. Elle était contente de faire ça avec lui, un bon binôme pour une belle peinture. Reposant le syeux sur son matériel elle se rendit compte d’une chose. Le peu qu’elle peignait à l’ISMI, elle se servait de son bureau comme palette. Ça n’entraînait aucune conséquence, la magie avait ça de bon que nettoyer devenait d’une facilité déconcertante. Mais est-ce que Chris lui ferait confiance et la laisserait faire ces mélanges de peinture sur une des tables de son précieux bar ? Elle avait des doutes.
Elle passa une main dans ces cheveux en se tournant vers Hjuki, une moue coupable sur le visage et des yeux entre le rire et la gêne.

-J’ai pas pris de palette. Dans ma chambre je fais les mélanges sur mon bureau et je recurvite après. Au pire on ne lui dit pas ?

Pourquoi diable cette idée lui paraissait si amusante ? Jouer avec le cœur de Christopher ne serait certainement pas une bonne idée. Mais elle imaginait tellement sa tête en arrivant vers eux et en voyant sa table de bar transformée en une palette géante remplie d’une multitude de couleurs orange ou bleu. Il serait capable de trouver ça beau ce fou. Elle secoua la tête de gauche à droite avant de se redresser et se pencher sur le côté pour voir ce que faisait l’employé du bar.

-Bon, Chris tu valides ?

Elle avait parlé fort. Assez fort pour faire lever la tête du seul autre client du bar à cette heure-là. Ou peut-être y en avait-il deux ou trois. Peu dans tous les cas et ils n’avaient pas besoin d’un serveur à temps plein là non ? Il leur fallait juste le go pour laisser s’exprimer leur talent artistique. Elle fit glisser le carnet vers elle, ouvert sur les pages des croquis et le leva au niveau de sa tête. C’était beau il ne pourrait pas dire le contraire. Elle se doutait même qu’il n’imaginait pas qu’elle avait un quelconque bagage en dessin.

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Un sourire apaisé se dessine sur ses traits, bien moins emprunts de doute ou d’indécision qu’à son arrivée, en l’entendant comprendre le jeu de nuances évoqué. Partant du flou, de son manque de conviction ou de projection arrêtée, l’échange avec sa partenaire, dont il ne redoute ni jugements ni objections émis par autorité, a été propice à libérer et guider son inspiration, avec une fluidité que le bibliothécaire n’arrive pas à frôler en réfléchissant seul. Ils sont parvenus à bâtir ensemble une esquisse définie, à savoir où leur mèneraient leurs coups de pinceau. Sa vague volonté initiale d’imperfection ou d’asymétrie est assouvie. Un papillon est orné de motifs trop parfaits et beaux qui se reflètent à l’identique. Avec la Nébuleuse, en chaque côté se développe un spectre d’ornements et couleurs propres, qui ne répondent pas à l’impératif d’ailes strictement définies, de composition régulière que présentent ces créatures. Les couleurs lumineuses offrent un sacré champ des possibles et une belle liberté ; mais il faudra prendre en compte le fait que les pigments colorés sont régis par d’autres règles. Les teintes fondamentales en encre s’accumulent en s’obscurcissant, alors que celles lumineuses forgent l’éclat blanc, celui qui se diffracte en arc.

Mélanger à même le bureau ? le jeune adulte hausse un sourcil. Mêlant pour sa part plutôt les encres que la peinture, beaucoup plus fluides, le faire dans des coupelles ou fioles lui paraît plus approprié que les étaler sur le bois. Surtout que… ses doigts en caressent la surface, tentant de sonder leur perméabilité. Est-ce que le Pitiponk est adepte des sous-verres ? En outre d’avoir très peu fréquenté les lieux, ce n’est pas un élément qui a vraiment retenu son attention. Toujours est-il que si des bars y tiennent, c’est que leurs tables sont… sensibles, poreuses ? risquent de ‘boire’ ce qui s’étale sur elles. Quel tenancier verrait la rentabilité à vernir et laquer ses surfaces pour une parfaite étanchéité….
« Je crains que les pigments ne s’infiltrent si les tables ne sont pas vernies ou protégées adéquatement. » Ils ont beau être sorciers, un flacon d’encre qui se répand sur une matière qui absorbe tâche et imbibe quand même. Et il lui semble qu’il est plus difficile de venir à bout d’une incrustation en profondeur. Hjúki s’empare de sa boîte de peinture [note : pour visualiser, un modèle simple type Pélikan], celle pourvue de quelques disques, un choix moindre face à la variété des tubes d’Ali, mais d’un mérite pratique indéniable en cette situation. En l’ouvrant, la base dévoile quelques palets colorés, mais c’est le couvercle marqué par la présence de petites cavités qu’il détache et montre. « Il n’y a pas énormément de sections, mais je crois que ça fait palette. » En tournant la tête vers la salle, il se demande où rôde leur hôte. Assez proche pour avoir entendu et émettre un avis sur un possible mésusage de la surface de ses tables ? D’une certaine façon, des traces pourraient être perçues comme un ornement abstrait, mais il faut croire que leurs prédécesseurs sur la fresque n’ont pas eu pareille idée. Ou trouvé le moyen de nettoyer impeccablement. Enfin, le plus important réside surtout dans l’obtention de son aval pour appliquer leurs pigments sur le mur, leur surface destinée.

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Aliénor hausse simplement les épaules à la remarque de Hjuki, le regard posé sur la table avec une petite moue déçue. Ça aurait été ben plus drôle. Christopher lui, sursaute quand Ali l’interpelle ce qui fait apparaitre un grand sourire sur les lèvres de la jeune fille qui se retiens tout de même de rire. Elle fait glisser le carnet vers lui avant de poser les yeux sur la petite palette de son binôme. Petit mais fonctionnel, elle n’en attendait pas moins de lui. L’employé du bar inspecte le dessin et pose quelques questions, notamment sur les couleurs.

-On part sur du bleu et du brun-orangé pour le contraste.

Elle coule un regard vers Hjuki pour qu’il complète si jamais il se sens de faire à Christopher un résumé de leur discussion. Connaissant Christopher, tant qu’ils ne partaient pas sur du rose fuchsia et de jaune pétard ça lui irait. Rien de trop tape à l’œil qui reste en cohérence avec la fresque. Et visiblement ça lui va, il tourne la tête vers Hjuki et le complimente sur son idée, avec un petit clin d’œil qu’Aliénor qualifierait de charmeur. Mais comme Christopher est charmeur avec absolument tout le monde ça ne change pas trop.

Aliénor, elle, tourne à nouveau la tête vers la fresque. Il lui semble que nombre de personnages tournent la tête vers eux, comme pour tenter de voir en avant-première le futur petit nouveau. Voilà qui fait sourire la jeune fille que la voix de Chris ramène sur leur projet.

-Vous voyez le grincheux qui froncent les sourcils, là ? Je l'aime pas, sa tête me revient pas. Alors faites en sorte que votre joueur envoie le cognard vers lui.

Christopher désigne un personnage à la longue barbe qui semble se renfrogner quand Aliénor le cherche du regard. Attendez quoi ? Il a dit quoi là ? Il veut un cognard dans sa fresque ? La batteuse se redresse d’un coup, comme un enfant a qui on viendrait de faire une surprise. Ces yeux pétillent de malice et elle cherche son binôme du regard. Elle va pouvoir rajouter un cognard ? Elle qui s’était limitée par pudeur, Christopher venait de lui ouvrir lui-même les portes du chaos.

-Bien noté Monsieur !

Dit-elle avec un peu trop d’entrain dans la voix. Il se redresse, l’air satisfait. Il a l’air partant et Aliénor à hâte de s’y mettre. Son regard passe d’Aliénor à Hjuki, puis à la table, puis à Aliénor.

-Si vous peignez sur ma table, j'exigerai d'être remboursé.

Puis il se penche un peu vers Aliénor ce qui la ferait presque se reculer d’un pas, mais elle fait tout pour garder un visage angélique. Il a des oreilles de partout ma parole !

-Et tu sais que j'exigerai beaucoup de Gallions, alors suis les conseils de ton partenaire et mélange la peinture sur sa boite.

Aliénor lève les mains au niveau de sa tête, montrant son état pacifiste. Elle tourne la tête de gauche à droite.

-Jamais je ne peindrais sur ta table enfin… Quelle idée !

Elle rajoute un grand sourire alors que Chris valide finalement leur projet. Un grand sourire sur les lèvres, Aliénor laisse ces mains tomber de chaque côté de son corps et se tourne vers Hjuki. Il serait le premier à travailler, bien entendu, elle serait là pour l’aider en cas de besoin, mais elle avait confiance en lui pour les couleurs, confiance en son sens artistique et en sa sensibilité.

-Infini, je te laisse faire des merveilles !

Elle tend les bras vers la fresque, lui laissant le champ libre pour réaliser sa belle nébuleuse. Elle avait vraiment hâte de voir le résultat, ce serait forcément joli et ça allait apporter de la gaité à cette fresque, ma foi déjà fort animée…

Actions et paroles de @Christopher Hangoover vues avec le joueur

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Le sésame de la validation ne s’avère en somme pas une épreuve si compliquée. Ne se considérant pas vraiment comme un artiste rompu à la création, il n’a pas l’habitude d’entendre des retours sur quelque idée visuelle, d’obtenir une approbation. Il ne sait comment aborder ce sentiment, celui d’un navigateur abordant des eaux encore inconnues qui ne s’est pas encore pris de récifs dans la coque après les premiers miles traversés mais ignore ce qui l’attend plus loin. L’employé parvient à leur accorder sa confiance, alors qu’une part du bibliothécaire doute. Et si ce qui sortait de ses mains néophytes transpirait l’amateurisme au milieu de véritables œuvres ? L’attention glisse sur le batteur, et la satisfaction que suscite l’autorisation implicite de dessiner le fameux cognard chez sa partenaire ne lui échappe pas. Ils ont été presque trop prudents en s’imaginant un veto sur ce point. Hjúki se demande quand même comment un bonhomme de traits et d’encres pourrait irriter au point de mériter de se manger un tel coup. Quel contrôle ont les peintres sur ce qui sort des lèvres des visages déposés sur une surface ? En tout cas, ça promet peu de répit pour le batteur, contraint de se faire tantôt protecteur tantôt offensif pour juguler cet électron libre. À ce compte, ajouter la boîte permettant de sceller les cognards pourrait garantir une pause de temps en temps… Leur hôte n’est pas séduit par l’idée de voir ses tables transformées en support de mélanges abstraits, ce qui surprend peu le jeune adulte, et confirme que ses oreilles traînaient bien à portée de leur discussion. Il suit avec amusement la façon dont Ali se dédouane, comme si l’idée n’avait pas été posée sur la table. Rien qui ne soit d’enjeu pesant, l’échange tient plus d’une forme d’alchimie taquine qui semble exister entre les deux que de l’interdit autoritaire.

Les choses sérieuses commencent. Cet espace vierge prêt à être transformé par le binôme. Le stade du forum des idées est passé, il est temps de poser la première pierre, les suivantes, de s’y mettre sans plus de délai. Hjúki approche et pose la main sur la surface, comme pour jauger sa texture, sa potentielle porosité. Indéniablement, c’est différent de la peau, qui n’absorbe sûrement pas les fards comme un mur accueille les pigments. En gardant en tête la façon dont sa Nébuleuse devrait s’intégrer dans l’ouverture en trompe-l’œil de sa partenaire, il estime les dimensions en dessinant une ellipse de l’index avant de prendre son pochoir pour le soumettre à l’incantation inverse, ‘Amplificatum’, de sorte qu’il occupe le centre en laissant des marges suffisantes autour. En exerçant une pression aussi légère que possible, il marque au graphite les foyers lumineux et ne retranscrit des bords que les coins plutôt que le tracé intégral pour se garantir une certaine liberté dans la façon d’étendre ses dégradés.


« Je laisse le pourtour libre pour que tu puisses intégrer la fissure-fenêtre. »

L’application des couleurs maintenant. En commençant par l’intensité la plus forte, par les épicentres autour desquels se propageront les dégradés et nuances. D’un couvrance qui devrait aisément dominer ses repères au crayon. Il décide de partir des coins opposés de la petite palette pour y figurer les deux pôles de teintes destinées ensuite à être dilués, déclinées, mélangées, transformées vers des couleurs voisines. Cela permettrait d’économiser des cavités pour les nuances proches, variées par un infime ajout. Le bleu intense duquel la froide étoile vous regarde, le jaune carmin duquel l’astre solaire vous éclaire vers son brun déclin ; d’où découlera sa palette. Hjúki s’efforce de ne pas penser trop fort à ce qu’il fait, au contexte dans lequel il se trouve, à ce que signifie cette imprégnation de la fresque d’un bout de soi, de lui et d’elle ; lorsqu’il emprunte un fin pinceau d’Ali, qui lui a proposé plus tôt de lui prêter une partie de son matériel, pour appliquer les premiers points colorés. En pensant aux techniques auxquelles il a été initié par Seán, il se demande s’il ne devrait pas y aller au doigt pour certaines transitions et estompes, comme cela se fait avec certains fards. Un blender de maquillage aurait été particulièrement approprié. Il doit penser à la façon dont le séchage de la peinture affectera les pigments pour ne pas perdre les couleurs qu’il pense capturer. S’efforce de plonger dans le regard vairon d’Ali comme s’il était naturel de noyer ainsi dans ses iris, pour faire justice à leurs éclats quand le dégradé se prête à les accueillir. Fait se rencontrer comme les ondes de ricochets voisins sur un lac le bord des auras qui entourent les foyers lumineux. Se retrousse instinctivement les manches en constatant qu’il risque de prélever des aplats encore trop frais. Alterne entre rapprochement contre le mur pour œuvrer sur un détail et recul de trois pas pour vérifier son intégration dans le grand plan. Les premiers points déposés, de nature presque impressionniste, forment progressivement un motif en amas stellaire de couleurs dégradées au sein de chaque aile, qui finissent par se joindre.

Lorsqu’il recule pour la dernière fois, la Nébuleuse articulée en deux ailes observe discrètement ses observateurs de leurs iris respectifs, dissimulés dans les halos lumineux entourant ses étoiles. Trahissant son manque d’expérience à peindre, ou sa maladresse ; Hjúki n’en ressort pas impeccable. Ses phalanges sont peinturlurées de traces multicolores, la pulpe de ses doigts imprégnée de différents mélanges estompés manuellement, et replier ses manches n’a pas suffi à préserver ses vêtements qui sont ça et là marqués d’une couleur ou l’autre transmise à la fresque. Son état ne se distingue pas tant de celui d’un gamin sortant d’une activité artistique au jardin d’enfants qui n’aurait pas mis sa blouse de peinture. En cuisinant ou confectionnant des potions, il se soucie de ne rien mettre à côté, s’applique, et ne finit jamais avec des échantillons d’ingrédients ou aliments sur le tablier ; alors qu’il semblerait que sa démarche ait été beaucoup moins réfléchie, son esprit bien plus afféré sur la recherche des couleurs et la création des motifs astraux que sur le souci de rester immaculé et soigné. Est-ce que c’est beau, est-ce que ça plaît ? Le bibliothécaire n’ose pas se prononcer de façon trop franche. Il a aimé la liberté de naviguer dans un champ de couleur qui lui avait manqué, n’ayant pas opéré de mélange d’encre et projections depuis un moment ; mettre littéralement la main à la pâte. Ce n’est pas un papillon raffiné, tel qu’une photographie le capturerait, mais une représentation plus brute évoquant une forme tirée du ciel, dans une déclinaison des lumières plus personnelle. Il peut s’y trouver une forme d’harmonie, mais pas dans la symétrie. Celles des vagues atlantiques qui frappent les Falaises de Moher. Irrégulières mais vivantes, percutantes. L’animation magique pourrait même ajouter une touche d’expansion.
« C’est… » Il a du mal avec la fierté, la reconnaissance de son travail accompli. Aucune parole méliorative ne sort, alors que le résultat n’est franchement pas dégueu. Ça existe désormais, c’est un fait. Mais louer l’effet artistique, sa qualité ; il n’a pas l’habitude d’exprimer quelque estime pour ce qu’il fait. « …un fond acceptable ? J’espère que ton batteur et les résidents de la fresque s’y épanouiront. Ça te convient pour faire l’ouverture que tu imaginais autour ? »

8 défis: 1 graffiti
Aliénor hocha vivement la tête à l’indication de Hjuki. Elle s’adapterait à la forme de toute façon. Un trou dans un mur n’avait pas de caractéristiques prédéfinies. Il pouvait avoir toute forme, la taille qui les arrangeait les fissures qui couvriraient de potentielles erreurs… C’était surtout un outil ici et un moyen de suggestion comme si, finalement cette fresque était bien plus grande et étendue que ce qu’elle ne laissait paraitre.

Alors que son binôme commençait avec les couleurs, Aliénor s’approcha de la fresque pour en contempler les personnages. Ils avaient tous leur propre style et des traits plus ou moins accentués par dessin ce qui leur donnait leur identité. L’un salua Aliénor avec un grand sourire en abaissant son chapeau haut de forme sur lequel était épinglé une branche de houx. L’étudiante le salua à son tour avant de poursuivre son observation. Un personnage ressemblait presque à un jouet, à la Pinocchio des moldus, un autre semblait chercher désespérément une chaussette perdue alors qu’un petit garçon aux bois de renne ricanais en tenant ladite chaussette un peu plus loin. Le regard d’Aliénor se posa alors sur le grincheux qui l’observa en biais avant de lui lancer un :

-Tu veux quoi toi ?

Aliénor recula surprise en ouvrant de grands yeux. Puis son visage se crispa un peu. Elle se pencha en avant, collant presque son nez à la fresque pour observer le grincheux.

-Ca sent le sapin pour toi mon vieux…

Elle se redressa, un petit sourire en coin alors que le vieux bonhomme semblait marmonner dans sa barbe. Tu verras bien mon petit gars, quand le joueur de quididtch s’amusera à t’envoyer un cognard en boucle dans la tête. C’est alors que la voix de Hjuki lui parvint à nouveau. Aliénor leva les yeux vers lui avant d’observer son art. Un grand sourire étira les lèvres de la jeune fille qui s’approcha un peu de la nébuleuse qui était apparue.

-Un fond acceptable ? Tu rigoles !

Elle se tourna vers l’homme outrée par ces paroles, un petit sourire presque imperceptible sur ces lèvres mais qui plissait tout de même légèrement le coin de la lèvre de la jeune fille. Ces yeux brillaient de malice, il n’y avait rien de méchant dans ces paroles, mais elle s’amusait déjà du potentiel quiproquo dans l’esprit d’infini.

-C’est génial Hjuki.

Elle se retourna vers la nébuleuse.

-T’as un vrai don avec les couleurs, c’est bien fondu, j’aime beaucoup les dégradés. C’est peut-être juste… Un peu trop scolaire à mon goût.

Elle se recula, prendre du recul était nécessaire pour apprécier une œuvre dans sa globalité. Peut-être était-ce parce qu’il avait peur de faire mal ? C’était beau, il n’y avait pas à dire. Mais Aliénor crevait d’envie de rajouter un peu de spontanéité à cette belle œuvre. Elle tourna la tête sur la table. La palette improvisée, ces peintures. Puis son regard tomba sur sa boite de gouache. Elle avait une peinture qu’elle avait acheté une fois, un coup de cœur qu’elle n’utilisait que rarement parce que justement elle la réservait pour de belles créations. Elle attrapa le tube. Un cuivré lumineux, métallique à souhait, puis un pinceau, assez gros mais surtout avec des poils assez longs qu’elle s’assura de tremper abondamment dans l’eau avant de le sécher légèrement.

-Si c’est moche, t’as le droit de me décapiter.

Annonça-t-elle avant de propulser de la peinture sur la nébuleuse de Hjuki. Aléatoirement des goutes de peintures s’éparpillèrent sur une ligne. Les goutes étaient plus ou moins grandes, aléatoires. Mais n’était-ce pas ça un ciel étoilé ? Aliénor sourit à pleines dents. Elle trouvait ça beau, ça donnait de la vie et du désordre. Elle tendit son bras derrière elle, l’index levé.

-Avant de me décapiter, le fais le contour et mon personnage, après tu pourras faire du hockey avec ma tête.

Voilà qui lui rappelait une mésaventure avec des fantômes tiens. Elle attrapa un nouveau pinceau et une peinture noire, profonde. Elle dessina des contours de la nébuleuse, tentant de cacher le minimum de travail de l’artiste du jour. Quand elle peignait ou dessinait, elle se transformait. Concentrée, comme si le monde autour d’elle disparaissait. Le coup de pinceau était fluide. Elle ajouta des pleins et des déliés, comme en calligraphie mais pour donner de la profondeur au trou. Puis les fissures qui partaient sur le reste de la fresque qui s’affinaient au plus elles s’éloignaient du centre. Plus ou moins grandes, elle peignait au feeling, normalement elle n'était pas trop une dinde sur ce genre de dessin, mais personne n'était à l'abri d'une erreur. Une fois son trou terminé, elle prit du recul.

-Ouais c’est trop stylé…

Elle n’était pas peu fière. Mais le plus dur arrivait pour elle, peindre son personnage et lui donner vie. Elle se tourna tout de même vers Hjuki, comme pour avoir son aval.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel