8 janv. 2026, 17:23
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Dimanche 16 octobre 2050
Domaine Fleurdelys, Château de Dunfermline — Fife, Écosse
20 ans



C’est animé d’une agacement piquant que je transplane, persuadée que je le trouverai allongé dans la boue en train de compter fleurette aux fourmis et qu’il se redressera en m’apercevant pour me dire : « Je t’attendais » avec son insupportable sourire. Ou plutôt devrais-je dire : je fais semblant de m’en persuader et j’y arrive très bien. Mais au fond de moi je sais que je ne viens pas pour le trouver heureux dans l’herbe. J’y vais pour lui dire qu’il est le plus gros abruti que le monde ait porté s’il croit que c’est de cette façon qu’il va me persuader qu’il dit la vérité quand il me sort des idioties telles que « Je t’aime, Bristyle ». Pour lui dire qu’il est un crétin fini. Le plus grand des crétins. Vraiment un idiot, pire que l’Idiot originel, un vrai verracrasse, une bouse de dragon même, un espace de strangulot sans cervelle, un con. Puis je lui dirais qu’il connaît mon adresse, qu’il connaît mon frère, qu’il connaît mon école, qu’il aurait pu se servir du bout de bois inutile qui lui sert de baguette magique pour autre chose que faire des étincelles et qu’il aurait pu transplaner jusqu’à moi et me dire avec un sourire qu’il n’abandonnera pas. Mais non ! Monsieur préfère être abattu ! Il préfère être un crétin ! Et maintenant, c’est moi qui transplane alors que je l’avais bien dit durant la soirée d’intégration, je l’ai dit dans ma tête : autant me débarrasser de lui puisqu’il est si peu digne de confiance, puisqu’il s’évertue à me préférer la présence d’autres personnes ! Je m’en débarrasse, de ce lien qui me grignote, je m’en libère et tout sera plus facile comme ça ! J’ai cru, avec ses courriers, qu’il allait me faire changer d’avis, comme toutes les autres fois d’avant ; qu'il allait me persuader de le laisser être dans ma vie. Mais la lettre de son père c’était trop et vraiment, vraiment je recommence à croire que tout serait plus facile si je me débarrassais de ces liens encombrants qui m’étouffent.

Je transplane, prends le Magicobus, me fait brinquebaler dans tous les sens, je subis les chocs de la route, les odeurs désagréables des autres clients et finalement le bus violet me recrache en plein milieu de la campagne écossaise. Un ciel bleu étonnamment clair règne sur le pays, aujourd’hui. Quelques nuages d’un blanc laiteux glissent sur sa toile azur sans entraver l'éclat éblouissante du soleil. Une brise souffle dans mes cheveux. Je me félicite intérieurement d'avoir enfilé par dessus ma robe de sorcière cette cape, celle qui est la moins sorcière de toute ma garde de robe. On pourrait la confondre avec un manteau, ce qui est avisé car le Magicobus m'a laissé sur la route d'un village qui est à première vue aussi moldu qu'on peut l'être. Et ce n'est pas seulement aux regards étranges jetés vers moi que je le vois : il y a des voitures.

Je grimace à cette constatation et décide de me mettre sans plus attendre en route. Je sais ce que je cherche pour en avoir entendu parler par Gabryel. Je sais qu'il vit dans une demeure qui ressemble à un château, je sais que le domaine est grand, je sais qu'il est perdu au milieu de la nature. Je ne mets pas longtemps à trouver un panneau qui me donne la direction du fameux domaine. J'en prends le chemin sans attendre, traversant à grands pas déterminés le village. J'y suis si peu à l'aise que je suis heureuse de découvrir qu'après le village, c'est une forêt qui m'attend.

Un chemin encore humide de la pluie tombée la nuit dernière serpente au milieu des bois. Cela me rappelle la forêt autour de la maison dans laquelle j'ai grandi ; l'odeur, les bruits, l'atmosphère me sont familiers, si bien que ma marche rapide se transforme bientôt en une marche raisonnable. Je suis soulagée de laisser derrière moi le village et ses habitants moldus. Ici, il n'y a pas grand monde même si la rumeur de la vie moldue ne se tait jamais totalement. Même si je ne m'attendais pas à devoir faire un si long chemin jusqu'à lui, le temps que cela me prend me permet de réfléchir à ce que je vais dire à Gabryel. J'aimerais dire que j'ai un discours tout prêt ou même une vague idée de ce que je vais raconter, mais la réalité c'est que je n'ai rien en tête, même pas un prémisse d'idée. J'y vais parce que j'ai reçu une lettre et parce que cet idiot de Fleurdelys est beaucoup trop con pour se bouger le cul lui-même pour venir me voir.

C'est ça qui me met hors de moi. Le fait qu'en même temps qu'il me fait des promesses qui ne sont que du vent (« Je t'aime, Bristyle » ou encore « Je serai là… Juste là, comme un point dans le ciel »), son comportement veut dire tout le contraire de ce qu'il promet. Il abandonne comme un crétin. Je le sais là au fond de moi. Qu'il abandonne comme l'idiot qu'il est. Et pour ça, je le déteste plus fort que toutes les mauvaises choses qu'il m'a inspirées ces dernières années.

La forêt finit par se clairsemer. J'en émerge tout à coup et le château se dévoile à moi. Grande et belle bâtisse qui n'est cependant pas aussi imposante que je l'attendais ; plus aucun château n'est imposant lorsque l'on a connu Poudlard. J'aperçois au loin quelques silhouettes dont la vision fait s'agiter mon cœur, jusqu'à ce que je réalise qu'il ne s'agit que de travailleurs et non pas d'un quelconque membre de la famille de Gabryel. Je sais encore moins ce que je pourrais bien dire à ces derniers.

J'ai senti au moment de passer le portail les picotements caractéristiques d'une barrière magique. Je sais que je suis désormais sur un terrain sorcier, ce qui me fait me sentir plus à l'aise. Mes yeux se braquent sur la porte du château. C'est là que je dois aller, jusqu'à ce que l'on m'arrête ou jusqu'à ce que l'on m'indique où trouver Gabryel.

@Gabryel Fleurdelys, voici notre nouvelle belle aventure, mon cher.
Je m'arrête là pour te laisser l'occasion de décider de la suite : soit on arrête Aelle sur le chemin, soit elle arrive jusqu'à la porte. Là, elle toquera.

10 janv. 2026, 02:58
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
[PNJ : Angel et Flora Fleurdelys]

Le froid gardait sa particularité des matins d’hiver écossais. L’air était presque coupant. Angel remontait lentement depuis les serres du bas, et suivait le chemin de gravier sombre. À chaque pas, ses bottes s’enfonçaient légèrement dans la terre humide. Il laissait derrière lui des empreintes lourdes d’un homme ancré dans ses terres natales.

Autour de lui, le domaine se réveillait doucement. Les champs d’hiver s’étendaient, parsemés par endroit de gel. Les branches dépouillées des haies nues bougeaient leurs doigts sous le vent, un fin brouillard accroché à leurs troncs. Le cri d’un corbeau éclata. Pourtant, le soleil partageait un peu sa chaleur au travers des nuages.

Angel avait passé la matinée à inspecter méticuleusement ses plantations. Elles allaient bien. Les protections contre le gel tenaient, quelques charmes chauffants faisaient leur travail. Le gardien des terres avait pris le temps de les vérifier sous chaque angle. Ces dernières répondait honnêtement, des signes clairs. Elle demandait du travail, mais elles lui donnaient un but. « Rien à voir avec l’état d’esprit de Gabryel », se dit-il.

Cette pensée le heurta. Elle revenait toujours, sourde, insistante, malgré ses efforts pour ne pas le montrer. L’image de son fils amaigri, les traits tirés, le regard éteint, s’imposait à lui avec brutalité. Angel serra les mâchoires, et inspira profondément, comme pour chasser cette inquiétude patrrnelle. Il avait vu des hivers durs, des récoltes perdues, des bêtes malades. Mais voir un jeune homme de vingt ans se consumer de l’intérieur, voilà une chose à laquelle il n’était pas préparé.

Il releva la tête en arrivant sur le chemin principal, celui qui menait droit au château. L’allée, bordée de vieux arbres aux troncs massifs, s’ouvrait sur le solide château de Dunfermline, ses pierres claires sous la lumière froide.

C’est alors qu’il la vit.

Une fine silhouette avançait sur le chemin opposé, tendue comme un fil de fer. Elle marchait d’un pas déterminé, presque rageur dans la quiétude du paysage. Même à distance, Angel sentit le ventre de l’inconnu se nouer. Il n’avait pas besoin de détails pour comprendre. Cette façon de marcher, ce mélange de colère et d’urgence… Il l’avait déjà vu chez d’autres, autrefois. Chez ceux qui viennent parce qu’ils ne savent plus quoi faire d’autre.

Il s’arrêta un instant. Le froid lui mordait les joues, mais il n’y prêta pas attention. Son regard restait fixé sur la jeune femme qui approchait. Dans son esprit, les mots de la lettre qu’il avait envoyée lui revinrent. Angel sentit le poids de sa responsabilité s’alourdir brusquement. Il n’était pas seulement le propriétaire de ces terres, ni même un proche de la famille. Il était, à cet instant précis, un passage entre dehors et l’intérieur, face à ce château où un garçon se recroquevillait dans son chagrin.

Le sorcier ajusta le col de son manteau, s’essuya machinalement les main pour se donner une contenance. Quand la silhouette fut assez proche pour qu’il en distingue les traits du visage, Angel n’eut plus aucun doute. Et son cœur se serra. Si elle était là, alors l’état de Gabryel était pire qu’il ne l’avait craint.

Il fit un pas vers elle.

- Vous avez fait tout ce chemin par ce froid…

La voix d’Angel était basse, posée, sans la moindre surprise. Il garda les mains maladroitement croisées devant lui, comme s’il craignait d’en faire trop.

- Merci d’être venue.

Il esquissa un sourire, qui ne montait pas tout à fait jusqu’aux yeux, le même genre de sourire que chez Gabryel quand le jeune homme ne savait pas comment se tenir, ni quoi demander.

Reducio
À Aelle :
Elle marche seule,
Au bord des haies anciennes,
Sous un ciel large aux silences profonds,
Ses pas épousent les chemins de peine
Où l’herbe plie comme un secret du temps long.


Reducio
Votre PJ est présent ? Oui
- Nom et prénom des PNJ : Angel Fleurdelys (père de Gabryel) et Flora Fleurdelys (mère de Gabryel) → PNJ actifs
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Retrouvailles d’Aelle et Gabryel
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 21 mars 2026, 20:12, modifié 6 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

14 janv. 2026, 14:52
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Je ne laisse pas l'appréhension m'empêcher d'avancer. J'avance sans regarder derrière moi, sans chercher non plus à apercevoir la silhouette de Gabryel par l'une des fenêtres. J'avance sans imaginer la vie qu'il a pu avoir ici, sans me demander si c'est devant cette bâtisse qu'il s'est si souvent allongé dans l'herbe pour observer le petit monde grouillant ou si c'était plutôt en plein cœur de la forêt. J'avance en tenant en laisse mes pensées les plus véhémentes.

L'automne a établi son règne sur le domaine et maintenant que je suis sortie des bois, le vent froid d'Écosse a tout le loisir de me frapper au visage et de me glacer les joues. L'aurais-je aperçu plus tôt si je n'avais pas été concentrée sur mon objectif ou recroquevillée par la colère et le froid ? Aurais-je pu prévenir son arrivée ou peut-être même éviter une rencontre ? Je ne le saurais jamais. Son arrivée soudaine met à mal le silence dans lequel je me complaisais. Sa voix m'arrache un sursaut coincé, comme si mon corps était trop tendu pour réagir vivement. Je m'arrête sur le chemin et tourne aussitôt vers lui un regard méfiant, noir comme une ombre et méchant comme un vilain coup de vent écossais. Si sa première phrase me met le doute sur son identité et me donne l'espoir qu'il ne soit absolument pas celui que je ne veux pas qu'il soit, la seconde broie mes espoirs. Un simple employé ne m'aurait pas remercié d'être venue. Je sais exactement devant qui je me trouve. Je ne m'attendais pas à ce que ça arrive aussi vite. Mon cœur valdingue à l'intérieur de moi. Je me tends et cache mes mains à l'intérieur de mes poches.

Alors c'est lui. C'est Angel Fleurdelys. Le père. Je tique en le regardant ; mes yeux parcourent son visage et son corps, cherchent à tout englober, tout voir pour tout comprendre. Il s'agit de l'une des personnes les plus importantes pour Gabryel mais à mes yeux il ressemble à un simple homme. Je m'étonne d'ailleurs de trouver dans ses traits, dans son attitude des détails qui me rappellent douloureusement l'homme que j'ai connu quand il n'était qu'un garçon. Cette façon de sourire doucement, c'est Gabryel. Ce regard posé sur moi, c'est Gabryel. Sans que je veuille vraiment le faire, je commence à chercher des similitudes physiques alors même que je sais qu'il n'en existe pas. Ce front, ne ressemble-t-il pas à celui de Gabryel ? Et l'arête de son nez, alors ? Je vois des différences, je vois des ressemblances et j'ai du mal à me souvenir qu'il ne s'agit pas du père biologique de Gabryel.

Le silence s'étire. Je cligne des yeux pour me concentrer. Mes sourcils se froncent sur mon front lorsque j'avance d'un pas vers l'homme pour éviter que nous devions élever la voix pour nous entendre.

« Il ne m'a pas laissé le choix, » répliqué-je en désignant du menton le château qui nous surveille de ses multiples ouvertures.

Je regrette aussitôt d'avoir dit ça. Je pince les lèvres et détourne les yeux vers la forêt. Une demi-douzaine de questions naissent dans mon esprit. Pourtant, je serre les dents et aucune d'entre elles ne traverse la barrière de ma bouche fermée. Je sais quelque part tout au fond de moi que j'agis de la mauvaise façon et qu'il aurait au moins fallu que je me présente, que je le salue, bref que je n'enfreigne pas les règles de politesse que mon père m'a inculqué quand j'étais toute petite. Mais j'en suis incapable, car tout est coincé à l'intérieur de ma tête. Le moindre mot.

14 janv. 2026, 20:55
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Angel ne releva pas la réplique. Pas immédiatement, du moins. Il se contenta d’inspirer lentement, comme pour laisser passer ce qui venait d’être dit. Ses yeux quittèrent un instant les pierres sombres qui se dressaient derrière eux, avant de revenir se poser sur la jeune fille. Il y avait chez elle quelque chose de contenu, de presque douloureux dans cette retenue qu’il perçut aussitôt. Ce silence, cette crispation, ce regard tourné vers la forêt, lui parlèrent bien davantage que n’importe quelle justification. L’Écossais tourna légèrement la tête. Il s’exprima d’une voix calme et mesurée :

- Je comprends que la situation soit pour vous… oppressante.

Il marqua une pause, choisissant ses mots sans calcul, avec une sincère délicatesse.

- Je tiens d’abord à vous remercier d’être venue. Vraiment. Ce déplacement compte plus que vous ne l’imaginez. Pour Gabryel.

À l’évocation de son fils, quelque chose se fissura dans son regard. On pouvait sentir une profonde inquiétude contenue depuis trop longtemps, qui fit trembler l’extrémité de ses paupières.

- Mon fils n’est pas dans son état habituel. Il est fatigué. Épuisé, même. Pas seulement physiquement. Il porte en lui une agitation, une douleur sourde… Tout celà m’inquiète beaucoup. Il se replie, se consume de l’intérieur. Malgré tous mes efforts, je sens bien qu’il m’échappe.

Il releva les yeux vers Aelle avec honnêteté.

- Je veux être très clair avec vous. Je ne suis ici ni pour juger, ni pour questionner ce qui vous lie, ou vous a liés. Ce n’est ni ma place, ni mon intention. Je vous l’ai écrit, et je vous le redis de vive voix : Je respecte entièrement ce qui vous appartient.

Un silence s’installa. Angel observa alors la jeune sorcière, non plus seulement comme « celle qui inquiétait son fils », mais comme une jeune femme prise elle aussi dans quelque chose qui la dépassait. Il comprit, à cet instant précis. Il comprit l’attachement de son fils, sa passion amoureuse. Il y avait dans en elle une force tranquille, une intensité, quelque chose qui attirait et qui désarmait à la fois. L’homme se passa la main derrière la nuque.

- Je crois que Gabryel voit en vous une lumière qu’il n’arrive plus à trouver seul en ce moment. Et quand on est dans cet état, on s’y accroche parfois trop fort. Jusqu’à s’y brûler.

Il baissa légèrement le regard.

- Quoi qu’il advienne, sachez que votre présence aujourd’hui est un geste que je n’oublierai pas. En tant que père. Et en tant qu’homme.

Puis, d’un pudique geste de la main, le propriétaire terrien désigna la porte du château, invitant la jeune femme à le suivre à l’intérieur.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 21 mars 2026, 20:18, modifié 2 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

16 janv. 2026, 14:15
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Il n'y a que ma respiration qui parvient à s'échapper de mon corps. Tout le reste est coincé à l'intérieur et commence à pourrir. Je serre les poings dans le secret de mes poches, les muscles crispés et le corps tendu à l'extrême. J'aurais mieux aimé tomber sur n'importe qui d'autre que le père, celui qui m'a écrit ; celui qui m'a appelé à l'aide. J'aurais aimé venir ici et que personne ne soit au courant. Je n'ai pas envie d'entendre de sa bouche ce qu'il m'a déjà confié de sa plume. Malheureusement, le regard que je lui refuse et mon corps tendu ne suffisent pas pour le retenir.

Il se met à parler. Il a ce ton-là, ce que je connais à Gabryel. Le ton d'une personne qui pèse ses mots et la façon dont il les offre aux gens. Cela devrait m'apaiser, mais je sens au contraire mes mâchoires se serrer. Je n'ai pas envie de sa compassion, je n'ai rien envie de lui. Ne comprend-il pas que ce qui est oppressant, c'est la réaction de son fils ? C'est son abandon, c'est la simplicité avec laquelle il a décidé qu'il se laisserait crever que de laisser tout cela derrière nous ; il aurait suffit qu'il m'invite, qu'il me propose une sortie comme on a pu en faire, une discussion autour d'un verre, quelque chose d'une simplicité folle. Mais non. Car c'est le plus gros crétin de l'univers.

Je ramène mes yeux sur le père lorsqu'il prononce le prénom de son fils. Une moue me tord les lèvres ; il me remercie. Je ne le fais pas pour lui, je ne le fais même pas pour Gabryel. Je le fais parce que je le dois. On ne remercie pas quelqu'un qui agit par obligation, c'est complètement idiot.

Je soutiens désormais son regard de mes yeux noirs, mon visage inexpressif, mon corps coincé et figé. Je remarque la peine sur ses traits. Son ton et ce qu'il me dit me serre le cœur. Comme je l'imaginais, tout cela n'est qu'un écho de ce qu'il m'a dit dans son courrier. Le descriptif de l'état de Gabryel me fait froncer les sourcils et pincer les lèvres, et ce qu'il dit ensuite n'arrange rien à l'agacement que je ressens. Agacement qui s'accompagne d'une vague inquiétude pour Gabryel ; inquiétude qui reste vague car elle est sous le joug de ma colère.

J'ignore son geste du bras qui m'invite à rentrer, j'ignore sa reconnaissance dont je me fiche profondément, j'ignore même son espèce de mise en garde qui m'a inspiré un reniflement agacé. J'ignore tout cela pour planter mes yeux dans les siens.

« Gabryel n'a jamais vu de lumière en moi. »

Il a toujours vu les ombres dont je suis faite et n'a jamais laissé ça l'effrayer, ce n'est pas la même chose.

« Et je ne laisserai pas ce cr... Je ne le laisserai pas se "brûler", comme vous dites. »

C'est à peine si je comprends ce qu'il veut dire par là. Je me figure qu'il pense que son fils regrettera de s'être lié à moi. Je me figure qu'il ne comprend pas, qu'il ne sait pas, qu'il ne peut pas avoir la moindre idée de ce qu'est notre relation. Je me figure qu'il ne sait rien. Parce que moi non plus je ne sais rien, alors je ne vois pas comment lui pourrait savoir. Je n'ai pas envie qu'il me dise ces choses. Je n'ai pas envie de l'écouter.

Je tourne les yeux vers la bâtisse, puis les ramène sur Angel. Je fais un pas en direction de la maison.

« Il est où ? »

22 janv. 2026, 18:40
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Angel ne cilla pas, mais quelque chose se resserra en lui, derrière les côtes, comme si les mots d’Aelle avaient trouvé un point d’ancrage.

- Gabryel n’a jamais vu de lumière en moi.

Le sorcier reçut la phrase sans la contredire. Il reconnut cette manière de s’arracher soi-même toute douceur avant que quiconque n’en prenne l’initiative. Il y avait dans cette assurance une violence froide, et une forme de loyauté déguisée. L’Écossais sentit passer la tentation de défendre son fils, de dire que Gabryel voyait de la lumière partout où il posait son regard. Mais il la ravala. Ce n’était pas son rôle. Pas maintenant. Il n’avait pas à lui expliquer Gabryel, il devait simplement lui ouvrir la porte.

Lorsque la Poufsouffle demanda où se trouvait son camarade, Angel prit une seconde avant de répondre. Il n’y avait aucune intention de la faire patienter, mais le simple fait d’indiquer l’endroit où se trouvait son enfant rendait la situation plus réelle. Il inspira, lentement, et garda sa voix posée.

- Dans sa chambre. Il est alité.

Il lui sembla sentir un détail du visage d’Aelle, un très léger mouvement au niveau de la mâchoire qui changea la texture de sa colère.

- Il est très faible. Il n’est pas vraiment en état de se lever.

Angel s’écarta d’un pas et désigna la porte d’entrée.

- Entrez. Je vous en prie. Vous aurez plus chaud à l’intérieur.

Il la laissa passer, sans chercher à la presser. Ils traversèrent l’entrée lumineuse, dont les murs étaient ornés de photos de Gabryel depuis sa naissance, jusqu’à sa remise de diplôme à Poudlard. Le sol était un damier de dalles sombres polies par les siècles. De hautes tentures couraient le long des autres murs. Un grand escalier se dessinait sur la droite, massif, avec sa rampe sculptée. Le propriétaire des lieux cru sentir le regard d’Aelle glisser instinctivement vers les étages, comme on cherche un signe, ou une présence. Il fit mine de ne pas voir. Au bout, une double porte s’ouvrit sur une pièce où la chaleur frappa immédiatement les joues d’Angel.

La salle à manger de Dunfermline avait cette majesté silencieuse des lieux qui n’ont pas besoin d’en faire trop : Des boiseries sombres, des étagères où reposaient des objets anciens. On pouvait distinguer un service d’argent terni, des coupes gravées, des livres reliés de cuir, quelques bibelots qui semblaient avoir appartenu à plusieurs générations. Une longue table de repas en bois clair dominait la pièce. Ce n’était pas un décor figé. On y devinait la vie. Un plaid était posé sur un dossier de chaise, et un plateau de thé semblait abandonné de travers sur une commode ouvragée.

La cheminée dominait un mur entier de la pièce. Un feu vif y crépitait. Les flammes jetaient des éclats dansants sur les poutres du plafond. L’air sentait la fumée douce et les herbes sèches, comme si quelqu’un avait glissé un brin de romarin dans les braises.

- Installez-vous. Ici, au plus près du feu si vous voulez.

Il tira légèrement une chaise, dans un geste simple sans cérémonie, et resta debout un instant. Il allait proposer quelque chose à boire quand des pas se firent entendre dans le couloir, une douce présence qui entrait comme un courant d’air léger.

Flora apparut sur le seuil. Elle portait l’une de ces tenues pratiques et élégantes à la fois, sa lourde chevelure rousse attachée d’un simple morceau de bois certainement ramassé dans la serre. Son regard balaya la pièce, s’arrêta sur Aelle, puis sur Angel. Elle comprit tout sans qu’on lui dise.

- Bonjour, Aelle.

Sa voix était calme, accueillante, comme si elle la saluait dans un contexte normal. La directrice de Maeve Queen s’avança d’un pas.

- Je suis heureuse que vous soyez arrivée jusqu’ici. Vous devez être gelée. Voulez-vous du thé ? Ou quelque chose de chaud avant de monter ?

Angel Fleurdelys ne dit rien. Il se contenta de regarder Aelle, non pas pour exiger une réponse, mais pour lui laisser le temps de répondre. Un hibou, posté depuis l’exterieur sur le rebord d’une fenêtre, cogna du bout de son bec l’une des larges vitres de la pièce.

- Ça suffit, Broutille ! Il est à l’étage…

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

27 janv. 2026, 15:46
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Il est alité.

L'entrée, le carrelage en damier, l'odeur chaude et réconfortante d'une maison familiale que je ne connais pas encore. L'attention d'Angel qui m'attend sans pour autant piétiner mon espace, si semblable à mon propre père dans sa réserve et sa bienveillance que j'ai du mal à le regarder en face.

Il est alité.

Ses photos partout dans l'entrée. Son visage de garçon que je n'ai pas revu depuis des années, sauf dans ma mémoire. Les photographies qui défilent, avec elle des souvenirs qui ne sont pas les miens. Gabryel qui tient fièrement son diplôme, qui sourit avec ces traits que je lui connais. Les années défilent dans le sens contraire, jusqu'à ce que je découvre le petit garçon que je n'ai jamais connu. Nous allons trop vite, je ne m'attarde pas. Le mur aux photographies disparait derrière moi.

Il est alité.

L'escalier qui monte à l'étage. L'espoir d'y voir un indice qui m'indiquerait que sa chambre se trouve par là. Le bois lourd et précieux de la main courante, ces marches tant de fois foulées, cette impression de pouvoir sans la moindre difficulté y imaginer un petit Gabryel qui les descend à toute allure.

Il est alité.

La salle à manger, le plaid, le plateau. La grande cheminée dans laquelle ronronne un feu qui me rappelle celui que l'on allumait à la maison. Comment serait-il chez moi, chez mes parents ? Comment agirait-il ? Relèverait-il les similitutes entre nos maisons, leurs nombreuses différences ? Me demanderait-il de lui faire faire le tour du domaine ? Prendrait-il ombrage de la froideur de ma mère ?

Il est alité.

La voix que j'entends en boucle à l'intérieur de ma tête s'arrête lorsqu'Angel prend de nouveau la parole pour me proposer de m'asseoir. Je me tourne vers lui, observe la chaise désignée et fait un léger mouvement de la tête.

« Je vous remercie, dis-je d'une voix rauque pour refuser la chaise. Ça va. »

Alité. Il n'est plus vraiment en état de se lever. Tout se mélange dans ma tête. L'inquiétude de le savoir si mal. La colère brûlante, ardente, qui me souffle que tout est de sa faute, qu'il n'aurait pas fini comme ça s'il s'était un peu bougé. Et les questions qui tournent sans cesse. Pourquoi ? Je ne comprends pas. Comment peut-il se mettre dans cet état ? Et pour quelles raisons ? Il lui aurait suffit de transplaner et de venir m'attendre à la sortie de l'AESM, d'exiger de me voir comme l'a fait si souvent Narym. Je lui aurais dit d'aller se faire foutre. Il serait reparti. Il serait revenu le lendemain. Je lui aurais dit la même chose avant de filer dans la forêt. Il m'aurait suivi. J'aurais accéléré. Il aurait fait la même chose. Il m'aurait regardé m'entraîner en silence, il n'aurait rien dit, puis en partant je lui aurais balancer : « demain, même heure ». Pourquoi faut-il qu'il complique toujours tout ? Pourquoi n'est-il tout simplement pas venu me voir ? Je lui en veux. Je lui en veux tellement fort que j'ai envie de le secouer et de le balancer hors de son lit. J'ai envie de lui gueuler qu'il n'est qu'un idiot, qu'un foutu crétin, un abruti de première catégorie !

Des pas s'approchent. Je me fige, mes mâchoires serrées à cause de mes pensées, et me tourne vers l'entrée. Je sais que c'est sa mère. Je le devine. Et quand elle apparaît, sa mère, je pose sur elle un regard méfiant. J'ai presque envie de reculer d'un pas. C'est sa mère et je ne sais pas. Elle me rend méfiante. Sa façon de me regarder. J'ai l'impression qu'elle sait. Quoi, exactement ? Non : j'ai l'impression qu'elle croit savoir. Pourtant, rien dans son attitude le montre. Mais je me sens mal à l'aise. Malgré tout, lorsqu'elle me salue j'ouvre la bouche pour articuler un « Bonjour » dont la froideur pourrait glacer les flammes dans la cheminée.

La glace, parlons-en ! Qu'ont-ils, avec la température ? L'un et l'autre espère que je ne sois pas gelée. Ai-je froid ? Je ne ressens pas grand chose, à part mon cœur qui s'abat avec force dans ma poitrine et mon sang qui semble bouillir dans mes veines. Je me fiche du froid, malgré mon nez sans doute un peu rouge et le bout de mes doigts ankylosé. Je m'en fiche complètement ; ils devraient s'en foutre également.

« Merci, dis-je comme j'ai dit à son mari, cette fois-ci pour refuser la boisson chaude, mais je ne veux rien. »

Je jette un bref regard vers le hibou qui frappe contre la vitre. Ce n'est pas tant pour l'observer lui que pour me dérober aux regards des parents de Gabryel. J'ai une boule dans la gorge dont je ne sais pas quoi faire. Je n'aurais pas dû venir. Ni dans cette salle à manger ni dans la chambre qui m'attend. Je devrais m'en aller, tout simplement. Après tout, il est alité, il ne se sent pas bien. J'ouvre la bouche, aspire un peu d'air ; mon regard est toujours vissé sur la vitre à travers laquelle je discerne derrière le hibou nommé Broutille les couleurs de l'automne. Je devrais y aller. Non, plus ferme. Il ne se sent pas bien, je repasserai à un autre moment. Plus réaliste. Je n'aurais pas dû venir. Non, je ne suis pas coupable. Vous n'auriez pas dû écrire, je n'ai rien à faire ici. Plus sincère. Je ne peux rien pour lui.

Qu'espère-t-il ? Qu'espèrent-ils ? Je ne peux pas résoudre un problème si je ne le comprends pas. Et je ne comprends pas ce qui a mené Gabryel dans cet état. Je devrais partir, partir au plus vite. Ce serait facile, je le laisse là et je ne regarde pas en arrière. J'oublie. J'ai déjà réussi par le passé, hein ? Je sais que je peux le faire. C'est facile d'oublier. Du jour au lendemain on ne répond plus, on ne dit plus rien, on se cache, on évite. J'en ai oublié plusieurs comme ça. Je peux recommencer. Ai-je réellement besoin de Gabryel Fleurdelys ? C'est vrai que j'aime son regard sur moi et j'aime quand il me dit des choses auxquelles je ne m'attends pas, j'aime quand il me donne l'impression que n'existe rien d'autre que moi dans ses yeux, j'aime quand je commence à le croire. Mais et alors ? Hein, et alors ? Ce n'est pas ça qui compte. Ce qui compte, c'est le toit que j'ai au-dessus de ma tête à l'AESM, c'est l'argent que je me fais avec les quelques missions pour ceux qui ont besoin d'une aide magique, ce sont mes études que je dois réussir avec brio, c'est ce que j'apprends sur mon lointain Plateau, les jeudis avec Kristen. Je pourrais m'en passer. De Gabryel. Décider que c'est terminer, tout ça. Il me suffirait de repartir. Ils ne m'en empêcheraient pas, ses parents, j'en suis persuadée. Je vais faire ça. M'en aller.

J'arrache mes yeux de la fenêtre pour me tourner vers la mère. J'ai oublié son prénom. Il ne s'est passé qu'une poignée de seconde depuis sa dernière parole, mais j'ai douloureusement conscience de mon regard hanté que je parviens qu'après coup à camoufler derrière quelque chose de plus dur.

« Alors je vais monter, » affirmé-je d'une voix que je ne reconnais pas.

Mon cœur se soulève violemment et retombe tout au fond de moi. De là, il se met à battre rapidement. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. Je ne sais pas pourquoi je vais le faire, monter. Ou plutôt je sais et je me déteste pour ça.

Je pourrais oublier Gabryel.
Très facilement.
Mais je n'en ai pas la moindre envie.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 14 févr. 2026, 14:49, modifié 1 fois.

6 févr. 2026, 17:48
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Broutille avait quitté d’un battement d’ailes la fenêtre du bas. Elle s’était laissée porter le long des pierres froides de la façade, puis avait pris de la hauteur jusqu’à la fenêtre de la chambre de son maître. Elle se posa sur le rebord de la mince bande de pierre, et inclina la tête. À travers le carreau, la chambre baignait dans une lumière pâle d’un jour d’automne. La chouette enregistra tout : Les ombres dans les coins de la pièce, la couverture mal tirée. Abandonnées sur la table de chevet, les flacons de potions revigorantes préparées par Flora n’avaient été entamées. Gabryel gisait dans son lit.

Son corps calme ne marquait pas la position du repos, mais celui de l’épuisement. Ses épaules semblaient s’être détachées de lui, croulant sous la fatigue . Le visage du sorcier était tourné vers le plafond. Une clarté grise soulignait son teint blanchi, presque cireux. Derrière la vitre, Broutille voyait la pâleur de ses lèvres, et ce léger creux sous les yeux clos. Sa respiration montait et retombait sans rythme régulier, comme une mer dénuée de vagues.

L’oiseau connaissait les habitudes du jeune homme depuis son retour au domaine, ses va-et-vient incessants à lui confier des morceaux de papier roulés, messages pressés contre sa patte. Le hibou partait, revenait, repartait encore. Ces derniers jours, cela avait été une routine régulière, puis soudain, plus rien. Broutille avait attendu, puis l’attente s’était changée en question, et la question en trouble.

Il posa le bec contre la vitre, sans frapper. Gabryel ne bougea pas. Ses paupières restaient lourdes, et son visage semblait loin, au-delà de la chambre, au-delà du lit, dans un endroit où même les oiseaux messagers ne semblaient pouvoir se rendre. La petite chouette blanche gonfla légèrement ses plumes, attentive. Elle demeura là, les yeux grands ouverts.

~~~

Aelle gravissait les marches usées. Le tissu de sa cape glissait contre la rampe. Ses pas résonnaient par moments, puis s’étouffaient sur l’épais tapis. Restés en bas, Flora et Angel suivaient la montée du regard, sans un mot. Juste avant, ils avaient guidé la jeune fille d’un repère simple : Premier étage, au fond du couloir, troisième porte à droite. Leurs regards restaient fixés sur l’endroit où la jeune sorcière venait de disparaître. Puis la rousse se dirigea d’un pas vif vers la serre, tandis que l’Écossais ne bougea pas.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 16 mai 2026, 23:52, modifié 1 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

19 févr. 2026, 12:07
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
Alors je monte, puisque j'y suis autorisée. J'abandonne le père et la mère dans la salle à manger, je m'éloigne sous leur regard qui pèse trop lourd sur mes épaules. Je n'ai pas l'impression d'être moi quand je grimpe les escaliers. Je n'ai pas l'impression d'être celle qui active les muscles de ses jambes pour monter. Je n'ai pas l'impression que c'est moi qui sens sous mes doigts le bois frais de la main courante. Je n'ai pas l'impression que ce sont mes talons que j'entends frapper discrètement sur les marches à chaque fois que je me hisse vers l'étage. Et pourtant, c'est bel et bien moi. Je le sens à mon cœur qui bat bizarrement tout au fond de mon corps. C'est bizarre, cette façon qu'il a de battre. De façon un peu tordue, un peu maladroite, et plus il bat, plus il m'empêche de déglutir correctement. Pourtant, rien ne m'arrête et rien ne m'empêche d'atteindre le palier.

Je n'ai pas envie d'être là. J'aimerais que quelque chose se passe, n'importe quoi. Que Zikomo débarque soudainement ou plus vraisemblablement Nyakane. Je verrai un éclat argenté dans le ciel, je croiserai son regard et je dirai aux parents : « pardon, mais un ami a besoin de moi ». Ou alors le palier pourrait s'effondrer là, sous mes pieds. Subitement, violemment. Le bois qui casse, le sol qui s'effondre, je chute, je tombe lourdement, blessée il faut m'amener à la Nouvelle Sainte-Mangouste. Ou alors peut-être qu'un des parents pourrait me courir après. « Attendez ! ». Et il ou elle me supplierait de repartir. « Il est trop fragile, il se remettra et nous vous l'enverrons quand il sera en forme ». Alors je n'aurais qu'à partir et rentrer chez moi, je pourrais laisser tout cela derrière moi et attendre car on ne peut qu'attendre que les gens se remettent de ce qui les fait physiquement souffrir, non ? Ce ne serait pas à moi d'arranger les choses, moi je n'aurais qu'à attendre. Alors s'il vous plait, s'il te plait la magie, s'il te plait le hasard, s'il te plait le monde, fait que quelque chose arrive maintenant, là, toute de suite, maintenant ! pour que je n'atteigne jamais cette porte. Maintenant !

Ma main quitte la main courante. Je m'immobilise sur le palier. Le couloir s'étire devant moi, avec sa décoration, sa luminosité relative et ses portes. À droite. Un, deux, trois. Là. Je vois un rayon de lumière : la porte est entrouverte. Rien n'est arrivé. Rien ne s'est passé. Je suis là et je dois avancer. La maison est silencieuse, bien trop silencieuse. J'entends s'affairer en bas, j'entends mon cœur qui bat dans mes oreilles. Et je sens mes doigts moites. J'étais en colère en bas. Ici, je suis seulement trop moi-même. Je n'ai pas envie. Je ne veux pas avancer. Je ne veux pas le voir. Il est alité. Je ne suis pas médicomage ! Je ne peux rien faire pour lui ! Je ne peux pas l'aider ! Je n'en ai même pas envie, c'est lui qui aurait dû revenir en ravalant ses putains d'excuses, c'est lui. qui. aurait. dû. me. poursuivre. Je me sens complètement idiote.

Arrive un moment au bout de trente secondes ou d'une minute où la sensation d'être vraiment bête devient physique. Je prends conscience de mon immobilité, de mon silence. « Idiote, » je murmure entre mes lèvres pour entendre ma propre voix et habiller de bruits ce couloir beaucoup trop silencieux. Je prends une longue inspiration par le nez. Rentrer dans cette chambre, croiser le regard de Gabryel, lui dire qu'il n'est qu'un crétin, le bousculer, l'engueuler, lui dire que vraiment, il n'est qu'un foutu crétin, le frapper peut-être, ça me ferait du bien de le frapper, puis après je lui demanderai de me faire visiter le domaine, de me montrer ses cabanes, ses moulins et on oubliera tout le reste. Oui, ça se passera comme ça, c'est bien.

Je me mets en mouvement sans avoir conscience de le faire. La porte se rapproche, c'est tout ce que je sais. Elle se rapproche tellement qu'à un moment, je me retrouve juste devant elle. Mon cœur bat si vite et si fort que j'ai l'impression qu'il va me faire trébucher, j'ai l'impression que je ne vais pas pouvoir le supporter longtemps, il va forcément exploser ou me faire vomir ou me faire faire un truc complètement bête, non ? J'en ai assez de cet état, j'en ai assez de cette voix qui répète « il est alité », j'en ai assez de craindre de le voir alors que je devrais juste être en colère, en colère et enragée, car il ne mérite rien d'autre.

Je pousse la porte du bout des doigts. Dès que mes yeux frôlent le lit placé au centre de la pièce ils s'en détournent, ils s'en détournent loin. Il y a une fenêtre par laquelle se déverse une étincelante lumière. Une petite chouette attend derrière la vitre. Je la reconnais instantanément. Je reste sur le pas de la porte, je n'avance pas, la main toujours appuyée sur la poignée. En une fraction de secondes, je prends conscience d'une dizaine d'informations différentes ; l'odeur, le papier peint, la couleur de la couette, les affiches aux murs, la table de chevet. Mais la seule chose qui dérobe mon attention, c'est la silhouette au milieu du lit. Dès que je prends conscience de sa présence, tout le reste disparaît, de la chouette au papier peint. C'est à peine si je prends conscience du pas que je fais en avant et de la porte que je referme silencieusement dans mon dos — de moi-même je m'enferme dans cette pièce de laquelle je désire ardemment m'éloigner.

Mon souffle se bloque dans ma gorge. Mon cœur trébuche. Je m'avance d'un pas. D'un deuxième. Là, je m'immobilise.

Gabryel gît au milieu de son lit. Il n'est pas allongé, il n'est pas endormi. Il gît. Son visage pale levé vers le plafond. Sa peau à la couleur étrange, pas la même que je lui connais habituellement, celle qui rougit, qui vit, qui est chaude au toucher. Là, elle paraît presque trop fine, comme si elle pouvait se déchirer à tout moment. Son visage n'a pas la sérénité des visages endormis. Il a une expression que je ne comprends pas mais qui tord quelque chose tout au fond de moi, qui le tord pour toujours, à jamais.

J'essaie de déglutir mais je n'y arrive pas. J'essaie de respirer mais je n'y arrive pas. J'essaie de penser mais je n'y arrive pas. Je ne peux que cligner des yeux, mais ça ne change rien à la situation. Alors au bout d'un moment qui semble avoir duré une éternité, je fais un troisième pas puis un quatrième vers le lit et je me retrouve tout proche de lui.

C'est quelque chose de poisseux et de désagréable. Un sentiment qui colle à la peau comme la sueur en été. Quelque chose qui donne chaud et froid en même temps. Qui fait mal à la gorge. Qui serre le cœur. Quelque chose qui noue les entrailles et qui fait mal au ventre. Un sentiment qui rend l'esprit grisâtre et les pensées sombres. Quelque chose qui fait beaucoup trop mal. Je prends une brève inspiration par le nez. Et avec la force de l'habitude, je parviens à repousser tout cela, toutes ces choses mauvaises, pour réveiller quelque chose de moins douloureux. Je sens l'agacement naître dans le creux de ma poitrine et il a le goût de la familiarité.

« Gabryel. »

Ma voix tonne, prend toute la place dans la chambre, elle tombe comme un couperet, comme le tonnerre, aussi soudaine que l'orage. Je ne sais pas quoi faire de mes mains, alors je les cache au fond de mes poches. Il doit ouvrir les yeux. Il doit arrêter de respirer comme un souffreteux. Il va le faire, hein ? J'ai parlé assez fort, il va le faire. Se réveiller, se redresser, rire parce qu'il est gêné que je l'ai surpris dans cette position, se mettre à bégayer en s'excusant du désordre qui règne dans sa chambre, faire disparaître le malaise qui est en train de grimper dans mon corps. Il va le faire, parce que c'est impossible que ça se passe autrement.

20 févr. 2026, 21:27
 Fife, Écosse  Tu es un crétin, Fleurdelys  PV 
La lumière existe encore quelque part.

Elle traverse les feuilles hautes, peut-être celles du vieux saule près du lac, ou d’un vieux chêne du domaine Fleurdelys. Gabryel flotte quelque part entre ici et là-bas, où tout est simple. Là-bas, Aelle est vivante, lumineuse, belle comme une nuit étoilée au-dessus du lac de Poudlard. Elle marche devant lui sur un sentier étroit, ses cheveux soulevés par le vent. Elle ne le fuit pas, ne détourne pas les yeux. Elle se retourne un instant, juste assez pour que le garçon surprenne un sourire.

Il croit entendre son rire, un rire qui ne juge pas, qui n’attend rien, et qui n’exige pas les excuses de l’Anglaise. Ils traversent un moulin abandonné, dont les pales grincent doucement, sans tristesse. C’est le bruit du monde qui continue de tourner. Elle lui prend la main sans qu’il s’en rende compte. Ou peut-être que c’est lui. Le contact de leurs doigts enlacés est chaud.

Dans ce rêve-là, il n’y a pas de Pitiponk, ni de silences. Il n’y a pas non plus de hiboux sans réponse. Il y a juste un après-midi sans fin. Le moulin ralentit soudain car le vent change et le ciel pâlit. Le rire devient un écho. Sa main glisse lentement. Il tente de resserrer ses doigts qui semblent traverser les siens.

Aelle recule. Elle s’efface. Le paysage s’évapore peu à peu. Tout semble se brouiller. L’Écossais veut l’appeler, mais sa gorge est remplie de sable, ou de terre. Comme dans un mauvais rêve que l’on a tous fait, aucun son ne sort. Il voit la silhouette devenir plus fine, plus fragile, presque translucide. Elle l’abandonne encore.

Il voudrait courir, mais ses jambes sont prises dans la boue. Il voudrait crier qu’il est désolé, même s’il ne sait pas exactement pourquoi. Le monde semble disparaître tout autour de lui, puis le silence s’installe, sourd et aveugle. Pourtant, dans ce silence, il entend quelque chose. Au début, ce n’est qu’une vibration lointaine, puis cela prend forme. Ce n’est pas le vent ni le moulin, et ce n’est pas un vieux souvenir. C’est son prénom au loin, très loin et très bas. Comme si Nick Quasi-Sans-Tête l’appelait depuis le fond d’un couloir sombre de Poudlard.

« Gabryel ».

Le son ricoche sur quelque chose en lui. Une fissure s’ouvre, et cette fois-ci son prénom tombe comme un couperet, comme l’orage qui éclate après une journée grise. Dans son rêve, il cherche la silhouette disparue d’Aelle. Il espère que son amour, son souffle, l’appelle, et que le rêve n’est pas en train de mourir. Il s’accroche à la chaleur oubliée de sa main qu’il tenait.

Le blanc devient le plafond de sa chambre. Sa respiration est difficile dans son corps fatigué et lourd. Chacune de ses pensées ressemble à une pierre qu’il doit soulever. Il ne veut vraiment pas ouvrir les yeux. S’il les ouvre, le moulin disparaîtra, et il découvrira que la silhouette ne reviendra jamais. Mais la voix, réelle cette fois, est là aussi, bien trop proche pour être un rêve. Une chose honteuse tremble et espère en lui. Le Gryffondor devenu lion misérable craint que ce soit seulement son imagination qui lui joue un cruel tour. Il flotte encore une seconde entre ici et ailleurs, encore une seconde de plus, là où elle ne l’a jamais quitté. Son prénom fait encore écho dans son esprit embrumé. Entre rêve et réalité, Gabryel se demande, sans oser ouvrir les yeux, si c’est le retour de la lumière, après des nuits sans fin. Ses paupières cèdent peu à peu, comme on entrouvre une porte avec angoisse.

La lumière est trop vive et trop blanche. Ses paupières clignent de douleur. Le plafond de Dunfermline se recompose peu à peu. Puis il la voit, sa silhouette debout près du lit, immobile. Son esprit refuse immédiatement l’information : ce n’est qu’un reste de son rêve, une hallucination accouchée du manque, une douce punition de son cerveau.

Il ne bouge pas. Il observe, et attend que la forme disparaisse, comme la main qui lui a échappé près du moulin. Mais elle ne disparaît pas. Au contraire, le sorcier devine son corps, ses cheveux, ses épaules, et les poches où se cachent toujours ses mains. Elle a cette façon de se tenir dans l’espace, sans jamais s’y sentir à sa place.

Son cœur saute une marche. Elle n’a rien à faire ici, elle n’a aucune raison d’être dans cette chambre, pas après les hiboux restés sans réponse. Pas après qu’il ait merdé. Son esprit tente de rattraper le fil du temps : les hiboux, l’attente, les bras de son père et les becquées de sa mère pour le nourrir. Il avait eu la certitude qu’elle était partie, qu’elle l’avait laissé tomber quelque part au milieu de ses erreurs.

Il déglutit. La chambre reprend forme, et le plafond ne tourne plus. Il sent le drap sous ses doigts, et ses membres lourds. Ce n’est pas un rêve. Elle est là. Il la fixe comme on fixe une apparition. Il n’y a ni colère, ni accusation dans son regard, seulement une fatigue immense, et une stupide fragilité masculine.

Sa voix refait surface, basse, essoufflée.

- J’ai cru que tu étais devenue une légende.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR