8 défis: 1 graffiti

L’expression figée, il guette quelque inflexion dans les traits de sa partenaire qui trahiraient son impression, conscient que ses mots seront sans doute plus limpides à saisir. Dans un état d’esprit semblable à celui adopté lors de la soirée, où il s’était efforcé d’être à la hauteur de ses ambitions, il ne souhaite pas que sa partie… baisse le niveau de leur création collaborative. Se porter haut : il espère qu’il y parvient. Après un instant de doute, il lui paraît clair qu’elle apprécie : ouf. Il ne va jouer la fausse modestie ; la façon dont une composition de couleurs résonne en chacun est subjective. Il se pourrait que d’autres clients n’y soient pas sensibles et appliquent des qualificatifs disgracieux à cette symphonie en peinture, au même titre qu’il existe autant d’artistes ou œuvres de prédilection que de personnes. C’est actuellement la perception d’Ali qui le concerne, plus que celle de quiconque, car c’est avec son expression que doit se créer une forme d’harmonie. Le champ des accords qui résonnent bellement à son cœur est vaste, s’étant bien au-delà de la superposition dite parfaite : intervalle parallèle, polytonalité, relative, dominante, sensible ; le bibliothécaire est confiant sur la multitude de voies par lesquelles leurs coups de pinceau peuvent s’harmoniser.

Scolaire ? zut. Ce n’est pas… le genre de facette de soi qu’il tend à cultiver. Néanmoins, il comprend ce qu’elle entend. Pour ne pas déposer son cœur ouvert, ses entrailles sur ce mur, il s’est certes retenu d’y apporter le chaos le plus brut des projections désordonnées comme il a pu le faire adolescent, en se défoulant à coups d’encre jetée sur des papyrus. Oh, l’idée l’avait effleuré, mais une retenue l’en avait empêché. La Nébuleuse a apporté un cadre. Assurément moins rigide que la production des motifs nets, dessinés, symétriques qui ornent certaines créatures ailées ; mais tout de même une forme de frontière invisible à ne pas dépasser. Pour un rendu plus propre qu’il ne le faudrait. Bien qu’il en ressortît ironiquement peinturluré, tout ce qui avait débordé sur sa peau ou ses vêtements ne se reflétait par sur le mur. Hjúki la regarde saisir un tube à la nuance d’un éclat métallique et l’observe reproduire des gestes que ses mains ont déjà exécutés avec la pointe d’une plume. Bien sûr… la touche finale, comme la poudre appliquée en tapotements pour apporter la brillance à la fin d’un maquillage, qui se fiche des contours. Interdit, il ne prononce pas un mot, en réalité terriblement séduit par cet apport spontané. Comment deux instruments qui viennent de se rencontrer peuvent aussi bien s’accorder sans avoir répété ensemble ? Un mystère qu’il apprécie sans le questionner.

Ali ne paraît pas totalement confiante sur son accueil puisqu’elle l’enjoint à retenir sa réaction à plus tard, le temps d’apporter ses fondations à leur édifice. Focalisée sur la conception de la fissure, au lieu de la fixer tout du long, Hjúki en profite pour s’absenter très brièvement, une à deux minutes, le temps de rapidement laver ses mains. Sans doute qu’il faudra finir plus tard avec des dissolvants plus appropriés que le savon, cela ôtera du moins une bonne partie de la sensation désagréable que peut susciter la peinture séchée accrochée à la peau. À son retour, sa partenaire est encore d’œuvrer, ce qui lui permet de contempler le gouffre prendre vie, s’étendre, grignoter l’espace et le happer.
« À tomber ! » renchérit-il. « On croirait pouvoir être avalé par ce trou, l’illusion est saisissante. Pour les étoiles tombées en pluie… au contraire, j’aime vraiment bien. C’est le point d’orgue qu’il fallait. »

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Un grand sourire étira les lèvres de la jeune fille qui détourna son regard de l’œuvre pour les poser sur Hjuki qui… Qui était plus propre qu’avant qu’elle ne commence à peindre. Elle fronça les sourcils pendant une seconde, elle était encore trop absorbée pour se rendre compte de ce qu’il se passait autour d’elle. Elle soupira avant de se reconcentrer sur leur œuvre. Elle était heureuse qu’il aime cette petite touche de spontanéité, même si clairement, c’était lui qui avait fait tout le travail, vraiment ces dégradés étaient sublimes.

Elle savait qu’elle devait le peindre et l’enchanter au fur et à mesure. Mais elle était loin d’être une experte dans le domaine. En revanche, elle connaissait bien quelqu’un qui avait fait la Magi’fac art qui y était encore d’ailleurs pour valider son dernier semestre avant d’être libre à partir de Noël. Fiona. Elle lui avait demandé des conseils et avait travaillé avec elle. Le plus dur étant la visualisation. Leurs essais avaient été relativement réussis, mais elle avait peur cette fois, elle était sur la fresque du Pitiponk. Elle sortit un parchemin de sa sacoche et le déplia sur la table. Il était composé de toutes les étapes pour donner vie à son personnage.

-Ok, ça va le faire.

Elle relit rapidement les étapes avant de se mettre en place. En premier elle allait faire le cognard. Bien plus simple à visualiser et à mettre en mouvement. Si ça marchait avec le cognard, elle rajouterait son petit batteur. Elle changea son pinceau, le noir étant bien trop puissant en pigments pour réellement le faire partir de celui utilisé puis elle fit quelques mélanges sur la palette de Hjuki pour obtenir la teinte parfaite. Des teintes marronées, déjà présentes suites au mélange de couleurs du garçon.

-C’est parti.

Un rond, ce n’était pas très complexe à réaliser, elle voulait simplement lui donner un peu de relief pour qu’il se fonde dans la fresque. Puis elle sorti sa baguette de son étui puis elle se pencha à nouveau vers son parchemin pour relire une dernière fois les indications. Elle ferma les yeux, imaginant le cognard sous toutes ces coutures. Elle avait l’habitude d’en voir de près, ça irait. Puis elle commença à l’enchanter, elle devait prendre en compte toute la fresque, sa vitesse, les couches de peintures, la perspective…

Une fois les enchantements appliqués, elle fit un pas en arrière quand le cognard commença à tourner sur lui-même avant de filer à l’autre bout de la fresque. Elle sourit, pas peu fière d’elle.

-Maintenant pareil avec le joueur.

Elle fit d’abord ces mélanges de peintures avant de se mettre au dessin. Une esquisse au crayon à papier puis la peinture. Aliénor exposée dans un bar, sa mère serait presque jalouse. Couleurs pas trop vives, mas le jaune ressortait bien quand même, sa batte, son visage souriant. Cette partie-là n’était pas la plus compliqué. Elle devait lui donner vie maintenant. Baguette, concentration, visualisation, elle prit un peu plus de temps pour respirer profondément. Elle allait y aller par étapes. Déplacement transversal, puis rotation, de face, de profil. Elle l’enchantait au fur et à mesure qu’elle peignait et c’était un exercice bien plus fatiguant que ce à quoi elle pensait.

Une fois terminé, elle se laissa tomber sur une chaise pour l’observer évoluer. Le style était assez simple, pour se faciliter la vie elle n’avait pas trop détaillé le dessin, la cape du joueur était presque statique derrière lui, ces mouvements n’étaient pas très fluides et il ne parlait pas. Mais quand il fila vers le cognard pour frapper dedans en direction du barbu Un grand sourire illumina le visage de la jeune fille. Puis il se positionna devant la nébuleuse, que c’était joli !

-Je crois qu’on a fait un super travail infini.

Elle tendit la main vers lui, elle aussi avait de la peinture sur les doigts. Mais elle voulait quand même qu’il lui tape dans la main, parce que quand même, ça en jetait.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

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Il apparaît qu’Ali s’est sérieusement préparée, au point d’avoir établi des notes qu’elle consulte avant de se lancer dans le modelage de son batteur. Des renseignements sur les enchantements à appliquer sur la peinture ? Ça lui donne un air presque studieux. Dans ce contexte, il est si facile d’oublier qu’ils ont été un jour des élèves, devant travailler tel aspect de leur magie en s’appuyant sur un support ou l’autre. Donner vie à une fresque ne fait pas partie des enseignements fondamentaux à Poudlard, alors elle a dû apprendre tout récemment. Des lecteurs ou lectrices qui s’initient à des pans nouveaux, il en croise sans doute dans sa profession, les ressources scientifiques dans les rayons de la Nouvelle Sainte Mangouste apportant des vues qui ne sont pas toujours abordées en sciences magiques pré-aspics. Est-ce qu’Ali serait du genre à s’aventurer dans les collections dont il prend soin dans la capitale pour y enrichir sa pratique magique ? Il chasse ces interrogations pour se concentrer sur les contours du cognard à l’aspect devenu familier au gré d’entraînements visant à travailler sa capacité d’esquive des obstacles. Ses yeux s’écarquillent, comme ceux d’un enfant confronté à un tour de magicien dont il ne voit que l’effet merveilleux et non l’astuce, lorsqu’il se libère de la zone où ses pigments ont été posés. Il en profite pour étudier avec plus d’attention les autres habitants du décor mural. Sont-ils véritablement sans défense, ou ne se trouve-t-il pas des personnages équipés d’accessoires pouvant faire office d’arme, défense ou piège permettant de contenir la sphère enragée ? Il n’est peut-être pas nécessaire de leur fournir une cage à cognard, s’ils ont assez de ressources pour se débrouiller, avec un bon soupçon d’inventivité. Le maître de la balle prend forme et s’anime à son tour, un espiègle batteur arborant les armes des blaireautins.

Désormais, leurs touches personnelles font partie de cet impressionnant tout qui couvre le mur du Pitiponk. Un nouveau cohabitant. Un nouveau fragment stellaire. Une nouvelle furie qu’ils apprendront à affronter pour réguler son pouvoir destructeur. Sa partenaire n’est pas plus immaculée que lui à la fin de son labeur créatif, ce qui ne le retient pas de joindre sa main à la sienne.
« Un bel œuvre » Comme s’il avait s’agit d’une épreuve à accomplir, il ajoute, un fin sourire aux lèvres. « On a réussi. » Hjúki n’arrive pas pleinement à assimiler les faits, ce qu’ils viennent de vivre, de produire. Bientôt, ce sera au tour des regards étrangers de s’y poser, de découvrir, de recevoir ces images issues d’eux. Bientôt, ce petit cocon de création intimiste à deux – un peu trois en comptant les sens de l’employé qui ne traînent jamais loin – sera brisé pour être exposé au grand monde. Les clients des lieux. Ce n’est pas le musée le plus passant, mais tout de même. Ça va plus loin que de sentir un regard derrière une épaule lors d’une esquisse personnelle. Le bibliothécaire appréhende la révélation au public, comme si une réaction devait arriver en impact ciblé, alors que ce ne seront probablement que des regards sporadiques, pas de tous. « Et merci. Tu es une chouette co-peintre. » D’une certaine façon, leur signature est là, tellement imposante qu’elle en devient discrète. Dans les deux ailes de la Nébuleuse l’on pourrait aisément tracer une lemniscate ∞, une remarque qu’il formule en dessinant la boucle avec le doigt dans le vide, de façon à la superposer à la forme sur le mur. « Signé, Infinis. »

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Qu’il réponde à sa demande en frappant dans sa main avec la sienne fit sourire la jeune fille. Il n’avait pas l’air d’être du genre à se féliciter de cette façon, mais il s’adaptait à la personne qu’il avait en face et ça l’amusait. Il avait l’air d’un univers bien lointain du sien, son caractère, sa sensibilité, tout paraissait aux antipodes d’Aliénor et pourtant une alchimie étrange c’était formée et avait donné naissance à une œuvre d’art.

Le regard de la jeune fille retourna sur la fresque et sur son petit joueur de quidditch qui paraissait bien moins fluides que certains de ces camarades, mais il volait et parvenait même à frapper dans ce cognard en direction du barbu qui rouspétait à chaque assaut. Tout le monde, su moins tous ceux qui passeraient ici et porteraient un minimum d’intérêt pourraient voir une de ces œuvres. Jamais elle n’aurait imaginé être exposé de la sorte. Ça ne figurait pas dans sa liste de Noël, elle était composée d’un Varapidos, le balai de ces rêves et d’une tonne de bons moments au coin du feu avec sa maman, des pâtisseries à la cannelle, de la chantilly sur du chocolat chaud et des câlins de son père. Mais c’était comme un cadeau en avance, celui de ceux qu’on n’attend pas.

-Toi aussi maitre des dégradés.

Elle sourit à Hjuki arrachant son regard à la fresque. Elle le regarda dessiner du bout du doigt le signe infini ce qui la fit à nouveau tourner la tête vers la fresque. Mais oui, ces deux ailes, elles forment presque un infini, pas tout à fait complet, mais bien présent. C’était génial, l’art avait ça de surprenant qu’on pouvait y voir un tas de choses en fonction de sa position et de sa sensibilité.

-Signé Infinis.

Répétât-elle, presque triste que cette expérience se termine. Elle fit craquer ces cervicales avant de se retourner vers la table. Un petit ménage ferait le plus grand des biens. Elle commença dont à ranger ces peintures, ces pinceaux qu’elle nettoierait mieux une fois chez elle dans son tout petit appart de l’ISMI.

Elle alpagua Chris pour lui signifier qu’ils avaient finis alors qu’elle poursuivait dans son rangement, fermant une par une les boites de métal avant de les glisser avec précaution dans la petite sacoche qui l’accompagnait partout. Le sortilège d’extension indétectable est certainement la meilleure invention du monde sorcier. Que c’était pratique ! Une fois toutes ces boites rangées, elle raccrocha sa sacoche à sa taille et se redressa, offrant un grand sourire à son binôme.

-Merci encore, c’était très chouette de partager cette création avec toi.

Puis elle se tourne vers l’employé du bar.

-Bon je dois y aller. Merci pour l’opportunité, en espérant ne pas avoir gâché ta précieuse fresque.

Elle rit légèrement avant d’opérer un demi-tour, partageant un dernier sourire avec les deux hommes avant de passer les portes du Pitiponk. Elle devait retourner en Irlande, les cours reprenaient et ne l’attendraient pas.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

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Elle reprend en écho son observation sur leur signature commune, d’une façon qui résonne comme le glas. Tout y est, il n’y a plus rien à ajouter. Combien de temps ont-ils œuvré sur cette fresque ? Aux côtés d’Ali, il a perdu toute notion des minutes qui passent. Dehors, il se peut que la nuit soit déjà tombée. Ce ne serait pas la preuve d’une heure si tardive, la lumière automnale est mourante en plein après-midi, dans les latitudes anglaises. À moins d’être restés à peine plus d’une heure, il doute que des rayons solaires l’accueillent en sortant. Les ultimes, à la limite. Avec le même soin présenté en les sortant, elle range son matériel. De son côté, il n’y a pas grand-chose à rassembler. Le pochoir qu’il rétrécit avec les autres. Qu’est-ce qu’il en fera, désormais ? Il ne conçoit pas un réemploi de celui qui a servi de support pour la fresque – cette création doit rester unique, il ne s’imagine pas se lancer dans des reproductions sérigraphiques –, mais pour les autres, il n’est pas décidé entre les garder pour il ne sait quelle occasion ou les détourner, recycler. La même incertitude l’habite concernant la palette neuve et primaire, dont le couvercle à mélange est à présent joliment bariolé. Sera-t-elle oubliée ou en aura-t-il de nouveau usage ; pour orner l’un des murs de leur Foyer, à Loutry ? les maigres objets tombent au fond d’une poche étendue, alors que leur propriétaire ne sait toujours pas ce qu’il en fera une fois chez lui.

Il la regarde partir avec un sourire triste. Tous les bons moments ont une fin. Ce lieu lui a offert un étrange cadeau. Une rencontre pas si anodine. Il ne connaît pas sa vie, et c’est réciproque ; et pourtant ils arrivent à communiquer, à partager avec une fluidité inexplicable. Ils ne sont ni vraiment proches, ni vraiment étrangers. Se reverront-ils ? lui dans un stade, elle dans des rayonnages, ailleurs ? l’affluence risque de croître en soirée. Ce serait un moyen idéal pour assister à la réception de leur peinture. C’est aussi la raison pour laquelle il se décide à partir. S’enraciner pour voir ce que des inconnus en penseront… l’idée a quelque chose de dérangeant, l’irrite. Il faut couper les liens et les laisser vivre. Ces Couleurs ; ce Joueur. Quelques mots pour l’employé qui leur avait ouvert cet espace d’expression, avait tenu parole, avant de quitter son antre et d’embrasser la froideur humide de l’air londonien.
« Merci pour nous avoir fait confiance, j’espère que la soirée sera bonne. »