Valar Morghulis
28 décembre 2049
Cimetière – Godric's Hollow
3ème année
Il neige, mais cette neige est différente de cette fois-là, dans le parc. Il neige, et chaque flocon semble représenter une âme prête à accueillir la nouvelle venue. Il neige dans le cimetière de Godric's Hollow, et cette neige pourrait fondre à côté de l'ambiance glaciale dégagée par le lieu, ma famille et l'événement. Je tremble sous ma cape, debout à côté de Maman qui a une main posée sur mon épaule. Je n'ai pas froid, pourtant, et je tremble car je n'ai pas envie d'être ici. Mon corps rejette ma présence. En face de moi, les Caldin se tiennent debout, austères, presque aussi glacials que ma famille. Ils ont pourtant l'air d'avoir plus d'humanité dans leurs yeux. Leurs pommettes sont plus colorées, leur souffle laisse échapper un nuage dans l'air, leurs vêtements noirs attirent la lumière du jour. En face, ma famille ressemble à un cortège funèbre, une assemblée de fantômes. Peut-être est-elle la seule à réellement pleurer la mort de Dalila Houston (ou Caldin, selon les points de vue, mais jamais je n'ai entendu ce nom sortir de la bouche de mes aînés depuis l'événement. Et même si je ne l'ai pas vécu, n'étant pas née à ce moment-là, je sais très bien de quoi il est question).
Annabel est la première à faire un mouvement. Lentement, timidement, elle fait un pas sur le côté, puis encore un autre, avant de marcher vivement jusqu'au niveau d'Harmony. Je sens un frisson d'indignation parcourir l'assemblée, ma grand-mère se redresse en toisant l'amie de ma cousine, Maman soulève un sourcil outré et grand-père ne fait que lui adresser une moue ressemblant à de la reconnaissance. Lui seul n'est pas gêné de la présence de l'autre famille. Moi non plus, d'ailleurs ; je suis seulement gênée de l'ambiance glaciale de cet enterrement, qui n'a rien de normal et qui me donne envie de m'enterrer vivante – sans mauvais jeu de mots.
Natanaël, l'air indifférent, est le deuxième à bouger. Il se place aux côtés d'Annabel, et cela déclenche une réaction en chaîne. Tous les membres de ma famille, à contrecœur, se déplacent plus ou moins pour entourer le trou creusé devant nous, profond et de forme rectangulaire, au fond duquel est placé un cercueil aussi noir que les ténèbres, taillé dans le plus sombre des bois et élégamment sculpté. Je me demande bien pourquoi, d'ailleurs, étant donné qu'il sera amené à disparaître dans les profondeurs de la terre. Je profite de ce mouvement collectif pour me placer à la droite d'Élicia, lumière parmi les fantômes, seule personne que je pense pouvoir réellement supporter aujourd'hui. Je ne lui adresse ni un mot ni un geste, me contentant de plonger mes yeux un instant dans les siens, et me retourne pour me mettre face au cercueil. Les flocons de neiges posés dessus fondent sans avoir le temps de souffler, mais une légère couche commence à se former sur les rebords. L'attente est longue. Tous les regards sont tournés vers mon grand-père qui, le regard éteint, ne cesse de fixer la tombe de sa défunte sœur. Je ne peux comprendre sa douleur, mais le voir ainsi, épuisé et courbé, me fait réaliser à quel point il a vieilli, à quel point les époques ont marqué ses traits de rides indélébiles, et à quel point la perte de Dalila, et de sa femme quelques années plus tôt, l'ont marqué. Je doute qu'il retrouve un jour l'éclat de vie qui animait tant ses yeux, et cela me serre le cœur, si bien que je baisse brusquement la tête pour éviter d'affronter cette image douloureuse.
L'assemblée ici-présente attend qu'il initie le lent mouvement de son corps qui l'amènera à ramasser une poignée de terre gelée et à la disperser sur le cercueil. Mais peut-être n'en a-t-il pas encore le courage. Peut-être a-t-il encore besoin de passer une dernière minute avec sa sœur. Comme d'un accord tacite, ayant soudainement compris ce qu'il faut faire, la foule se recule d'un pas pour lui apporter l'intimité dont il a besoin. J'en profite pour me tourner vers Élicia.
« Étrange de se revoir ici. »
Mon murmure s'élève à peine plus haut que le vent, mais tout est dit. Le froid entre nos familles m'était inconnu jusqu'à cet après-midi de décembre, quelques jours plus tôt, où le nom banni a été prononcé pour la première fois, et où les pièces du puzzle se sont peu à peu mises en place. J'ai alors compris que nous étions, même de très loin, de la même famille. Et je ne sais pas quoi en penser.
PNJ actifs : À peu près tous les membres vivants des familles Houston et Greenwood, certains plus que d'autres
Cimetière – Godric's Hollow
3ème année
Il neige, mais cette neige est différente de cette fois-là, dans le parc. Il neige, et chaque flocon semble représenter une âme prête à accueillir la nouvelle venue. Il neige dans le cimetière de Godric's Hollow, et cette neige pourrait fondre à côté de l'ambiance glaciale dégagée par le lieu, ma famille et l'événement. Je tremble sous ma cape, debout à côté de Maman qui a une main posée sur mon épaule. Je n'ai pas froid, pourtant, et je tremble car je n'ai pas envie d'être ici. Mon corps rejette ma présence. En face de moi, les Caldin se tiennent debout, austères, presque aussi glacials que ma famille. Ils ont pourtant l'air d'avoir plus d'humanité dans leurs yeux. Leurs pommettes sont plus colorées, leur souffle laisse échapper un nuage dans l'air, leurs vêtements noirs attirent la lumière du jour. En face, ma famille ressemble à un cortège funèbre, une assemblée de fantômes. Peut-être est-elle la seule à réellement pleurer la mort de Dalila Houston (ou Caldin, selon les points de vue, mais jamais je n'ai entendu ce nom sortir de la bouche de mes aînés depuis l'événement. Et même si je ne l'ai pas vécu, n'étant pas née à ce moment-là, je sais très bien de quoi il est question).
Annabel est la première à faire un mouvement. Lentement, timidement, elle fait un pas sur le côté, puis encore un autre, avant de marcher vivement jusqu'au niveau d'Harmony. Je sens un frisson d'indignation parcourir l'assemblée, ma grand-mère se redresse en toisant l'amie de ma cousine, Maman soulève un sourcil outré et grand-père ne fait que lui adresser une moue ressemblant à de la reconnaissance. Lui seul n'est pas gêné de la présence de l'autre famille. Moi non plus, d'ailleurs ; je suis seulement gênée de l'ambiance glaciale de cet enterrement, qui n'a rien de normal et qui me donne envie de m'enterrer vivante – sans mauvais jeu de mots.
Natanaël, l'air indifférent, est le deuxième à bouger. Il se place aux côtés d'Annabel, et cela déclenche une réaction en chaîne. Tous les membres de ma famille, à contrecœur, se déplacent plus ou moins pour entourer le trou creusé devant nous, profond et de forme rectangulaire, au fond duquel est placé un cercueil aussi noir que les ténèbres, taillé dans le plus sombre des bois et élégamment sculpté. Je me demande bien pourquoi, d'ailleurs, étant donné qu'il sera amené à disparaître dans les profondeurs de la terre. Je profite de ce mouvement collectif pour me placer à la droite d'Élicia, lumière parmi les fantômes, seule personne que je pense pouvoir réellement supporter aujourd'hui. Je ne lui adresse ni un mot ni un geste, me contentant de plonger mes yeux un instant dans les siens, et me retourne pour me mettre face au cercueil. Les flocons de neiges posés dessus fondent sans avoir le temps de souffler, mais une légère couche commence à se former sur les rebords. L'attente est longue. Tous les regards sont tournés vers mon grand-père qui, le regard éteint, ne cesse de fixer la tombe de sa défunte sœur. Je ne peux comprendre sa douleur, mais le voir ainsi, épuisé et courbé, me fait réaliser à quel point il a vieilli, à quel point les époques ont marqué ses traits de rides indélébiles, et à quel point la perte de Dalila, et de sa femme quelques années plus tôt, l'ont marqué. Je doute qu'il retrouve un jour l'éclat de vie qui animait tant ses yeux, et cela me serre le cœur, si bien que je baisse brusquement la tête pour éviter d'affronter cette image douloureuse.
L'assemblée ici-présente attend qu'il initie le lent mouvement de son corps qui l'amènera à ramasser une poignée de terre gelée et à la disperser sur le cercueil. Mais peut-être n'en a-t-il pas encore le courage. Peut-être a-t-il encore besoin de passer une dernière minute avec sa sœur. Comme d'un accord tacite, ayant soudainement compris ce qu'il faut faire, la foule se recule d'un pas pour lui apporter l'intimité dont il a besoin. J'en profite pour me tourner vers Élicia.
« Étrange de se revoir ici. »
Mon murmure s'élève à peine plus haut que le vent, mais tout est dit. Le froid entre nos familles m'était inconnu jusqu'à cet après-midi de décembre, quelques jours plus tôt, où le nom banni a été prononcé pour la première fois, et où les pièces du puzzle se sont peu à peu mises en place. J'ai alors compris que nous étions, même de très loin, de la même famille. Et je ne sais pas quoi en penser.
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Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
Valar Morghulis
MARDI 28 DÉCEMBRE 2049 - SEPTIÈME ANNÉE
CIMETIÈRE - GODRIC'S HOLLOW
CIMETIÈRE - GODRIC'S HOLLOW
"Trouve les Sang-Pur qui ne te verront pas comme une tâche dans leur arbre généalogique."
Alice avait eu raison. Et c'était cette pensée terrible qui l'avait accompagné alors même que le cercueil de l'arrière-grand-mère qu'elle n'avait jamais connu s'enfonçait dans la terre, recouvert d'une fine couche de neige contrastant fortement avec le bois lisse et sombre de sa dernière demeure.
Aucune larme n'avait coulé sur ses joues. Pas plus sur celles de Raphael à ses côtés. Ni même chez Tess, Maxence, Lyam ou Harmony. Quant à son père, debout derrière eux... Eh bien, ses sentiments pour sa propre grand-mère ne semblaient pas être dévastés. Ils avaient tous un regard fermé, les lèvres pincés et la mâchoire plus ou moins serrées.
Ils étaient les seuls présents. Ni ses grands parents, sa tante ou son oncle n'avaient daignés venir assister aux funérailles, tous occupés d'après ce que Kenric leur avait dit. Élicia avait bien compris ce qu'il avait gardé pour lui : il n'avait pas eu envie de venir non plus, se serait bien cherché une excuse comme les autres, mais si aucun membre de la famille n'avait fait l'effort de se présenter... Cela n'aurait fait qu'aggraver leur cas.
Alors Élicia avait décidé d'accompagner son père pour pas le laisser seule avec tous les autres. Tout ces gens dont elle ressentait au mieux de l'indifférence, au pire du dégoût. Leur valeurs n'étaient pas les mêmes, sans aucun doute, et jamais elle ne souhaiterait tisser la moindre relation avec des gens qui reniaient l'amour au profit du pouvoir et d'une réputation. Elle préférait rester en marge de la société plutôt que côtoyer ce genre de personnes. Ceux contre qui Alice l'avait prévenu, et qui, elle n'en avait pas eu conscience jusque là, se trouvait bien plus proches d'elle qu'elle ne l'avait pensé.
Emmitouflée dans son manteau noir prêté par sa mère, ses mains dans les poches, gantées pour les préserver du froid saisissant, elle attendait aux côtés de ses proches que la cérémonie s'achève. Tous les membres de l'autre famille leur faisait face, et la jeune fille aurait royalement ignoré leur présence si elle n'avait pas immédiatement reconnue certaines de leur membre. Ashley, une de ses camarades de Poufsouffle, sa sœur Gwennaëlle et sa cousine Annabel qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer un mois plus tôt pour l'anniversaire d'Harmony. C'était les seules, avec le frère d'Ashley - si sa mémoire était bonne - à lui paraître appréciables, voir même amicaux. Tout le reste de leur famille ne ressemblait qu'à une meute de loup dont elle n'avait aucune envie de s'approcher.
Pourtant, lors de la mise en terre du cercueil, tous s'approchèrent du trou, refermant le cercle et donc se rapprochant des siens. Heureusement, Ashley vint se mettre à côté d'elle.
Élicia lui offrit un petit sourire, suffisant pour lui montrer qu'elle appréciait sa présence, puis observa les uns et les autres jeter un peu de terre sur le cercueil. Ses yeux restèrent secs.
Elle n'avait personne à pleurer. Si son arrière-grand-mère avait coupé les ponts après le mariage de sa fille, c'était pour une raison, et Élicia n'avait aucune envie d'en apprendre plus sur elle. Son Dalila Houston anciennement Caldin était tout ce contre quoi elle voulait se battre.
Son enterrement n'était qu'une preuve de plus du cœur glacial de ces Sangs-Purs assoiffés de pouvoir et d'orgueil.
Au moins leur plus jeune génération avait-elle un cœur empathique. Sa cause n'était pas perdue.
Élicia observa un vieil homme - un frère sûrement - s'approcher du trou, observer le cercueil, l'air particulièrement désemparé. Blessé par sa perte.
Elle se refusa de ressentir la moindre compassion, et s'apprêtait à se retrouver pour suivre le reste des invités, laissant l'homme seul.
La voix d'Ashley, quoi que murmurée, la tira du silence morbide qui les accompagnait tous.
- En effet, je n'aurais jamais imaginé qu'on se retrouverait ici ensemble, surtout après notre rencontre au brunch le mois dernier.
Son regard glissa d'Ashley a Harmony qui conversait avec son amie plus loin.
- Ça va, tu tiens le coup ? Tu la connaissais bien ?
C'était tout ce qu'elle avait à offrir. Peut-être Élicia ne ressentait-elle rien pour la mort de Dalila, mais Ashley avait le droit de la pleurer. Quel avait été leur relation avant tout ça ? Dalila avait-elle remplacé ses propres enfants par les neveux de son mari et leurs propres enfants ? Quel genre de mère pouvait faire une chose pareille ?
Pardon pour le retard
Boucle d'Or, 1ère année à la GEAD
Red hair, the crown you never take off
Valar Morghulis
Je secoue légèrement la tête pour approuver les paroles d'Élicia. Le goûter d'anniversaire d'Harmony paraît si loin, quand j'y repense, alors qu'il n'était qu'il y a un mois environ. Et pourtant, cela semble être une époque. Les gâteaux, les conversations, les rires, les cadeaux... Le parfait opposé de l'ambiance glaciale du cimetière, accentuée par la froideur de ma famille et le contexte de notre présence ici. Je resserre ma cape autour de mes épaules et empêche un rire nerveux de m'échapper lorsque j'entends la question de la Poufsouffle. Si je tiens le coup ? Si je connaissais bien Dalila Houston ? Mais que dire de cette femme au cœur de pierre ?
Dalila Houston, c'était cette grande tante qui me regardait de haut quand je ne parlais pas à table, quand mes manières étaient trop brusques et quand j'osais répondre à mes frères ou ma sœur. C'était cette femme belle et grande, d'une beauté tranchante, d'une classe inébranlable, à la vieillesse imperceptible, aux phrases aussi élégantes que venimeuses, aux tenues remarquables et modestes. Dalila Houston, c'était cette grande tante, la sœur de Grand-père, c'était ce membre de la famille que j'ai encore moins approché que Julian, que je ne connaissais que de vue et qui avait le don de me terrifier quand j'étais petite. C'était ce membre de la famille qui intimide tous les autres, et même Grand-mère, qui intime le respect par sa simple entrée dans une pièce et qui donne envie de vous incliner devant elle jusqu'à ce que votre front touche le sol, et que vous ne quittez pas tant qu'elle ne vous en donne pas l'autorisation. Alors si je la connaissais ? Bien sûr que oui ; mais de vue, simplement, comme je connais de vue les cinquième année de Poufsouffle et comme je connais de vue son mari. Mais je ne la connais pas elle, je ne sais pas ce qu'elle aimait, je ne sais pas ce qui lui plaisait dans la vie, je ne me rappelle même pas le nom de sa voix.
Ce que je connaissais d'elle, tout simplement, est que Grand-père l'aimait énormément et que je n'ai jamais compris pourquoi.
Alors si je tiens le coup ? Bien sûr que oui. Je n'ai jamais eu aucune affection pour cette femme, ni aucune affinité d'ailleurs. Un gouffre nous sépare, plus grand que la distance entre nos générations, plus grand que le fin lien qui nous relie. C'est un cratère où au milieu se battent nos caractères, nos opinions et notre vision du monde. Elle aimait le jour quand moi, je préfère la nuit ; elle aimait le blanc quand moi, je préfère le calme du noir ; elle aimait son monde quand moi, je le méprise de tout mon cœur. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne la pleure pas aujourd'hui.
Je me tourne de trois quarts vers Élicia et lui adresse un coup d'œil entendu.
« Je ne l'aimais pas » est ma seule réponse à ses deux questions et elle en dit largement assez.
Je ne sais pas quel est son avis sur Dalila Houston, mais cela m'étonnerait qu'il diffère grandement du mien. Cela nous fait un nouveau point commun et me fait apprécier un peu plus mon aînée.
Je me reconcentre alors sur mon Grand-père qui, l'air tout frêle sous sa cape, s'avance enfin pour jeter une poignée de terre sur le cercueil de sa défunte sœur. C'est ensuite Papa qui le suit, puis Maman et Grand-mère, Gwennaëlle, Valerian et Natanaël. Lorsque c'est à mon tour, je traine un peu pour chuchoter rapidement à Élicia :
« Vivement qu'on en finisse. »
Puis je m'avance pour à mon tour rendre hommage à feu Dalila Houston, qui ne mérite pourtant aucun hommage. Mais je garde des principes et des valeurs, et il serait malavisé que moi, qui suis dans la famille du côté de la branche Houston, ne fasse pas ce qu'il y a à faire.
Dalila Houston, c'était cette grande tante qui me regardait de haut quand je ne parlais pas à table, quand mes manières étaient trop brusques et quand j'osais répondre à mes frères ou ma sœur. C'était cette femme belle et grande, d'une beauté tranchante, d'une classe inébranlable, à la vieillesse imperceptible, aux phrases aussi élégantes que venimeuses, aux tenues remarquables et modestes. Dalila Houston, c'était cette grande tante, la sœur de Grand-père, c'était ce membre de la famille que j'ai encore moins approché que Julian, que je ne connaissais que de vue et qui avait le don de me terrifier quand j'étais petite. C'était ce membre de la famille qui intimide tous les autres, et même Grand-mère, qui intime le respect par sa simple entrée dans une pièce et qui donne envie de vous incliner devant elle jusqu'à ce que votre front touche le sol, et que vous ne quittez pas tant qu'elle ne vous en donne pas l'autorisation. Alors si je la connaissais ? Bien sûr que oui ; mais de vue, simplement, comme je connais de vue les cinquième année de Poufsouffle et comme je connais de vue son mari. Mais je ne la connais pas elle, je ne sais pas ce qu'elle aimait, je ne sais pas ce qui lui plaisait dans la vie, je ne me rappelle même pas le nom de sa voix.
Ce que je connaissais d'elle, tout simplement, est que Grand-père l'aimait énormément et que je n'ai jamais compris pourquoi.
Alors si je tiens le coup ? Bien sûr que oui. Je n'ai jamais eu aucune affection pour cette femme, ni aucune affinité d'ailleurs. Un gouffre nous sépare, plus grand que la distance entre nos générations, plus grand que le fin lien qui nous relie. C'est un cratère où au milieu se battent nos caractères, nos opinions et notre vision du monde. Elle aimait le jour quand moi, je préfère la nuit ; elle aimait le blanc quand moi, je préfère le calme du noir ; elle aimait son monde quand moi, je le méprise de tout mon cœur. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne la pleure pas aujourd'hui.
Je me tourne de trois quarts vers Élicia et lui adresse un coup d'œil entendu.
« Je ne l'aimais pas » est ma seule réponse à ses deux questions et elle en dit largement assez.
Je ne sais pas quel est son avis sur Dalila Houston, mais cela m'étonnerait qu'il diffère grandement du mien. Cela nous fait un nouveau point commun et me fait apprécier un peu plus mon aînée.
Je me reconcentre alors sur mon Grand-père qui, l'air tout frêle sous sa cape, s'avance enfin pour jeter une poignée de terre sur le cercueil de sa défunte sœur. C'est ensuite Papa qui le suit, puis Maman et Grand-mère, Gwennaëlle, Valerian et Natanaël. Lorsque c'est à mon tour, je traine un peu pour chuchoter rapidement à Élicia :
« Vivement qu'on en finisse. »
Puis je m'avance pour à mon tour rendre hommage à feu Dalila Houston, qui ne mérite pourtant aucun hommage. Mais je garde des principes et des valeurs, et il serait malavisé que moi, qui suis dans la famille du côté de la branche Houston, ne fasse pas ce qu'il y a à faire.
Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
Valar Morghulis
Qu'est-ce qu'elle foutait là ?
C'était la question qu'elle se posait en boucle depuis leur arrivée dans le cimetière. Accompagner son père pour le soutenir à un évènement dont à l'évidence, il n'avait aucune envie d'être. Tout comme ses cousins et cousines, tout comme son frère. Venus pour faire simple acte de présence lors de la mise en terre de la femme qu'ils n'avaient jamais connu, jamais aimé.
Une femme qui avait préféré oublier ses enfants, ses petits enfants et arrières-petits enfants, pour passer le restant de ses jours avec son frère, ses enfants et petits enfans. Ashley faisait partie de ses derniers, ce qui était assez surprenant quand on y repensait.
Qu'est-ce qu'ils foutaient là ?
Kenric ne s'était même pas approché d'Anthony. Ce vieil homme que les années avaient rattrapé, son dos bien droit malgré le chagrin qui l'habitait sans doute. Un visage sévère, plein de rides, des cheveux gris parfaitement coiffé en arrière, une moustache bien entretenue, un costard noir toujours parfaitement ajusté et, jamais loin, un cigare. Elle ne l'avait jamais vu sans, les rares fois où elle l'avait croisé. En photo, en portrait, de loin. Elle l'avait aperçu lors de la cérémonie d'inauguration de Godric's Hollow. Elle l'avait de nouveau aperçu lors des Quadriennales. Jamais il n'avait cherché à la voir.
C'était sans doute mieux ainsi.
Son arrière grand-père se tenait quelques pas derrière le frère de la défunte, son regard verrouillé sur le cercueil qui avait achevé sa descente. Droit, inflexible, il ne laissait pas transparaître la moindre émotion. C'était comme ça, la vieille éducation : ne surtout rien montrer. Un coeur de pierre, voilà ce qu'il avait. La seule fissure ouverte par la rencontre avec sa femme s'était refermée le jour de sa mort, et plus rien ne parviendrait jamais à l'ouvrir de nouveau.
Le regard d'Élicia jugea le vieil homme un instant, avant de revenir sur Ashley. Sa présence au moins avait quelque chose de sympathique dans ce territoire morbide, à l'air si froide et suffoquante.
Ashley n'aimait pas Dalila. La rouquine ne s'était pas vraiment attendue à une telle révélation, mais celle-ci sembla l'apaiser un peu plus.
Oui, il y avait encore un peu d'espoir quant à l'ouverture d'esprit des sorciers chez les futurs génération. Que Dalila emporte avec elle un peu de cette étroitesse d'esprit. Qu'elle emporte avec elle l'orgueil et les préjugés des vieux sorciers au sang dit Pur.
- Je ne l'ai jamais connu, murmura Élicia en guise de réponse.
Il n'y avait rien d'autres à dire.
Les Houston se mettent en mouvement. Le frère de Dalila d'abord, suivi de ses enfants, certainement. Puis Annabel, Gwennaëlle, Valerian. Élicia les regarda s'avancer un par un, sans un mot. Prendre de la terre, la laisser tomber sur le cercueil sombre, bientôt englouti. Elle allait devoir faire ça aussi, vraiment ?
De son côté, Anthony s'était décalé. Si le vieux Houston avait ouvert le bal, nul doute que son arrière-grand-père comptait être le dernier à honorer sa très chère femme.
Ce fut au tour d'Ashley, qui traina un peu. Un sourire fendit le visage d'Élicia aux mots de sa camarade. La jeune Poufsouffle semblait être aussi ravie qu'elle de son activité en ce mardi d'hiver, quelques jours après Noël.
- Bon courage, fut la seule chose qu'elle répondit, juste assez fort pour qu'Ashley l'entende.
- J'espère au moins que le buffet sera à la hauteur de cette masquarade, souffla Raphael à côté d'elle.
Chacun des Caldin l'avait entendu. Maxence et Tess retinrent difficilement un éclat de rire. Harmony souffla, amusée, mais dissimula au mieux son sourire. Les lèvres de Lyam s'étirèrent légèrement. Kenric ne releva pas, son regard fixé sur la file qui s'avançait. Bientôt leur tour.
Quant à Élicia, elle donna un coup de coude à son frère qui geignit de douleur. C'était ça ou elle riait aussi.
Ils étaient déjà pas vraiment en bonne posture, si en plus l'un de ces serpents l'avait entendu... Ils seraient dans une affreuse posture. Elle avait vraiment pas envie de se retrouver dans un scandale.
Qu'en bien même Raphael eut raison.
Lorsque se fut leur tour, ils furent brefs. Harmony passa la première, lâcha la terre et retourna près d'Annabel. Maxence et Tess firent de même, ensemble, et s'approchèrent de Valerian. Lyam et Raphael furent les prochains, et lorsque la terre tomba sur le cercueil, ils allèrent se positionner entre Mony et les deux autres.
Kenric attendait derrière de passer après ses enfants et neveux, comme un protecteur veillant à ce que personne ne vienne les insulter.
Élicia prit son temps. Non pas pour honorer une femme qu'elle détesterait autant de sa mort que de son vivant.
Mais pour faire une promesse.
Elle se baissa pour récupérer un peu de terre froide, referma sa main dessus. Ses doigts jouaient avec, tandis qu'elle regardait le cercueil.
D'un bois très sombre presque noir, il était lisse. Un symbole qu'elle ne connaissait pas était sculpté en son centre, suffisamment élégant pour qu'on comprenne imméditamment que la femme qui reposait à l'intérieur n'était pas n'importe qui. Ça sentait l'argent et l'orgueil.
Son regard se fit particulièrement froid. Aussi froid que la neige qui tombait autour d'elle, se transformant en fin tapis sur le sol et le cercueil. Comme un voile qu'on aurait déposé pour dissimuler le visage de la défunte.
Sa machoire serrée, elle récita sa promesse. Un murmure, à peine audible, porté par le vent, qu'elle n'oublierait jamais. Porté sur la dépouille d'une femme sans coeur qui représentait tout ce qu'elle voulait voir disparaître dans le monde sorcier, dans cette société si suffisante.
- Je vous promets, Arrière-Grand-Mère Dalila, où que vous soyez et si vous m'entendez, que jamais je ne cesserais de me battre. Qu'un jour, la société que vous avez tant chéri, cette société qui hait les moldus et les sorciers dit inférieur autant que je vous hais, s'écroulera. Qu'un jour, le respect qui vous dégoutait tant, qui vous rébutait tant prendra une place nouvelle et que chaque sorcier sera égal en droit. Je vous promets, en tant qu'arrière-petite-fille, que je ferais tout pour que le Conseil tombe. Et lorsque ce sera fait, je viendrais sur votre tombe pour vous raconter chaque détail de sa chute.
Son regard glacial couvait la flamme qui brûlait dans ses veines. Flamme qui reposait en attendant le jour où elle viendrait la chercher pour la rallumer.
Ce jour-là, elle serait prête à mettre en oeuvre sa promesse.
Elle jeta sa poignée de terre et s'éloigna sans un regard. Elle ignora les regards curieux de Maxence, Tess et Raphael et se positionna à côté d'Ashley pour regarder son père clôturer la file avant qu'enfin Anthony puisse honorer sa femme.
- Tu as faim ? lâcha-t-elle simplement à Ashley d'une voix posée.
C'était la question qu'elle se posait en boucle depuis leur arrivée dans le cimetière. Accompagner son père pour le soutenir à un évènement dont à l'évidence, il n'avait aucune envie d'être. Tout comme ses cousins et cousines, tout comme son frère. Venus pour faire simple acte de présence lors de la mise en terre de la femme qu'ils n'avaient jamais connu, jamais aimé.
Une femme qui avait préféré oublier ses enfants, ses petits enfants et arrières-petits enfants, pour passer le restant de ses jours avec son frère, ses enfants et petits enfans. Ashley faisait partie de ses derniers, ce qui était assez surprenant quand on y repensait.
Qu'est-ce qu'ils foutaient là ?
Kenric ne s'était même pas approché d'Anthony. Ce vieil homme que les années avaient rattrapé, son dos bien droit malgré le chagrin qui l'habitait sans doute. Un visage sévère, plein de rides, des cheveux gris parfaitement coiffé en arrière, une moustache bien entretenue, un costard noir toujours parfaitement ajusté et, jamais loin, un cigare. Elle ne l'avait jamais vu sans, les rares fois où elle l'avait croisé. En photo, en portrait, de loin. Elle l'avait aperçu lors de la cérémonie d'inauguration de Godric's Hollow. Elle l'avait de nouveau aperçu lors des Quadriennales. Jamais il n'avait cherché à la voir.
C'était sans doute mieux ainsi.
Son arrière grand-père se tenait quelques pas derrière le frère de la défunte, son regard verrouillé sur le cercueil qui avait achevé sa descente. Droit, inflexible, il ne laissait pas transparaître la moindre émotion. C'était comme ça, la vieille éducation : ne surtout rien montrer. Un coeur de pierre, voilà ce qu'il avait. La seule fissure ouverte par la rencontre avec sa femme s'était refermée le jour de sa mort, et plus rien ne parviendrait jamais à l'ouvrir de nouveau.
Le regard d'Élicia jugea le vieil homme un instant, avant de revenir sur Ashley. Sa présence au moins avait quelque chose de sympathique dans ce territoire morbide, à l'air si froide et suffoquante.
Ashley n'aimait pas Dalila. La rouquine ne s'était pas vraiment attendue à une telle révélation, mais celle-ci sembla l'apaiser un peu plus.
Oui, il y avait encore un peu d'espoir quant à l'ouverture d'esprit des sorciers chez les futurs génération. Que Dalila emporte avec elle un peu de cette étroitesse d'esprit. Qu'elle emporte avec elle l'orgueil et les préjugés des vieux sorciers au sang dit Pur.
- Je ne l'ai jamais connu, murmura Élicia en guise de réponse.
Il n'y avait rien d'autres à dire.
Les Houston se mettent en mouvement. Le frère de Dalila d'abord, suivi de ses enfants, certainement. Puis Annabel, Gwennaëlle, Valerian. Élicia les regarda s'avancer un par un, sans un mot. Prendre de la terre, la laisser tomber sur le cercueil sombre, bientôt englouti. Elle allait devoir faire ça aussi, vraiment ?
De son côté, Anthony s'était décalé. Si le vieux Houston avait ouvert le bal, nul doute que son arrière-grand-père comptait être le dernier à honorer sa très chère femme.
Ce fut au tour d'Ashley, qui traina un peu. Un sourire fendit le visage d'Élicia aux mots de sa camarade. La jeune Poufsouffle semblait être aussi ravie qu'elle de son activité en ce mardi d'hiver, quelques jours après Noël.
- Bon courage, fut la seule chose qu'elle répondit, juste assez fort pour qu'Ashley l'entende.
- J'espère au moins que le buffet sera à la hauteur de cette masquarade, souffla Raphael à côté d'elle.
Chacun des Caldin l'avait entendu. Maxence et Tess retinrent difficilement un éclat de rire. Harmony souffla, amusée, mais dissimula au mieux son sourire. Les lèvres de Lyam s'étirèrent légèrement. Kenric ne releva pas, son regard fixé sur la file qui s'avançait. Bientôt leur tour.
Quant à Élicia, elle donna un coup de coude à son frère qui geignit de douleur. C'était ça ou elle riait aussi.
Ils étaient déjà pas vraiment en bonne posture, si en plus l'un de ces serpents l'avait entendu... Ils seraient dans une affreuse posture. Elle avait vraiment pas envie de se retrouver dans un scandale.
Qu'en bien même Raphael eut raison.
Lorsque se fut leur tour, ils furent brefs. Harmony passa la première, lâcha la terre et retourna près d'Annabel. Maxence et Tess firent de même, ensemble, et s'approchèrent de Valerian. Lyam et Raphael furent les prochains, et lorsque la terre tomba sur le cercueil, ils allèrent se positionner entre Mony et les deux autres.
Kenric attendait derrière de passer après ses enfants et neveux, comme un protecteur veillant à ce que personne ne vienne les insulter.
Élicia prit son temps. Non pas pour honorer une femme qu'elle détesterait autant de sa mort que de son vivant.
Mais pour faire une promesse.
Elle se baissa pour récupérer un peu de terre froide, referma sa main dessus. Ses doigts jouaient avec, tandis qu'elle regardait le cercueil.
D'un bois très sombre presque noir, il était lisse. Un symbole qu'elle ne connaissait pas était sculpté en son centre, suffisamment élégant pour qu'on comprenne imméditamment que la femme qui reposait à l'intérieur n'était pas n'importe qui. Ça sentait l'argent et l'orgueil.
Son regard se fit particulièrement froid. Aussi froid que la neige qui tombait autour d'elle, se transformant en fin tapis sur le sol et le cercueil. Comme un voile qu'on aurait déposé pour dissimuler le visage de la défunte.
Sa machoire serrée, elle récita sa promesse. Un murmure, à peine audible, porté par le vent, qu'elle n'oublierait jamais. Porté sur la dépouille d'une femme sans coeur qui représentait tout ce qu'elle voulait voir disparaître dans le monde sorcier, dans cette société si suffisante.
- Je vous promets, Arrière-Grand-Mère Dalila, où que vous soyez et si vous m'entendez, que jamais je ne cesserais de me battre. Qu'un jour, la société que vous avez tant chéri, cette société qui hait les moldus et les sorciers dit inférieur autant que je vous hais, s'écroulera. Qu'un jour, le respect qui vous dégoutait tant, qui vous rébutait tant prendra une place nouvelle et que chaque sorcier sera égal en droit. Je vous promets, en tant qu'arrière-petite-fille, que je ferais tout pour que le Conseil tombe. Et lorsque ce sera fait, je viendrais sur votre tombe pour vous raconter chaque détail de sa chute.
Son regard glacial couvait la flamme qui brûlait dans ses veines. Flamme qui reposait en attendant le jour où elle viendrait la chercher pour la rallumer.
Ce jour-là, elle serait prête à mettre en oeuvre sa promesse.
Elle jeta sa poignée de terre et s'éloigna sans un regard. Elle ignora les regards curieux de Maxence, Tess et Raphael et se positionna à côté d'Ashley pour regarder son père clôturer la file avant qu'enfin Anthony puisse honorer sa femme.
- Tu as faim ? lâcha-t-elle simplement à Ashley d'une voix posée.
Boucle d'Or, 1ère année à la GEAD
Red hair, the crown you never take off