Mariage ? Plutôt mourir !
EVAN | Quatrième année
13 décembre 2050
Solo
13 décembre 2050
Solo
J'ai toujours détesté les mardis. C'est une journée dans le début de la semaine, entre deux jours de cours. Pas de weekend avant encore un moment et surtout, beaucoup de cours. Encore aujourd'hui, je me demande ce qui m'a poussé à prendre cette filière. Métamorphose et astronomie dans une même journée... Quelle galère. Même si j'apprécie bien l'HdLM, l'étude des runes, la DCFM et la divination, tout ça dans l'espace de douze heures, ça fait beaucoup. Seulement, une fois 18h55 passées, je suis libre comme l'air. Enfin, jusqu'à 23h, c'est dur d'étudier les astres en plein jour. Bref, un mardi, surtout le jour de ses 15 ans, c'est loin d'être amusant.
Je n'ai jamais vraiment célébré mon anniversaire, contrairement à la plupart des ados ici. C'est une journée parmi d'autres, où on souligne que l'on a vieilli d'un an. Rien de si spécial finalement. On vieillit. Je termine de dîner autours de 19h30, et monte à la volière. J'ai beau ne pas avoir envie de célébrer mon anniversaires, il est rare que je ne reçoive pas de missive durant ma fête.
Une fois arrivée, après plusieurs centaines de marches montées, je trouve Bambi, le hibou de la famille, posé avec deux lettres sous lui. Je le caresse pendant quelques instants, avant de prendre les lettres. Les deux portent le sceau des Maeng et sont adressées à nulle autre qu'Evangeline Honja Maeng. Moi. Je m'empare du premier paquet, qui contient deux lettres. Les deux sont en coréen, mais sont signées en anglais. Yeon Hu et Sua. Ils ont du les envoyer à mère et père pour que Bambi me l'emmène, leur propre hibou aurait Je souris et les glisse dans une des poches de mon uniforme, avant de m'emparer du second paquet.
Je reconnais l'écriture de mère sur le dessus de l'enveloppe. Je l'ouvre, anticipant dMavance ce qu'elle pourrait contenir. Un message de joyeux anniversaire ? Peut-être. Ce n'est pas vraiment le genre de mes parents, cela dit. Ils ont peut-être changé ? Il n'y a bien qu'une seule façon de le savoir.
Pas de nom, pas d’aurevoirs, pas de joyeux anniversaires. C’est bel et bien le travail de mes parents. Des fiançailles… J’ai du mal à y croire. Je savais que mon frère était engagé et que ma sœur avait un fiancé, mais je pensais que c’était de leur propre gré.. Pas qu’ils en avaient été forcés. Mon mariage est déjà organisé et ils ne se sont même pas donné la peine de me dire avec qui. Je me sens soudainement plus faible. Je refuse de regarder mes mains, mais je sais déjà qu’elles tremblent, plus que je pourrais imaginer. Je ne dis pas aurevoir à Bambi, je quitte tout simplement la volière et descend les marches vers le cachot, le cœur lourd. Bonne fête, Evan.Evangeline,
Nous avons appris par le biais de ta sœur que tu souhaitais rester à Poudlard pour les vacances de Noël. Ce n'est pas la première vois, et nous ne t'en empêcheront pas. Seulement, nous avions quelques petites choses à t'annoncer durant les vacances.
Si nous ne nous trompons pas, tu as 15 ans, à l'heure où tu reçois cette missive. Moi et ton père avons décidé de t'annoncer quelque chose d'assez important dès que tu attendrais cet âge, et c'est l'heure. Nous t'écrivons aujourd'hui pour te parler de tes fiançailles.
Comme tu le sais, tout enfant de bonne famille est fiancé dès sa naissance, avec l'enfant d'une autre famille noble. Nolon se mariera dans quelques mois, dès qu'il aura dix-huit ans et Sunhee connait déjà son fiancé. Nous considérons qu'à quinze ans, tu es en âge de savoir que ce sera bientôt ton tour et que tu souhaiterais peut-être connaitre la personne avec qui tu vas te lier.
De plus, nous voulons aussi te dire que ce mariage aura lieu dans le seul but de perpétuer une lignée de sorciers avec d'autres personnes dont le sang est tout aussi pur que le tiens et celui de notre famille. Fais-nous signe si tu veux d’autres informations, nous te les fournirons dans les prochains jours sous forme de lettre, comme celle-ci.
Mariage ? Plutôt mourir !
EVAN | Quatrième année
14 décembre 2050
Solo
14 décembre 2050
Solo
J’ai passé la nuit à réfléchir à la lettre de mes parents, et je ne me sens pas mieux, à l’inverse. C’est pire aujourd’hui. C’est quelque chose de connu, quand on réfléchit trop, on finit par être plus inquiets; de nouvelles questions se forment et des scénarios catastrophes prennent vie. Sauf que la situation est déjà une catastrophe. Mes parents viennent de m’annoncer mes fiançailles. Pire encore ! C’était planifié depuis ma naissance et ils viennent me l’annoncer quinze ans plus tard ! Il doit être cinq ou six heures du matin et je suis tellement fatiguée que j’ai du mal à savoir si j’ai même dormi cette nuit. Si la réponse était négative, je ne serais pas vraiment étonnée. En ce moment, j’ai juste envie de pleurer, de crier, de confronter mes parents. Oui, c’est ce que je vais faire. Confronter mes parents.
Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit, je ne compte pas rentrer en Angleterre pour les vacances d’hiver. Passer plus d’une semaine avec mes parents après une annonce pareil ? Plutôt mourir ! Seulement, le système de communication avec des lettres existe toujours, et heureusement ! Dès que le couvre-feu est levé, je compte bel et bien me rendre à la volière et leur écrire.
Épuisée, je regarde ma montre. Sept heures. Je soupire, mets mon uniforme et sors du dortoir, Imugi enroulé autours de mon bras. Après plusieurs centaines de marches, je passe la porte de la volière et remarque Bambi, qui a dû passer la nuit ici. Je le caresse et le regarde pendant quelques instants. « Tu es porteur de mauvaises nouvelles ces derniers jours, toi. » Puis, je secoue ma tête et m’empare d’un parchemin ainsi que d’une plume brune, que notre hibou a dû laisser au sol en arrivant hier. C’est parti.
Je scelle la missive mais pas avec le sceau de la famille. J’aurai préféré de jamais en avoir fait partie. Je prends de la ficelle et fais une boucle autour de l’enveloppe, pour faciliter la tâche à Bambi. Je tiens à ce qu’il ait la tâche facile, mais aussi à ce que la lettre se rende saine et sauve puisqu’après tout, j’ai besoin d’une réponse de mes parents. Trop de questions demandent une réponse et même si j’ai peur de ce que celles-ci pourraient être, j’en ai besoin.Chère mère, cher père.
Je ne vais pas perdre mon temps en vous demandant de vos nouvelles, comme vous n’avez même pas pensé à me souhaiter un joyeux anniversaire. Comme vous l’avez deviné, je ne comptais pas rentrer à York pour ces vacances, comme les trois dernières années. Après cette nouvelle, j’en ai encore moins envie. On dirait bien que les traditions, les miennes comme les vôtres, ne changeront jamais.
J’avais donc quelques questions, concernant ces fiançailles. Comme vous êtes convaincus que je vais épouser la personne de votre choix, on fera comme si c’était le cas. D’abord, qui est le garçon en question ? Vous dites bien que nos fiançailles sont organisées depuis ma naissance et qu’il est au courant, mais j’aimerais au moins savoir de qui vous parlez. Si je dois me marier avec quelqu’un, même si c’est pour des questions financières ou de sang, j’aimerais m’assurer que j’épouserai quelqu’un que je sais tolérer.
Quoi qu’il en soit, je vous laisse croire ce que vous voulez à propos de ces fiançailles, mais ne vous faites pas trop d’idées. Je suis votre fille, votre descendance aussi, mais je suis avant tout votre fille. Vous n’avez pas à faire tous les choix mes concernant.
Evan.
Le cœur un peu moins lourd, je regagne la grande salle pour prendre mon petit déjeuner. J’aurais préféré que ce ne soit pas le cas mais si ne me trompe pas, mon premier cours de la journée est assez tôt ce matin et même si certaines choses chamboulent ma vie, je me dois de continuer d’aller en cours. Mes parents seraient encore pire si je ne rapportais pas de bonnes notes.
Mariage ? Plutôt mourir !
EVAN | Quatrième année
22 décembre 2050
Solo
22 décembre 2050
Solo
Ça fait plus d'une semaine que je ne suis pas allée voir la réponse de mes parents à la volière. Après ce que je leur ai dit, je suis assez certaine qu'ils m'ont réécrit. Ils vont considérer la moitié de ce que je leur ai envoyé comme un manque de respect et pour être honnête, ça l'est peut être. Seulement, j'étais en colère et mon entourage le sait; je ne suis pas la personne la plus gentille quand je suis fâchée.
Il est vingt heure quand je décide qu'il est temps pour moi d'aller à la volière. Même si j'ai envie d'avoir des réponses à toutes mes questions, j'ai assez peur. Oui, je l'avoue, j'ai peur. C'est probablement la raison pour laquelle j'ai fais de l'évitement, la raison pour laquelle j'ai agi comme si la Tour Ouest n'avait jamais existé. Seulement, comme je l'ai dis, j'ai peur, et j'ai besoin de réponses. Maintenant que la moitié de l'école est repartie chez eux, il risque d'avoir moins de gens qui trainent autours de moi, moins de gens pour me voir en pleine crise. Enfin, peut-être pas, cela va dépendre de la réponse que je vais recevoir.
Fébrile, je monte à la volière. Qu'est-ce qui m'attends ? Je n'en ai pas la moindre idée. Ai-je même envie de le savoir ? Ça, je me le demande aussi. Mais ce n'est pas vraiment une question, je dois avoir une réponse. Je dois savoir avec qui je suis fiancée, putain ! Ce n'est pas une question de choix ou d'envies. Une fois les marches grimpées, je pousse la porte, juste pour trouver un Bambi recouvert de neige. Il a du arriver très dernièrement. Mes soupçons se confirment quand je trouve une missive bien ficelée à sa patte; habituellement, il détache les lettres de ces pattes peu de temps après être arrivé.
En parlant de lettre, je détache celle qui a été confiée à notre hibou, le cœur battant. Comme d'habitude, mes parents n'ont écrit que mon nom ainsi que l'adresse, le château, sur l'enveloppe. Ça me prouve une fois de plus qu'elle vient de mes parents. Bon sang. Je vais avoir une réponse. Je vais avoir une réponse.
Au nom de Morgane... Je suis fiancée à... Rhys ?Evangeline,
Nous venons tout juste de recevoir ta lettre, la neige a du ralentir Bambi, ou alors il s'est arrêté pour une raison que nous ignorons et que nous espérons être importante. Nous n'en doutions pas vraiment mais comme tu l'as dit, Nolon et Sunhee sont revenus à la maison sans toi, comme à chaque année finalement. Comme tu l'as aussi dit, les traditions ne changent pas et ne changeront pas, spécialement dans cette famille.
Nous sommes ravis d'apprendre que tu es en accord avec notre annonce, ou si tu préfères, qui tu l'acceptes. De toute façon, ce n'était pas vraiment un choix. Nous sommes tes parents, nous faisons les choix. Si nous te l'avons pas annoncer, d'abord, c'est parce que nous craignons une réaction enfantine, comme celle que tu as eu finalement. Nous aurions peut être du attendre un peu plus, car le manque de respect dont tu fais preuve n'est pas à désirer. Mais nous parlions de traditions et de te l'annoncer à tes quinze ans en était une.
Pour répondre à ta question, nous pensons que la personne que tu vas épouser te plaira. Tu l'as rencontré plusieurs fois et tu semblais bien t'entendre avec lui, finalement, ce mariage finira peut être en alliance d'amour, qui sait. C'est donc pourquoi ton père et moi étions plutôt fiers de notre choix. Sans plus attendre, nous t'annonçons que tu vas épouser Rhys Vaughan, fils de Baldwin et Gemma Vaughan. Tu l'as vu en notre compagnie quelques fois et tu as du le croiser à Poudlard, il est dans ta tranche d'âge, en quatrième année aussi si je ne me trompe pas.
De toute façon, que cette nouvelle soit bonne ou mauvaise, tu n'en as pas le choix. Je le répète quand même, nous faisons les décisions, nous sommes tes parents.
Mariage ? Plutôt mourir !
Je vais épouser Rhys Vaughan. Non. Non non non non. Personne n'a besoin de me le demander, la réponse est claire; je ne vais pas bien du tout. Je vais épouser Rhys Vaughan. Ça ne sonne pas bien, pas bien du tout. Je vais épouser Rhy-... Un battement d'aile à ma droite m'empêche de terminer cette phrase et de potentiellement empirer toute la situation. Je regarde Bambi, tremblotante. J'ai du mal à y croire. J'ai du mal à me faire à l'idée. J'ai du mal à réaliser que c'est vrai. Dites moi que c'est un mensonge, pitié...
Mon cœur bat à tout rompre, pas parce que je suis enchantée. Pas parce que je suis heureuse. Pas parce que je suis amoureuse. C'est pour tout le contraire, même si ma réaction corporelle serait la même que dans les deux cas précédents. Putain, non ! Je suis tellement loin d'aimer ce garçon... Je suis loin d'être capable de même le tolérer ! Alors l'épouser ? Mais qu'est-ce qui est passé dans la tête de mes parents ? Je savais déjà qu'ils prenaient une tonne de mauvaises décisions mais qu'est-ce qui est pire que celle de me fiancer avec lui ?
Peut être l'idée de me fiancer avec quelqu'un tout court. Je ne l'avais pas réalisé mais rien que l'idée de me fiancer était effroyable. Depuis ma naissance, en plus. Le fait de le garder secret est encore pire ! Mais je pense que je ne l'avais pas réalisé à cause que je n'en avais pas eu la confirmation, ou en tout cas, je ne l'avais pas ressenti avant aujourd'hui. Pas avant d'avoir reçu cette foutue lettre qui ne mérite rien de bon.
Sans cette lettre, je n'aurais pas appris que j'allais me fiancer avec Rhys putain de Vaughan. Une des seules personnes pour laquelle je cultive de la haine, de la vraie. J'aurais pu continuer à faire de l'évitement, faire comme si personne ne m'avais jamais même annoncé mes fiançailles. Je n'avais pas compris la gravité de ça avant d'avoir reçu ce bout de parchemin. C'est comme si... Comme si je réalisais que c'était vrai.
En parlant de ça, je m'empare de la missive et la met en feu grâce à ma baguette, avant de la jeter par dessus de la fenêtre, prenant tout de même soins de ne pas enflammer aucun hibou ou chouette. Ils ne m'ont rien fait. Eux non. Cette lettre... Ma famille – puis-je même la considérer comme une famille après ça ? – eux m’ont fait du mal. Ils m'en ont fait depuis ma naissance, si je peux être honnête. Quelle idée de mettre au monde un enfant qui n'a même pas été voulu ? Un enfant qu'ils n'aiment pas ? Bande de fous.
Toujours tremblotante, je pose mon dos sur le mur le plus proche et descend lentement mais sûrement au sol. Une fois assise et bien accotée, je me permets de respirer. De vraies respirations cette fois. Pas celles qui sont bercées de mensonges, les respirations douces au rythme tout à fait normal. Pas les respirations retenues, qui retiennent toute ma colère, toute ma haine. Je me laisse aller. Ça fait du bien, mais ça n'arrange pas tout. Bien évidemment que ça n'arrange pas tout. J'ai encore trop de soucis pour être bien.
J'ai envie de pleurer et de crier. Est-ce que ce serait d'exagérer ? Sunhee n'a pas pleuré quand elle a appris ses fiançailles. Ou peut être que oui ? Elle me l'aurait dit, sinon, non ? J'ai un peu du mal à y croire, maintenant. Elle savait probablement pour la lettre. Elle savait sans doute pour le mariage arrangée. Elle connait bien mère, elle connait bien les traditions dans cette famille de fous. Elle le savait et elle ne me l'a pas dit, qui sait ce qu'elle me cache, maintenant ? Qui sait si ce n'est pas elle, qui a suggérer à mère quoi que ce soit ? Je me sens trahie. Je me sens seule. Pour la première fois, je me sens seule. J'ai l'impression d'être un bateau qui coule, sans jamais pouvoir remonter à la surface. Au monde présent. Au monde normal. Peut être bien que j'en fais trop. Mais ça, c'est le cadet de mes soucis.
J'ai du mal à me relever. J'ai envie de passer la nuit ici, de passer ma vie ici. De ne plus jamais sortir. De ne plus jamais laisser mes parents toucher à ma vie. De ne plus jamais laisser mes parents me toucher, me blesser, ouvrir des plaies qu'ils ne cesseront d'agrandir. Parce qu'après tout, c'est mes parents. Plus rien ne m'étonne, venant de leur part. Ils blessent les gens et leurs disent de faire avec, de continuer leur vie comme si de rien était. De ne pas adresser le "quelconque problème", comme s'il n'avait pas de valeur. C'est ça. On a pas de valeur à leurs yeux. On est leur progéniture, des descendant, des enfants qu'ils vont chérir, juste pour ensuite s'en servir.
« Ce n'est pas un mariage d'amour, juste de sang. Juste pour prospérer la lignée. » J'en suis même pas étonnée. Ils ne font rien par amour, rien. Ils nous ont élevé en nous disant que leur mariage était forgé sur des valeurs amoureuse. Si cela devait être un mensonge et que quelqu'un m'apprenait que ç'en était un, je ne serais même pas étonnée. Ils sont tous des menteurs de toute façon. « BANDE DE MENTEURS ! » Je crie à la pièce vide, qui semble si pleine. Si remplie de toute mes émotions. J'ai l'impression qu'elle va exploser, suffoquer. J'ai l'impression que je vais suffoquer. Si je ne sors pas, je vais suffoquer.
Je sors donc en vitesse et dévale les escaliers, en ne faisant pas attention à personne autours de moi. Parce que je toute façon, je suis seule. Je ne peux plus faire confiance à personne. Je ne laisse pas une seule des larmes que mes yeux retiens couler. Je ne veux pas montrer que je suis faible, que je suis incapable de réagir comme une adulte à ce genre de nouvelles. C'est ce que mère et père diraient. Sauf que je ne suis pas une adulte. Je ne devrais pas avoir l'obligation d'agir comme si j'en étais une. Je ne devrais pas non plus invalider mes sentiments comme si mes parents me criaient dessus en ce moment même. Je ne devrais pas obligatoirement faire quelque chose parce que mes parents m'obligent de le faire. Ils ne sont pas maîtres de ma vie ! Je le suis ! Et je sais ce que je vais faire.
Mon cœur bat à tout rompre, pas parce que je suis enchantée. Pas parce que je suis heureuse. Pas parce que je suis amoureuse. C'est pour tout le contraire, même si ma réaction corporelle serait la même que dans les deux cas précédents. Putain, non ! Je suis tellement loin d'aimer ce garçon... Je suis loin d'être capable de même le tolérer ! Alors l'épouser ? Mais qu'est-ce qui est passé dans la tête de mes parents ? Je savais déjà qu'ils prenaient une tonne de mauvaises décisions mais qu'est-ce qui est pire que celle de me fiancer avec lui ?
Peut être l'idée de me fiancer avec quelqu'un tout court. Je ne l'avais pas réalisé mais rien que l'idée de me fiancer était effroyable. Depuis ma naissance, en plus. Le fait de le garder secret est encore pire ! Mais je pense que je ne l'avais pas réalisé à cause que je n'en avais pas eu la confirmation, ou en tout cas, je ne l'avais pas ressenti avant aujourd'hui. Pas avant d'avoir reçu cette foutue lettre qui ne mérite rien de bon.
Sans cette lettre, je n'aurais pas appris que j'allais me fiancer avec Rhys putain de Vaughan. Une des seules personnes pour laquelle je cultive de la haine, de la vraie. J'aurais pu continuer à faire de l'évitement, faire comme si personne ne m'avais jamais même annoncé mes fiançailles. Je n'avais pas compris la gravité de ça avant d'avoir reçu ce bout de parchemin. C'est comme si... Comme si je réalisais que c'était vrai.
En parlant de ça, je m'empare de la missive et la met en feu grâce à ma baguette, avant de la jeter par dessus de la fenêtre, prenant tout de même soins de ne pas enflammer aucun hibou ou chouette. Ils ne m'ont rien fait. Eux non. Cette lettre... Ma famille – puis-je même la considérer comme une famille après ça ? – eux m’ont fait du mal. Ils m'en ont fait depuis ma naissance, si je peux être honnête. Quelle idée de mettre au monde un enfant qui n'a même pas été voulu ? Un enfant qu'ils n'aiment pas ? Bande de fous.
Toujours tremblotante, je pose mon dos sur le mur le plus proche et descend lentement mais sûrement au sol. Une fois assise et bien accotée, je me permets de respirer. De vraies respirations cette fois. Pas celles qui sont bercées de mensonges, les respirations douces au rythme tout à fait normal. Pas les respirations retenues, qui retiennent toute ma colère, toute ma haine. Je me laisse aller. Ça fait du bien, mais ça n'arrange pas tout. Bien évidemment que ça n'arrange pas tout. J'ai encore trop de soucis pour être bien.
J'ai envie de pleurer et de crier. Est-ce que ce serait d'exagérer ? Sunhee n'a pas pleuré quand elle a appris ses fiançailles. Ou peut être que oui ? Elle me l'aurait dit, sinon, non ? J'ai un peu du mal à y croire, maintenant. Elle savait probablement pour la lettre. Elle savait sans doute pour le mariage arrangée. Elle connait bien mère, elle connait bien les traditions dans cette famille de fous. Elle le savait et elle ne me l'a pas dit, qui sait ce qu'elle me cache, maintenant ? Qui sait si ce n'est pas elle, qui a suggérer à mère quoi que ce soit ? Je me sens trahie. Je me sens seule. Pour la première fois, je me sens seule. J'ai l'impression d'être un bateau qui coule, sans jamais pouvoir remonter à la surface. Au monde présent. Au monde normal. Peut être bien que j'en fais trop. Mais ça, c'est le cadet de mes soucis.
J'ai du mal à me relever. J'ai envie de passer la nuit ici, de passer ma vie ici. De ne plus jamais sortir. De ne plus jamais laisser mes parents toucher à ma vie. De ne plus jamais laisser mes parents me toucher, me blesser, ouvrir des plaies qu'ils ne cesseront d'agrandir. Parce qu'après tout, c'est mes parents. Plus rien ne m'étonne, venant de leur part. Ils blessent les gens et leurs disent de faire avec, de continuer leur vie comme si de rien était. De ne pas adresser le "quelconque problème", comme s'il n'avait pas de valeur. C'est ça. On a pas de valeur à leurs yeux. On est leur progéniture, des descendant, des enfants qu'ils vont chérir, juste pour ensuite s'en servir.
« Ce n'est pas un mariage d'amour, juste de sang. Juste pour prospérer la lignée. » J'en suis même pas étonnée. Ils ne font rien par amour, rien. Ils nous ont élevé en nous disant que leur mariage était forgé sur des valeurs amoureuse. Si cela devait être un mensonge et que quelqu'un m'apprenait que ç'en était un, je ne serais même pas étonnée. Ils sont tous des menteurs de toute façon. « BANDE DE MENTEURS ! » Je crie à la pièce vide, qui semble si pleine. Si remplie de toute mes émotions. J'ai l'impression qu'elle va exploser, suffoquer. J'ai l'impression que je vais suffoquer. Si je ne sors pas, je vais suffoquer.
Je sors donc en vitesse et dévale les escaliers, en ne faisant pas attention à personne autours de moi. Parce que je toute façon, je suis seule. Je ne peux plus faire confiance à personne. Je ne laisse pas une seule des larmes que mes yeux retiens couler. Je ne veux pas montrer que je suis faible, que je suis incapable de réagir comme une adulte à ce genre de nouvelles. C'est ce que mère et père diraient. Sauf que je ne suis pas une adulte. Je ne devrais pas avoir l'obligation d'agir comme si j'en étais une. Je ne devrais pas non plus invalider mes sentiments comme si mes parents me criaient dessus en ce moment même. Je ne devrais pas obligatoirement faire quelque chose parce que mes parents m'obligent de le faire. Ils ne sont pas maîtres de ma vie ! Je le suis ! Et je sais ce que je vais faire.
fin du RP.