♦44 - 45♦ Les excuses en panique

SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 2 Novembre 2044 •
Citadelle
Ce jour-là, une vague de panique sans précédent s’empara du département : le secret du monde magique venait d’être dévoilé à l’unité moldue de la société. L’incident, totalement inattendu, plongea l’ensemble des équipes dans un état de choc et d’urgence absolue. Plus aucune journée de congé ne tenait ; la mobilisation était générale, chacun étant sommé de se présenter, quelle que soit sa fonction ou sa disponibilité.

Aaron Bagans, fort de ses neuf années d’ancienneté, dut lui aussi sacrifier son jour de repos pour répondre à l’appel. L’ampleur de l’événement ne le rassurait pas ; il doutait qu’un simple incident puisse exiger la présence de l’intégralité du personnel. Pourtant, il se plia aux consignes : il assista à la convocation, se tint prêt à écouter, puis à agir selon les directives qui leur seraient données.

En rejoignant lentement la salle de réunion, Aaron constata la présence de plusieurs inventeurs ; certains visages, qu’il ne reverrait sans doute jamais, étaient réunis dans ce moment critique, sans qu’il en ait pleinement conscience sur l’instant. Les informations furent dévoilées : le directeur du département, expliqua la gravité de la situation. Le monde moldu avait été le témoin direct de l’existence de la magie, à la suite d’un duel entre deux Obscurus face à la directrice de Poudlard, Kristen Loewy ; les Moldus, complètement démunis, avaient assisté à la destruction partielle d’un quartier de Londres : ils n’avaient rien pu faire.

Désormais, la mission assignée à l’équipe était sinistre : il leur fallait inventer une excuse crédible, capable de dissimuler la magie derrière l’événement, et ainsi effacer toute trace de son existence. Mais l’ampleur du défi semblait invincible : comment imaginer une justification valable aux yeux des Moldus, alors qu’il était évident qu’aucune explication ne pourrait justifier, sans les compromettre, un incident d’une telle ampleur ? L’idée même de mettre en cause les Moldus dans cette affaire paraissait inenvisageable et vouée à l’échec. Le doute et la perplexité régnaient, face à une mission qui relevait de l’impossible ; qui signait presque la fin du département.

Quelle excuse pourrait fonctionner ? Quelle excuse peut même être plausible ? Cet incident a quand même des répercussions militaires… Et ils ne sont pas tendres quand les enjeux de protection du pays sont une priorité. Un attentat terroriste est impossible ; ils connaissent les fonctionnements et cela n’y ressemble pas...

S’installant à son bureau, Aaron posa ses coudes sur la table et enfouit sa tête entre ses mains, se tirant presque les cheveux tant la mission lui paraissait insurmontable. Il était submergé par un sentiment d’impuissance, incapable de trouver la moindre idée valable ou crédible pour expliquer l’incident survenu. L’option d’un attentat terroriste s’imposait certes comme une piste possible, mais il savait pertinemment qu’elle serait difficile à faire accepter aux Moldus. Ceux-ci avaient déjà été profondément meurtris par une vague d’attentats en 2017, revendiqués par l’État Islamique, et l’évocation d’un tel scénario ne pourrait que raviver des souvenirs douloureux et susciter méfiance et scepticisme. Incapable de trouver une alternative pertinente, Aaron demeurait face à une page blanche, conscient que chaque proposition risquait de se heurter à l’incrédulité ou à la souffrance du monde moldu.

Combien de temps cela va nous prendre ? Les premières idées doivent être présentées rapidement avant que nous approfondissions, tous ensemble, cette idée. Mais il faudra qu’on évite tout ce qui peut être relatif à la peur ; c’en est une certitude.

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♦44 - 45♦ Les excuses en panique
SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 6 Novembre 2044 •
Citadelle
Les heures s'écoulaient, faisant venir à elles les jours, mais les efforts déployés pour trouver un prétexte convenable ne faiblissaient pas. De nombreux inventeurs d'excuses se succédaient, chacun proposant ses idées dans l’espoir de parvenir à une solution acceptable. Aaron, de son côté, avait préparé plusieurs suggestions, mais aucune ne semblait réellement satisfaisante ou à la hauteur de la situation.

Parmi les pistes qu’il eût envisagées ; la thèse d'un accident survenu lors d'un exercice militaire fut rapidement écartée, car totalement invraisemblable. La possibilité d'un incendie fut également pénible à défendre ; la raison étant que les Moldus savaient comment fonctionnait un brasier. Mais, Aaron — lui — était persuadé que les Moldus avaient été témoins directs : ils avaient vu les deux Obscurus évoluer dans le ciel et dévaster une partie du paysage londonien ; et pour lui, dans le ciel, cela ne pouvait ressembler qu'à de la fumée, surtout dans la nuit. Il devenait alors difficile, voire impossible, de dissimuler la réalité des faits derrière des explications ordinaires.

Un sentiment de dégoût s'installait progressivement, renforcé par les détournements proposés par certains collègues. Malgré l'extrême plausibilité de certaines suggestions, la hiérarchie supérieure restait méfiante et prompte à remettre en cause la moindre faille. Atteindre la perfection dans l'excuse à fournir ne pouvait pas se faire sans mérite ; les employés étaient invités à travailler — avec toute la sincérité de leur cœur et l'engagement de leur âme — pour offrir une réponse à la gravité de la situation.

Si je ne peux pas faire usage d'un incendie ou d'un exercice raté de leur armée, qu'est-ce qui pourrait être crédible ? Bon sang, qu'est-ce qu'ils veulent ? Une fuite de gaz ? Une couronne de gaz mal branchée et, du coup, boom ? Quatre jours qu'ils trouvent des failles à des solutions si simples… que désirent-ils vraiment. De l'extraordinaire ? Du fantasmagorique ?

Aaron, accablé par la succession de refus qu'il jugeait en partie injustifiés, sentait la colère monter en lui. L'incompréhension face à la rigueur de ces exigences imposées et la frustration de voir toutes ses propositions systématiquement rejetées ne faisaient qu'alimenter son anxiété. Sous l'effet de cette pression, il ne parvenait plus à contenir sa rage. Les poings serrés, il portait machinalement son crayon à sa bouche, le mordillant avec acharnement. La tension était telle que le bois du crayon en gardait la trace — profondément entaillé — presque à la limite de se briser tant la mâchoire d'Aaron se crispait. Cette réaction physique, presque instinctive, trahissait l’intensité du malaise et de l'impuissance qu'il éprouvait dans cette situation, face à une mission qui lui paraissait chaque minute plus insurmontable, irréalisable.

C'est la mise à mort de ce service qui est réclamée par cette demande…

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♦44 - 45♦ Les excuses en panique
SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 6 Décembre 2044 •
Citadelle
Depuis la prise en charge de cette mission douloureuse et complexe, de nombreux essais avaient été tentés afin de trouver une excuse crédible permettant de dissimuler la véritable nature de l'incident. Cependant, chaque scénario proposé comportait sa propre faille, rendant impossible la constitution d'une stratégie efficace de désinformation. Cette impasse récurrente engendrait systématiquement de la frustration, de l'ironie et des conflits au sein du département, allant jusqu'à provoquer la mise à pied de certains sorciers. Pour beaucoup, ces sanctions étaient devenues une manière détournée d'obtenir des congés.

Aaron, pour sa part, n'avait pas encore franchi ce cap. Malgré l'épuisement causé par le manque de sommeil et l'enchaînement de propositions sans résultat, il refusait d'abandonner. Il se sentait investi d'une responsabilité envers la patrie sorcière, conscient que sa persévérance était nécessaire même si cela le conduisait à la mise en lambeaux de son esprit. Néanmoins, il constatait que de plus en plus de collègues prenaient cette voie pour obtenir un droit de recul, quittant ainsi —temporairement — les bureaux pour se ressourcer. Ce phénomène s'était transformé en une valse incessante de départs et de retours, chacun ne s'absentant que quelques jours avant que la rotation ne redémarre.

Après avoir posé sa plume sur sa quatre-vingt-quatorzième idée, Aaron relut toutes ses précédentes propositions dans l'espoir d'en trouver une combinaison prometteuse. Pourtant, aucune ne semblait pouvoir fonctionner différemment qu'individuellement. Les quatre-vingt-treize autres avaient déjà été rejetées, mais Aaron demeurait déterminé à continuer, convaincu qu'il fallait tenter toutes les possibilités pour avancer.

Son regard se porta dès lors sur l'un de ses collègues, qui paraissait également submergé par une pile de suggestions refusées. Aaron se leva, prit sa chaise et vint s’installer à ses côtés, observant une photo posée sur le bureau de son camarade. Elle représentait l'ancien groupe d'inventeurs, parmi lequel figurait Benedict Bagholmes, le mentor d'Aaron. Ce dernier, parti lors du passage du Ministère au Conseil des sorciers pour protester contre la discrimination envers les mages au sang jugé inadéquat, manquait cruellement à Aaron. Sa sagesse aurait pu leur permettre de surmonter l'impasse actuelle.

Aaron laissa échapper un soupir et entama la conversation.

Finn, toi aussi, tu ne prends que des refus ?
Ouais, je n'arrive pas à poser la moindre désinformation infaillible pour eux. Je pense que je vais finir par rentrer dans quelqu'un pour avoir ne serait-ce que deux jours de repos pour m'éviter de tomber en lambeau, et toi, Aaron ?
Tout comme toi, je continue. Mais je ne glisserai pas dans ce jeu, par contre. Je songe plus tôt à prendre deux semaines de vacances méritées une fois qu'une excuse sera conforme à leurs attentes.
Tu attendras encore longtemps...
Je sais, mais on pourrait rejoindre nos idées pour voir, pas seulement en duo, mais avec tous les autres. Je n'ai pas l'impression que tout seuls nous arriverions à sortir une justification du lot ; alors que collectivement, nous pourrions avoir un résultat.

La proposition d'Aaron s'installa dans l'esprit de son collègue. Il espérait qu'une approche commune permettrait enfin de trouver la solution tant recherchée, convaincu que l'effort partagé serait plus efficace que les tentatives individuelles jusque-là infructueuses.

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Merci à @Taylor Bagholmes pour l'autorisation à la mention de son PNJ.

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♦44 - 45♦ Les excuses en panique
SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 9 Décembre 2044 •
Citadelle
Trois jours s'étaient écoulés depuis qu'Aaron et Finn eurent décidé d'unir leurs efforts pour trouver une solution. Pourtant, cette collaboration s'avéra rapidement compliquée, tant leurs valeurs et leurs priorités différaient. Aaron, fidèle à ses convictions, privilégiait la vie Moldue, cherchant avant tout à éviter des accidents susceptibles de mettre en danger les deux sociétés, moldue et sorcière. Face à lui, Finn adoptait une approche radicalement différente : il ne voyait la situation qu'à travers le prisme de la protection du monde sorcier, reléguant au second plan les considérations concernant les Moldus. Ce changement dans la posture de Finn — observé depuis la chute du Ministère — semblait davantage se coller aux valeurs de leurs nouveaux supérieurs que sur celles qui les avaient initialement poussés à s'engager dans cette voie.

Aaron — quant à lui — ne se sentait guère à l'aise dans cet actuel contexte ; il avait l'impression de se trouver face à un nouvel adversaire plutôt qu'à l'allié dont il avait maintenant besoin. Bien qu'il n'éprouvât aucune animosité envers Finn — qu'il avait longtemps considéré comme un ami — une distance s'était réellement installée entre eux, modifiant la dynamique de leur relation.

Malgré ce malaise, Aaron décida de rester fidèle à ses principes. Il continua donc à défendre ses idées, même si cela évoquait que la fusion tant espérée des propositions était sans cesse repoussée. Abandonner n'était pas une option, quand bien même si cette obstination n'apportait aucune avancée significative et ne faisait qu'accentuer sa lassitude. Pour garder un semblant d'optimisme, il s'efforçait de mordre sur son crapaud à la menthe, se forçant à tenir bon en dépit des difficultés rencontrées.

Lorsque l'heure de répit sonna, Aaron poussa un soupir de soulagement, relâchant enfin la pression qui pesait sur lui. Il se leva lentement, attrapa ce qui ressemblait à un repas improvisé à la hâte et se dirigea vers la salle de pause du département. Cet espace, bien qu'exigu et peu confortable, lui offrait l'opportunité de s'accorder un moment de solitude. Il aurait pu profiter de ce temps libre pour se promener dans Godric's Hollow ou s'attarder sur la Grande Place ou dans un petit parc, mais il n'en avait pas le courage. Préférant rester à proximité, il gardait une oreille attentive aux retours critiques de ses supérieurs en rapport avec les idées de désinformations de ses collègues, espérant y trouver enfin l'inspiration ou l'idée à transformer.

Alors, quelle idée folle peut encore sortir de nos chapeaux ? Quelle idée peut seulement rendre l'invisibilité de notre monde aux yeux des Moldus ? Si des idées claires comme le monde n'ont pas pu découvrir leur place, quelle idée peut simplement sortir de ce lot ? Je me le demande…

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♦44 - 45♦ Les excuses en panique
SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 12 Janvier 2045 •
Citadelle
Aaron était livide en regagnant son bureau après la pause de midi. Jamais il n'aurait imaginé qu'un tel événement puisse survenir. Durant ce court moment de répit, il avait surpris une conversation entre les responsables du département : le Premier Ministre Moldu avait publiquement révélé que des sorciers vivaient cachés à travers le Royaume-Uni. Une déclaration qui violait l'un des principes les plus sacrés du monde magique : celui où seule la personne à la tête du gouvernement moldu pouvait connaître l'existence du monde magique.

Plutôt que de coopérer avec les autorités magiques pour contenir la situation, le Premier Ministre avait choisi de divulguer la vérité, exposant ainsi toute une communauté à un danger imminent. Depuis l'incident de novembre, les équipes du département croulaient déjà sous les urgences ; cette révélation ne faisait qu'ajouter du lest à leur fardeau. Il fallait désormais trouver une explication convaincante, un moyen de faire comprendre à ce dirigeant qu'il venait de commettre une faute grave. Mais les inventeurs, tout comme les autres agents, étaient impuissants. Même les oubliators — leurs lucioles dans la nuit — ces spécialistes des sortilèges d'amnésie et de confusion, ne pouvaient se permettre d'intervenir. La situation avait basculé dans un chaos individuel : le chacun pour soi.

Aaron le savait, désormais, tous les sorciers — adultes, enfants, familles entières — étaient à la merci d'une nouvelle vague de persécutions. Une chasse aux sorciers venait de commencer pour cette nouvelle génération. Et cette fois, elle ne serait pas menée par des fanatiques religieux ou des villageois armés de fourches, mais par des gouvernants, des armées, des médias et des technologies capables de traquer la moindre anomalie.

Tandis qu'il tentait de digérer cette annonce, Aaron prit sa plume, les doigts tremblants. Il comprenait que la normalité du monde magique devait s'effacer devant celle des persécuteurs. Une adaptation qui, dans ce contexte, relevait du suicide : ceux qui refusaient les objets moldus ou les vêtements conventionnels seraient les premiers ciblés. Malgré tout, il s'efforça de revenir la tâche qui lui avait été confiée, mais son cœur était lourd, et ce furent ses larmes, plus que l’encre, qui imbibèrent le parchemin.

Aaron se sentait inutile. Quelle valeur pouvait avoir une excuse, maintenant qu'ils avaient été dénoncés ? À quoi bon la magie, si l'homme le plus influent du monde moldu venait de prouver leur existence et que les technologies moldus surpassaient désormais leurs sortilèges ?

Les sorciers avaient sous-estimé les Moldus ; Aaron le maîtrisait depuis l'enfance, grâce aux mises en garde de sa mère. Pourtant, il savait aussi que la sorcellerie pouvait neutraliser toute ingénierie électrique. Mais agir risquait d'aggraver les choses, de raviver les peurs qui avaient déjà causé tant de morts innocentes durant les sombres heures de l'Inquisition.

Aaron avait peur, oui. Mais il n'abandonnerait pas. Pas maintenant. Pas alors que tout commençait à s'effondrer.

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♦44 - 45♦ Les excuses en panique
SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 20 Janvier 2045 •
Citadelle
Un silence pesant s'abattit sur chaque membre du département des excuses magiques lorsqu'un hibou — porteur d'un message anonyme — laissa tomber sur l'une des nombreuses tables de travail un journal qui, de prime abord, paraissait ordinaire. Attiré par la curiosité, Aaron s'approcha de la table avec quelques collègues. Ils constatèrent rapidement que les images en première page demeuraient figées, signe évident qu'il s'agissait d'un journal moldu. Le titre, quant à lui, ne laissait place à aucune ambiguïté et révélait la gravité de la situation :
ATRIUM : LE MINISTÈRE DES MONSTRES DÉCOUVERT !
La stupeur gagna l'ensemble des sorciers présents. Les Moldus venaient de localiser leur lointain lieu de travail : ce même lieu où une grande partie des employés avaient un jour dû choisir entre poursuivre leur mission en rejoignant la Citadelle ou tout quitter pour un avenir incertain. Sans tarder, l'un des sorciers prit l'initiative de lire à voix haute le contenu de l'hebdomadaire étranger. Très vite, tous comprirent le triste constat : l'ancien Ministère de la Magie était dorénavant considéré comme un vestige, un projet squelettique destiné à permettre aux Moldus de dévoiler les secrets jalousement gardés par les sorciers depuis des siècles. Cette découverte faisait ressurgir le souvenir amer de la première chasse qui avait bouleversé l'harmonie fragile entre les deux mondes. Désormais, ils étaient contraints — à nouveau — de vivre radicalement cachés, confinés. Leur mission de rédemption entamée après les événements de novembre 2044 se retrouvait totalement compromise ; il n'était pas question pour les Sorciers de laisser les Moldus agir à leur guise. Mais qui aurait encore la force de s'y opposer ?

Cet événement fut pour Aaron comme un nouveau coup porté à l'estomac. Il savait combien sa mère serait affectée de devoir s'éloigner des Moldus ; de se résigner à une clandestinité dangereuse pour les observer. Même s'il comprenait que cette attitude représenterait probablement le choix le plus sage pour assurer leur sécurité, il percevait déjà la difficulté de maintenir ce repli forcé. Malgré le conflit intérieur qui le tiraillait, Aaron restait convaincu que le travail devait continuer, en prévision d'un éventuel changement au sommet du gouvernement moldu. Il était conscient que ce changement ne se produirait pas dans l'immédiat, mais il importait de préparer le terrain, d'envisager chaque scénario possible afin de persuader un jour un nouveau dirigeant, quelle que soit sa personnalité. À cet instant, la priorité n'était plus une question de date précise, mais un ensemble d'événements à anticiper soigneusement.

Face à l'urgence, les inventeurs du département prirent une initiative décisive : sans attendre d'ordre de leurs supérieurs, ils se répartirent spontanément en différents groupes de travail. Cette organisation collective fut guidée par le besoin impérieux de formuler des excuses solides, à soumettre ensuite — collectivement — à l'approbation de la hiérarchie. Ils s'autoconvainquirent ainsi de faire croire à leurs supérieurs qu'ils réunissaient toutes leurs idées pour le 2 novembre, avant de présenter des dossiers aboutis sur un tout autre sujet. Cette méthode, presque aussi dangereuse que la découverte de l'Atrium, permit à Aaron de soulager quelque peu sa lassitude des derniers mois. Il s'avérait — pour Aaron — bien plus efficace de collaborer avec des collègues partageant ses valeurs et ses positions politiques, que de s'épuiser des mois durant sur une situation sans issue en compagnie de personnalités changeantes et peu affirmées ; telles que Flinn ou d'autres collègues prompts à adopter le point de vue dominant du moment.

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♦44 - 45♦ Les excuses en panique
SECRÉTARIAT DU SECRET MAGIQUE
• 2045 •
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Lorsque les derniers mots vinrent se poser sur le parchemin final de l’excuse, le soulagement frappa — de manière considérable — l’ensemble des membres de l’ancien département magique telle une véritable libération. La liberté s’ouvrait enfin pour tous ses adhérents qui — pendant des mois — eurent l’impression de ne vivre que pour cet unique instant. Pour Aaron, ce fut malheureusement l’excuse de trop ; un réel trop-plein. Il n’avait jamais cru être possible qu’une échappatoire puisse effacer subitement toute la colère et toutes les persécutions que le monde magique eut à vivre face à un simple incident magique ; mais l’ampleur de ce dernier avait été telle qu’aux yeux des Moldus, la magie existait. Pourtant, la solution venait d’être posée. Les sorciers ne pouvaient plus qu’attendre sa livraison au gouvernement moldu pour que tout ait, au bout du compte, la perspective de s’arrêter.

Les tremblements de stress apparurent enfin sur le corps d’Aaron ; le traumatisme d’une pareille confrontation entre la réalité et la complexité de son esprit était immense. Aurait-il encore la force de pouvoir sortir d’autres excuses à l’avenir ? Il n’en savait rien, n’en maîtrisait même pas la possibilité. La fatigue était si intense qu’il sut qu’il ne pourrait poser un simple congé maladie ; il avait besoin de s’éloigner, de revenir à la source même de sa propre nature.

Il prit alors — pour la dernière fois — un des parchemins que le département fournissait continuellement, le coupa à vingt centimètres avant de s’installer à son bureau. Le bruit de l’encre lorsqu’il inséra la plume dans l’encrier ressemblait à des larmes qui s’abattaient avec douleur dans la Mer Morte apportant plus de salé que de réconfort. La plume glissait, ensuite, comme une sentence ; les mots n’étant pas toujours si faciles à trouver ou à laisser s’échapper.

Mais toute cette angoisse ne lui avait légué qu’une seule excuse, un mensonge : il démissionnait parce qu’il n’arrivait plus à penser à de bonnes justifications pour les Moldus. La réalité, elle, était toute différente… Ce n’était plus à lui de dénicher un alibi, mais de permettre aux autres d’en découvrir pour eux-mêmes.

La panique avait apporté la fatigue et cette dernière avait gagné. Aaron s’en allait.

♦ FIN ♦

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