Demain est un grand jour
Londres, Knightsbridge
La veille de la rentrée.
La veille de la rentrée.
- Alba tu es sure que tu n'as pas d'envies particulières pour le souper ?
La question de son père resta en suspens dans l'air. Alba réfléchit à nouveau mais connaissait déjà la réponse ; elle n'en avait aucune idée. Elle ne répondit pas, sachant que son père connaissait déjà la réponse puisque la question avait déjà été posée plusieurs fois ce soir, soldée de la même réponse à chaque tentative : "non".
La jeune fille était allongée sur le grand canapé du salon. Elle comptait machinalement le nombres de bougies que le lustre soutenait. Elle ne s'éteignaient et ne se consumaient jamais. Dix-huit. Six sur le plus haut étage, huit sur le second qui était également le plus large et enfin quatre sur l'étage le plus proche du sol. Le nombre n'étonna pas Alba qui le connaissait déjà, ce n'était pas la première fois qu'elle s'adonnait à cette activité. En comptant, elle n'avait aucune idée du nombre final, mais quand celui-ci lui apparaissait après la dernière bougie comptée, elle s'en souvenait ; elle avait déjà eu le même résultat.
Demain était le jour du départ, le jour où elle découvrirait sa nouvelle école, son nouveau quotidien et sa nouvelle vie. Elle savait qu'il n'y aurait pas de retours en arrière et qu'elle devait réussir et elle angoissait d'autant plus qu'elle allait être pour la première fois dans un lieu inconnu. Elle n'avait pas peur de ne pas se faire d'amis ; ayant toujours été la seule enfant chez elle (les exceptions étaient rares), Alba ne redoutait pas d'être à nouveau seule. Ce dont elle avait peur, c'était de se perdre dans ce chateau qu'on dit immense, de ne pas retrouver son chemin et de disparaitre, sans que personne ne sache où elle se trouvait réellement. Ces peurs étaient enfantines, elle n'allait évidement pas se perdre à tout jamais dans de simple couloirs. Mais ces angoisses montraient bien que la jeune fille avait peur de l'inconnu.
Une douce odeur de poireaux lui montait au nez. Elle imaginait très bien son père donner quelques coups de baguettes dans les airs, faisant tournoyer les ustensiles et mélangeant les ingredients un à un, précisément. Lui n'avait plus rien à faire mis à part regarder le Londres illuminé du début de soirée. Le quartier de Knightsbridge avait toujours plu à Cecil, notamment la vue sur le Hyde Park qui leur permettait d'avoir un point plus frais et naturel dans la capitale. Le père d'Alba avait décidé de commencer par faire revenir des poireaux pour en faire une fondue avec de préparer du riz parfumé et du tofu fumé frit. Il n'avait pas beaucoup d'inspiration ce soir et avait décidé de faire quelque chose de simple que sa fille aimerait sans aucun doute. Cecil était devenu végétarien à ses seize ans. Depuis, il n'avait plus jamais mangé de viande et Alba n'en consommait pas non plus à la maison. Cela ne la dérangeait pas, au contraire, elle comprenait complètement l'engagement de son père et avait récemment décidé de le devenir elle aussi.
Le repas fût vite près et ta table se dressa seule sur la grande table en bois du salon. Alba était toujours allongée sur le canapé et s'adonnait à présent à suivre des yeux les moulures, les courbures des motifs végétaux qu'elles représentaient. Cecil servit le repas sur la table et appela sa fille pour manger. Il commença par une discussion fastidieuse mais indispensable.
- N'as-tu rien oublié ? Ta mère m'a envoyé hier un livre de sorts nécessaire pour la première année à Poudlard que tu avais oublié chez elle. Tu es sure que tu n'as rien laissé d'autre ?
- Oui oui, je suis sure.
Cecil sentit le stress de sa fille à travers ses paroles. Pour lui remonter le moral, il entreprit de lui raconter sa journée le plus brièvement possible afin d'enchainer rapidement sur un autre sujet qui plairait mieux à Alba. La jeune fille comprenait bien que son père essayait au mieux de la réconforter et elle n'essaya pas de s'y opposer. Ils discutèrent jusqu'à la fin du repas des endroits qu'Alba avait le plus hâte de découvrir, Cecil parla de ses années étudiantes et ils finirent par rire le reste de la soirée.
Après ce doux moment, Alba entreprit de vérifier une énième fois sa valise ; le nombre de tenues, ses fournitures, sa trousse de toilette, ses objets préférés, des photos, des bijoux...tout y était.
Elle se laissa tomber sur son lit, épuisée, et n'eu pas eu le temps, ou n'était pas assez stressée pour suivre les moulures au plafond de sa chambre. Alba rêva d'aventures magiques, de rencontres inoubliables, de son premier sort appris, de sa première potion ratée. Elle dormit profondément pendant toute la nuit jusqu'au matin, sereinement, apaisée.
Quand Cecil eu finit de ranger la cuisine, débarrasser la table et se préparer lui même à dormir (il avait essayé un tout nouveau set de rasage qu'il appréciait beaucoup, une activité qu'il préférait faire lui même et non magiquement). Il décida de passer dans la chambre de sa fille pour lui souhaiter une bonne nuit, chose qu'il n'avait pas l'habitude de faire mais la situation s'y prêtait ce soir. Il toqua tout doucement sur la porte avec deux doigts puis n'entendant pas de réponses rentra silencieusement dans la pièce. Il trouva sa fille assoupie sur son lit, les yeux complètement fermés. Il la borda délicatement avant de tourner la tête vers l'autre coté de la pièce. Alba avait au moins trois grandes malles remplies à craquer, deux sacs à main posés sur le dessus qui étaient bien trop remplis. Il souris, amusé. Sur la pointe des pieds, Cecil se dirigea vers la sortie de la pièce en éteignant toutes les lumières. En fermant la porte, il se surpris à repousser à sa première année à Poudlard et plus précisément à son premier jour. Il s'en souvenait encore très bien ; les murs, les tableaux, l'odeur des salles de classes, le silence de la bibliothèque. Cecil en enviait presque sa propre fille de découvrir cela pour la première fois.