30 janv. 2026, 00:29
 Fanfiction  La cellulose de la justice
De mémoire végétale, il m'a presque toujours paru être fait pour soutenir.

Pour être ce socle que tout le monde utilise, mais auquel personne ne pense vraiment.
Ce socle banal, stable -parfois non-, oublié, qui absorbe les fatigues des personnes âgées ou enivrées, les désespoirs des personnes trop épuisées mentalement pour se lever, les odeurs et l'humidité des moins délicats parmi les Hommes.

Rien ne me destinait à quoi que ce soit de plus glorieux. Je fus ôté d'une forêt, d'un tronc arraché à la terre, pour devenir planches.
Planches, qui, nonchalamment ajustées entre elles, allaient devenir ce mobilier insignifiant et pourtant si essentiel.
On ne me remercie pas, on ne me regarde pas -sinon pour me critiquer lorsque je suis bancal-, l'on ne pense jamais à moi -sinon lorsqu'un petit orteil vient me rencontrer par inadvertance-.

Et pourtant ce soir là, je n'allais plus être un meuble, j'allais devenir un héraut de la colère, un messager de la fureur divine.

J'avais déjà ressenti cette personne, près de moi, celle qui, ce soir là, avait décidé d'exprimer son amertume à un jeune fessier que je n'avais jusqu'alors jamais rencontré.

Peut-être avais-je déjà rencontré cette personne dans un bar, ou dans une école, avant que je ne connaisse la peur de l'inconnu lié à la mobilisation, pour préparer un nouveau lieu à une déferlante humaine.
Cette personne, sentait l'industrie lourde, celle où mes congénères disparaissent au profit d'une folie destructrice. Une personne dont les sombres pensées allaient jusqu'à noircir l'âme de ma sève.

Si j'étais Homme, ce soir là, il m'aurait fallu agir, malheureusement, je ne suis que mobilier.
Mobilier qui par ailleurs, et pour une raison qui m'échappait encore, sentait sa dernière heure arriver.
Il est des instants, parfois, lorsque les Hommes rencontrent l'alcool, lorsque les enfants courent autour de vous, ou vous sentez votre dernière heure arriver.
Vous sentez cet instant ou un de vos pieds sera violemment percuté par une botte humaine, vous faisant vivre une douleur amenant à la folie, vous rendant des plus instables.

Était ce par une intervention de Mère nature, était ce une revanche de la forêt? Dans tous les cas, mon destin s'est vu chambouler ce soir là.

J'ai ressenti la chaleur de fesses inconnues me quitter, libérant par ailleurs le poids de l'empathie que je ressentais, quant à la tension de ce jeune anonyme.
Soudain, mes pieds perdirent pied, mes sens se sont sentis chamboulés.
La chaleur venait alors de mon dos, quelqu'un m'avait-il attrapé pour se maintenir? Non, c'était impossible. Cela n'expliquait pas la pesanteur.

Deux mains fermes, brutales, qui ne demandaient pas: elles prenaient.
Je n'eus le temps de grincer de peur -d'ailleurs, qui écoute une chaise grincer? Ils appellent ça un défaut, pas un cri-.

J'avais quitté le sol, j'en étais désormais persuadé.

Pour ceux qui se demandent, je le sais désormais, une chaise n'a pas le vertige.

L'air glissa sur mes flancs, se rapprochant de cris, de tensions, tandis que je ressentais cette présence néfaste.
Trop tard, je compris, j'étais devenu le bras armé des hamadryades, le poing de Damu, la charge de Faunus. Il était un mal à extirper de ce monde, et j'étais devenu l'outil des dieux à cet effet.

Un cri, tel celui d'une banshee, me brisa en une constellation de poussière.
Une mission m'avait été confiée, la tâche n'était désormais plus dans les mains des Hommes ou des dieux. Elle était mienne.

Rassemblant toutes les forces qu'il me restait, je tentai de rassembler les morceaux, et je me jetai dans les voies respiratoires de l'antagoniste désigné.

C'est avec honneur que je peux dire aujourd'hui que j'ai accompli ma tâche.
Que mon déracinement n'a pas été vain.
Que la forêt a obtenu sa revanche.
Que Mère nature a su faire passer un message.

Je ne suis plus rien, sinon un héraut, et un héros.
Et si mon destin fut d'être réduit en poussière..
Alors qu'il en soit ainsi..
Dans les bois obscurs...
L'on parlera encore...
De moi dans...
10000 ans...

5e année InRP
#4d5684 Herbert
Expert en mobilier balistique
Coléoptérophone