E.P Cuire sur place pour un livre

Mercredi 18 février, 14h
Bibliothèque



Un souffle toxique passe mes lèvres et la dernière goutte de soulagement part avec. Fumer, ça me tue mais en même temps ça me fait du bien, c'est assez paradoxal. Quand j'écrase mon mégot contre la surface en pierre, je me dis que j'aurais dû garder ma cigarette pour après mon passage dans la bibliothèque. Je ne vais pas passer un bon quart d'heure vu l'état du livre. Mais bon, il faut bien assumer les conséquences de ses non-faits dans la vie. Puis, je le fais seulement parce que j'ai reçu une belle beuglante hier en fin d'après-midi qui m'a donné un bon frisson dans le dos. La bibliothécaire n'avait pas l'air d'être contente du tout, même sans crier elle me l'a fait comprendre. J'ai eu la légère impression de redevenir un élève durant un court instant.

Avec une dernière expiration, je prends le chemin du lieu du savoir. Mon emprunt doit reprendre sa place entre ses collègues malheureusement. J'arrive devant la double porte et je ne fais même pas gaffe au règlement qui ne s'applique pas à moi. C'est bien d'être adulte parfois, ça donne des sacrés passes droits. Je me retrouve à l'intérieur de cette immense pièce où je ne peux que revoir les heures de travail que j'y ai passé et les quelques bêtises aussi. J'ai un petit point chaud qui se créent dans ma poitrine. Les souvenirs d'enfance, ça fait du bien.

Je me dirige vers le comptoir et personne ne s'y trouve. J'imagine qu'elle se cache dans l'un des rayons et je peux très bien l'attendre ici. D'une main, je sors mon livre de ma sacoche puis mon thermos rempli de café parce que la fatigue me remonte et il faut que je l'élimine au plus vite. En prenant une gorgée, je lève les yeux vers trois portraits qui m'interpellent assez vite. "Le mur de la Honte" ? C'est quoi ce truc encore ? Puis pourquoi il y a Asael et le petit Eli ? Je plisse un peu des yeux pour voir ce qui est écrit et un frisson de dégoût me parcourt. C'est légal de faire un truc pareil ? Je commence sérieusement à me poser des questions sur cette mystérieuse bibliothécaire dont je n'en entend que du mal depuis que je suis arrivé ici. Et sur mes supérieurs aussi, peut-être qu'ils ne sont même pas au courant.

Je tourne doucement la tête vers mon emprunt et j'ai comme une intuition que je vais me faire cuire sur place. La première fois que je suis venu ici, c'est George qui m'a fait l'emprunt et c'est un sacré jeune homme bien gentil. Mais la vieille chouette, je ne l'ai pas croisé ou peut-être que je n'avais pas fait attention. Je ramène ma chemise à mon nez et l'odeur de cigarette remplis mes poumons. Je deviens conscient de ma personne un quart de seconde. Mes tatouages, mon odeur, mes vêtements, ma manière d'être, tout me fait dire que je vais détester avoir emprunté un livre.

500mots
@Eglantine Pinehead

Couleur : #9a3d1d IT'S PRIDE MY GALS ! - Fumeur pour éloigner la plèbe - Professeur de Divination depuis novembre 2050 inRP - Team tutoiement - Sulienonichou - être de nuisance _ Paige 2026

E.P Cuire sur place pour un livre
Eglantine tenait ses comptes avec une rigueur militaire. La vieille femme avait toujours été la tenancière des comptes de la famille, de l'inventaire des possessions, des transactions, des rentrées d'argent, des sorties, et même des listes de courses. Imperturbable, aux portes de la folie frénétique tant sa rudesse envers les chiffres étaient démentielle. Et déjà, elle observait des incompatibilités avec son exactitude parmi les emprunts qu'elle avait accordé.

Des retards, des approximations, pire, des contestations. Des formulaires de demande mal remplis, des ouvrages rendus tâchés, poussiéreux, cornés. Cornés... par Merlin, un frisson l'envahit en repensant à ces pages si merveilleuses, éternelles, censées perdurer au travers de l'humanité sorcière, si maladroitement traités. Manquer de respect envers les êtres humains était une chose, mais envers les livres en était une autre. Si elle pouvait parfois comprendre certaines sautes d'humeur de la part d'insupportables adolescents boutonneux et puants, quiconque abimait ses livres se voyait marqué du fer rouge de son inoubliable furie.

Ses narines frémirent lorsque l'odeur épouvantable du tabac lui parvint. Elle ne releva pas la tête tout de suite lorsque la porte de son bureau s'ouvrit. Après tout, elle n'avait pas terminé d'écrire sa ligne, le visiteur allait devoir patienter. Quelle odeur épouvantable, si elle n'avait pas une telle maîtrise d'elle-même, les traits de son visage se seraient sans le moindre doute contractés de toute leur vieillesse.

« Bonjour, professeur Willows. »

Elle l'avait reconnu en redressant doucement la tête. D'un trait, reposant sa plume avec délicatesse sur son support magique. Ses longs doigts crochus et veinés se croisèrent les uns aux autres lorsqu'il se posèrent sur le bois froid de son bureau. Par Merlin, quelle apparence épouvantable. Comment la direction avait pu embaucher un porc pareil ? Tout, dans sa manière d'être, reflétait sa négligence et l'absence d'exemplarité. Rien que l'odeur de la cigarette... quel modèle déplorable pour les jeunes, qui n'avaient certes pas besoin qu'on les pousse, mais quelle décadence. Sans parler de sa baguette bien en vue, et de cette... mais par tous les Saints, comment un être humain pouvait empester à ce point ?

Elle reprit la parole en tripotant les longues tiges de bois trempées dans son diffuseur de parfum. Rose, bien évidemment.

« J'ose imaginer que votre présence signifie que je vais récupérer le livre que vous avez emprunté le début décembre ? »

Son regard glissa sur l'ouvrage que l'adulte face à elle tenait, et étendit sa main dans un geste fluide et néanmoins passif. Elle n'attendait pas, elle savait qu'elle récupérerait son dû, qu'elle aurait déjà du retrouver il y a deux semaines de là. Qu'un élève ait du mal à se conformer aux règles est une chose, encore une fois, mais un adulte...

« Une bien belle lecture, j'en conçois. La prochaine fois, si vous avez besoin d'une extension d'emprunt, les formulaires sont disponibles à l'entrée de la bibliothèque. »

Elle n'avait pas oublié, après tout, qu'il était passé par la boîte à emprunt, pour demander son livre.

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »

E.P Cuire sur place pour un livre
Mon regard tombe enfin sur la bibliothécaire quand j'entends cette voix qui m'est maintenant familière. Oh, wow... Elle a l'air d'avoir le physique de ses idées celle-là. Elle me lance le regard de la mort comme si j'étais une vermine et j'ai vraiment l'impression de retourner en enfance face à certains de mes professeurs des plus agréables.

"Bonjour.", je murmure sous la honte avec la voix qui déraille dans les aigus. Bordel, Sulien t'es plus un gamin, tu fais grave pitié là ! Je me racle un peu la gorge et je reprends mes esprits. C'est juste rendre un livre, rien de très compliqué. Elle joue avec son diffuseur avec le bout de ses doigts fripés et je comprends très bien le message. Je n'aurais pas fumé juste avant si sa lettre ne m'avait pas stressé...

Début décembre ? Avec les fêtes, tu m'étonnes que j'ai oublié ! "Ah, oui, il est enfin de retour chez vous.", je réponds avec un petit sourire qui se veut innocent. Je vois sa main se poser sur le livre et tout ce que je remarque, c'est la grosse tache de café dans le coin. Si je ne suis pas mort à la fin de cette visite, je pourrai dire que j'ai survécu à la guerre. Nan mais sérieusement, qu'est-ce que j'ai fait avec ce truc ? C'est une page complètement fracassée que je vois là ? Je passe une main derrière mon cou que je commence à gratter tout doucement. J'aurai dû lancer un Tergeo et un Reparo sur l'ouvrage avant de le rendre parce que là..

Elle me dit où sont les extensions d'emprunt, c'est... gentil ? Elle en fait même ? Ça me surprend. Il lui reste un minimum de bonne foi à cette vieille mégère. Je tourne le regard vers l'endroit qui contient ces supposés rallongements avant de retourner à elle avec un petit sourire calme. "Je ne manquerai pas de passer pour une prochaine fois. J'ai tendance à surestimer le temps libre que j'ai en ma disposition depuis que je suis dans ce château.", je suis vraiment en train de dire que je suis booké alors que j'ai l'emploi du temps le plus clément du monde. Quel beau faignant je fais. "Puis, avec tous les ouvrages que j'ai en ma possession, il est dur de savoir lequel m'appartient réellement. Entre essais et littérature italienne, un livre rempli de conseils se perd vite dans les étagères, veuillez accepter mes sincères excuses pour ce retard."

Je peux partir là, non ? Je reste un peu au cas où et j'ouvre de nouveau mon thermos. Je prends quelques gorgées de ma boisson en tournant mon regard vers le reste de la bibliothèque. Elle n'a vraiment pas changé ! Je vois une rangée de livres bien précise que j'avais collée au bois pour énerver l'ancienne pie qui gérait cet endroit. Que de bons souvenirs ! Les dernières gouttes de café se faufilent dans ma gorge puis j'essuie mes lèvres avec le dos de ma main. Je ne vais pas fermer l'œil de la nuit avec ça. C'est peut-être une bonne chose pour éviter les cauchemars qui pourraient m'attendre à la suite de ça.

530mots
@Eglantine Pinehead

Couleur : #9a3d1d IT'S PRIDE MY GALS ! - Fumeur pour éloigner la plèbe - Professeur de Divination depuis novembre 2050 inRP - Team tutoiement - Sulienonichou - être de nuisance _ Paige 2026

E.P Cuire sur place pour un livre
Un professeur de divination ? Booké ? Surchargé ? Si Eglantine avait eu de l'humour, elle aurait certainement rit à ce trait qu'elle ne pouvait décemment pas prendre au sérieux. Déjà que cette matière n'était pas une réelle discipline... Leurs pratiquants n'étaient qu'un amas de fainéants qui cherchaient à justifier les pauvres aspects de leur vie plutôt que d'affronter la réalité en face. Plutôt que se fier à leur intellect déficient, ils préféraient se rabattre sur l'illusion d'une volute de fumée. Si elle avait été directrice, cette matière aurait été la première à disparaître.

En récupérant l'ouvrage, la vieille bibliothécaire sentit immédiatement que quelque chose n'allait pas. La variation de couleur sur la couverture confirma son pressentiment, et dans un mouvement fluide de ses doigts crochus, elle feuilleta les pages, suspicieuse. Elle en était sûre. Par Merlin et Morgane touts puissants, qu'un élève rende un livre en mauvais état était une chose, mais qu'un adulte ne s'embarrasse même pas de nettoyer et réparer son ouvrage en était une autre ! Ses sourcils inquisiteurs se rapprochèrent imperceptiblement tandis qu'elle se redressait en hochant la tête aux vantardises éhontées de son collègue.

« Je vois. »

Seul celui qui ne croit pas en ce qu'il dit ressent un besoin irrépressible de prouver ses dires. De toute évidence, ce cher professeur était un cancre. Elle interrompit les contemplations de son collègue en posant le livre sur le bois d'un geste sec.

« Monsieur Willows. »

Sa voix était dure et froide, son regard pénétrant et sévère, et elle se tenait droite, aussi raide que la justice.

« Regardez, je vous prie. »

Sans s'embarrasser d'hésitations, elle posa le bout de son index sur la tache de café.

« Qu'un élève salisse un livre, c'est une chose. Elle ouvrit l'ouvrage à la page abîmée. Qu'il l'endommage en est également une. Mais qu'un adulte du corps enseignant réussisse l'exploit de combiner les deux... Sans prendre la peine de réparer ni de nettoyer... »

Elle plissa ses petits yeux sournois, emplis d'une rancune parfaitement contenue, avant de secouer la tête d'un air désapprobateur.

« Alors, expliquez-moi. Avez-vous prêté ce livre à l'un de vos élèves, monsieur Willows ? »

Une partie d'elle souhaitait accorder ce doute à l'adulte. Car s'il était le responsable... Les conséquences seraient tout simplement effroyables. Sa question avait vocation à être double, un double piège. S'il avait effectivement prêté ce livre, il démontrait ainsi son irresponsabilité, et son manque d'attention, ainsi que de lucidité pour ne pas avoir réparé. S'il n'avait pas prêté ce livre... c'est qu'il était le responsable de ces dommages, et elle ne savait pas quelle bêtise était la pire ! Par Merlin, on engageait vraiment n'importe qui en ce moment. Quoiqu'avec une telle matière, quoi de plus cohérent d'engager n'importe qui pour enseigner n'importe quoi ?

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »