1 févr. 2026, 01:35
 PNJ  La manucure Deprouste
Samedi 14 mai 2050 — 15h37
@Alden Wells

Même devant cette porte d'entrée, Rahima en voulait toujours un peu à sa mère.

Aller acheter du lait, c'était une chose. Retrouver une amie, c'en était une autre. Et qui était très loin d'être au niveau de la première.

Même si ses pensées étaient beaucoup plus fluides qu'auparavant, elle se sentait toujours beaucoup trop dissociée par rapport à ses agissements. Elle ne pensait définitivement pas être capable d'agir synchronisée sur une longue période. Pas comme avant.

A la rigueur, une nouvelle personne inconnue ou qui ne l'avait que peu connu, cela lui aurait fait moins bizarre. La personne en face n'aurait pas risqué de déceler immédiatement que ses pensées étaient en décalage avec ses mots. Mais, avec Alicia...

Mais en même temps, est-ce qu'elle aurait été ouverte à la rencontre d'inconnus ? Pas sûr. Elle se serait probablement contentée de se poser au comptoir d'un bar, de commander une boisson non-alcoolisée et de grogner chaque fois qu'une personne civilisée essayait de l'aborder. Autrement dit, tout l'inverse de l'ancienne Rahima.

Peut-être était-ce la meilleure solution, finalement. Mam-... Sa mère n'avait complètement tort. Elle ne pouvait pas se contenter d'être un zombie errant dans la maison jusqu'à la fin de ses jours. Il fallait qu'elle réapprenne à vivre en société. Et dans une société un peu plus grande qu'uniquement la communauté qu'elle constituait avec ses parents, de préférence.

Et la meilleure solution pour y parvenir était... revoir des proches. Et faire comme si rien n'avait changé. Ne pas inquiéter. Ne pas changer. Faire comme avant. Tout comme avant.

Bien évidemment, elle passerait sous silence le fait qu'elle était en réalité de retour en Irlande non pas depuis une semaine mais en réalité deux mois. Cela valait de soi. Et elle prierait pour qu'Alicia l'ait suffisamment oublié pour ne pas remarquer qu'elle avait perdu énormément de muscles et, par conséquent, de poids depuis la dernière fois. Alors que c'était logiquement censé être l'inverse lorsqu'on est dans une équipe de Ligue. Et elle s'efforcerait d'être aussi souriante qu'avant. Après tout, elle était heureuse de revoir une amie ! Elle était censée... être...

Non, elle ne pouvait décemment pas s'empêcher d'en vouloir à Maman.

Ce n'était pas elle qui revoyait sa toute première amie après deux mois à faire la morte en espérant que personne n'aille lui rendre visite à l'improviste au Japon. Ce n'était pas elle qui devait essayer de retrouver sa personnalité d'antan alors qu'elle se voyait maintenant à la troisième personne. Tout ce qu'elle voulait, c'était que sa fille redevienne normale le plus vite possible. Quelle...

Décidée à ne pas insulter sa mère intérieurement, Rahima prit finalement l'initiative de ne pas sonner à cette porte. Elle ne l'insulterait pas intérieurement, non. Elle l'insulterait en face. Maintenant, Rahima était égoïste. Et elle le comptait bien le faire savoir à sa pauvre mère. D-...

Mais elle n'eut pas l'occasion d'arriver au bout de ses pensées puisque la boucle de son manteau, dans son vif demi-tour, est allée directement frapper à la porte du frère d'Alicia, faisant dans le même temps un bruit monstrueux. Et cela rappela aussi instantanément l'engagement que Rahima avait pris avec son ex magico-prothésiste ongulaire. Non, elle ne pouvait pas encore être égoïste : elle venait tout juste de lui promettre qu'elle la verrait.

Il fallait croire qu'un décalage ne signifiait pas le changement complet de personnalité. Chassez le naturel, il revient au galop ! C'est ce dont elle était lentement en train de se rendre compte en sentant qu'elle allait malheureusement devoir attendre encore un peu pour être égoïste. Elle avait des engagements qu'elle devait encore tenir envers son amie. Après, elle pourrait être se montrer détestable envers sa mère. A supposer qu'elle y parvienne.

C'est pourquoi elle finit par prendre une grande inspiration avant d'oser continuer ce que son manteau trop long avait déjà commencé à faire pour elle : toquer à la porte de... comment s'appelait-il, déjà ? Alden ?

Elle l'avait déjà vu quelques fois auparavant mais à de trop rares occasions pour qu'elle s'en rappelle limpidement. Et plus encore après cinq ans loin du Royaume-Uni.

J'affectionne particulièrement les jeux de mots nuls. Tu l'auras compris au titre :disguise:

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#b5675d#945149

13 févr. 2026, 18:54
 PNJ  La manucure Deprouste
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Alicia Wells
- Lien avec le PJ : Petite sœur
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui / Non
- Si "oui", impact envisagé : Alden est minimement présent
- Si "non", impact envisagé sur l'autre PJ : Retrouvailles amicales, amies de longue date


Samedi 14 mai 2050 — 15h37
@Rahima Ahmadi


J'entends quelqu'un toquer à la porte, si toquer est acceptable, vu le bruit que ça fait, mais mes mains sont prises, et Alden se dirige déjà vers l'entrée, donc je ne bouge pas. Je me demande néanmoins qui ça peut être, pourquoi quelqu'un viendrait toquer si tard un samedi, surtout quand Alden est prêt à partir rejoindre je-ne-sais-qui pour faire je-ne-sais-quoi—rien d'assez intéressant pour me forcer à lui demander. Je suis bien contente qu'il fasse quelque chose de sa vie donc je le cuisine pas sur ses activités. En bref, je ne bouge pas d'un cran, mais j'entends la porte s'ouvrir, et quelques murmures, et ça prend trop longtemps pour être une pauvre âme qui s'est trompée, donc j'inspire bien fort et : « C'est qui ? » je crie au dessus des tons de jazz qu'Alden aime tant, que j'aime moins que lui, mais bon, je ne peux rien dire—vivre chez son frère à mon âge c'est la lose, je le sait, et il est bien gentil de m'accueillir, même si je sais qu'il le ferait dans toutes circonstances. Il me répond pas, ça m'agace.

Mes chaussons en forme de lions glissent sur le parquet, et je m'en fiche bien d'être en pyjama—c'est samedi, bordel, et je fais ce que je veux. Je suis prête à crier quelques douceurs (faux) sur la pauvre personne qui a osé me déranger dans ma préparation à une solitude certaine qui suivrait les pas d'Alden hors de la porte, mais mes lèvres restent ouvertes autour de mots silencieux et mes yeux deviennent ronds.

« Rahima ? » je dis à la place des bêtises que j'avais préparées. Déstabilisée, c'est bien le mot. Ça fait longtemps que j'ai pas vu ce visage. Alden sourit et hoche la tête, son regard dansant entre elle et moi. « Mais oui, Rahima, » il dit. « C'est ça. Je me disais que j'étais pas loin, et que ton visage me disait quelque chose au final—entre, entre, » ajoute mon frère alors que je pose deux poings sur mes hanches. Je dois pas être très imposante avec un vieux t-shirt, un sweat déchiré et mes cheveux en pagaille, mais j'ai envie qu'elle voie tout sur mon visage. Je la reconnais à peine, elle me fait penser à mon frère quand il décide de se barrer parce qu'il sait pas gérer sa vie, et qu'il revient tout con à ma porte (sa porte) parce qu'il va un peu mieux mais pas trop au final. Elle a pas l'air franchement enchantée d'être ici et d'un geste de la main, je vire Alden du couloir, et il est gentil, il hoche la tête à nouveau comme une de ces figurines que papa a sur le tableau de bord de son vieux camion, qui font que ça, et il quitte le couloir.

C'est elle et moi maintenant. Comme dans un duel de Western. Il me manque juste le chapeau, les bottes et le pistolet, mais je pense que mes yeux font le boulot. Et d'un coup, ça s'évapore, parce qu'elle a pas l'air dans son assiette, et je prends quelques grands pas vers elle pour lui faire un gros câlin trop serré qui, je l'espère, lui coupe le souffle. « Ayé, t'es revenue pour de bon ? » je lui demande, à moitié enfouie dans son manteau. « Genre là à l'instant ? Parce que je me rappelle bien t'avoir demandé de venir me voir dès que t'étais posée. Distinctement d'ailleurs. Noir sur blanc. Sûre de sûre. »

Je sais plus si j'ai oublié qu'on avait décidé de se voir aujourd'hui précisément, ou si c'est elle qui a pris vingt ans à se pointer. Peu importe. Je me recule, mains sur ses épaules. « T'as mauvaise mine. On dirait que tu t'es fait rouler dessus. Tu veux un truc à boire ? Al' a que du vin, vu qu'il a soixante ans, mais on pourra bien trouver un truc. » J'appuie mes paumes sur ses joues pour lui faire une tronche de poisson. Elle a perdu du poids. Louche. Ses joues sont plus creuses. Elle est pas censée être genre…une athlète de haut niveau ? Elle était où déjà, avant ? Au Japon ? Oui, c'est ça, le Japon. Ils sont tous fins là-bas donc j'imagine que ça a peut-être pris le dessus mais quand même, c'est bizarre ça, elle nage presque dans son manteau et j'ai l'impression de revoir Alden il y a un an ou deux. Non, pas l'impression. J'essaie de pas paraître inquiète parce que ça les stresse, ceux qui vont mal, et du coup je glisse mon bras sous le sien et je la tire à l'intérieur.

Alden a déjà posé deux tasses sur la table de la cuisine. Il a aussi glissé des paquets de gâteaux pour faire bon hôte, j'imagine mais je le vois nulle part. Bon. « Assis. » Je pointe un ongle manucuré vers une chaise. « Café ? Thé ? Eau ? Soda ? Vin ? » je demande. La dernière option me semble la meilleure parce que j'ai l'impression qu'il y a de quoi raconter mais je veux pas la forcer, donc j'attends sa réponse avec une patience qui m'est pas caractéristique du tout, adossée au comptoir.

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25 févr. 2026, 21:41
 PNJ  La manucure Deprouste
S'il y a bien une chose à laquelle Rahima s'attendait moins que de se faire accueillir par du jazz à n'en plus s'entendre à l'autre bout de l'appartement, c'était bien de se faire ouvrir par le fameux Alden. Enfin... elle était certes un peu déçue mais elle ne pouvait pas se révéler totalement surprise. Après tout, c'était avant tout l'appartement d'Alden. Même si elle avait souvent eu l'impression que sa sœur vivait plus là-dedans que lui-même.

Et ça devait être le cas aujourd'hui aussi. Pourquoi ce n'était pas le cas ? Pile lorsqu'elle revenait ? Pile lorsqu'elle en avait besoin ? Elle ne pouvait avoir besoin que de deux choses en cet instant précis : un total inconnu ou un très bon ami. Et Alden, aussi agréable ait-il été durant leurs brèves interactions dans le passé, n'était ni l'un ni l'autre. Ce n'était pas contre lui. C'était simplement totalement en dehors de ses plans et elle n'était absolument pas préparée à l'éventualité de prendre un verre avec l-...

« — Rahima ? »

Alden disparait subitement de mon champ de vision. Je suis simplement interpellée par cette voix. Cette voix reconnaissable entre toutes. Celle d'Alicia.

Mon cœur se soulève lorsque je la vois, derrière cette épaule. Elle paraît plus déstabilisée qu'autre chose, certes. Mais elle a une dégaine absolument fidèle à elle-même. En pyjama, avec des chaussons-lions, à moitié décoiffée. C'est la Alicia que je connais. C'est celle qui met à l'aise. C'est celle avec laquelle j'ai fait des soirées jusqu'à pas d'heure. C'est celle qui m'a toujours soutenue dans mes projets délirants. C'est celle dont les câlins sont d'un réconfort infini. C'est-... Est-ce que je suis en train de sourire, là ? Je crois bien. Wow.

« — Mais oui, Rahima. »

Le sourire de Rahima disparaît aussitôt pour laisser place à la confusion. Elle semble tout juste se rendre compte qu'elle regardait son amie par-dessus une épaule. Et que cette épaule était celle d'Alden, qui venait tout juste de reprendre la parole. Certes, elle a fixé ce dernier sans rien dire pendant un petit moment mais cela n'avait visiblement pas suffi à lui faire rentrer dans le crâne qu'il était présent. Et qu'il se tenait en fait juste en face d'elle. Contrairement à son amie.

Heureusement, sous l'injonction de sa sœur, le jeune homme se retrouve bien vite à dégager le chemin pour... un de ses magnifiques câlins qui coupent le souffle en remettant la colonne vertébrale en place. Comme elle l'avait espéré. Et comme elle en avait bien besoin, au vu du craquement qu'a fait son dos.

« — Ouch ! commença-t-elle en lui rendant une étreinte qu'elle espérait digne de la poigne d'Alicia, Oupsi ? Je suis revenue il y a une semaine, ça vaa ! Le temps de défaire mes bagages et de faire un coma après avoir enchaîné durant toutes ces années. Ça passe, non ? Tu ne vas pas m'en vouloir pour ça ? »

Le fait de retrouver les bras d'Alicia... cela rendait les choses tellement plus naturelles. Rahima savait quoi dire. Savait quoi faire en sa présence. Pourquoi en avait-elle douté, quelques secondes au préalable ? C'était supposé être inné. Ça ne s'oubliait pas. Bien sûr qu'elle pourrait simplement agir le plus naturellement et instinctivement possible avec elle. Elle le ferait toujours avec une certaine distance, certes. Mais elle le ferait instinctivement. Et naturellement.

Mais alors... pourquoi cela fonctionnait-il aussi mal avec ses parents ?

« — Oui, revenue pour de bon, ajouta-t-elle en secouant la tête pour s'empêcher de penser à ce genre de question fâcheuse pour le moment. Pu d'escapade de plusieurs années dans d'autres pays. Cette fois, je ne bouge plus ! »

Ooh que oui. Elle avait bien eu sa dose de voyage pour toute une vie.

Mais elle se pinça les lèvres lorsqu'Alicia fit mention d'alcool. C'est vrai. Rahima avait oublié ce détail : elle buvait, à l'époque. Et pas qu'un peu. Elle ne tenait même pas très bien l'alcool et c'est en partie pour cette raison qu'elle s'est dite qu'elle devait arrêter. En plus de sa liste longue comme un bras de péchés susceptibles de la mener tout droit en enfer qui n'avait cessé de s'allonger. Ah, l'époque où elle était étudiante... pourquoi avait-elle l'impression que c'était il y a si longtemps ?

L'instinct et le naturel lui semblaient soudainement bien hors de portée. Comment était-elle censée répondre face à une telle dissonance entre ses valeurs aujourd'hui et à l'époque ?!

« — J'aurais bien dit du vin puisqu'il n'y a que ça mais au vu des tasses qui sont sorties, je pense que ça va plutôt partir sur du thé... dit-elle en observant les tasses que le frère d'Alicia avait sorties avec un sourire en coin. Sauf si ça ne dérangerait pas le soixantenaire qu'on ose verser son vin dans une tasse ? »

Et puis zut, elle venait de retrouver Alicia, après tout ! Ça se fêtait bien, ça ! Et puis, le vin, ce n'est pas comme de la bière. Cela restait tout de même un peu plus noble. De plus, elle était entre de très bonne main et en sécurité ici. Rien ne pouvait lui arriver. Son père désapprouverait totalement mais sa mère serait fière d'elle pour ce premier pas. Rahima aurait après tout tooout son temps pour faire une transition correcte vers de la virgin bièraubeurre. Mais l'heure n'était clairement pas à ça. Pas pour le moment. Pas maintenant.

La réalité la rattrapa de nouveau malgré tout lorsqu'elle se retrouva face à... ses anciens projets. À l'origine, tout ce qu'elle souhaitait faire au Japon avait été acquérir le plus d'expérience possible auprès des meilleurs pour être la meilleure joueuse possible une fois de retour au Royaume-Uni. Elle s'était simplement un peu trop plu au Japon et... maintenant, comment justifier qu'elle ne souhaitait absolument pas retourner sur un balai ? Pire : comment justifier qu'elle avait plus régressé ces derniers mois en terme de performances qu'elle ne s'était améliorée ?

Elle espérait secrètement qu'Alicia ait suffisamment de clients pour avoir un tant soit peu oublié les rêves pour la suite de Rahima. Surtout après tant d'années.

« — Ça fait... cinq ans. Regarde-moi droit dans les yeux et ose me dire qu'il ne s'est rien passé entre temps ! Ou dis-moi que tu n'as pas envie de parler devant ton frère. Ça peut se négocier, ajouta-t-elle plus bas en ponctuant sa phrase d'un clin d'oeil. »

Ne pas perdre de temps. Directement lui faire parler d'elle. C'était ma foi une solution.

« — La question vaut aussi pour toi, Alden ! continua-t-elle plus haut en se tournant vers le jeune homme. »

Ils n'étaient que trois dans cet appartement, qui était le sien, par ailleurs. Elle n'allait pas commencer à faire comme s'il n'existait pas.

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8 mars 2026, 11:12
 PNJ  La manucure Deprouste
J'ai un genre de don. Ou une malédiction. Un petit Spidey-sense depuis que je suis gamine qui me dit quand les trucs en face de moi ne sont pas vraiment…dans le bon sens. Par exemple, j'ai su quand papa avait une dent infectée même avant qu'il ait mal, et après, j'ai su que maman allait être en colère contre lui, parce qu'il fait jamais attention, mais ça, c'est plus du cause-effet qu'autre chose. J'ai su qu'Alden allait mal la première fois où je l'ai laisser partir je-sais-plus-où, je l'ai vu dans ses yeux, et puis toutes les fois d'après, la plus récente se casant il y a un peu moins d'un an et demi.

Donc, quand je regarde Rahima, ça colle pas du tout. Je saurais difficilement dire pourquoi, mais elle a cet air de je-fais-genre qu'Alden adore utiliser, et que Miya plaque toujours sur sa vilaine tronche quand elle vient le voir alors qu'il est au plus bas. J'en conclus donc que Rahima ne va sûrement pas si bien que ça, mais je me décide à ne rien lui demander. Si elle ne veut pas m'en parler, c'est son choix. Peut-être qu'elle est juste triste d'avoir quitté le Japon. Peut-être qu'elle sait plus quoi faire de sa vie. Je comprends, je juge pas, c'est pas mon genre, et avant même qu'elle finisse ses paroles, j'ai la main autour du cou d'une bouteille de vin.

Elle est à moitié là. Perdue dans sa tête et ici avec moi physiquement. Je m’assois en face d'elle et je nous verse deux tasses de vin, deux grosses tasses. La deuxième, je la glisse vers elle. Alden passe la tête par la porte quand il entend son nom, me fais un petit coucou et un pouce vers le haut, avant que son regard se pose sur la bouteille de vin et qu'il ne grimace. « Je sais tout de sa vie, malheureusement, » dit l'homme avec un léger soupir. « Rien de très neuf, j'ai quitté Cambridge pour travailler ici, ma sœur squatte mon appartement contre mon grès et voilà, » ajoute mon frère avec une pointe d'humour dans son ton. « Bon, j'y vais ! Une bouteille, pas plus, s'il vous plaît. Bonne chance, Rahima ! »

« Il a un truc…je sais plus où, » j'offre en guide d'explication à mon amie quand la porte d'entrée claque doucement. « Il aime bien sortir en ce moment. Ça lui change les idées, c'est pas mal, » je murmure en un souffle avant de prendre une longue gorgée de vin. Je la regarde droit dans les yeux et je souris lentement. « Tellement de choses se sont passées. J'ai plein de clients. Plein de riches, » je lui raconte, m'adossant à ma chaise. « Alden a eu des soucis. Même si on dirait pas, il va pas très bien en ce moment—fin, ça va mieux, mais du coup c'est pour ça que j'ai emménagé avec lui. »

Je hausse les épaules, comme si ça ne me dérange pas de pas avoir mon intimité, ni ma liberté, ni ma vie. C'est temporaire. Un jour j'aurais peut-être quelqu'un avec qui la partager cette vie, et un boulot qui me casse pas le dos—quand on aime, on s'en fiche, mais j'ai pas hâte de voir l'état de mon corps dans quelques années. Je devrais demander à Rahima si elle connaît un bon ostéo. « La routine, quoi ! Soirées, travail, mon frère, mes parents. Rien a changé. Tu sais, j'aime pas trop le changement, donc ça me va. Et toi alors ? T'as une mine toute fatiguée, ça t'as tant épuisé que ça le Japon ? Raconte-moi tout. »

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

16 avr. 2026, 01:03
 PNJ  La manucure Deprouste
Les réponses d'Alden et d'Alicia ne semblent cependant pas énormément satisfaire Rahima. Non, loin de là.

Ils restent finalement tous deux assez... évasifs sur ce qu'il s'est passé pour eux deux ces dernières années. Vantant la routine et le non-changement. Enfin... chacun pour soi, visiblement. Alden dit qu'il ne s'est rien passé. Alicia dit qu'il ne s'est rien passé. Mais dès la porte close, Alicia commence à lâcher des dossiers sur Alden, hmm, intéressant, tout ça ! Donc en fait, peut-être fallait-il interroger Alden sur Alicia et Alicia sur Alden. Cela aurait constitué deux réponses avec plus... d'éléments. De contenance. Plus de matières à déblatérer des heures et des heures. Elle ne manquerait pas d'interroger en différé de cette manière. Une bien bonne technique, mine de rien.

Mais dès que la porte se claque, Rahima avait déjà l'esprit ailleurs. Elle ne pensait qu'à une chose qui pouvait être très intéressante à prononcer dans ces circonstances. Surtout par rapport à l'avertissement d'Alden. Et au fait qu'elles étaient désormais seules. Dans son appartement. Avec une interdiction particulière. Très particulière.

Braver l'interdit était quelque chose qu'elle se plaisait à faire, à l'époque. Enfin... lorsque l'interdit n'était pas trop absurde ou trop dangereux, évidemment. Et cette fois-ci, elle pensait que cela ne l'était pas. Non, elle en était persuadée. Donc il fallait qu'elle mémorise cette phrase. Cette blague. Qui ne serait peut-être pas faite pile sur l'instant mais qui resterait... une partie d'elle. Quelque chose qu'elle faisait si naturellement auparavant. Et cela passerait comme un hibou dans une volière auprès d'Alicia. Et son amie rirait aux éclats en se disant qu'elle était tout de même bien bête, cette petite Rahima. Et tout serait parfaitement naturel. Et la soirée suivrait. Naturellement. Tout naturellement.

C'est pourquoi, lorsqu'Alicia lui cède enfin la parole, elle prononce plutôt les mots « On ne va quand même pas rester à une bouteille ? », un sourire malicieux aux lèvres. Puis... plus rien.

Mince. De quoi parlait-elle, déjà ? Rahima avait été tellement obnubilée par sa blague à retenir à tout prix que... impossible de se rappeler de ce qui avait été dit cinq secondes plus tôt. Pour du naturel... c'était décidément très bien parti !

« — En tout cas, commença-t-elle en saisissant à son tour sa tasse de vin pour la porter à ses lèvres, rassurée de voir que monsieur ne se soit pas offusqué qu'on serve son breuvage dans de vulgaires tasses. Haha. »

Tout en prononçant ces mots, elle essayait de rebobiner les sonorités qui étaient parvenues à ses oreilles quelques secondes plus tôt. Pour se souvenir des paroles qui avaient pu être prononcées par son amie. Ca. Rien que ça.

Oh ! Oui ! Les problèmes d'Alden, les problèmes d'Alden !

« — Tu... préfères ne pas en parler ? De ce qu'a vécu Alden qui te pousse à carrément squatter chez lui pour t'assurer qu'il ne fasse pas de bêtise ? »

Même si, visiblement, son frère était libre de faire des bêtises quand bon lui semblait. Il venait après tout de passer le pas de la porte et aller Alicia-ne-savait-où de sa propre initiative. Il pouvait faire absolument ce qu'il souhaitait et sa sœur ne serait pas au courant. Enfin... sauf si c'est quelque chose du genre se droguer et dans ce cas cela serait normalement plutôt flagrant à son retour.

« — Donc... plus à l'aise financièrement mais tu squattes chez ton frère ? Haha ! »

Non. Mais non. Ce genre de blague était absolument ignoble. Alicia venait à peine de lui dévoiler que son frère avait des problèmes et que c'était cette raison pour laquelle elle vivait chez son frère, non pas pour des problèmes financiers ! Non mais ! Rahima, il fallait se reprendre, là !

« — Je... désolée. C'était peut-être un peu... déplacé, marmonna-t-elle donc en réponse en baissant les yeux et en buvant nerveusement dans sa tasse afin d'avoir quelque chose à faire de ses mains. »

Bon. Elle n'était vraisemblablement absolument pas douée pour rebondir sur ce qu'on lui disait donc... peut-être allait-elle se résoudre à répondre à la question des nouvelles. Un jour.

« — Je... je... je suis bi. »

Une déclaration qui ne serait en aucun cas une surprise pour Alicia étant donné le nombre ahurissant d'histoires avec des personnes de genre féminin dont Rahima parlait avant d'aller au Japon. La plupart de ses amis proches lui avaient d'ailleurs déjà souvent fait la remarque. Mais il faut croire qu'il fallait qu'elle se confronte à une femme qui "cherchait" réellement du sérieux pour comprendre que ce n'était pas viable pour ses partenaires de continuer à se définir hétéro curieuse indéfiniment.

Mais surtout, c'était une déclaration absolument hors propos avec la question qui avait été posée par Alicia.

« — Et dégoûtée. Bi et dégoûtée. »

Peut-être un tout petit peu trop honnête sur ce coup-là. Ahem, elle allait devoir trouver le moyen de rembobiner le disque, là...

Mes excuses pour ce retard monstrueux !

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16 juin 2026, 22:21
 PNJ  La manucure Deprouste
Je la regarde d'un regard curieux, qui se transforme peut-être en quelque chose d'inquiétant quand elle commence à balbutier comme si elle avait suivi trois mots des phrases que j'ai pu prononcer. Ça lui ressemble pas, d'être aussi lointaine. Du coup, ça m'inquiète. Mais si elle ne veut pas m'en parler, je ne peux rien y faire, donc je garde un sourire aux lèvres et je prends une longue gorgée de ma tasse même s'il est quand même tôt pour boire. Plus d'une bouteille ? Bon, ça fait quand même beaucoup, ça. Je hausse les épaules comme si rien n'était sous mon contrôle immédiat et je ne rebondis pas pour lui donner une chance de s'exprimer un petit coup, puis elle me parle d'Alden, et là je rigole tout doucement.

« Il est assez cool sur ce genre de trucs. » C'est plutôt Kieran qui est à cheval sur les traditions. Fin, qui l'était. Ça fait longtemps que je l'ai pas vu.

Les problèmes d'Alden reviennent rapidement sur la table et là mes épaules refont le mouvement vers le haut auquel elles sont habituées depuis le temps. « Quelque chose du genre. Plus pour…l'aider. » Lui faire a manger. Rager. Nettoyer. Tout ce que je déteste, parce que je préfère de loin vivre avec Kenji, et la distance est pas agréable, mais mon frère va mal donc je vais pas le laisser tranquille. Mais il aimerait pas que j'en parle à quelqu'un, donc j'en reste là, ne faisant aucun pas vers l'avant, figurativement parlant, pour expliquer la situation.

Sa blague me laisse perplexe mais un ricanement m'échappe quand même, parce que c'est un peu con. « Non, mais t'inquiète, » je la rassure avec un mouvement de la main. « Après, c'est sûr que j'ai pas de loyer à payer donc je peux économiser ! »

Puis elle me lâche ce qui semble être une bombe, et ce qui m'a toujours un peu été une évidence, comme si sa vie allait s'effondrer parce qu'elle aimait les femmes et les hommes à la fois. Oui, aimer un homme c'était un peu la lose parfois, mais bon, c'est pas comme si on choisi. Je la regarde, je l'écoute. Okay, dégoûtée. Par quoi ? Sa bisexualité ? Lourd. Okay. J'inspire un coup, je pose ma tasse. Elle dirait quoi, maman ? Elle serait emplie d'empathie et d'amour et de compréhension. Okay. Empathie. Amour. Compréhension.

« Bah oui, je sais bien, » je dis. Ça sort tout seul. « Pourquoi t'es dégoûtée ? Pas par toi-même, j'espère ? Pas par le fait que t'es bi non plus, quand même ? Si oui, ça sert à rien, tu sais. T'es bi, c'est comme ça. Autant t'accepter, ça ira plus vite. Puis tu te fais du mal en t'aimant pas comme il faut. Dis donc, ça a pas l'air de t'avoir réussi le Japon. Bon, c'est bien que tu sois revenue, comme ça je peux te traîner tout partout pour te changer les idées. »

Bon. J'inspire. « Non, mais tu sais, c'est pas grave d'être bi. C'est même super cool. Et c'est cool que tu le saches maintenant, ça montre que tu te connais mieux. Puis c'est bien en soi, comme ça tu peux explorer ta sexualité sans trop de gêne vu ton âge. Fin, pas que tu es vieille, mais c'est galère quand on est jeune. Faut s'assumer et c'est tout ! Toute manière personne a son mot à dire sur ça, tu es toi et c'est tout. Si y'a des gens qui veulent pas accepter cette partie de toi, c'est juste qu'ils sont pas faits pour être dans ta vie. » C'est un peu mieux comme ça. Okay, c'est déjà un bon début. Je reprends une bonne gorgée de ma boisson avant de croiser mes mains sur mes genoux. Je suis pas très douée pour tout ça, mais j'espère que mes mots font un petit peu d'effet. Que ça peut l'aider au moins un minimum.

Je me demande quand même ce qui lui est arrivé au Japon, mais je pose pas la question—c'est a elle de me le dire, ou non. Son choix, pas le mien. Donc je lui souris, et je lui fais un pouce en l'air comme si ça arrangeait sa peine.

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