Le seuil Solo

/!\ Ce texte est une suite directe, et sera probablement incompréhensible sans avoir préalablement lu Redescente /!\


De souvenir des anciens du village, la maison MacTairdelbach avait toujours été là.
Et malgré l’aspect relativement moderne et rénové, elle avait survécu sans dégât à bien des évènements, et fut toujours considérée comme un pilier des gué, villages ou villes qui naquirent et disparurent, sans que cette dernière ne se sente concernée le moins du monde par ce qu’il se passait autour d’elle.
Bien que sous diverses formes nécessaires à l’acclimatation -tantôt esthétique, tantôt pratique- au passage du temps, elle put toiser, selon les anciens de cette famille, des Jacques II ou Cromwell, et se permit même d’observer non sans un certain dédain, les décisions d’un Adrien IV, se débattant et tentant de rallier à sa cause des personnalités d’un monde qui lui échappait.
En soi, et sans qu’aucun des simples gens du cru ne prennent même la peine de se poser la question, la maison avait toujours.. diffusé comme une aura de calme et de sérénité dans les environs.
Il put y être entendu des haussements de tons en des périodes troublées, comme lors de la guerre d’indépendance irlandaise, mais jamais quoi que ce soit qui ne soit perçu comme une réelle faille, physique ou relationnelle, dans cette maison.

Nul n’aurait pu imaginer qu’un passage dans une école spécialisée d’une énième descendant de la famille aurait pu à ce point non seulement perturber l’antédiluvienne famille, mais, par effet de conséquence indirecte, laisser la bâtisse dépérir au point qu’elle perdit peu à peu cette forme d’aura, la laissant disparaître au milieu de maisons bien plus récentes et bien moins remarquables.

Aucune autorité compétente n’aurait jamais imaginé devoir intervenir dans la calme maison ou auprès de la famille MacTairdelbach, dont les seules apparitions à leurs yeux se limitaient à des évènements caritatifs ou patriotiques.
Aucun des gens du voisinage n’aurait considéré à priori que l’immuabilité du lieu allait un jour être mis à mal au point qu’il ne faille appeler les autorités compétentes avant même de s’adonner aux commérages quant à ce qui sembla si terrible que les animaux du voisinage s’étaient mis à hurler.
Et aucun des animaux du voisinage n’aurait imaginé voir un jour leur sommeil, chasse, ou récolte, au profit d’une forme d’hystérie collective.

Et ce matin, rien ne laissait présager à Milo, alors en train de fouiller les poubelles de son territoire selon un ordre précis, qu’à l’heure venue d’aller quémander une coupelle de lait et quelques restes de la veille, la maison des MacTairdelbach aurait changé.
Elle n’avait pas la même disposition de jeux de lumières, et en lieu et place d’un grand humain, à la caresse rude et à la barbe rendant difficile les bisous au cœur de l’été -lorsque le pelage était moins dense-, se tenait un humain d’une carrure moindre.
Il était particulièrement déstabilisant pour Milo qu’en lieu et place d’une attention, d’une coupelle de lait et des restes de la veille, le plus frêle humain avait choisi d’apporter quelques balles transparentes, et à priori, non comestibles.

Avant que le moindre miaulement de sollicitation ne vienne perturber le silence, la porte s’ouvrit, et l’humain tant attendu, visiblement accompagné d’une humaine, apparurent au seuil de la bâtisse. Ces derniers semblaient tout aussi perplexes que Milo à la vue du frêle humain, n’ayant fait cas de ce qu’il venait d’avoir lieu derrière lui.
L’odeur particulière, les gestes quasi inexistants, la posture affaissée, la voix presque tremblante, tout différait de ce que son humain dégageait habituellement, tandis que ce dernier tentait de communiquer avec le frêle voleur de lait aux balles transparentes.
Le félin se mit alors à ronronner, tout en hésitant à se rapprocher, observant des mouvements aussi timides que ceux du chasseur avant de se jeter sur un rongeur. Mouvements du maigre humain se relevant doucement, prenant un temps avant de se retourner.
Bien des minutes passèrent, beaucoup plus silencieuses que de coutume lorsque les hommes communiquent. Puis ils finirent par chercher à s’immobiliser, lentement, sans réelle énergie déployée.
Un miaulement s’apprêta à venir quémander son dû auprès de l’humaine encore en arrière, lorsqu’un chaos de souffles et d’”odeurs” contradictoires vinrent se projeter au museau du félidé.

Milo comprit, non sans une certaine amertume, que ce n’est pas aujourd’hui qu’il serait rassasié, et qu’il ferait mieux d’aller jouer un tour au chien du vieil O’Brian, afin de lui subtiliser le contenu de sa gamelle.

Nevermore
35 ans irl
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Le seuil Solo
Qu’il avait été stupide, le jeune sang-mêlé, de ne pas avoir pris en compte mes recommandations.
Et qu’il avait été inconvenant, son idiot d'oncle, qui après avoir laissé ses sentiments prendre le pas, consomma irréversiblement son union, puis enfonça le clou en quémandant auprès de père des ouvrages pourtant hors de portée de sa progéniture!


En avançant péniblement dans le bourg enneigé de Glencolmcille, Herbert ne pouvait s’empêcher de pester d’avoir dû se déplacer en des régions aussi reculées. Il perdait ainsi un temps très précieux, le temps durant lequel il pouvait s’adonner au passage de la théorie à la pratique dans ses cours. Ses cours, ceux de Poudlard, ceux du précepteur un peu plus, ceux qu’il glane informellement aux praticiens des environs, plus encore.
Il n’a jamais vraiment aimé venir en ce lieu. Il n’était pas opposé à l’extension d’un lignage, tant qu’il respectait une certaine cohérence. En ce lieu, elle n’était plus.

Un feulement se fit retentir. Herbert s’arrêta un instant, essuya ses lunettes, puis observa les alentours. Des traces de pattes lui apparurent, partant du domaine familial pour aller en direction d’une ferme non loin. Sur le chemin entre les deux bâtiments, un chat, observant dans la direction du jeune lunetteux. Son pelage laissait entendre qu’il était peu ravi de cette rencontre.
Herbert le regarda, cherchant pourquoi celui-ci lui disait quelque chose, puis repris son chemin.

À l’horizon, il lui semblait voir la maison familiale s’agiter. Des hommes, d’une tenue ne rappelant que trop celle de son père lorsqu’il travaillait à Sainte Mangouste, étaient en train de prendre en charge le jeune Fiss.
Herbert se mit à courir, ou plutôt, à tenter de le faire, la neige lui arrivant à mi mollet, ce qui ralentissait un mouvement auquel aucune disposition physique particulière n’allait pouvoir pallier.

Il voulut pousser un cri pour alerter de sa présence, mais ne sortit qu’un gémissement. Il s’arrêta un instant, voyant les hommes disparaître dans la maison, puis reprit son chemin, résigné.
Espérons que mon oncle sache où sont mes livres…

Arrivé devant le pas de la porte, il frappa, et après quelques instants, la porte s’ouvrit.
Un grand homme barbu, l’air résigné, attristé, abattu, l’observait désormais.
Herbert jeta un œil de côté, comme pour voir si le trio aperçu à l’horizon n’avait pas déjà pris la poudre de cheminette, puis poussa un soupir.
Il revint à son hôte:
-Bonjour mon oncle, vous savez ce que Fiss a fait de Corpus Hermeticum et de De Anima? Vous savez où ils sont s’il vous..
Un silence le prit. Il pensa à Fiss, puis résigné, chercha un souvenir. Celui où il avait été houspillé par son professeur durant un cours de potions, et où il n’avait pas pu avoir le dernier mot! Ce souvenir était parfait!
D’une voix étranglée, un peu amère et triste: “ Désolé pour Fiss.. C’est regrettable…
Un bref silence survint, brisé par une description très précise -et formulée d’une voix éclaircie- des dits ouvrages, de l’intérêt capital de ces derniers dans ses recherches, et se mit à scander les bienfaits que de telles recherches pourraient avoir sur la famille MacTairdelbach et sur le monde.

5e année InRP
#4d5684 Herbert
Expert en mobilier balistique
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