Wick, Ecosse La robe PV Alyona Farrow

Trigger warning : violence morale, physique, évocation d'agression sexuelle. Je déconseille la lecture de ce qui suit aux moins de 15 ans. Toutefois, si vous allez au bout, vous comprendrez dans quel esprit j'écris ce texte, et toute l'histoire d'Ivanovna.


Cliquer sur le reducio permet de confirmer que l'on sait où l'on va, le TW a prévenu.

Reducio

Selon quelles sciences peut-on classer les éléments naturels entourant aussi bien les moldus que les sorciers ? Une plante est-elle condamnée elle aussi à la molditude ou les sorciers sont-ils capables de lui attribuer des compétences magiques ? Une autre plante est-elle, dans la même intention, forcément magique ? Le concept né moldu s’applique-t-il en Botanique ? Et jusqu’à quel point si la réponse est affirmative ?
La forêt qu’elles arpentent cette après-midi là a les deux caractéristiques. Elle est née sorcière, au sens où elle résulte d’une volonté Gunnray très ancienne de protéger la maison que l’on appelle la maison de Wick même si elle est en fait très à l’ouest de la cité moldue. Ce n’est ni un château ni même un manoir. Juste une maison, que les non sorciers nommeraient aisément une maison paysanne bourgeoise, selon une classification impropre soyons clairs… Ainsi donc une forêt plantée par des sorciers, entretenue par eux jusqu’à devenir une sorte d’exception dans l’immense lande couvrant cette partie de l’Ecosse. Oh… pas une exception complète, il en existe quelques autres, éparpillées sur un territoire immense au regard de la taille des îles britanniques. Mais une forêt chérie par tous, quoique redoutée par les non sorciers. Les… superstitions ont le vie dure et il suffit d’un soupçon de fourberie pour les entretenir. Une fois les rumeurs lancées, les laisser vivre par elles-mêmes est un jeu d’enfant. Reste que cette forêt n'a rien d'autre de sorcier !

Elle est en tout cas un refuge pour Ivanovna, la même réputation que la forêt interdite repousse nombre de moldus et quand elle s’y promène, il est très rare qu’elle en croise. Le lynx évite toujours les confrontations directes, quitte à se déguiser ou plus généralement disparaître magiquement, ce qui est aisé ici. Jamais elle n’a eu à employer de vilains moyens de rester maîtresse des lieux. C’est ce qu’elle explique longuement à Alyona, non seulement les essences, variétés de conifères, mélange de feuillus, plus rares mais existants...elle pense à Alyona s’effeuillant selon un rituel qui amuse l’imagination de Vana…
Du ciel on ne devine rien de son origine inexpliquée. Pourquoi des arbres, ici ? Comme c’est la seule manifestation magique des lieux, tout cela reste discret. Point de bestioles aux intentions dévorantes ni de mousses aspirantes vous suçant jusqu’aux os. Les cerveaux moldus, fertiles en invention quand il s’agit de ce genre de fables n’ont pas besoin de réalité, ils savent bien créer leur propre bestiaire menaçant.

Ivanovna répond à Aly : « Oui, je crois que je m’y promène presque une fois par jour ». mais elle a d’autres choses en tête. Il faut aborder certaines questions, c’est le moment le plus dur de leur amitié. Vana sait qu’il n’y aura aucun bon moment pour ce faire, attendre le dernier jour n’est pas l’idéal. Tout comme percer l’abcès, si cela s’avère être la bonne métaphore, n’est pas non plus indiqué dès les premières heures… Mais elle ne peut plus attendre. Et marcher tout en se donnant est la meilleure des manières. Cela aidera à sortir les mots.

- Alyona… je dois te dire quelque chose…

Le bruit de leurs pas dans les feuilles devient d’un coup plus présent, presque pesant,

- Avant tout… il faut que tu saches… je ne t’ai pas invitée pour te prendre en otage. Tu es plus que mon amie, tu le sais. Je te dois la vérité, toujours.

Chez les Gunnray, ce concept est plus qu’un honneur, on ne peut pas mentir au clan. Alyona est très proche d’Ivanovna, moitié russe, moitié écossaise, de sang pur, sorcière… et plus que le reste, femme. Elles ne peuvent que se comprendre. Malgré cela, Ivanovna sait la peine qu’elle pourrait engendrer. La pureté du vrai se paye au prix fort.
Elles avancent toujours dans cette forêt magnifique.

- J’ai longtemps rêvé d’être comme ma Mère, chercheuse. En botanique. Et je nous voyais au jardin de Draoícht un jour, toi et moi. Et puis… J’ai eu confirmation il y a peu de quelque chose que je savais sans vouloir l’admettre…

Un instant, celui des vérités les plus dures à faire sortir,

- … ma sœur a été empoisonnée. Elle est morte de ça. Et peu importe le processus. Tu vois, c’est devenu pour moi une évidence, j'aurais dû la sauver. J’aurais pu. Je ne veux pas que cela se reproduise, je veux soigner les gens, les aider. Au début, l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, je ne voyais pas bien sa raison d’être, où était la Botanique dans tout ça… Et puis j’ai compris. J’ai compris que je devais te trahir pour honorer sa mémoire…

Les pas sont d’un coup moins bruyants dans les feuilles, comme si elles ralentissaient,

- … Alyona, je ne viendrai pas à Draoícht. Je vais bifurquer en Hybride pour devenir experte en anti-poison médical. C’est ma voie, je le sens.

Cette fois, elle est lancée, plus rien n’arrête le flot de ses pensées confuses, même si elle ne parle pas de cette image qui la traverse, la robe, qui se consume et disparaît en poussière, le visage de Circéia reformé alors, le temps de s’évanouir dans un flacon de guérison. Un rêve futur, sauver une autre enfant mordue par une magie noire très mauvaise.

- J’aurais pu sans doute demander une orientation en cours d’année, je suis douée pour négocier ce genre de… modifications sortant de l’ordinaire. Mais je veux finir cette année aux côtés de la seule personne qui compte à mes yeux. Savourer chaque instant. Je t’aime comme ma sœur tu sais.

La voix s’empourpre, Ivanovna poursuit malgré tout. Elle n’a pas dit « une » mais « ma ». On peut y voir toutes les possessions du monde. Ou juste un amour simple au sein d’une même famille.

- Et puis, il faut bien admettre que la vie à Newhaven est agréable, j’aime apprendre, c’est exaltant. Tu vois, je les comprends, ma mère, ma sœur… On est faites du même moule… Alyona…

Cette fois, la jeune sorcière s’est arrêtée et, chose rarissime, elle a enlevé un gant, celui de sa main gauche et pris la main d'Aly..

- …

Ses sens l’abandonnent, elle ne sait plus comment dire le reste, ça sort comme ça peut désormais. Elle plonge ses grands yeux noirs dans le bleu de sa soeur,

- Ils m’ont violée là-bas… souvent… J’avais treize ans…

D’abord sa main a serré celle d’Aly. Et puis, au fur et à mesure, l’étau s’est desserré, jusqu’à ce que les doigts ne tiennent plus qu’à un fil. Elle n'avait pas prévu les derniers mots, ils sont sortis.. d'eux-mêmes. Une vie mise à nu, dans la beauté cruelle d’un écrin forestier. L’odeur de mousse, d’humidité. Leurs pas se sont arrêtés. Une nausée insupportable submerge Ivanovna. Elle a gâché la fête.






Post TW : ainsi, tentons de raconter une histoire qui montre qu'une personne peut traverser des horreurs et vivre ensuite une vie heureuse, un jour. Mais n'en disons pas plus car c'est peut-être déjà trop.

Reducio
Edit : pour une phôthe d'aurtograaf vrémend pa bail

Wick, Ecosse La robe PV Alyona Farrow
Moi aussi, si j'habitais par ici, je viendrais dans ces bois presque tous les jours, me recueillir près des grands arbres, glisser mes songes les plus fragiles sous la terre et laisser le vent nettoyer mon visage des traces qu'y ont dessiné les jours de pluie. Les feuilles mortes sont des clefs pour se libérer ; elles ouvrent des portes desquelles coulent toutes les pensées retenues. Mais là n'est pas le sujet, non, rien n'est important désormais dans l'environnement, les troncs ne sont plus que des troncs, il n'y a plus de particulier, plus de singulier, plus d'intérêt, la forêt fond doucement comme la neige au sommet des montagnes, les pensées la dissolvent, la réduisent en cendres sans la brûler, déjà les couleurs se ternissent et s'effacent, plongeant Vana et moi dans un monde parallèle. L'essentiel se déplace, de ce qui m'entoure à mon amie, réduisant mon champ de vision, concentrant mon regard et mon attention. C'est plus simple, et en même temps plus inquiétant. Alice des temps modernes, je glisse dans la serrure d'une lourde porte demeurée close. Les oiseaux pourraient chanter, je crois que je ne les entendrais pas.

« Je dois te dire quelque chose », quelle phrase étrange, étrangement inquiétante, qui annonce que la suite est à placer à part, qu'elle n'est pas semblable à ce qui l'a précédée. Tu dois me dire quelque chose, Vana, me dire quelque chose qui, semble-t-il, n'est ni à propos des bois, ni à propos des plantes. J'en déduis que c'est personnel, que cela a été réfléchi, que ce qui suit, tu y as longtemps pensé. Dois-je me préparer au pire ? Je sens déjà les battements de mon cœur qui accélèrent, et mes pensées qui fouillent dans les possibles, retournant les tiroirs de souvenirs. Est-ce à propos de toi ? Est-ce que quelque chose ne va pas ? Ou est-ce à propos de moi ? Ai-je dit, ai-je fait quelque chose d'incorrect ? Souhaites-tu que je m'en aille plus tôt ? Ou peut-être qu'il s'agit de l'Institut ? Il y avait ce point à propos de garçons que tu as mentionné lorsque nous sommes allées dans les bains, ce point sur lequel je n'ai pas su te questionner... À moins que ce ne soit plus grave ? As-tu besoin de moi ? Je ferai tout ce que je peux pour toi, je n'aurai peur de rien. Mais peut-être que je m'agite, que je m'égare, peut-être que ce n'est rien, juste un détail qui l'embarrassait, peut-être que je m'imagine juste le pire, ce qui est bien inutile, ce qui fracasse le cœur sans apaiser l'esprit. Mais je n'aime pas cette phrase, elle me fait peur, je voudrais que tout arrive maintenant pour être rassurée, et en même temps je ne suis pas sûre de désirer savoir, je crains ce que je vais apprendre. Enfin, Merlin ! C'est Ivanovna, c'est mon amie ; si elle a besoin de me confier des paroles, je me dois de les entendre.

Mon souffle a du mal à se faufiler vers mes lèvres, il me faut presque penser à inspirer et à expirer pour y parvenir.

La vérité. On dit qu'elle est toujours difficile, tranchante, mais qu'il est impossible de la fuir, tout se sait un jour ou l'autre. Soit, je ferai face, je n'ai plus si peur. Si c'est important pour Vana, je ne montrerai aucune trace de crainte ; si elle pense que je dois apprendre cette vérité, quelle qu'elle soit, je l'apprendrai, sans lui en vouloir, avec reconnaissance, car si elle me la confie, n'est-ce pas parce qu'elle me fait confiance pour l'accepter ?

J'expire lentement, résolue, m'imaginant aussi solide que le sol.

La suite de ses paroles, je l'approche doucement, lentement. Certains mots résonnent longtemps, d'autres ne font qu'un éclat, tout de suite perçus, tout de suite compris.
Sa sœur a été empoisonnée. Empoisonnée ! (Ce mot résonne beaucoup.) Par qui ? Par quoi ? Pourquoi ? Et puis, soigner les gens, les aider... Bien sûr que je comprends ! Cela, c'est facile à percevoir, à accepter, parce que je partage cette envie, parce qu'elle me parle, parce que je ne peux pas m'y opposer. Mais empoisonnée... Est-ce que Vana peut l'être aussi ? Mon amie... Est-elle menacée ? Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et que vient faire la trahison dedans ? Me trahir... Pourquoi me trahir ? Comment me trahir ? En quoi cela est une obligation, en quoi cela va à l'encontre d'une volonté d'honorer la mémoire de sa sœur ? Circéia... Les mots se mélangent. Pourtant, les paroles de mon amie éclairent tout, et je comprends là où elle souhaite en venir quelques secondes avant qu'elle ne le formule. Ivanovna souhaite changer de filière, ne plus poursuivre en botanique, pour sa sœur, pour son empoisonnement. Être empoisonnée... Cela signifie que nos chemins professionnels se séparent, que nous ne travaillerons pas ensemble, dans des serres, parlant de plantes et de beau temps. Est-ce que les balades dans la forêt auront un autre goût ? Non, c'est stupide ! Nos chemins professionnels se révèlent différents, mais ils ne nous sépareront pas. Si Vana est certaine qu'il s'agit de sa voie, alors l'avenir sera beau, car nous serons toutes les deux là où nous devons être. Non, non, je ne serai pas triste ni déçue, je serai fière de mon amie, je la soutiendrai. Mais nous ne travaillerons jamais ensemble dans des serres... Ce n'est pas grave, cela n'empêchera rien, cela ne nous éloignera pas. Et puis, je la comprends tellement ! Ce n'est pas une trahison. Cela l'aurait été si Ivanovna avait choisi de poursuivre en botanique, c'est elle qu'elle aurait trahie, elle et sa volonté. Mais dans cette situation, non, je ne me sens pas trahie, parce que je serai toujours de son côté, toujours du côté de ce qui lui est nécessaire, de ce qu'elle souhaite, de son bien. Il n'y a aucune trahison. Elle change de filière l'année prochaine, pour que nous restions ensemble, en botanique, jusqu'à la fin de mes études, pour finir cette année avec moi... Pour moi...

Je me sens chanceler, touchée au cœur. Je crois même que les larmes me montent aux yeux, mais je n'en suis pas certaine, je n'en ai pas tout à fait conscience, la chaleur qui se dégage de ma poitrine m'empêche de percevoir la naissance humide des larmes au bord de ma vision.
Je n'ai jamais eu de sœur, mais j'en ai toujours rêvé. Une sœur du même âge, avec qui partager des passions, des moments merveilleux ou des expériences de vie... Une sœur pour laquelle je serai prête à tout. Une sœur que je pourrai aimer... Le monde vacille. Les branches sont autant de bras qui pourraient me recueillir dans ma chute. Je ne suis plus à l'aise chez moi, dans ma famille, je ne me reconnais plus parmi eux, et je trouve ailleurs une sœur, une sœur qui tient à moi...

Ma gorge se noue. Je sens qu'il y a autre chose, sans pouvoir l'expliquer, et cela se confirme quand Vana s'arrête et prend ma main. C'est grave, important, difficile, lourd à porter et à avouer. Cela lui fait mal. Les larmes coulent sur mes joues avant que les mots n'échappent à Ivanovna. Ses yeux sombres... À moins que ce ne soit moi qui y sombre ?

Je serre ses doigts, je les serre tellement fort, même quand sa poigne perd en puissance, la mienne en gagne. Vana, Vana... Ma sœur de cœur qui se tient si droite quand moi je suis bouleversée, ma sœur de cœur qui a tant porté sur ses épaules... Laisse-moi partager tes douleurs aujourd'hui. Laisse-moi m'affaler avec toi contre la vie, rompue par sa violence, blessée par sa dureté. Je ne peux pas imaginer, je ne peux pas comprendre, c'est impossible, mais si je pouvais soulever une partie de cette peine posée sur toi, si je pouvais porter une partie de ta souffrance pour qu'elle te soit plus légère, je le ferai. Merlin, Merlin ! Je suis tellement désolée.

Je lâche la main de Vana pour passer mes bras autour de son cou et la serrer. Les larmes roulent sur mes joues comme si toute la forêt pleurait à travers moi. Ce n'est qu'au bout de plusieurs secondes qui dénouent ma gorge et me rendent la parole que je parviens à articuler de nouveau un mot, murmuré près de mon amie, la voix toute trempée d'émotions.

« Merci. »

D'autres pourraient sortir, jaillir prestement, dans le désordre, mais ils ne sont pas encore prêts, ils grandissent à peine en moi, et surgiront probablement quand mes larmes se seront calmées et que je serai parvenue à mieux respirer, à me détacher de Vana pour m'attarder plus longuement sur ses propos. Mais pour le moment, je me contente de la serrer contre moi, assimilant ses paroles, prenant conscience du poids qu'elles devaient représenter pour mon amie.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Wick, Ecosse La robe PV Alyona Farrow
Reducio
HRP : il me faut écrire deux ou trois choses avant de commencer. Ce soir, j’ai des idées pour la suite mais je manque d’énergie. Ce n’est pas toujours facile. Je sais, on se moque bien des humeurs de la personne qui écrit, qu’elle dise dans l’histoire ce qu’elle a. Mais moi, je veux dire combien j’ai de la chance d’avoir rencontré la personne qui incarne Alyona. Elle m’écoute, me laisse libre d’écrire comme je le sens. Une gentillesse, une attention à l’autre. Je ne sais pas comment la remercier sauf à tenter de mettre Alyona Farrow en valeur. Alors voilà, c’est dit, devant tous, merci personne incarnant Alyona Farrow. Pour une fois, et parce que ces instants de leurs vies sont vraiment autre chose… pour une fois nous avons convenu d’un peu de la suite, pour entretenir ce plaisir d’écrire de jolies choses ensemble, dans un profond respect de toi/moi qui est face à moi/toi. D’habitude, je ne dis rien de ce que j'écrirai, cherchant à surprendre la personne face à moi. Là, il me semblait impératif de donner aux mains d’Aly le choix décidé à deux de l’immédiate suite. Je vais dormir, reviendrai écrire demain. Certes, pour vous, cela commence dès maintenant, en dessous. Merci à tous. Tâchons que vous appréciiez.





Elle ne voulait pas. Faire mal. Dans les bras d’Alyona, Ivanovna ne sent plus rien, elle s’est évaporée. Un morceau de chair vidé de l’âme. Merci, croit-elle avoir entendu, comme s’il s’agissait d’un cadeau. Mais bon sang, Alyona pleure, elle a mal. Un cadeau ne fait pas mal. Et c’est tout l’écart séparant ce que l’on a vécu, notre norme, et ce qu’en perçoivent les autres. Peut-être avons-nous raison de dédramatiser, à moins qu’ils n’aient compris, mieux que nous, ce que la vie a imposé. Dans ces pires moments, Vana n’a jamais pleuré, par refus de leur donner le plaisir d’observer sa souffrance. Rébellion inconsciente. Cette manifestation de l’intérieur lui est étrangère, il faut bien des efforts pour ne pas s’en vouloir. Ce passé est...un ouragan qui détruit tout sur son passage. Une chose la fait demeurer une, une chose l’empêche de se liquéfier pour de bon, ces bras. Ils l’enlacent, lui donnent une unité, des...filets retenant ces morceaux d’elle. C’est écoeurant mais elle se voit comme une saucisse informe tenant grâce à un boyau extérieur. Voilà ce qu’ils lui ont véritablement fait, détruire non pas son corps, ni même ses souvenirs. Ils ont décimé sa capacité à voir la lumière, elle n’est plus que nuit noire, éternellement. En parler revient à en prendre la vraie dimension. C’est presque pire qu’avant. Les bras d’Aly sont là, heureusement. Quatre bras, non plus deux, se serrent dans une étreinte indescriptible. Elles ne bougent plus, les larmes de l’une répondent à la sécheresse de l’autre, comme si la source était tarie depuis la première fois. Il ne reste plus rien de ce passé, plus rien. Demeure Aly, inamovible, fidèle et prête à tout supporter, ce qui est parfaitement injuste. Chacun sa destinée. Si elle avait un peu de lucidité, elle s’en voudrait d’avoir parlé mais son égoïsme naturel a pris le dessus. Tout, toujours tout pour elle, invariablement, comme si Alyona ne pouvait respirer à sa manière. Ivanovna, une fois de plus a réduit son amie à du papier buvard. Elle devrait s’en vouloir, elle ne le peut même pas. C’est cruel. Au bout du compte, elle pensera ainsi, c’est une évidence mais en l’état, elle n’est plus qu’une fleur délabrée dans les bras de sa botaniste.

Il fallait pourtant s’ouvrir, c’était devenu impérieux. Trop de nouveautés, trop de chutes successives sur la route de ce fleuve intime. Aucun bateau ne peut remonter à la source dans ces conditions. Elle devait aplanir. Sans avoir été capable de taire le plus originel. Une sensation d’écorchure de tout son être. Des années passées le yeux fermés apparaissent à sa vue revenue. Forcément, ces yeux-là ne sont plus habitués, le corps entier est en souffrance. Mais les mains d’Aly sont un onguent puissant, un barrage au torrent, matrice du futur.
Les liens entre la terre et l’air se constituent d’eux-mêmes, Ivanovna respire Aly et pense à lui. Instinctivement, elle comprend qu’il faut relier les deux. Doucement, elle cherche la main d’Aly, les yeux fermés pour ne pas avoir à croiser ses yeux. Elle tient son gant dans la main droite, la gauche prend la première main laissée libre par le hasard. Sans un mot, elle entraîne Alyona vers un secret. Elles n’en sont pas très loin, le trajet sera court. Ivanovna ne prononce pas une parole, en elle le combat entre désir de disparaître pour de bon et envie de rendre à son amie un peu de ce qu’elle doit.

La terre parle, celle ayant donné naissance à la forêt qui les entoure. Ivanovna arrive enfin là où elle voulait conduire Alyona, avant de tout déverser en un flot indécent de vérité. Un vieil arbre tortueux, modifié par l’ancêtre à l’origine de ce bouclier forestier. Le coeur de la forêt, d’une certaine manière son épicentre. Un tronc large comme trois sequoias que l’on aurait mélangés sans qu’ils ne soient d’accord. Trois bâtons d’une guimauve n’ayant jamais accepté la fusion, trois matrices directionnelles pour une suite ébouriffée de branches noueuses, entrelacées, aux trajets indéfinissables. Refuge de milliers d’espèces, ils sont l’âme Gunnray de la forêt, ces trois morceaux qui n’en font qu’un. On peut aisément y grimper, le tronc laisse un accès possible. Mais jamais elle ne s’y hasardera car on ne piétine pas une tombe. Ici Vana reconstitue enfin le maillon qui manquait. Elle fait le lien entre sa terre ancestrale et ce demain qui se refuse à elle. Alyona, seule lumière dans un futur obscurci par le mal. Terre des arbres, air né de l’amour de deux sœurs liés à jamais désormais. Eau de celle qui sait à présent ce que fut le passé. Elle était nécessaire mais vous avez compris ; l’eau ne pouvait venir d’un animal atteint d'aridité. Magie de la vie, en cet instant précis tout s’aligne. Ainsi le feu peut renaître dans le coeur d’Ivanovna. Aly, à la fois le liquide et le déclencheur de la suite. Point n’est question d’un serment inviolable. Certaines ressemblances existent mais ce lien est plus fort. Vana scintille à nouveau, après sept années qui n’étaient que cendres. Et reçoit la force de parler à nouveau.

- C’est mon ancêtre.

Wick, Ecosse La robe PV Alyona Farrow
Dans ma tempête il y a du soulagement. Mes pensées ne se lèvent pas sur des ruines, elles découvrent qu'il y en a eu, de terribles, et qu'il n'y en a plus ; la force ne s'est pas éteinte avec le jour, les abris ont été rebattis, les plaies ont été guéries ; le phénix s'est relevé de ses cendres, son plumage en feu, brûlant, brillant, meurtri mais pas abattu, et la détermination de son regard, la force de sa posture, la dignité de son cœur, rien n'a pu les lui prendre. Mon trouble s'apaise doucement, le monde ne bascule plus. Vana est avec moi, en Écosse, dans ces bois dont les branches nous enlacent et nous prennent dans leurs bras. Elle est là, pour de bon, et il ne lui arrivera rien, elle ne souffrira plus. Oh ! je pleure, oui, mais aucun sanglot ne roule dans ma gorge comme une chute de pierres. Pas d'éboulements, pas d'accident, pas de catastrophe à venir. Les nuages noirs, qui rôdent en traînant leurs malheurs dans leur sillage, tonnant, sifflant, hurlant, encerclant, tous ces amas de tourments sont derrière nous.

Pourtant, les mots de mon amie continuent à hanter les couloirs de mon crâne, sans cesse apparents, sans cesse répétés. Je suis tellement désolée ! Désolée et heureuse, je crois ; coupée en deux dans mon âme, bouleversée en un mot. J'aurais aimé être là quand tout était dur, Vana, être présente, te soutenir, que tu ne sois pas seule. Étais-tu seule ? Merlin, ce devait être horrible ! Non, non, je ne peux pas comprendre, ni imaginer, tout ce qui se dessine en moi n'a même pas un arrière-goût de réel. Mais sa sœur empoisonnée ! Comment trouver la force de se reconstruire ? Comment aller de l'avant sans s'embourber dans le passé et ses filets du Diable ? Par Circé ! Changer de filière, de chemin, prendre son avenir en main envers et contre tous ! Comme je suis heureuse, Vana, que tu trouves ta place, et que tu la prennes. Comme je suis heureuse de pouvoir, aujourd'hui, me glisser dans tes bras, te serrer contre moi, et sourire dans ton cou.

Doucement, je prends du recul. Ivanovna attrape ma main et mes larmes sèchent sur mes joues. Tout va bien, tout va mieux. Le passé appartient au passé, et nous construisons l'avenir, avec nos doigts écorchés et cassants mais persistants. Nous sommes les fleurs qui s'ouvrent à l'aube.
Encore secouée par le passage de cet ouragan, je prends conscience de la solidité de la terre sous mes semelles, de la force de la poigne de mon amie, de sa présence rassurante, du regard chaleureux des vieux arbres autour de nous. J'inspire plusieurs fois à fond, mon regard retrouve le chemin vers la forêt, et je laisse Ivanovna m'emporter sous les cimes. Je lui fais entièrement confiance, je n'ai peur de rien à ses côtés, où qu'elle désire m'emmener, je la suivrai.

Marcher éclaircit mes pensées. Des phrases émergent dans ma gorge et mûrissent sous le soleil de ma réflexion. Je les laisse mariner dans ma bouche, mon attention tournée vers Vana. Les mots prennent forme mais n'éclosent pas, pas tout de suite ; mon amie souhaite d'abord me faire aller ailleurs, et c'est tout ce qui compte, c'est elle qui mène la danse, qui choisit, moi je navigue avec elle, sans rien dire, heureuse. Un sourire flotte sur mon visage, plus brillant que les traces laissées par mes larmes.

Autour de moi, le monde évolue. Je sens des changements, qui n'ont pas lieu en moi, qui se cachent plutôt dans les êtres, les troncs, les végétaux. Plus je marche et plus je me sens devenir forte, mais cela ne vient pas de mon corps. C'est magique. Je le comprends quand Vana s'arrête devant un vieil arbre, un arbre impressionnant, non pas tant par sa largeur mais par ce qu'il dégage, car il possède une aura merveilleuse, comme si son tronc étincelait ; à sa vue je reprends courage, par sa présence je retrouve de la force. Il m'apaise et m'étonne. Mes sens frôlent à peine son éclat que déjà il m'illumine. Arbre au cœur de la forêt, et cœur de bien plus qu'une forêt, père, mère, aïeul, aïeule, ton regard n'écrase pas, il forme une voûte autour de nous, nous ouvrant au monde tout en nous en protégeant. Un frisson se lève sur ma peau et la parcourt comme une vague. C'est comme si la terre posait son ombre sur mon front.

Mon visage se tourne vers Vana, étincelant, lumineux, souriant. Je serre sa main dans la mienne. Son ancêtre... Je sens bien qu'il y a, derrière cette présentation, quelque chose de précieux, d'intime, de personnel. Alors, l'émotion grimpe de nouveau en moi, majestueuse. Touchée jusque dans ma peau, je ne parviens, durant quelques instants, qu'à serrer la main de mon amie, muette et émerveillée. Puis, doucement, vaillamment, presque prudemment, les mots sortent, encore tout engourdis et trempés de sentiments.

« Merci pour tout ça... Je... » Un léger rire me traverse comme un sursaut. « Je comprends mieux pourquoi tu es si attachée à cette forêt. »

Je serre la main de mon amie et baisse les yeux. Les secondes passent, soucieuses.

« Tu sais, je comprends pourquoi tu souhaites changer de filière, et je ne t'en veux pas, au contraire... »

Mon regard se lève pour se reconnecter à celui de Vana.

« Je suis contente que tu le fasses. »

Je prends une grande inspiration qui me serre la poitrine. La présence de l'arbre, si calme, si fort et si droit me donne du courage. Les mots glissent entre mes lèvres en serrant ma gorge.

« Je suis désolée pour tout ce que tu as traversé... Mais je te promets qu'à l'avenir tu ne seras plus seule. Je... Je n'ai pas la meilleure famille comme exemple de soutien, mais je ferai de mon mieux. »

Mon sourire retrouve confiance et s'élargit, reprenant de la place sur mes traits, rassuré de sentir les battements de mon cœur s'apaiser.

Merci de la faire voyager de cette manière, aussi bien dans ces bois que dans son cœur.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Wick, Ecosse La robe PV Alyona Farrow
- Une robe trône dans ma maison. J’ai mis du temps à en comprendre le sens. En regardant cet arbre, il y a peu, mes yeux se sont enfin ouverts... La même couleur, les mêmes pigments. Elle était à Circéia… Je ne suis pas fétichiste. Les objets n’ont aucune valeur particulière à mes yeux. Parfois… je m’attache à eux et souvent ce n’est que pacotille. Mais celle-là, je ne sais pas comment les couturières ont fait pour reproduire la teinte de ces aiguilles. C’est un vert très particulier.

Il s’est passé un long moment avant qu’elle ne prononce le moindre mot. Une expulsion, une libération. Et s’il ne lui reste plus rien à dire d’intéressant, Ivanovna tente néanmoins d’expliquer ce qui se vit ici. Revenir chez soi, sur les terres familiales, sans personne à croiser à présent mais leurs souvenirs la hantent. Elle les a tour à tour condamnés, blâmés, détestés. Et maintenant, certaines choses lui semblent moins acides. Le devoir. Rien n’est tout à fait clair mais elle leur doit quelque chose. Et cela commence par ce bout de tissu, travaillé avec amour par des doigts d’artiste. Une armoirie qui ne dit pas son nom, singulière à tous points de vue.

- ...Je n’en pouvais plus de tout garder. Je suis en vie, c’est le plus important. J’ai réussi là où ma sœur a échoué, pour une fois, j’ai gagné la partie…

Les mots d’Aly. apaisent à peine Vana. Entre mère et fille, la séparation eut été la norme. Là...elle ressent le même déchirement, celui d’avoir dû abandonner Konstantin. L’impression de trahir Alyona est indélébile. Cette sensation que jamais rien ne peut être parfait mutile son âme. Pour autant, Ivanovna ne le montre pas. Elle en a fait assez déjà.

- Et tu sais... je n’éprouve aucun sentiment de vengeance. J’ai assez souffert comme ça. Je me demande souvent pourquoi j’ai été répartie à Serdaigle, je n’ai aucune de leurs qualités. A part peut-être celles de notre fantôme…

La dame grise exerce une sorte de fascination sur nombre de Serdaigles mais bien peu peuvent sérieusement affirmer l’avoir croisée. Si une chose est proche des deux, c’est le sentiment d’avoir été trahie par la vie. Mais cela, Vana ne peut le savoir. Il ne serait jamais question de les comparer. Et dans quel but d’ailleurs ? Dans ses nuits angoissées, il en existe encore, Ivanovna tente de se remémorer ses années d’avant Kara, comment elles sont devenues amies, les bêtises qu’elles ont pu faire ensemble. Mais rien de probant ne lui revient, comme si sa mémoire ne retenait que les choses les plus sales. En cela, le passé remonte toujours en noir.. Depuis le début de son cauchemar elle a croisé des gens recommandables, des belles personnes. Il faut à tout prix chérir cette amitié.

- Je crois que je ne t’aurais rien dit si je n’avais pas eu en moi l’assurance que tu comprendrais.

Elle prend Alyona par le bras, comme le font les vieilles gens, sans vraiment comprendre qu’il s’agit là d’un geste de tendresse et de réconfort. De sécurité aussi. Entraînant son amie une nouvelle fois dans une marche lente, cette fois orientée vers la maison, elle lui explique pourquoi elle utilise une façon de se vêtir semblable à celle de Circéia. Se protéger du froid, des regards insistants, toujours la même couleur pour dissuader les hommes trop attirés par les fanfreluches. Rien jamais ne lui a ainsi été formulé, elle l’a compris avec le temps. Et s’agace d’autant de l’insistance de Gordon… dont elle parle de moins en moins souvent tant le sujet l’irrite.

- … du coton renforcé de laine mais je n’aurais jamais eu l’idée d’acheter un chapeau assorti…

Chapeau qu’elle s’est bien gardé de placer au sommet de son totem. Cette fantaisie restera dans les bas fonds de la maison. Une robe est assez pour rappeler à tous, autrement dit personne, qui elle est. De facto, Alyona est la première personne à pouvoir admirer cette parure qui ne sera plus jamais portée.

- Demain nous irons à la plage. Et je te promets… nous ne parlerons que de toi.

La mer sera froide mais les sorcières écossaises ont deux talents méconnus, l’endurance et des recettes de grand-mères contre ce qui gèle les corps et les coeurs.

Wick, Ecosse La robe PV Alyona Farrow
Une robe... Je ne suis même pas certaine de l'avoir aperçue chez Vana, celle qui se dessine dans mon esprit est floue, peut-être irréelle. Pourtant, elle tournoie en emportant toutes les feuilles avec elle, comme si elle en était reine, comme si elle en était maîtresse. Ses pigments sont ceux de l'arbre, à croire qu'il a été modèle, muse d'une œuvre. À moins qu'il n'ait prêté son feuillage aux hommes pour une seule robe ? Habillée de sa majesté, cintrée de sa force, réchauffée par son aura... Merlin, je sens mes pensées divaguer, voyager, mouvantes et glissantes. Je me raccroche à la présence de mon amie, mais quelque chose en moi continue à couler, comme une canalisation défectueuse, un robinet mal fermé. La robe de Circéia... Je ne suis pas sûre d'avoir déjà rencontré l'ancienne sorcière ; peut-être de loin, sans s'adresser un mot, peut-être nos regards se sont-ils croisés une fois. Je ne sais pas, je ne sais plus. Elle m'est tout à fait étrangère, inconnue, silhouette indistincte et pourtant persistante, presque présente. La sœur d'Ivanovna... Elle danse avec la robe de l'arbre. J'aurais aimé la connaître davantage.

Je ne dis rien, écoute, hoche la tête. Vana m'apaise et me réconforte. Je la comprends mieux, et je lui en suis reconnaissante : non seulement elle m'offre une place chez elle, mais elle me permet aussi de regarder par la fenêtre qui donne sur son cœur, de porter ses secrets et ses douleurs, ses souvenirs et ses espoirs. Elle me confie beaucoup, comme un gage de confiance et un besoin de donner, et cependant parfois je pourrai baisser les yeux, presque honteuse et mal à l'aise. Je n'ai pas connu sa famille, ses parents, sa fratrie, et même ses peines. Je n'étais pas là. Et maintenant que je le suis, j'ai la sensation d'être arrivée tardivement, trop tardivement, d'avoir pris une place encore douloureuse, qui n'était peut-être pas pour moi, et que je devrai peut-être rendre. Je ne sais pas... Et en même temps, Merlin ! comme je suis heureuse de pouvoir être à ses côtés.

Je glisse un regard vers mon amie, un sourire réconfortant et affirmé sur les lèvres. J'admire son état d'esprit actuel. On dirait que son regard est fiché vers l'avant, qu'il ne reste jamais trop longtemps en arrière, comme si cela risquait de ralentir son navire. Elle n'abandonne pas, Vana, elle persiste, et résiste, elle se reconstruit. Comme un phœnix elle renaît de ses cendres. Se faisant, elle me donne aussi du courage, à moi qui avance souvent à tâtons, qui ne veut froisser personne, répondre à toutes les attentes et ne pas décevoir, elle me donne le courage de penser « non », d'aller chercher moi-même mes rêves pour les mener sans les tordre afin qu'ils conviennent à d'autres. Elle m'apprend à mener mon propre navire, avec et contre les vents.

Alors, quand elle me prend par le bras, je la laisse faire et l'écoute. Qu'il est agréable d'avoir quelqu'un qui se tient proche de vous et vous apporte son soutien quand les jours sont aussi froids. Je n'ai pas peur de l'hiver, j'ai la peau assez écailleuse pour ne rien en craindre, mais parfois certains frissons... me secouent plus qu'ils ne le devraient. Au moins, avec Vana, tout frémissement disparaît. Ils se transforment même en sourires amusés qui habillent mon visage de réjouissance. Ah, les hommes et leurs regards ! Je comprends qu'ils observent l'étudiante, qui est très jolie. Moi, je ne me sens pas particulièrement belle — ma rousseur m'a toujours encombré l'esprit, et mes ongles sales de terre s'imposent de plus en plus souvent dans mes pensées —, c'est à peine si je remarque qu'on peut me regarder. Je n'y prête pas attention. Et mes habits, quand ils ne sont pas de travail, ne répondent souvent qu'à mon plaisir de les porter. Mais je comprends, au fond, comme nous le comprenons toutes, cette petite pensée qui invite à couvrir, à ne pas laisser d'ouverture à ces regards, qu'ils existent ou non.

Bras soutenu, cœur au chaud, je souris, libérée, rassurée. Les derniers propos de Vana m'interpellent et me font presque pouffer de surprise. Ne parler que de moi ? Je ne suis pas sûre que ce soit intéressant. Que dirons-nous ? Ma vie est calme, tranquille, sans vague et sans embûche. Il y a peut-être des choses... mais sans grande importance. Enfin, soit, nous parlerons de moi ! Mais cela ira vite, j'en suis convaincue. Après, nous pourrons passer à d'autres sujets. Et nous serons à la plage, près de la mer, comme à l'Institut. Cela, c'est une idée qui me ravit.


fin de l'acte I à Wick.
merci Mains d'Ivanovna,
et à bientôt pour la suite !

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht