Redescente
Il n’existait que peu de situation dans laquelle Fiss aurait pu vivre un aussi brutal retour à la réalité, car il fallait une suite d’événements confrontant, ou se fondant, à une succession d’états mentaux précis pour qu’une réalité qu’il n’aurait su envisager sous quelque forme de ses déclinaisons puisse voir le jour.
Nul ne sait comment cela se fit, mais il était arrivé à l’inacceptable conclusion lui imposant une dégradation psychique ne pouvant se comparer qu’à la terrible et lente retraite du voile de l’héroïnomane n’ayant plus les moyens d’entretenir ce doux et mélancolique rêve artificiel.
Des années de solitude, d’évasion de l’âme dans des conjectures compliquées et inavouables sans être pris pour un dément par le commun de ses contemporains, et de complaisance en des pensées faisant de lui, selon lui, un paria, avaient profondément affecté son esprit.
Après avoir usé de toutes les formes d’illusions mentales nécessaires au maintien de l’hermétisme, sinon de l’existence même, de son univers, le voilà qui revenait peu à peu, sur le lit à partir duquel nombre de voyages ont commencé, devant le regard inquiet de ses parent et l’œil scrutateur du vieux et vénérable médecin de famille.
Un vague redressement de tête lui fit contempler, dans le visage de ses, ou ceux qui ont été pour lui, ses proches, la résultante d’une période nerveusement particulièrement troublée.
Il observa, non sans une certaine mélancolie encore étouffée par la confortable absence de sentiment qu’il avait pris soin de conserver auprès de lui afin de se complaire dans ce monde que les autres ne comprenaient pas, ne voyaient pas, les artefacts datés d’une période révolue, période durant laquelle il partageait quelques passions avec les enfants de son âge.
Hier encore, il voguait entre les différentes formes de plaisirs de la découverte du monde immatériel et la trop familière tension -familière en le sens que ces tensions et ce qui y est lié avaient littéralement remplacé toute forme d’affection envers sa famille au sens commun- résultant d’une compréhension singulière des cadavres de mondes qui lui apparaissaient par des moyens tant mécaniques que spirituels, et qui par maintes fois, offraient à Fiss une mise en garde quant à la menace d’absorption du sien.
C’est néanmoins la nuit dernière qui fut fatidique à son monde, sonnant le glas de son univers, lorsqu’il se prit à contempler le clair-obscur d’une chambre non éclairée, dont les formes d’objets insupportablement familiers lui apparurent comme ce qu’ils étaient et non comme il se complaisait à les imaginer. Et c’est une suite de hurlements lugubres, presque animaux, ainsi que les changements soudains de lumières et d’ombres au sein de la bâtisse, qui fit débarquer toute forme d’autorité en les matières supposément adéquates par le voisinage chez les MacTairdelbach.
Fiss se laissa écouter la discussion entre le médecin et ses parents. Selon l’homme qui se tenait devant lui, les nerfs du jeune adulte, ou de l’enfant, ou de la chimère que le cadet des MacTairdelbach avait fait de lui même, avaient lâchés, mettant fin à une tension qui lui servit jusqu’alors comme d’une sorte de cage de Faraday, rendant hermétique son esprit à toute forme de réalité qui ne conviendrait pas à ce en quoi il souhaitait se conforter.
C’est en observant un plateau repas tremblant, pendu aux extrémités des mains de sa mère, et dont la vapeur avait fini de s’estomper, que Fiss se laissa aller à la confortable pénombre de ses paupières fermées, protégeant ce dernier de la clarté héliaque qu’avaient invité père et mère à entrer dans la demeure.
Il est trop tôt pour sortir du songe, la nuit avait été une fois de plus empreinte de tension qu’il se complaisait à croire que peu d’Hommes seraient à même de tolérer, il lui fallait désormais se reposer.
Nul ne sait comment cela se fit, mais il était arrivé à l’inacceptable conclusion lui imposant une dégradation psychique ne pouvant se comparer qu’à la terrible et lente retraite du voile de l’héroïnomane n’ayant plus les moyens d’entretenir ce doux et mélancolique rêve artificiel.
Des années de solitude, d’évasion de l’âme dans des conjectures compliquées et inavouables sans être pris pour un dément par le commun de ses contemporains, et de complaisance en des pensées faisant de lui, selon lui, un paria, avaient profondément affecté son esprit.
Après avoir usé de toutes les formes d’illusions mentales nécessaires au maintien de l’hermétisme, sinon de l’existence même, de son univers, le voilà qui revenait peu à peu, sur le lit à partir duquel nombre de voyages ont commencé, devant le regard inquiet de ses parent et l’œil scrutateur du vieux et vénérable médecin de famille.
Un vague redressement de tête lui fit contempler, dans le visage de ses, ou ceux qui ont été pour lui, ses proches, la résultante d’une période nerveusement particulièrement troublée.
Il observa, non sans une certaine mélancolie encore étouffée par la confortable absence de sentiment qu’il avait pris soin de conserver auprès de lui afin de se complaire dans ce monde que les autres ne comprenaient pas, ne voyaient pas, les artefacts datés d’une période révolue, période durant laquelle il partageait quelques passions avec les enfants de son âge.
Hier encore, il voguait entre les différentes formes de plaisirs de la découverte du monde immatériel et la trop familière tension -familière en le sens que ces tensions et ce qui y est lié avaient littéralement remplacé toute forme d’affection envers sa famille au sens commun- résultant d’une compréhension singulière des cadavres de mondes qui lui apparaissaient par des moyens tant mécaniques que spirituels, et qui par maintes fois, offraient à Fiss une mise en garde quant à la menace d’absorption du sien.
C’est néanmoins la nuit dernière qui fut fatidique à son monde, sonnant le glas de son univers, lorsqu’il se prit à contempler le clair-obscur d’une chambre non éclairée, dont les formes d’objets insupportablement familiers lui apparurent comme ce qu’ils étaient et non comme il se complaisait à les imaginer. Et c’est une suite de hurlements lugubres, presque animaux, ainsi que les changements soudains de lumières et d’ombres au sein de la bâtisse, qui fit débarquer toute forme d’autorité en les matières supposément adéquates par le voisinage chez les MacTairdelbach.
Fiss se laissa écouter la discussion entre le médecin et ses parents. Selon l’homme qui se tenait devant lui, les nerfs du jeune adulte, ou de l’enfant, ou de la chimère que le cadet des MacTairdelbach avait fait de lui même, avaient lâchés, mettant fin à une tension qui lui servit jusqu’alors comme d’une sorte de cage de Faraday, rendant hermétique son esprit à toute forme de réalité qui ne conviendrait pas à ce en quoi il souhaitait se conforter.
C’est en observant un plateau repas tremblant, pendu aux extrémités des mains de sa mère, et dont la vapeur avait fini de s’estomper, que Fiss se laissa aller à la confortable pénombre de ses paupières fermées, protégeant ce dernier de la clarté héliaque qu’avaient invité père et mère à entrer dans la demeure.
Il est trop tôt pour sortir du songe, la nuit avait été une fois de plus empreinte de tension qu’il se complaisait à croire que peu d’Hommes seraient à même de tolérer, il lui fallait désormais se reposer.
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Il est des lieux dans lesquels aucune sorte de magie ne peut plus exister. Le lecteur pourrait évidemment penser au monde moldu, aux interdictions, aux lois sur le sujet, et pourtant, dans le monde sorcier, bien des sanctuaires, récents ou anciens, nés d’un trop plein de la dite magie ou de désillusions rendant hermétiques ces lieux qui pourtant accueilleraient probablement avec gratitude, sinon imploreraient cette magie.
L’âme de ce garçon, à semi assis sur son lit, était de ces lieux. Et tandis que l’aube commençait à poindre, ce dernier observa une dernière fois sa chambre, constellée de pièces de jeux de société posées selon une certaine logique sur différents fragments d’ouvrages anciens et obscurs, sur des pages de tabloïds et sur des feuilles griffonnées par ses soins.
La mère d’un enfant normal aurait certainement houspillé le jeune garçon d’avoir été dormir en laissant un tel bazar dans le seul lieu dont il doit s’occuper.
Un œil extérieur perspicace aurait été amusé de voir que la voiture métallique du Monopoly, posée sur un article de fait divers, ressemblait étonnamment à la voiture ayant fait naufrage dans un étang de la région, et que par ailleurs, la dite voiture était tournée vers une carte faite main répertoriant divers endroits plus ou moins improbables autour de cet étang.
Il aurait par ailleurs remarqué que des restes de tracés à la craie, à semi effacés par le temps et les pas, semblaient lier différents éléments les uns aux autres, comme le ferait un membre du FBI particulièrement connu pour son ouverture d’esprit avec des bouts de ficelle.
L’œil de Fiss, lui, y voyait une quête inaccomplie. Inaccomplie car insondable. Insondable car inexistante, sinon dans les rêveries les plus délirantes de personnes en état second, et dans les articles de charlatans inventant n’importe quelle histoire en la prétendant vraie afin de soutirer de l’argent aux plus crédules.
Une partie de l’esprit du garçon semblait vouloir continuer à penser que l’imagination de ces personnes est due à des forces supérieures sinon en mesure d’impacter le psyché des Hommes, de continuer à croire, comme se réconforter, de la même manière qu’on tirerait un morceau de duvet afin de s’entourer de ce dernier au milieu de l’Hiver dans un logement mal chauffé.
Une autre partie, quant à elle, semblait résigner à accepter que toute forme de tentative de redonner sens à ces quêtes ne serait que donner un sursis à la lente dégradation des humeurs et de l’état mental du jeune homme, et qu’aucun aiguillon de l’imagination ne saurait jamais raviver ces espoirs de compréhension d’un monde que, il aurait pu sauver, sinon su sauver, sinon comprendre si un tel acte n’engloutissait pas son âme avec une intensité lui permettant de s’en rendre compte.
Il en était arrivé à la terrible conclusion qu’un retrait brutal du voile serait désormais la seule solution s’il souhaitait définitivement sortir de ces espoirs de ne pas avoir lutté en vain, au prix d’un effondrement mental dans tous les cas abyssal, mais qui ne partirait pas d’une préalable dégradation amenée par la tentative de chercher à garder tout cela réel.
Oh, cela ne voulait pas dire qu’il comptait prendre cette décision, simplement qu’il était conscient que laisser place aux aspirations de la première partie de son esprit n’allait être autre chose qu’une fuite en avant dont les conséquences ne seraient autre chose que désastreuses.
Fiss prit une grande inspiration, 3 secondes, retint son souffle, 2 secondes, relâcha, 5 secondes, puis réitéra, jusqu’à ce que les larmes envahissent son regard, tandis qu’il tentait de calmer son cœur battant la chamade.
Il lui fallait sortir de cette chambre, se préparer à une rencontre entre ses parents, une rencontre avec Fiss, le jeune garçon disparu il y a des années, et non Fiss, celui qui manqua de se briser les cordes vocales en couvrant les voix des entités cosmiques qui avaient jusqu’alors saturé les parties de sa boîte crânienne d’où résulte l’imagination.
Mais il était encore trop tôt, dans quelques secondes, sinon quelques minutes, il sortira, promis.
L’âme de ce garçon, à semi assis sur son lit, était de ces lieux. Et tandis que l’aube commençait à poindre, ce dernier observa une dernière fois sa chambre, constellée de pièces de jeux de société posées selon une certaine logique sur différents fragments d’ouvrages anciens et obscurs, sur des pages de tabloïds et sur des feuilles griffonnées par ses soins.
La mère d’un enfant normal aurait certainement houspillé le jeune garçon d’avoir été dormir en laissant un tel bazar dans le seul lieu dont il doit s’occuper.
Un œil extérieur perspicace aurait été amusé de voir que la voiture métallique du Monopoly, posée sur un article de fait divers, ressemblait étonnamment à la voiture ayant fait naufrage dans un étang de la région, et que par ailleurs, la dite voiture était tournée vers une carte faite main répertoriant divers endroits plus ou moins improbables autour de cet étang.
Il aurait par ailleurs remarqué que des restes de tracés à la craie, à semi effacés par le temps et les pas, semblaient lier différents éléments les uns aux autres, comme le ferait un membre du FBI particulièrement connu pour son ouverture d’esprit avec des bouts de ficelle.
L’œil de Fiss, lui, y voyait une quête inaccomplie. Inaccomplie car insondable. Insondable car inexistante, sinon dans les rêveries les plus délirantes de personnes en état second, et dans les articles de charlatans inventant n’importe quelle histoire en la prétendant vraie afin de soutirer de l’argent aux plus crédules.
Une partie de l’esprit du garçon semblait vouloir continuer à penser que l’imagination de ces personnes est due à des forces supérieures sinon en mesure d’impacter le psyché des Hommes, de continuer à croire, comme se réconforter, de la même manière qu’on tirerait un morceau de duvet afin de s’entourer de ce dernier au milieu de l’Hiver dans un logement mal chauffé.
Une autre partie, quant à elle, semblait résigner à accepter que toute forme de tentative de redonner sens à ces quêtes ne serait que donner un sursis à la lente dégradation des humeurs et de l’état mental du jeune homme, et qu’aucun aiguillon de l’imagination ne saurait jamais raviver ces espoirs de compréhension d’un monde que, il aurait pu sauver, sinon su sauver, sinon comprendre si un tel acte n’engloutissait pas son âme avec une intensité lui permettant de s’en rendre compte.
Il en était arrivé à la terrible conclusion qu’un retrait brutal du voile serait désormais la seule solution s’il souhaitait définitivement sortir de ces espoirs de ne pas avoir lutté en vain, au prix d’un effondrement mental dans tous les cas abyssal, mais qui ne partirait pas d’une préalable dégradation amenée par la tentative de chercher à garder tout cela réel.
Oh, cela ne voulait pas dire qu’il comptait prendre cette décision, simplement qu’il était conscient que laisser place aux aspirations de la première partie de son esprit n’allait être autre chose qu’une fuite en avant dont les conséquences ne seraient autre chose que désastreuses.
Fiss prit une grande inspiration, 3 secondes, retint son souffle, 2 secondes, relâcha, 5 secondes, puis réitéra, jusqu’à ce que les larmes envahissent son regard, tandis qu’il tentait de calmer son cœur battant la chamade.
Il lui fallait sortir de cette chambre, se préparer à une rencontre entre ses parents, une rencontre avec Fiss, le jeune garçon disparu il y a des années, et non Fiss, celui qui manqua de se briser les cordes vocales en couvrant les voix des entités cosmiques qui avaient jusqu’alors saturé les parties de sa boîte crânienne d’où résulte l’imagination.
Mais il était encore trop tôt, dans quelques secondes, sinon quelques minutes, il sortira, promis.
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La lueur blanchâtre -blanchâtre, car la réverbération de la lumière du dehors sur la neige recouvrant la végétation donnait à cette luminosité une teinte si caractéristique de cette saison- s’apprêtait à frapper une pièce vidée de toute présence.
Vidée de toute présence, non seulement physique, mais spirituelle, car tandis que le jeune homme posait une main lâche et résignée sur la poignée de sa porte de chambre, de nombreux sacs, gardiens silencieux d’un passé résonnant comme une plaie béante dans l’âme de cette maison, observaient Fiss se préparer à une salvatrice fuite en avant en direction des pièces communes de la bâtisse familiale.
Et tandis que la porte se laissait ouvrir, sans la moindre résistance à laquelle le corps s’était pourtant préparé, l’air tiède-froid et stérile du couloir, sinon du salon, venait lécher les doigts du jeune garçon.
Ce dernier profita du mouvement d’ouverture de la porte vers l’intérieur pour observer une dernière fois la pièce de laquelle était né la plus confortable tragédie de ces six dernières années. Pièce dans laquelle les murs pouvaient désormais contempler la chose qui avait emporté à la famille MacTairdelbach son unique héritier, désormais disséminée dans divers tombeaux de jute et de divers tissus.
De cette pièce, il n’avait laissé aucun souvenir, sinon une fine couche de poussière, préférant, si père et mère souhaitaient réitérer l’amère expérience de la parentalité, laisser une toile immaculée à partir de laquelle le nouveau trio pourrait créer quelque chose qui n’aurait pas pour finalité une nécessaire amnésie de la famille irlandaise.
La traversée du silencieux couloir menant au salon fut bien plus simple qu’il ne lui aurait paru au premier abord. Le silence d’une maison encore endormie lui permit d’avancer, sans envie, avec un quelque chose de terrifiant au fond du ventre, mais que l’absence de risque de confrontation physique prématurée rendait presque supportable. Un gouffre avait été franchi, et pour la première fois depuis une vie, il ne serait pas à l’origine d’une distanciation sociale, il avait joué son tour, et ne serait pas à l’initiative de cette dernière.
Continuant son pèlerinage au milieu des pièces presque gênées par cette présence jusqu’alors hors de leur temporalité , bien qu’ayant peu évolué par rapport aux souvenirs qu’il avait gardés d’une époque où il y faisait encore attention, il arriva dans la pièce de vie, puis enfila ses chaussures et un vieux bonnet, avant de pousser la porte d’entrée, tout en prenant soin de rendre à la famille un silence, peut-être pesant, en retour à celui qui lui avait été offert de manière réconfortante ces quelques dernières minutes.
Arrivé devant le seuil extérieur de la porte, il s’accroupit, puis creusa quelques tranchées, devenant peu à peu un circuit, sinon un labyrinthe, avant de sortir de l’une de ses poches, quelques billes rescapées du nettoyage de ce qui fut son autel et son sanctuaire. Doucement, sans penser à rien, il s’usurpa une vie, sans savoir si elle était encore la sienne.
Vidée de toute présence, non seulement physique, mais spirituelle, car tandis que le jeune homme posait une main lâche et résignée sur la poignée de sa porte de chambre, de nombreux sacs, gardiens silencieux d’un passé résonnant comme une plaie béante dans l’âme de cette maison, observaient Fiss se préparer à une salvatrice fuite en avant en direction des pièces communes de la bâtisse familiale.
Et tandis que la porte se laissait ouvrir, sans la moindre résistance à laquelle le corps s’était pourtant préparé, l’air tiède-froid et stérile du couloir, sinon du salon, venait lécher les doigts du jeune garçon.
Ce dernier profita du mouvement d’ouverture de la porte vers l’intérieur pour observer une dernière fois la pièce de laquelle était né la plus confortable tragédie de ces six dernières années. Pièce dans laquelle les murs pouvaient désormais contempler la chose qui avait emporté à la famille MacTairdelbach son unique héritier, désormais disséminée dans divers tombeaux de jute et de divers tissus.
De cette pièce, il n’avait laissé aucun souvenir, sinon une fine couche de poussière, préférant, si père et mère souhaitaient réitérer l’amère expérience de la parentalité, laisser une toile immaculée à partir de laquelle le nouveau trio pourrait créer quelque chose qui n’aurait pas pour finalité une nécessaire amnésie de la famille irlandaise.
La traversée du silencieux couloir menant au salon fut bien plus simple qu’il ne lui aurait paru au premier abord. Le silence d’une maison encore endormie lui permit d’avancer, sans envie, avec un quelque chose de terrifiant au fond du ventre, mais que l’absence de risque de confrontation physique prématurée rendait presque supportable. Un gouffre avait été franchi, et pour la première fois depuis une vie, il ne serait pas à l’origine d’une distanciation sociale, il avait joué son tour, et ne serait pas à l’initiative de cette dernière.
Continuant son pèlerinage au milieu des pièces presque gênées par cette présence jusqu’alors hors de leur temporalité , bien qu’ayant peu évolué par rapport aux souvenirs qu’il avait gardés d’une époque où il y faisait encore attention, il arriva dans la pièce de vie, puis enfila ses chaussures et un vieux bonnet, avant de pousser la porte d’entrée, tout en prenant soin de rendre à la famille un silence, peut-être pesant, en retour à celui qui lui avait été offert de manière réconfortante ces quelques dernières minutes.
Arrivé devant le seuil extérieur de la porte, il s’accroupit, puis creusa quelques tranchées, devenant peu à peu un circuit, sinon un labyrinthe, avant de sortir de l’une de ses poches, quelques billes rescapées du nettoyage de ce qui fut son autel et son sanctuaire. Doucement, sans penser à rien, il s’usurpa une vie, sans savoir si elle était encore la sienne.
/!\ La suite ici /!\
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