14 déc. 2025, 23:35
 PNJ   A.B.  Rousseur préraphaélite
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : William, Moors
- Lien avec le PJ : Oncle paternel
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : Potentielle relation romantique pour son oncle (celui que Freya préfère et avec qui elle est le pllus proche), donc impact sur elle également + impact sur autre PJ, car son frère se détache peu à peu de sa soeur et prend son indépendance

𓆩♡𓆪
Date: 13 décembre 2050
Avec: @Adélaïde Brennen
Le soleil filtrait doucement à travers les fenêtres, baignant le café d'une lueur naturelle à la fois familière et envoûtante. Le regard bleu de l'homme parcourut les fines particules de poussière, s'attardant sur les rayons qui persistaient non loin de sa table. Il était venu se percher au rosier très tôt pour cet instant précis. Quand la lumière du jour se mêlait à la douce lueur des lustres et donnait au monde une légère teinte dorée, un spectacle à contempler, quelque chose qu'il ne parvenait pas encore à saisir sur papier.

L'envie de s'installer sur la banquette était également très forte en cette belle matinée, et il ne put y résister. Il savait bien qu'elle n'était libre qu'à l'ouverture. Il avait donc attendu dans le froid glacial de décembre, mains douloureusement engourdies, pour ce petit plaisir.

Il avait reçu un message quelques jours auparavant. De la part de quelqu'un qu'il avait croisé à quelques reprises, que brièvement. Il se souvenait de son nom, et ce nom lui venait agréablement aux lèvres tandis qu'il cherchait les mots justes pour l'accueillir à son entrée dans le café, convaincu qu'il porterait cet air confiant et séduisant. Venir si tôt lui laissait le temps de se préparer. Il l'imaginait déjà entrer et se prenait à feindre une agréable surprise, car il arriverait certainement un peu plus tôt que prévu, étant donné sa belle éducation et sa famille. Bien que William ne se souvienne plus de sa lignée, ni de ses liens avec sa propre famille, il savait qu'il était important, et que ces liens étaient à cultiver. Et surtout, il savait que son avenir reposait entre ses mains délicates, aux doigts souples et aux gestes gracieux. À ses mains qu'il avait essayé, tant de fois, de dessiner de mémoire, sans grande chance ni prouesse.

William porta sa tasse de café à ses lèvres. Son regard glissa vers le carnet de croquis posé à découvert sur la table. Il n'était pas satisfait de son travail aujourd'hui. Non, ses traits étaient empreints d'agitation. Une sorte de nervosité enfouie, toute nouvelle et fragile, lui nouait l'estomac.

D'ordinaire, il n'appréciait guère les rendez-vous. Elles étaient ennuyeuses, interminables et particulièrement monotones. Il avait surtout besoin de ses pinceaux et de ses couleurs lorsqu'il devait subir des bavardages interminables et des conversations futiles et embarrassantes. Aujourd'hui était différent, car même s'il avait déjà exposé son art à divers endroits, il ne l'avait jamais fait avec lui. William ne comprenait pas grand-chose au monde qu'il aimait tant peindre, mais il se comprenait suffisamment pour savoir quand quelque chose valait la peine d'être entrepris, et c'était le cas ici.

William prit son crayon et croisa les jambes. Il se pencha en arrière, les yeux mi-clos parcourant la pièce à la recherche d'un sujet intéressant. Il avait déjà rempli la page, presque à ras bord, de clients et d'habitués. William aimait tout coucher sur le papier, immortaliser des vies sous sa plume. Il avait dessiné le barista d'innombrables fois depuis que celui-ci avait commencé à travailler ici, ses gestes si précis, son visage si peu expressif, et il s'était amusé à inventer son histoire, même si cela n'avait jamais abouti à grand-chose. William savait peindre, mais il avait du mal à inventer, pas comme ses frères, et il préférait de loin observer le monde et le retranscrire à l'acrylique et à l'huile. Son poignet tourna tandis qu'il grattait le papier, de petits traits traçant un nouveau portrait. Une femme, assise près du bar, les yeux rivés sur le journal qu'elle lisait.

William fronça les sourcils. Il fixa son travail d'un air mécontent. Il manquait à son œuvre sa grâce habituelle. Il soupira et claqua son carnet de croquis, le faisant glisser à côté de lui sur le siège, avant de s'affaler, le menton appuyé sur sa paume. Il se souciait peu de son apparence et ne prenait jamais la peine de se tenir droit en public, mais l'idée que Simon le voie ainsi défait lui était désagréable, alors il se redressa brusquement.

Et puis, il s'ennuya. Tellement qu'il avait une envie irrésistible de partir, de retrouver le confort de son petit atelier dans le manoir de son frère. Il avait une envie irrésistible de peindre, ou de dormir, car sa journée avait commencé bien plus tôt, quand les étoiles brillaient encore dans le ciel et qu'il pensait trop à son avenir. Il se leva alors et se dirigea d'un pas décidé vers la petite vitrine de pâtisseries. Les choix étaient plutôt appétissants, et son estomac gargouilla à leur vue, bien qu'il n'arrivât pas à se décider. Un croissant ? Trop feuilleté. Que dirait Simon s'il voyait ses genoux couverts de miettes ? Un beignet, alors. William secoua doucement la tête. Il se retrouverait couvert de chocolat, sa chemise blanche immaculée, l'une des seules qu'il possédait, et son menton en étant tachés. Il passa une main anxieuse dans ses cheveux. Pourquoi la vie était-elle si difficile ?
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Dernière modification par Freya Moors le 18 déc. 2025, 18:29, modifié 2 fois.

#485584
Freya Ourt, Freya Ourtière, Freya Kuza - K.A.

15 déc. 2025, 22:09
 PNJ   A.B.  Rousseur préraphaélite
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SIMON OISÍN BRENNEN - PNJ JOKER 2025
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Gris-Noir sur la place,
Dans le ciel la mélancolie du Nuage
Qui ruissèle sur les trottoirs anglophones.


L'hiver approche.

En fait, il est déjà là, tout près, parmi nous. Je tremblote rien qu'à la vision des bourrasques glacées qui se projettent sur nos visages lorsqu'on sort.

J'ai quitté l'appartement il y a peu. Les fenêtres étaient recouvertes d'une couche de buée qui nait du contraste entre le gel extérieur, et la chaleur des corps qui vivent à l'intérieur. Je dessine ceci au pluriel, mais personne si ce n'est moi, ne loge dans mon antre. Pas même Adé, qui aurait pu rester pour la nuit, l'autre jour, mais qui a préféré repartir.

Cela fait quelques mois seulement qu'elle ne m'héberge plus. Pourtant, à l'aube, lorsque je me lève, je suis encore surpris, parfois, de son absence dans la cuisine. Du vide qu'elle laisse dans la salle d'eau. Du parfum inexistant du thé qu'elle aurait préparé si elle avait été là.

Souvent, j'oublie qu'elle est ma cadette. Souvent, je me souviens de toutes ces matinées, et de toutes ces soirées, qu'elle m'a consacrées. Me recueillir, me questionner, me pouponner. J'ai honte, souvent.

J'ai encore le souvenir de ses jupes rouges, posées là sur mon fauteuil, et de son regard, noir, qui me sondait l'âme tandis que je lui contais mon histoire. Lorsqu'elle est venue me voir ce soir-là, une partie de moi a cru qu'elle ne me laisserait pas. Et que, peut-être, elle resterait de nouveau avec moi. J'ai tant été habitué à vivre à ses côtés, que la distance qui nous sépare semble invivable, désormais.

Je pense que c'est toxique. Toxique d'ainsi dépendre d'elle de cette façon. De vouloir l'écouter, de vouloir l'aider, même lorsqu'elle ne le demande pas. Sûrement, en ces gestes, je vis l'impression d'être le grand frère qu'elle aurait aimé que je sois. Mais elle est partie trop vite, trop tôt, bien avant que je ne réalise combien elle avait besoin de moi.

Adélaïde est adulte, désormais. Et j'essaie de ne pas me mettre en travers de son chemin. J'ai trop peur de recevoir un coup de canne. Et ce n'est pas Cinaed qui désapprouverait.

Les ruelles de Godric's Hollow sont particulièrement belles. Je vois le ciel, la lumière, et les ombres dansantes des échoppes progressivement se projeter sur les trottoirs à mesure que le Soleil se lève, et réveille avec lui les consciences endormies qui doucement sortent des lits. Sur mon gant de cuir noir, les pattes de Fieberhaft se resserrent, frigorifiées. Je force pour les ouvrir, et y glisse une petite note rédigée sur un coin de parchemin.

« À Axelle. Voyant que la chouette ne bouge pas d'un trait, j'insiste. File. Allez. »

J'effectue un mouvement sec du poignet, et l'oiseau décolle. Bientôt, seule sa silhouette, tamisée par les gris nuages, se dessine dans l'immensité. J'aurai rendez-vous sous peu chez les Milburn. Chaque fois que je tente d'envoyer une missive à mon amie, elle s'offusque du temps que j'eus pris pour la contacter. Axelle me fait peur. C'est pourquoi j'aurais aimé contacter son épouse, à la place. Mais Axelle s'insurge davantage lorsque j'échange avec Elowenn plutôt qu'avec elle. Les femmes, franchement...

Dans les allées encore sombres, je réfléchis aux questions que je dois poser. Je me remémore les œuvres du jeune homme. Ses techniques. Ses inspirations.

Je pense à Moors. William Moors.

Ses huiles sont frappantes. Quelque chose me plaît. Quelque chose, là-dedans, me fait sourire. Pourtant, je n'arrive pas à mettre la main dessus. Un élément abstrait, immatériel, dans sa façon de créer la beauté. Et c'est ce que je suis venu chercher aujourd'hui. Je n'expose pas les peintures des artistes que je ne peux pas comprendre. Si l'art n'a de sens, c'est que l'artiste n'est pas. Et sans artiste, pas d'art.

Parcourir l'âme de mon futur protégé, je l'espère, voilà ma mission. Et rien de mieux pour cela que la portée de la parole. Nulle magie, nulles activités cabalistiques. Juste la personne qu'est l'homme, et la passion qui anime sa poitrine. Le reste, nous verrons.

Je passe les doigts dans mes cheveux. Mes boucles ne vont pas tenir deux minutes avec ce vent. Fait chier. Je souffle. J'ai froid. Je fourre de nouveau ma main dans les poches de mon trench. Ce trench, c'est ma raison de vivre ; l'amour de ma vie. Déjà parce que sans lui, je ressemblerais à un vieux fou sans style, mais aussi parce qu'autrement, je me les gèlerai. Enfin, techniquement, non. J'ai ma baguette.

J'ai ma baguette ?

Je tâte mes cuisses à la recherche de mon catalyseur. Ouf.

Le Café du Rosier se dresse devant moi. J'esquisse un sourire, et me plante devant l'entrée, sans un mot. À travers les vitres du commerce, j'entrevois la silhouette de celui qui m'intéresse. Je l'observe un instant, sur le trottoir. Mon regard navigue le long de sa chevelure blonde parfaitement coiffée, avant de venir à la rencontre de son visage, concentré, comme plongé dans une réflexion profonde. Enfin, je me perds dans sa posture, droite, élégante, si parfaite qu'on la croirait forcée.

J'entre. L'homme, qui ne fait pas face à l'entrée, ne peut pas me voir. Je jubile, mais me ressaisis bien vite lorsque le tintement de la cloche sur la porte trahit ma présence. Je ne m'en plains pas pour autant et m'approche doucement du peintre. Les mains jointes dans mon dos, je me plante à côté de lui et lève mon menton juste à côté de son jeune visage. Mes lèvres laissent entrevoir mes dents lorsque je lui adresse un sourire rayonnant.

« William, ce café est à votre image : charmant et raffiné. Je lui adresse un clin d'œil, avant de l'entraîner dans une accolade amicale en saisissant son épaule. Ravi que vous ayez accepté mon invitation. Je laisse ma main glisser délicatement le long de son bras. J'espère que Fieberhaft ne vous a pas causé de tort ? Elle a tendance à pincer, parfois. »

Je détourne le regard de ses jolis traits au profit de l'élégance des pâtisseries en vitrine, qu'il regarde avec un intérêt qui m'attendrit. Alors, j'hésite un instant, avant de me résoudre à lui proposer ceci : « Vous vous laisserez bien tenter par une petite mignardise, William ? Choisissez ce qui vous fait plaisir, je vous invite. »

Chose faite, mon attention est attirée par l'une des banquettes, manifestement marquée par le passage de mon collaborateur. Je me dirige donc vers celle-ci, invitant l'artiste à me suivre. Je tire la chaise qui se trouve de l'autre côté de la place, et je dépose sur le dossier mon long manteau noir, avant de m'y asseoir.

J'enfonce mes coudes sur le bois de la table, croise mes doigts, et ancre mon menton sur mes deux mains à présent jointes. J'observe la façon dont il s'est approprié l'espace. Le café qu'il a entamé, la table, légèrement décalée de là où elle devrait normalement se tenir, certainement pour s'y sentir plus à l'aise. L'orientation de sa place, ouverte sur la salle, comme le siège d'un spectateur qui témoigne d'une performance. De l'activité humaine. Ses crayons, qui ont dû rouler loin de son carnet qui jonche les coussins. Je m'arrête sur celui-ci. Je penche légèrement la tête en direction du Moors.

« Je peux ? » Je fais, en pointant du doigt la précieuse relique. Si les artistes aiment préserver leurs travaux, comme leur jardin secret, William ne peut pas refuser. Du moins, il le pourrait, mais cela irait à l'encontre de l'objectif de notre entrevue.

Je ne le quitte pas des yeux.

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@Freya Moors Hi !

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15 déc. 2025, 23:26
 PNJ   A.B.  Rousseur préraphaélite
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Date: 13 décembre 2050
Avec: @Adélaïde Brennen
Le choix resta difficile. Pas parce qu'il ne savait pas ce qu'il aimait—il n'avait pas de particularités quand il s'agissait de nourriture—, mais parce qu'il ne savait pas ce qui était le plus approprié. Chaque choix se voulait intentionnel, important, pesé. Chaque mimique, chaque petit sourire, chaque clin d'oeil. Tout se devait d'être précis, calculé. Une main posée sur une hanche ou un regard un peu trop lourd faisaient des merveilles quand il s'agissait de conquérir. Alors, son regard se posa sur les pâtisseries, en quête éternelle du bon choix, de la réponse qui pourrait lui accorder un peu d'attention si voulue.

Il entendit la cloche retentir dans le café mais n'y prêta pas attention. Son trouble culmina, et il tapota le bout de sa chaussure cirée sur le sol, prêt à commander quelque chose, n'importe quoi, car il s'était décidé d'abandonner, quand une voix fit écho dans ses oreilles. William marqua une pause, main figée autour de sa manche. L'avait-il déjà entendu parler ? Oui, quelle question, plus d'une fois, mais Willian n'arrivait pas à se rappeler du ton si léger de ses mots, ni de s'il l'avait déjà entendu parler sans grand brouhaha pour entrecouper ses mots. À part une douce musique de fond et le cliquetis de machines, le café se montrait silencieux, et William se tourna doucement vers l'homme en question.

Il ne faisait pas son âge. Non, son visage était doux et élégant, un nez aquilin et des fossettes marquées, et William eut l'étrange besoin d'attraper son carnet et de rendre ça sur papier. D'immortaliser l'homme devant lui, dans ce moment très précis, avec son sourire si attrayant. Et ses mots ! William ne put empêcher une rougeur dans ses joues, un mélange d'exaltation et un sentiment total d'être désarçonné, hors de son élément, pris dans les griffes d'une bête tout bonnement plus douée que lui. Là où tout se voulait calculé dans son comportement, William vit ses efforts s'écrouler au simple regard de Simon. "Merci ?" dit-il, sa sûreté d'habitude si robuste envolée avec le vent et les flocons de décembre.

Il reporta son attention sur la vitrine. C'était bien plus facile de regarder les pâtisseries, d'imaginer Simon en tant qu'homme vieux et dodu, portant moustache et beret. Là, alors, il pouvait à nouveau respirer. Fieberhaft ? Ce mot lui parut étranger, il peina à le saisir. Il ne comprit pas immédiatement de quoi parlait l'homme et fut peut-être un peu distrait par sa main qui se mit à glisser le long de son bras, laissant sous ses doigts une douce chaleur à laquelle William n'était pas habitué. "L'oiseau ?" demanda-t-il, glissant ses mains dans ses poches. "Pas particulièrement."

William hocha la tête doucement, pris de court à nouveau. Pourquoi cet homme avait-il tant d'effet sur lui? Quelle en était l'étrange raison? Sa langue s'était transformée en coussin, dodue et ronde et emplumée, et ses lèvres eurent du mal à s'arrondir autour des mots confus qu'il souhaitait sortir. "Merci," dit-il à nouveau.

Il n'avait jamais été particulièrement doué en ce qui concernait l'art de la conversation, mais petit à petit, William atteignait de nouveaux records d'incapacité. Quel parfum portait Simon ? C'était doux et invitant, comme un chocolat chaud posé sur une table d'appoint faisant face à une cheminée. D'un mouvement délicat, William pointa son index vers quelques miniardises. Il ne savait pas trop ce qu'il avait commandé, et ne voulait pas y penser, pas tant que son cœur semblait se tordre dans sa poitrine.

Il n'essaya pas non plus de comprendre pourquoi il se sentait prisonnier d'un navire de pirates, forcé de s'accrocher au grand mât avec une corde et deux bouts de ficelle. Il le suivit sans un mot, gorge nouée, et reprit sa place habituellement si confortable, dos au monde. Maintenant, il était réellement prisonnier, du regard de Simon et de ses attentions. Simon posa ses coudes sur la table et croisa ses doigts. Le mouvement attira le regard de William et il resta inattentif, attention posée sur les longues phalanges de l'homme. Il commença à étendre la paume vers ses crayons mais s'arrêta net, main suspendue en l'air, sourcils doucement rassemblés en une moue de confusion.

Son carnet ? Sa première réaction fut de murmurer quelques platitudes, des excuses bien trouvées, mais il ne laissa pas ses mots se finir. Passant une main dans ses mèches, William glissa le carnet vers Simon. Il croisa les jambes sous la table et se tourna juste un peu, afin de ne plus être face à face avec l'homme, plus complètement, et de pouvoir se distraire avec le va-et-vient plus consistant du café. "Les dernières pages ne sont pas…vous pouvez les oublier," murmura William.

Il ne put s'empêcher d'observer. Peu importe le pauvre sentiment d'anxiété dans son cœur, il laissa ses yeux bleus parcourir le visage de Simon, puis s'arrêta une nouvelle fois vers ses mains. Et, d'un coup, il attrapa son carnet, du rouge aux joues, et tourna les pages jusqu'à ce qu'il arrive aux pauvres quelques essais d'un weekend à l'anatomie de l'autre homme—des mains, ce n'était que des mains, mais une peur intense le prit et il arracha les quelques pages pour les écraser dans sa paume et les glisser dans son sac avant de rendre le carnet à son observateur. "Pardon," William bafouilla. "Quelques…pièces sont privées. Rien de—Merlin, rien d'inapproprié," ajouta-t-il, d'un air déconcerté. "Enfin…", il dit, avant de se passer une main sur la nuque. Merlin, il devait avoir l'air d'un fou, à arracher des pages de honte. Il sentait la douce chance d'être pris sous l'aile de Simon s'évaporer à chacun de ses choix, devenu si maladroit dans un temps si court, et il se demanda alors si c'était en effet le début d'une démence. Il ne savait pas si ça tournait dans la famille, mais se demanda alors si le côté obsessionnel qu'ils avaient tous cultivé avec peine n'avait pas laissé la porte ouverte à quelques troubles. Dans un effort de changer le cours de la conversation, bien qu'elle ne fût que d'une direction, il pencha la tête vers le carnet. "Tutoyez-moi, s'il vous plaît."

Il prit sa tasse avec ses deux mains, s'occupant. "Le carnet. Ce n'est qu'un carnet de croquis, rien de définitif. Je n'ai pas apporté d'autres œuvres. Vous les avez déjà vues, enfin, une partie. Je rencontre rarement des…des gens comme vous."
𓆩♡𓆪

#485584
Freya Ourt, Freya Ourtière, Freya Kuza - K.A.

16 déc. 2025, 21:23
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Bleu-Nuit le Regard,
Le but détourné au hasard,
Et l'infinité déteint alors sur le boulevard.

Chaos igitur animam meam numquam relinquet.



Mon collaborateur passe la main dans ses cheveux. Le geste est simple, presque mécanique, pourtant, il m'amadoue, il me retient prisonnier d'une dépendance à cette élégance surnaturelle qui se dresse devant mon regard. Chacun de ses gestes est à lui seul une œuvre d'art, du mouvement de sa blanche chevelure, au moindre élan de son bras qui vise à me tendre le fameux carnet. Je reste encore un peu les mains jointes, ignorant complètement la relique, comme si je ne mourrais pas d'envie de parcourir chaque page avec une avidité qui m'est habituellement étrangère. Mes pupilles sont verrouillées sur cette silhouette qui, j'en suis persuadé, s'est quelque peu détournée de moi, lorsqu'elle m'a glissé l'objet. Je baisse légèrement la tête, de sorte à ce que mes mains jointes dissimulent mes lèvres qui amorcent encore la courbe d'un sourire. Il est mignon.

Je pouffe légèrement avant d'enfin me décider à bouger. De deux doigts, j'attire le calepin jusqu'à moi. Je crois m'attarder trop longtemps sur les détails que présente la couverture, la reliure. J'ai toujours pensé que l'aspect extérieur du travail d'un artiste reflétait exactement la beauté de ce qu'il anime à l'intérieur. La façon dont il en prend soin, s'il le décore, s'il le laisse vierge de toute marque d'encre, de peinture, d'autocollants. Mes propres cahiers d'expérimentations sont déclinés de plusieurs couleurs, parfois, j'y frappe quelques tampons, plus rarement, encore, mais cela m'arrive, je déforme quelques fils de fer en des spirales au centre desquelles j'insère de petites pierres, pour orner la tranche. Ce que je couche sur le papier reste un mystère, je le conserve pour moi, là, tout près, quelque part dans mon cœur. Et c'est pour cette raison que je ressens très peu de légitimité à ainsi réquisitionner sa possession personnelle. Mais encore une fois, je pourrais aussi mettre fin à cet entretien et partir. Si toucher un objet béni par la patte artistique du blond me plaît plus qu'autre chose, je suis également là pour étudier plus en détail sa technique et ses inspirations.

C'est tout.

Je caresse lentement la matière qui recouvre les feuilles, puis, j'entrouvre le précieux bien. Du moins, j'essaye. Il me semble ne pas avoir le temps d'apercevoir quoi que ce soit, puisque mon interlocuteur récupère son carnet d'un geste précipité. Il voyage à travers son univers, que lui seul peut comprendre, et il arrache précipitamment une, ou deux pages. J'arque un sourcil, en le regardant faire. La surprise qui déforme mes traits laisse rapidement place à l'amusement. Je profite du spectacle, de son embarras, de ses joues qui s'empourprent un peu trop rapidement à mon goût. Ce rouge qui lui sied bien au teint, qui lui donne un air doux, presque candide. Un rictus se forge sur mon visage.

« Ce qui naît du bout de votre pinceau vous appartient, William. Je récupère le carnet. Je m'en voudrais d'envahir votre jardin secret... » J'assure, quelque peu dispersé par mon attention qui revient sur ses croquis.

...Quoi que je ne m'en plaindrais pas.

Ce Enfin suspendu m'amuserait certainement s'il venait de quelqu'un d'autre. Car je sais exactement à quoi m'attendre avec certains types de personnes. Mais lui ? J'ai peine à percer la fine coquille qui l'enveloppe, je me sens déstabilisé, lorsque je songe à cette chute sans conclusion, je trouve laborieuse la compréhension de ce qu'il signifie. Cet embarras dont il n'avait point fait preuve lors de nos dernières rencontres, que cache-t'il ? Une muse lointaine ? Une de ces nymphes aux chevelures qui virevoltent, pareilles à des coups de vent ? Ces fées au sourire éclatant, au rire cristallin, est-ce une de ces femmes que William tente de me cacher, sur ces esquisses secrètes ?

Je tiens le carnet d'une seule main, et je le monte juste en face de mes deux yeux, de sorte à ce qu'il cache complètement mon visage. Parfois, entre deux dessins que je contemple, j'abaisse légèrement l'ouvrage pour jeter un coup d'œil au jeune sorcier. Peut-être pour comparer son talent avec son visage, comme si l'habileté de ses poignets était visible depuis la courbe de ses cils, ou comme si le secret de la précision de ses traits se cachait dans ses deux pommettes saillantes qui lui donnent un air de corsaire, d'aventurier. L'air d'un homme qui voyage à travers les toiles, comme un marin navigue à travers les océans en quête d'un butin.

Ou peut-être simplement pour m'assurer qu'il est toujours là, avec moi, et qu'il ne s'est pas évaporé, ou même décomposé, lors des trois dernières secondes.

Complètement absorbé par ce que je découvre à l'intérieur, je réponds d'un faible Hm à sa demande, bien que l'idée de le vouvoyer, jusque-là, me plaisait plutôt bien. J'aime le vouvoyer1 puis prononcer son prénom comme si on se connaissait depuis vingt ans. Comme j'aime, en allemand, tutoyer certains puis les interpeller par leur nom de famille. J'aime le contraste, dans la langue comme dans l'art.

Je laisse sa voix me bercer pendant que je compare ses différents croquis. Je m'attarde plus que nécessaire sur les dernières pages qu'il m'a indiqué de ne pas considérer. Une mine épatée mais retenue se plaque sur mon visage, pour lui indiquer que ce qu'il fait me plaît. Puis, laissant le carnet ouvert sur la double page qui le dérange quelque peu, je le dépose sur la table, avant de m'enfoncer dans le dossier de ma chaise, les bras croisés sous ma poitrine.

« Des gens comme moi. Mh, je dois dire que je n'ai encore jamais vu de galeriste avec autant de style, en effet. Je plaisante, en faisant semblant de chasser la poussière qui loge sur mon épaule. Je me rapproche de lui une seconde pour lui souffler : Je vous taquine. » Je fais, en ne tenant pas compte de son précédent souhait sur la conversation plus amicale.

Mes iris partent du bas du bras de William, et parcourent lentement le buste de celui-ci, à la recherche de son regard, de ses mots, en faisant une escale exagérément longue sur le creux de son cou. Je me tais lorsqu'enfin, je retrouve son regard océan. Je me sens ridicule, débile, d'ainsi user de mon égoïsme pour plaisanter. À vrai dire, je ne le connais pas. Pas encore. Je ne peux donc pas savoir si mes blagues l'amusent, détendent l'atmosphère, ou si, au contraire, elles le resserrent.

J'ouvre légèrement la bouche pour parler, mais, lorsque son regard me captive de nouveau, je n'arrive à rien de plus qu'à prendre une inspiration lourde. Trop bruyante. Saccadée. Mes pupilles ne le quittent pas.

Je songe à me gifler, pour me reprendre. Pour me souvenir que le principe d'un entretien est de proposer un dialogue sérieux et professionnel, qui aboutit à une décision toute aussi sérieuse et mature. Mais je pense que William me prendrait surtout pour un gros fou. À moins que je dise qu'une mouche me volait sur la joue. Mais j'aurais quand même l'air d'un con. Et je ne veux pas abîmer mon beau visage. Pas devant lui. Alors je m'abstiens.

Je fuis son regard une seconde, avant qu'à mon tour le rose gagne mes joues. Ma peau est trop pâle pour pouvoir dissimuler les couleurs qui pourraient me monter au visage. Je suppose même qu'elle fait exprès de les accentuer, pour me foutre la honte. Voilà l'inconvénient de ressembler à un vampire.

Le reste, c'est trop la classe.

Je laisse ma vision onduler sur le café qui doucement se remplit. Ce n'est que maintenant que je remarque que je n'ai pas refermé la bouche, après avoir respiré. Je comprends que je suis resté ainsi, les lèvres entrouvertes, devant William. Je jure intérieurement. Faisons comme si de rien n'était.

« Reprenons. Je me penche de nouveau sur la table. Voulez-vous vivre de votre art, William ? À moins que... ce ne soit déjà le cas ? »

___________________________________
1308
Tu pardonneras Simon, qui a visiblement un léger problème à bien se tenir en présence de bels hommes. :roll:

1 Comme le dialogue est originellement en anglais, ici, le vouvoiement dont il est question revient à des tournures plus professionnelles qu'amicales, et à un respect linguistique qui appartient davantage au domaine du travail qu'au loisir.

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16 déc. 2025, 22:28
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Date: 13 décembre 2050
Avec: @Adélaïde Brennen
William passe à nouveau une main dans ses mèches, un geste nerveux, plus enfantin qu'autre chose. Ça ne le calme pas, loin de là, et il pince alors la suture de sa manche entre deux doigts. Il est difficile pour lui de laisser son regard vagabonder quand Simon se tient si proche de lui, son carnet—non, son âme entre ses doigts si fins, cachant chacune de ses expressions. Il ne peut pas le lire, ne peut pas juger de son contentement vis-à-vis de ses œuvres, et il ne peut surtout pas voir s'il est impressionné ou non. William n'a pas pour habitude de vouloir impressionner, encore moins dans un contexte professionnel, car il a toujours tenu entre ses mains l'idée que son talent parlerait de lui-même, mais là, assis dans son café favori, il a l'impression d'être un élève nerveux attendant son relevé de notes de la part d'un professeur admiré.

Pathétique.

Il se redresse et relève le menton quelque peu, de sorte à se rappeler de son héritage, de son nom, de son pouvoir. Il est là pour être vu, non pour impressionner, même si l'idée lui est toute chaude au toucher. Le blond passe une main distraite sur une clavicule, ses doigts glissant sous le col de sa chemise blanche. Le toucher laisse une légère marque rouge sur sa peau.

William ne sait pas pourquoi il se sent si détrôné. Ce café est son antre, ou c'est ce qu'il aime croire, mais sous le regard de Simon, il se retrouve sans repères. Il se demande ce qu'il y voit, ce galeriste si aguerri, quand il regarde son carnet et ses œuvres. Y voit-il ses peines et ses rancœurs ? Dans les portraits des passants et étrangers aux longs nez et aux chapeaux à plumes, est-ce qu'il y voit sa tentative de compréhension de l'autre ? Est-ce qu'il y voit ce que William voit, quand il regarde la lumière s'écraser contre les pommettes d'un vieil homme, et qu'elle illumine son passé tout entier ?

D'habitude, il n'a pas de problèmes quand il s'agit de partager ses œuvres. Il y est même enclin, son carnet du moment toujours dans son sac, prêt à être dégainé et montré comme un prix fantastique en foire. Mais là, il semblerait que toutes ses habitudes ne valent rien de plus qu'un tas de poussière, parce que William se sent nu et exposé devant le doux regard de Simon. Il le sent, ce regard, se poser sur lui périodiquement, jusqu'à ce qu'il soit accroché à sa peau, le carnet gisant ouvert sur la table, les monstruosités de la matinée en pleine lueur des lustres. Mais il ne peut pas trouver la force de s'offusquer, parce que Simon le regarde d'une manière qui lui donne envie de s'échapper dans le froid, de laisser le vent mordre sa peau. Il entend à peine ses mots, et laisse un doux rire s'échapper de ses lèvres, plus nerveux qu'amusé. Comment est-ce possible, tant de confiance en un seul homme ? William n'est pas inconnu des hommes confiants, non. Ses frères tiennent le monde entre leurs mains avec de simples sourires, et il a vu des hommes commander des pièces entières avec un regard soutenu, mais c'est différent, ce qu'il voit en Simon. Une aise qu'il ne retrouve pas chez les autres. Un petit quelque chose qui lui donne envie de l'ouvrir et de le lire, comme un livre, et de l'apprendre, par cœur. Il inspire profondément, sa respiration tremblante.

Ses yeux le parcourent. William s'autorise alors à faire de même, un air déterminé se glissant sur ses traits. Il se décide, enfin, à ne pas se laisser envahir par ce conquérant inconnu. Et alors, il se demande s'il n'est plus le seul à se sentir perdu dans cette interaction si difficile. Lorsqu'il parcourt le visage de Simon, buvant chacun de ses traits, suivant les courbes qui le rendent si chaleureux, il ne manque pas de voir ses lèvres s'entrouvrir, d'entendre sa respiration s'alourdissant. Et William sourit alors, un petit sourire de vainqueur, parce qu'il déteste ne pas avoir pied, mais ça le dérange un peu moins quand il n'est plus le seul à flotter dans une eau d'incompréhension et d'incertitude. Ses yeux bleus suivent la courbe de la mâchoire de Simon. Ils descendent un peu plus bas, jusqu'au creux de son cou, et interrompent leur lente exploration au niveau de son col, et il se demande alors s'il est le genre d'homme à appliquer sa cologne là ou dans le creux de ses poignets.

William en oublie presque la raison de leur rencontre.

Les joues de Simon tournent au rose et son sourire s'élargit, juste un peu, un coin de ses lèvres se levant. De fierté ? De joie ? William glisse son carnet vers lui et attrape un crayon. La voix de Simon le ramène à leur réalité, si ce n'est que pour quelques instants, mais il s'est décidé à le dessiner. Il ne sait pas quand viendra la prochaine occasion. Son regard se pose à nouveau sur Simon et il l'observe à nouveau, mais avec un nouvel œil. Il analyse la distance entre ses yeux, celle qui relie son nez à sa bouche. Il voit ses mèches qui tombent doucement autour de son visage, il repère la tension de ses vêtements sur ses épaules lorsqu'il se penche sur la table. "Je ne sais pas si vivre est le terme exact", dit-il, d'un air distrait. Ses doigts, accrochés à son crayon, le font tapoter doucement sur la page vierge avant qu'il n'y fasse le premier trait. Ce n'est rien de net, rien qui ne mérite une certaine attention. Ses yeux vagabondent de son œuvre à sa muse. "Je ne vis de rien", ajoute William. "Je vis dans notre demeure familiale. Je vends mes œuvres parce qu'il le faut, mais ce n'est pas une…nécéssité."

Avec chaque trait apposé sur le carnet, quelque chose se renforce en William. Une envie toute particulière de s'accrocher à cet homme si confiant. Une envie de savoir comment il aime son café, s'il préfère le sucré ou le salé, s'il aime la musique et si oui, lesquelles. Il en oublie son trac d'antan et les quelques feuilles gisant dans son sac. Il en oublie presque sa honte. "Simon", dit-il, doucement. "Qu'avez-vous vu dans mes croquis ?" Demande William, son poignet s'arrêtant de bouger quelques instants, ses yeux le fixant. Après quelques secondes, le bruit incessant de mine sur papier reprend, et ses traits deviennent plus courageux, plus lourds, jusqu'à ce qu'il ait terminé sa première œuvre de la page. Il l'observe alors, ses lèvres s'étirant en un léger sourire. Simon le regarde, posé sur le papier de son carnet, et c'est tout à lui, ce qu'il y lit et y imagine. Ses rouges tournent au rouge lorsqu'il glisse le carnet vers Simon à nouveau, lui montrant son miroir, ou presque. "Je vous le montre, mais je ne vous le donnerais pas. Il faudra me rencontrer au studio si vous souhaitez une pièce spécifique." Aussitôt son carnet de retour entre ses doigts, il recommence, suivant les traits de Simon sous une autre lumière, sous un autre angle.
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Freya Ourt, Freya Ourtière, Freya Kuza - K.A.

17 déc. 2025, 21:18
 PNJ   A.B.  Rousseur préraphaélite
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SIMON OISÍN BRENNEN - PNJ JOKER 2025
Galeriste



Rouge-Vert l'Univers
Que peint l'Homme aux portes de l'Hiver,
Pour contrer l'arrivée de la blanche neige.


Je dissimule mes mains sous la table. Je les cache, loin de la vue de William. Loin de tout ceux qui pourraient reconnaître mon sentiment, qui est à moi-même inconnu, lorsque je tords mes doigts entre eux. Par gêne ? Par frustration ? Peut-être un mélange des deux. Le malaise de me perdre trop longtemps dans son âme, de me noyer dans un regard qui devrait m'être distant, plus que chaleureux. Mais je ne peux blâmer la légèreté qu'apporte l'artiste à cette pièce, je ne peux accuser sa douceur de se répandre comme un nuage idyllique dans le café, au petit matin. Surtout, je ne peux remettre la faute sur le blond, si ce sont mes lèvres qui s'élargissent sincèrement, chaque fois que je l'écoute parler.

La frustration, quant à elle, d'entendre la fin de ses phrases mourir sur ses lèvres, et le silence renaître, chaque fois qu'il se tait. La frustration, de me sentir détourné, petit à petit, de mon objectif pourtant clair comme de l'eau de roche. Frustré, d'une certaine façon, de ne pas pouvoir prendre ses mains dans les miennes, pour les observer, ces talentueuses créatrices qui donnent vie à un monde infini en couleur. Pour concentrer toute mon attention sur chacun de ses doigts, chacune de ses phalanges, et de les détailler une par une, pour voir si les marques de son travail entaillent la peau de celui qui en est à l'origine. J'ai envie de savoir si elles sont couvertes de crayon. Si sa paume contient encore des traces de peinture. Si, en ouvrant ses toiles, il s'est coupé. S'il utilise le dos de sa main comme palette, parfois. Et si c'est le cas, je voudrais les panser, les nettoyer, passer une crème dans le creux de ses mains qui sent bon le parfum des fleurs savoyardes, au sommet des monts, là où seule la nature règne sur ce vaste infini de vert et de jaune. Peut-être que de cette façon, j'arriverais à lui communiquer un bout de mon histoire. Quelque chose de vague et d'insignifiant, mais qui subitement me renvoie l'impression d'être un élément indispensable à lui partager. L'artiste n'a-t-il jamais mieux crée que lorsqu'il eut son imagination comblée des souvenirs de la vie d'autrui ?

Mes propres mains sous la table, je l'écoute parler. Je penche légèrement la tête sur le côté, comme si le voir de travers allait, d'une façon ou d'une autre, m'aider à mieux saisir ce qu'il me dit. J'assimile ses paroles, je dessine le décor dans mon imagination, et, petit à petit, je me retrouve dans ce qu'il conte. La demeure familiale, ne vivre de rien... Le besoin de vendre son art pour montrer au monde que ce qui naît dans sa poitrine, il peut le retranscrire sur le papier, comme un musicien arrive à l'oreille à retranscrire sur une partition, les notes qu'il eut entendues. Le peintre est le musicien de son domaine, il écoute le tempo, le rythme, le timbre, la mélodie. Il mélange ses pigments, prépare sa toile, et représente ce qu'il a observé, avec une précision accrue, presque inhumaine. Il m'arrive de peindre. Lorsque j'en ai le temps. Malgré tout, cette profession m'effraie. J'ai peur qu'un jour, l'un d'eux arrive à pénétrer mon âme, à puiser dans mon identité la plus profonde, avant de me la faire confronter, face à face avec ce qui est mon miroir, et qui dévoile clairement les secrets que je veux cachés.

En même temps, je le vois, crayon en main, me dévisager, sous un angle qu'il n'avait pas encore abordé jusque-là. Je comprends qu'il me dessine, et lorsque je vois son regard se poser sur mes yeux, détailler les ondulations de mes cheveux, jusqu'à la forme de mon nez et de mes lèvres, je détourne légèrement la tête, gêné.

De là où je suis —c'est-à-dire loin, très loin de lui— je hoche la tête en signe d'approbation. Car je le comprends, je me revois, à Lohr am Main, à Suhl, lors de ma formation, dessiner en cachette durant mes pauses, vendre certaines de mes petites réalisations aux villageois d'à côté, parce que le gris n'est pas ce qu'il manque dans leurs ternes demeures.

J'aime apporter de la couleur lorsque les toiles fades sont peintes avec aigreur. Je veux peindre le ciel, pour comprendre ce que cela ferait de marcher sous une voûte rouge, et je veux changer la teinte des prairies, pour expérimenter l'herbe violette, et je veux coucher mes pigments sur le Soleil et la Lune, pour me lever sous un faisceau vert, et m'endormir à la lueur d'une Hécate rose.

Je laisse ma vision s'adapter à la lumière blanche qui se hisse dans les nuages, à l'extérieur. Durant cette petite pause silencieuse, mes oreilles s'habituent au bruissement de la vie dans le café, elles se laissent bercer par l'activité humaine, elles y prennent part, elles y plongent.

C'est pourquoi, lorsque j'entends mon prénom être prononcé du bout des lèvres par mon client, je sursaute. Non pas parce que j'ai oublié sa présence, mais parce que suffisamment de secondes se sont écoulées pour que je me plaise au va-et-vient des sorciers, et que j'oublie complètement ce que provoque en moi le timbre de sa voix.

Un sourire.

Je reporte mon attention sur lui, lui offrant de nouveau mon visage de face, qui avait été remplacé par mon profil.

Je marque une pause.

La question m'échappe.

Ce que j'ai vu dans ses croquis ? Ça n'a pas de sens. Pourquoi voudrait-il savoir ceci ?

Dans aucun monde je lui communique ce que j'ai vu. Déjà parce que je ne suis pas vraiment sûr de savoir. Ensuite parce que j'ai trop peur de lâcher une bêtise en tentant de lui expliquer. Et peut-être car je redoute ce que ces esquisses m'apprennent sur lui. Et sur moi-même. Alors je ne dis rien. Parce qu'il est hors de question que je compare la beauté de ses œuvres avec la sienne. Je sais de quoi je suis capable. Et il est hors de question que je dérape de la sorte.

Je ne peux pas lui sortir une phrase bateau. Beaucoup de talent, d'originalité... William n'est pas de ces hommes qui se contentent des mondanités insignifiantes.

« Je... Je murmure. J'hésite. La façon dont il arrête d'esquisser pour me questionner me perturbe. Je ne pense pas que cela soit nécessaire, pour le moment. Vous l'avez dit vous-même, ce n'est qu'un carnet de croquis. Ce qui m'intéresse, ce sont vos toiles concrètes. N'est-ce pas ? » J'arque un sourcil en le dévisageant longuement.

William ajoute quelques traits, avant de me tendre ce qu'il vient d'achever. Il s'agit bien de mon portrait. Je reste enfoncé dans ma chaise, complètement immobile. Je ne fais que baisser la tête pour observer la silhouette de plus près. Je tente de retenir une rougeur.

C'est..un peu trop ressemblant, pour juste un croquis, à la va-vite. J'essuie mes paumes sur mes cuisses en inspirant bruyamment.

Je suis partagé. Quelque chose en moi voudrait que je subtilise la page, pour la garder pour toujours. Pour sentir le papier qui trace mon miroir là, tout près. Je pourrais le poser contre ma poitrine, en essayant de comprendre ce que William a vu en moi lorsqu'il a réalisé ceci. Mais une autre partie de moi est terrifié par ce travail. Parce que justement, je ne veux pas savoir, je ne veux pas comprendre ce qu'il croit savoir de moi.

Je ne sais pas si ce qu'il dit est une invitation dissimulée, dans tous les cas, cela me parle bien :

« J'éprouverais beaucoup de malaise à vous demander de faire mon portrait, William. Je plaque mes avant-bras sur la petite table, de sorte à ce que mes mains —que je fixe— soient tout près de celles du Moors. Vous imaginez ? Vous et moi, dans une même pièce, vous, votre pinceau à la main, concentré... » Je m'arrête un instant pour le caresser intensément des yeux. Mon regard tombe sur ses lèvres.

Je me recule légèrement. Je continue mon explication, d'un ton lent, très lent, qui s'attarde sur chaque syllabe, sans quitter des yeux la commissure de sa bouche, silencieuse.

« Vous savez, je n'ai jamais fait un très bon modèle. Comblé par l'ennui, je ne pourrais rien faire d'autre que vous regarder vous exécuter, tout le long du processus. » Un petit rictus se dessine sur mon visage alors que mon regard joueur cherche le sien.

Je ne pourrais rien faire d'autre que vous regarder, William.

« Très peu pour moi. »

Je hausse les épaules pour appuyer la flagrance de mon propos, comme s'il n'y avait rien de plus naturel que de dire ceci à son client.

Néanmoins, je ne peux me taire tout de suite, je ne peux me retenir de me demander : « Pas vous ? »

Qu'est-ce que je disais tout à l'heure ? Ah oui, il est hors de question que je dérape de la sorte. Bon bah, zut.

La tournure que prend cet entretien me file entre les doigts. À vrai dire, il me semble avoir abandonné toute idée de faire de cet épisode un instant sérieux, lorsque ma main a glissé le long de son bras, tout à l'heure.

Parfois, je me demande ce qui me prend. Je me demande pourquoi j'agis de la sorte.

Et surtout, je me demande pourquoi ça me plaît.

Je lui adresse un sourire radieux, qui révèle mes rangées de dents blanches.

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Je, hum. Je ne suis aucunement responsable du comportement de cet homme.

Directrice de l'Astronarium since Octobre 49 • Discord : ison0mi.a
PNJs • Demande de relations •
Impératrice-Sirène des Contrées Germaniques, Célestes et Maritimes • Idole d'Elam • Adézheimer - Mémoire fallacieuse - Vance

17 déc. 2025, 22:06
 PNJ   A.B.  Rousseur préraphaélite
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Date: 13 décembre 2050
Avec: @Adélaïde Brennen
Voilà que le sol s'écroule à nouveau sous ses pieds, laissant place à un vide qui l'absorbe jusqu'à qu'il ne se sente perdu, déstabilisé, la main tremblante. William inspire profondément, juste une fois, en espérant calmer son cœur si prêt à aller au bataillon. Il reporte son attention sur son carnet et se replonge dans son étude futile de l'homme en face de lui, comme s'il pouvait tirer des réponses des quelques traits fins qu'il appose encore et encore sur le papier. Comme s'il peut, d'une manière, découvrir Simon et toutes ses facettes. Il ne prend pas beaucoup de soin quand il s'agit de reprendre ses vêtements, les lignes vulgaires et mal finies. Ce qui lui importe, c'est son visage, et ses mains, mais celles-ci sont fâcheusement cachées sous la table et il retient l'envie de lui demander de les entreposer joliment sur la table. Il pourrait prendre une miniardise entre ses doigts, et William se ferait un plaisir de dessiner l'acte, mais ça lui semble trop intime comme faveur, donc il ne dit rien.

William est frustré. Il aurait aimé plonger dans les pensées de l'homme assis en face de lui, de voir à travers ses paroles ce qu'il aurait pu découvrir dans son carnet, dans son âme, mais il en est privé et il n'aime pas ça. Le blond n'aime pas ne pas avoir ce qu'il souhaite, alors il laisse une moue mécontente prendre place sur son visage avant de poser les yeux sur Simon, encore une fois.

C'est comme si un fil rouge s'est étendu entre son petit doigt et celui de Simon, qui l'attire à lui sans cesse. Depuis cette main sur son bras et ce regard baladeur, William ne sait plus où se mettre. Il sait, néanmoins, qu'il donnerait des années à l'étude de Simon, et qu'il donnerait un peu plus pour pouvoir le mettre sur ses toiles. Le peindre et le garder à jamais, comme l'a fait Dorian avant lui, en espérant maintenir sa beauté à jamais sous un drap blanc.

D'un coup, ses mains sont toutes proches de celles de William, et le blond marque une pause. Ses yeux bleus fixent la longueur de ses doigts. Il a envie de les prendre dans ses paumes et de les analyser sous toutes leurs coutures. A-t-il des cicatrices ? Qu'est-ce que ses mains peuvent dire de lui ? Tout comme celles d'un jardinier, ou celles d'une mère de foyer, est-ce que les mains de Simon racontent une histoire ? Il passe presque à côté des mots de l'homme, son attention obnubilée par ses phalanges, mais le ton de sa voix passe à travers le flou de son esprit. Le regard de William vole sur le visage de l'homme, ses yeux s'écarquillant. Il y a trop de choses cachées derrière ses mots, et William se retrouve dans son studio, dans la familiarité de ses toiles et des draps qui tapissent le sol. Il y voit son lit, poussé sous la grande fenêtre en arc qui laisse toujours tant de lumière entrer dans la pièce. Il y voit ses palettes, éparpillées, et ses pinceaux gisant dans des bocaux vides et des verres sales. Et puis, William y voit Simon, cet air si confiant joliment entreposé sur son visage, assis sur le tabouret que le blond réserve pour ses clients, car il ne les veut jamais trop confortable. Il se demande alors s'il parviendrait à peindre sous son regard sombre.

Le regard de Simon est insistant quand William revient au café, le doux cliquetis des machines à café dans le fond. "Je…j'imagine," fit-il, le regard échappant celui de Simon pour se poser sur le bois de la table.

Holy.

William suffoque. Il suffoque sous ce regard si dur, et pourtant, quelque chose en lui s'amuse à fleurir avec joie sous l'attention de l'homme, et il se demande jusqu'où va mener cet entretien. Pourra-t-il vendre quelques toiles en échange d'un portrait ? L'idée d'avoir Simon dans son studio, dans l'antre de ses envies et de sa pensée, est accablante. Mais elle est aussi similaire à ce qu'un enfant peut ressentir quand il descend un toboggan haut, ou quand il parvient à se balancer sur les paumes de ses mains, alors William y succombe. Il s'approche, juste un peu, assez pour nager dans la cologne de Simon, pris par ses tons chauds et familiers.

"Je ne peux donc pas vous convaincre ?" William murmure. Il baisse sa main, celle qui tient son carnet, doucement, jusqu'à ce que le dos de celle-ci repose à peine sur la main de Simon. Il ressent à peine la chaleur de sa peau contre la sienne, mais le choc est assez lourd pour le réveiller de sa stupeur. "Vous pourriez regarder par la fenêtre. Elle est particulièrement grande et vous y verrez le jardin. J'imagine que vous aurez la chance de voir quelques animaux."

Il se sent faible. Une couleur rosée sur les joues, William ne se gêne plus. Il esquisse les poignets de Simon, suivant les douces courbes de ses mains, et ce avec plus d'attention qu'il ne devrait pour un carnet de croquis. Mais c'est plus fort que lui. Cette envie d'avoir, d'obtenir, d'être maître de. "Peut-être que je ne vous vendrai rien si vous ne me laissez pas vous peindre," William ajoute, son ton moqueur, copiant celui de l'autre homme. Il s'essaie peu à la comédie, ce n'est pas dans son sang, mais il n'apprécie guère la façon dont il se sent mené à la laisse par Simon. "Que voudriez-vous en échange, autre que des œuvres ? Un portrait de famille ? Quelque chose à accrocher dans votre chambre ?" dit-il. Puis, avec un sourire taquin, il pose son regard sur Simon. "Je dois avoir quelques autoportraits dont j'aimerais me débarrasser. Vous seriez preneur ? Ça ne vous coûtera pas cher."

Est-ce trop ? William observe et juge, et tente de s'adapter, car peu importe toute la semblance de confiance qu'il appelle à se poser sur son visage, il se sent toujours aussi dénudé. L'homme devant lui tient les rênes, et William n'est qu'un pauvre insecte pris dans sa toile. À bas l'idée que ce n'est qu'une tactique de vente, William ose espérer que quelque chose de plus profond de cache dans le sourire de Simon, un réel intérêt, qui ferait miroir à ce qu'il ressent au tréfonds de son cœur. Mais s'il se trompe…il refuse d'y penser, d'imaginer la honte et l'embarras.

William complète le doux dessin des mains de Simon. Il glisse le carnet vers lui une nouvelle fois. "Je n'arrivais pas à me rappeler de la forme de votre pouce," avoue le jeune homme, avant de se mordre l'intérieur de la joue. Les mots sont sortis trop vite, il n'a pas pu les arrêter. Il commence à pleurer sa nouvelle absence de bon sens. Ses yeux s'abaissent et il prie pour que Simon ne fasse aucune association, pour qu'il soit assez bête pour ne pas deviner des essais précédents, pour qu'il n'ai pas la rigueur de fouiller le sac de William et d'y sortir les bouts de papiers détruits.
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Freya Ourt, Freya Ourtière, Freya Kuza - K.A.