Le feu contre les ombres
Aux yeux des passants, il ne s’agissait là que d’un rendez-vous entre deux amies, prêtes à transplaner pour profiter de la présence de l’autre loin des regards indiscrets. Peut-être verraient-ils là une scène du quotidien comme on en fait tant à Godric’s Hollow. Peut-être ne prêtaient-ils aucune attention particulière à ces deux jeunes filles que tout opposaient. Personnalité. Physique. Aspiration. Passé. Avenir.
Aux yeux d’Alice, il s’agissait pourtant d’un grand moment tant attendu, autant que redouté. Aelle aurait pu fuir moult fois. Aelle n’aurait pu tout simplement pas venir. Alice ne lui en aurait nullement voulu. Jamais elle ne pourrait lui en vouloir pour quoi que ce soit. Aelle était insaisissable, aussi s’estimait-elle chanceuse d’être de ceux qui peuvent l’approcher sans s’opposer à une résistance farouche.
Alors en voyant Aelle plonger ses mains dans ses poches en réponse à son invitation, Alice ne s’en trouva nullement incommodée. Avec Aelle, Alice se faisait parangon de patience et de compréhension. Elle attendait seulement, sans jugement aucun, sans jamais exiger quoi que ce soit. Elle l’avait fait, il y a quelques mois de cela. Elle avait exigé un nom, ne l’avait jamais eu, et avait blessé Aelle. Plus jamais elle se heurterait à Aelle de cette façon là. De toutes manières, en avait-elle seulement envie ? Voir à nouveau les larmes enragées d’Aelle ? Entendre sa respiration hachée par la douleur ? Grands dieux, il avait fallu passer par là pour se rapprocher d’elle, sentir sa respiration s’apaiser dans le creux de son cou, voir fleurir un sourire là où un cri éclata plus tôt.
La main d’Aelle quitta son refuge pour s’emparer de son bras. Alice la remercia d’un sourire, l’un de ceux qui valent cent mots de reconnaissance. Elle aimait sentir la peau d’Aelle contre la sienne, comme si sa place avait toujours été là. Aucun frisson ne secoua ses épaules, pas plus qu’elle ne sentit le moins inconfort. Alice n’aimait pas toujours le contact. Elle éprouvait même de grandes difficultés à laisser les autres l’effleurer. Seuls quelques rares élus avaient gagnés ce droit. Par affection, naturellement.
Aelle était prête. Alice en doutait. Elle laissa ses yeux plongés dans les siens, ses doigts la serrer un peu plus forte. Ce moment de silence dura peut-être quelques secondes. Aelle ferma les yeux, et Alice ne transplana pas de suite, préférant observer ce visage qu’on lui avait arraché pendant trop longtemps. De longues années, puis de longs mois. Elle laissa son regard vagabonder d’un trait à un autre, embrasser la courbe d’un nez, effleurer chaque cils. Alice sourit. Elle était émue. Émue qu’Aelle soit suffisamment en confiance pour baisser la garde devant elle… et personne d’autre. Elle refusait de croire que quelqu’un d’autre pouvait observer Aelle de si prêt, de sentir sa peau contre la sienne, de fantasmer l’odeur de ses cheveux dans lesquels elle mourrait d’envie de retrouver.
Mais pas ici.
Alice inspira longuement et projeta son esprit là où elle désirait emmener Aelle. Loin de Godric’s Hollow. Loin de l’Angleterre. Loin d’une réalité qui ne les méritait point.
L’instant suivant, leurs corps fut avaler par la Magie. Celle qui les avait toujours liée.
Une fraction de seconde plus tard, le décor avait changé, autant que l’atmosphère. Ici, le vent soufflait, porteur des emprunts maritimes. Les pieds s’enfonçaient dans une herbe tendre sans cesse humide. Seul le chant de la mer au loin et le vent s’infiltrant dans le bois de la vieille écurie rompaient le silence de la vallée.
Fébrile, Alice sentait son épaule heurter celle d’Aelle. Elle serrait plus fort sa main contre son corps, craignant de la voir elle aussi subir les désagrément du transplanage.
« Nous sommes arrivées », murmura t-elle, sa voix venant se nicher dans le creux de l’oreille d’Aelle.
Le regard d’Alice tomba sur le manoir de pierres écossaises qui s’élevait un peu plus loin. Il avait une sobriété à laquelle aucun Sangblanc n’avait jamais été habitué. Alice, bien que née dans un manoir au coeur des landes irlandaises, ne connaissait rien des grandes étendues sauvages. Elle n’avait jamais eu l’occasion de courir à travers les vallées verdoyantes. Pour une jeune femme dont le sang avait prit source dans la vielle Saponie, le constat était d’une grande tristesse.
Ici, Alice aurait pu, Alice aurait dû se perdre dans les landes, arracher ce qu’on lui avait refusé. Mais ce manoir n’était pas là pour cela. Elle n’avait pas vendu Daniel pour cela.
L’estomac malmené par le voyage, Alice n’avançait pas encore. Elle se contenta de jeter un regard vers l’écurie à côté d’elles. Il n’était pas là. Naturellement. Alice pencha un peu la tête sur le côté pour tenter de voir si une silhouette galopait dans le parc. Un sourire amusé se dessina enfin sur ses lèvres, avant qu’elle ne regarde Aelle, et seulement elle.
« Bienvenue dans un nouveau refuge, si tant est qu’un jour tu en aies besoin. » Elle raffermit sa prise sur la boîte de macaron, dont le poids lui ouvrait soudain l’appétit. Elle leva finalement le nez vers le manoir, hésitante.
Aux yeux d’Alice, il s’agissait pourtant d’un grand moment tant attendu, autant que redouté. Aelle aurait pu fuir moult fois. Aelle n’aurait pu tout simplement pas venir. Alice ne lui en aurait nullement voulu. Jamais elle ne pourrait lui en vouloir pour quoi que ce soit. Aelle était insaisissable, aussi s’estimait-elle chanceuse d’être de ceux qui peuvent l’approcher sans s’opposer à une résistance farouche.
Alors en voyant Aelle plonger ses mains dans ses poches en réponse à son invitation, Alice ne s’en trouva nullement incommodée. Avec Aelle, Alice se faisait parangon de patience et de compréhension. Elle attendait seulement, sans jugement aucun, sans jamais exiger quoi que ce soit. Elle l’avait fait, il y a quelques mois de cela. Elle avait exigé un nom, ne l’avait jamais eu, et avait blessé Aelle. Plus jamais elle se heurterait à Aelle de cette façon là. De toutes manières, en avait-elle seulement envie ? Voir à nouveau les larmes enragées d’Aelle ? Entendre sa respiration hachée par la douleur ? Grands dieux, il avait fallu passer par là pour se rapprocher d’elle, sentir sa respiration s’apaiser dans le creux de son cou, voir fleurir un sourire là où un cri éclata plus tôt.
La main d’Aelle quitta son refuge pour s’emparer de son bras. Alice la remercia d’un sourire, l’un de ceux qui valent cent mots de reconnaissance. Elle aimait sentir la peau d’Aelle contre la sienne, comme si sa place avait toujours été là. Aucun frisson ne secoua ses épaules, pas plus qu’elle ne sentit le moins inconfort. Alice n’aimait pas toujours le contact. Elle éprouvait même de grandes difficultés à laisser les autres l’effleurer. Seuls quelques rares élus avaient gagnés ce droit. Par affection, naturellement.
Aelle était prête. Alice en doutait. Elle laissa ses yeux plongés dans les siens, ses doigts la serrer un peu plus forte. Ce moment de silence dura peut-être quelques secondes. Aelle ferma les yeux, et Alice ne transplana pas de suite, préférant observer ce visage qu’on lui avait arraché pendant trop longtemps. De longues années, puis de longs mois. Elle laissa son regard vagabonder d’un trait à un autre, embrasser la courbe d’un nez, effleurer chaque cils. Alice sourit. Elle était émue. Émue qu’Aelle soit suffisamment en confiance pour baisser la garde devant elle… et personne d’autre. Elle refusait de croire que quelqu’un d’autre pouvait observer Aelle de si prêt, de sentir sa peau contre la sienne, de fantasmer l’odeur de ses cheveux dans lesquels elle mourrait d’envie de retrouver.
Mais pas ici.
Alice inspira longuement et projeta son esprit là où elle désirait emmener Aelle. Loin de Godric’s Hollow. Loin de l’Angleterre. Loin d’une réalité qui ne les méritait point.
L’instant suivant, leurs corps fut avaler par la Magie. Celle qui les avait toujours liée.
Une fraction de seconde plus tard, le décor avait changé, autant que l’atmosphère. Ici, le vent soufflait, porteur des emprunts maritimes. Les pieds s’enfonçaient dans une herbe tendre sans cesse humide. Seul le chant de la mer au loin et le vent s’infiltrant dans le bois de la vieille écurie rompaient le silence de la vallée.
Fébrile, Alice sentait son épaule heurter celle d’Aelle. Elle serrait plus fort sa main contre son corps, craignant de la voir elle aussi subir les désagrément du transplanage.
« Nous sommes arrivées », murmura t-elle, sa voix venant se nicher dans le creux de l’oreille d’Aelle.
Le regard d’Alice tomba sur le manoir de pierres écossaises qui s’élevait un peu plus loin. Il avait une sobriété à laquelle aucun Sangblanc n’avait jamais été habitué. Alice, bien que née dans un manoir au coeur des landes irlandaises, ne connaissait rien des grandes étendues sauvages. Elle n’avait jamais eu l’occasion de courir à travers les vallées verdoyantes. Pour une jeune femme dont le sang avait prit source dans la vielle Saponie, le constat était d’une grande tristesse.
Ici, Alice aurait pu, Alice aurait dû se perdre dans les landes, arracher ce qu’on lui avait refusé. Mais ce manoir n’était pas là pour cela. Elle n’avait pas vendu Daniel pour cela.
L’estomac malmené par le voyage, Alice n’avançait pas encore. Elle se contenta de jeter un regard vers l’écurie à côté d’elles. Il n’était pas là. Naturellement. Alice pencha un peu la tête sur le côté pour tenter de voir si une silhouette galopait dans le parc. Un sourire amusé se dessina enfin sur ses lèvres, avant qu’elle ne regarde Aelle, et seulement elle.
« Bienvenue dans un nouveau refuge, si tant est qu’un jour tu en aies besoin. » Elle raffermit sa prise sur la boîte de macaron, dont le poids lui ouvrait soudain l’appétit. Elle leva finalement le nez vers le manoir, hésitante.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
Mes doigts se réchauffe sur sa peau. Bientôt ils deviendront moites. Je ne bouge pas, camouflée derrière la barrière de mes paupières. Ma respiration fait du bruit dans mes oreilles, je sens chaque filet d'air qui passe par mes narines pour couler dans mon corps. J'entends chaque battement de mon cœur qui s'abat contre ma cage thoracique. Il ne suffit que de trois secondes pour que je commence à me demander ce qu'il se passe. Nous aurions déjà dû transplaner. Sans doute. Je me demande ce que fait Alice, si elle se concentre sur la destination, si elle a fermé les yeux aussi, comment elle fait pour se rassembler sa magie, à quoi elle pense, ce qu'elle ressent. Je l'imagine ses paupières baissées, ses fins cils presque transparents qui reposent sur ses joues pales, sa respiration calme. Et sous mes doigts, la douceur de sa peau qui me rappelle la caresse de ses doigts dans ma nuque. Je me concentre sur le filet d'air chaud qui passe par mes narines et résiste à l'envie d'ouvrir les yeux pour la regarder.
Subitement, nous transplanons. La magie nous avale, nous enserre, nous bouscule. Mes doigts s'agrippent naturellement au bras d'Alice. Je refuse de la perdre ou qu'elle me perdre en chemin. L'instant d'après, je sens de nouveau le sol sous mes pieds, un sol plus meuble que les pavés brûlants que nous avons quitté, un sol qui caresse mes pieds nus dans mes sandales. Je sens l'odeur avant même d'ouvrir les yeux et je comprends où nous sommes. Ou du moins, l'environnement dans lequel nous sommes. L'embrun salé des bords de cotes ne saurait mentir.
Je papillonne des yeux et les écarquille pour découvrir le paysage qui nous entoure. Je sens la main d'Alice qui se pose sur la mienne, mais je n'en prends conscience qu'après coup car trop d'informations arrivent au même moment dans mon esprit et que mon estomac renâcle violemment à cause du voyage. Je ne me détache pas encore d'elle et ses mots semblent avoir été prononcés pour se glisser naturellement tout au fond de ma tête. Je respire longuement par le nez en regardant le ciel couvert qui nous surplombe, aveuglée par la lumière du soleil qui se cache derrière, le temps que le malaise reflue. Alors je baisse les yeux vers Alice que je connais bien mais que j'ai pourtant l'impression de redécouvrir dans ce paysage nouveau.
C'est d'abord le manoir que j'ai aperçu. Sa silhouette imposante et naturellement menaçante, comme tout manoir écossais. Je sais que nous sommes en Écosse. Pourquoi, comment ? L'odeur de l'embrun ? La forme des nuages ? Le roulement des vagues comme une mélodie en arrière plan ? La sensation de la caresse de l'herbe grasse et humide sur mes pieds ? Non. C'est ce quelque chose qui se blottit tout au fond de moi. Qui me rappelle une femme qui n'est pas là et qui ne sera plus jamais là — pas comme je le désirerais, en tout cas. Je cligne des yeux pour éloigner Kristen et lève le nez au ciel pour respirer profondément l'odeur de la mer.
La seconde chose que je vois, c'est le regard qu'Alice pose sur le manoir, juste après qu'elle ait prononcé cette phrase qui me questionne. Dans ses yeux pales se reflète l'éclat blanchâtre du ciel. Un nouveau refuse, ici ? Qu'est-ce que cela signifie ? Sommes-nous chez elle ? Mes yeux parcourent les lieux, je remarque l'écurie près de laquelle nous sommes arrivées et la lande qui cout jusqu'à l'horizon. L'endroit me semble particulièrement peu vivant pour être chez elle. Peut-être n'est-ce qu'un endroit qu'elle apprécie ?
Je me rends compte assez brutalement que j'ai encore ma main sur son bras et qu'elle a encore ses doigts sur les miens. Soudain gênée, je la récupère lentement, sans brusquerie, profitant de la dernière sensation de caresse de la pulpe de mes doigts sur sa peau chaude. C'est avec un regret incompréhensible que je récupère ma main et avec une drôle de détermination que je ne m'éloigne pas d'elle, même si je sens son épaule qui frôle la mienne. Mes yeux, comme attirés, n'ont cesse de repartir vers le manoir qui se détache sur le ciel blanc.
« Est-ce que c'est ton refuge, ici ? » demandé-je maladroitement.
Ma voix paraît faible comparé au vent qui souffle dans mes cheveux. Je coince une mèche derrière mon oreille en me tournant vers Alice que je questionne d'un regard presque impatient. Mon cœur gonfle dans ma poitrine. Je me figure qu'elle m'a emmené ici parce que je l'ai emmené la dernière fois dans l'un de mes refuges. Alors ici, c'est certainement un endroit aussi précieux que celui que je lui ai montré, c'est ça ? A-t-elle montré cet endroit à d'autres personnes ? En a-t-elle emmené ici dans le même but qu'avec moi ? Combien de pieds ont foulé cette herbe dans laquelle nous nous tenons ? À quel point ce lieu est-il précieux et important pour elle ?
« On est en Écosse, » dis-je inutilement en tournant les yeux vers l'écurie.
Le mot Écosse me heurte et m'égratigne. Il est lourd de beaucoup de significations, de souvenirs, de souffrances. Mon cœur se serre, mais c'est comme une douleur familière, je n'y fait plus guère attention.
« Que signifie cet endroit, pour toi ? » questionné-je une nouvelle fois, sur ce ton sérieux qui est toujours le mien quand j'essaie de cacher ce qui me traverse.
Mes yeux viennent se blottir dans les siens. La partie la plus importante dans cette phrase, c'est le « pour toi ». Je sais qu'elle saura le comprendre. Je me fiche de ce qu'est cet endroit. Mais j'ai envie, j'ai besoin, ardemment besoin, de savoir ce qu'il représente pour elle, pour comprendre l'importance de son choix de m'amener ici.
Subitement, nous transplanons. La magie nous avale, nous enserre, nous bouscule. Mes doigts s'agrippent naturellement au bras d'Alice. Je refuse de la perdre ou qu'elle me perdre en chemin. L'instant d'après, je sens de nouveau le sol sous mes pieds, un sol plus meuble que les pavés brûlants que nous avons quitté, un sol qui caresse mes pieds nus dans mes sandales. Je sens l'odeur avant même d'ouvrir les yeux et je comprends où nous sommes. Ou du moins, l'environnement dans lequel nous sommes. L'embrun salé des bords de cotes ne saurait mentir.
Je papillonne des yeux et les écarquille pour découvrir le paysage qui nous entoure. Je sens la main d'Alice qui se pose sur la mienne, mais je n'en prends conscience qu'après coup car trop d'informations arrivent au même moment dans mon esprit et que mon estomac renâcle violemment à cause du voyage. Je ne me détache pas encore d'elle et ses mots semblent avoir été prononcés pour se glisser naturellement tout au fond de ma tête. Je respire longuement par le nez en regardant le ciel couvert qui nous surplombe, aveuglée par la lumière du soleil qui se cache derrière, le temps que le malaise reflue. Alors je baisse les yeux vers Alice que je connais bien mais que j'ai pourtant l'impression de redécouvrir dans ce paysage nouveau.
C'est d'abord le manoir que j'ai aperçu. Sa silhouette imposante et naturellement menaçante, comme tout manoir écossais. Je sais que nous sommes en Écosse. Pourquoi, comment ? L'odeur de l'embrun ? La forme des nuages ? Le roulement des vagues comme une mélodie en arrière plan ? La sensation de la caresse de l'herbe grasse et humide sur mes pieds ? Non. C'est ce quelque chose qui se blottit tout au fond de moi. Qui me rappelle une femme qui n'est pas là et qui ne sera plus jamais là — pas comme je le désirerais, en tout cas. Je cligne des yeux pour éloigner Kristen et lève le nez au ciel pour respirer profondément l'odeur de la mer.
La seconde chose que je vois, c'est le regard qu'Alice pose sur le manoir, juste après qu'elle ait prononcé cette phrase qui me questionne. Dans ses yeux pales se reflète l'éclat blanchâtre du ciel. Un nouveau refuse, ici ? Qu'est-ce que cela signifie ? Sommes-nous chez elle ? Mes yeux parcourent les lieux, je remarque l'écurie près de laquelle nous sommes arrivées et la lande qui cout jusqu'à l'horizon. L'endroit me semble particulièrement peu vivant pour être chez elle. Peut-être n'est-ce qu'un endroit qu'elle apprécie ?
Je me rends compte assez brutalement que j'ai encore ma main sur son bras et qu'elle a encore ses doigts sur les miens. Soudain gênée, je la récupère lentement, sans brusquerie, profitant de la dernière sensation de caresse de la pulpe de mes doigts sur sa peau chaude. C'est avec un regret incompréhensible que je récupère ma main et avec une drôle de détermination que je ne m'éloigne pas d'elle, même si je sens son épaule qui frôle la mienne. Mes yeux, comme attirés, n'ont cesse de repartir vers le manoir qui se détache sur le ciel blanc.
« Est-ce que c'est ton refuge, ici ? » demandé-je maladroitement.
Ma voix paraît faible comparé au vent qui souffle dans mes cheveux. Je coince une mèche derrière mon oreille en me tournant vers Alice que je questionne d'un regard presque impatient. Mon cœur gonfle dans ma poitrine. Je me figure qu'elle m'a emmené ici parce que je l'ai emmené la dernière fois dans l'un de mes refuges. Alors ici, c'est certainement un endroit aussi précieux que celui que je lui ai montré, c'est ça ? A-t-elle montré cet endroit à d'autres personnes ? En a-t-elle emmené ici dans le même but qu'avec moi ? Combien de pieds ont foulé cette herbe dans laquelle nous nous tenons ? À quel point ce lieu est-il précieux et important pour elle ?
« On est en Écosse, » dis-je inutilement en tournant les yeux vers l'écurie.
Le mot Écosse me heurte et m'égratigne. Il est lourd de beaucoup de significations, de souvenirs, de souffrances. Mon cœur se serre, mais c'est comme une douleur familière, je n'y fait plus guère attention.
« Que signifie cet endroit, pour toi ? » questionné-je une nouvelle fois, sur ce ton sérieux qui est toujours le mien quand j'essaie de cacher ce qui me traverse.
Mes yeux viennent se blottir dans les siens. La partie la plus importante dans cette phrase, c'est le « pour toi ». Je sais qu'elle saura le comprendre. Je me fiche de ce qu'est cet endroit. Mais j'ai envie, j'ai besoin, ardemment besoin, de savoir ce qu'il représente pour elle, pour comprendre l'importance de son choix de m'amener ici.
Le feu contre les ombres
Tout bien réfléchi, le terme refuge était-il adapté pour parler de son manoir ? Alors qu’Aelle récupérait ses doigts, Alice songeait.
Elle songeait à ce que cette bâtisse représentait pour elle. Ce qui l’avait amené à le posséder. Ce dont chaque mur fut témoin au cours de ces dernières semaines. Son esprit était incapable de formuler une réponse. Elle n’avait pas envie de répondre qu’ici, Alice avait pleuré, hurlé, fomenté, pleuré encore. Que pour obtenir ce refuge, elle avait fait exactement ce qu’on voulait faire avec elle : la vendre au plus offrant pour accaparer quelques privilèges maudits.
Ce manoir était un refuge autant qu’un caveau.
Alors, Alice ne répondit pas malgré le regard d’Aelle contre sa joue. Elle avait envie d’affirmer ses pensées, dire qu’ici, Aelle pourrait laisser choir peurs et angoisses. Les murs se souviendraient alors qu’aucune sorcière, aussi brillante soit-elle, ne pouvait leur mentir.
Et, puisqu’il était question de mensonge, Alice sourit un peu plus fort. Elle gonfla sa poitrine de fierté feinte. L’Écosse, oui. La belle et grande dame aux falaises de roches, aux lochs brumeux et aux plaines d’herbe grasse. L’Écosse n’était rien aux yeux d’Alice. Elle n’y avait aucun souvenir ni attachement, mais elle l’aimait, comme on peut aimer une œuvre d’art sans parvenir à la quitter des yeux bien longtemps.
La question revint, plus compliquée que celle qui l’avait précédée.
Que signifie cet endroit, pour toi ?
Alice aurait aimé pouvoir faire montre de malice et s’éviter de parler du manoir en lui même. Lui raconter ce qu’elle éprouvait pour l’Écosse. Mais ce serait insulter l’intelligence d’Aelle. Cela, Alice se le refusait.
Ses yeux noirs dans les siens, gris comme une perle de mercure, Alice se sentait forte, grande, intéressante, intelligente, maline, aimée, protégée. Alors, les siens se plissèrent sous l’impulsion d’un sourire.
« Rien de plus qu’une bâtisse avec de bons fauteuils », elle tendit un bras en direction du parc en ajoutant : « … et un lieu depuis lequel j’observe mon frère galoper, lorsqu’il n’est pas occupé à détruire le sol pour chasser les lapins de garenne. C’est lui, ta surprise. »
Alice s’approcha de la clôture de bois, son regard toujours bien à sa place : dans celui d’Aelle. Elle ne s’en détacha que pour se tourner vers le fond du parc qui s’étendait à perte de vue. De ses lèvres pincées s’extirpèrent un long, très long sifflement.
Elle songeait à ce que cette bâtisse représentait pour elle. Ce qui l’avait amené à le posséder. Ce dont chaque mur fut témoin au cours de ces dernières semaines. Son esprit était incapable de formuler une réponse. Elle n’avait pas envie de répondre qu’ici, Alice avait pleuré, hurlé, fomenté, pleuré encore. Que pour obtenir ce refuge, elle avait fait exactement ce qu’on voulait faire avec elle : la vendre au plus offrant pour accaparer quelques privilèges maudits.
Ce manoir était un refuge autant qu’un caveau.
Alors, Alice ne répondit pas malgré le regard d’Aelle contre sa joue. Elle avait envie d’affirmer ses pensées, dire qu’ici, Aelle pourrait laisser choir peurs et angoisses. Les murs se souviendraient alors qu’aucune sorcière, aussi brillante soit-elle, ne pouvait leur mentir.
Et, puisqu’il était question de mensonge, Alice sourit un peu plus fort. Elle gonfla sa poitrine de fierté feinte. L’Écosse, oui. La belle et grande dame aux falaises de roches, aux lochs brumeux et aux plaines d’herbe grasse. L’Écosse n’était rien aux yeux d’Alice. Elle n’y avait aucun souvenir ni attachement, mais elle l’aimait, comme on peut aimer une œuvre d’art sans parvenir à la quitter des yeux bien longtemps.
La question revint, plus compliquée que celle qui l’avait précédée.
Que signifie cet endroit, pour toi ?
Alice aurait aimé pouvoir faire montre de malice et s’éviter de parler du manoir en lui même. Lui raconter ce qu’elle éprouvait pour l’Écosse. Mais ce serait insulter l’intelligence d’Aelle. Cela, Alice se le refusait.
Ses yeux noirs dans les siens, gris comme une perle de mercure, Alice se sentait forte, grande, intéressante, intelligente, maline, aimée, protégée. Alors, les siens se plissèrent sous l’impulsion d’un sourire.
« Rien de plus qu’une bâtisse avec de bons fauteuils », elle tendit un bras en direction du parc en ajoutant : « … et un lieu depuis lequel j’observe mon frère galoper, lorsqu’il n’est pas occupé à détruire le sol pour chasser les lapins de garenne. C’est lui, ta surprise. »
Alice s’approcha de la clôture de bois, son regard toujours bien à sa place : dans celui d’Aelle. Elle ne s’en détacha que pour se tourner vers le fond du parc qui s’étendait à perte de vue. De ses lèvres pincées s’extirpèrent un long, très long sifflement.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
L'Écosse a cette odeur de retrouvailles manquées et de magie qui déchire l'âme. Elle me fait mal et elle me réconforte en même temps. Alors je la respire à plein nez, le regard tourné vers Alice, mes pieds piétinant dans la terre meuble, les mèches de cheveux soulevés par la brise marine. Ma peau est picorée de frissons agréables. Ce n'est pas tant qu'il fait froid, mais la température est moins forte qu'en Angleterre. J'en apprécie la caresse fraîche dans ma nuque et sur mon visage.
J'attrape son sourire dès qu'il apparaît sur ses lèvres. Il étire ses joues, il éclaire son visage d'une façon indescriptible. Je fronce légèrement les sourcils en réponse car je ne comprends pas l'apparition de ce sourire — peut-être parce qu'elle songe à tout ce que lui inspire l'endroit ? Je la surveille impatiemment, comme j'ai surveillé avant ce jour des centaines de livres dans l'espoir de trouver les réponses que je cherchais. Et quand Alice me donne la sienne, son bras tendu vers l'immensité du parc verdoyant qui s'offre à nous, j'arque un sourcil inquisiteur. Alors c'est ça qu'elle aime ici ? Le confort des fauteuils ? Elle désigne le parc, mais je jette un coup d'œil vers le manoir.
Je me retourne subitement vers elle lorsqu'elle évoque son frère. C'est si inattendu, si soudain, que mon cœur renâcle méchamment. J'invoque aussitôt l'image de ce frère rencontré la dernière fois dans l'Allée des embrumes. Un grand homme, si grand qu'il aurait pu me rappeler Zakary s'il n'avait pas eu la carrure d'un cure-dents. Mais un cure-dents auquel on ne voudrait pas se frotter car se dégageait de lui une aura peu commune. Je me souviens de son regard. Je me souviens de ses mots. Je me souviens de pas avoir apprécié sa présence. Les pensées se mélangent dans ma tête. La seule chose dont j'ai douloureusement conscience, c'est de mon cœur qui se serre et de la déception qui noie mon esprit.
Je l'imagine lui, sur le dos d'un cheval, ses cheveux blancs au vent, et Alice appuyée contre l'écurie qui le regarde filer dans la lande. Quelque chose ne colle pas dans cette image. Quelque chose ne me convient pas, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Je ne l'imaginais pas se réconforter dans l'observation de son frère en train de galoper ou de... Chasser des lapins de garenne. Et puis, lui, ma surprise ? Un homme ? Il me semblait pourtant... Je papillonne des yeux et les détache de la lande pour couler un regard vers Alice. Il me semblait pourtant qu'il y avait dans notre relation la certitude que nous ne pouvions exister ensemble que lorsque nous ne subissions pas le regard des autres. Imaginer que j'ai pu me tromper ou, pire, qu'elle puisse être différente de ce que je croyais me fait ressentir une douleur peu commune que j'ai du mal à conscientiser ou encore plus à comprendre.
Mon visage s'est durcit sans même que j'en prenne conscience. Alice se tourne en direction du parc qui s'étire sur l'horizon. J'ai caché mes mains dans mes poches. Je ne lui en veux pas à elle. J'en veux à moi. Et puis un long sifflement s'échappe de ses lèvres. Je fronce les sourcils, regarde l'horizon, la regarde elle de nouveau, ses lèvres d'où s'échappe ce son que jamais je n'aurais cru y voir, et... Tout à coup, je comprends. Brutalement, je comprends la signification de ses mots. Galoper. Lapin de garenne.
« Oh..., » articulent mes lèvres sans mon accord.
Mes yeux ronds fouillent l'horizon. J'ai la décence de me sentir très bête d'avoir cru qu'elle voulait me présenter officiellement son frère alors qu'elle parle vraisemblablement d'un animal. Mais le sentiment qui déferle en moi est beaucoup trop puissant pour que je m'en soucis réellement. Les chevaux ne chassent pas les lapins. Je suis encore plus perdu qu'avant. J'approche à mon tour de la clôture. Du parc, mes yeux se tournent vers Alice et c'est son visage que je fouille désormais, toutes pensées précédentes oubliées, toutes réminiscences concernant l'Écosse disparues. Les remplace sur mon visage une curiosité sans borne.
« Ton... Frère..., » répété-je lentement en fouillant désespérément le bout du parc pour voir débarquer...
Je ne sais même pas ce que j'attends. J'essaie de lister tous les animaux qui galopent et chassent des lapins. J'ai honte d'en être incapable. Mes pensées sont comme embrumées. Je pose mes mains sur la barrière en bois.
« Qu'est-il ? questionné-je d'une voix dans laquelle résonne une pointe d'impatience née de ma curiosité. Décidemment pas un cheval comme je l'ai cru au départ. Et carnivore..., » réfléchis-je à voix haute en fronçant les sourcils.
J'attrape son sourire dès qu'il apparaît sur ses lèvres. Il étire ses joues, il éclaire son visage d'une façon indescriptible. Je fronce légèrement les sourcils en réponse car je ne comprends pas l'apparition de ce sourire — peut-être parce qu'elle songe à tout ce que lui inspire l'endroit ? Je la surveille impatiemment, comme j'ai surveillé avant ce jour des centaines de livres dans l'espoir de trouver les réponses que je cherchais. Et quand Alice me donne la sienne, son bras tendu vers l'immensité du parc verdoyant qui s'offre à nous, j'arque un sourcil inquisiteur. Alors c'est ça qu'elle aime ici ? Le confort des fauteuils ? Elle désigne le parc, mais je jette un coup d'œil vers le manoir.
Je me retourne subitement vers elle lorsqu'elle évoque son frère. C'est si inattendu, si soudain, que mon cœur renâcle méchamment. J'invoque aussitôt l'image de ce frère rencontré la dernière fois dans l'Allée des embrumes. Un grand homme, si grand qu'il aurait pu me rappeler Zakary s'il n'avait pas eu la carrure d'un cure-dents. Mais un cure-dents auquel on ne voudrait pas se frotter car se dégageait de lui une aura peu commune. Je me souviens de son regard. Je me souviens de ses mots. Je me souviens de pas avoir apprécié sa présence. Les pensées se mélangent dans ma tête. La seule chose dont j'ai douloureusement conscience, c'est de mon cœur qui se serre et de la déception qui noie mon esprit.
Je l'imagine lui, sur le dos d'un cheval, ses cheveux blancs au vent, et Alice appuyée contre l'écurie qui le regarde filer dans la lande. Quelque chose ne colle pas dans cette image. Quelque chose ne me convient pas, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Je ne l'imaginais pas se réconforter dans l'observation de son frère en train de galoper ou de... Chasser des lapins de garenne. Et puis, lui, ma surprise ? Un homme ? Il me semblait pourtant... Je papillonne des yeux et les détache de la lande pour couler un regard vers Alice. Il me semblait pourtant qu'il y avait dans notre relation la certitude que nous ne pouvions exister ensemble que lorsque nous ne subissions pas le regard des autres. Imaginer que j'ai pu me tromper ou, pire, qu'elle puisse être différente de ce que je croyais me fait ressentir une douleur peu commune que j'ai du mal à conscientiser ou encore plus à comprendre.
Mon visage s'est durcit sans même que j'en prenne conscience. Alice se tourne en direction du parc qui s'étire sur l'horizon. J'ai caché mes mains dans mes poches. Je ne lui en veux pas à elle. J'en veux à moi. Et puis un long sifflement s'échappe de ses lèvres. Je fronce les sourcils, regarde l'horizon, la regarde elle de nouveau, ses lèvres d'où s'échappe ce son que jamais je n'aurais cru y voir, et... Tout à coup, je comprends. Brutalement, je comprends la signification de ses mots. Galoper. Lapin de garenne.
« Oh..., » articulent mes lèvres sans mon accord.
Mes yeux ronds fouillent l'horizon. J'ai la décence de me sentir très bête d'avoir cru qu'elle voulait me présenter officiellement son frère alors qu'elle parle vraisemblablement d'un animal. Mais le sentiment qui déferle en moi est beaucoup trop puissant pour que je m'en soucis réellement. Les chevaux ne chassent pas les lapins. Je suis encore plus perdu qu'avant. J'approche à mon tour de la clôture. Du parc, mes yeux se tournent vers Alice et c'est son visage que je fouille désormais, toutes pensées précédentes oubliées, toutes réminiscences concernant l'Écosse disparues. Les remplace sur mon visage une curiosité sans borne.
« Ton... Frère..., » répété-je lentement en fouillant désespérément le bout du parc pour voir débarquer...
Je ne sais même pas ce que j'attends. J'essaie de lister tous les animaux qui galopent et chassent des lapins. J'ai honte d'en être incapable. Mes pensées sont comme embrumées. Je pose mes mains sur la barrière en bois.
« Qu'est-il ? questionné-je d'une voix dans laquelle résonne une pointe d'impatience née de ma curiosité. Décidemment pas un cheval comme je l'ai cru au départ. Et carnivore..., » réfléchis-je à voix haute en fronçant les sourcils.
Le feu contre les ombres
Les yeux rivés sur les landes écossaises, Alice attendait que surgisse celui qu’elle avait nommé son frère. Un frère de plumes, de serres et de fourberie. En somme, un presque Sangblanc, n’est-ce pas ?
Alice jeta un regard en biais vers Aelle. Elle même fouillait l’horizon, à la recherche de la créature. Un bref sourire étira les lèvres d’Alice. « Non, pas un cheval » murmura Alice. La jeune sorcière aurait préféré que ce soit le cas. Un cheval avait le mérite de rester sur terre, de manger proprement et de ne point chercher à arracher des morceaux de viande à sa cavalière. Alice aimait les hippogriffes, naturellement. Elle les aimait avec le coeur d’une enfant qui a grandit à leur contact, qui a vu leurs impressionnantes cavalcade à travers les prés… et qui apprécie un peu trop les créatures aux penchants potentiellement anthropophages.
Corvenin était bien loin d’être une créature appréciable. Si Alice avait obtenu un hippogriffe de la même trempe que la douce Grand-Griffe, elle aurait été la plus reconnaissante des sorcières. Mais voilà. Grand-Père avait décidé que sa petite fille hériterait de Corvenin, un hippogriffe misogyne, perfide et souillon.
Au bout d’une attente qui lui paru durer de longues heures, Alice entendit un martellement de sabots lui parvenant de l’autre côté du pré, dissimulé derrière la brume. Puis, plus rien. Un profond soupir lui échappa alors que ses sourcils se froncèrent. « Mais quelle saleté… » marmonna t-elle. Alice siffla une nouvelle fois. Le son retentissait dans toute la vallée. Alice n’aimait pas siffler. Elle trouvait cela grossier. Hélas, Corvenin ne répondait pas à son nom.
Pas plus qu’il ne répondait aux sifflements.
Soudain, Corvenin surgit du ciel, toutes ailes déployées et fracassa le sol lors de son atterrissage. Des mottes de terre se soulevèrent sous l’impact et s’écrasèrent sur les pieds des sorcières et contre leurs tibias. Alice se sentit reculer d’un pas, sa main cherchant machinalement le bras d’Aelle. Ses yeux, eux, restaient braqués sur Corvenin qui, fière comme un paon, bombait son poitrail noir corbeau en toisant les deux jeunes femmes de son regard jaune impérial.
« Aelle… je te présente Corvenin. »
Alice se retint à peine d’ajouter quelques mots supplémentaires qui lui vaudrait la colère de l’hippogriffe. Mais ces noms d’oiseau, il les méritait tous.
Alice jeta un regard en biais vers Aelle. Elle même fouillait l’horizon, à la recherche de la créature. Un bref sourire étira les lèvres d’Alice. « Non, pas un cheval » murmura Alice. La jeune sorcière aurait préféré que ce soit le cas. Un cheval avait le mérite de rester sur terre, de manger proprement et de ne point chercher à arracher des morceaux de viande à sa cavalière. Alice aimait les hippogriffes, naturellement. Elle les aimait avec le coeur d’une enfant qui a grandit à leur contact, qui a vu leurs impressionnantes cavalcade à travers les prés… et qui apprécie un peu trop les créatures aux penchants potentiellement anthropophages.
Corvenin était bien loin d’être une créature appréciable. Si Alice avait obtenu un hippogriffe de la même trempe que la douce Grand-Griffe, elle aurait été la plus reconnaissante des sorcières. Mais voilà. Grand-Père avait décidé que sa petite fille hériterait de Corvenin, un hippogriffe misogyne, perfide et souillon.
Au bout d’une attente qui lui paru durer de longues heures, Alice entendit un martellement de sabots lui parvenant de l’autre côté du pré, dissimulé derrière la brume. Puis, plus rien. Un profond soupir lui échappa alors que ses sourcils se froncèrent. « Mais quelle saleté… » marmonna t-elle. Alice siffla une nouvelle fois. Le son retentissait dans toute la vallée. Alice n’aimait pas siffler. Elle trouvait cela grossier. Hélas, Corvenin ne répondait pas à son nom.
Pas plus qu’il ne répondait aux sifflements.
Soudain, Corvenin surgit du ciel, toutes ailes déployées et fracassa le sol lors de son atterrissage. Des mottes de terre se soulevèrent sous l’impact et s’écrasèrent sur les pieds des sorcières et contre leurs tibias. Alice se sentit reculer d’un pas, sa main cherchant machinalement le bras d’Aelle. Ses yeux, eux, restaient braqués sur Corvenin qui, fière comme un paon, bombait son poitrail noir corbeau en toisant les deux jeunes femmes de son regard jaune impérial.
« Aelle… je te présente Corvenin. »
Alice se retint à peine d’ajouter quelques mots supplémentaires qui lui vaudrait la colère de l’hippogriffe. Mais ces noms d’oiseau, il les méritait tous.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Le feu contre les ombres
L'attente dure, s'étire autour de mon corps comme une masse difforme qui essaie de m'avaler. L'impatience se cristallise dans mes sourcils froncés et dans mes doigts qui serrent la barrière. Et Alice, avec ce sourire qui étire ses fines lèvres, ne fait que l'aggraver en me confirmant que non, il ne s'agit pas d'un cheval. Même si son visage me questionne, avec ses expressions, ses sourires et son regard, je m'arrache à sa silhouette blanche pour regarder vers l'horizon où le ciel s'étire à l'infini. J'ai l'impression que les secondes deviennent des minutes, j'attends, j'attends, mais rien ne vient. Au moment où je me tourne vers Alice, non pas pour la questionner car si elle dit que quelque chose va venir quelque chose viendra, mais pour vérifier qu'elle subit elle aussi le joug de l'impatience comme moi, s'échappe de ses lèvres une insulte qui fait brièvement s'écarquiller mes yeux. Chez elle, c'est complètement déplacé. Mais je suis trop préoccupée et curieuse pour m'en amuser. Son agacement s'accompagne d'un sifflement tout aussi étonnant chez une fille de son acabit. Cette fois-ci, je ne retiens pas le sourire discret qui soulève le coin de mes lèvres.
Il arrive si soudainement que je m'éloigne de la barrière d'un bond, avec un hoquet de surprise. Le cœur battant la chamade, j'écarquille franchement les yeux cette fois-ci en avisant la créature qui me domine de toute sa taille. Je ne remarque qu'après coup que la main d'Alice est venue chercher mon bras ; et je mets encore plus longtemps pour remarquer que ce bras, je l'ai tendu devant son corps quand j'ai reculé. Je le baisse machinalement. Mes yeux volent vers les siens. Je fouille son regard argenté, sautant rapidement d'un œil à l'autre, mais la présence majestueuse de la créature me force à me détourner d'elle. On ne tourne pas le dos trop longtemps à un hippogriffe, question de survie.
Mes yeux glissent le long de son poitrail jusqu'à son bec. Je prends soin de plonger dans ses billes jaunâtre, car j'ai lu que c'était ce qu'il fallait faire. J'observe la ligne de ses immenses ailes, la force de ses sabots qui frappent le sol, la longueur de ses griffes qui arrachent l'herbe. Mon cœur se serre soudainement et brutalement, comme si une main s'était resserrée autour de lui. Kristen a grandi entouré de ces créatures, elle aussi. Je l'ai lu dans ses carnets les plus vieux. Je me demande si elle s'en rappellera un jour. Mais vais-je seulement lui raconter ce que je suis en train de vivre ? À cet instant précis, je crève d'envie de le faire, j'en ai tellement envie que ça me coupe le souffle et que ça me fait mal au ventre. Je déglutis et remonte vers les yeux intimidants de la créature.
« Cornevin, » me forcé-je à murmurer pour me sortir de mes pensées entremêlées, goûtant les lettres sur ma langue.
J'essaie de rester détendue, de ne pas reculer, de ne pas faire de gestes brusques. On sait à quel point ces créatures sont susceptibles. Elle est si proche, j'ai l'impression qu'elle pourrait d'un instant à l'autre m'arracher un œil ou un bras. La force qui se dégage de ses longues pattes quand elle frappe le sol est intimidante. Loin de ce que j'ai ressenti face à la vouivre de Kristen, évidemment, mais ce que je ressens là est totalement différent de ce que peuvent m'inspirer les être humains, même lorsqu'il s'agit de peur. Chez les créatures, il y a quelque chose de sauvage et d'imprévisible qui me force à rester sur mes gardes et qui creuse au fond de moi une peur profonde qui se mêle étrangement à une excitation brûlante qui fait s'accélérer les battements de mon cœur.
Je sens un sourire étirer mes lèvres. Il est étonné, ahuri et bref. Il disparaît bien vite lorsque je coule un regard rapide vers Alice. Je n'ose pas la regarder trop longtemps. Ou plutôt : je n'ose pas me détourner trop longtemps de l'hippogriffe.
« Un hippogriffe ! m'étonné-je avec ce quelque chose dans la voix qui montre que je m'attendais à tout sauf à ça. Est-ce que tu as... »
J'ouvre la bouche et la referme, consciente de la raison pour laquelle je formule cette question. J'hésite le temps d'une brève inspiration avant de terminer la phrase, mes yeux papillonnant toujours d'Alice à Cornevin, bien qu'ils restent plus longtemps sur lui que sur elle.
« Tu as... Grandi avec des hippogriffes ? » soufflé-je finalement.
Il arrive si soudainement que je m'éloigne de la barrière d'un bond, avec un hoquet de surprise. Le cœur battant la chamade, j'écarquille franchement les yeux cette fois-ci en avisant la créature qui me domine de toute sa taille. Je ne remarque qu'après coup que la main d'Alice est venue chercher mon bras ; et je mets encore plus longtemps pour remarquer que ce bras, je l'ai tendu devant son corps quand j'ai reculé. Je le baisse machinalement. Mes yeux volent vers les siens. Je fouille son regard argenté, sautant rapidement d'un œil à l'autre, mais la présence majestueuse de la créature me force à me détourner d'elle. On ne tourne pas le dos trop longtemps à un hippogriffe, question de survie.
Mes yeux glissent le long de son poitrail jusqu'à son bec. Je prends soin de plonger dans ses billes jaunâtre, car j'ai lu que c'était ce qu'il fallait faire. J'observe la ligne de ses immenses ailes, la force de ses sabots qui frappent le sol, la longueur de ses griffes qui arrachent l'herbe. Mon cœur se serre soudainement et brutalement, comme si une main s'était resserrée autour de lui. Kristen a grandi entouré de ces créatures, elle aussi. Je l'ai lu dans ses carnets les plus vieux. Je me demande si elle s'en rappellera un jour. Mais vais-je seulement lui raconter ce que je suis en train de vivre ? À cet instant précis, je crève d'envie de le faire, j'en ai tellement envie que ça me coupe le souffle et que ça me fait mal au ventre. Je déglutis et remonte vers les yeux intimidants de la créature.
« Cornevin, » me forcé-je à murmurer pour me sortir de mes pensées entremêlées, goûtant les lettres sur ma langue.
J'essaie de rester détendue, de ne pas reculer, de ne pas faire de gestes brusques. On sait à quel point ces créatures sont susceptibles. Elle est si proche, j'ai l'impression qu'elle pourrait d'un instant à l'autre m'arracher un œil ou un bras. La force qui se dégage de ses longues pattes quand elle frappe le sol est intimidante. Loin de ce que j'ai ressenti face à la vouivre de Kristen, évidemment, mais ce que je ressens là est totalement différent de ce que peuvent m'inspirer les être humains, même lorsqu'il s'agit de peur. Chez les créatures, il y a quelque chose de sauvage et d'imprévisible qui me force à rester sur mes gardes et qui creuse au fond de moi une peur profonde qui se mêle étrangement à une excitation brûlante qui fait s'accélérer les battements de mon cœur.
Je sens un sourire étirer mes lèvres. Il est étonné, ahuri et bref. Il disparaît bien vite lorsque je coule un regard rapide vers Alice. Je n'ose pas la regarder trop longtemps. Ou plutôt : je n'ose pas me détourner trop longtemps de l'hippogriffe.
« Un hippogriffe ! m'étonné-je avec ce quelque chose dans la voix qui montre que je m'attendais à tout sauf à ça. Est-ce que tu as... »
J'ouvre la bouche et la referme, consciente de la raison pour laquelle je formule cette question. J'hésite le temps d'une brève inspiration avant de terminer la phrase, mes yeux papillonnant toujours d'Alice à Cornevin, bien qu'ils restent plus longtemps sur lui que sur elle.
« Tu as... Grandi avec des hippogriffes ? » soufflé-je finalement.