PNJ J A.S. Le Jeu du Corbeau et du Chevalier

Le sourire et le regard de Thomas avaient parlé pour lui, éloquents dans leur silence. Mais Morgan choisit de ne pas réagir — ou plutôt, de détourner les yeux, le menton fièrement relevé, au moment même où le piège dans lequel elle s’était volontairement glissée se refermait sur ses propres doigts glacés.

Une inspiration prise à la volée, le regard perdu au loin… Tandis que le paysage se tordait dans un craquement sourd, la sorcière se cramponna un peu plus fermement à l’ancrage que lui offrait son escorte.

La destination, bien qu’inconnue, possédait malgré tout une étrange familiarité. Il fallait dire que lorsqu’on avait vu une ruelle étroite, on avait presque l’impression de les avoir toutes vues. Surtout quand on était un sorcier — surtout quand on était elle.

Récupérant sa main, et avec elle le souffle qu’elle avait laissé en suspens pendant le transplanage, la noiraude replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Et, comme pour dissiper le fantôme fugace de la sensation d’écrasement, ses épaules tournèrent dans un petit mouvement circulaire qui lui était devenue réflexe depuis bien des années. Finalement elle suivit Thomas, ses pas calqués sur les siens, mais s’arrêta juste avant de sortir complètement de l’ombre du passage discret.

Dublin, annonça-t-il d’un ton légèrement théâtral, ce qui décocha à la femme un air amusée.

Morgan n’était pas exactement vêtue à la manière moldue des villes. Une surjupe drapée sur un pantalon sombre, un ceinturon large aux airs de corset oublié, le tout dissimulé — ou souligné — par un long manteau entrouvert, ensorcelé pour la maintenir suffisamment au chaud en ce temps de décembre. Mais elle savait qu’elle n’avait pas réellement à s’en soucier. Dans leur cécité ignorante, les moldus passaient sans vraiment voir. Parfois un sourcil se haussait… puis l’indifférence reprenait ses droits.

« “Notre” Irlande ? » répéta-t-elle avec une pointe d’interrogation et un sourcil arqué, sortant finalement de l’ombre de la ruelle. Ce n’était qu’une expression, certes, mais venant d’un étranger elle ne pouvait s’empêcher de la relever. Et puis elle se rappela du nom désormais associé à l'homme. Evidemment, il avait plus que surement des origines britanniques.

« Mmh... oui, il me semble que je connais plutôt bien ce qu’est une pizza », reprit-elle à suite, le ton léger, presque moqueur. Combien de pizzerias et autres "bas" lieux de restauration plus ou moins crasseux, aux néons tremblotants, avait-elle arpentées, seule, avec Cora — ivres ou sobres ? Il serait difficile de les compter.

Était-ce dans ce genre d’endroits qu’il comptait l’emmener, lui aussi ? Une tentative de descendre — ou de feindre de descendre — au niveau de ce qui lui semblait être celui de la sorcière de l’Allée ? Elle ne savait quoi penser à cette idée.

Ce qui, au fond, restait le plus surprenant, c’était que lui sache ce qu’était une pizza. Ce détail, si banal, résonnait comme une dissonance dans l’image qu’elle s’était construite. Mais elle commençait à comprendre qu’avec cet étrange héritier, rien ne devrait vraiment l’étonner — et puis… les français n’étaient-ils pas, de toute façon, de curieuses créatures par essence ?

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InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b

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Morgan semblait s’interroger sur la particule grammaticale possessive que Thomas avait utilisé pour parler de l’Irlande. Il sourit, lui jetant un regard amusé en haussant une épaule. « Je suis irlandais de naissance », répondit-il, reculant en la laissant marcher, désireux de ne pas rompre le contact visuel. Pas tout de suite. « J’y suis né, j’y ai grandit, et j’ai même été à Poudlard. »

Thomas pivota à nouveau, et arpenta enfin la rue. Il avançait lentement, jetant des regards autour de lui. Quelle affreuse ville. Dublin avait le charme que l’on trouve aux vieilles villes méphitiques. Thomas avait visité bien des villes lors de ses nombreux voyages aux quatre coins du Monde, et toutes les grandes villes lui laissaient la même sensation désagréable : celle de se retrouver coincé dans une gueule animale. Oppressé, observé, en perpétuel danger. Dublin, Paris, Moscou, Tokyo… Thomas préférait le charme authentique des villages typiques, là où l’identité d’un pays se ressentait vraiment. Adare, Aubazine, Ouglitch, Ine… Et bien d’autres hameaux dont le nom imprononçable lui avait échappé.

Thomas sourit lorsque Morgan annonça savoir ce qu’était une pizza. Ni enchanté ni déçu, il se contenta de lever les yeux au ciel. « J’adore les pizzas » murmura Thomas d’une voix rauque trahissant son excitation pour le repas à venir.
Il continua à marcher, ralentissant pour être à la hauteur de Morgan. Il ne voulait ni la coller, ni l’avoir loin de lui. Un juste milieu avait été trouvé, mais accepterait-elle une proximité ? Thomas ne la forcerait pas. Il s’estimait déjà chanceux de l’avoir à ses côtés ce soir.

« Dans quelle maison étiez-vous ? A Poudlard. »

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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

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Un Irlandais de naissance, qui avait étudié à Poudlard. Et il aimait les pizzas. Un rictus effleura les lèvres de Morgan. Était-il… plus normal qu’elle ne l’avait cru ?

« Allons donc… » souffla-t-elle, sans hausser la voix, comme si la rue grise et banale s’était soudain changée en alcôve de confidences. Son ton n’était ni moqueur ni incrédule — seulement teinté de cette ironie douce. Vous êtes bien prompt à assumer que je sois allée à Poudlard. »

Elle avançait à son rythme, sans presser le pas, mais sans traîner non plus, ses pas épousant les siens comme un écho discret. Elle ne savait toujours pas où il comptait l’emmener. C’était presque rafraîchissant, ce flou volontaire. Presque.

« Enfin, reprit-elle, avec légèreté, j’y suis effectivement allée. Au grand dam d’une partie de mes ancêtres, cela dit. »

Elle eut un bref silence, pas vraiment douloureux, mais pensif. Les Rosenwald. Elle n’en parlait pas souvent. Des morts pleins d'étranges principes. Et certains, pas encore tout à fait morts.

« Dans quelle maison pensez-vous que j’étais ? » demanda-t-elle alors, sur un ton parfaitement innocent, mais déjà chargé d’une certaine malice. Elle tourna légèrement la tête, captant son regard du coin de l’œil, comme si elle guettait une réaction. Et, avant qu’il puisse répondre, elle lâcha, d’un ton calme, presque évident : « En tout cas, je parie que vous étiez à Serpentard. »

Elle ne le disait ni comme un reproche ni comme un compliment. C’était un constat. Ça se lisait sur lui comme un sortilège non dissimulé. Le choixpeau n’avait pas pu hésiter bien longtemps. Ou bien, il l'avait fait l'erreur de l'envoyer dans une autre maison.

Mais l’idée fit naître une autre pensée, presque inconfortable.
S’étaient-ils déjà croisés, autrefois ? Dans un couloir ? Une salle de classe ? Elle plissa brièvement les yeux, comme pour scruter un souvenir brumeux. Son esprit chercha, sans trouver.

Peu de visages lui étaient restés. Elle avait traversé ses années à Poudlard en équilibriste, gardant tout le monde à bonne distance. Il aurait très bien pu être là — un de ces visages anonymes qu’elle n’avait jamais pris la peine de remarquer.
Ou alors…
Non. Peut-être pas.

Elle se surprit à se demander quel âge il avait. Et, presque aussitôt, elle se demanda si elle voulait vraiment le savoir. Comme s’il existait une forme de vérité dans ce chiffre — une vérité trop concrète, trop ancrée, pour un homme qui, jusqu’ici, n’avait été que mystère en mouvement. Un mystère français et irlandais, qui aimait la pizza, et jouait les gardes du corps pour une jeune sœur au cœur de lion.

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Morgan se prêtait à son jeu, et cela emplissait Thomas de joie. Pas d’assurance ni d’arrogance, non, de joie. Elle avait même esquissé un sourire, un léger, un discret. Presque un rien, mais plus criant qu’un éclat de rire chez certaines.

A la mention de ces ancêtres, Thomas baissa les yeux sur Morgan. Quelles pouvaient bien être ses origines ? Rien ne les trahissait. Morgan avait les cheveux noirs, les yeux bleus, la peau pâle, les traits splendides mais pas marqués…
Thomas se mit au défi de parvenir à trouver ses origines avant la fin de la soirée.

Ah… son ton d’enfant insolent fit fondre Thomas. Il s’en mordit la lèvre pour retenir un grand sourire qui aurait pu trahir l’effet que sa voix avait eu sur lui. Il était tôt, bien trop tôt, pour qu’elle découvre qu’il adorait cela.

« Oh, non… » soupira t-il dans un soupir faussement déçu. « Qu’est-ce qui a bien pu me trahir ? »

La question n’attendait aucune réponse. Il savait. Si Serpentard avait un visage, il aurait le sien. Qui lui avait dit cela, déjà ? Ah, qu’importe.

« Quant à vous, miss… Hm… »

Thomas laissa tomber son regard sur Morgan, la bouche légèrement plissée. Il la contempla quelques secondes, puis regarda à nouveau le chemin. Il se doutait qu’elle n’apprécierait pas d’être observée trop longtemps.

« J’ai la curieuse sensation que vous avez partagé ma maison mais… est-ce bien le cas ? Vous avez des airs de Serdaigle. Non pas pour le côté hautement observateur et misanthrope… quoi qu’un peu. Non, oubliez : c’est absolument pour cela que je vous imagine perchée dans les hauteurs de la vieille Poudlard pendant vos jeunes années. »

Il sourit, satisfait de lui, avant d’ajouter sans que jamais son sourire ne le quitte. « Néanmoins… »

Thomas lui jeta une œillade, son sourire se fit plus acéré, soulevant sa pommette.

« Je sais reconnaître un serpent quand j’en vois un. »

Absolument pas.
Il était seulement persuadé d’avoir son visage un jour à Poudlard, dans la promotion de la ma-gni-fique Gwendoleen Castle. Avec nostalgie, il se souvient encore du mouvement de ses cheveux blonds lorsqu’elle montait les escaliers et qu’il restait là, plus loin, à la contempler comme on contemple une déesse regagner son trône.
Par les Astres… est-ce que sa préférence pour les blondes avait débuté avec Castle ?
Et pourquoi diable finissait-il toujours par préférer les jolis corbeaux ?

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Lorsqu’il se mit à conjecturer sur sa maison, Morgan laissa son regard glisser un instant devant elle, tout en continuant de marcher au même rythme que lui. Serdaigle, songea-t-elle brièvement. L’idée n’était pas absurde — pas pour la femme qu’elle était devenue. Elle aimait le savoir et ne s’en cachait pas. Elle aimait apprendre par elle-même, tester, pousser les limites, observer. À bien des égards, la Morgan d’aujourd’hui aurait pu trouver sa place sous l’aigle, si on laissait de côté toute sa ruse et sa mesquinerie.

Mais ce n’était pas celle qui s’était assise sous le choixpeau.

À l’époque, elle était tout aussi solitaire… mais bien plus en colère. Plus rugueuse, plus rebelle. Plus ambitieuse. Elle aurait pu être à Gryffondor — elle l’avait même réclamé de toute son âme. Pas par héroïsme, ni par bravoure désintéressée. Simplement parce que cet étoffe qu’elle n’avait guère dans son cœur y avait envoyé
Arden—

La pensée se referma net, presque violemment, avant d’avoir le temps de s’installer. Morgan redressa imperceptiblement le menton, revenant au présent. Un tiraillement familier se rappela alors à elle — discret, mais bien réel. La faim. Elle n’y prêta pas immédiatement attention. La mention de la pizza avait fait son chemin jusque dans son estomac sans doute.

Son regard revint un instant sur Thomas.

« Au risque de vous décevoir de l’image que vous pourriez bien avoir de moi pour mes jeunes années — si tant est que vous en aviez une — j’aurais été une bien piètre Serdaigle. Observatrice peut-être, mais le reste… Enfin cela dit, ai-je seulement été une bonne Serpentard ? Seul Salazar pourrait le dire. »

Elle marqua une très courte pause, puis conclut d’un ton posé :

« Mais vous avez bien deviné. Bravo. »

Et avant qu’il ne puisse s’attarder davantage sur Poudlard, ses souvenirs ou ce que cela révélait d’elle, Morgan relança la conversation avec une question simple — mais soigneusement choisie :

« Alors… où exactement m’emmenez-vous manger ? Une pizzeria ? »

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Comme Thomas l’avait pressenti, Morgan se montrait être une bien agréable compagnie. Naturellement, il fut nécessaire de ne point se décourager devant les sourires absents et jugement silencieux. Thomas félicitait son endurance.
Il écouta, sourire aux lèvres, Morgan lui livrer quelques mots sur ses jeunes années à Poudlard. Pas une bonne Serdaigle, n’est-ce pas ? Il nota mentalement l’information, persuadé qu’il aurait bien des occasions de lui donner tort. Par jeu, seulement. Thomas n’était pas homme à voler la parole de ses compagnes pour changer leur vérité. Il préférait écouter, enregistrer, moquer mais, surtout, jouer. Comprenez : cet homme avait grand besoin de s’amuser.

Son sourire se fit plus grand. Bien sûr qu’il avait deviné. Un grand merci à Castle et le souvenir ému de ses cheveux blonds obsédants.
Et la voilà qui ne lui laissa nullement le loisir de rebondir encore sur Poudlard. Bien. Thomas ne se découragerait point. Il avait tout un tas de sujet de conversation sous le coude.

« Je vous emmène exactement dans une pizzeria que j’affectionne tout particulièrement. Elle n’est plus très loin. » Il leva le nez en l’air, fit mine de chercher les effluves qu’il savait ne point trouver aussi tôt. « Je m’y rendais fréquemment lorsque j’étais encore étudiant. Il n’y a qu’en Italie qu’il me fut donné l’occasion d’en goûter d’aussi bonne. Les britanniques ne savent pas cuisiner. C’est désolant. » Son regard tomba à nouveau sur Morgan. Thomas prit un temps pour apprécier la courbe de sa mâchoire, l’effet de la lumière sur sa peau pâle. Il se surprit même à désirer être une boucle noire, seulement pour sentir son parfum. Son sourire se fit plus doux. « Pourquoi Barjow et Beurk ? »

Une simple question pour apprécier voir ses sourcils se froncer, ou bien admirer ses yeux bleus le poignarder. Thomas n’était pas difficile.

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