Thanatée ! Coucou Rapeltout AB

Coucou Rapeltout @Aelle Bristyle si ça te dit !

30 décembre 2050



Thanatée ! Thanatée Drazmire. C'était elle. Improbable. Les cheveux en bataille à l'arrière, reconnaissables. Il ne l'avait pas vu depuis siiii longtemps. Une amie de ses parents de Cambridge, la trentaine, rayonnante avant, hyper-puissante maintenant -il paraissait-, qui s'était faite embrigader dans une secte sorcière et qu'on n'avait jamais revue. Qui n'avait laissé pour dernière parole que le fait d'avoir atteint la "magie obscure et parfaite".

Etonnant... et en même temps fascinant. Quand Luke entendait secte de magie, il ne pensait pas rires déments ni éclairs blancs dans la nuit. Il pensait goût de la méthode, de la hiérarchie portés vers leur apogée par une obsession presque académique pour la puissance. Il pensait contrôle des cryptes anciennes et maîtrise des magies oubliées.

Il pensait à des rituels qui permettaient de diviser, de canaliser, de transformer le flux magique. Peut-être même de l'invocation. De l'apprentissage de la résistance à certaines formes de magie, à certaines formes d'objets qui accumulent le flux magique aussi. De la manipulation du tissu magique, subtile et maîtrisée, sans le briser, qui pouvait en nouer et dénouer les connexions, lier et délier les chaînes qui reliaient un lieu et sa mémoire magique, un objet magique et son propriétaire, un sorcier et ce collectif.

Il imaginait, dans leur envie de contrôle, les membres du réseau de Thanatée capables de fractionner leurs émotions, de glisser ce qui les rendaient impures, pas totalement parfaites de puissance dans des sortes d'objets vasques. Plus de doute, plus de peur. Le flux magique dans sa violence première, impeccable et non délayée. Resserré comme un étau efficace.

Il fallait en savoir plus !

Alors Luke contre son habitude de marcher bien droit d'un pas bien régulier, accourut presque, accrochant un peu les pavés, accélérant jusqu'à faire bientôt, bientôt face à...

"Thanatée."

"Thanatée. J'aimerais beaucoup en savoir plus sur votre parcours."

"Comment vous en êtes arrivée à la magie... obscure ?"

Visage jeune. Beaucoup trop jeune. Sa fille. Attendez, quoi, Thanatée avait une fille ?
Le visage pas encore déçu, mais déjà un peu décontenancé, sourcils arqués, Luke faisait face à "Thanatée".

Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Vendredi 30 décembre 2050
Godric's Hollow
21 ans



Cela commence à devenir une habitude. Les balades dans la capitale sorcière lorsque celle-ci menace de disparaître sous la couverture blanchâtre de la neige, lorsque le monde se tait, étouffé par les flocons, et que le ciel grisâtre menace de vous cracher sur la tête. Zikomo m'a expliqué un bon million de fois que dans la forêt dans laquelle il a grandi il y a une éternité, il n'y avait pas de neige. Puis il m'a également dit un bon million de fois que ce n'était pas en Ouganda qu'il avait pu profiter de la neige. Il m'a aussi raconté un bon million de fois la première fois qu'il a touché la neige. « Ce n'était pas avec toi, Aelle, même si j'aurais adoré. J'étais alors le compagnon de cette sorcière d'une intelligence folle qui a un jour eu l'idée de nous emmener tous les deux dans les montagnes du Drakensberg pour un long périple censé l'aider à tester sa résistance au froid et... » ...et blablabla. Zikomo est peut-être un Mngwi, un renard d'encre d'une grande intelligence, très malin, Monsieur la Mémoire d'Uagadou, Grand Conseiller de ces Messieurs Dames les Directrices de l'école de magie Africaine, il a beau être tout cela, il n'en est pas moins un grand radoteur. Et quand il aime une histoire, il aime la raconter. Impossible donc d'ignorer que monsieur aime la neige, déjà parce qu'elle lui est peu familière mais aussi parce qu'elle lui rappelle de bons souvenirs. Ce qui explique notre balade du jour mais aussi pourquoi nous marchons actuellement séparés.

Je vais lui arracher une oreille s'il me parle encore une fois de Kiiza. Je vais façonner une boule de neige et lui barbouiller le museau avec. Je vais l'attraper par sa vilaine queue touffue et le faire voltiger par-dessus les toits de la capitale. C'est pour cela que je le laisse aller devant et c'est aussi pour cela que Zikomo n'a pas cherché à revenir en arrière pour marcher en ma compagnie comme nous le faisons habituellement lorsque nous nous promenons : il se sait nostalgique et il est suffisamment malin pour s'isoler pour penser à sa Kiiza au lieu de m'imposer le récit de leurs aventures. Et bien qu'il fasse, qu'il fasse ! je n'ai pas besoin de lui pour marcher.

J'arpente les riches rues du centre-ville, avec ses hautes façades moulurées, ses grandes fenêtres par lesquelles on aperçoit d'épais rideaux et parfois la silhouette d'un sorcier derrière la vitre. Les passants se font rares dans ces rues qui ne sont pas commerçantes et j'avance sans gêne, une main dans la poche, la tête baissée vers les pavés, perdue dans des pensées qui ne se décrivent pas. Le son de mes talons sur les pavés m'accompagnent plus gaiement que la voix de Zikomo et la caresse du vent d'hiver qui soulève les pans de mon épaisse cape noire est plus agréable que pourrait l'être celle des oreilles de mon vieil ami dans ma nuque. Cela fait un moment que je ne l'ai pas aperçu, il a disparu au coin d'une rue dans laquelle j'ai décidé de ne pas tourner, par rancœur. C'est un jeu avec lequel nous sommes familiers : il finira par me retourner.

Lorsqu'il s'approche de moi, je le vois arriver mais je ne fais pas attention à lui. Il n'est qu'une tache dans mon horizon, comme la plupart des êtres humains. Je poursuis ma route sans même songer à l'idée que c'est à moi qu'il vient parler. D'ailleurs, je n'aurais jamais pensé être la cible de son intérêt, vu le nom avec lequel il s'adresse à moi. La seule chose qui m'empêche de passer mon chemin sans lui adresser le moindre regard c'est, et bien, l'impossibilité de le faire : le jeune se place parfaitement devant moi et ses yeux sont braqués sur moi. Nulle doute possible, c'est à moi qu'il veut parler.

Je m'arrête et fronce les sourcils en fouillant son visage du regard. Thanatée ? L'agacement d'être prise pour une autre l'aurait emporté s'il n'avait pas parlé de magie obscure et de mon prétendu chemin jusqu'à cette magie-là. Entendre parler de magie noire dans le contexte de mes études est bien différent que de voir quelqu'un m'adresser la parole en évoquant directement une chose dont je me sais coupable et que je sais profondément mal vu dans le pays que j'habite. Alors j'accuse le coup sans aucune subtilité, la surprise se peignant sur mon visage comme s'il s'agissait d'une toile vierge sur laquelle on avait dit à mes émotions : exprimez-vous ! Une poignée de secondes me suffit pour dégager toutes ces choses de mon visage et retrouver mon familier masque, celui qui fronce les sourcils, qui tord mes lèvres vers le bas et qui dit à quiconque le regarde en face : tu m'inspires un ennui incommensurable.

Ce gosse s'adresse définitivement à la mauvaise personne. Mais ce gosse, avec sa tête de gentil garçon, a approché une soi-disant Thanatée avec la verve d'un enfant passionné et certainement pas bloqué dans sa façon de penser par les étroites valeurs que partagent la plupart des britanniques. Bizarre.

Mon regard dévale son corps dans un sens, puis dans l'autre, avant de revenir jusqu'à ses yeux. Je pince les lèvres.

« Non, dis-je d'une voix aussi froide qu'un matin d'hiver — il ne me vient même pas à l'esprit de préciser que ce non répond à son « Thanatée ». Même si moi aussi j'aimerais en savoir plus sur le parcours de cette Thanatée. , » j'ajoute ironiquement.

Je tourne très légèrement le buste sur la gauche en reprenant mon chemin, ce qui me permet de contourner le garçon sans le frôler mais en lui faisant clairement comprendre qu'il était au milieu de ma route et qu'il a bien de la chance que je choisisse de le contourner plutôt que de le bousculer.

Avec un immense plaisir, merci pour ce Coucou Rapeltout sauvage !
Aelle se met à peine en route : il suffira d'un geste de Luke pour qu'elle s'arrête de nouveau.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 24 févr. 2026, 08:41, modifié 1 fois.

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
"The curse ruled from the underground down by the shore
And their hope grew with a hunger to live unlike before
(...)
Tell me if I'll ever know a blessing in disguise"
- The Curse, Agnes Obel



Il avait besoin de voir à nouveau. Alors il se remit dans le passage.

"Et pourtant, la ressemblance n'est pas que physique." La pensée avait émergé en même temps que la parole, une rareté pour un Luke qui retournait d'ordinaire chaque parole comme une pierre à la recherche d'un insecte caché. Cette fois, il n'avait pas guetté ce qui pouvait ramper sous ses mots, il les avait juste libérés, et, happé dans son élan, il n'y avait même guère prêté attention.

En effet, l'attention des précédents instants était un élan d'écoute - comme Thanatée, l'autre faisait partie de celles qui n'étaient pas écoutées que par politesse, mais surtout par instinct. On savait, on sentait qu'il fallait l'écouter.

"Elle a la même expression renfrognée que vous." compléta-t-il. Renfrognée et concentrée en vérité. Fermée au monde des grandes allées lumineuses pleines d'espace, mais ouverte aux chemins de traverse serrés de branches. Le genre qui se fiche de l'étoile mais regarde la nuit.

Et ce genre de regard qui faisait l'effet d'une foudre qui congèle n'était pas un regard commun. Le genre "je suis la Ténébreuse - la Veuve - l'Inconsolée - la Princesse d'Aquitaine à la Tour abolie" était même de son expérience extrêmement spécifique en vérité.

"Mais elle était juste plus... exigeante.", concéda-t-il finalement en haussant les épaules. Luke avait un souvenir distinct de la manière de regarder les choses de Thanatée - comme si les façades n’étaient que des décors dont elle pouvait voir les arrière-plans, que des livres ouverts dont elle connaissait, avait toujours connu la fin, elle trouait par son regard, il promettait plus, en même temps qu'il avertissait devant ce surplus.

Alors la déception était évidente. Celle-là n'était pas Thanatée, celle-là n'avait pas la stature d'une Thanatée. Elle était avertissement... mais sans promesse. Et c'était pour Luke intérieurement comme avoir cru voir venir l'orage, avoir déjà senti son parfum et se retrouver sous un ciel entièrement, désespérément sec. Être dans ce manque de l'électricité que chacun avait anticipé.

Alors son ton avait corollairement basculé de l'intérêt à une forme de demi-acceptation désabusée : "Alors vous n'avez jamais accédé à son cercle." Et vous n'êtes pas sa fille non plus.

Il y eut encore, le temps d'un souffle suspendu, un éclat très bref dans son regard qui hurlait "dites-moi que je me suis trompé !", "dites-moi que vous êtes juste en train de maintenir secrète votre société !", "que vous êtes en train de me tester !", associée à cette légère crispation des sourcils, bouche entr'ouverte comme si une réponse pouvait encore y naître si quelque chose apparaissait en face. Cette seconde de plus qui refusait encore de se détourner.

Puis cette petite inclination de la tête qui, le temps d'un froid soupir intérieur, réévaluait.

1, 2, 3...

Alors les épaules de Luke se relâchèrent. Le monde avait repris son volume normal, il commençait à percevoir et la neige et les pavés et tout le cadre qu'il avait complètement oublié dès l'instant où il avait cru voir Thanatée.

C'était nul, les sorcières qui étaient des mirages comme celles-là. On croyait avoir trouvé celle qui remarquait les portes sans poignée et cherchait à les passer, celle qui trouvait les escaliers qui descendent sous les bâtiments de la pensée. Et on se retrouvait avec une madame-quelconque qui n'en savait en fait pas plus que vous.

Rah.

La texture de gris dans laquelle baignait tout Godric's hollow désormais s'étirait, délayait dans sa monotonie la jeune femme. Il voyait à nouveau les façades des bâtiments, veines de pierre dans un corps vidé de chaleur, qui avalaient la lumière et la recrachaient uniforme et terne.

Les bâtiments de cette capitale avaient une apparence de dent parfaite. Mais pour Luke certainement à l'intérieur cariée.

Vides d'intérêt, ces villas fermées gardant des coffres-forts que personne ne cherchait vraiment à pénétrer.

Vide de vie, cette ville où tout se retenait d'exister.

Vide, vide, vide.

Vide, sans cette magie oubliée de Thanatée. Oui, le monde était triste tout à coup, et il était temps de partir.

Rah, fille d'apparence dans ville d'apparence.

Luxe sans souffle, prospérité stérile, enveloppe vide, tombeau de pierre polie, horloge figée.

Alors le garçon tapa dans un caillou imaginaire avant de se mettre en marche, prêt à contourner la jeune femme.


La même que toi, Luke peut être retenu par une parole ou un geste ou s'en aller tout simplement.

J'adore aussi ce format, découvrir le cadre spatial et temporel précis en cours d'écriture, bouh, qu'est-ce que c'est chouette. De l'imprévu comme j'aime pour mon petit coeur de RPGiste :love:

Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Tentative de fuite avortée : l'enfant de nouveau se place sur mon chemin et me force à m'arrêter subitement pour ne pas le percuter. Mes sourcils froncés rencontrent ses paroles qui affirment des choses que je ne comprends pas : je ressemble physiquement à cette Thanatée mais pas que ? Et comment pourrait-il le savoir, puisqu'il ne me connait pas le moins du monde et que je n'ai eu l'occasion, face à lui, de ne prononcer que quelques paroles qui n'avaient guère d'intérêt et ne donnaient aucun indice sur la personne que je suis ? La réponse tombe aussi subitement qu'il s'est mis sur mon passage : mine renfrognée. J'arque instantanément un sourcil inquisiteur qui réhausse la dureté de mon regard. J'ai un petit geste de recul, comme si je souhaitais mieux voir ce que j'ai en face pour mieux pouvoir le juger ou le jauger. Plus le juger que le jauger, en fait.

On m'a fait le reproche quasiment toute ma vie de ma mine renfrognée. Dans une famille où le sourire tient lieu d'étendard, on ne pouvait que trouver mon visage fermé déplacé ou désagréable, malgré les grandes paroles de mon père qui arguait que j'avais le droit d'exprimer différemment mes émotions. Que ce garçon parle de ma mine renfrognée ne m'étonne donc pas, ne me gêne pas et ne me vexe pas. Il le fait d'une telle façon, par contre, qui m'étonne : il n'a pas l'air franchement dérangé, dans sa bouche on pourrait presque croire que c'est un compliment, d'avoir la même mine renfrognée qu'une dame appelée Thanatée, que cela est une bonne chose, mais les raisons pour lesquelles ce serait une bonne chose me sont totalement inconnues. Ajouté à la curiosité dont il a fait preuve en utilisant les mots magie obscure, je ne peux définitivement pas me vexer d'une telle affirmation.

Le portrait de l'inconnue continue de m'être dressée par un garçon qui m'a confondu avec elle à cause de ma mine renfrognée et de mon physique : elle serait plus exigeante que moi. Mon sourcil déjà arqué s'arque davantage mais je peux difficilement exprimer de façon plus évidente ma surprise. Bien, donc maintenant il se fait une idée de mon niveau d'exigence en se basant sur mes dix mots prononcés et sur ma mine renfrognée — j'espère qu'il ne choisira pas le domaine de la recherche, celui-ci, s'il saute si rapidement sur les conclusions. Dommage, quand on s'intéresse aux magies obscures on a de grandes choses d'être capable de mieux que les autres, pourtant, puisque cela est la preuve d'un esprit ouvert.

Mes lèvres commencent à peine à s'ourler dans une grimace moqueuse qu'il m'achève d'une seconde conclusion. Cette fois-ci, je fronce franchement les sourcils. Un cercle ? La déception qui s'affiche sur le visage de l'adolescent me donne l'impression qu'il attendait beaucoup de moi et qu'il est terriblement désappointée que je ne sois pas celle qu'il voulait que je sois. Je lui aurais bien dit que c'est ce qui arrive souvent quand on fait des conclusions hâtives, on est déçus, mais d'autres choses m'intéressent davantage que le fait de lui apprendre la vie.

Il fait ce geste, ce geste des épaules, le même que j'ai eu, qui le fera bifurquer pour pouvoir reprendre son chemin en passant près de moi. Alors mon corps agit sans mon accord : je lève un bras pour arrêter sa route et je baisse les yeux vers lui.

« Quel cercle ? » demandé-je le ton bas et la voix grave, le regard froid qui exige : parle.

Je me fiche comme de mon premier cours de sortilège de la vie de ce gosse, je me fiche de ses petites déceptions et de ses grands espoirs, et d'ailleurs je me fiche aussi de cette Thanatée. Mais il a parlé de magie sombre, de parcours et maintenant voilà qu'il évoque un cercle. Il n'a pas dit "vous ne faites pas partie de son cercle", ce qui aurait laissé croire qu'il parlait de ses proches, il a dit "accéder à son cercle", ce qui me laisse croire qu'il parle d'un autre type de cercle. Alors ça m'intrigue. Et je peux bien perdre une minute à essayer de comprendre de quoi il parle. Peut-être que ça inquiétera Zikomo de ne pas me voir réapparaître et qu'il sillonnera toute la ville à ma recherche.

Il n'y a rien de mieux que l'imprévu dans les RP !

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
C'était toute une gymnastique des sourcils que Pas-Thanatée entreprenait au-dessus de son regard, qui lui donnait désormais, aux yeux du blond, un air de perpétuel étonnement méfiant face au monde. C'était comme si ses sourcils réhaussés découvraient de nouveaux crans à grimper à chaque parole que le petit disait. Cela déportait le centre de l'attention du regard aux sourcils, ce qui était très étrange.

Elle avait un regard qui la distinguait, pour sûr, pourtant, ainsi encadré de cernes, fixe, perçant, un peu intimidant. Mais ce jeu de sourcils... il ne savait pas d'où il lui venait. Presque un remplacement de l'expressivité de la bouche chez la plupart des êtres humains, qui chez elle restait figée, voyez. Comme si elle faisait des grimaces du front en permanence, tout en conservant sa moue statufiée. Comme si le centre de son fonctionnement était non pas dans la parole, mais dans la réflexion qui se jouait là-haut et devait dépasser largement ce qui transparaissait en-bas.

Luke se doutait que les deux mots seulement qu'avaient articulé ses lèvres ne contenaient qu'un dixième de ce qu'avait signifié tout ce langage muet sourcillé - duquel il aurait aimé être familier, pour comprendre ce qu'il pouvait révéler, volontairement, involontairement même peut-être, ce qu'il pouvait chercher à cacher ou à souligner.

Toutes ces micro-contractions de la peau lui semblaient en somme vraiment annoncer la naissance de quelque chose, mais de quoi, il n'arrivait pas à l'établir. Et ça le frustrait. Et il est bien possible qu'il se mît lui-même à froncer les sourcils en retour, au cours de sa réflexion. Rah.

Néanmoins, l'inconnue l'avait retenu. Elle savait donc peut-être quelque chose. Elle était prête à le tester pour lui donner des informations sur Thanatée ? Il allait tenter d'être à la hauteur du test. Il fit comme elle, garda une mine depuis le geste et la question qui l'avaient arrêté inchangée, une mine qui criait impassibilité et surtout qui laissait cavaler vers le haut ses sourcils, comme s'ils voulaient s'échapper, avec cet air qui disait *je suis fort étonné que vous ne sachiez pas*.

Il fallait se montrer à la hauteur. Et surtout il fallait improviser. Pas du tout sa spécialité. Donc il se concentrait, pour se montrer en apparente maîtrise tout à la fois sur son visage et dans son ton de voix : "Celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom-à-haute-voix." Excellent, il ne pouvait pas se tromper de nom de cercle avec une telle phrase. Il fallait continuer dans cette direction.

Le regard planté dans celui de Pas-Thanatée, il ajouta : "On en ressort complètement changé." Excellent. De la langue de bois-de-baguette passe-partout tout à fait maîtrisée. Il allait maintenant falloir donner un détail plus précis sur un ton de comploteur et ça pourrait passer crème-canari. Croisant les doigts dans son dos pour que ces détails paraissent vraisemblables, Luke s'aventura à l'aveuglette mais avec une certitude de Lockhart qui aurait tout à coup eu en plus l'air de mystère d'un prof de divination : "Celui qui peut fractionner le flux magique, et le manipuler." Son regard entendu ajoutait *Si vous voyez ce que je veux dire*

Il espérait vraiment vraiment vraiment que cette femme fasse partie du réseau de Thanatée, car si elle travaillait pour le Conseil des Sorciers, il se mettait tout seul dans la bouse de dragon jusqu'au cou. En attendant, il allait maintenir jusqu'à ce que ses forces le lâchent ce regard qui signifiait *Mais n'importe qui n'a pas d'informations à ce sujet.* qui lui permettait 1. d'avoir une contenance, et 2. de retenir toute émotion, au cas où l'émissaire de Thanatée lui donnerait - enfin - des informations auxquelles il ne faudrait en apparence paraître ni étonné ni intéressé.

Il fallait faire semblant d'être au moins au même niveau que cette femme, voire légèrement au-dessus, il sentait que c'était important. Il ne fallait pas la vexer, mais il lui semblait qu'elle était sensible aux situations de savoir (ses deux réactions étaient nées de deux mentions de savoirs qu'il aurait), alors si il voulait un jour devenir le disciple, il fallait commencer par incarner le sachant.

Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Il y a un instant durant lequel je suis absolument persuadée qu'il ne répondra pas. Il va s'en aller sans dire un mot de plus et me laissera avec mes questions. Il n'y a rien de pire que de me laisser avec mes questions. Après, je suis capable de sillonner toutes les bibliothèques de ma connaissance, feuilleter tous les livres à ma disposition jusqu'à trouver les réponses, quand bien même cela me prendrait des heures et même si le sujet en lui-même n'a guère d'importance. Je n'ai pas de temps pour cela alors il a intérêt de me répondre et de le faire vite.

Il répond.
J'aurais dû ajouter : et de le faire de façon cohérente.

Celui-dont-on-ne... Un soupir presque invisible s'échappe par la porte entrouverte de mes lèvres. Il n'a pas même terminé de prononcer ce nom idiot que je me figure qu'il se paie ma tronche. Ce n'est qu'un gamin, ce ne serait pas étonnant après tout ! Peut-être fait-il le coup à toutes les personnes qu'il croise pour s'amuser, parce qu'il n'a rien de mieux à faire que pour occuper ses vacances. Peut-être, oui. Dans ce cas, il aurait une grande maîtrise de ses expressions moqueuses, parce que son visage n'exprime vraiment pas grand chose. Alors évidemment, évidemment, la partie de moi curieuse qui se questionne et qui sait qu'il existe des cercles, parfois intéressant et parfois moins (je fais après tout partie de l'un d'eux, dans la catégorie des "un peu moins intéressants voire pas du tout), cette partie-là a envie de lui donner une chance. Mais vraiment une petite chance.

Un cercle dont on ne peut que ressortir complètement changé, paraîtrait-il. Je bouge inconfortablement sans pour autant détourner mes yeux de ceux du garçon qui m'alpaguent comme s'il était en train de me confier quelque chose de première importance. Pour l'instant, j'ai toujours l'impression de perdre mon temps et je sens que mon sourcil reprend ses danses incontrôlées, l'air de vouloir dire : t'en as d'autres des conneries comme ça ? Parce que je suis en train de perdre patience, là. J'aurais dû reprendre ma route, c'est certain, plutôt que de laisser cet enfant au visage si concentré, si sérieux me raconter ses âneries et... Mon esprit cesse de penser pendant une fraction de seconde pour se pencher sur une seule phrase qui attire à elle tout mon intérêt. Celui qui peut fractionner le flux magique et le manipuler.

Alors là, pour la première fois depuis que j'ai levé le bras pour arrêter le garçon, je me dis que peut-être, peut-être que je ne suis pas en train de perdre mon temps. Non pas que je me figure avec cette simple phrase qu'il peut réellement exister un cercle qui puisse m'intéresser et dont aurait pu avoir connaissance ce garçon insignifiant, mais parce que les mots qui viennent de sortir de sa bouche ne seraient pas sortie de la bouche de n'importe qui. Il me regarde d'ailleurs avec insistance, même si je ne comprends pas du tout pourquoi ; il doit attendre ma réponse avec impatience, soudainement il ne ressemble plus au garçon qui voulait me quitter parce que je n'avais apparemment pas le même niveau d'exigence que cette Thanatée.

Je plisse les yeux, mon regard sautant d'une pupille à l'autre ; la droite, la gauche, encore la droite puis de nouveau la gauche. Je laisse passer quelques secondes de silence durant lesquelles je pense, réfléchis et essaie de mettre de l'ordre dans ce que j'ai compris de tout cela. Un cercle dont on ne parle pas à voix haute ? J'entends presque sa voix résonner quand je me rappelle son intervention tout à l'heure : comment en êtes-vous arriver à la magie obscure ? Alors tout cela, tous ces artifices, c'est une façon de parler de la magie noire ? Se pourrait-il que ce soit aussi simple que cela et que je me sois fourvoyée sur ce cercle ? Que ce gosse ne parle en fait que de l'appartenance au cercle restreint des mages noirs et qu'il n'existe en fait aucun rassemblement particuliers de sorciers qui seraient plus intéressants que les autres ?

« Il existe beaucoup de cercles dans lesquels les sorciers se targuent d'apprendre à fractionner leur flux magique et à le manipuler, réponds-je alors, le ton bas. Sois plus précis. »

Je dresse le menton sans détourner le regard, ce qui donne l'impression que je le regarde de haut. Mes mains ont retrouvé leur cachette au fond de mes poches et mon visage a cessé de subir le joug de mes sourcils pour n'être plus qu'une surface lisse illisible.

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Il y a la vérité stratégique et la vérité qui correspond à la réalité, telle était la conviction de Luke. La vérité de ce que le déroulé de la partie d'échecs sorcier sera et la vérité que donne à voir les apparences à un moment T. Et le joueur d'échecs a tout intérêt à maintenir un écart entre cette vérité des apparences et la vérité stratégique sous-jacente. Pas trop petit, sinon il perd, pas trop grand, sinon on se rend compte qu'il dupe et on se méfie, et il perd aussi.

Alors il fallait faire comme aux échecs. Déplacer les bonnes pièces. Et au bon moment. Alors, il fallait avoir l'air spontané, avoir l'air Jacob, et penser à l'intérieur comme un Tobias. Allez. Hop, le petit sourcil levé, presque joueur du grand brun *Je vois tout à fait ce dont tu parles, soyons complices à ce sujet.*

"Il faut penser une magie non pas linéaire, mais ondulatoire." Hop. Il faut garder ce ton jacobien, celui qui avance dans n'importe quel endroit comme s'il était le sien. Qui dit les mots les plus extravagants et les plus rigolos avec un sérieux de béton, qui vous parle des *pantoufles crocodile* avec un ton dead-serious avant la fin de sa blague. Eh bien Luke serait dead-serious à propos de cette magie ondulatoire.

Car il savait comment fonctionnait la vérité, elle s'appuyait sur des patterns, il en avait parlé déjà avec plusieurs personnes intéressantes comme Noémie, et y avait bien réfléchi aussi. Donc il fallait maintenant raccrocher, avec la nonchalance charismatique d'un Jacob, cette magie ondulatoire à des patterns qu'il connaissait, et qu'elle pourrait reconnaître. Si elle reconnaissait un maillon d'une chaîne, alors tous ceux qui lui étaient liés gagneraient en crédibilité.

Les modèles chiffrés, parfait. C'était universellement objectif, et connu de beaucoup. Même les enfants avaient des comptines pour s'en rappeler. Adjugé.

Déployant un ton très calme, celui qui donnait à Jacob un petit air de frère aîné quand il s'adressait au plus jeune, et tâchant d'y ajouter le soupçon de malice qu'il connaissait au brun, qui était ici tout à fait de nature à donner encore plus d'assurance, le blond se lança : "Fractionner, c'est diviser la fréquence magique du sort en plusieurs morceaux." Il fallait conserver ce rythme de diction. Trop rapide traduisait du stress, à éviter. Trop lent traduisait de l'hésitation, à également chasser. "Qui produisent des signatures magiques différentes à des endroits différents." Sa mine se contenterait d'ajouter *Tout simplement*, tout pareil que son parrain qui allait sauter en parapente à Cambridge et racontait ça au petit-déjeuner *Ca coule de source, en effet, Jacob, parler de parapente entre le croissant et le jus d'orange, c'est tout à fait normal*.

Continuant à garder cet air d'une générosité du partage l'air de rien, chez Jacob tout à fait spontanée, ce pourquoi il pouvait se fier pour le reproduire, il poursuivit, l'air de rien : "Manipuler, c'est créer des interférences dans la fréquence du flux magique, qui le rendent moins prévisible et moins facile à contrer quand il s'agit du nôtre, et qui le désaccordent si c'est celui de l'adversaire."

Logique, pour une ondulation, non ? Bon, ensuite si la sorcière d'en face ne savait pas ce qu'était une ondulation ou une fréquence, c'était sûrement qu'elle n'était pas une sachante. Et alors il aurait tout gagné, non ? Soit elle en savait, et la conversation continuait, soit elle n'en savait pas, et elle était sans doute madame Toutlemonde partie faire ses petites courses et dire des banalités comme "Ca passe vite quand même, le temps à Godric's hollow. Je ne me souvenais pas qu'il y avait tant de neige à cette saison avant."

Mais ses dernières paroles lui donnaient de l'espoir, peut-être qu'elle ne connaissait rien à rien à ces cercles, mais au moins elle les mentionnait. Et au moins, elle le questionnait plutôt que ne l'abandonnait. La suite lui dirait si en plus de le questionner, elle se questionnait aussi, ou si réellement elle portait autre chose que des questions. Telle était sa pensée.

En attendant il savait : pas trop assuré, ce serait grillé. Pas pas assez, ce serait tout aussi cramé. Juste légèrement assuré, extérieurement nonchalamment assuré. *Jacob, Jacob, Jacob* Tout en rassemblant intérieurement les mots qu'il voyait potentiellement utiles, les *synchronisation*, *superposition* et autres *bifocalité* et en lisant intensément sa vis-à-vis sous l'air faussement assez détaché, en analysant, oui, tout, tout ce qu'elle projetait. *Comme aux échecs, comme aux échecs.* Il faudrait dans l'idéal avoir plusieurs coups d'avance, et il essayait par son analyse de passer d'une situation d'improvisation à une situation d'anticipation, qui lui serait tout de même plus confortable.

Enfin bon, pour l'instant, il fallait terminer de parler, en colorant cette fois son apparence de cet air de défi du grand brun, dans une transition tout à fait similo-naturelle, tout en y ajoutant une nuance savamment dosée - ni trop faiblarde, ni trop arrogante - de *c'est pas tout ça, maintenant que je vous ai expliqué, dites-moi si je perds mon temps avec vous* : "Vous pratiquez, ou vous ne pratiquez pas ?"


[1] Jacob est un PNJ. Aodren le croise au Pitiponk. Le genre authentique/spontané. Tobias son aîné est opposé sur ce point : très manipulateur/calculé. Les deux sont des voisins de Luke à Cambridge connus depuis l'enfance.

Luke s'enfonce, on ne l'arrête plus, direction fosse des Mariannes :ninja:

Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Non pas linéaire mais ondulatoire. Je sens à la façon qu'il a de prononcer ces mots qu'il va m'en dire davantage, alors je ne dis rien, je ne montre rien et j'attends en observant soigneusement son visage qu'il me donne enfin la réponse que j'attends — si tant qu'il le fasse. Sa façon de parler me rappelle les ouvrages d'Edgard Frewd que j'ai dévorés encore et encore. Il théorise la magie en en parlant avec des termes semblables à ceux choisis par le garçon, ce qui me fait me demander si c'est vraiment son choix de vocabulaire ou s'il ne fait que répéter bêtement ce qu'il aurait entendu autour de lui. La suite est presque aussi alambiquée et tortueuse, compréhensible évidemment, mais pas toujours très claire et, surtout, pas toujours juste.

Il me regarde d'une façon intense que je ne comprends pas. Je ne sais pas s'il cherche à jauger ce que je sais ou si au contraire il est déjà persuadé que je sais tout et que je suis parfaitement au courant de quoi il parle. Le fait est que je ne sais toujours pas de quoi il parle et que plus il parle, moins j'en sais à propos de ce fameux cercle. D'autant que produire des signatures magiques différentes à des endroits différents, c'est une magie plus qu'avancée, particulièrement complexe et qui n'est pas franchement le domaine privilégié des mages noires.

Il termine de parler et me pose cette question qui tombe comme un cheveux sur la soupe, parce qu'à part me dire comment fonctionne parfois la magie ou le flux magique, il ne m'a absolument pas donné d'information sur le cercle en question. À moins qu'il n'existe un cercle de sorciers, quelque part en Grande-Bretagne, dont la spécialité soit division du flux magique et sa manipulation à un niveau très précis ? Tout ce qui vient de sortir de sa bouche me fait hésiter quant à son intérêt pour la magie noire. Peut-être qu'il ne parle pas du tout de ça, finalement. Mais dans ce cas, pourquoi a-t-il parlé de magie obscure ?

Je le regarde fixement pendant une poignée de secondes, l'esprit occupé à réfléchir, analyser, comprendre, faire des hypothèses. Finalement, je ne prends qu'une rapide inspiration avant d'ouvrir la bouche.

« Tu me dis comment, répliqué-je. Pas quoi. »

Ce qui est une preuve évidente que ce gamin est soit très bon pour retenir ce qu'il entend et le restituer de façon plus ou moins cohérente, soit qu'il est suffisamment intelligent pour comprendre ce genre de choses et en parler de cette manière. Par prudence, et parce que je n'ai jamais été prompte à croire les gens intelligents, je vais partir du principe qu'il est bon pour répéter ce qu'il a entendu. Maintenant, le plus compliqué sera de lui faire répéter les bonnes choses si je veux savoir si tout ça est réellement intéressant ou si ce n'est qu'une grande perte de temps.

« Comment veux-tu que je te dise si je "pratique" ? Ce que tu viens de dire peut se référer à tous les domaines de la magie. Dans ce cas-là, évidemment que je pratique. Sois encore plus précis, » insisté-je finalement en plantant mon regard dans le sien, une légère ironie trainant au fond de ma voix.

Il s'est enfoncé très loin, oui ! Peut-être un peu trop mais on verra si Aelle est parvenue à le repêcher.

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Bousogriffe. C'est vrai que Jacob n'était pas rigoureux et précis. (Ou peut-être juste qu'à se glisser imparfaitement dans une manière de fonctionner autre que la sienne, on héritait surtout des défauts, pas vraiment des qualités.)

Il fallait donc se réorienter, suivre sa propre pensée, fil cohérent et bien tracé, dans le labyrinthe d'Ariane à cartographier de la réalité. Son parrain en effet raisonnait aux yeux de Luke comme ces pieds sur la carte du Maraudeur qui disparaissaient pour réapparaître là où on ne les attendait pas. Mais la pensée du quatrième année qu'il était fonctionnait bien plutôt par lignes droites que par nuages de pas comme son aîné. Il fallait donc ressortir la première règle qui permettait de tracer ces lignes droites, directes vers la vérité : la cohérence.

Sa cohérence à lui était la cohérence de l'apparence d'une part et de l'intériorité de l'autre : tant que tous les signaux qu'il donnait extérieurement faisaient système, et que par ailleurs tout le système intérieur de pensée faisait système de son côté, il se trouvait cohérent de manière suffisante. Cependant, il percevait bien que le type de cohérence exigé par sa vis-à-vis était autre : cohérence entre l'intérieur et les paroles.

S'il avait su qu'il trouverait un point commun avec son parrain et ses histoires de coeur sur la main... Cela dit, au vu du centre de son expressivité précédemment repéré au niveau de son front et de ses sourcils, il tenait sa vis-à-vis pour plus rationnelle que son parrain et déduisait qu'elle entendait, elle, plutôt une cohérence cerveau / paroles que coeur / paroles quand elle posait un quoi. De ce que Luke lisait de sa vis-à-vis, il lui semblait qu'elle se fichait comme lui à cet instant au moins des ressentis, pour se concentrer sur les pensées. Une bonne nouvelle à son avis, il n'aurait été pas très capable de formuler des ressentis très rigoureux et précis.

Luke structura donc ses pensées : il y avait une ligne logique de la plus grande à la plus petite échelle : [Domaine : Magie]
[Spécialité : Magie obscure]
[Localisation du rayonnage : Magie obscure à Cambridge]
[Sous-rayonnage : Magie obscure à Cambridge, dans le cercle de Thanatée]
[Exemplaire connu : Thanatée]
Thanatée étant une personne qu'il pensait disparue, il n'y avait globalement aucune de ces informations qui serait de nature à le sauver, en cas d'interrogatoire : ni magie obscure, ni cercle, ni Thanatée de Cambridge en fait. Bon. de toute façon maintenant il trempait dans l'affaire jusqu'au cou.

Alors il déroula, yeux dans ceux de sa vis-à-vis : "La magie obscure est le domaine. Thanatée est une habitante de ma ville. Etait ? Elle a tout abandonné. Son compagnon, sa grande maison, son quotidien, pour explorer les formes de magie plus avancée."

Puis retour logique de la plus petite à la plus grande échelle, car au fond, c'était le grand ensemble qui intéressait Luke, et donc logiquement de lui qu'il partait et à lui qu'il revenait : "Avant de partir, elle pensait qu'on ne pouvait pas se laisser limiter. Elle cherchait à briser les schémas de pensée et de magie traditionnels devenus trop banals, elle refusait la magie inoffensive et REVERSIBLE." Ca y est, il venait de se souvenir d'un autre passage qui avait passé avec certitude les lèvres de Thanatée, *inoffensive et réversible*. Ou *inoffensive car réversible* ? En tout cas, obscur, pas inoffensif, pas réversible, telles étaient les pièces dont lui disposait. Il fit une courte pause et acheva : "Si vous la connaissez aussi, si comme elle vous pratiquez la magie obscure qui n'est plus inoffensive, ni réversible, je me disais que vous pourriez m'en apprendre plus à son/ce sujet." Le blond plissa le front. Il avait fait l'effort de l'humilité et de l'honnêteté. Admis quasi sans mots couverts que son savoir était limité. De manière intéressée, poussé fort par l'avidité du savoir. Mais intéressé ou pas, il l'avait fait.

Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !

Thanatée ! Coucou Rapeltout AB
Persuadée qu'il va encore m'entortiller avec ses paroles sans queue ni tête et qu'il va encore en dire trop pour finalement ne rien dire du tout, je sens mon attention s'effilocher et se distiller. Il n'y a guère que son regard sérieux, un regard qui veut faire passer quelque chose qui parvient encore à me retenir, car il me regarde comme s'il voulait me faire passer un message. Quel message ? Pas la moindre idée mais je lui laisse le bénéfice du toute pour la dernière fois car j'ai exprimé clairement mes envies et qu'il essaiera peut-être clairement de les combler, cette fois-ci.

Dubitative, je le reste jusqu'à ce qu'il évoque le départ de Thanatée puis qu'il explique qu'elle est partie à la recherche de ce qui pourrait dépasser les schémas de pensées habituels, bref, il ne le dit pas mais je pense : pour dépasser les frontières. Mon cœur rate un battement tellement grand que j'ai l'impression qu'il chute tout au fond de moi. De là, il se met à battre comme un furieux. Il utilise des mots peu commun pour parler de choses qui ne sont effectivement pas réversibles et donc pas inoffensives. En clair, il parle de choses qu'il ne devrait pas connaître et il en parle un peu trop bien. Et moi, je pense Kristen Kristen Kristen parce qu'elle aussi est partie, a abandonné sa compagne, sa grande maison (ou plutôt son grand château), son quotidien, moi pour les mêmes raisons. Pour ne pas se laisser limiter. La douleur que je ressens à ce souvenir est encore particulièrement forte malgré le retour de la femme dans ma vie. Comment peut-elle être aussi physiquement douloureuse après tout ce temps, toutes ces années ? C'est comme si le souvenir avait la capacité de scinder mon âme en deux tant il me fait mal.

Cette Thanaté... Est-ce une sorte de destinée pitoyable que d'abandonner tout derrière nous lorsque l'on fait le choix de ne pas se laisser limiter ou de franchir toutes les barrières ? Est-ce quelque chose contre lequel on ne peut lutter et cela m'arrivera-t-il un jour ? J'observe le garçon d'un regard froid dans lequel peu de chose se devine. Tout au fond de moi, je sais que c'est le cas. Que j'en serai capable, moi aussi. De tout abandonner pour poursuivre mes recherches et pour approfondir ma compréhension de la magie. Sauf que moi, j'ai des personnes que je ne laisserai jamais derrière moi. Contrairement à Kristen. Parce que cela me semble inenvisageable de penser à la magie et aux barrières en me passant de sa présence. Cela fait-il de moi quelqu'un de faible ? Mon cœur qui renâcle au fond de moi me donne la réponse : bien sûr que oui.

Comme le garçon continue de parler, m’envahit la certitude que mes hypothèses sont vraies. J'en ai désormais l'assurance. Il a utilisé les mots qu'il fallait, les mots qui me parlent, qui résonnent en moi, qui sont ceux que j'utilise aussi, ceux qui veulent dire des choses pour les personnes qui s'intéressent à ces pans de la magie. J'ai donc la certitude que ce gosse parle bien de magie noire. Comment cela se fait-il qu'il ait entendu parler de tout cela ? Cette Thanatée qui était quelque chose comme sa voisine lui en a-t-elle parlé ou a-t-il laissé traîner ses oreilles ? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas cela l'important. L'important c'est qu'il s'y intéresse et qu'à sa façon de parler et de questionner, de chercher des réponses, je comprends qu'il ne porte aucun jugement. Il ne fait que s'intéresser. Et cela plus qu'autre chose fait passer le garçon du statut de "gêne impromptue qui parle pour ne rien dire" à celui de "jeune personne qui a l'esprit suffisamment critique pour ne pas condamner ce que tous autour de lui condamnent". En ressort une sorte d'acceptation de qui il est, même si je ne le connais pas.

Maintenant... Répondre. En même temps que je comprends que nous parlons de la même chose, je sais que je ne donnerai pas à cet adolescent les réponses qu'il espère. Déjà parce que je ne connais pas Thanatée mais également parce qu'il faudrait être particulièrement bête ou arrogant pour crier sur tous les toits que l'on exerce une magie condamnée par la société. J'ai appris depuis ma première année, quand j'ai parlé à Kristen dans ce couloir, qu'il y avait des sujets qu'il ne fallait pas évoquer à voix haute en pleine rue. Même plus tôt, d'ailleurs. Bien plus tôt, quand je demandais à mon père de me parler des enseignements de son école étrangère, bien moins stricte que Poudlard. Il ne m'a jamais caché que la magie noire était une magie qui était acceptée dans certains endroits et moins ailleurs. Il ne m'a jamais caché que je grandissais dans un pays qui faisait partie de ce ailleurs. Alors je sais que je ne dirais pas à ce garçon que oui, je pratique la magie obscure qui n'est ni inoffensive ni réversible.

Je cligne enfin les yeux. Quelques secondes se sont enfuies, par encore assez pour que mon silence soit dérangeant ou étrange ; suffisamment pour que j'ai l'air de réfléchir sincèrement à ce qu'il m'a dit.

« Je ne connais pas Thanatée, » dis-je d'une voix lente, mes yeux calés dans les siens.

Mais je connais ce qui la dirigeait, ce qui la motivait, ce qui l'a poussé à partir.

Autour de nous, le monde continue de tourner. Je me rappelle brusquement de l'endroit où nous sommes en voyant une famille avancer dans la rue. Je me décale sur le côté pour ne pas entraver le chemin et aussi pour préserver notre intimidé. Je ramène mes yeux sur le plus jeune.

« Pourquoi ça t'intéresse tout ça ? demandé-je alors, mes traits bien moins durs que tout à l'heure quand il n'était qu'un passant dérangeant. Pourquoi tu veux en savoir plus alors que tu sais que ce ne sont pas des choses dont il faut parler ? »

Je pense que mon ton est suffisamment neutre pour qu'il ne se sente pas piqué par ces questions dirigées. Cependant, je suis trop habituée à ce qu'on réagisse vivement à mes mots et que l'on se vexe pour tout et rien, alors je prends tout de même la peine d'ajouter en guise de reformulation, pour qu'il comprenne que moi aussi je m'intéresse sans juger :

« Qu'est-ce qui t'attire, là-dedans ? »