Bal Aimer tue

31.12.2050, bal du Nouvel An.
Image postée par le membre
(Miya, 37 ans)...........
feat. @Lloyd River.............
M.R. - L.R. - A.W. - M.R - L.R...


Son prénom laisse un goût étrange sur ma langue. Acreté. Surement la douleur de le revoir, de me souvenir comme on était bien ensemble et comme c'était facile d'être avec lui. Une pause. J'inspire, lentement, et expire doucement. Amertume. Tous les regrets remontent dans ma gorge et la lacèrent, ça me brule de l'intérieur quand je me rappelle que c'est moi qui ait forcé cette distance entre nous, cette rupture qui ressemble plus à un déchirement. Je déglutis et crains de ne pas pouvoir tenir. Mes yeux volètent sur son visage, s'attardent sur ses iris, puis tombent sur sa bouche — que j'ai vainement essayé d'ignorer. Douceur, un arôme sucré et réconfortant. Toutes les belles choses qu'il ma chantées, la manière dont il prononçait les syllabes de mon prénom, ses bisous du matin et ses baisers du soir, les sourires qu'il m'offrait et qui soignaient mes plaies. Et maintenant j'ai mal, vraiment mal. Cette douceur se mêle à l'amertume, et tout ne devient que remords et folles promesses que je ne devrais même pas penser. Il entrouvre les lèvres et mes pensées éclatent. Aucun son n'en sort et c'est moi qui me fissure, encore. Parce que de nouveau il me regarde comme ces soirs là où j'ai pleuré à genoux, où j'ai menacé, où j'ai supplié pour qu'il m'aime encore un peu. Et moi, je me sens comme ces soirs là où j'en oubliais ma fierté, où je revenais chez lui — chez Jude, chère Jude qui aurait pu devenir une amie et qui me hait — en sachant qu'il allait me détester encore un peu plus, ces soirs où l'alcool coulait dans mes veines et où je lui disais de beaux mots, où je lui faisais de belles promesses. Tout se mélange dans ma tête, et son prénom a trop de saveurs différentes, je n'arrive plus à démêler les choses. Je voudrais qu'il me parle mais j'ai peur d'en savoir plus, je voudrais goûter de nouveau son prénom et me rappeler ce que c'était de l'aimer.

Mon coeur bat fort, trop fort dans ma poitrine et dans ma gorge. Si fort que Lloyd doit l'entendre et qu'il doit discerner tous les mots que je lui disais entre chaque battement, toutes ces jolies promesses que je lui ai faites. Ces je t'aime que je prononçais rarement à haute voix mais qui revenaient sans arrêt dans mes regards et dans mes gestes, dans mes rires et mes sourires, dans nos baisers et nos nuits blanches. J'entends mon sang pulser dans mon corps, une adrénaline étrange qui me fait flotter, me donne l'impression que ce que je vis n'est pas réel. Mais parce que...ça ne peut pas l'être. C'est impossible, que je croise Lloyd River à un bal, impossible qu'il porte une chemise — et qu'il soit attirant dans cette stupide chemise —, impossible que je vienne lui parler, impossible qu'il me parle. C'est impossible qu'on se revoie aussi banalement, aussi bien habillés, dans un lieu public, sans pleurer ni crier. Impossible.

Et pourtant. Pourtant il est là, à une distance raisonnable de moi, toujours aussi grand et aussi fier, aussi coloré et détonnant, toujours aussi....Lloyd. Et quelque part, ça me tue qu'il se ressemble encore autant, ça me fou les nerfs de retrouver ce visage — et encore plus de me souvenir aussi bien de chacun de ses traits —, ça me donne envie de casser quelque chose.

Sous mes yeux, il vide son verre — du whisky, je le devine à la couleur, et je me demande s'il repense à mes lèvres au goût de whisky, de cigarette et de folie. Au fond de moi, je me rappelle du vertige qui, à chaque fois, me prenait après l'avoir embrassé. Je lui disais que l'embrasser c'était comme prendre une dizaine de shots d'un coup, que ça donne chaud et que ça fait tourner la tête, que le soir ça nourrit et le matin ça donne mal au crâne. Je lui en ai dites des choses, pas toutes belles mais beaucoup poétiques, parfois romantiques. J'ai dit des conneries, des choses folles, des choses mièvres. J'ai dit tout ce que j'ai pensé, sans jamais m'arrêter, et même quand je mentais je disais vrai. Le bal s'efface autour de nous, j'ai à peine conscience que le décompte arrive, que l'année suivante arrive et que je risque de la commencer avec lui, avec Lloyd. Dis tu te rappelles y a dix ans comme on aimait s'embrasser ? Et ça me parait si fou, complètement fou. Dix ans c'est long. Et depuis dix ans on a soigné notre addiction. Elle a commencé par un sevrage brut, violent, qui m'a arraché les tripes et qui lui a blessé le coeur. Puis on a avancé, dans différentes directions. Et on a tous les deux aimé à nouveau, on a embrassé d'autres personnes, on a dit je t'aime à d'autres personnes. On a été courageux, tellement courageux qu'on se félicite dix ans plus tard en nous retrouvant au milieu d'une foule qui ne sait rien de notre histoire. Le vice de l'accro, une seule fois suffit pour ruiner des années d'efforts. Et moi, j'ai une connerie au bout de la tête, j'ai une proposition folle dans la tête, une idée interdite dans le regard. Parce que j'ai été courageuse pendant dix ans.

Il parle. Il parle ! Et il me parle, à moi. Enfin. Il me parle.

« Ça te va bien. La robe. » Les mots explosent dans ma tête. Ils explosent autour de moi et retombent sur la foule en débris de souvenirs, en vestiges de nous. Et je ne comprends pas, parce que mes amis me l'ont dit. Alden, Kieran, Alicia, Layana. Oui, je suis belle. Mais c'est différent de le savoir et de l'entendre de la bouche de Lloyd. La chaleur afflue, les battements de mon coeur s'emballent et je crois bien retenir mon souffle une seconde de trop. Merlin est-ce que j'ai les joues rouges ? Le regard fuyant, je m'agrippe à ma robe et cherche mes mots, trop troublée pour réfléchir droit. Pour penser droit. Mille et unes choses se disputent dans ma tête mais aucune n'arrive à dominer. Des excuses, des compliments, des poésies. Et une phrase qui est gravée dans ma tête, qui semble au bord de ma langue. Des pensées déconstruites, des réflexions qui n'ont rien à faire ici. Où est Kieran ? Que fait Alicia ? Il va bientôt être minuit. Je ne peux pas embrasser Lloyd à minuit ? J'ai envie d'embrasser Lloyd à minuit ? C'est le chaos dans ma tête et j'aimerais blâmer ma consommation d'alcool — Merlin ce serait tellement plus simple — mais mon corps sait mieux que moi. Et il me dit que c'est cet homme en face de moi qui continue à me faire de l'effet, c'est cette foutue chemise, c'est le whisky qui traine encore sur mes papilles, c'est la nouvelle année, c'est minuit qui arrive.

« Elle cache mes tatouages », je réponds sans réfléchir. Ridicule. Mon regard scrute sa peau, je cherche les siens de tatouages. Invisibles aussi. « On ne voit pas non plus les tiens », je remarque, remontant mes yeux vers les siens. Parce que c'est plus diplomatique, parce que c'est plus correct de regarder quelqu'un dans les yeux, parce que ça ne se fait pas de regarder le corps de son interlocuteur — peu importe à quel point il est plaisant au regard. J'ai chaud. Merlin je lui ai parlé de ses tatouages ? Drôle d'idée. Pourtant de les connais bien ses tatouages, je les ai dessinés du bout des doigts de nombreuses fois. Et ça, est-ce que c'est correct de le penser ? Quoi qu'il en soit c'est surement moins grave que de dire ce que j'ai en tête. Mais je ne le ferais pas. Même pas à minuit. Mon coeur rate un battement, je m'attarde une seconde de trop sur sa bouche et fais l'erreur de détourner le regard, mal à l'aise.

Nerveusement, je me racle la gorge. Mes mains se détachent du tissus de ma robe, je la lisse, et fais un pas en avant en la secouant pour lui redonner une belle forme. C'est étrange, quand je m'approche je retrouve les sensations familières d'avant. Lever la tête pour le regarder, sourire automatiquement en retrouvant ses iris. Vouloir le toucher. Sauf que je ne peux plus l'enlacer, lui prendre la main ou l'embrasser. J'ai bien envie d'un verre de whisky moi aussi.

« Il ne doit pas être loin de minuit », je murmure. Je veux qu'il m'entende. Je ne veux pas qu'il ait entendu. Tout d'un coup j'ai dix ans de moins et la vie se moque de moi mais Lloyd est là.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Bal Aimer tue
Image postée par le membre


Elle devrait pas être devant moi, comme je devrai pas être ici. On aurait jamais dû se retrouver dans cette situation. J’emmerde les coïncidences et le Destin. J’emmerde les poètes et les écrivains qui écriraient que c’est beau de se retrouver là, dix ans plus tard, elle dans une belle robe qui ne lui ressemble pas, moi dans une chemise qui me va pas. Miya et moi, c’est pas ça. Ça n’a jamais été ça. Nous, on est fait pour rire à la gueule des étoiles, pour nous déchirer avec des mots avant de nous aimer avec nos mains. On est fait pour tout brûler autour de nous pour qu’il ne reste plus rien que nous deux… non, ça c’est faux. Miya, elle brûle tout, même moi. Surtout moi.

Je la regarde rougir après mon compliment. Un truc éclate en moi. Miya, elle rougit pas quand on lui dit qu’elle est belle : elle sait qu’elle l’est. Elle prend les compliments pour des flatteries. Mais là… son regard fuit. J’ai pas assez bu pour penser que j’ai imaginé ce que j’ai vu. Miya, elle fuit, ouais, ça c’est elle. Mais son regard, il est toujours droit. Il se plisse un peu quand on lui dit qu’elle est belle, l’air de dire “dis moi un truc que j’ignore, parce que là on s’ennuie”. Le malaise grandit. J’aurai préféré qu’elle rit, comme elle le faisait avant. Mais elle rit pas, ma Miya… putain, Lloyd, enlève ce ma. C’est pas ta Miya, ça ne l’a jamais été. T’as pas été foutu de la garder. T’as pas su l’aimer comme elle le voulait, ou alors tu l’as aimée trop fort. Quelque soit l’explication, elle a fuit. Elle t’a fuit. T’as perdu la femme de ta vie, celle pour qui t’aurait incendié tout un pays si elle te l’avait demandé, celle pour qui t’as pleuré comme un gosse pendant des journées entières jusqu’à ce que tu t’effondres d’épuisement. Ça n’a jamais été ta Miya. Miya, elle est libre, elle l’a toujours été. Et quand elle s’est envolé, elle t’a trouvé trop lourd, trop chiant, trop con pour te prendre avec elle. Mais elle a prit ton cœur, quand même, elle est pas chienne. Elle l’a prit, pour le mutiler même quand t’es pas là pour le voir. Ce foutu cœur qui a bondit dans ses mains à la seconde même où tu l’as vu. Encore là, encore maintenant, il est à porté de ses griffes.

Elle répond. Elle parle enfin. Elle me regarde pas. Elle y arrive pas, hein ? C’est dur de regarder le type qu’elle a jeté à terre mais qui est quand même debout face à elle, dix ans plus tard. Je déglutis. Ouais, Miya, on voit pas tes tatouages, et ça me donne envie d’arracher les manches de ta robe pour que tout le monde puisse voir à quel point t’es pas cette nana bien habillée. T’es le feu autant que la glace. Tu brûles mon cœur autant que tu gèles mes membres. Ils ne le savent pas, tout ces abrutis. Ils voient qu’une jolie nana dans sa jolie robe. Ton nouveau mec, il sait, lui, que t’es tout ça ? Ou alors il est avec toi parce que t’es belle ? Et toi, t’es avec lui pour quoi ? Parce que c’est plus simple de l’aimer lui ? Putain, je lui en veux d’être devant moi, de parler de mes tatouages et des siens, de me regarder comme elle le fait maintenant. Alors c’est mon regard qui fuit, cette fois. Il tombe sur ma main, là où commencent le début de mon kelpie qu’elle a caressé des centaines de fois. Ce soir, il est caché. Le putain de chanceux.
Je caresse un peu ma main, ces algues noires qui grignotent mon poignet. « C’est pour ça que j’aime pas les chemises », je réponds comme un con. Si j’avais pas les avant-bras aussi musclés, j’aurais retroussé les manches. Je dis rien de plus, j’ai pas envie de parler de nos fringues. J’en ai rien à cirer de sa robe ou de ma chemise. Je veux qu’elle me dise qu’elle est désolée, qu’elle m’aime encore, qu’elle regrette, que ce type c’est juste un pote, qu’elle pense à moi depuis dix ans, qu’elle a jamais tourné la page, qu’elle s’est barrée parce qu’elle m’aimait trop. Putain, je veux qu’elle me mente, les yeux dans les yeux. Je veux qu’on en parle. Je veux pas qu’on en parle. Je suis perdu. Tout ce que je sais, c’est que je sais plus quoi faire de ce cœur qui veut s’arracher de ma poitrine.

Mes yeux suivent ses doigts qui s’occupent de sa robe, comme si c’était ça le plus important, là, maintenant. Tu cherches à te calmer, hein, Miya ? T’es pas à l’aise ? Moi non plus, bordel. Et pourtant, t’es là. T’as laissé ton copain pour venir me voir. Tu sais pourquoi t’as fait ça, au moins ? Non, t’en sais rien. Parce que ça c’est toi, Miya. T’es impulsive. Et quand tu veux un truc, tu vas le chercher. C’est moi que tu veux, ce soir ? Ou alors tu veux voir si je peux encore tomber à genoux devant toi et te demander de me briser le cœur une nouvelle fois ? T’as envie que je te dise qu’à cause de toi, j’ai plus jamais su aimer sans me détruire ? C’est ça que t’es venu entendre ? Que je ne suis plus foutu de tomber amoureux sans voir ton ombre partout où je vais ? Le jour où t’es parti, un truc s’est cassé en moi. Je parle plus de mon cœur, on va tous s’accorder à dire qu’on sait ce que t’en as fait. Non, là je parle de ma foutue estime de moi. Comment je pourrais encore aimer alors que tout, absolument tout ce que je fais n’est jamais bien, jamais assez, jamais trop, jamais comme elles le voudraient, hein ? Putain, j’ai la rage qui me grimpe dans la gorge. J’ai envie de te choper par les épaules et de te secouer jusqu’à ce que tu me dises ce que j’ai fait de mal. Tu me mentiras, tu me diras que c’est pas moi, c’est toi. Tu me cracheras des conneries parce que tu sais très bien que j’ai rien fait. Je t’ai aimé à en crever, et j’ai failli crever de t’aimer. Mais ça, tu t’en fous, tu l’auras jamais su et tu le sauras jamais. Je ne veux plus jamais donner d’armes aux autres pour qu’ils finissent par les retourner contre moi. Et toi, t’as toujours été la meilleure à ça.

Ses lèvres s’ouvrent, et Miya parle à nouveau. C’est juste un murmure. Je l’entends à peine, mais je le comprends très bien. Mes dents se serrent direct comme un chien montrerait les dents devant un danger. J’inspire, ma poitrine se gonfle. Mes doigts serrent mon verre un peu plus fort.

« T’as peur que ton carrosse redevienne une citrouille, Cendrillon ? » je lâche, mon buste qui penche sur le côté pour mieux la regarder. Je souris du bout des lèvres, parce que je me sens malin, là. Elle s’attend à ce que je lui dise de rester là quand sonnera minuit, pour que je puisse l’embrasser ? Putain, j’ai envie de cogner un truc, de jeter mon verre à travers la salle, juste pour casser un truc. Elle se fout de ma gueule.
« Reste pas trop loin de ton mec, alors. Ça serait con d’embrasser ton… je suis quoi, en fait, là ? T’as dit quoi à ton mec ? Que t’allais voir un pote ? » Ce dernier mot sort comme un grognement. Je me redresse, et renverse ma tête en arrière pour boire la dernière goutte de whisky qui traîne au fond. Ça m’évite de lui montrer les dents. J’ai pas envie de lui faire du mal. Moi, je suis pas comme ça.

1324 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Bal Aimer tue
Nan mais quelle conne. Des années que je ne l'ai plus vu, et moi tout ce que je trouve à lui dire c'est que je ne vois pas ses tatouages ? Pétrifiée sur place, je voudrais pouvoir m'enfuir. La robe dans laquelle je me sentais si élégante il y a quelques heures me parait soudain trop lourde. Elle prend trop de place, elle m'étouffe, elle m'enchaine. Sans mes tatouages apparents je me sens comme une guerrière à laquelle on aurait demandé d'aller au front sans équipement, ni armure, ni bouclier, ni rien. Je pense aux trois dragons qui volent sur ma clavicule, au phénix déployé entre mes omoplates, au serpent dans mon dos, et ça me fait du bien. Ils ne vont nul part, eux, ils sont avec moi depuis des années. Ma peau est une carte de souvenirs et de personnes que j'aiment, et les avoir avec moi, les avoir sur moi, ça me donne assez de force pour ne pas faire marche arrière. Je viens de dire le truc le plus con possible mais je bougerais pas.

Je serre la mâchoire à m'en abimer les dents, je retiens la marée de mots qui cherche à déferler. A quoi bon marmonner des excuses dix ans plus tard ? Il n'en voudra pas, et moi je ne sais pas comment les formuler. "Salut c'est la fille que t'as aimée comme un fou, désolée de t'avoir brisé le coeur et de m'être barrée sans prévenir j'espère que tu vas bien, ciao." Nan ça fait mal. Putain. Qu'est-ce que je fous ici ? Pourquoi je me suis pas barrée ? Encore une fois. Nan, je peux pas faire ça. J'ai grandi....je crois ? Je ne prends plus la fuite face à lui maintenant, je reste.

Je reste debout, sans rien faire, la gorge nouée par tous ces mots que j'arriverais jamais à sortir, les yeux humides de larmes que je ne devrais pas avoir, le coeur déchiré par une douleur qui a guérie y'a des années. Je reste immobile, figée, prisonnière de son regard, de sa silhouette, de son visage, de son corps, de ses mots, de son silence. Je veux qu'il me réponde. Je veux qu'il me regarde. Regarde-moi Lloyd. Est-ce que j'suis encore une personne qui mérite d'être aimée ? Je reste devant lui, juste nous deux au milieu de cette salle soudain ridicule, de ce bal presque déplacé, de ces personnes inexistantes. Ce décors autour de nous qui me rappelle que nous n'avons rien à faire ici, que ni lui ni moi ne sommes de ces gens-là. J'ai les pensées qui s'embrouillent, le whisky qui réchauffe mes veines et le seul homme que j'aie aimé comme une dingue qui me regarde d'un air...absent. Ou énervé. Comme s'il ne voulait plus me connaitre. Et moi je lui parle de ses tatouages. Ses. Putains. De. Tatouages. Et moi, je les connais bien, les tatouages de Lloyd, au moins aussi bien qu'il connait les miens. Avec son regard, ses mains, ses yeux, ses baisers il a exploré la carte encrée sur ma peau. Il les a dessiné avec le bout de ses doigts, efflorés de ses lèvres, suivis des yeux. Il connait les lignes et les défauts de ma peau et de mon corps comme personne. Connaissait. Et soudain la pensée que de nouveaux dessins aient pris place sur ma peau me frappe. Il ne les connait pas, eux. Il ne les a jamais vus, jamais embrassés, jamais admirés. D'autres l'ont fait. Mais pas lui, pas Lloyd. Et lui alors ? Est-ce que d'autres ont tracés les lignes des dessins sur son corps ? Bien sûr. Cette idée me trouble, m'agite, m'irrite. Pourtant ne dit-on pas que les explorateurs ont droit à un privilège sur les terres qu'ils découvrent ? Dis-moi Lloyd, est-ce que tu te souviens de la sensation de mes mains sur ta peau ? Moi je m'en souviens. Je me souviens de tout. Très bien. Un peu trop bien. Mais je veux pas y penser à ça, tout comme lui non plus ne veut pas y penser. On veut plus y penser. Mais on peut pas faire comme si ça n'avait pas existé. Je veux pas faire comme si ça n'avait pas existé.

Alors quoi ? On attend ? On s'ignore, on se fuit, on s'éloigne ?

Il me fuit. Son regard s'arrache au mien et je fronce les sourcils, je sens une peur panique m'envahir. Jusqu'à ce que je suive ses yeux. J'accroche le morceau de peau qui dépasse, celui qui parait sans défaut. Celui décoré d'un tatouage que je connais bien, si bien, tellement bien. C'est injuste de se connaitre si bien sans n'être plus rien. Puis répond. Il répond et on est aussi con l'un que l'autre, à parler fringues. On n'a jamais fait ça, on n'a jamais été ça. Je voudrais grimacer mais je ne m'appartiens pas. Mon coeur bat trop vite. C'est vrai qu'il ne met pas de chemise, jamais. Jude a dû insister. Pour le bal. Jude. Mon coeur rate un battement, et pour une toute autre raison cette fois. Evènement ou non, je ne doute pas qu'elle essaierait de me trucider si elle me voyait. Elle est forcément là ce soir, et c'est elle qui l'a forcé à enfiler une chemise. Le pire dans tout ça, c'est qu'il reste beau. Le vêtement n'est pas exactement à sa taille, peut-être un chouille trop petit, il serre ses bras et dessine sa silhouette. Et je m'en veux de remarquer ça.

Je souffle, lentement, et j'essaye d'aligner deux pensées logiques. Sauf que rien n'a de sens dans ma tête, y a que Lloyd. Lloyd et cette stupide chemise qui lui va bien mais n'est pas lui, Lloyd et ses cheveux pétants dans lesquels j'ai enfouis ma main un nombre incalculable de fois, Lloyd et la douleur dans ses yeux quand il me regarde, Lloyd et la colère dans sa voix quand il me parle. Lloyd dont j'ai brisé le coeur en morceaux, que j'ai recollés, puis cassés à nouveau. Et moi j'ai mal, mal, mal, mal. Mes mains cherchent le contact familier d'un verre ou d'une bouteille, ma bouche réclame son bâton de nicotine. Mon corps réclame le poison dont je l'inonde depuis des années, il supplie pour ces drogues qui anesthésient tout le reste dont Lloyd — surtout Lloyd.

Ma robe pèse une tonne. Toutes ces couches de vêtement me tirent vers le bas, fatiguent mes jambes et me font pas aux épaules. Je pourrais trembler ou abandonner et me laisser tomber à genoux. Je repense à ces soirs, à ces nuits où j'étais complètement bourrée dans la cuisine des River, en larme dans les bras de Lloyd, hors de moi à leur porte. Si j'ai eu un peu de dignité ou d'amour propre, j'ai tout perdu ces nuits là. Toutes ces nuits passées à me mettre minable, à gueuler des conneries dans des bars, à me faire virer, cracher dessus ou insulter, ces soirées éternelles quand je prenais des trucs et que le temps s'arrêtait. Mais pas mon coeur. Jamais mon coeur. J'étais en morceaux, une loque, ivre le jour et défoncée la nuit. Mais mon corps ne lâchait pas. Et putain je sais pas pourquoi. Pourquoi je me retrouvais accrochée à Lloyd, en larmes, incertaine de savoir où j'étais, fiévreuse, à vociférer des choses sans aucun sens. C'est lui le gentil entre nous deux, contrairement à ce que certains pourraient penser en nous voyant. Alors ouais, il a les cheveux colorés, des gros tatouages sur le corps, il cogne, il hurle, il jure, il s'énerve. Mais c'est lui le gentil. Moi je bois, j'embrasse les inconnus, je fume, je tape au hasard, je brule tout autour de moi. Je fous la merde partout, je fais tout tomber en poussière, je détruis tout. C'est moi la méchante, celle dont il faut se méfier. Celle qui n'abandonne pas, celle qui revient tout le temps, celle qui arrive avec son boulet à la cheville, celle qui trainent la misère sur ses épaules. Lloyd il sait foutre le bordel comme un artiste. Mais pas moi.

Sa réplique — cinglante — me fait l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Je recrache l'air contenu dans mes poumons, j'amorce presque un geste de recul. J'suis pas une princesse. C'est le seul truc plutôt construit qui arrive à se former dans ma tête, mais je me vois mal lui sortir ça. Pourtant c'est vrai, je n'ai rien d'une princesse. Et j'ai pas besoin de carrosse, j'en veux pas — sinon j'en aurais un. Quand je veux un truc, je l'obtiens. Comme je ne sais pas quoi répondre à ça, je l'ignore. De toute façon c'est pas de ça dont je veux parler.

Je veux..je veux... Je veux. Quoi ? Retrouver ce qu'on avait ? Ce qu'on était ? J'en rirais presque. Nan mais quelle conne. Dans ma poitrine quelque chose s'agite, quelque chose me fait souffrir le martyre, et je me demande si finalement ça ne serait pas physiquement possible qu'un coeur se brise. Et dans ce cas qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que tous les souvenirs vont m'exploser à la figure ? Et Lloyd ? Il va partir ? Me regarder ? Rire ? Regarde-moi Lloyd. Sauf que je n'ai pas besoin de demander. Lloyd a toujours les yeux rivés sur moi, son regard me cherche tout le temps, il me dissèque et voit à travers moi. Je n'ai pas besoin de quémander pour son attention parce qu'elle m'est toute accordée. Son être entier réagit quand je suis là, quand je ne le suis pas, quand je souris ou quand je pleure, quand je gueule ou quand je ris. Et là encore, dix ans plus tard, c'est pareil. La seule différence c'est qu'avant, il ne m'aurait jamais regardée comme ça. Mais avant quoi ? Avant qu'on se sépare pour la première fois ? Avant que je ne revienne à genoux pour la première fois, le suppliant de m'aimer encore ne serait-ce qu'une nuit ?

Hein ? Mon mec ? Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? Prise de court, j'en oublie presque mon immobilité et tout mon corps frémit. Oh je vois bien qu'il est en colère — non, il est fou de colère, il est enragé — mais tout ce que ça me fait, c'est l'impression de revoir le Lloyd dont je suis tombée amoureuse il y a dix ans. Pourquoi on dit tomber amoureux même ? Je suis pas tombée amoureuse, je me suis cassée la gueule. Je me suis fracassée, la tête en plein dedans. 'tain mais qu'est-ce que tu racontes Lloyd ? Un pote ? Un simple pote ? Tu sais bien que je n'aurais jamais dit ça. Je ne dis même pas 'ex'. T'es Lloyd, c'est tout. Alors c'est quoi ces conneries ? Je serre les poings et ma robe m'étouffe. Pourquoi il parle de ça ? J'ai pas de mec. C'est pas un pote. Y'a rien qui va dans c'que tu dis Lloyd.

« T'aimes toujours le whisky. » Les mots s'échappent, c'est un constat et non une question, je n'ai pas pu les retenir. Ils viennent de mon coeur, tout droit de là où ça fait mal. Le whisky c'est ma boisson. C'est lui qui disait que j'avais les lèvres au goût de whisky.

Je reste une seconde silencieuse, presque surprise d'avoir parlé à voix haute. « Nan, j'veux pas embrasser....quelqu'un.....d'autre. » Je prends conscience de mes mots au fur et à mesure que je les entends, prononcé par ma voix, et ils me paraissent si lointain. Quelqu'un d'autre ? D'autre que qui ? C'est moi qui délire, moi qui raconte des absurdités. Embrasser quelqu'un, vraiment Miya ? Putain je suis même pas en colère. Pourquoi je suis pas en colère ? Lloyd est en colère. Oh il est sacrément en colère, et moi je suis trop alcoolisée pour réagir intelligemment mais pas assez pour ne pas réagir du tout. La sensation de vide dans ma main devient dure, insupportable. Où est l'alcool quand j'en ai besoin ? Et mes clopes ? Bordel elles sont où mes clopes ? Je ne bouge pas. Toutes ces pensées s'acharnent dans ma tête mais je ne dis rien du tout, je ne fais pas un seul geste. Je me demande ce qu'il pense, Lloyd. Il est en colère. Il est très en colère, mais pas assez pour la passer sur moi. Pas assez pour casser un truc.

Pourtant je le vois, qu'il a envie de casser quelque chose. Je le vois mais ça ne me fait pas peur. J'ai pas peur de sa colère, elle ne peut que raviver la mienne. Mais ses larmes ? Je ne sais pas quoi en faire. Sa détresse continue de me heurter de plein fouet, c'est une tornade qui s'acharne sur moi, une main qui s'attache fermement autour de mon cou et ne veut pas me lâcher. Putain de merde. Il a la rage au ventre, mais pas assez pour me faire mal.

Pas assez pour me blesser.

J'avance d'un pas, je crois, et je tends la main vers la sienne, serrée sur le verre, puis laisse mon geste en suspens. Est-ce que j'ai le droit de faire ça ? Sa colère me fait mal, je n'en veux plus. Mais est-ce que j'ai encore le droit de le toucher pour le soigner ? Après lui avoir fait aussi mal ? Mes doigts restent figés à quelques centimètres des siens, je retiens ma respiration. Je suis pas du genre à réconforter les gens avec des câlins. Pourtant, là, j'ai bien envie de le prendre dans mes bras. « J'veux te voir toi », je dis, sourcils froncés. Parce que je comprends toujours pas son charabia, mais je vais nulle part. Pas tant que.....j'ai pas eu c'que j'veux, je réalise.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Bal Aimer tue
Comment tu fais, Miya ?
Comment tu fais pour toujours me faire valdinguer le coeur ? Je comprends pas. T’es quoi ? Une foutue de sirène atrophiée ? Je pige pas. T’as même pas besoin d’ouvrir la bouche. T’as rien à faire. Juste à te tenir, là, devant moi. Mais quand tu parles… je repars dix ans plus tôt, quand tout était sale mais réel. Quand je croyais encore que tu m’aimerais toujours, malgré tout ce que je pourrai faire. Que tu partirais jamais. Que toi et moi, on avait signé pour une éternité d’amour fou. T’sais quoi ? J’ai jamais imaginé que tu pourrais partir. Je te jure. Ça m’a jamais effleuré l’esprit, parce que tu me regardais comme si c’était moi ton foyer. T’y foutais le feu, mais t’y revenais toujours, hein, Miya ?
Et, putain, tu le sais, Miya : j’adorais quand tu foutais le feu, même si c’était moi dans les flammes. Aujourd’hui encore, je tuerai pour retrouver ça. C’est débile. J’suis débile. Je sais qu’après les flammes viennent les brûlures, puis les cendres. Et moi, j’suis pas un putain de phénix. Quand tu pars, Miya, je renais pas. J’agonise comme un con.

J’veux qu’elle s’en aille. Je peux pas tenir le coup face à Miya. Elle sait toujours où taper pour me mettre à terre. Là, tu me vois debout ? Putain, je suis déjà à genoux devant elle, à deux doigts d’ouvrir ma poitrine pour lui montrer que ce qu’elle cherche à m’arracher, elle l’a déjà.

Elle me répond pas. Elle me dit pas si ce type c’est son mec ou pas… putain. J’ai la gorge qui se serre d’un coup. Elle m’étrangle avec ses foutus non-dits. Dis le, bordel ! Pourquoi tu me ménage, hein ? J’te fais pitié ? C’est ça ? Le whisky, putain ouais, je l’aime toujours, mais je le préférais sur tes lèvres. Même le goût du whisky, tu l’as souillé. Même ça, Miya. Maintenant, j’arriverai plus à boire un seul verre sans l’associer à tes mots, avec ta voix.

Mais tu t’arrêtes pas là, tu continues à me piétiner. Mon cœur se serre avant de s’emballer. Non. T’as pas dit ça. J’ai rêvé. T’as pas pu dire ça. T’as pas pu dire ça, Miya. Parce que si tu dis ça, ça veut dire que…
Je me mord la langue. T’as pas pu dire ça. T’as pas le droit. Putain, laisse moi loin de tes foutues griffes ! J’ai le coeur qui s’agite, le sang qui pulse. Il cascade dans tout mon corps, brûlant. Elle m’embrase, mais pas comme avant. Là, j’te jure… j’ai envie de péter un truc. Pas elle. Jamais elle. Je frapperai jamais Miya. Même quand elle était cruelle avec moi, j’ai jamais pensé à ça. Je crois que je préférerai crevé que de lui faire du mal. Miya, elle s’est jamais gênée, hein ? Aucune putain d’estime pour moi. Rien. Putain d’égoïste. Elle cherche quoi, là, hein ? Le frisson ? Son mec la fait pas vibrer ? Elle veut le rendre jaloux ? C’est son mec ? Va te faire foutre, Miya. Toi et tes putains de tentations ! Tu sais que tu me rends dingue, hein ? Ça, tu te dis que ça n’a pas changé en dix ans. Tu te dis que tu me connais tellement que j’ai pas évolué ? Que je foutrai ma vie en l’air si tu voulais me reprendre ? C’est ça que tu te dis, hein ? J’suis un chien bien dressé dans tes yeux.
Tes lèvres, je veux les prendre comme avant. Je veux plonger dessus, et oublier les dix ans de galère que tu m’as fait subir. Je veux retrouver le velours de ta peau. Je veux voir si tes frissons sont toujours les même qu’avant, suivre de mes doigts tes tatouages que je connais par cœur et découvrir les autres. Je veux te serrer contre moi, je veux crever sous tes baisers.
Mais je le ferai pas. Je peux plus. Je m’en sortirai pas. Pas cette fois. Si je l’embrasse, je replonge. Si je replonge, je crève. Je l’ai trop aimé, bien plus qu’elle m’a aimé. Si elle m’avait demandé de m’ouvrir la gorge pour voir si c’était vrai, si mon sang hurlait son nom, je l’aurais fait. J’ai aimé cette meuf comme j’ai jamais aimé. Et elle s’est barrée. Putain, elle s’est barrée. Elle m’a abandonnée. J’avais vingt deux ans. J’étais qu’un gosse qui découvrait la vie. C’est avec elle que je voulais la passer. Et elle m’a abandonnée. J’ai dû réapprendre à marcher sans pleurer, à manger sans vomir. Aimer ? J’ai essayé. J’le jure, j’ai essayé. J’ai offert mon cœur plein de cicatrices à une autre femme que Miya. Une seule. Elle a retiré les coutures qui rassemblaient les morceaux. On me reprendra pas à tenter d’espérer quoi que ce soit. J’y survivrai pas.

Mais ça, Miya, elle s’en fout, hein ? Elle avance. Sa main se lève vers la mienne. Je me fige. Ma respiration se bloque. Mon cerveau se déconnecte. Je le sens, je connais : mon corps se met en mode survie.
Me fais pas ça, Miya. S’il te plaît. Me fait pas ça. T’approche pas comme ça. Dégage. Remballe ta foutue main. T’as pas le droit. Pas après tout ce que t’as fait. Tu peux pas revenir comme ça. Me touche pas. J’te jure. Me touche pas, Miya. J’t’en supplie. Je vais replonger.
Je sens déjà la chaleur de sa peau. Elle m’est familière, comme l’est son parfum que je crois sentir d’ici. Des conneries. C’est ce foutu corps qui se sent appelé par le sien. Non, elle t’appelle pas, elle essaye de te corrompre. Encore. Parce que t’es pas assez brisé à son goût. Connard, t’as osé me faire sourire parce que je me suis amusé, ce soir. Elle l’a vu. Elle s’est dit “merde, alors il est encore capable de ressentir des trucs cool”. Elle veut que je crève. Elle veut pas me laisser partir. Elle veut encore son jouet. Son gentil petit chien docile qui s’est toujours jeté à ses pieds pour recevoir ses coups. Ça la faisait kiffer. Elle en veut encore. J’crois qu’elle a jamais retrouvé un con comme moi.
C’est ça que tu veux, Miya. Tu veux pas me voir moi. Tu veux voir à quel point j’suis toujours docile. A quel point je suis qu’un crétin qui tombe amoureux de toi à chaque fois que je repense à nous. Et là, t’es en face de moi, la main qui se tend vers la mienne, ta voix qui s’infiltre dans mon cœur pour y injecter ton putain de poison.

« Fais pas ça », je murmure d’une voix cassée. « Me fais pas ça, Miya… » Je ferme les yeux. J’arrive plus à la regarder. Je veux qu’elle s’en aille, autant que je veux qu’elle me touche. Je veux ressentir sa peau contre la mienne, comme un putain de junkie qui réclame l’ultime dernière dose.

1164 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Bal Aimer tue
Tout se fige autour de lui, autour de moi. Autour de nous. Ma respiration — rapide, trop rapide, comme si je venais de prendre un shot d'adrénaline — résonne dans mes oreilles, elle remplit l'espace entre lui et moi. Et putain je suis certaine qu'il l'entend, cette respiration effrénée, ce souffle désordonné que j'expulse comme si chacun était le dernier, cette bouffée d'air qui se mêle à la sienne et qui me fait perdre la raison. Un putain de shot, de l'adrénaline à l'état pur. La tête me tourne et, pendant un bref instant, je me demande ce qui se passerait si je m'effondrais. Est-ce que j'ouvrirais les yeux pour découvrir que rien de tout cela n'est réel ? Est-ce que mon corps se casserait sur lui-même, pauvre petite marionnette désarticulée réduite à l'état de pile de bouts de bois trop abimés pour être encore utiles ? Est-ce que ça me ferait mal, de me laisser tomber ? Je suppose que je pourrais me blesser, m'assommer, m'ouvrir le crâne. Me vider de moi sur le carrelage aux pieds de Lloyd. Une dernière plaidoirie avant de disparaitre pour toujours, je quitterais définitivement sa vie, il n'aurait plus à penser à moi. Plus jamais. Est-ce qu'il me rattraperait ? Avant il l'aurait fait. Aujourd'hui je ne sais pas. Mais Lloyd, il est trop doux. Après tout, c'est lui le gentil entre nous. Oui, je crois bien que si je m'effondrais sur place il me rattraperais. Mais alors mes excuses dans tout ça, ma dernière supplique à ses pieds, mes dernières secondes devant lui, que deviendraient-elles ? Tout ça parce qu'il est trop doux avec moi. Parce qu'il ne m'a jamais fait mal, jamais. J'ai la tête qui tourne. Et le coeur agité, et la respiration incertaine, et les muscles trop faibles pour supporter le poids de son regard sur moi.

Et ton regard me raconte mille choses, Lloyd, il parle pour toi et me susurre toutes ces choses que tu ne me dis pas à voix haute. J'ai la main en suspens, le bras retenu en l'air par des fils invisibles — joli petit pantin abimé — et les mots emmêlés. Et toi, à quoi tu penses ? Arrête de me regarder Lloyd, je ne veux pas de tes reproches. J'ai le coeur serré, si serré qu'il pourrait tenir dans le creux de ma main. Tellement serré que je pourrais l'écraser, le réduire en poussière et le rouler dans une cigarette avec du tabac pour me foutre en l'air, pour me débarrasser de ce stupide organe une bonne fois pour toute. Son regard me brûle. Comme avant, comme jamais, comme toujours. Alors dis-moi, Lloyd, dis-moi ce que t'as dans les tripes depuis la dernière fois, et peut-être qu'après ça il restera encore quelque chose de moi pour te prendre dans les bras.
Parce que c'est ça, pas vrai ? Cette douleur qui électrise tout mon corps et qui te fait souffrir autant que moi. C'est ma peau qui réclame la tienne. Elle supplie depuis dix ans, elle a mal depuis dix ans. Tu sais j'ai entendu dire qu'un corps mettait dix ans à en oublier complètement un autre. Alors ça veut dire que mon corps ne connait plus le sien, lui que j'ai si souvent enlacé et contemplé ? Et ça veut dire que son corps à lui ne connait plus le mien ? Est-ce que c'est pour ça que ça fait aussi mal, de ne pas le toucher ? Une bulle éclate en moi, une chaleur familière remonte dans mon ventre et mon coeur continue de s'affoler. Putain. Et il sait que c'est vraiment une idée de merde. Evidemment. Lloyd, il sait comme moi. Il pense pas comme moi, mais tout comme. Et c'est pour ça qu'on se comprenait sans parler, pour ça qu'on arrivait à s'aimer, pour ça qu'on s'était jamais engueulés. Jusqu'à. Jusqu'à ce que je foute la merde entre nous deux, jusqu'à ce que je fasse bruler tout ce qu'on avait. On a implosé, puis une fois qu'il n'y avait plus rien à détruire entre nous on a explosé, et là on a tout détruit autour de nous. Ce soir c'est pareil. Ma main tendue vers lui. La sienne serrée autour de son verre. Nos corps si près pourtant toujours trop éloignés l'un de l'autre. Tu le sens aussi, pas vrai Lloyd ? Putain toi aussi tu le sens, hein ? J'arrive pas à déglutir, y'a quelque chose qui coince. Je ne t'entends pas respirer, mais toi tu dois bien voir que tu brasse l'air comme une désespérée, une droguée hagarde en quête de sa prochaine dose. Tu le vois ça, n'est-ce pas ? Tu vois que mon sevrage le plus dur c'est toi ? Mes doigts tressautent nerveusement, je les réconforte en imaginant la pression fraiche et familière du goulot d'une bouteille contre leur pulpe. Tu vois, Lloyd, tu vois comme j'ai besoin de boire ? Si tu vois ça tu dois bien voir que j'ai besoin de toi ? On n'oublie pas l'empreinte d'un corps, et j'emmerde les scientifiques et leur stupide théorie des dix années. Des conneries tout ça, pas vrai Lloyd ? Merde dis un truc. Regarde moi. Touche moi. Tout ce que tu veux mais fais quelque chose putain ! Je me raccroche à ce contact fantôme, et je voudrais me laisser glisser au sol, lentement chuter contre lui pour retrouver la sensation familière de sa peau sur la mienne. C'est ça qui me bouffe, hein que c'est ça ? Cette envie dévorante d'avancer encore de quelques centimètres pour atteindre sa main, pour refermer mes doigts autour des siens et fondre sous son toucher. Oui c'est ça qui me ronge, c'est ça qui me tue.

Sa voix est rauque, cassée, douloureuse. J'inspire trop vite et je défaille. Je défaille ? Non, c'est impossible. Sauf qu'avec lui, avec Lloyd, tout est possible. Ses suppliques s'enfoncent dans mon coeur avec violence, ça me fait l'effet d'être poignardée. J'ouvre la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Mes jambes faiblissent, je ne serais plus capable de prendre la fuite même si j'en avais envie. Comme si je pouvais avoir envie de prendre la fuite. Et toi Lloyd, est-ce que tu préfèrerais me fuir ? Il a fermé ses yeux et mon regard se trouble. Dis-moi, tu penses vraiment que fermer les yeux devant moi est la meilleure chose à faire ? Tu crois que si tu m'ignores un peu je vais disparaitre ? Je ne suis pas une illusion, Lloyd, je suis tout ce qu'il y a de plus réel et putain si tu savais comme je crève d'envie de te toucher pour te montrer.

Je crève d'envie de voir si ta peau a toujours la même sensation sous mes doigts. Si ta main se refermera autour de la mienne sans réfléchir. Si ton bras s'arquera naturellement pour m'amener à toi. Je veux savoir si me retrouver tout près, tout contre toi changerais quoi que ce soit à ma vie d'aujourd'hui. Dis-moi est-ce que tes lèvres ont changées, elles ? Est-ce qu'elles m'ont vraiment oubliée ? Je n'y crois pas une seule seconde. Nos corps se connaissent toujours, ça crève les yeux, et c'est un supplice de ne pas savoir quoi faire. J'entrouvre les lèvres, je cherche quelque chose d'intelligent à dire. « Lloyd..j... » Voilà donc le seul murmure étranglé que je suis capable de prononcer. « Je suis... » ..désolée. Désolée pour quoi, exactement ? Oh dis-moi Lloyd, tu dois bien entendre ce coeur hors de contrôle dans ma poitrine. Et ce souffle inégal, trop bruyant et trop suppliant, ne me fais pas croire que tu ne le sens pas. Comment s'excuser ? Mon corps parle pour moi, il parle si fort qu'il commence à gueuler, à me déchirer et à m'abimer. Fini de jouer Lloyd, toi comme moi on n'est pas doués pour parler. Moi je ne sais que remplir les blancs. Toi tu donnes vie aux vides. Tout s'emballe, rien n'a de sens. Tes mots tournent en boucle dans ma tête et tes paupières closes ne m'offrent plus les indices nécessaires.

Je continue de me rapprocher, toujours sans le toucher. « Je suis sincère », je murmure dans un souffle, extrayant cette confession du plus profond de moi-même. J'ai si mal au coeur. Il bat si vite ce foutu coeur. Et je sais pas quoi en faire de mon pauvre coeur.

Doucement, très doucement, mon bras bouge, ma main avance. J'avale la distance entre ma main et celle de Lloyd. Mes doigts glissent sur les siens, survolent sa peau au mieux sans essayer de s'y agripper. Oh, comme ça serait plus simple de me précipiter et d'exhaler. Le coeur remit en place et les pensées à peine désordonnées, des bras familiers pour retenir mon corps soudain si frêle, juste une seconde contre lui et je pourrais disparaitre. Je crois que je pourrais dire oui à ce pêché sans même accorder d'importance à la sentence. Je fais courir mes doigts sur sa peau. Ils s'arrêtent à contrecœur, s'enroule autour de lui. « Lloyd. » Qu'est-ce que je fous ? Mes doigts naviguent, l'aident à lâcher prise autour du verre. Je sens qu'il est tendu, je perçois sa peine palpiter à l'intérieur de son poignet, je capte le frémissement de son coeur. Et maintenant Lloyd, est-ce que tu es toujours de taille à me mentir ? Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, regarde à quel point je suis dévastée, regarde comme le noir de ma pupille a remplacé mon iris. Oh s'il te plait regarde comme je supplie pour un dernier shot. Pour un frisson de plus. Regarde le visage déconstruit qui se tient devant toi. Regarde la femme en manque qui rêve de s'échouer sur toi. Et dis-moi Lloyd, dis-moi quel goût a ton prénom sur mes lèvres, dis-moi quel goût a ta colère. J'avance encore d'un pas — tu vois cette insolence, cette provocation, toute cette confiance ? — et me fige devant lui. Maintenant tu vas devoir soulever les paupières, et tu vas devoir baisser les yeux vers moi. Que penses-tu de la sensation de ma peau sur la tienne, Lloyd ? Est-ce que tu l'aimes autant que je l'aime ? Non, ne mens pas Lloyd, parce que je sais que tu aimes sentir ma peau glisser contre la tienne, je sais que tu vas desserrer ta prise sur ce verre, je sais que tu vas t'énerver puis perdre tes moyens. Je me trompe ? Non, évidemment que non. Parce que mon corps n'a pas oublié le tien, ton corps n'a pas oublié le mien. C'est des conneries ces histoires, pas vrai ? Dis-moi tout ça, dis-moi que j'ai raison, dis-moi ce que tu veux, parle. Dis mon nom.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Bal Aimer tue
Je crains sa peau autant que ses mots. Ça n’a jamais été comme ça. J’ai jamais eu peur qu’elle me touche. Au contraire, je réclamais son contact. J’en avais besoin. J’adorais sentir l’effet du temps sur sa peau. Y déposer des baisers pour la réchauffer quand elle était froide. Souffler dessus pour la rafraîchir quand elle était brûlante. J’adorais être à sa hauteur pour la laisser se glisser derrière moi, comme une louve sur son territoire. Juste pour qu’elle puisse venir poser ses doigts sur ma nuque, sur mes épaules, mes omoplates. J’étais accro à sa peau. Quand elle est parti, elle m’a forcé à me sevrer. Quand j’arrivais à dormir, je me réveillais en sursaut en imaginant que c’était sa main que j’avais senti sur moi. Parfois, même debout, j’avais l’impression de la sentir venir chercher ma main de ses doigts.
Et là, putain, ces foutus doigts… elle les approche de moi, et ils me foutent la trouille.
C’est pas une main que je vois : c’est une corde qu’elle veut me remettre au cou. Mais comme un con, j’arrive pas à la repousser. J’ai jamais réussi. A chaque fois que je m’en suis débarrassé, elle me la remettait bien comme il faut.

Quand elle me regarde comme ça, elle me fait retomber. Je me sens sombrer encore une fois. Putain, je veux pas. Je dois pas. Et putain, je veux que ça. Depuis dix foutues années, mon coeur il réclame que ça. Miya. Toujours Miya. Foutu junkie. Pourquoi t’es toujours attiré par ce qui nous fait du mal, hein ? C’est tellement plus simple quand on est tout seul, quand on attend pas une femme qui ne reviendra pas. C’est ça, Miya. Tu le sais comme moi, bordel !
J’ai les yeux fermés, et pourtant, mon cerveau dessine les traits de Miya. Pas comme elle est ce soir. Comme elle l’était, dix ans plus tôt. Ses cheveux noirs lâchés. Ses lèvres pincés sur une clope. Son corps habillé d’un de mes t-shirt. Même mon putain de cerveau veut me faire flancher. Pourquoi il dessine pas le visage de Jude et ses larmes de peur et de rage ? Pourquoi j’ai pas ma mère en face de moi, effrayée par les conneries qu’elle pensait que son fils n’oserait jamais faire pour une meuf ? Hein ? Pourquoi il préfère me ramener la Miya dont je suis tombé amoureux ? Je pige pas. Je comprends rien. Je me fais saboter par mon propre corps.

Elle prononce mon nom. Pour la deuxième fois de la soirée, elle fait ce que je crevais d’entendre une dernière fois avant qu’elle s’en aille. Et ça fait mal, putain. Ce sont des lames. Pas des caresses. Elle sait le mal que ça me fait. Mes narines frémissent. Je ferme plus fort les yeux.
T’es quoi, Miya ? Hein ? Je détourne le visage. La lumière change un peu. Pas la vision de Miya sous mes paupières. T’es quoi, Miya ? Une putain de bouchère ? Un démon ? Me dis pas que t’es désolée, c’est trop tard, et je te croirai pas de toutes façons. T’as trop souvent été désolée, et toujours sous la picole. Moi, Miya, je buvais, ouais. Je buvais trop, moi aussi. Mais j’t’ai jamais menti quand je te disais que j’étais désolé. Moi je suis jamais venu te supplier de me reprendre dés que je me sentais trop seul. Tu sais pourquoi ? Parce que quand tu partais, je me disais juste que c’était mieux comme ça, même si j’en crevais. Je t’ai toujours fait passer avant moi.
Toi, t’en as rien à foutre de moi. T’en as jamais rien eu à foutre. Alors ose même pas me dire que t’es désolée. Je te crois plus.

Elle s’est rapprochée. Comment je le sais ? J’entends plus nettement ce qu’elle dit.
Elle est sincère.
J’vais crever, putain. J’vais crever ici, devant elle, comme un con. T’es sincère, Miya ? Quand ? Je sais même plus où tu veux en venir. Tout se mélange dans ma tête. Quand tu dis que tu veux me voir ? Que tu veux embrasser personne d’autre que moi ? Va te faire foutre. Va te faire foutre. Les mots sortent pas de ma bouche. Mes dents sont trop serrées. J’veux que tu les entendes, pourtant. Ça te fera peut-être fuir ? Je te l’ai déjà dit, quand on se disputait. Plein de fois. Trop de fois, en fait. Et là, à présent que tu te fous vraiment de ma gueule… j’arrive pas à le dire ? C’est pas juste. Ta sincérité, elle vaut rien, tu le sais comme moi. T’as pas envie de m’embrasser. T’as pas envie de me voir. T’as juste envie de me foutre à terre pour me piétiner. T’as besoin de te sentir grande. Alors quoi ? T’as pas réussi à écraser d’autres gars depuis moi ? Ça te manque, Miya ?

J’ai le souffle qui se bloque. Le cœur qui se comprime. La gorge qui se serre. Ses doigts sont sur les miens. Je sens ses doigts effleurer les miens. Ils me brûlent. Ils m’apaisent. J’en sais plus rien. Miya me touche… et je sais pas si j’ai envie de pleurer ou de crever.
Je rêve peut-être, je sais pas. J’arrive pas à réaliser si elle a fait ça alors que… merde… je lui ai dit de pas faire ça. Je lui ai demandé. Me fais pas ça, Miya. Et elle l’a fait. Elle a touché mes doigts des siens. Elle m’a redonné le contact que j’ai lutté pour oublier. Putain, Miya… ta peau contre la mienne, ça me fait l’effet d’une foutue lame que tu laisses traîner. Sois tu caresses, sois tu tranches. Mais toi, tu fais les deux à la fois. T’as toujours fait ça. Tu m’as toujours fait tenir sur un fil entre la passion et la détresse. Tu l’as toujours su. Là encore, tu le sais. Me dis pas que t’es sincère quand t’es pas foutu de prendre en compte que je veux pas que tu m’approches, Miya. Tu détruis tout ce que tu touches.
Ce soir, tu me fais replonger.

Elle prononce mon nom, encore une fois. Une putain de sentence. Ses doigts continuent à courir sur moi. Je sais pas ce qu’elle veut à part me buter. Le verre tremble dans ma main. Je le serre fort, putain, si fort. J’ouvrirai pas les yeux. Je devrai ? Va crever, Miya. Je te regarderai pas. Je veux pas te voir. T’es en train de te payer ma tête, encore. Tout ce que tu veux, c’est pas m’embrasser. C’est pas me voir. Tu veux me buter. Tu veux pas me voir debout, pas après dix ans sans toi. Tu vis mal le fait que je sois encore là. Tu pensais que j’allais me foutre en l’air ? Que j’allais te donner de la matière pour te faire plaindre, hein ? Oh, ouais, vas y ! Dis moi que t’as utilisé notre histoire pour faire ta pauvre petite meuf toute paumée ! Vas y ! Moi, c’est ça que je veux ! Que tu te la joues malheureuse devant moi ! T’sais ce que j’ai traversé, moi ? T’en sais rien, parce que t’en as rien à foutre. T’es une putain d’égoïste, Miya. T’as peut-être changé, mais ça, ça n’a pas bougé. Je le sais.

J’ouvre mes yeux. Ils se plantent dans les siens. Le verre, je le serre comme si c’était une gorge.

« T’es sincère ? » je répète, la voix basse, presque un murmure. Je me penche vers elle. Nous ne sommes plus qu’à un souffle l’un de l’autre. Comme avant. Je vois ses yeux sombres. Je vois des expressions sur son visage qui ne sont pas les siennes. Pas d’arrogance; Pas de sourire narquois. Pas de petit air qui me donnait envie de lui mordiller le nez avant de lui embrasser. « Comme moi quand j’te disais que j’t’aimais à en crever ? » Ma main libre se lève. Elle vient effleurer sa nuque. Je la caresse du bout des doigts. Je sens sa chaleur. Ses cheveux effleurent mes ongles. Je les laisse serpenter sur sa peau. J’inspire, fébrile. Je gonfle mes poumons de son parfum. Mon visage bascule près du sien. Mes doigts s’échappent et viennent attraper son chignon. Sans violence. Jamais de violence avec Miya. Jamais. J’en ai jamais été capable. Mes mains, mes mots, mon cœur, tout a toujours été dompté pour elle, rien que pour elle. Pour l’aimer. Pour la faire se sentir comme une reine. Mais ce chignon, mes doigts le tirent en arrière pour que sa tête bascule en arrière, pour que mes lèvres effleurent les siennes alors que je me penche vers elle. Je claque des dents dans le vide, parce que ce nez, ce petit nez que j’adore… elles peuvent plus le mordiller. Elles pourront plus jamais.
Comme mon corps ne se fondra plus jamais contre le sien. Comme mes lèvres ne prendront plus les siennes. Comme mes doigts s’enserreront plus les siens. Putain, j’avais fait le deuil de tout ça.
« T'en as rien à foutre de la sincérité, Miya. »

1525 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Bal Aimer tue
léger tw : évocation des symptômes d'une crise de manque liée à l'addiction
(valable pour le reste du RP, sauf mention contraire)


Je ne....comprends pas. Je ne comprends pas. Je comprends pas ce vide abyssal qui n'existe que dans ma main mais m'entraine dedans toute entière. Quelque chose manque, quelque chose me manque. Ouais c'est ça, mon corps est incomplet. Ma main libre tressaute nerveusement, j'ai la gorge sèche et des frissons dans la nuque. Putain fais chier ! Pourquoi j'ai pas une bouteille à proximité quand j'en ai besoin ? Je ne peux pas affronter Lloyd toute seule, je ne peux juste pas. Il manque quelque chose dans mes veines, il manque cette chaleur dans ma gorge et ce réconfort dans ma bouche. Les yeux écarquillés je me demande s'il me sent trembler. Je me demande ce qu'il pense de moi, pauvre addicte trop frêle pour la robe dans laquelle je me noie, des folies dans les iris et le diable au bout de la langue. Le joli vêtement, la coiffure sophistiquée, le maquillage. Tout ça c'est pas moi. C'est pas moi c'est pas moi c'est pas moi. Putain ! Putain de merde. J'ai la nausée. Ma lèvre inférieure tremble, et je sens de nouveau un frisson couler dans ma nuque. Ma main libre cherche une bouteille à empoigner, une canette à serrer ou juste un verre à shot à câliner. N'importe quoi pour faire cesser cette angoisse dévorante qui grimpe en moi et m'embrouille l'esprit. Je comprends pas. Je comprends pas putain, j'comprends pas.

Tu vois ça, Lloyd ? Tu vois la personne misérable que je suis devenue depuis ces dernières années ? Tu crois vraiment que t'aurais pu continuer d'aimer....ça ? Une chose plus ou moins consciente, excellente pour prétendre qu'elle va bien, ivre morte la moitié du temps et shootée à la nicotine l'autre moitié. Addicte à la sensation de flottement, addicte à la chaleur humaine contre moi, addicte aux nuits trop longues et aux journées trop douloureuses. Tu sais que j'ai écumé les bars ? Quand je suis revenue j'ai fouillé tous les bars de Londres, j'ai passé des nuits entières à me souler en marmonnant ton prénom dans l'oreille d'inconnus. J'ai fumé des choses qui m'ont fait perdre la raison, j'ai bu comme un trou, j'ai hurlé toute seule dans les rues sombres et miteuses de Londres. J'ai gueulé ton nom comme un slogan, je me suis époumonée sur chaque son qui constitue ton prénom, j'ai cogné au hasard dans la foule. Putain où est l'alcool ? Ouais, j'étais toujours bien torchée, imbibée d'alcool. Tellement que je me demandais comment c'était possible que je ne prenne pas feu quand j'allumais clope sur clope. Et toi, Lloyd ? Toi tu faisais quoi pendant ce temps ? Dis-moi t'étais où ? Avec quelle pauvre fille ? A travers le manque je sens un rire jaune enfler dans ma gorge. Ben ouais, dis-moi Lloyd ! Dis-moi combien de filles ont essayé d'apaiser la brulure dans ton coeur ! Vas-y, allez, regarde moi dans les yeux et parle moi d'elles ! Est-ce qu'elles avaient toutes les cheveux noirs, pourtant jamais assez ? Et leurs iris aussi, elles étaient sombres ? Putain j'ai envie de vomir. Elles aussi elles t'ont laissé embrasser leurs tatouages et leurs cicatrices, hein ? Mes doigts pianotent dans le vide, cherchent la sensation du verre, la fraicheur du liquide, le réconfort de la boisson. Et moi je continue de me perdre dans les hallucinations, je continue de me sentir malade de toi.

Ce n'est plus juste un manque, c'est une source de contrariété, une absence qui attise la colère. Pourquoi est-ce que mes doigts ne serrent que le vide ? Je pince les lèvres et je regrette de ne pas pouvoir dissimuler mon visage dans un nuage de fumée. Je veux réparer les choses, je veux plus me réveiller la nuit en pensant à lui, je veux plus me regarder dans la glace et imaginer sa silhouette derrière moi. Je veux qu'on se dispute encore une fois, les disputes qu'on avait au début et qui voulaient rien dire, le genre qui se terminait sur nos lèvres. Je veux qu'il me prenne dans ses bras comme avant, je veux me fondre dans son étreinte sans avoir à réfléchir.

Putain pourquoi t'entends pas Lloyd ! Pourquoi t'entends pas mon désespoir ? T'es con ! T'es.. t'es... Merde juste regarde-moi. Ouvre les yeux, je suis là, juste devant toi, juste pour toi. Tu vas me faire supplier encore une fois ? Mais ça fonctionne pas comme ça une addiction. L'alcool ne me résiste pas quand je le veux, et les clopes non plus. Alors pourquoi toi t'es si dur à garder ? Ma gorge vibre de toutes ces émotions contenues, ces mots prêts à déborder. Je crois que je pourrais hurler. Je veux qu'il me regarde, je veux qu'il ouvre les yeux et qu'il me voie, et je veux qu'il me regarde, juste moi, je veux qu'il ne me lâche plus des yeux jusqu'à ce que j'aie brulée. Il me tue. Son silence buté me tue, ses yeux fermés me tuent, sa peau sous la mienne me tue. Parce que je redécouvre son toucher, je redécouvre tout ce qu'il a été pour moi, je peux enfin le contempler sans avoir à m'imaginer ses traits. Les suppliques sont là, au bord de mes lèvres. Sa main tremble autour du verre et je fais de mon mieux pour rester parfaitement immobile.

Il ouvre les yeux et ce sont des prières que je pourrais hurler. Mes jambes tremblent, je tombe, je glisse, je m'échappe. Le sol sous mes pieds n'est qu'une illusion, je le sais. Je me sens chuter.

« Oui. » Le murmure m'échappe, se faufile entre les suppliques, fait aussitôt écho à sa question. J'aspire son souffle, je le respire lui. Il se penche vers moi et je m'en veux de sentir tout mon corps se détendre. Il approche son visage du mien et je voudrais me frapper contre les murs parce que je crois qu'il a cédé. Je crois qu'il est venu cueillir mon sourire, qu'il est venu donner vie à ce silence entre nous, qu'il ne prendra plus la peine de parler. Et ça fait mal. Mal mal mal. Putain ça fait un mal de chien. Il est là, si près que je peux le sentir, si près que je pourrais le gouter. Mais je n'en fais rien. Merde. Merde parce que oui je suis sincère, putain j'ai jamais été aussi sincère depuis des années. Sincère avec moi-même, avec mon coeur et mon corps. Ce soir je ne veux pas embrasser d'inconnus, rien que lui. Ce soir je veux le voir lui, juste lui et seulement lui. Ce soir je suis désolée, oh je suis tellement désolée que j'en crève. Tu vois pas ça ? Oui oui oui. Regarde mon visage, regarde les râles dans mes yeux, regarde moi pour de vrai. Ouvre les yeux Lloyd, je retire toute mon armure pour toi. Il me tue. Il me tue putain, ça me tue.

Bam. Tir parfait, pile dans la cible, avec assez de puissance pour la faire saigner. « Comme moi quand j’te disais que j’t’aimais à en crever ? » Oui. Oui, oui putain, mille fois oui. C'est possible de crever d'amour ? Un amour qui n'a nulle part où aller, un amour qui fait mal tout le temps, un amour qui bouffe de l'intérieur. La frustration me donne le tournis, mes doigts libres continuent de trembler. Putain je voudrais hurler. Pourquoi tu vois pas Lloyd. Pourquoi tu vois pas que je brule, que je te raconte mille choses avec mes yeux, que je n'ai pas menti. Pourquoi tu sens pas le désespoir qui émane de moi, pourquoi tu comprends pas ce manque qui me tue ?
Et il me touche. Il me touche doucement, lentement, avec précaution. Je me fige, je m'arrête, je crois qu'absolument tout s'arrête. Je crois que je ne respire plus. Plus rien n'est réel, plus rien n'existe en dehors de ses doigts qui glissent à la surface de ma peau. Je perds mes mots, ma répartie s'envole et je ne pense plus qu'à la trainée brulante qu'il laisse dans son passage. Il me touche avec tant de retenue que ça me fait mal. Je me laisse faire, je ne résiste pas, mon corps se détend sous ses doigts. C'est ce qu'il m'a toujours fait, Lloyd, il n'avait besoin de rien pour me faire taire, pour me faire lâcher, pour oublier le reste. Son visage bascule si près du mien que je suffoque, et j'ai mal au coeur, si mal. A quoi joue-t-il ? Mon ventre est si contracté que j'ai mal.

Ce n'est pas un baiser. Il m'effleure, il me frôle. Sans jamais me toucher.

« Qu'est-ce que tu fous », je marmonne. Quoique je ne suis pas certaine de prononcer ces mots. Quelque chose vibre dans mes oreilles, ma bouche tremble mais je ne sais pas si ce sont des mots ou des respirations saccadées qui s'en échappent. Le souvenir de ses lèvres sur les miennes est si vif, si intense, si réel. J'entrouvre la bouche, le souffle court, les yeux mi-clos.

Ce n'est pas juste. Ce n'est pas juste de me torturer de la sorte, ce n'est pas juste de me faire mal comme ça. Mes doigts enroulés autour de sa main ne lâchent pas, bien au contraire. Je me tiens à lui, je m'accroche à lui. Ma vision périphérique se brouille, et je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas si c'est lui je ne sais pas si c'est le manque je ne sais pas si c'est l'alcool je ne sais pas ce qui m'arrive. Je perds pied je perds mes moyens je pers mes repères. Ma main libre bouge d'elle-même et je m'accroche à la chemise de Lloyd. « T'avais l'impression qu'c'était pas sincère nous deux ? » Y'a une cassure dans ma voix, une fêlure qui me fait mal. Je veux pas croire ça, je veux pas croire ce qu'il me dit. J'en n'ai rien à foutre de la sincérité ? « J'étais pas sincère quand j'te disais que je t'aimais ? » Ma voix s'éraille. L'addiction parle à travers moi, le manque — le manque de quoi ? de lui ? d'alcool ? — me donne mal à la tête. Quelque chose casse dans ma poitrine, quelque chose se casse encore une fois. Je m'accroche à lui, je ne le laisse pas s'éloigner de moi. « Tes t-shirt sur moi, les nuits passées sur mon toit, mes doigts dans tes cheveux, nos.. nos guitares posées à côté, les draps en désordre et les sourires du matin... C'est.. c'était.. Chez nous, chez nous merde ! » J'ai la voix rauque et les yeux qui tremblent, je ne sais pas quoi faire de ces émotions qui me ravagent. Je le lâche une seconde, juste une, brièvement, juste d'une main, et je retire d'un geste sec la broche qui retient mes cheveux en chignon. Alicia va hurler en voyant que j'ai détruit son œuvre, elle avait vraiment fait quelque chose de très beau. Les mèches noires et soyeuses glissent, elles retombent souplement autour de mon visage.

Mon coeur bat à tout rompre, je me tiens à Lloyd aussi bien pour le garder près de moi que pour me retenir. Je relève le visage près de lui, les yeux brillants. Ma peau brule, je ne sais plus si je crève ou si je suis ivre de colère. Alors comme ça je me fous de la sincérité ? « T'as l'impression que j'étais pas sincère quand j'applaudissais plus fort que tout le monde à tes chansons ? » Ses chansons. Ses putains de chansons qu'il a écrites pour moi et sur moi. Je m'en rappelle si bien que ç'en est douloureux. Une nouvelle vague de nausée me prend, je papillonne une seconde des paupières puis reviens vers lui. Comme toujours. Mes yeux finissent toujours sur lui, je ne cherche que lui. Et lui il ne le voit pas. Il ne l'entend pas. Il est figé dans le temps, il est resté dans le noir des nuits de cris, de pleurs, d'alcool et d'injures. Les nuits où j'aurais fait absolument tout pour lui, et juste pour lui. Les nuits où je foutais tout en l'air puis je revenais le supplier. Les nuits où nos baisers étaient amers et salés.

« Tu crois que c'était pas sincère quand je t'embrassais ? » Je me redresse un peu et serre la mâchoire. Je refuse de le quitter des yeux, je refuse de le laisser se dérober. Alors Lloyd ? Mon sourire contre le tien, c'était pas sincère ? Mon regard brule. Je le mets au défi.

j'ai pas pu m'empêcher de répondre et...je me suis emportée. oops ?
(2106 mots)

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Bal Aimer tue
Elle est si proche de moi que je peux sentir tout d’elle. Son parfum. Son haleine. L’odeur de ses cheveux. Celle de son maquillage. Ça me percute plus fort que n’importe lequel coup de poing dans le bide. J’adore ça. Je déteste ça. Ça remue en moi trop de sentiments que j’ai voulu étouffer sous l’alcool et tout un tas d’autres merde. Ça a marché. Ça a marché parce que j’étais pas seul. J’avais Jude. J’avais Chris. Là ? Putain, j’ai personne d’autre que le morveux que j’étais. Autant te dire que c’est pas un super appui, là. Lui, il a qu’une envie : embrasser Miya comme un affamé. Il veut savoir si elle nouera ses bras derrière sa nuque pour s’y pendre. Il veut savoir si sa peau est toujours aussi douce. Il veut savoir si elle s’est tatoué quelque chose de lui.
Putain d’abruti.
T’es une foutu étape dans sa vie. Regarde comme elle est belle, comme elle est libre. T’étais rien qu’un boulet à sa cheville. C’est pour ça qu’elle s’est barré. Miya, elle avait besoin de plus que toi. Elle te fout cette vérité sous le pif et toi, tu penses encore qu’elle est là pour te retrouver. Oh non, mon pote. Elle est là pour elle. Elle est là pour voir si t’es toujours un gentil petit chien. C’est pour toi, gamin, que je lui montre qu’on a des crocs aiguisés. C’est pour toi que je fais ça. Parce que tu le mérites. Je te jure. T’as toujours tout fait pour elle. Tu lui as tout donné. Elle ? Des cauchemars. Des suées nocturnes. Des insomnies. Des envies que tout s’arrête pour plus ressentir ton cœur qui saigne.

J’avale ses expirations, les yeux braqués sur elle, les siens mi-clos. Je lui fais encore de l’effet. Putain, ça me fout en vrac. Je veux pas voir ça. Je veux la voir chialer. Je veux l’entendre me demander pardon sans s’arrêter. J’ai le coure qui bat fort. De la violence pure. Je l’emmerde, sa sincérité. J’en veux plus, de ça. J’y crois pas. Vas y, Miya, dis le contraire, j’attends que ça. Que tu me mentes, mes lèvres à un baiser des tiennes. Mens moi à la gueule comme si t’y crachais.

Mais elle crache pas, Miya. Elle fait pire. Elle s’accroche à moi. Ses doigts me tiennent plus fermement. Les autres attrapent ma chemise. Elle se défend. Elle me fait vriller. Mes lèvres s’entrouvrent. Ma gorge se serre. Sa voix, putain… elle se brise.
Je retombe dix ans plus tôt. Je la revois qui débarque chez Jude, commandée par l’alcool qu’elle a descendu par litres après une nouvelle rupture. Je la revois qui pleurait pour me récupérer, qui demandait pardon, la voix brisée. Je la revois. Putain. Je la revois. Elle a beau porter une robe qui ne lui ressemble pas, c’est toujours la même. Et ça me bute.
Tu sais comment je réagissais, moi ? Quand elle venait me récupérer pour qu’on revive encore, encore et encore, les mêmes drames, les mêmes cris, les mêmes horreurs ? Je la serrais contre moi. Je repartais avec elle. Toujours. J’ai jamais hésité. Même si je savais que j’allais m’en prendre plein la gueule des semaines plus tard, j’y allais tête baissé. Parce que je l’aimais comme un dingue. J’ai jamais supporté sa voix qui se brise, ses yeux brillants. Miya, je l’ai toujours voulu heureuse. Je te jure, j’aurai tout brûlé autour de moi si ça pouvait la faire sourire. Elle le sait. Je sais qu’elle le sait.

Je l’écoute. Mes lèvres se ferment. Mes dents se serrent. Elle libère ses cheveux. Mon coeur tombe au fond de mon ventre. Je regarde ses mèches noires dévaler le long de son visage comme un rideau d’encre. J’ai l’impression qu’elles font ressortir toute la détresse qu’elle me jette à la gueule. Je regrette ce que je lui ai balancé. Je regrette de lui en vouloir dix ans plus tard. J’ai envie de m’éclater la tête contre un mur pour me punir de la mettre dans cet état. J’arrive plus à réfléchir. Elle est contre moi mais pas assez pour ma peau qui réclame la sienne. Je veux sentir son cœur battre contre le mien, comme avant. Je veux sentir ses lèvres contre les miennes. Je veux tout sentir d’elle. Et surtout, je veux qu’elle ferme les yeux. Qu’elle arrête de me regarder comme ça. Je veux qu’elle ferme sa gueule. C’est pire que tout. Elle me remet à la gueule nos souvenirs comme si ils ne pourrissaient pas dans ma tête, de vieilles carcasses que je garde.

Je quitte plus ses yeux des miens. Elle a terminé de parler, mais je sais que ça fait que commencer. Elle est accrochée à moi. Je sais pas quoi foutre de cette main qu’elle ne tient pas. J’ai envie de la repousser ou de la tirer contre moi. Mais là, je suis comme un con, la tête baissée vers elle, la nuque qui me chauffe. La douleur ? Je m’en tape. J’en ai jamais rien eu à foutre. Je la recherche toujours. Mais celle que je ressens là, dans ma poitrine, dans ma gorge… je veux plus la ressentir. Je m’en étais débarrassé. J’avais réussi. Elle a tout foutu en l’air, ce soir. Je lui en veux. Je m’en veux. Je sais plus qui je dois détester. Elle ? Moi ? Moi. Parce que je suis un putain de faible.

Ma main se lève, hésitante. Elle vient se poser sur son visage. Du bout des doigts. Je prends une inspiration tremblante en retrouvant la douceur de sa peau. Mes yeux se ferment. Mon front part contre le sien. J’arrive plus à réfléchir. Le jeune Lloyd… il veut la ressentir une fois encore. Embrasser sa tempe. Embrasser sa mâchoire. Embrasser sa gorge, puis son épaule. Celui qui se souvient à quel point Miya est dangereuse ? Aussi.

Mais je le ferai pas. Parce que t’es pas seulement dangereuse. T’es un foutu poison. Si je t’embrasse, Miya, c’est reparti pour un tour. Tu vas t’infiltrer dans chaque pore de ma peau. Tu vas lentement sillonner mon corps, comme avant. Je ne ressentirai plus que toi. Tu repartiras, encore, et je chercherai à noyer nos souvenirs dans l’alcool. Je pleurerai sur des comptoirs, je te maudirai auprès des barmans de tout le pays, j’étoufferai ton nom contre les lèvres d’inconnues. Et au matin, je réaliserai que t’es plus là quand je me réveille. Je remplacerai le visage de toutes les femmes par le tien. Je draguerai des Mira, des Maya, des Mila, juste pour continuer à goûter ton nom. Je chercherai des foutus substituts pour te remplacer.
Parce que tu pars toujours.

Le contact de sa peau me brûle. Mes doigts caressent sa joue, suivent le chemin des larmes que j’ai pu voir avant. Ils glissent, jusqu’à atteindre ses cheveux. Ils s’y perdent. J’inspire, tremblant. Mon visage se lève un peu, mes lèvres effleurent son nez et viennent se poser sur son front. J’y dépose un baiser, un long baiser. Je respire contre elle, le nez dans ses cheveux. Mes doigts se resserrent autour d’elle. Le verre tremble dans mon autre main.

« Ouais, t’étais sincère », je murmure contre sa peau. « T’as foutu en l’air tout ce qu’on avait, mais ouais, t’étais sincère, Miya. J’crois que t’as atteint le summum de la sincérité quand tu t’es barré comme une putain de grosse lâche. »

Même là, j'arrive pas à me détacher d'elle. Je suis déjà foutu.

1254 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Bal Aimer tue
J'ai mal. J'ai mal j'ai mal j'ai mal. Putain pourquoi ça fait aussi mal ? Pourquoi, dix ans après, ça fait toujours aussi mal ? Ouais mais qu'est-ce qui fait mal, Miya ? Mes doigts crispés tressautent nerveusement, ma gorge s'assèche. Ouais, exactement. Ça fait mal le manque de lui. Ça fait mal le manque d'alcool. Ça fait mal, hein Miya ? Tout fait mal. Tout fait si mal. Et moi je m'accroche à Lloyd, je me retiens désespérément à lui, je me noie, je coule, je suffoque. Fait chaud. Ouais, c'est ça, j'ai trop chaud. La masse de tissus épaisse qui pèse sur mon corps rend douloureuses mes respirations, c'est à peine si j'arrive à déglutir correctement. Nan Miya, ça c'est lui, c'est pas le manque. Merde je fais comment la différence moi ? Y'a mon coeur qui s'emballe, qui s'envole et qui décolle. Je le sens partout, il est dans ma gorge, ma poitrine, mes joues, même la pulpe de mes doigts. 'tain qu'est-ce qui cloche avec moi ? Mes doigts, ceux désespérément enroulés autour de la main de Lloyd, me brûlent. Ils me brûlent si fort que je ne les sens plus. Et c'est sa peau, c'est sa peau à lui qui me brûle. Ça brûle tout, ça saccage tout. Les mots coincés dans ma gorge m'étouffent, ils me volent mon air, ils me narguent. Les lumières clignotent, je ferme les paupières un bref instant, les rouvre et rate une respiration quand l'éclairage me blesse les iris. 'tain j'suis pas du jour, j'suis de la nuit moi. Je sais même plus ce que je raconte, ce qui se passe dans ma tête, ce que je suis supposée faire maintenant que je suis si fermement attachée à lui. Il va essayer de se barrer ? Cette pensée me poignarde dans le thorax, l'idée même qu'il cherche à s'arracher à moi me fait souffrir. J'ai mal. Mal mal mal. Tous mes muscles frémissent. La chaleur devient insupportable, les frissons glissent dans ma nuque et mon dos, j'ai la fièvre. Où est le whisky ? J'en ai commandé un tout à l'heure, j'en suis sûre. Un ou deux ? Nan, j'en ai bu plus que ça. Je doute, j'hésite. Si j'en ai bu plus que deux, pourquoi j'en veux encore ? Non, plus important, pourquoi j'en ai plus ? Ouais c'est ça. Un rire nerveux enfle dans mon corps. Et alors Miya, il est où l'alcool, hein ? Dis-moi Miya, t'as foutu où l'alcool putain ! Le besoin irrépressible de crier me tire les poumons, ça prend feu à l'intérieur de moi. Et mon coeur... mon coeur bat fort, si fort, tellement fort. Merde il va sortir de ma cage thoracique, c'est ça ? Ouais, c'est ça putain. 'tain Miya regarde ça ! T'as vu la merde que t'as foutu ? J'ai des tremblements. Mon organe passe à la vitesse supérieure dans ma poitrine. Je vais m'écrouler juste là, aux pieds de Lloyd, accrochée à Lloyd, le regard fixé sur Lloyd. Lloyd, Lloyd, Lloyd. Son prénom chante dans ma tête, sa peau contre la mienne apaise la brûlure de l'alcool. J'écarquille les yeux, je réalise qu'il est là. C'est pas une hallucination Miya, tu fais chier. J'ai mal, genre vraiment mal, mais je ne saurais même pas dire où. J'ai mal ou j'ai la nausée ? C'est pareil.

Il me regarde. Dans ma tête, ça se calme, ça ralentit. Il. Me. Regarde. Juste moi. Juste lui. Et je souffle, j'oublie le goût du rhum, je détends mes doigts. Ça c'est la réalité, hein Miya ? Ouais ça c'est la réalité, ça c'est réel. La réalité c'est Lloyd qui me regarde moi, et seulement moi. Il ne touche que moi, il ne pense qu'à moi, il ne se préoccupe que de moi. Si je vais contre lui est-ce qu'il me laissera disparaitre entre ses bras ? C'est là où tu te sentais le mieux avant, Miya. 'tain j'ai envie de le prendre dans mes bras. Qu'il me prenne dans ses bras. Moi je veux bien nous laisser une seconde chance. Je veux bien qu'il me laisse une autre chance. Une troisième, une quatrième, une dixième, une centième, une énième chance. Je veux bien retourner à genoux pour le supplier, murmurer son prénom au milieu de la nuit pour m'assurer qu'il est encore là, entremêler mes doigts aux siens et embrasser ses phalanges abimées. J'ai pas la nostalgie de tout ça. J'ai pas la mélancolie de tout ça. J'ai le putain de manque de tout ça. Ça me ronge de l'intérieur, ça me bouffe comme un poison. Et je n'ai encore jamais trouvé l'antidote.

Je le regarde, lui, seulement lui, rien que lui. Et il lève une main hésitante, légère, prête à laisser tomber, à retourner se ranger le long de son corps. Là j'oublie tout le mal qui me tuait tout à l'heure, je ne ressens même plus le chaud, les frissons, les nausées, la panique. Fascinée, je suis sa main des yeux. Est-ce qu'elle va venir vers moi, cette main, est-ce qu'elle va me...

..toucher.

C'est doux. Tendre. J'aime ça. Je déteste ça. Ça n'a rien à voir avec tout à l'heure. C'est..agréable. Ça perce le brouillard qui m'embrume l'esprit, ça me ramène à moi, ça me rappelle qui je suis, qui il est, pourquoi il ne voudra jamais recommencer, à quel point on était bien ensembles, tout ce que j'ai foutu au feu. Et la brûlure dans ma gorge recule, la fièvre tombe, j'ai l'impression d'ouvrir les yeux. Il me touche avec une douceur incroyable, impensable. C'est frais. Ça fait du bien. Tout au fond de moi, il y'a un manque qui se fait un peu moins douloureux. Un peu moins présent. J'ai mal putain, ça par contre j'ai toujours aussi mal. Mais je ne pense à rien d'autre que lui. Juste lui. Qui est là, sous mes yeux, face à moi, à un souffle. Il approche sa tête de moi. Putain il approche sa tête. De moi. Mon visage. Et moi, je peux pas m'empêcher de retenir mon souffle, de laisser cet espoir fou, inapproprié, indécent s'emparer de moi. Son front s'appuie contre le mien, son visage m'effleure, il me surplombe de toute sa hauteur. Et tout est tellement léger, tellement précautionneux, tellement doux. Il n'y a pas d'autre mot. Mais c'est pas lui.

Lloyd sait que je ne me casse pas facilement, il sait que je n'ai pas besoin d'être protégée comme une petite fille, une gentille fille, une fille fragile. Il m'embrassait avec force parce que justement il savait qu'il ne pourrait pas me casser, pas m'abîmer, pas me faire mal. Il savait que j'aimais pas être regardée comme une petite chose, une chose délicate, une chose à protéger. Il savait que j'étais violente. Il savait que je cognais sans m'arrêter. Il savait que mon corps était solide et que je rendais tous les coups, que j'avais peur de rien. Merde il sait tout ça. Alors pourquoi ? Je veux pas de sa douceur, du moins pas ce soir. Je veux qu'il me tienne fort contre lui, qu'il me porte dans ses bras, qu'il n'ait pas peur de m'embrasser comme un fou. Comme avant.

Ses doigts glissent sur mon visage, courent sur ma peau, mettent le feu à mon corps. Mais je le veux plus près, juste assez pour pouvoir me fondre dans son étreinte.

Il passe sa main dans mes cheveux, il les emmêle, me rappelle comme il jouait avec, comme il aimait me sentir. Je veux ça, je veux retrouver ça. Pourquoi j'ai perdu ça ? 'tain comment j'ai pu perdre ça ? J'y ai renoncé ? Moi j'ai renoncé à lui, à tout ce qu'il était, tout ce qu'il m'offrait, ce qu'il me promettait ? J'étais stone ou quoi ? Ouais Miya, t'étais carrément stone. Foutue. Pauvre fille, regarde où ça t'a menée. J'inspire, je respire son odeur, je m'en gave, je la bois cul sec, je m'en enivre. Et dans cette odeur, tous les souvenirs qui vont avec. Je tremble. Nan... Lloyd tremble. Puis il bouge, juste assez pour me tuer un peu plus quand ses lèvres frôlent mon nez. Moi dans tout ça ? Je le tire vers moi, je cherche sa chaleur, sa présence, son étreinte. Parce que ce n'est jamais assez, jamais trop. Parce qu'il me touche mais me refuse l'inverse.

Sa bouche, son baiser sur mon front, c'est un supplice. Satan s'est décidé, il me fera brûler entre les bras de Lloyd, ma dernière punition pour être venue au monde. Et j'en perds mon souffle, j'hoquète, je réclame plus. Pourquoi reste-t-il si loin ? Je veux me draper de ses bras, disparaitre du monde, me cacher ici pour toujours. Tout recommencer. Bien recommencer.

« Je peux rester, je souffle, désespérée, quand ses mots me touchent en plein coeur. Je peux rester, longtemps, très longtemps, au moins jusqu'à ce que j'ai reconstruit le début. » Qu'est-ce que je raconte ? Les mots, les phrases, tout tombent de ma bouchent en masse désordonnée. C'est pressé, suppliant. « Je resterais, je promets. Et je... te raconterais tout. Je te dirais qui je suis devenue sans toi, j'te montrerais quel désastre j'suis et tu pourras me haïr à ta guise, Lloyd, tu.. tu pourras partir, toi, si tu veux. » Putain j'ai une case en moins. Je suis tarée, inconsciente. Qu'est-ce que t'es entrain de faire Miya ? Ça marche pas comme ça. Regarde toi, tu supplies. Pas à genoux, pas encore, mais tu supplies quand même. Pathétique. J'ai un putain d'trou dans la poitrine. Un trou béant, qui saigne, juste là où il y avait mon coeur.

Peut-être consciemment, je me rapproche de lui. Je veux disparaitre entre ses bras, je ne veux plus qu'on se dispute, je ne veux plus qu'il me regarde comme ça. Comme si j'étais un monstre. Un monstre qui l'a abandonné Miya, tu penses vraiment pas mériter son regard accusateur ? Si, si, surement que je le mérite. Mais j'en ai pas envie putain, je veux pas qu'il me regarde avec cet air accusateur, avec cette douleur, ces reproches. Moi je veux le Lloyd que j'ai connu, celui qui avait peur de rien, celui qui m'a charmée sans même avoir besoin d'essayer. Là je sens sa bouche contre mon front, ma peau, si près de mon visage, mais je ne comprends pas pourquoi il reste accroché à moi avec tant de chaleur alors que ses mots sont froids, si froids. Je m'agite, les tremblements reviennent. 'tain quelque chose va pas chez moi. Lloyd tremble, sa main tremble. Nous tremblons tous les deux, pauvres bêtes trop abîmées pour continuer encore longtemps, mais pas assez blessées pour avoir le droit de s'arrêter. Dire qu'à une époque ça me faisait rien, je m'en foutais d'être celle qui saignait pour un peu qu'on soit deux. Aujourd'hui je ne sais plus ce qui se passe, pourquoi j'ai mal — putain ça fait si mal, ça n'a pas le droit de me faire aussi mal — et pourquoi ça m'aspire vers un gouffre dont le fond ne cesse de s'éloigner.

« J'ai...je regrette. » La phrase s'écoule difficilement de moi, je me sens déchirée.

Doucement, avec autant de tendresse que ce que je suis capable, je tire sur son verre pour le déloger de sa main. Je le prends lentement, sans oser faire un bruit, respirant à peine, et le pose sur une table. « Je suis là, ce soir je souffle, gorge serrée, remontant tranquillement mes mains pour les nouer derrière sa nuque. Et je ne suis qu'à toi. » Juste lui, rien que lui.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Bal Aimer tue
Je le regrette, mais je la connais par cœur. Je préférerai que ça ne soit pas le cas, que son état me passe au-dessus de la tête, que je ressente un plaisir malsain à la voir souffrir, d’éclater de rire en voyant le manque la brutaliser. Parce que c’est ça. Je sais que c’est ça. Elle comme moi, connaît cet état. Les mains qui tremblent et qui transpirent comme pas possibles, l’envie de gerber, la sensation du goût de l’alcool ou de quoi que tu consommes trop qui te prend toute la bouche… et les putains de rêve desquels t’en ressort trempés. On connaît ça.
Ça me bute de la voir comme ça.
Je veux pas qu’elle souffre, j’ai jamais voulu ça.
Mais là, c’est tout ce que je vois. Le corps de Miya qui ramasse dur, je veux le remplacer par le mien, là, maintenant. J’ai pas mal, moi. Pas dans mon corps, en tout cas. Elle ne sentira que mes putains de muscles qui tremblent d’envie de se bander pour partir à la dérouille, pour exploser un truc, un mur, une mâchoire, n’importe quoi, mais pas elle, jamais elle. Ma Miya

Sa voix tombe. Elle me tranche en deux. Je peux rester. Non, dis pas ça, dis pas ça, bordel ! Dis pas ça, Miya ! Ces mots là, et tout ceux que tu dis après, tu crois que je les ai pas espérés ? Tu crois que j’ai pas rêvé de toi qui revenait de je sais pas où pour que moi j’te fracasse avec mon propre départ ? Hein ? Putain, t’es cruelle. T’es tellement cruel. Mon souffle s’est coupé net. J’arrive plus à respirer sans envie de chialer. J’ai envie de t’arracher cette bouche avec la mienne. Je veux que tu te taises. T’as pas le droit de dire ça. Pas maintenant. Tu resterais pas ! T’es jamais restée ! Jamais ! Tout ce que tu sais faire, c’est partir. Mais jamais seule, hein ? T’as toujours emporté une partie de moi. La dernière fois que tu l’as fait, c’est ma putain d’âme que t’as volé, Miya. Et tu voudrais que je sois encore capable de te faire confiance ? J’y arrive plus. Je pourrai plus jamais. Ni te faire confiance à toi, ni à n’importe quelle autre femme. Tu réalises pas ce que tu dis.

Miya s’approche, et j’ai envie de reculer. Mes mains ne sont pas d’accord. Elles restent sur elle, sur sa peau, dans ses cheveux. Elles sont en manque d’elle. Elles n’ont jamais oublié la douceur de ses mèches noires, pas plus que la friction familière de sa peau contre la mienne. Miya, elles l’ont cherchées dans ces nuits qui ont fait flipper Jude. Elles se refermaient dans le vide. Tu veux savoir le pire ? Parfois, j’avais l’impression de la sentir, et alors je tirais ce fantôme vers moi pour l’enlacer. Avec un peu d’alcool, j’arrivais presque à me mentir et à imaginer que c’était bien elle. Avec encore un peu plus, je pouvais lui parler, lui dire que j’étais prêt à changer du tout au tout pour la garder.
Alors mes mains, qu’est-ce qu’elles peuvent faire de plus que s’accrocher à elle, de peur qu’on leur arrache encore ? Mes yeux, tu crois qu’ils vont se détourner d’elle alors qu’ils peuvent enfin la contempler de nouveau ? Mon putain de cœur la réclame et j’suis à deux doigts de lui donner ce qu’il veut. Je veux qu’il arrête de souffrir. Je veux plus qu’il tape comme ça dans ma poitrine, qu’il se serre comme si on voulait l’écraser.
C’est tellement pas juste, putain. J’allais mieux. Je vais mettre combien de temps à l’oublier, hein ? Combien de foutues années avant de chercher sa silhouette dans les rues ? Combien de nuits je vais devoir éviter pour pas la retrouver en rêve ?

Mes paupières se ferment sous ses mots là. Ces putains de mots qui me font mal. Tellement mal. Elle regrette. Elle le dit difficilement. C’est sincère, tu crois ? C’est vraiment sincère ? Qu’est-ce qu’elle regrette, en fait ? D’être partie ? D’être revenue ? De me faire mal ? De se faire du mal à elle ? Putain d’égoïste. C’est pour elle qu’elle regrette. Pas pour moi. Jamais pour moi. Pour elle. Toujours. Il n’y a qu’elle qui compte. C’est pour ça qu’elle est revenue vers moi. Si moi je lui avais fait ça, jamais j’aurai cherché à la retrouver. Tu m’entends ? Jamais. Son bonheur a toujours trop compté pour moi, encore aujourd’hui c’est le cas parce que je suis qu’un putain d’abruti. Mais elle ? Elle, elle s’en tape. C’est Miya avant tout. On est au moins d’accord là-dessus.

Mes yeux tombent sur sa main qui vient récupérer mon verre avec toute sa putain de tendresse tremblante. Je suis son parcours jusqu’à la table. Quoi, tu craignais que je te l’éclate sur la gueule ? Que je le jette à travers la salle direction la tronche de ce type avec qui t’es trop proche ? Ou alors tu veux…
… te rapprocher.
Ne plus avoir la moindre barrière entre toi et moi.

Fais pas ça.

Je t’en supplie, Miya… fais pas ça.

Ses mains brûlent ma nuque. Je me sens souffler un soupir d’aise tremblant alors que mes yeux se referment pour apprécier le feu de sa peau. Fais pas ça. T’es là ce soir, Miya. Oui. T’es là, mais tu le dis bien : ce soir. Demain, tu partiras. Demain, tu ne seras plus à moi.
Et moi, je te veux tout le temps. Je veux ton corps contre le mien, ton coeur qui bat avec le mien, tes yeux dans mes yeux, nos souffles qui n’en forment plus qu’un. Je veux tout ça, tout le temps. Dix ans, Miya. Dix ans que tu m’as arraché ce que je voulais pour toujours.

Ma main libre retrouve naturellement le chemin qui mène au creux de son dos. Elle n’a jamais oublié que c’était là qu’elle aimait venir se nicher. Pendant quelques secondes, on a dix ans de moins. Elle a pas sa robe. J’ai pas ma chemise. On est pas dans une salle de bal, entourés par des bourgeois en costume. Nous sommes dans son appartement, à Londres. Et on s’aime, putain. On s’aime comme deux ados qui découvrent pour la première fois l’amour. On s’aime avec les tripes avant la raison. On s’aime mal mais on s’aime. On se blesse, mais on s’aime. J’ai jamais rien demandé de plus que ça.

Je respire difficilement. Ma gorge se noue. Je déglutis mal. Ma main tremble dans son dos. L’autre, celle dans ses cheveux, la caresse machinalement. Elle dégringole jusqu’à sa nuque. Mon pouce frôle sa peau, celle que j’aimais mordiller pour lui arracher des frissons avant de la couvrir de baiser.
J’ai encore envie de le faire. Je veux que mes lèvres s’écrasent contre les siennes pour lui voler son air et le faire mien. Elle a respirer loin de moi trop longtemps, et moi ? J’ai dû réapprendre à le faire sans chercher son parfum autour de moi.
J’arrive plus à réfléchir. J’arrive plus à rien faire d’autre que caresser sa nuque. J’ai mal, putain. A l’intérieur. J’ai envie d’elle autant que je veux la repousser. J’ai envie qu’elle dégage d’elle même, qu’elle comprenne. Je veux qu’elle arrête. Je veux pas la sentir contre moi. Je veux qu’elle s’en aille pour de bon. Je suis foutu, putain, je le sens, je le sais. Ca me prend toute la tête. Je me sens en danger comme jamais.

« Je… »

Ma voix s’étrangle dans ma gorge. S’extirpe de mes lèvres un râle agonisant. Mes dents se serrent. Mon front retombe sur son crâne. Putain, je sens le parfum de ses cheveux. Je sens plus que ça.
Barre toi de là, Lloyd. Barre toi. Dégage. Sors. Transplane. Va te terrer chez toi. Bois, bois jusqu’à oublier son visage. Son parfum ? Tu l’oublieras pas, garçon. T’as jamais réussi, putain de junkie.

« J'ai… »

Les yeux grands ouverts sur ses cheveux noirs, j’arrive à rien, j’arrive pas à parler ou à réfléchir. Mon cœur me fait mal. Ma gorge me fait mal. Je ressens tout. Je ressens rien. Je sais plus. Son parfum. La douceur de ses cheveux. La courbe de son dos. Tout ça, je le sens. J’entends encore sa voix qui trotte dans ma tête et prend toute la place. Miya, Miya, toujours Miya. Putain de parasite. Je pourrai m’enfoncer un pic à glace dans l’œil si j’étais sûr que ça me ferait l’oublier, là, maintenant.

Et je retomberai encore amoureux d’elle.

Mes doigts serrent sa nuque et la force à reculer de moi. Le visage bas, je la regarde, l’œil vitreux, enragé. Ça pulse dans mes muscles. J’ai mal, putain ce que j’ai mal. Mon cœur cogne toujours plus fort dans ma poitrine. Il va se fatiguer et m’éclater dans la poitrine.
Je peux pas guérir, j'ai jamais pu apprendre à le faire. Je sais que pourrir là où elle me laisse. Si c'est entre ses mains, c'est déjà plus que ce que j'ai eu en dix ans.

Mon visage s’approche du sien, trop près, beaucoup trop près. Mes lèvres viennent chercher les siennes.
Je m’en fous qu’elle m’aime mal tant qu’elle m’aime.

1551 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin