26 nov. 2025, 00:29
♦07.50♦ ♦T.B♦ Sous les aiguilles du souvenir
NOTTING HILL
• 31 juillet 2050 •
Londres
Avec @Taylor Bagholmes
Partagé entre diverses pensées, Aaron avançait à pas feutrés dans les artères grises de Londres ; enveloppé dans le voile de solitude propre à ceux qui revinrent sur leurs pas après quelques années d'absence. La ville — pourtant si familière — lui paraissait comme étrangère ; chaque pavé résonnant comme l'écho d'un passé qu'il croyait endormi mais qui, en cet instant, se réveillait avec une intensité presque mélancolique. Les souvenirs — telles des silhouettes furtives se glissant le long des ruelles recouvertes de brume — réveillaient en lui des émotions qu'il avait tenté d'étouffer au fil des ans.

Cinq années s'étaient écoulées depuis la dernière fois qu'il avait vu l'enfant ; cette enfant devenue presque femme ; et le poids du temps s'invitait dans chacun de ses gestes. Sa mission aujourd'hui, il le savait, n'avait rien d'ordinaire. Elle réclamait plus que du courage : elle exigeait une forme d'abandon, une acceptation de la vulnérabilité. À mesure qu'il s'approchait de la maison, son cœur battait à l'unisson avec la pluie qui martelait son parapluie, chaque goutte résonnant comme une note sur la partition de ses souvenirs, et les rafales de vent qui semblaient venter autour de lui accentuaient son trouble.

La demeure qu'il s'apprêtait à retrouver ne lui était pas inconnue. Combien de fois, lors de ses missions pour le Ministère, s'y était-il réfugié, cherchant conseil et réconfort auprès de son mentor disparu ? Cette maison, qui portait encore l'empreinte silencieuse de celui qu'il considérait comme un père, ravivait en lui une nostalgie poignante. Il revoyait le sourire effacé de cet homme, sa voix grave qui résonnait dans l'escalier, le parfum subtil de thé noir qui flottait dans l'air les soirs d'hiver. Le manque, profond et lancinant, se mêlait à la crainte : celle de ne jamais avoir de réponses, mais aussi, celle de ne pas être mentalement à la hauteur face à la fille de son regretté mentor.

La pluie — compagne têtue de ce dimanche londonien — recouvrait tout d'un manteau translucide, effaçant les contours trop nets de la réalité ; Aaron y lisait un miroir de son propre tumulte intérieur. Le parapluie, fermement tenu, n'était pas seulement sa barrière contre les intempéries, mais un rempart fragile pour ne pas laisser les Sorciers ou les Moldus voir les larmes qui menaçaient de tomber. Il avait l'impression que, sous cet abri de fortune, il pouvait conserver encore un peu de chaleur ; un peu d’espoir et — surtout — le courage d'affronter cette rencontre tant redoutée. Il se demandait si le présent qu'il avait apporté serait — pour la jeune fille — une bénédiction ou une peine supplémentaire ; telle une châtaigne, se détachant trop tôt, qui risquait de blesser plutôt que de consoler.

Lorsque sa main frappa le bois doré de la porte d'entrée, le temps sembla se suspendre, chaque seconde s'étirant à l'infini sous le grondement de la pluie. Dix minutes s'écoulèrent, longues et lourdes d'attente, de doutes murmurés. Enfin, la porte s'ouvrit, dévoilant le visage de cette jeune adulte, éclat de jeunesse et de détermination, les traits encore empreints de l'enfance, mais le regard déjà tourné vers demain. Aaron — sa gorge nouée par l'émotion — se força à sourire, tentant d'offrir à la jeune femme la douceur d'un souvenir heureux parmi la dureté de leurs histoires respectives.

Bonjour, Taylor… Cela faisait longtemps !

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28 nov. 2025, 23:25
♦07.50♦ ♦T.B♦ Sous les aiguilles du souvenir
La pluie ruisselait le long de la fenêtre de la véranda, diffusant sa mélodie apaisante dans la pièce. Assise dans le vieux fauteuil en cuir, je restais absorbée par la même page du carnet de recherche de mon grand-père disparu. À travers ses notes, il avait laissé derrière lui des travaux désormais suspendus, et je m'efforçais d'en saisir la logique, de comprendre la direction de ses découvertes. Mais je devais bien admettre que je ne possédais pas toutes les clés ; les réflexes nécessaires à la recherche me manquaient encore, et j'attendais toujours la réponse à ma candidature à la Faculté d'Histoire de la Magie. Ce que je désirais plus que tout, c'était m'approprier la méthode ; expérimenter à mon tour, mais sans ce bagage, il m'était impossible de comprendre pleinement son raisonnement.

L'absence de mon grand-père se faisait cruellement sentir, car il n'était plus là pour me guider. En vérité, il n'y avait plus grand monde sur qui je pouvais compter. Si je mettais de côté ma grand-mère, ma mère, mes oncles et ma tante, je n'avais plus auprès de moi ceux qui occupaient la place la plus précieuse dans mon cœur : mon grand-père maternel et mon père. De ce dernier, j'ignorais même s'il était encore en vie. Il avait choisi de partir, nous abandonnant. Au début, ses lettres arrivaient encore — sous forme de papillon—, mais tout s'était soudainement interrompu du jour au lendemain.

La petite fille en moi lui en voulait terriblement pour cette absence inexpliquée, mais aujourd’hui, il m'était impossible d'espérer son retour. Pour mon cœur, il avait rejoint le royaume des morts. Cette pensée me serrait douloureusement l'estomac — il n'avait pas été enterré — je ne pouvais pas réaliser mon deuil, même six ans après sa disparition.
Tandis que j'essayais de me replonger dans ma lecture, le bruit soudain, presque doux, de la porte d'entrée me sortit de mes pensées. Qui pouvait bien venir chez nous à cette période de l'année ?

Je rassemblai mon courage avant d'aller ouvrir ; découvrant sur le seuil un homme vêtu de cuir, dont les yeux noisette brillaient derrière ses lunettes. Ses cheveux noirs étaient coiffés d'une manière que je qualifierais d'« élégant rebelle ». Mais c'est la couleur rouge de sa veste qui me permit de l'identifier, ainsi que sa voix : il s'agissait d'Aaron Bagans, autrefois l'apprenti de mon père dans l'art du mensonge pour oublier, pour cesser de croire, pour pardonner.

— Aaron… Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu sais qu'il n'est pas rentré et qu'il ne rentrera sans doute jamais… Tu devrais rentrer chez toi !

Ma voix était dure, dénuée de douceur. Je lui en voulais toujours d'avoir choisi la voie du Conseil des Sorciers au lieu de suivre mon père dans sa disparition. Pourtant, je savais qu'il fallait des experts dans l'art des excuses pour protéger notre monde sans attirer l'attention des Moldus, pour les maintenir à distance. Il avait rempli son rôle, honorant ainsi notre communauté. Je ne pouvais pas réellement lui reprocher d'avoir tenté de nous protéger. Sur ce point, il avait été moins lâche que mon père.

Je pris alors sur moi, le laissant un instant sous la pluie battante, abrité par son parapluie. Finalement, je l'invitai à entrer.

— Mais non… entre… Juste, personne n'est à la maison pour le moment. Je ne sais pas dans combien de temps ils vont tous rentrer.

@Aaron Bagans

Septième année RP

29 nov. 2025, 01:13
♦07.50♦ ♦T.B♦ Sous les aiguilles du souvenir
Le regard d'Aaron demeurait fixé sur la jeune femme aux cheveux de couleur châtaigne, tentant de conserver un sourire malgré la dureté de la voix qu'il venait d'entendre. Il percevait dans son ton la surprise — ou était-ce de la gêne ? — provoquée par sa venue imprévue. Pourtant, Aaron ne lui en voulait guère, il comprenait. Et au contraire, il ressentait, surtout, une profonde gratitude envers le destin qui ne le laissait pas tomber ; un destin qui lui offrait ce moment en tête-à-tête avec Taylor Bagholmes — chez elle — alors que sa solitude semblait peser sur la maison ; elle n'avait jamais été aussi seule par le passé. Aaron avait traversé la pluie battante uniquement pour elle : pour la retrouver, pour lui parler et surtout, pour lui remettre l'offrande qu'il désirait tant lui venter.

Lorsque Taylor l'invita à entrer, Aaron posa une main sur le bois doré de l'entrée, acceptant de pénétrer dans cette demeure aux multiples souvenirs.

Cela ne me dérange pas que personne ne soit présent, c'est toi que je venais voir, Taylor. Toi et toi seule.

Il se retourna, lui tournant le dos le temps — pour quelques secondes — de fermer son parapluie, puis franchit le seuil, déposant l'objet de sa protection temporaire contre le mur jaune Poufsouffle du hall. Son regard parcourut la pièce, notant que rien n'avait changé depuis sa dernière visite, si ce ne fut que l'absence de son mentor sur les portraits les plus récents. Cette disparition, il la ressentait avec une douleur mélancolique. Il se souvenait de toutes ces anecdotes, de ces moments partagés en famille, comme s'il avait lui-même appartenu à ce cercle intime, bien qu'il ne fût qu'une brume passagère dans la vie des Bagholmes.

Suivant son hôte, Aaron rejoignit le grand salon et prit place sur l'un des canapés libres, espérant que Taylor viendrait s'installer face à lui. Il sentait le poids de la solennité de l'instant, conscient que ce face-à-face était nécessaire. L'idée de lui briser le cœur lui était insupportable, sachant que la douleur de Taylor surpassait sans doute la sienne ; elle serait toujours bien plus légitime que lui dans cette épreuve. L'incertitude quant au sort de Benedict, père de Taylor et mentor d'Aaron, planait toujours.

Je me doute que tu ne sois pas ravie de me voir, Tay-Tay. Surtout après toutes ces années, mais j'avais besoin de te voir, de t'offrir quelque chose : un cadeau pour la fin de ta scolarité à Poudlard. Mais aussi pour discuter, toi et moi, de ce que tu aurais aimé savoir sur ton père. Savoir qu'il était plus qu'un mentor pour moi et savoir quel homme il était, au-delà de ce qu'il représentait pour toi en tant que père. Cela ne remplacera jamais les six années sans nouvelles, je n'en doute pas. Mais tu mérites de le connaître comme nous l'avons tous connu… Et si tu ne le veux pas, je comprendrais, mais j'ai ce besoin de t'offrir mon cadeau.

À l'évocation de ces souvenirs, Aaron sentit son cœur se serrer, la douleur du passé revenant avec force. Les larmes menaçaient de couler, mais il se retint. Il savait qu'il n'en avait pas le droit, pas devant Taylor, pas à cet instant.

@Taylor Bagholmes
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29 nov. 2025, 23:16
♦07.50♦ ♦T.B♦ Sous les aiguilles du souvenir
En voyant la manière quelque peu étrange dont Aaron franchit le seuil de la maison, je ne pus m'empêcher d'esquisser un léger sourire. Après tout, il était peu courant que des sorciers rendent visite à notre famille en empruntant des méthodes purement moldues ; à vrai dire, cela n'arrivait presque jamais. Mon père faisait cependant exception à cette règle, préférant parfois utiliser les mêmes habitudes que les Moldus afin de tisser un lien plus authentique avec eux, de se familiariser avec leur quotidien. Je me dis alors qu'il avait sûrement transmis cette façon de faire à Aaron ; pensant que cela lui permettrait d'inventer des excuses plus crédibles. Mais avec le recul, je trouvais que ce choix avait tendance à générer — chez ceux qui s'y pliaient — une certaine sympathie excessive envers les Moldus.

Pour Aaron, cela ne m'étonnait guère. D'après mes souvenirs, il descendait d'une longue lignée de sorciers, mais sa mère avait toujours voué un intérêt particulier aux Moldus, sans doute au point d'influencer ses propres convictions. Pourtant, je ne comprenais vraiment pas ce qu'il pouvait bien leur trouver. À mes yeux, ces êtres dépourvus de magie n'avaient rien de fascinant ; ils étaient remplis de vices, assoiffés de domination et de destruction. Nous — sorciers — étions contraints de nous cacher, car notre magie avait toujours été perçue comme un signe de malveillance ; voire d'allégeance à ce que les Moldus appellent le Malin ou Satan. Quelle injustice, eux qui sont, à mes yeux, bien pires que nous.

Malgré mes réticences, je laissai Aaron prendre place sur l'un des canapés du salon, celui qui jouxtait le fauteuil où papa s'asseyait habituellement. Pour ma part, je choisis ce dernier, m'y installant et posant sur Aaron un regard à la fois distant et attentif. J'écoutai ce qu'il avait à dire, tout en étant profondément contrariée par le surnom familier qu'il osa employer à mon égard.

— Ne m'appelle pas Tay-Tay, Aaron. Je n'ai plus onze ans…

J'étais agacée. L'idée d'un cadeau mêlée à des souvenirs concernant mon père me paraissait incongrue, voire déplacée.

— Tu penses, sincèrement, que c'est une bonne idée ? Je connais mon père, je n'ai pas besoin qu'on me ressasse sans cesse son histoire. Il est parti, il ne reviendra sans doute jamais. Alors, qu'est-ce que cela peut bien changer de savoir comment il travaillait ? Il m'a déjà conseillé sur la façon d'affronter mes études avant de disparaître.

Pourtant, malgré la fermeté de mes propos, je finis par lui accorder mon écoute, consciente que ce moment était aussi important pour lui que pour moi.

— Mais… je t'écoute. Je t'écoute quand même parce que tu en as besoin… et que je veux quand même comprendre pourquoi je compte autant pour toi aujourd'hui, alors que tu n'étais pas là quand il a quitté ma vie…

Ma voix laissa transparaître une tristesse certaine, mais je refusais de céder sur le plan moral ou émotionnel. Il n'était pas question de laisser Aaron ébranler l'image que je gardais de mon père, ni de le laisser s'imposer dans ma vie au-delà de ce que j'étais prête à accepter. Non, je devais garder le contrôle.

@Aaron Bagans

Septième année RP

30 nov. 2025, 15:27
♦07.50♦ ♦T.B♦ Sous les aiguilles du souvenir
Le froid persistait dans la voix de Taylor, aussi mordant que la couleur de ses cheveux de couleur châtaigne. Aucun éclat — doré — chaleureux, seulement un flot de reproches et une volonté manifeste de garder le contrôle sur la situation. Elle laissait transparaître un profond mépris à l'égard d'Aaron, lui reprochant ouvertement son absence au moment où Benedict avait disparu. Le refus catégorique d'utiliser le surnom affectueux qu'il lui donnait — lorsqu'elle était enfant — témoignait de cette rancœur tenace. Une brume de regret passa dans le regard d'Aaron, éveillant en lui le doute : peut-être avait-il fait une erreur en revenant dans cette maison après plus de cinq ans d'absence.

Malgré tout, Aaron n'était pas venu chercher le pardon. Il était persuadé de mériter tout ce qu'il subissait : le désamour de sa sœur, le regret mélancolique à chaque fois qu'il repensait à Benedict, son mentor. Il se sentait incapable de gravir les échelons de la réussite, persuadé que ses efforts ne l'avaient mené qu'à des échecs retentissants. Le poids de l'impact semblait ne jamais s'alléger, et même s'il se dévouait sans compter pour les autres, personne n'était là pour le protéger de ce sentiment amer d'abandon et de désaccord ; personne ne jouait le rôle du parapluie pour lui.

Non, Taylor, écoute, je ne voulais pas dire que ton père n'était pas celui que tu penses. Non, ce n'est pas cela ; je n'aurais pas dû te l'énoncer comme cela. Je voulais juste te parler de lui. Pour que tu possèdes une image encore plus positive de lui ; je ne vais pas le rabaisser dans ton esprit. Jamais ! Benedict a toujours été comme un père au travail ; c'était mon mentor, celui qui m'a tout montré et tout appris du métier. Jamais, je ne lui cracherais dessus. Tu peux me croire…

Sa voix — brisée par l’émotion — peinait à porter davantage. Aaron ne supportait pas d'être mal compris, ni que ses intentions soient interprétées de travers. Jamais il n'aurait voulu venter une image ternie de Benedict, qui avait été pour lui bien plus qu'un simple collègue ou supérieur : un véritable ami, un père spirituel.

Le cœur lourd, Aaron inspira profondément. Il s'approcha alors de Taylor, posant les deux genoux à terre, dans un geste empreint d'humilité. Saisissant une main de Taylor, il plongea l'autre dans sa poche et en sortit une élégante boîte de bois sombre. À l'intérieur reposait le cadeau qu'il tenait à lui offrir : la montre à gousset que Benedict lui avait offert après sa première réussite dans le métier. Ce présent, qu'il avait chéri toutes ces années, il souhaitait désormais le transmettre à la fille de celui qui avait tant compté pour eux deux, mais qui les avait laissé tomber.

@Taylor Bagholmes
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