Parénèse pour une orpheline
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TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Acte 3 : Devenir soi
Dans un présent qui doit être...
...début Octobre 2050
...début Octobre 2050
Scène 1 : Le temps des décisions

Vous le sentez. Depuis des mois votre coeur tourne autour de ce pot sans se résoudre à tremper dedans à en étouffer. La chose agit sur vous tel un fantôme qui hante votre esprit. Vous n’avez pas mal, il n’est pas question d’angoisse ou d'une douleur de cet ordre. Une intuition, l’instinct poussant à prendre cette décision. Mais elle se roule en boule, vous n’en avez qu’une conscience vaporeuse.
Tout cela provoque des remous. La boue quand elle est ancienne, pour peu qu’elle ait stagné là sans la moindre agitation, contient en elle des ferments très incommodants. L’odeur est affreuse pour le premier qui la bouge. C’est de cela qu’il est question, les sédiments. Ils n’ont pas muté en roche, vous êtes encore vivante. Mais ils vous pétrifient chaque jour davantage. Vous étouffez. Alors c’est le jeu des enfants qui s’impose. Agir pour ne pas mourir. Les sables mouvants d’un passé que vous aimeriez oublier, effacer, ne plus jamais affronter. Il n’est même pas question de ce voyage abominable. C’est pire. Tout doit être effacé, il faut se rayer de la carte, disparaître. Voilà la solution que vous envisagez.
C’est une décision personnelle, rien ne vous pousse à cette extrémité, plus vous percevez la bascule opérer, plus elle vous semble inéluctable. Choisir c’est renoncer. Beaucoup de gens le disent, dans des contextes très variés. Alors on tranche l’avenir. Mais dans son cas, elle doit se couper du passé, de tout cet hier qui lui pèse insupportablement. La distance existant entre son père et elle a pris avec le temps les contours d’une indifférence ayant muté en une haine féroce. L’honnêteté pousse à dire qu’il n’y est pas pour grand-chose, d’un certain point de vue. Il sera toujours impossible de pleinement justifier ce qui relève de rancoeurs profondes nées de souffrances accumulées avec le temps. Est-ce sur le père que toute sa ire a été orientée ? Suffirait-il de mettre cela sur l’instinct des femmes, qui plus est sorcières ? Son nom cristallise ce rejet. Elle ne veut plus être appelée Alekhina. C’est décidé. D’ailleurs, elle n’a jamais, à la différence de sa sœur, reçu de lettre de bienvenue de la part des autorités russes. Doit-on y voir une brimade plus ou moins volontaire ou la confirmation que son épopée chez eux pose un problème à ces ronds de cuir moscovites ? Elle s’en moque et de toute manière, le jour où elle a reçu des autorités britanniques l’information selon laquelle elle devenait Alekhina, elle n’en fit pas grand cas. C’était, dans son for intérieur, une sorte de… norme qu’il fallait attendre. Un tampon sur un papier, produit par un scribouillard quelconque. Peut-être même était-ce le fruit d’une sorte de...simplification, une reproduction procédurale liée à sa sœur aînée. Telle le patronyme de l’une telle celui de l’autre…Un caprice oriental que la faiblesse d'ici laissait exister. C’est toujours gratifiant de se voir renommer le jour de sa majorité. Elle ne s’en souvient pas comme d’une date extraordinaire. Sans doute a-t-elle reçu un simple hibou, peut-être même arrivé avec retard… Il sera temps au besoin de se pencher sur la question. Pour le moment…. Il faut se faire à cette idée. « Je suis une Gunnray, et rien d’autre ».
Cela n’est pas un caprice, la décision remonte à loin, il suffit d'observer ce bout de femme. Ce matin-là, une fois tranchée, la chose provoque en elle un apaisement. Comme s'il avait fallu des années pour couper le cordon, celui d’un passé sali par trop de choses noires. Elle ne saura jamais si son père, « Père », était un mage noir. La question n’est pas là. Trop de vents l’éloignent de la Russie et la poussent vers l’Ecosse. Elle ne sait même pas par quoi commencer. Et si pour une fois Ivanovna s’accordait un temps de repos ? Afin de respirer un peu, elle qui ne cesse de sauter de branche en branche, constatant que chacune de ses nouvelles antennes craque du fait d’une trop grand fragilité. Malgré ses réussites, malgré un ou deux points d’ancrage, malgré Aly… elle a continué de souffrir. Toutes ces années. Alors quand enfin la digue a rompu, elle a tout emporté avec elle. Le silence règne, finalement...un silence reposant. Voilà, il suffisait d’accepter de se l’avouer. « Je ne veux plus avoir de liens avec lui… plus encore, aucun lien avec la Russie des Alekhin. Je vole ».
Non, mais c’est tout comme. Combien d’années pour parvenir à se délester du fardeau ? S’il suffisait de décréter les choses, une seconde serait assez mais ce fut une lente maturation. En y repensant, Ivanovna est persuadée que son départ pour la Russie en fut l’origine. Origine point zéro. Refaire le chemin, les humiliations, compromissions, la honte et les épreuves. Elle se refuse à oublier les belles journées, les instants avec Konstantin et ces rencontres avec des gens qui comptent pour elle. Certains d’entre eux ne le savent même pas mais ils ont pesé dans sa décision. Devenir soi. Comment faut-il faire ? Elle a le sentiment que ce qu’elle ressent n’est pas assez, il faudra plus. Les premières contractions, auraient dit les anciens. Ou les imbéciles.
Vite, aller dans le lieu prévu à cet effet, donner naissance à cette nouvelle Ivanovna. L’idée l’effleure, se donner naissance à soi-même. Elle en voit tout le sens, l’importance. Décider pour soi mais pas dans une pulsion habituelle. C’est toute la différence, la jeune sorcière a enjambé la barrière, il n’est pas donné à quiconque d’avoir l’audace de tout rompre. Divorcer de son passé, il faut renoncer aux belles années, aux choses tenues pour immuables, un peu trop lisses. Briser le lien de cette manière juridique est aussi une façon de revendiquer sa liberté. Oui, c’est bel et bien immensément plus qu’une simple rupture amoureuse. Elle a conscience de naviguer dans les arcanes du droit, magique ou pas peu importe. D’ailleurs, elle ne sait pas du tout en quoi il constitue une chose différente du droit moldu. Sont-ce les punitions dont le seul effet passe par elle ? Cette question la traverse, la botanique, la médecine, le sport, elle conçoit. Mais le droit. C’est bien un univers qui n’a pour elle que des contours évanescents. Au fait… changer de nom comme elle y est décidée, cela a-t-il une incidence sur sa magie ? Parce qu’après tout, c’est une question !?! Dans tous les cas elle en accepterait les conséquences et d’ailleurs, elle ne le sait pas mais il y en aura. Positives et moins jolies. Dans tous les cas, elle s’en moque. Sa vie est faite de ces moments, ne lui demandez pas ce qu’elle pense en conclure. Elle vit et ne voudra jamais savoir si elle fait bien ou pas. Ces questions sont pour les pleutres.
Il faut cependant de la nuance. Décider ne suffit pas. Le chemin est long désormais mais il serait intéressant de présenter un jour un sorcier ayant su résister à la furie des filles de cette famille. Leur devise, à l’aînée comme à elle pourrait bien être un jour : la liberté ou la mort. Ivanovna semble choisir de vivre.
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TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Quelques jours
plus tard
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Scène 2 : Risquer l’abandon
Le poids de mes décisions est quelque chose que je n’ai jamais pesé. Chaque fois qu’il était question d’un arbitrage, je le faisais seule. Et me suis toujours moquée des conséquences, avec en moi la satisfaction de tous les envoyer paître. Cette fois pourtant, c’est différent. Et ce n’est pas la communauté sorcière dont la réaction m’inquiète. L’immense majorité d’entre eux n’occupe pas une grande place dans mon coeur. A quelques exceptions près, je peux même dire que leur opinion m’indiffère. Mais Alyona…
Je sais, elle est mon amie, depuis longtemps, depuis le premier jour sans doute. Il a juste fallu des années pour s’en rendre compte, disons une séparation en ce cas opportune. Des amis d’un jour, des amis de jeunesse, des amis de toujours. A vingt ans, peut-on déjà parler ainsi ? Est-elle une amie de toujours ou seulement celle d’une période de ma vie ? Voilà bien une méditation infructueuse, je me refuse à penser de la sorte. C’est mon amie, il n’y a pas de discussion possible. Et si elle l’est vraiment, elle comprendra. Non pas seulement parce que ma décision est la bonne mais parce que notre amitié sera plus forte que toutes nos différences. Il est bien question de cela en amitié… Alors pourquoi ce doute ? Révèle-t-il qu’en fait je doute de moi-même, renvoyant à autrui le fruit de mes incertitudes ? Changer de nom, prendre celui de ma mère enfant est plus qu’un simple renoncement, je ne détruis pas mon père, j’ai compris. Là était sans doute le plus dur, faire le premier pas. Désormais, il faut assimiler le sens du choix. Orpheline, je le suis depuis ma naissance si j’y réfléchis. Tout au plus devrais-je lui expliquer certaines choses du lointain passé, décisions, positions, principes… toutes ces données qui m’ont été imposées sans que je puisse donner mon avis. Observons en le résultat. Je crois même faire fausse route si je me sens obligée de justifier. Les choses sont ainsi. Je ne vais pas m’excuser d‘aimer tel ou tel, ni même m’en expliquer. Une fois le choix déterminé, je m’y tiens. Et ne dois pas en redouter les conséquences. Mais si je vois la chose comme un test, si je crois que mon amie pourrait y voir une forme de trahison, ou seulement une gêne, alors c’est moi qui suis dans l’erreur. Je fais comme je veux, Alyona aussi. Ce n’est pas tant la décision qu’il me faut défendre puisqu’on veut le voir ainsi. Non, c’est la sérénité induite qu’il faut mettre en avant. Me voilà en procès, avant même qu’il n’advienne. Comment lui dire ? Quels sont les mots ? Je ne me vois pas lui écrire une fois encore, comme si je ne trouvais jamais en moi la force d’affronter son regard, de peur qu’elle me juge, excessivement.
Comment vivre sans se sentir exclue d’un monde qui ne reconnaît qu’une configuration ? La moindre des inflexions au modèle se paye comptant, sans rémission possible. Aly ne m’a jamais jugée, a toujours été là. Elle le sera. Il ne peut pas en être autrement. Alors pourquoi ai-je un doute ? On tourne en rond… Aurais-je peur de ne pas avoir fait ce qu’il fallait ? Pourtant je me sens tellement mieux. Non, je dois juste apprendre à vivre avec, après tout, c’est moi qui l’ai voulu. Voilà le nœud. J’ai peur qu’elle me quitte, qu’elle me condamne et me répudie. Mais en fait j’ai peur de moi. Aly, que diras-tu quand je t’annoncerai que je ne serai bientôt plus une Alekhin. Car je n’ai jamais été rien d’autre. On m’a nommée Alekhina sans me donner le choix. Est-ce qu’un nom changera les yeux portés sur moi ? Gunnray… Ivanovna Gunnray… voilà une question que je ne me suis jamais posée avant. Comment font-elles, les femmes qui doivent changer de nom ? Si les choses sont ainsi, comment l’acceptent-elles ? Cela ne me semble pas si anodin. Bien sûr, j’ai fait mon choix. Donc à partir de là, mon opinion est faite. J’aimerais savoir ce qu’elles en pensent vraiment. Peut-être qu’elles s’en moquent ? Peut-être suis-je la seule à y voir un problème ? On change de nom parce que la règle nous le dicte. Mais alors changeons la règle !?! Voilà… je me heurte non pas seulement à un problème intime. Il concerne la société, je dois me préparer. Et c’est bien par Aly que le procès commence. Sera-t-elle mon témoin de la défense ou soutien du commun ?
Je ne me vois pas lui soutirer un appui, elle est mon amie et choisira sans moi ce qu’elle doit en penser. Je ne peux pas lui imposer ce conflit de loyauté. Sinon c’est moi qui suis en faute. J’ai peur. Et si c’était moi qui devait décider pour elle ? Et si elle ne voulait plus de son nom ? J’avoue que je m’en fiche complètement. Alyona est dans mon coeur pour ce qu’elle est et non pour des titres ou un nom. Alyona Alekhina… Alyona Gunnray, Ivanovna Farrow… les deux derniers sonnent bien, pas le premier. Il est vrai que les parents choisissent les prénoms aussi pour leur son, l’adéquation entre l’un et l’autre… et même parfois le surnom ou un deuxième prénom… Sergeïeva, Sergueïeva… tu parles… Tu vois Père, je n’ai plus peur de toi, la vie m’effraie parfois, le regard d’Alyona, parce que c’est mon amie. Mais toi… non, je n’ai pas peur. Il paraît que les ancêtres reviennent parfois sous forme de lueur. Aucune n’est revenue me voir et c’est intéressant d’ailleurs, devrais-je redouter le souvenir de gens qui n’ont jamais témoigné le moindre soutien à la dernière graine ? Peur de toi mon père ?
Voilà bien ce que je dois comprendre, de toi il ne restait que ce nom. Il ne demeure plus rien désormais. Ma famille est vivante, tu n’en fais pas partie.

Assise à ce qui fait office de Bureau, dans sa petite maison de Wick, Ivanovna tient dans sa main un parchemin, qu’elle destinait à coucher des mots pour qu’Aloyna comprenne. Disons plutôt apprenne. En définitive, la jeune femme décide de ne rien écrire, préférant dire la chose à son amie. Pas dans le but de s’expliquer, il est trop tard. Elle a compris que tout est déjà plié. Ivanovna repose sa plume, se lève et sort dans son petit jardin. Souvent elle s’y réfugie, comme une extension de son univers intérieur. Les jolies choses qu’elle y a plantées ne se voient pas, pas toujours, pas au premier coup d’oeil. Il faut accepter de rechercher ce qui ne se voit pas. Les coups de pelles, les griffures sur ses mains. Le refus d’une plante de pousser là où on lui a promis qu’elle serait heureuse. Son, jardin n’est pas secret, à moins que vous n’ayez pas encore pris le temps de le comprendre. Voilà bien l’effort qu’il lui faudra produire à présent ; si elle veut que le monde s’ouvre à elle, il lui faudra agir de même. Un échange à somme nulle, le genre de présentations qu’elle déteste bien qu’elle en comprenne les intentions rhétoriques. Jusqu’ici Ivanovna n’a pas beaucoup reçu de l’existence. Ce n’est pas faute d’avoir donné. Certains investissements sont à long terme paraît-il….
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TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Scène 3 : Compilation

29 Octobre 2050
(et les temps suivants...)
(et les temps suivants...)
Nous abordons la période la plus compliquée pour elle. Puisqu'il a été constaté son évidente capacité à résister aux plus éprouvantes épreuves physiques, il faut regarder ailleurs. Et dans cette quête de reconnaissance juridique, qui désormais est son principal combat, elle entame ce qui sera le dernier tome de la saga.
Pour attester de son état civil sorcier, et de la légitimité de sa démarche, elle doit constituer un dossier. Figurez-vous que la chose est très complexe. Cela demande minutie et endurance. Il lui faut aussi, elle va vite en faire l’expérience, un savoir faire qu’elle n’a pas. Car explorer des archives est long, fastidieux, hasardeux voire démoralisant. Ajoutez à cela une autre réalité ; elle doit nager dans un univers qui n’est pas le sien. On peut même aller jusqu’à dire qu’elle fait face à sa sœur d’une manière cruelle. L’aînée aurait su faire cet effort sans peiner le moins du monde. Elle aurait baigné dans son monde mais Ivanovna… déteste. Certains vous diraient qu’il faut voir là une manifestation de l’inconscient familial, une sorte de vengeance des morts qui refusent de se voir rayés de la liste, jetés comme des malpropres. C’est une possibilité, on ne sait jamais avec la magie. Mais quand même…
D’abord il faut avoir le temps de se rendre dans le lieu traitant de ces questions. Ce qui signifie Godric’s Hollow. Et puis le consilium, le bon étage, le bureau concerné...ne parlons pas des gratte papiers à l’esprit étriqué, ce genre de contraintes, elle en est protégée par son éducation. Capable de réexpliquer cent fois, sans le moins du monde s’énerver, Ivanovna parvient à franchir ce pan-là du monstre. Elle découvre néanmoins un aspect qui lui est étranger ; l’extrême procéduralité. En prenant connaissance de la liste des pièces nécessaires, a minima, elle se dit rapidement que tout semble fait pour ralentir la chose. Est-ce par vice, est-ce une intention ? Il lui faudra, elle le perçoit rapidement, un dossier impeccable sans quoi on lui refusera, et peut-être définitivement, cette modification si importante pour elle.
Certaines choses sont en tout cas limpides ; un parchemin enchanté donne la liste exhaustive des attendus. Et un petit guide « notarial » complète celui-ci en indiquant les processus habituels permettant de remplir convenablement chaque condition. Mais c’est écrit petit, parfois en vieil anglais, avec des formules proches de la structure de pensée moldue, en tout cas elle a l’impression de lire une langue étrangère tant les mots sont complexes, nommant « structure à manche unique et brosse multiforme » ce qui n’est qu’un balai… L’art d’enfiler les perles, un sens du verbiage qu’elle exècre… Oui, Ivanovna, tu vas souffrir dans cette ambiance ampoulée, poussiéreuse, ce monde des bibliothèques où seuls les rats trouvent leur compte. Même à Newhaven, les rayons de livres sont avant tout faits de science, de choses précises, rigoureuses, définitivement exhaustives. Mais pour elle…. Londres, Godric’s Hollow, Edimbourg. Et même John o' Groats, qu’elle connaît mais dont elle ne comprend pas du tout le pourquoi de sa présence dans la liste.
Planifier le temps, tenter de comprendre dans quel ordre il est préférable de visiter ces lieux réduits à leur dimension administrative, placer ces déplacements au mieux dans son propre emploi du temps d’étudiante Hybride à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques… l’affaire tourne vite au casse tête. Ajoutons leurs heures d’ouverture variables, les jours… un parcours de la combattante ! Il faut aussi comprendre les pièces demandées qui sont âgées au point d’être intitulées dans une langue hermétique. En plus du reste il faudra apprendre à traduire, même si c’est du gaélique ancien. Elle ne le sait pas encore mais la calligraphie change avec les époques. Cela, les sciences prétendument dures ne vous l’apprennent pas. L’enfer, au sein d’un enfer égaré, comme répandu en tous sens pour provoquer la mort. Alors oui, ce genre de combat, elle n’y est non seulement pas rompue mais avant cela aucunement préparée. Un calvaire.
Pourtant.
En cheminant, Ivanovna découvre des choses sur ses ancêtres. Qui a fait quoi, une vieille famille écossaise qu’elle rencontre petit à petit... des raisons de l'aimer, de l'honorer. Les Gunnray. Ne focalisons pas sur cela, son arbre généalogique a déjà été posé. L’intérêt est dans la mise au jour de réalités qu’elle ne soupçonnait pas. La belle famille, une image du passé dont elle ignorait tout jusque-là. Cette fastidieuse enquête sur ses racines n’est pas pour lui déplaire. Elle y trouve un certain intérêt, au-delà de la nécessité d’en passer par là. Il est même une surprise. Qui la conforte dans ce qu’elle perçoit d’elle-même. Les Gunnray sont des gens de qualité, nous n’emploierons pas des mots trop élogieux, ils sont morts de toutes façons alors à quoi bon ? En tout cas elle voit de nombreuses qualités qui lui font les aimer ; honneur, discrétion, talent et tout cela sans jamais croiser la moindre imperfection propre à souiller l’arbre entier. C’est une information. Qui va même jusqu’à questionner les vertus de sa mère. Pourquoi donc Emily est-elle allée s’enticher de ce russe ? L’enfant… devenue femme ne comprend pas. Parmi toutes les archives, aucune ne montre un choix aussi improbable. La sorcière en vient à se demander si son père n’a pas usé de subterfuges magiques pour la séduire. Rien ne peut en attester mais c’est une hypothèse plausible à ses yeux. Elle fait d’autres découvertes qui l’étonnent. A commencer par des aspects de la vie de sa sœur dont elle ignorait tout. Circéia a participé à une action d’aide en faveur des enfants nécessiteux d’Edimbourg. Cela figure dans des dossiers internes à l’Institut Supérieur de Droit Magique. Elle a aussi eu accès à certains parchemins-brouillon d’elle. Son écriture soignée, un style protocolaire très fin, et son regard sur la criminalité dont l’origine n’est peut-être pas si déterministe. Les tensions entre elles lui paraissent si loin, dérisoires. Là, elle voit une autre femme dont elle peut enfin être fière. A cette époque, elle a depuis longtemps fait le choix de devenir experte en anti-poison médical, très rares sont les personnes qui en connaissent les raisons. Ivanovna ne peut s’empêcher de méditer au sens de ses choix. La carrière, le nom… tout cela indique un seul chemin, celui du retour en grâce d’une enfant perdue pour les siens, et qui au travers de cette complexe recherche administrative se niche, éparpillée au milieu de cette paperasse. Toujours seule mais plus du tout isolée.
Il faut alors se remettre en question. Passée par une première phase de rejet de toute cette démarche, vomissant presque ce que l’on appelle le droit, magique ou pas c’est égal, elle finit par tirer tous les enseignements positifs pour elle. D’une punition à une révélation ? Il est trop facile de conclure ainsi. Une fois encore le père en a pris pour son grade, il est bien le mal incarné. Mais sa mère n’est pas exempte de reproches. Bien sûr pourrait- elle chercher des réponses auprès de sa tante mais un instinct l’en dissuade. Comme une zone d’ombre qu’il faudrait à tout prix éviter. Chercher du côté de Durmstrang serait une piste plus sûre. Après plusieurs semaines de réflexion, elle tranche. Sa vie ne peut pas passer à courir après des réponses. Elle poursuit, peaufine la constitution de son dossier pour le secrétariat à l’identité magique. Puis elle le présentera. Mais comme pour d’autres choses, il semble sage d’enterrer définitivement les cadavres. Elle n’ira pas plus loin.
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TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Scène 4 : Aux origines
Il suffit parfois de mettre la main sur une pépite pour rassembler en quelques rouleaux de parchemin toute une lignée. Disons plutôt… un reliquat du passé, suffisamment charnu pour établir une tranche de vie, un pan entier de votre histoire. Elle reconstitua aisément les cinq premières générations, des deux côtés forcément mais elle fut encouragée à poursuivre en croisant de vieux documents fonciers sur les Orcades. Ivanovna découvrit que certains de ces ancêtres en étaient originaires, qu’ils avaient développé là-bas une tradition du vol en mer, une forme de technique abandonnée depuis mais dont la réputation avait existé au point de laisser des traces dans les écrits magiques locaux.
Ce n’était que le début. Elle trouva en fouillant la question qu’un certain Carron Cunningham avait, au XIIIème siècle, possédé plusieurs îles et les avait grandement modifiées dans le but d’en faire un territoire dédié à la magie du grand Nord. Cela questionna fortement la jeune sorcière qui décida de creuser ce qu’elle considérait au pire comme un concept étonnant, au mieux comme une révolution possible dans l’art de la magie. Certes, n’ayant aucune connaissance en épigraphie, elle ne put au départ se rendre compte qu’elle faisait fausse route ; du grand Nord ne revient pas à dire « dans le grand Nord ». Plusieurs semaines s’écoulèrent avant qu’elle ne comprenne son erreur si ne n’était d’interprétation, du moins de traduction. Mais elle ne pouvait comprendre le nœud de son problème. Ivanovna ne chinait pas dans le passé familial par intérêt pécuniaire. Son attirance pour le passé relevait de la fascination, il fallait impérativement trouver un ancêtre extraordinaire, l’homme célèbre de la famille, ou la femme peu lui importait. Mais trouver une histoire sortant du lot. Mettre la main sur le bon récit à raconter un jour. Bien sûr, dans son esprit, elle cherchait des héros, un brave sorcier découvreur, le sauveur du monde, au moins de son village… Elle passa le plus clair de son temps libre dans ces archives improbables, du moins dans celles auxquelles on la laissait accéder. Elle fut un peu déçue de ne pas pouvoir trouver des gens importants portant le nom qu’elle voulait retrouver, Gunnray. Mais c’eut été une chance extraordinaire que cela fut le cas. Quatre générations en amont, elle était liée à des Templeton, des Tillton, des O’leary (irlandais ?), des Napieer, et donc des Cunningham. En plus de Gunnray. Ah, n’oublions pas, les Huntington. ET les Mac Doherfry, dont un descendant semblait célèbre dans le nouveau monde pour de la nourriture moldue de seconde qualité… mais cette information, au demeurant douteuse, ne l’intéressait pas. Il fallait de l’écossais, et de l’exotique ! Les Orcades, posséder des îles, en faire quelque chose de constructif… C’était une veine qu’elle voulait exploiter.
Plusieurs semaines furent utilisées à trouver plus d’informations. Mais rien de probant. Comme si c’était une fausse piste. Ou que des nettoyeurs avaient officié. Sa paranoïa habituelle lui fit supposer les pires choses. Et imaginer bien des possibilités enthousiasmantes. Mais non, un ancêtre avait il fut un temps possédé un minuscule Royaume insulaire et la branche s’était éteinte comme elle était apparue. Poussant malgré tout au maximum ces recherches, elle put remonter jusqu’au XIème siècle. Ce qui n’était pas si mal ! Elle comprit que la plupart des événements passés existaient dans les archives quand ils correspondaient à des faits politiques, des accidents économiques. Ou des phénomènes inexpliqués. En somme, un personnage devenait saillant quand il avait « commis » quelque chose d’extraordinaire. Au pire d’extravagant. Mais dans sa famille, il n’y en avait pas. Ni ministre de la magie, ni grand joueur de quidditch. Ni vélane ayant fait succomber le monde entier sous ses charmes outranciers. A se demander si tout n’était pas russe quand il s’agissait de retombées bruyantes… Finalement, après tant d'efforts, elle conclut que sa famille représentait l’incarnation même de la discrétion des familles de sang pur ne faisant jamais de vagues, brillants sans avoir nécessité d’en démontrer la réalité. Ou juste l’élan… Carron Cunningham… qui eut, cela stupéfia la jeune femme, seize enfants. D’une seule femme ! Seize, cela lui sembla fou, d’autant qu’aucun d’entre eux ne fut autre chose qu’un sorcier. On aurait pu peupler la majeure partie de l’Ecosse s’il n’y avait pas eu quelques épidémies ponctuelles. Mais des guerres dont certaines moldues impactèrent les sorciers, toutes les familles d’Ecosse en avaient connu. Les Cunningham n’y échappèrent pas. Et le nom finit par se diluer dans la masse. Restait Gunnray au bout de cette arborescence baroque par endroits. Alexander, Ivanovna. Et Circéa.
Il faut revenir un peu en arrière, quand la cadette était en deuil de sa sœur depuis peu. Le doyen de l’Institut Supérieur de Droit Magique, Monsieur d’Arby, avait rencontré Ivanovna plusieurs fois. C’était lui qui avait sollicité ces entretiens. Et il avait accompagné ces échanges d’un don très important de documents divers témoignant de ce que la jeune femme avait été lors de son passage à l’Institut. Ivanovna n’aimait pas ces traces. Elles lui rappelaient sa sœur de manière trop vive, trop douloureuse. Il en aurait peut-être été autrement si d’autres membres Gunnray avaient survécu. Mais Circéia était la dernière. La retrouver d’une manière ou d’une autre provoquait en la cadette un sentiment de mort prochaine, inéluctable. La chose provoquait en elle une forme d’irritation insupportable. Donc elle évitait de se plonger dans ces archives entreposées dans un recoin de l’immense sous-sol de sa maison de Wick. Mais elle en eut bientôt l’obligation. C’est à cette occasion qu’elle comprit. Et décida de rechercher d’une autre manière, dans un autre but. Leur mère avait été Botaniste. Mais les autres ? A part Corran Cunningham qui lui avait fait forte impression et dont elle avait creusé les talents en matière de vol, elle n’avait en première intention pas cherché à étudier leurs métiers. Elle se demanda si les talents de sa sœur lui venaient de Russie ou s’ils avaient des racines écossaises. Il lui fallut tout reprendre pour déterminer si la famille avait été scientifique, faite d’artistes, de créatifs ou était-elle à l’image de Circéia constituée essentiellement de ronds de cuir faits pour arpenter les bibliothèques avec une rigidité douteuse. Du moins à ses yeux… car les généalogies ne sont pas uniquement constituées du nombre d’enfants nés. Ou de leurs exploits. Bien sûr, le monde magique avait changé, tout comme le monde des moldus mais celui-là, elle n’en connaissait que les marchés du samedi. En tout cas… le fruit de cette compilation fut très long à déterminer. Mais instructif. Plus de cinq cent ancêtres attestés, trois cent dont elle était à peu près sûre de l’activité. Une grande variété de gens quant à leur répartition à Pouldard mais cela ne semblait pas influencer la suite. En tout cas elle ne parvint pas à trouver une corrélation sur ce plan. Pour le reste, des médicomages, très nombreux. Une propension nette pour le droit quand on est une femme. Elle ne trouva aucun auror, tout en se demandant si cette fonction n’était pas par nature attachée à une certaine… discrétion par-delà la mort… Deux journalistes et de très nombreux enseignants. Mais qui souvent l’étaient pour un temps seulement. Ce qui semblait dominer, au-delà des filières en apparence différentes, c’était le service du bien commun. Aider.
Ivanovna avait découvert des choses finalement pas si essentielles ou révolutionnaires. Juste l’assurance de ne pas avoir perdu son temps. Comme le reste, elle l’avait fait seule. Dans un silence même pas rompu par les corne-muses.
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TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Scène 5 : Demeurer Ivanovna ?
Peut-être début décembre 2050.
Ne croyez pas que changer de nom soit une décision facile à prendre. On peut même dire qu’elle est en soi une déchirure. Nous le savons, elle le rumine depuis un long moment ; et l’a décidé irrévocablement. Mais la décision finale n’est pas écrite. Pas encore. Et voilà que s’ajoute une autre pulsion, une… intuition. Il faut aller au bout, ne plus leur devoir, ni aux uns ni aux autres. C’est la fin d’une longue histoire, celle de sa première vie. Elle ne sera bientôt plus russe, ni par le nom…. Ni par le prénom.
Ivanovna. joli néanmoins, elle n’a jamais détesté, au contraire. C’est un paradoxe, peut-être une décision plus radicale car autant le nom lui est insupportable désormais, autant elle aime son prénom. Mais il fait trop mention d’hier. C’est devenu impossible, elle s’en est faite une raison. Ou alors s’est-elle persuadée qu’il n’y avait aucune alternative. Tout changer, ou rien. Ce sera tout. Ceci dit, en Russie, on passe son temps à changer de nom. Alors un peu plus un peu moins. Ajoutez les surnoms et vous obtenez ces romans aux personnages impossibles à identifier si vous ne lisez pas avec la plus extrême concentration. Vana… Elle n’avait jamais connu auparavant cette exaltation, trouver un prénom. Un jour elle espère devoir passer par cette étape. Elle s’y voit déjà, imaginer la bonne combinaison, de sons, de pieds, le rythme parfait. I-va-nov-na A-le-khin-na, quatre et quatre…. Va-na Gunn-ray, deux et deux. L’idéal selon ses oreilles.. Comme ces phrases si bien écrites dans son roman de chevet, un rythme d’une beauté poétique forte. Bah, on n’est jamais objectif avec les choses qu’on aime… Vana… iVAnovNA. C’est limpide. Par Merlin, son grand-père paternel voyait juste. Et si Ivanovna renferme une dimension romanesque forte, un prénom d’épopée, Vana a quelque chose de direct, quelque chose de sauvage. Elle trouve que cela colle mieux à ce qu’elle est devenue avec le temps. C’est une vision des plus arbitraires, presque de mauvais goût, elle a décidé que les choses étaient ainsi par pure inclination intime. Elle aime ! Aussi ne venez pas la contredire. Jusqu’à présent, on n’entre aucunement dans un argumentaire juridique, la seule idée qu’on ait tient à sa vision sensible, vibration phonétique. Un jeu d’enfant, sans les caprices de cet âge.
Les obstacles seront nombreux. A part Aly, qui y est plus qu’habituée, très peu sont les gens à savoir qu’on peut aussi la nommer Vana. Il n’est pas ici question d’un mot utilisé depuis longtemps par tous, un diminutif ou autre. Nous n’avons pas plus affaire à un surnom issu d’une aventure, d’une expérience… cela n’a de sens que pour elle qui en connaît l’origine. En somme, il s’agit d’une renaissance. L’idée lui plaît, surtout dans la situation présente. Depuis plusieurs mois, elle est en pleine mutation. Les études, l’amitié jamais démentie…. S’il n’y avait pas ces contrariétés affectives, elle serait heureuse. Vraiment. Mais oublions et concentrons-nous sur les conséquences de cette révolution dans son quotidien. Car nous suivons ainsi le même trajet d’esprit qu’elle.
Des gens seront surpris, les mêmes qui ne comprennent jamais rien à rien et viendront lui reprocher de les perturber dans leurs habitudes. D’autres, immanquablement, y verront un snobisme, une forme de… maniérisme prétendument déplacé de sa part. Combien trouveront la démarche intéressante ? Combien seront assez curieux pour se poser les bonnes questions ? Nous avons tous des raisons justifiant nos choix… et justement, pourquoi devoir se justifier ? Le mot lui-même porte une accusation à peine voilée. Et si pour une fois dans la vie on pouvait prendre une décision sans avoir à rendre des comptes ? C’est un choix fort, qui n’efface rien. Je ne renie en aucun cas ce que j’ai été moi, je suis toujours la même. Mais vous, vous voyez une autre. Je ne suis pas une autre, juste la vraie, que vous ne soupçonniez pas, celle qui hérite et fructifie.
Reste que devenir Vana Gunnray, si les autorités l’acceptent, c’est entrer dans une autre vie. Nom et prénom. Une autre personne, des murs à reconstruire. Une génération de sorciers britanniques connaît peut-être les Alekhin mais combien désormais se souviennent-ils encore de cette ancienne famille. Gunnray… Que penseront-ils si en outre elle renie même son prénom ? C’est un risque. De la part d’une femme voulant des enfants, ayant sans s’en rendre compte le désir de transmettre son sang, elle s’expose à des refus avant même que l’on puisse envisager une union. Dans les familles de sang pur, qui ne sont pas si nombreuses, les origines s’analysent scrupuleusement, sont étudiées jusqu’à la moelle des os. On pourra toujours lui pardonner son insouciance, même les souillures russes seraient moins graves qu’un doute sur son essence, c’est dire…
Certes, sa volonté farouche de retrouver ces racines anglo-saxonnes peut aussi être lue positivement. Une chose est sûre, elle prend un risque. C’est aussi à ce prix qu’elle peut prétendre à ce genre d’alliances. Les Gunnray doivent figurer dans ce registre. A tous points de vue, elle n’a pas le choix. Ces considérations sociologiques ne l’effleurent pas de toutes manières. Elle le fait pour des raisons nobles. C’est une question d’honneur. S’estimant mutilée par la vie, elle tente seulement de rééquilibrer. De grands mots, trop grands en vérité pour la réalité qu’elle ressent. Vana ne désire qu’une chose, la paix. La paix dans sa vie, un respect qu’elle ne perçoit jamais au quotidien. Elle qui n’a pas été identifiée par sa communauté comme membre de Poudlard, ni reconnue pour ses talents alors qu’elle commence à en démontrer l’étendue. Où l’on prend conscience de son peu d’estime de soi. Que lui faudra-t-il pour avoir d’elle-même une vision positive ? Fait-elle tout cela dans cet unique but ? N’est-ce qu’une fraction de son mal être ? Elle ne le dira pas mais l’infidélité de Gordon l’a considérablement blessée. Interprétation profondément injuste envers le jeune homme mais Ivanovna est impitoyable en matière de sentiments. Infidèle à un coeur qui n’avait pas compris. C’eut été à lui de la percer à jour…
Vana a besoin de cette reconnaissance. Comme si le nom était l’affaire des parents et le prénom celle de l’enfant. Elle défend sa famille, d’abord, ne mettant pas dans la balance sa propre cause. Gunnray, ce n’est donc pas négociable de son point de vue. Mais Vana… Il faudrait avoir la psychologie d’une petite cuillère pour ne pas comprendre ce dont elle a besoin. Trouver les mots, ce sera la prochaine étape. Peut-on s’en tenir à prétendre qu’on n’aime pas telle ou telle partie de soi ? Expliquer, défendre, argumenter. Cela s’annonce compliqué pour elle qui ne sait pas bien manier la pensée par les mots. Elle sait présenter un abord élégant. Jouer de son enveloppe pourra peser dans la balance. Mais elle n’a pas encore déniché les leviers capables d’emporter la décision.
Elle ne sait pas encore comment elle va construire sa demande le jour venu. Vana ne veut pas utiliser Kara pour les apitoyer. Ce pourrait être un atout de dernière chance mais elle s’y refuse. Les semaines passent, elle acquiert la conviction que la victoire n’a rien d’acquis, pour l’un comme pour l’autre, en elle comme pour eux. Plus que le reste, elle n’a aucun appui politique. Et contre les mastodontes les underdogs n’ont que peu de chances.
Parénèse pour une orpheline
RAPPEL
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Scène 6 : Des traces d’elle
Décembre 2050,
entre la soirée chez les Colville et celle du réveillon
entre la soirée chez les Colville et celle du réveillon
Comment a-t-elle fait ?… Une question que Vana ne s’était jamais posée auparavant. Elle se souvient avoir déjà regardé cette plaidoirie, au temps ou certains mystères (et de nombreux dossiers) lui avaient été plus ou moins transmis par le doyen de l’Institut Supérieur de Droit Magique. D’ailleurs, cette période de sa vie est très confuse dans son esprit, la sorcière a du mal à se souvenir précisément des circonstances. Il faut admettre que ses impressions de 2050 sont floues s’il faut revenir à l’année 2046. La mort, la peine, l’entourage, du moins ce qu’il en reste, qui vous comble d’une affection ponctuelle finalement vaine… Ce qui concerne sa vie, elle s’en souvient très bien. Egoïstement, tout ce qui fut extérieur est évanescent. Si l’on reprend la chronologie de son année, elle a suivi une cinquième année scolaire très pénible. Peu avant ses BUSEs, le décès de Circéia. Les examens, passés dans une confusion totale mais une concentration réelle durant les épreuves. Un été à se faire harceler de leçons par un homme n’ayant pas assumé la mort de sa chère étudiante. Et l’impossibilité d’y retourner, l’abandon de Pouldard, la chimère d’une vie possible seule, à Wick, laissant derrière elle le peu qui restait d’une vie normale. Ah… où l’on comprend que nous ne pouvons pas toujours aussi bien décider qu’il le faudrait. Sa vie est ainsi. On parle de sidération pour des moments ponctuels. Dans son cas, combien de temps a-t-elle duré ? C’est davantage qu’une période, c’est toute son adolescence qui a été émaillée de troubles permanents, différents, multiples et traumatisants. On n’en sort pas. Sauf à dire que cette préparation de rendez-vous au secrétariat à l’identité sorcière constitue, elle le sent, la fin du deuil, de tous ces deuils en fait. Longue période, interminable, litanie insupportablement douloureuse.
Étrangement, elle perçoit durant ce travail préparatoire à l’entretien une forme de soulagement. Et s’il s’agissait d’un rite de passage ? Encore un… Il serait bon de nommer la chose d‘une autre manière. C’est un peu humiliant à la fin, on passe une étape pour se rendre compte que la vie vous en impose une autre. Pour un unique titre, trois épreuves, plus difficiles les unes que les autres. Alors elle revoit encore et encore sa sœur durant son grand oral. Étudier la syntaxe, l’ordre des idées, leur construction. C’est brillant. Elle ne fera jamais aussi bien, d’ailleurs elle ne vise pas cela. S’inspirer, trouver des idées, s’humecter d’elle comme une éponge le ferait, pas pour voler des choses, juste mieux les comprendre. Ivanovna se souvient de ses premières impressions à l’écoute de ce discours. Aujourd’hui, il résonne en elle d’une toute autre manière. Il est miraculeux de pouvoir accéder à de telles archives. Elle en a beaucoup voulu au vieil homme à une époque. Tout sonnait creux en elle, la vérité s’avérait trop brutale. Là, elle peut. Et ce qu’elle retient n’est pas une femme glaçante de droiture, implacable. Elle comprend un peu de ce qu’elle fut. «.....que je parviens à m’aimer ». La plaidoirie d’examen de Circéia s’achève ainsi. Ivanovna se retrouve dans ses mots. Alors sa sœur et elle partageraient le même gène magique... la mésestime de soi... Cela lui semble impossible tant Circéia prenait les gens de haut. Nous ne sommes jamais ce que nous croyons être mais c’est encore plus dur de penser que c’est aussi le cas d’autrui. « Tu n’es pas ce que je perçois de toi ». Vana doit s’ouvrir à des réalités inconnues pour elle. Sa magie est différente de celle qui anima sa sœur. Mais au final, juriste ou soignante, c’est égal sur ce plan. Et la cadette comprend que sa sœur avait de l’avance sur elle en termes de perception des réalités sociales. Autrui, en comprendre toutes les dimensions, ne fut-ce qu’être sensible à ce qu’ils sont. Voilà pourquoi elle tient tant à Alyona. Elle est la seule qu’elle connaisse vraiment. Le lynx n’est pas un animal social, elle doit se résoudre à s'ouvrir pour mieux préparer sa parole. Cela lui semble impossible. comment incarner un propos naturel tout en prétendant l'avoir testé sur autrui en amont du jour prévu ? Cette idée la désarçonne. On ne peut pas être naturelle tout en ayant construit en amont son argumentaire ?! Ce serait mentir par calcul préalable... Cette idée lui semble odieuse. Le droit, ce serait cela ? Une simple structure rhétorique ? Mais alors où est l'humanité ? Elle s'y perd, les arcanes des savoirs liés aux mots lui sont étrangers, esprit fondamentalement scientifique, Ivanovna ne parvient à rien et acquiert la conviction qu'elle ne saura reproduire les talents de sa soeur. Les traces de Circéia sont à trouver ailleurs que dans ce qu'elle fut aux yeux des autres.
Passer par Edimbourg et ce satané Institut supérieur de droit magique pour en revenir à Wick... Décidément, il lui faut tout réviser, des ancêtres les plus farfelus aux êtres les plus chers. C'est désespérant. Une impression de tourner en rond l'assaille. Elle n'a pas eu à ranger les archives d'une famille disparue. Les heures passées à trier les papiers, souvenirs, vieux objets plus ou moins rattachés à une émotion... la vie lui a épargné ce chapitre que tant de sorciers vivent après un décès. Dans ces moments, il arrive que l'on déterre des histoires pas vraiment reluisantes. De ce côté-là, elle a eu son compte, merci. Mais on ne sait jamais. En somme, mieux vaut une maison complètement ravagée par on ne sait quoi que la même maison remplie de bombes à retardement. Le vide l'emporte, Ivanovna comprend que c'est à elle de combler les zones laissées dans l'ombre par la vie. Les traces ne seront pas des rêves d'hier reconstitués mais ce qu'elle en comprend. L'analyse dépasse la valeur de la preuve. Sans complètement en comprendre la portée, elle fait du droit, empiriquement. Pas le droit d'inventaire. Il s'agit d'un autre concept, comportant une volonté de réparation autonome.
Ainsi faut-il se préparer à déclamer des arguments juridiques fondés. Les combiner à de solides revendications personnelles, une aspiration. Elle devra démontrer qu'elle tient à ce que sa requête aboutisse comme un élément de son être profond. Il faudra donner de soi. Sans en donner trop car le déballage est perçu comme indécent, toujours. Le lynx doit prendre le risque de quitter le bois qui le protège naturellement. A découvert, il devra s'exposer. Et même si elle se trouve dans une pièce face à un seul chasseur, c’est déjà un de trop. Il faudra lui donner des raisons de ne pas tirer, des raisons valables et non une fascination dont on sait que la proie finit toujours par la perdre. Une fois le charme rompu, le chasseur lance le sort de mort et c’en est fini de vous. Physiquement ou socialement, là aussi c’est égal pour elle.
« Je parviens à m’aimer ». Sa sœur avait le sens de la formule, l’élégance familiale incarnée par les mots. Elle ne saura pas faire, pas ainsi. Ivanovna s’en sortira grâce à son coeur. « Ne te retourne pas, oublie-moi à jamais », disait Konstantin. Cette fois, elle agira ainsi ; en oubliant les siens elle pourra enfin vivre. Reste alors à définir l’oubli.
Parénèse pour une orpheline
RAPPEL
TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Scène 7 : Un coeur qui bat
11 Janvier 2051
De longues semaines se sont écoulées. Entre son coeur en lambeaux du fait de Gordon et cette obsession, Ivanovna n’a pas vu le temps passer. Toutes les pièces ont été une à une réunies. Un dossier épais l’a précédée ici, il ne manque rien. Désormais, il ne reste plus qu’à le présenter. Ce sera le cas sous peu.
Elle a décidé pour l’occasion de s’offrir une chambre pour la nuit. Et une collation matinale, œufs et bacon. Ceci dit, le résultat dans son estomac se révèle écoeurant. Elle n’avait pas vraiment faim, aurait dû se contenter d’un peu d’eau chaude. Mauvaise semaine, ou juste l’angoisse du moment qui distille son venin de manière à la perturber plus qu’elle ne l’est déjà.
- Un peu plus loin, c’est inscrit sur la porte en lettres défilantes.
Comme s’il lui était aisé de trouver. Ces gens n’ont aucune idée de ce qu’endurent les sorciers devant accomplir ce genre de démarches. Une deuxième punition. Avec l’impression oppressante de passer un examen supplémentaire. Comme si elle n’en avait pas déjà suffisamment. « Secrétariat à l’identité sorcière ». Deux pauvres chaises sont prévues pour les personnes devant patienter. Elle prend la plus proche de la porte, par réflexe. La chaise grince abominablement. Quels lutins ont bien pu ensorceler un meuble aussi insignifiant ? Ces bruits sont insupportables, Ivanovna en change promptement. Pour un autre inconfort. L‘assise de cette chaise-là, en fer, est bancale. S’il faut attendre longtemps, ce sera pire que l’immobilité née des grincements. La sorcière décide de retourner sur son premier choix. Qui porte bien mal son statut.
"Que me demanderont-ils ? Que puis-je vraiment leur dire ? Oui je suis face à moi-même et cette sensation n’est pas agréable. Ils m’épient, un fait exprès que ce couloir glauque, vide, silencieux comme l’intérieur d’un mausolée. Je vomis cette sensation d’être dans une cage, observée, déshabillée. Que veulent-ils voir de moi qu’ils n’auraient déjà vu ? Mon corps n’est qu’une enveloppe dérisoire, qu’au fond de moi je déteste profondément, dois-je le dire, depuis toujours. Alors ils peuvent bien se régaler de formes affriolantes avec leurs yeux de vieux pervers aux regards salaces. Je m’en fiche et leur en donnerais bien pour leur argent s’il le fallait. Mais dans un autre contexte. En fait, je crois que je ne m’aime pas. Bon… Ils n’ont pas besoin de le savoir. De toutes manières, je ne sais pas comment je voudrais être, n’ayant aucun modèle appétissant autour de moi, assez inspirant pour me guider… mes cheveux sont… enfin je les trouve réussis mais ce n’est qu’une perruque volée à Mère, le mérite ne me revient en rien.
C’est terrible de courir à ce point après l’amour d’autrui quand on ne s’aime pas soi. De toute manière personne ne me l’a dit alors cette douleur de ne pas être regardée autrement que comme un objet est une lancinence quotidienne. J’ai beau me cacher derrière une tenue sombre, mortuaire, ils continuent leur travail de sape. Je les déteste. Ou plutôt ne tiens pas compte d’eux. Je les ignore. C’est cela, je les ignore, secrètement. Royalement. A la manière Gunnray, par un dédain maquillé en indifférence distante. J’aurais bien aimé savoir ce qu’en pensait Circéia. Nous n’avons jamais eue de conversation sur le sujet. Ma sœur, comme tu me manques en ces instants. Nous aurions dû être là toutes les deux pour appuyer cette demande. C’eut été plus facile. C’eut été fondateur. Toutes ces minutes qui n’auront jamais lieu. Tes enfants morts avant d’être nés, tes chagrins que tu m’aurais cachés, je te connais, tu m’en aurais protégés. Mais je t’aurais comprise. On ne peut pas mentir à sa sœur. Pas au point de taire ses pires blessures. On ne les voit pas mais elles suintent immanquablement. Pourquoi donc a-t-il fallu que tu sois insouciante ? Quelle mouche t’a piquée ? Il était si simple de se cacher à leurs yeux ? Je ne comprends pas. Ne comprendrai jamais. Et tu m’as laissée seule. J’ai copié de toi ce style vestimentaire, une forme de rigueur portée en étendard, je t’ai volée tes intentions je crois. Tu aurais voulu ma famille, plus que moi. Pour notre honneur, pour les ancêtres. Quand au fond de moi je ne le fais que pour moi. Je suis égoïste je crois. En cela, je ne vaux pas plus que nos parents.
Ce silence m’étouffe, j’ai du mal à respirer. Et mon coeur bat la chamade pire qu’avant un oral d’examen. Une vraie torture. Je sens l’angoisse des questions imprévues, des biais imprévisibles qui nous condamneraient. Je voudrais être ailleurs, n’importe où, même en Sibérie la vie était plus instinctive. Tu perds ou tu survis. Mais ici, le jeu est différent, vrillé par les considérations de notre société. Je ne suis pas faite pour ce monde. Les forêts, l’air libre, le froid sur mes joues, une vie rude où même le bal se limite à un violon et quelques danseurs perdus dans une immense salle. Je nous imagine assises, en devanture, lots privilégiés d’une cérémonie funeste mais ce sort nous plaît, nous sommes des filles du Nord, élevées à la dure. Deux joyaux que le temps a séparés mais qui restent jumelles dans leur destinée.
Tandis que les minutes s‘égrainent et que ne pas bouger devient un vrai supplice, je repense à notre enfance, les rires provoqués par une blague de Grand-père. Parfois même une situation où lui n’était pas si mauvais, Père...Je nous ai tant aimés, qu’en demeure-t-il ? L’impression de vivre une pendaison, un supplice sorcier dont je ne connaîtrais pas la nature, quelque chose d’horrible, devant toutes et tous. Personne dans ce couloir mais pourtant ils sont là, invisibles. Le poids d’une communauté désapprouvant ce que je suis. Je ne dis pas ce que nous sommes mais bien ce que moi je suis. Je nous ai perdus en allant là-bas. Jamais je ne me pardonnerai cette faute. A m’en mordre les lèvres jusqu’au sang, et encore, c’est presque une saveur agréable que d’y penser ainsi. J’ai honte.
…
Il s’est passé plus d’une heure. Et toujours rien. De ce bureau, personne n’est sorti. Et personne n’y est entré. A peine deux sorciers ont parcouru ce maudit couloir. C’est affreux. Je me sens observée, comme dévisagée. Ils avaient ce regard sur mon corps, à Kara. Je pouvais sentir sur moi le poids de leurs pulsions. Ici, c’est pire car je ne les vois pas. Ces regards existent, je les sens. Une...opprobre. Je savais devoir affronter des obstacles au cours de ce combat mais cette ultime attente est bien la pire de toutes. Ils sont dans l’air comme des moustiques invisibles, leurs jugements, cette sentence, inlassablement, je suis hors de mon corps, démembrée."
- Mademoiselle Alekhina ?
La porte s’est ouverte, encore ce nom, contre lequel je me bats depuis tant de temps. Mon nom, pour un temps limité ou alors pour la vie.
- Oui, j’ai audience à 10 heures.
- C’est par ici. Vous n’aviez pas besoin de venir si tôt ce matin ?
Non, elle n’avait pas besoin. Mais ici comme ailleurs, Ivanovna a toujours de l’avance, trop d’avance sur une vie qui se refuse à porter l’épithète sereine. Elle se lève dans un léger bruit de chaise, de fer à son goût, en bois dans les faits. Nos enfers sont à chaque fois nés de nos imaginations.
Parénèse pour une orpheline
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TRIGGER WARNING : Violence, physique, psychologique ; Douleur, mort. L’intégralité de ce RP est susceptible de vous confronter à cela.Scène 8 : Le procès.
11 janvier 2051
10h14
10h14
Deux sbires sont venus la chercher. Et la conduire de l’autre côté de cette porte devant laquelle elle attend depuis plus de deux heures. Vana est rompue à cette forme de patience, les longs mois d’emprisonnement lui ont appris un tout autre rapport au temps que le commun des sorciers. S’il s’agissait d’un stratagème pour endurer sa force mentale, ils n’ont abouti à rien avec elle. Ce n’est pas de cette manière là qu’elle peut s’avérer friable. L’endroit dans lequel elle est introduite n’a rien d’un tribunal. Elle qui s’attendait à devoir plaider devant un aréopage de vieux sorciers se retrouve face à un homme pas très âgé, plus mûr qu’elle c’est évident mais s’il a quarante ans, il ne les fait pas ! Peu importe le temps, seule l’expérience a de la valeur. Il ne la regarde nullement, range un dossier qu’elle comprend vite comme étant celui de l’affaire précédente. Puis il saisit sur sa gauche un exemplaire du dossier qu’elle a constitué. Elle le reconnaît aux bordures vertes et bleues qu’elle a choisies comme habillage. Il est de loin le plus épais des deux piles sises de part et d’autre de l’homme.
- Vous pouvez vous asseoir…
Ni bonjour, ni rien, pas même un regard. Vana s’assied tandis que les deux assesseurs sortent de la pièce. Elle ne comprend pas bien pourquoi elle doit demeurer seule mais cela semble être le protocole.
- Bonjour Monsieur, je viens pour le dossier…
- Alekhina-Gunnray, je sais, je suis en train de le relire.
Le ton est sec, cassant même. Ivanovna comprend qu’il faut se laisser porter par la procédure. Ce n’est pas elle qui dictera les pas de cette danse juridique. Reste à adopter une posture qui ne soit ni condescendante ni celle d’une victime. C’est assez délicat, on ne se voit pas. Et déjà il commence son monologue.
- mmmm, vieille famille de sang pur… écossaise…
Il insiste sur ce point, serait-il anglais au point de mépriser ce qui vit au nord des Borders ? Il tient en ces mains un élément du registre familial. Elle reconnaît ce papier qu’elle a eu bien du mal à obtenir à Glasgow.
- pfff, cela ne prouve rien mais bon…
Il se parle à lui-même. Pas un regard pour la requérante, il est plongé dans sa paperasse comme un poisson baigne dans l’eau. Elle se demande bien ce qu’il cherche, le plaisir de trouver une pièce défectueuse ou celui de croiser, pour une fois, une perle à la qualité rare ? Sa baguette lui sert à manipuler sans les toucher les papiers les plus anciens. Lui sait mieux qu’elle les dégâts des mains qui ne sont jamais assez propres et contaminent le support pour toujours. Une pile entière peut perdre des centaines d’années de vie rien que du fait d’une manutention défectueuse. Il pousse le vice jusqu’à faire en sorte de ne jamais entrer en contact avec eux via ses vêtements. Elle remarque qu’il porte une blouse d’ailleurs, faite d’une matière inconnue.
L’homme manipule certains documents avec un soin qu’elle trouve excessif. Est-il maniaque ? Est-ce une précaution à laquelle personne ne l’a éveillée avant ce jour ?
- Foutu Williban, toujours aussi peu respectueux des preuves celui-là…
L’analyse réalisée, pièce par pièce, se transforme progressivement en une démonstration d’archivage à laquelle la sorcière n'entend rien. Si la plupart des procédures lui semblent relever d’un bon sens basique, il lui arrive de sortir une loupe grossissante pour le moins efficace. Il trouve des détails invisibles à l’oeil nu. Sa quête d’elle ne sait quoi génère une angoisse difficile à réfréner.
- Mademoiselle, plusieurs documents que vous avez mis dans ce dossier sont des faux. Disons… ils ne prouvent rien. Nous pourrions les qualifier de… preuves « appropriantes ». Autrement dit, le soit disant détenteur des îles concernées n’en avait pas la propriété, du moins se les est-il octroyé par… défaut. Voyez-vous, bien des terres n’étaient à une époque possession de personne. Il suffisait de rédiger un document quelconque pour convaincre une autorité lointaine et peu scrupuleuse de votre bien fondé. Vous ne pourriez en aucun cas prétendre à posséder ces îles, rétroactivement s’entend. Enfin si vous avez envie de vivre dans un endroit climatiquement proche d’Azkaban… Je ne sais pas comment vous vous êtes procurée ceux-ci mais ces papiers n’ont aucun intérêt juridique. Je suis profondément désolé pour vous…
Un léger sursaut de sourcil plus tard, l’homme poursuit son monologue réglementaire.
-...ceci dit, je leur reconnais un fort intérêt historique. Ce sont même, pour certaines d’entre elles, des pièces que vous ne devriez pas être en mesure de posséder. Celui qui vous a laissé les sortir de leur repos est un criminel. Voyez-vous, on ne rencontre pas souvent des documents contenant et des éléments moldus manifestes et des traces de magie, quelle que soit son ancienneté. Nous avons ici une encre sympathique, pas au sens où elle serait invisible, allons…
Il se met à rire tout seul de sa blague. La sorcière commence à trouver qu’il est un peu… désorbité.
- ...non, je parle d’une encre qui s’enfuit si vous cherchez à la lire de la mauvaise manière. Comme des fourmis qui chercheraient à vous échapper. Un protocole juridique ancien permettant de ne pas se révéler au premier venu. Il faut un sortilège spécial, pas très complexe mais très peu connu pour stabiliser ce genre d’écrits. Bon, de la vieille magie, entendons-nous, on fait bien mieux de nos jours. Disons qu’on voit sur vos documents les nombreuses fois où l’on a immobilisé l’écrit. Chaque lancé de sort laisse une trace, infime mais aisément détectable pour un adepte.
Il y a quelques minutes encore, elle redoutait la décision de l’homme. Désormais, Ivanovna ne sait plus quoi penser. A-t-il oublié qu’ils sont là pour trancher une décision administrative ? Il étale sa science en ayant complètement perdu de vue son travail premier. Et ce n’est pas fini.
- Mademoiselle, je me vois dans l’obligation de vous confisquer ce document au titre de l’article 232 paragraphe 6 sur la conservation des pièces notariales anciennes. Nous allons devoir reconditionner celui-ci ce qui vous coûtera 25 gallions. Je vous passe les détails de la remontrance que je vais devoir adresser à mon collègue écossais. Nous pouvons reprendre notre... enfin votre dossier.
El le décorticage se poursuit, dans un silence de bibliothèque universitaire. Il lui est impossible de trop bouger, elle sent que l’homme s’agace au moindre écart. La question, car il s’agit bien d’une torture de cet ordre même si elle ne provoque aucune douleur physique dure ainsi une bonne heure. Elle qui avait préparé tant de mots, avec un soin dont elle ne se serait jamais crue capable. Peu avant midi, il parle enfin tout en posant le dossier sur la pile qu’elle comprend comme étant ceux qui ont été traités.
- Mademoiselle, votre requête est acceptée. Vous serez désormais connue sous le nom suivant, Ivanovna Gunnray. Grand bien vous fasse.
Puis l’homme se penche vers elle et chuchote….
- … si un jour vous tombez sur des documents du même ordre, prévenez-moi d’abord, ils méritent un bien meilleur traitement…
Et voilà. Tout ça pour ça. Ivanovna en ressort déçue, immensément. Elle avait rêvé, cauchemardé parfois, de tout autre chose. On s’imagine souvent nos épreuves les plus folles comme étant des moments de transfiguration. Il n’en est rien. Ce ne sont que des moments ordinaires, seul notre inconscient en fait des heures surnaturelles.
Ce même jour elle rend visite à sa sœur, dans ce petit cimetière qui est pour elle comme une extension de son jardin. Elle ne modifiera pas la stèle, souhaitant ne pas décider pour Circéia de son éternité. Ivanovna Gunnray, sœur de Circéia Alekhina. Cette fois, c’est officiel.




