24 janv. 2026, 19:59
OS Boite à l'être Rien qu'une enfant qui déguise sa peine


« Your worst sin is that you have destroyed
and betrayed yourself for nothing. » ~Fyodor Dostoyeksky.
vendredi 13 décembre 2041
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(Miya, 28 ans)..............
feat. @Alden Wells..........


La neige tournoie lentement autour de moi, se dépose sur ma tête et s'accroche à mon manteau. Immobile dans les rues silencieuses de Londres, les mains enfoncées dans mes poches et les yeux posés sur la porte qui me fait face, je regarde le temps couler. Ma tête est vide, et mon coeur aussi. Enfin, là où j'avais un coeur. Il ne bat plus, ce coeur piétiné, il ne pulse plus dans ma poitrine. En fait je ne suis pas sure qu'il soit encore là, mon coeur. J'ai plutôt l'impression d'avoir un trou dans le corps, un trou béant dans la poitrine, un trou qui se remplit d'alcool et de fumée la nuit et qui se revide la journée. Alors c'est ça une peine de coeur ? Tomber amoureux puis tomber en morceaux ? Les dents serrées, le regard dans le vide, je sens de nouveau cette langueur poisseuse venir me chercher. Quelque chose est cassé, et je ne sais pas si je vais arriver à le réparer — à vrai dire je ne sais même pas si je peux le réparer. Ni si j'ai envie de le réparer. Peut-être que c'est ça de savoir aimer vraiment, savoir ressentir. J'en sais rien, j'en savais rien. Maintenant je pense que je me rends compte de toutes les choses que je ne savais pas, toutes ces choses qui m'ont explosées à la figure sans prévenir. Aimer ça fait mal, partir ça fait mal, rester ça fait mal. Tout fait mal putain, tellement mal que je le ressens jusque dans mes os. Et moi j'en savais rien. Je me pensais mature, je pensais être la plus intelligence, je pensais tout savoir de la vie. Tu parles. Je savais rien du tout, et aujourd'hui je ne sais toujours pas. Mais une chose est sure ; j'en saurais pas plus en restant ici, dans ce stupide appartement trop plein. Plein de vide, plein d'une absence, plein d'une présence, plein de souvenirs, plein d'échos. Plein de Lloyd.

Le prénom éclate dans ma tête comme une vitre brisée. Les morceaux retombent sur moi comme une pluie coupante, comme des doigts pointés vers moi, comme des éclats de la vie qu'on a eue ensemble. Y a trop de choses dans ma tête et pas assez dans mon coeur, j'ai tout effacé mais j'ai rien oublié. Les étoiles, la guitare, les rires, la musique, l'alcool, les baisers et tout ce qui constituait cet étrange « nous » qu'on avait construit. Tout est dans ma tête, dans ma mémoire, dans ma peau. Et tout est trop intense, tout est trop récent. Les larmes aussi sont trop récentes, tout comme les cris, ces mots que j'ai pu hurler sous l'effet de la colère ou de la douleur, ces phrases enrobées d'alcool que j'ai crachées comme du venin. Je frissonne, et la neige n'y est pour rien. Lentement, je fais émerger mes mains des poches de mon manteau et les enroule autour de moi-même pour me frictionner, essayer de réchauffer l'enveloppe à défaut de pouvoir atteindre le coeur. Il fait froid ici, le chauffage est cassé, tout est sens dessus dessous.

La neige tombe et produit un bruit feutré, c'est le monde entier qui se pare d'une cape blanche étincelante qui abime mes yeux. Je souffle et contemple un bref instant la vapeur flotter devant moi puis se disperser. J'ai envie de fumer. J'ai envie de me barrer. J'ai envie de gueuler. J'ai envie de foutre le camp. J'ai envie de me rouler en boule par terre et de pleurer jusqu'à m'être vidée de toute mon essence. En somme, je suis devenue un être pathétique.

Cette pensée m'arrache un rire rauque qui interrompt la musique des flocons, mais je n'ai même pas envie de m'en excuser. Le rire enfle dans ma poitrine, encore et encore, et il résonne dans ces rues froides, désertes et enneigées. Mes bras sont retombés le long de mon corps il y a longtemps, ils ont abandonnée l'idée de me réchauffer. C'est impossible, tout est froid ici. La neige tapisse les rues, les toits et les murs, elle étouffe les bruits de son mieux, elle fait comme elle peut. Mais mon rire la perce sans difficultés, la déchiquète sans états d'âme. Ce rire sans joie, rauque, parfumé à la nicotine. Je ris, encore, je ris et je ris, encore et encore, sans pouvoir m'arrêter. Putain d'merde regarde ça Lloyd, regarde c'que j'suis devenue ! Un espèce de pantin mal articulé, un assemblage de muscle et de chair, une marionnette qu'on aurait oublié de pourvoir d'un coeur. C'est ça qu'tu penses de moi, pas vrai Lloyd ? Mon rire s'éteint doucement, l'amertume le remplace. Evidemment que c'est ce qu'il pense, évidemment qu'il me hait.

Je ne ris plus du tout à présent, je n'en ai plus envie. Ça me fait quelque chose bizarre dans la poitrine de savoir que je suis devenue une étrangère aux yeux d'une personne que j'ai aimée si longtemps, c'est comme se réveiller un matin et oublier qui on est. Il faisait parti de mon paysage, de mon quotidien, et maintenant qu'il est parti c'est comme si je devais tout réapprendre. Réapprendre à marcher, à respirer, à rire, à vivre. Je suis de nouveau seule et je titube sur mes jambes, j'avance en vacillant, à l'aveuglette. J'ai perdu tous mes repères et je suis incapable de les reconstruire, incapable de les recréer, de les changer. Est-ce que cela fait de moi un nouveau-né, un nourrisson ? Nan, ça fait d'moi un échec. Un brouillon à peine entamé, tout juste achevé, bâclé. Ce qui aurait pu être de l'art ne sera pas du tout, ne sera juste pas.

Lentement, comme si je comprenais enfin toutes ces choses qui se sont passées, je sens mes forces m'abandonner. Mon corps me désobéi et mes jambes cèdent sous mon poids — ce poids, ce maudit poids qui me préoccupe toute la journée. Il me fait céder et je m'effondre sur place, hébétée, les yeux perdus dans le paysage. La neige est froide sous mes jambes, elle me glace de l'intérieur. Peut-être que si je reste immobile assez longtemps je finirais pas geler complètement, et peut-être que quelqu'un aura l'idée de donner un coup dans cette statue de glace à la forme d'une femme recroquevillée. Peut-être que je volerais vraiment en éclats, peut-être qu'il suffira d'un seul mot pour me faire éclater, peut-être qu'il suffira d'un « Lloyd » pour tout faire disparaitre, pour mettre fin à cette mascarade ridicule. Je crois qu'une larme coule sur mon visage, mais peut-être qu'il ne s'agit que d'un flocon qui a fondu sur mes joues. Ce serait facile de transplaner chez lui — enfin, chez Jude —, tellement plus facile. Mais que pourrai-je bien dire ? Que pourrai-je murmurer, quelle supplique n'ai-je pas encore essayée ? Aucune, elles y sont toutes passées. Et ça semblait si simple de m'excuser, de revenir vers lui, de tendre la main vers la sienne. Une autre goutte glisse le long de ma joue, et cette fois je suis certaine de pleurer. Encore. Il faut croire que je n'aurais jamais fini de pleurer, de me vider de larmes. Je baisse la tête et mords fort ma langue, jusqu'à ce que ça me picote et que je sois forcée de lâcher.

Tout autour de moi, sur mon corps replié et sur le sac de voyage sans fond que j'ai rempli trop vite, il neige. Lentement mais surement, la fine cape blanche qui s'était déposée sur Londres se transforme en épais manteau de fourrure. La neige tombe, ma détermination s'effrite et mes larmes se cristallisent sur le sol. Je dois sembler bien pathétique, avachie ainsi sur le sol, le corps tremblant et le visage strié de pleurs. Tout est en désordre, tout est en vrac, rien n'a de sens. Je ne me suis que trop attardée ici, devant l'immeuble d'Alicia, vulnérable aux regards.

Alors je me relève, je m'appuie maladroitement dans la neige et retrouve mon équilibre. J'ai les doigts froids, si froids. Ils sont frigorifiés quand je sors difficilement une enveloppe de mon sac. Une enveloppe fermée à la hâte, sur laquelle est griffonné le prénom de mon meilleur ami. Ne m'en veux pas s'il te plait, je pense, la gorge nouée, en faisant quelques pas jusqu'à la boite aux lettres d'Alicia, de la soeur d'Alden. Je me raccroche à ces prénoms, à ces certitudes pour avoir le courage de glisser tant bien que mal l'enveloppe dans la petite boite métallique. Je ne sais pas si ils l'ouvrent, si ils l'utilisent vraiment et, un bref instant, je me dis que je viens de mettre mes mots d'excuse dans une boite qu'ils n'ouvriront jamais, là où ils seront inaccessibles à Alden. Puis je me souviens qu'ils sont familiers avec les choses moldues, je me souviens qu'ils connaissent bien plus de choses que moi. Cette pensée me rassure tandis que je titube jusqu'à mon sac, glissant mes doigts gelés dans les gants que j'ai eu la présence d'esprit d'emporter.

Voilà. J'ai déposé ma lettre d'au-revoir, mes doigts se réchauffent et j'ai eu le temps de pleurer sous la neige londonienne. La nuit commence doucement à tomber, les réverbères à s'allumer et les gens à rentrer du travail pour le weekend. Alicia est peut-être dans l'appartement, Al' ne va peut-être pas tarder. Il est temps pour moi de disparaitre, je ne peux plus attendre. Je dois avoir le temps de passer à ma prochaine destination avant de rejoindre le magic'port le plus près.

Et c'est ce que je fais. De la main gauche j'empoigne mon sac de voyage, et je pose la droite sur ma baguette. Après un dernier regard à la boite aux lettres dans laquelle gît misérablement les quelques mots d'excuse que j'ai pu coucher sur le papier, je tourne le dos au bâtiment et m'éloigne. Je rejoins une petite rue vide, à l'écart des regards, et je vérifie une ultime fois qu'aucun moldu n'est dans les parages avant de sortir ma baguette. « Au revoir, Al'...à bientôt », je souffle d'une voix imperceptible. A présent, les larmes coulent à flot sur mes joues rosies par le froid. Je n'ai plus rien à faire ici, il faut que je m'en aille, il faut que je m'arrache à ce lieu, que je tranche le lien qui m'y retiens encore. Je reviendrais, je promets, silencieuse. Et en un battement de cils, je disparais. Un crac sonore et je me dissous, j'envoie mon corps et mes affaires dans le néants, en direction du Pays de Galles, vers l'appartement de Kieran et Yuri.


~~~

Très cher Alden,

A l'heure où tu lis ces mots, je ne suis plus là. Je suis partie. Je suis loin de l'Angleterre, loin de Londres, loin de tout ce qui me reliais à Lloyd.

Ne m'en veut pas. Je ne te demande pas de me pardonner ni de m'excuser, tu n'as pas non plus à essayer de comprendre. Je suis partie loin, le plus loin possible, mais ce n'est pas définitif. Enfin, je ne pense pas. Je reviendrais peut-être surement, un jour. Quand ça ira mieux, quand j'aurais réussi à reconstituer les morceaux que j'ai perdus en cours de route. Je suis désolée de partir aussi vite, de ne pas te le dire en face, de disparaitre dans ton dos. Avant de t'énerver, rappelle toi que je suis une fille super canon et qu'il ne faut pas taper les filles (sauf si elle m'a insultée ou qu'elle prétend être plus belle que moi). Je t'aime très très très fort, tu vas beaucoup me manquer mais je dois disparaitre et je te suis reconnaissante de prendre aussi soin de moi, de continuer à m'aimer même quand je te colle une raclée en duel ou que je sonne chez toi à 2h du mat parce que j'ai pris une cuite.

Ne t'inquiète pas pour moi surtout, je vais bien je vais m'en sortir. Tu me connais, je suis une battante et je suis plus débrouillarde que tout le monde, je réussirais bien à me reconstruire une vie là où je vais. J'ai peur Je suis soulagée de pouvoir recommencer ma vie loin d'ici, là où je ne serais pas poursuivie par les réminiscences des derniers mois, là où je pourrais inventer une nouvelle Miya qui, je l'espère, saura redevenir quelqu'un de complet.

Je te laisse mon appartement à Londres, les clefs sont dans l'enveloppe. Il reste tous mes meubles, ma vaisselle, quelques livres et tout plein de choses utiles qui m'auraient encombrées. Sens toi libre d'en faire ce que tu veux — y emménager, le revendre, le prêter à quelqu'un, le louer,... —, j'ai changé le contrat pour qu'il soit à ton nom, c'est toi le proprio maintenant. C'est vrai qu'il est au septième étage et qu'il n'y a pas d'ascenseur, mais il a un chouette accès au toit, alors n'hésite pas à venir t'installer. Je sais qu'Alicia t'adore, mais je me suis dis que tu apprécierais peut-être d'avoir ton propre appartement à Londres.

Ne me cherche pas, pas encore. Je te contacterais, je reviendrais, c'est promis.

Avec tout mon amour,
Mimi.

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mention : @Lloyd River

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage