Arya
Ne dis rien.
Gabryel sentit les mots glisser à l’intérieur de lui, se loger dans un endroit où, pour une fois, ils ne lui faisaient pas mal : Ne rien dire, ne pas chercher, ne pas expliquer. Sa gorge cessa de brûler à cause des phrases qu’il ravalait depuis le début de la soirée. Il resta immobile, les doigts encore posés sur le rebord de la fenêtre, le front contre la vitre froide. Il laissa la voix résonner en lui comme une consigne à suivre, simple et claire.
Ne parle pas.
Fleurdelys ferma doucement les yeux. Il aurait pu répondre. Il aurait pu dire son nom, juste une fois, pour la rassurer, ou pour se rassurer lui-même. Mais les deux phrases d’Aelle retentissaient encore. Ne rien dire, c’était une façon de ne rien abîmer. Il sentit en lui ce réflexe familier de vouloir alléger l’instant en étirant un sourire. Mais elle lui avait retiré ce rôle, et une part de lui en fut soulagée.
Viens, Gabryel.
Son prénom, prononcé dans sa bouche à elle, était un sortilège simple et irrévocable. L’Écossais ne bougea pas tout de suite. Il inspira profondément, pour se donner deux secondes de plus, le temps de laisser à la nuit toutes les questions qui lui tournaient dans le crâne : Est-ce que c’est bien ? Est-ce que je l’aide ? Les pâles lumières sur Londres endormi n’avaient pas de réponses à lui offrir. Alors il fit ce qu’il avait toujours su faire avec elle. Il obéit.
Le froid de la vitre quitta son front. Quand il se retourna, ses yeux cherchèrent Aelle. Elle était là, allongée sur le lit, le bras posé sur son visage. Sa poitrine se soulevait. Il n’essaya pas d’interpréter ce que son corps d’homme hurlait. Il se contenta d’avancer lentement. Le parquet grinça à chaque pas. Il eut le réflexe de regarder ses propres mains, comme s’il devait vérifier qu’elles n’allaient pas commettre une maladresse. Il voulait se présenter devant elle sans rien qui puisse peser, ni mots, ni gestes, juste son corps fatigué, et cette présence qu’elle lui demandait.
Arrivé au bord du lit, le sorcier marqua une pause. Il observa un instant la courbe de son corps délicat, l’empreinte de sa tête sur l’oreiller, et sa chevelure sombre qui coulait sur le drap. La chambre tournait légèrement autour de lui. Il s’ancra les pieds au sol, une dernière fois.
Puis, sans dire un mot, elle le lui avait interdit, le Gryffon s’assit d’abord sur le bord du matelas, qui s’enfonça légèrement contre le corps étendu de la jeune femme. Il prit soin de rester à distance afin de ne toucher aucun de ses membres, mais assez près pour qu’elle sente son poids sur la couverture. Ses mains vinrent se poser sur le drap, comme pour se jurer qu’il ne prendrait rien de plus que ce qu’elle lui offrait.
Il sentit son propre cœur cogner contre sa cage thoracique. S’il avait parlé maintenant, sa voix aurait tremblé. Heureusement, il n’avait pas le droit. Il baissa les épaules. Sa nuque se détendit. Il tourna la tête vers elle. Aelle, vivante, respirait ici, maintenant. Ce n’était pas un souvenir figé. Elle était là, dans cette chambre.
Il hésita, puis finit par se laisser glisser sur le lit. Il étendit ses jambes. Son épaule frôla à peine celle d’Aelle. Il resta ainsi au-dessus des couvertures, comme s’il respectait instinctivement une frontière invisible. À côté d’elle, mais pas sur le même territoire. S’il avait parlé, il aurait sans doute murmuré quelque chose de stupide, du genre « Je suis là ». Alors il se contenta de respirer. Il régla patiemment sa respiration sur la sienne, jusqu’à ce que le rythme de leurs souffles s’accorde. Son regard fixa le plafond, en suivant les petites fissures du plâtre comme s’il s’agissait d’une constellation. Puis ses yeux se posèrent sur le visage à moitié caché de la sorcière. Elle avait dit son nom, et lui avait dit de venir.
Et il était venu.
Le temps s’étira. La musique derrière la cloison avait cessé depuis longtemps. À un moment, le poignet de Gabryel frôla, dans un mouvement involontaire, le tissu du drap près de la hanche d’Aelle. Il retint aussitôt son geste, muscles figés, prêt à reculer. Alors il desserra un peu les doigts, laissant sa main ouverte, immobile. Il aurait voulu se pencher vers elle, chasser doucement une mèche de son front, poser son menton dans le creux de son épaule, comme il le faisait parfois dans ses rêves. Mais ces gestes-là appartenaient à un autre moment, où ils seraient sobres, où ils parleraient vraiment. Il aurait alors eu le droit de lui demander : Tu es sûre ? Mais ce soir, elle avait demandé une seule chose : Sa présence muette.
Alors il s’enroula autour de cette demande comme on s’enroule dans une couverture. Ses yeux se fermèrent un instant, juste pour mieux sentir : La chaleur de son corps à elle, tout près, la fatigue lourde dans ses muscles, l’odeur de la chambre, mélange d’Aelle, de bois et d’alcool. Quand il rouvrit les paupières, le plafond était toujours là, la nuit aussi, et elle n’avait pas disparu. C’était suffisant.
Gabryel ne dit rien. Il ne bougea presque plus. Il se contenta d’être là, à la place exacte où elle l’avait appelé, prêt à rester aussi longtemps qu’il le faudrait pour qu’au moins une chose, ce soir, ne s’effondre pas autour d’elle.
907 mots
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Gabryel sentit les mots glisser à l’intérieur de lui, se loger dans un endroit où, pour une fois, ils ne lui faisaient pas mal : Ne rien dire, ne pas chercher, ne pas expliquer. Sa gorge cessa de brûler à cause des phrases qu’il ravalait depuis le début de la soirée. Il resta immobile, les doigts encore posés sur le rebord de la fenêtre, le front contre la vitre froide. Il laissa la voix résonner en lui comme une consigne à suivre, simple et claire.
Ne parle pas.
Fleurdelys ferma doucement les yeux. Il aurait pu répondre. Il aurait pu dire son nom, juste une fois, pour la rassurer, ou pour se rassurer lui-même. Mais les deux phrases d’Aelle retentissaient encore. Ne rien dire, c’était une façon de ne rien abîmer. Il sentit en lui ce réflexe familier de vouloir alléger l’instant en étirant un sourire. Mais elle lui avait retiré ce rôle, et une part de lui en fut soulagée.
Viens, Gabryel.
Son prénom, prononcé dans sa bouche à elle, était un sortilège simple et irrévocable. L’Écossais ne bougea pas tout de suite. Il inspira profondément, pour se donner deux secondes de plus, le temps de laisser à la nuit toutes les questions qui lui tournaient dans le crâne : Est-ce que c’est bien ? Est-ce que je l’aide ? Les pâles lumières sur Londres endormi n’avaient pas de réponses à lui offrir. Alors il fit ce qu’il avait toujours su faire avec elle. Il obéit.
Le froid de la vitre quitta son front. Quand il se retourna, ses yeux cherchèrent Aelle. Elle était là, allongée sur le lit, le bras posé sur son visage. Sa poitrine se soulevait. Il n’essaya pas d’interpréter ce que son corps d’homme hurlait. Il se contenta d’avancer lentement. Le parquet grinça à chaque pas. Il eut le réflexe de regarder ses propres mains, comme s’il devait vérifier qu’elles n’allaient pas commettre une maladresse. Il voulait se présenter devant elle sans rien qui puisse peser, ni mots, ni gestes, juste son corps fatigué, et cette présence qu’elle lui demandait.
Arrivé au bord du lit, le sorcier marqua une pause. Il observa un instant la courbe de son corps délicat, l’empreinte de sa tête sur l’oreiller, et sa chevelure sombre qui coulait sur le drap. La chambre tournait légèrement autour de lui. Il s’ancra les pieds au sol, une dernière fois.
Puis, sans dire un mot, elle le lui avait interdit, le Gryffon s’assit d’abord sur le bord du matelas, qui s’enfonça légèrement contre le corps étendu de la jeune femme. Il prit soin de rester à distance afin de ne toucher aucun de ses membres, mais assez près pour qu’elle sente son poids sur la couverture. Ses mains vinrent se poser sur le drap, comme pour se jurer qu’il ne prendrait rien de plus que ce qu’elle lui offrait.
Il sentit son propre cœur cogner contre sa cage thoracique. S’il avait parlé maintenant, sa voix aurait tremblé. Heureusement, il n’avait pas le droit. Il baissa les épaules. Sa nuque se détendit. Il tourna la tête vers elle. Aelle, vivante, respirait ici, maintenant. Ce n’était pas un souvenir figé. Elle était là, dans cette chambre.
Il hésita, puis finit par se laisser glisser sur le lit. Il étendit ses jambes. Son épaule frôla à peine celle d’Aelle. Il resta ainsi au-dessus des couvertures, comme s’il respectait instinctivement une frontière invisible. À côté d’elle, mais pas sur le même territoire. S’il avait parlé, il aurait sans doute murmuré quelque chose de stupide, du genre « Je suis là ». Alors il se contenta de respirer. Il régla patiemment sa respiration sur la sienne, jusqu’à ce que le rythme de leurs souffles s’accorde. Son regard fixa le plafond, en suivant les petites fissures du plâtre comme s’il s’agissait d’une constellation. Puis ses yeux se posèrent sur le visage à moitié caché de la sorcière. Elle avait dit son nom, et lui avait dit de venir.
Et il était venu.
Le temps s’étira. La musique derrière la cloison avait cessé depuis longtemps. À un moment, le poignet de Gabryel frôla, dans un mouvement involontaire, le tissu du drap près de la hanche d’Aelle. Il retint aussitôt son geste, muscles figés, prêt à reculer. Alors il desserra un peu les doigts, laissant sa main ouverte, immobile. Il aurait voulu se pencher vers elle, chasser doucement une mèche de son front, poser son menton dans le creux de son épaule, comme il le faisait parfois dans ses rêves. Mais ces gestes-là appartenaient à un autre moment, où ils seraient sobres, où ils parleraient vraiment. Il aurait alors eu le droit de lui demander : Tu es sûre ? Mais ce soir, elle avait demandé une seule chose : Sa présence muette.
Alors il s’enroula autour de cette demande comme on s’enroule dans une couverture. Ses yeux se fermèrent un instant, juste pour mieux sentir : La chaleur de son corps à elle, tout près, la fatigue lourde dans ses muscles, l’odeur de la chambre, mélange d’Aelle, de bois et d’alcool. Quand il rouvrit les paupières, le plafond était toujours là, la nuit aussi, et elle n’avait pas disparu. C’était suffisant.
Gabryel ne dit rien. Il ne bougea presque plus. Il se contenta d’être là, à la place exacte où elle l’avait appelé, prêt à rester aussi longtemps qu’il le faudrait pour qu’au moins une chose, ce soir, ne s’effondre pas autour d’elle.
907 mots
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Arya
Le matelas s'enfonce sous son poids. Il est trop loin de moi pour que je ressente sa chaleur, pourtant je la sens quand même. Sa présence irradie. Le bras posé sur le front, je lève les yeux au plafond pour ne plus voir Gabryel et je reste ainsi, sans bouger. J'entends sa respiration, je sens son hésitation, mais je suis persuadée d'une chose : il ne dira rien. Et cela me soulage. Alors j'attends calmement qu'il fasse ce que j'attends de lui en regardant ce plafond que je connais par cœur pour l'avoir observé durant des heures tout le long de l'année qui s'est écoulée. Je sens le matelas bouger quand il prend enfin la peine de s'allonger, j'entends sa respiration se calmer, elle est comme une mélodie douce et lointaine sur laquelle je peux me concentrer. Gabryel reste à sa place, allongé. Parfois, son regard me côtoie. Je ne le lui rend pas. Je continue de regarder le plafond et d'écouter le bruit que fait son souffle. Autour de nous, l'appartement est calme, endormi ; je devine que mon frère a rejoint sa chambre. Gabryel est à quelques centimètres de moi, je devine ses bras le long du matelas et je le connais suffisamment pour savoir sans même me questionner sur la véracité de cette affirmation qu'il aimerait attraper ma main qui repose sur mon ventre ou chasser cette mèche que je sens glisser le long de ma tempe.
C'est comme si le monde avait cessé d'exister. Peut-être que n'existent plus que cette chambre, Gabryel et moi. Peut-être que plus rien d'autre n'a d'importance, ce soir ? Je n'ai pas envie qu'autre chose en ait. J'ai envie que tout se taise et qu'il n'y ait rien d'autre, plus de questions dans la tête, plus de sentiment au fond de mon cœur, plus de ces choses qui font mal au quotidien. Je veux le silence et je veux que tout s'éteigne.
Le mouvement que je fais pour me redresser semble résonner tant la chambre est silencieuse. J'attrape ma baguette magique rangée à sa place, le long de mon bras et sans un murmure, j'éteins les lumières et tire les rideaux. Alors le noir nous tombe dessus. Une obscurité profonde et épaisse dans laquelle le son de la respiration de Gabryel devient plus bruyante. Là, c'est comme si le monde s'était effacé. Je ne vois plus rien, plus rien ne peut accrocher mon regard. Mon esprit flotte dangereusement dans mon crâne. J'ai l'impression d'être sur un bateau qui voguerait sur une mer agitée. Je ferme les yeux pour profiter de la sensation familière. Ma baguette toujours entre les doigts, je repose ma main sur le matelas. Suffisamment proche pour sentir contre mes phalanges la chaleur du corps de Gabryel. Au milieu des vagues de mes pensées lourdes et alcoolisées, cette chaleur est comme un ancrage, quelque chose auquel me raccrocher.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que je désire. Je n'ai pas la moindre idée de ce que je suis en train de faire ce soir. J'aimerais que tout soit simple, comme Gabryel semble le croire. La vie parait si facile à vivre pour lui, parfois. J'aimerais qu'il n'y ait pas ses pensées dans mon crâne. J'aimerais qu'il n'y ait pas ces souvenirs dans ma tête. J'aimerais qu'il n'y ait pas cette crainte viscérale au fond de mes tripes. J'aimerais que mes pensées ne se tournent pas sans cesse vers Kristen. J'aimerais revenir quinze ans en arrière, quand il me suffisait de me glisser sous ma couette et de rouler sur le côté, de passer le bras autour de Calmar le Calmar pour que tout se taise. J'aimerais cela et tout son contraire.
Je sens mon corps se tourner comme s'il ne m'appartenait pas. Je roule sur le côté et tire mon coussin pour me rapprocher de Gabryel. Je serre mes bras contre ma poitrine, ma baguette magique serrée contre moi comme je serrais à l'époque mon immense peluche. Le mouvement m'approche si près de lui que je me retrouve le nez contre son épaule. Sa chaleur passe soudainement dans mon corps, descend dans ma nuque, le long de mon dos et de mes jambes. Je me fige contre lui, incapable de bouger et en essayant de persuader de mon corps de se reculer précipitamment. Il n'en fait rien. Alors au bout de quelques secondes, je me détends et mon visage s'affaisse contre Gabryel, mon nez sur sa peau, mon front contre elle, son odeur partout.
« Ne bouge pas, » ordonné-je dans un faible murmure, mes lèvres contre son bras.
Je remue pour pouvoir remonter mes jambes contre moi, sur la couverture. Les poignets croisés contre ma poitrine, serrée contre moi-même, ma baguette qui s'enfonce désagréablement dans mon ventre. Ce n'est pas grave. Mon visage tout contre le bras de Gabryel, sa chaleur, son odeur, mes genoux appuyés contre lui, alignés sur ses hanches, et mes doigts qui frôlent sa peau sans jamais réellement le toucher.
« Ne bouge pas, » répété-je dans un murmure encore plus bas.
J'ai besoin que tu restes ainsi, que tu ne bouges pas, que tu me laisses profiter de ta chaleur sans chercher à m'étouffer avec. J'ai besoin que tu sois là sans bouger, que tu sois là sans parler, que tu sois là sans décider. Quand tu ne bouges pas, que tu ne parles pas, que tu ne décides pas, j'ai l'impression que je suis bien. Tu es là, je ne suis pas seule. Ton odeur sent les souvenirs de l'enfance et j'ai des réminiscences de nos discussions au Petit Chalet. Ta chaleur contient en elle toutes les fois où tu m'as attrapé la main, où tu as dégagé une mèche sur mon front, où tu m'as embrassée ; elle m'est familière, je la connais, plus que je n'en connais aucune autre. Le bruit de ta respiration est le résumé de toutes les déclarations que tu m'as faite. Ce soir, je sais que tu m'aimes. Je l'oublierai demain. Mais ce soir je sais et je ne pense à rien d'autre qu'au fait que tu m'aimes et que tu es là, que tu resteras là. Demain aussi, je l'oublierai. Bientôt, tu feras un geste, un seul, et je me persuaderai que je ne peux pas avoir confiance en toi. Mais ce soir tu es là, je te connais par cœur, ta chaleur, ton odeur, ta respiration, ton obéissance. J'ai confiance. Je ferme les yeux et pour la première fois depuis très longtemps j'ai l'impression que le monde n'est pas en train de s'effondrer autour de moi.
C'est comme si le monde avait cessé d'exister. Peut-être que n'existent plus que cette chambre, Gabryel et moi. Peut-être que plus rien d'autre n'a d'importance, ce soir ? Je n'ai pas envie qu'autre chose en ait. J'ai envie que tout se taise et qu'il n'y ait rien d'autre, plus de questions dans la tête, plus de sentiment au fond de mon cœur, plus de ces choses qui font mal au quotidien. Je veux le silence et je veux que tout s'éteigne.
Le mouvement que je fais pour me redresser semble résonner tant la chambre est silencieuse. J'attrape ma baguette magique rangée à sa place, le long de mon bras et sans un murmure, j'éteins les lumières et tire les rideaux. Alors le noir nous tombe dessus. Une obscurité profonde et épaisse dans laquelle le son de la respiration de Gabryel devient plus bruyante. Là, c'est comme si le monde s'était effacé. Je ne vois plus rien, plus rien ne peut accrocher mon regard. Mon esprit flotte dangereusement dans mon crâne. J'ai l'impression d'être sur un bateau qui voguerait sur une mer agitée. Je ferme les yeux pour profiter de la sensation familière. Ma baguette toujours entre les doigts, je repose ma main sur le matelas. Suffisamment proche pour sentir contre mes phalanges la chaleur du corps de Gabryel. Au milieu des vagues de mes pensées lourdes et alcoolisées, cette chaleur est comme un ancrage, quelque chose auquel me raccrocher.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que je désire. Je n'ai pas la moindre idée de ce que je suis en train de faire ce soir. J'aimerais que tout soit simple, comme Gabryel semble le croire. La vie parait si facile à vivre pour lui, parfois. J'aimerais qu'il n'y ait pas ses pensées dans mon crâne. J'aimerais qu'il n'y ait pas ces souvenirs dans ma tête. J'aimerais qu'il n'y ait pas cette crainte viscérale au fond de mes tripes. J'aimerais que mes pensées ne se tournent pas sans cesse vers Kristen. J'aimerais revenir quinze ans en arrière, quand il me suffisait de me glisser sous ma couette et de rouler sur le côté, de passer le bras autour de Calmar le Calmar pour que tout se taise. J'aimerais cela et tout son contraire.
Je sens mon corps se tourner comme s'il ne m'appartenait pas. Je roule sur le côté et tire mon coussin pour me rapprocher de Gabryel. Je serre mes bras contre ma poitrine, ma baguette magique serrée contre moi comme je serrais à l'époque mon immense peluche. Le mouvement m'approche si près de lui que je me retrouve le nez contre son épaule. Sa chaleur passe soudainement dans mon corps, descend dans ma nuque, le long de mon dos et de mes jambes. Je me fige contre lui, incapable de bouger et en essayant de persuader de mon corps de se reculer précipitamment. Il n'en fait rien. Alors au bout de quelques secondes, je me détends et mon visage s'affaisse contre Gabryel, mon nez sur sa peau, mon front contre elle, son odeur partout.
« Ne bouge pas, » ordonné-je dans un faible murmure, mes lèvres contre son bras.
Je remue pour pouvoir remonter mes jambes contre moi, sur la couverture. Les poignets croisés contre ma poitrine, serrée contre moi-même, ma baguette qui s'enfonce désagréablement dans mon ventre. Ce n'est pas grave. Mon visage tout contre le bras de Gabryel, sa chaleur, son odeur, mes genoux appuyés contre lui, alignés sur ses hanches, et mes doigts qui frôlent sa peau sans jamais réellement le toucher.
« Ne bouge pas, » répété-je dans un murmure encore plus bas.
J'ai besoin que tu restes ainsi, que tu ne bouges pas, que tu me laisses profiter de ta chaleur sans chercher à m'étouffer avec. J'ai besoin que tu sois là sans bouger, que tu sois là sans parler, que tu sois là sans décider. Quand tu ne bouges pas, que tu ne parles pas, que tu ne décides pas, j'ai l'impression que je suis bien. Tu es là, je ne suis pas seule. Ton odeur sent les souvenirs de l'enfance et j'ai des réminiscences de nos discussions au Petit Chalet. Ta chaleur contient en elle toutes les fois où tu m'as attrapé la main, où tu as dégagé une mèche sur mon front, où tu m'as embrassée ; elle m'est familière, je la connais, plus que je n'en connais aucune autre. Le bruit de ta respiration est le résumé de toutes les déclarations que tu m'as faite. Ce soir, je sais que tu m'aimes. Je l'oublierai demain. Mais ce soir je sais et je ne pense à rien d'autre qu'au fait que tu m'aimes et que tu es là, que tu resteras là. Demain aussi, je l'oublierai. Bientôt, tu feras un geste, un seul, et je me persuaderai que je ne peux pas avoir confiance en toi. Mais ce soir tu es là, je te connais par cœur, ta chaleur, ton odeur, ta respiration, ton obéissance. J'ai confiance. Je ferme les yeux et pour la première fois depuis très longtemps j'ai l'impression que le monde n'est pas en train de s'effondrer autour de moi.
Arya
Dans l’obscurité profonde de la chambre, tout n’était plus que sons : Le froissement de drap, la respiration d’Aelle, l’écho de son propre cœur. Quand elle roula vers lui, sa chaleur frola d’un coup la surface de son bras, et Gabryel eut l’impression que son corps venait de basculer dans un autre monde. Il ne bougea pas, non par obéissance, mais parce que la surprise le clouait littéralement au matelas, les muscles tendus tremblants sous sa peau.
Puis le nez de l’Anglaise se posa contre son épaule, si doucement qu’il aurait pu croire à une illusion. Son souffle glissa contre sa peau, et le Gryffon sentit sa gorge se serrer d’une manière qu’il n’avait jamais connue. Il ferma les yeux. La nuit n’était plus noire, mais rouge sous ses paupières, brûlante, presque douloureuse.
- Ne bouge pas.
Les mots s’écrasèrent contre son bras comme un sortilège. Il retint son souffle. Même son sang sembla suspendre sa course dans l’enfilade de ses veines. Ne pas bouger. Ne pas prendre. Ne pas espérer. Être le rocher immobile qu’elle réclamait, celui qui ne réclame rien en retour.
Lorsqu’elle remonta ses jambes, qu’elle se referma sur elle-même et que son front glissa contre sa peau, le Rouge et Or sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Il ne sut pas s’il venait de l’alcool qu’elle avait encore dans le sang, de sa chaleur, ou de la violence tendre de ce contact. Son bras semblait devenu un territoire sacré dont il n’avait pas le droit d’être propriétaire.
- Ne bouge pas.
Alors il s’immobilisa entièrement. Son dos se fit lourd contre le matelas, sa main resta ouverte, paume vers le plafond, comme une offre qu’il savait qu’elle n’accepterait pas. Il garda les yeux ouverts dans le noir, parce que les fermer aurait été trop proche d’un abandon. Il écouta.
La respiration d’Aelle, irrégulière, venait se mêler à la sienne. À chaque fois que son souffle frôlait son bras, Gabryel sentait une douleur douce, une brûlure qui ne voulait pas faire mal. Il ne pensa pas à ses mains qui auraient voulu la retenir. Il ne pensa pas à ses lèvres. Il ne pensa même pas à demain. Il pensa seulement : Elle est là. Elle me laisse être là. C’est tout.
Quand elle serra son coussin, quand ses genoux vinrent se caler contre lui, il sentit quelque chose céder au fond de sa poitrine, une frontiére qu’il tenait depuis des années, faite de prudence, d’abnégation, de renoncements. Son cœur se gonfla, trop grand, trop lourd, trop brûlant. Il eut peur qu’elle puisse l’entendre. Ses doigts tremblèrent légèrement. Un seul geste, même infime, serait allé contre l’ordre. Il aurait voulu lui dire tant de choses. Pas d’amour, elle n’en voulait pas, pas ce soir. Pas de promesse, elle ne les croirait pas. Pas de question, elle n’y répondrait pas. Peut-être simplement : Je suis là, je reste là. Mais elle le savait déjà. La preuve, elle se collait à lui comme si sa chaleur était la seule chose stable dans ce monde qui se dézingait autour d’elle.
Alors il resta immobile. Complètement.
Mais il sentit, au creux de son ventre, quelque chose se serrer douloureusement lorsqu’elle pensa, il le devina sans même l’entendre, qu’elle oublierait demain. Qu’elle douterait de lui. Qu’elle chercherait, dans un mot ou dans un geste banal, une trahison. Il voulut protester dans son silence, lui hurler qu’il ne partirait pas, qu’il ne reculerait pas, qu’il n’agirait pas comme tous ceux dont elle portait encore les cicatrices. Mais sa voix n’existait pas ce soir. À la place, il respira. Lentement. Régulièrement. Il offrit à Aelle ce qu’il avait de plus fiable : Son souffle, son immobilité, et son cœur obstiné.
Un moment passa, une minute, une heure ou un morceau d’éternité, il ne sut pas. Dans le noir, le sorcier tourna son visage vers le sommet de sa tête. Surement pas assez pour qu’elle le sente, mais assez pour qu’il puisse, juste un instant, fermer les yeux, le menton enfouit dans sa chevelure.
Il pensa : Je t’aime. Mais ce soir, ce n’est pas important. Ce soir, je suis ton silence.
Et il le fut.
Jusqu’au bout.
Jusqu’à ce que la nuit cesse d’exister autour d’eux.
Fin pour moi.
Quand tout commence dans la violence et la fureur, puis se termine dans la douceur et le silence… Ça semble un interminable fil tendu entre nos protégés. Merci Aelle encore une fois pour ce moment.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Puis le nez de l’Anglaise se posa contre son épaule, si doucement qu’il aurait pu croire à une illusion. Son souffle glissa contre sa peau, et le Gryffon sentit sa gorge se serrer d’une manière qu’il n’avait jamais connue. Il ferma les yeux. La nuit n’était plus noire, mais rouge sous ses paupières, brûlante, presque douloureuse.
- Ne bouge pas.
Les mots s’écrasèrent contre son bras comme un sortilège. Il retint son souffle. Même son sang sembla suspendre sa course dans l’enfilade de ses veines. Ne pas bouger. Ne pas prendre. Ne pas espérer. Être le rocher immobile qu’elle réclamait, celui qui ne réclame rien en retour.
Lorsqu’elle remonta ses jambes, qu’elle se referma sur elle-même et que son front glissa contre sa peau, le Rouge et Or sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Il ne sut pas s’il venait de l’alcool qu’elle avait encore dans le sang, de sa chaleur, ou de la violence tendre de ce contact. Son bras semblait devenu un territoire sacré dont il n’avait pas le droit d’être propriétaire.
- Ne bouge pas.
Alors il s’immobilisa entièrement. Son dos se fit lourd contre le matelas, sa main resta ouverte, paume vers le plafond, comme une offre qu’il savait qu’elle n’accepterait pas. Il garda les yeux ouverts dans le noir, parce que les fermer aurait été trop proche d’un abandon. Il écouta.
La respiration d’Aelle, irrégulière, venait se mêler à la sienne. À chaque fois que son souffle frôlait son bras, Gabryel sentait une douleur douce, une brûlure qui ne voulait pas faire mal. Il ne pensa pas à ses mains qui auraient voulu la retenir. Il ne pensa pas à ses lèvres. Il ne pensa même pas à demain. Il pensa seulement : Elle est là. Elle me laisse être là. C’est tout.
Quand elle serra son coussin, quand ses genoux vinrent se caler contre lui, il sentit quelque chose céder au fond de sa poitrine, une frontiére qu’il tenait depuis des années, faite de prudence, d’abnégation, de renoncements. Son cœur se gonfla, trop grand, trop lourd, trop brûlant. Il eut peur qu’elle puisse l’entendre. Ses doigts tremblèrent légèrement. Un seul geste, même infime, serait allé contre l’ordre. Il aurait voulu lui dire tant de choses. Pas d’amour, elle n’en voulait pas, pas ce soir. Pas de promesse, elle ne les croirait pas. Pas de question, elle n’y répondrait pas. Peut-être simplement : Je suis là, je reste là. Mais elle le savait déjà. La preuve, elle se collait à lui comme si sa chaleur était la seule chose stable dans ce monde qui se dézingait autour d’elle.
Alors il resta immobile. Complètement.
Mais il sentit, au creux de son ventre, quelque chose se serrer douloureusement lorsqu’elle pensa, il le devina sans même l’entendre, qu’elle oublierait demain. Qu’elle douterait de lui. Qu’elle chercherait, dans un mot ou dans un geste banal, une trahison. Il voulut protester dans son silence, lui hurler qu’il ne partirait pas, qu’il ne reculerait pas, qu’il n’agirait pas comme tous ceux dont elle portait encore les cicatrices. Mais sa voix n’existait pas ce soir. À la place, il respira. Lentement. Régulièrement. Il offrit à Aelle ce qu’il avait de plus fiable : Son souffle, son immobilité, et son cœur obstiné.
Un moment passa, une minute, une heure ou un morceau d’éternité, il ne sut pas. Dans le noir, le sorcier tourna son visage vers le sommet de sa tête. Surement pas assez pour qu’elle le sente, mais assez pour qu’il puisse, juste un instant, fermer les yeux, le menton enfouit dans sa chevelure.
Il pensa : Je t’aime. Mais ce soir, ce n’est pas important. Ce soir, je suis ton silence.
Et il le fut.
Jusqu’au bout.
Jusqu’à ce que la nuit cesse d’exister autour d’eux.
Reducio

Fin pour moi.
Quand tout commence dans la violence et la fureur, puis se termine dans la douceur et le silence… Ça semble un interminable fil tendu entre nos protégés. Merci Aelle encore une fois pour ce moment.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR