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01 Septembre, 1A
Je ne veux pas l'avouer mais j'ai un tout petit peu envie de pleurer. Les lumières sont belles, les vitraux se moquent, les marches ne vont nulle part et je n’ai pas envie d’être là. Tout est ressenti, tout est texture, tout est nouveau et le compromis meurt. La lumière chuchote à mon oreille et le marbre des escaliers nargue mes sens avec sa froideur universelle, mordante. Tout est vécu, tout est dur, tout se réverbère sur tout et j’en reçois l’éclat, l’éclat d’une pièce nouvelle qui me dépasse de sa grandeur glaçante. Une seule et terrible question :
Qu’est-ce que je fais là ?
Bé quoi ? C’est facile, hein ? Si facile que ça vient tout seul. Attendre des mois pour quelque chose, qu’on vient à rejeter parce qu’il nous fait peur. J’étais pirate, prêt pour l’aventure, mon bateau bien ficelé et le vent dans les voiles. Hissez les amarres ! Agitez les mouchoirs blancs des proches qui vous voient partir, en un dernier sanglot ! Visez loin, nagez bien, volez haut comme le torrent des mouettes ! La vie se déversait et je me croyais immuable face à la mer agitée. Mais quoi ? Suis-je soudain lâche ? Je baisse les yeux et je ne vois plus qu’un radeau. Où sont mes armes ? Mes drapeaux ? Je croyais tenir la barre mais je me rend compte qu’on la tient pour moi. Où je vais ? Où suis-je allé ? Merlin, Matelot, réveille toi, t’as aucune idée de ce qui t’arrive. C’est quoi, ce château ? Ces gens ? Elle est où, ta maison, pourquoi tu l’as quitté, ta maison ? Pas moyen de rentrer, tu es seul.
Et ça te fait peur.
Peur. Peur est un drôle de mot. Peur roule sur la langue et me fait rire, un peu. Peurr est le nom d’un gnome, ou d’un lutin islandais, perdu dans la glace ; Peur est quelque chose que je ne comprenais pas. Bah oui. Je me rends compte, maintenant. J’ai jamais eu peur, pas comme ça. Les chutes c’était rien, c’était une peur physique mais une peur qui passe, tchou tchou, comme un train. Là, là !, là j’ai vraiment peur. Une peur qui vous monte à la gorge, qui reste coincée, qui vous barbouille tout le ventre. Un truc qui vous semble insurmontable ; une montagne ! Pas à gravir, mais à descendre : cette main paniquée qui vous sert les tripes, ce sentiment de disparaître face au vide qui se fait en vous, dans votre ventre qui se soulève, comme si vous regardiez en bas et que vous ne voyiez qu’un ravin, que du vide. L’impression d’avoir fait une erreur.
J’ai l’impression d’avoir fait une erreur. J’articule chaque mot dans ma tête et je sens que c’est vrai. Ce hall est froid, je ne connais personne et personne ne me connais, je suis seul, et pour la première fois je regrette quelque chose que jen’ai même pas vraiment décidé. Est-ce que je suis vraiment prêt à quitter Papa, Maman ? Cet environnement inconnu tourne sur lui-même, riche, riche, les boiseries font riches, je ne suis pas riche, moi, pourquoi tout est si riche, de sens ? Je ne suis pas à ma place. Je ne suis pas d’un milieu assez élevé, je ne viens pas d’un milieu assez culturel. Je vis dans un appartement, ma maman est serveuse. Et les marches sont en putain de marbres.
Je ne veux pas l'avouer mais j'ai un tout petit peu envie de pleurer. Les lumières sont belles, les vitraux se moquent, les marches ne vont nulle part et je n’ai pas envie d’être là. Tout est ressenti, tout est texture, tout est nouveau et le compromis meurt. La lumière chuchote à mon oreille et le marbre des escaliers nargue mes sens avec sa froideur universelle, mordante. Tout est vécu, tout est dur, tout se réverbère sur tout et j’en reçois l’éclat, l’éclat d’une pièce nouvelle qui me dépasse de sa grandeur glaçante. Une seule et terrible question :
Qu’est-ce que je fais là ?
Bé quoi ? C’est facile, hein ? Si facile que ça vient tout seul. Attendre des mois pour quelque chose, qu’on vient à rejeter parce qu’il nous fait peur. J’étais pirate, prêt pour l’aventure, mon bateau bien ficelé et le vent dans les voiles. Hissez les amarres ! Agitez les mouchoirs blancs des proches qui vous voient partir, en un dernier sanglot ! Visez loin, nagez bien, volez haut comme le torrent des mouettes ! La vie se déversait et je me croyais immuable face à la mer agitée. Mais quoi ? Suis-je soudain lâche ? Je baisse les yeux et je ne vois plus qu’un radeau. Où sont mes armes ? Mes drapeaux ? Je croyais tenir la barre mais je me rend compte qu’on la tient pour moi. Où je vais ? Où suis-je allé ? Merlin, Matelot, réveille toi, t’as aucune idée de ce qui t’arrive. C’est quoi, ce château ? Ces gens ? Elle est où, ta maison, pourquoi tu l’as quitté, ta maison ? Pas moyen de rentrer, tu es seul.
Et ça te fait peur.
Peur. Peur est un drôle de mot. Peur roule sur la langue et me fait rire, un peu. Peurr est le nom d’un gnome, ou d’un lutin islandais, perdu dans la glace ; Peur est quelque chose que je ne comprenais pas. Bah oui. Je me rends compte, maintenant. J’ai jamais eu peur, pas comme ça. Les chutes c’était rien, c’était une peur physique mais une peur qui passe, tchou tchou, comme un train. Là, là !, là j’ai vraiment peur. Une peur qui vous monte à la gorge, qui reste coincée, qui vous barbouille tout le ventre. Un truc qui vous semble insurmontable ; une montagne ! Pas à gravir, mais à descendre : cette main paniquée qui vous sert les tripes, ce sentiment de disparaître face au vide qui se fait en vous, dans votre ventre qui se soulève, comme si vous regardiez en bas et que vous ne voyiez qu’un ravin, que du vide. L’impression d’avoir fait une erreur.
J’ai l’impression d’avoir fait une erreur. J’articule chaque mot dans ma tête et je sens que c’est vrai. Ce hall est froid, je ne connais personne et personne ne me connais, je suis seul, et pour la première fois je regrette quelque chose que jen’ai même pas vraiment décidé. Est-ce que je suis vraiment prêt à quitter Papa, Maman ? Cet environnement inconnu tourne sur lui-même, riche, riche, les boiseries font riches, je ne suis pas riche, moi, pourquoi tout est si riche, de sens ? Je ne suis pas à ma place. Je ne suis pas d’un milieu assez élevé, je ne viens pas d’un milieu assez culturel. Je vis dans un appartement, ma maman est serveuse. Et les marches sont en putain de marbres.
#9d6c6c "I saved latin ! What did you ever do ? - Max Fischer
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Une main cherche la mienne. A tâtons ; elle me trouve, elle me sert. Pas de mots parce qu’il est en train de discuter avec quelqu’un d’autre. Et moi je suis juste dans ma tête ; étourdi comme toujours.
Mais avoir peur à deux c’est pas avoir peur à un. C’est être un peu plus. Un peu plus que soit même, un bout de l’autre. Alors ça me rassure même si je suis un peu jaloux.
Je lui dis que Maman va me manquer. Papa aussi. Il acquiesce. Lui, il a pas la bouche tremblante, il est droit comme un coq, on le dirait prêt à tout. Comment il fait ? Pourquoi, moi, j’ai un tout petit peu envie de pleurer et pas lui ? Peut-être qu’il est juste mieux que moi. D’ailleurs, il est mieux que moi, c’est vrai. Il a tout les qualités. Bien sûr, il dirait la même chose de moi. Mais moi je l’aime tellement que je ne pense pas que ce soit vrai.
Victor. À sa naissance, il avait déjà gagné sur la vie. Moi j’ai l’impression d’être le petit-frère, celui qui suit, celui qui s’accroche à la main et qui ne la lâche pas. Pourtant j’ai rien de petit. Je vais où il va et tout est plus simple. Pas besoin de réfléchir. De toute façon, c’est pas ma spécialité. Je suis trop distrait pour réfléchir. Je réfléchis les pensées, j’en émane, tout plein qui remplissent l’atmosphère. Mais elles ne restent pas chez moi, elles s'ennuieraient trop, les pauvres. Elles sont perpétuellement de passage, elles ont les pieds qui les démangent et les mots qui les poussent.
Je mets mes mains dans mes poches. Je me replie. Voilà. Je me protège de ma non-maison, de cet endroit étranger-mystérieux-dur de tableaux-araignées-bougies qui se battent. Un décor d’Halloween.
Peut-être que le reste du château est pas comme ça. Je monte les marches, je m’arrête, on nous a dit d’attendre. Je teste la porte, elle est fermée -du bruit s’échappe, qu’est-ce qu’ils peuvent bien se dire ? On nous a dire d’attendre. Je suis le seul près de la porte, les autres parlent dans la salle, ils parlent ils parlent ils parlent mais moi j’ai envie d’explorer. Est-ce que ma non-maison est une coquille aussi vide, aussi dure que le nacré château qui se déroule devant mes yeux ? Une pièce, c’est une pièce. Rien qu’une pièce, le reste peut être mieux. Je teste la porte -fermée -on nous a dit d’attendre.
Mais avoir peur à deux c’est pas avoir peur à un. C’est être un peu plus. Un peu plus que soit même, un bout de l’autre. Alors ça me rassure même si je suis un peu jaloux.
Je lui dis que Maman va me manquer. Papa aussi. Il acquiesce. Lui, il a pas la bouche tremblante, il est droit comme un coq, on le dirait prêt à tout. Comment il fait ? Pourquoi, moi, j’ai un tout petit peu envie de pleurer et pas lui ? Peut-être qu’il est juste mieux que moi. D’ailleurs, il est mieux que moi, c’est vrai. Il a tout les qualités. Bien sûr, il dirait la même chose de moi. Mais moi je l’aime tellement que je ne pense pas que ce soit vrai.
Victor. À sa naissance, il avait déjà gagné sur la vie. Moi j’ai l’impression d’être le petit-frère, celui qui suit, celui qui s’accroche à la main et qui ne la lâche pas. Pourtant j’ai rien de petit. Je vais où il va et tout est plus simple. Pas besoin de réfléchir. De toute façon, c’est pas ma spécialité. Je suis trop distrait pour réfléchir. Je réfléchis les pensées, j’en émane, tout plein qui remplissent l’atmosphère. Mais elles ne restent pas chez moi, elles s'ennuieraient trop, les pauvres. Elles sont perpétuellement de passage, elles ont les pieds qui les démangent et les mots qui les poussent.
Je mets mes mains dans mes poches. Je me replie. Voilà. Je me protège de ma non-maison, de cet endroit étranger-mystérieux-dur de tableaux-araignées-bougies qui se battent. Un décor d’Halloween.
Peut-être que le reste du château est pas comme ça. Je monte les marches, je m’arrête, on nous a dit d’attendre. Je teste la porte, elle est fermée -du bruit s’échappe, qu’est-ce qu’ils peuvent bien se dire ? On nous a dire d’attendre. Je suis le seul près de la porte, les autres parlent dans la salle, ils parlent ils parlent ils parlent mais moi j’ai envie d’explorer. Est-ce que ma non-maison est une coquille aussi vide, aussi dure que le nacré château qui se déroule devant mes yeux ? Une pièce, c’est une pièce. Rien qu’une pièce, le reste peut être mieux. Je teste la porte -fermée -on nous a dit d’attendre.
Dernière modification par Otis Bentley le 1 mai 2026, 00:45, modifié 1 fois.
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Je me replie un peu plus. C’est drôle parce que même hésitant, je fais une bonne tête de plus que les autres. Sauf mon jumeau, bien sûr. Ils sont tous si petits. Ou alors c’est moi qui est grand. Mon corps gauche je replie dans un recoin, je cherche mon Boursoufflet, je ne le trouve pas. Ma main passe dans mes cheveux et mes cheveux sur ma main, ils sont drus, trop courts, Maman les a coupés trop courts pour qu’ils ne soient pas trop longs quand les vacances arriveront et qu’elle me les recoupera encore. Mes boucles brunes ont disparues et mon crâne est dru, dure, est-ce que les gens qui ont des cheveux lisses les comparent à des spaghettis tous mous qui descendent de leurs têtes sans l’ombre d’un relief ? Probablement pas. Je suis le seul à avoir jamais comparé les cheveux à des spaghettis.
C’est même pas la même texture.
J’ai moins envie de pleurer. Dehors il fait noir et je me demande si c’est joli. Ada dit que c’est joli. Mais Ada n’a aucun sens de l’esthétisme, elle est perdue dans ses sorts, sorts, sorts, sorts, elle oublie que sa baguette n’est pas elle et qu’elle n’est pas sa baguette. Hector dit que Poudlard est joli. Mais Hector est perdu dans ses bouquins, bouquins, des infinis-pages-univers dont il ne sort jamais. C’est Bené qui lui a offert trop de livres, aussi. Bené ne m’a presque jamais offert de livres, à moi. Il était probablement trop fauché quand on est arrivé pour offrir des livres à deux gamins de plus. C’est probablement pour le mieux.
Est-ce que Bené pense aux cheveux comme à des spaghettis ?
Virages, tout tourne, où est la maison ? Mirages, tout bouge, j’ai l’impression que derrière la porte est un labyrinthe et que je n’en sortirais pas, comme Bené de ses balais, Hector de ses bouquins, Ada de ses sorts. Poudlard nous appelle, puis Poudlard nous fait peur, puis Poudlard nous ouvre et Poudlard nous change. Un tableau sourit à une jeune fille aux yeux marrons. Est-ce que si je touche les bougies magiques, je me brûle ? On nous a dit d’attendre.
C’est même pas la même texture.
J’ai moins envie de pleurer. Dehors il fait noir et je me demande si c’est joli. Ada dit que c’est joli. Mais Ada n’a aucun sens de l’esthétisme, elle est perdue dans ses sorts, sorts, sorts, sorts, elle oublie que sa baguette n’est pas elle et qu’elle n’est pas sa baguette. Hector dit que Poudlard est joli. Mais Hector est perdu dans ses bouquins, bouquins, des infinis-pages-univers dont il ne sort jamais. C’est Bené qui lui a offert trop de livres, aussi. Bené ne m’a presque jamais offert de livres, à moi. Il était probablement trop fauché quand on est arrivé pour offrir des livres à deux gamins de plus. C’est probablement pour le mieux.
Est-ce que Bené pense aux cheveux comme à des spaghettis ?
Virages, tout tourne, où est la maison ? Mirages, tout bouge, j’ai l’impression que derrière la porte est un labyrinthe et que je n’en sortirais pas, comme Bené de ses balais, Hector de ses bouquins, Ada de ses sorts. Poudlard nous appelle, puis Poudlard nous fait peur, puis Poudlard nous ouvre et Poudlard nous change. Un tableau sourit à une jeune fille aux yeux marrons. Est-ce que si je touche les bougies magiques, je me brûle ? On nous a dit d’attendre.
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La porte s’ouvre. Le bruit nous engouffre et nous enchante et nous étourdit. On nous parle de la répartition. Je n’écoute pas. On avance, l’adulte s’est tu, où va-t-on ? J’aurai dû écouter. Le tableau qui souriait semble soulagé. Peut-être qu’on faisait trop de bruit. On marche, où va-t-on ?
Les tables sont alignées, Poufsouffle là mais je ne vois pas Ada, Serdaigle ici et Hector me sourit avec ses cheveux blonds qui tombent en spaghettis devant des yeux rieurs. On les dépasse et puis on ne voit plus rien que nous, le vieux chapeau se met à chanter, il chante mal, il chante mal. Je me retourne vers Victor pour partager un sourire excité. Il me répond d’un rire nerveux. Lui aussi n’écoute pas.
Un, deux, je redeviens sérieux parce que l’adulte se met à parler. Je dois me concentrer parce que mon nom est presque en premier dans l’ordre alphabétique. Je fronce les sourcils et je regarde devant moi. Je voudrais me retourner et faire coucou à Ada, mais j’ai peur de rater mon nom. Est-ce que je disparaîtrais du système, si je ne répondais pas, on croirait que je ne suis pas là, marqué absent, et puis ils auraient à m'oublier ou alors à ressortir le chapeau rien que pour moi après la cérémonie. Quel âge il a, ce vieux tas de chiffon ? -…entley ! J’attrape au vol mon nom de famille, j’ai failli le loupé, je sursaute d’un air étourdi. Mon frère me pousse et je lui tire la langue. Alors, alors qu’est-ce que ça sera ? Pif pouf, je m’assois, je louche sur le chapeau et ça me fait rire. Il doit me prendre pour un huluberlu, le chapeau. Mais bon, lui aussi, c’est un sacré huluberlu. Est-ce que vous croyez qu’il peut m’entendre l’appeler un huluberlu ?
J’attends qu’il se prononce. Je frétille sur ma chaise. Comme un anchois. Ou une anguille. Je préfère être une anguille qu’un anchois, c’est bête, les anchois. J’ai peur de ce qu’il va dire. Je ne sais pas ce que je veux mais j’ai peur d’être déçu. Et si je suis à Serpentard ? C’est méchant, un Serpent-
Et comme ça ma respiration m’échappe. Les applaudissements m’isolent. J’avance, et comme sous les projecteurs, je n’ai pas l’impression de voir grand-chose. Je titube vers une marée d’or jusqu’à trouver ma place. Où est Ada ? Le poids d’un seul mot m’écrase et je ne ressens rien, ou trop, ou rien, je ne sais pas quoi ressentir. Où est Ada ? Je suis comme une toupie de couleur qui devient blanche quand on la secoue trop. Une marée de sentiments frappe à ma porte. Toc toc ? Il va falloir leur répondre. Ma j’ai toute la vie pour ça.
Toc-toc : Est-ce que j’ai trouvé ma maison ?
Les tables sont alignées, Poufsouffle là mais je ne vois pas Ada, Serdaigle ici et Hector me sourit avec ses cheveux blonds qui tombent en spaghettis devant des yeux rieurs. On les dépasse et puis on ne voit plus rien que nous, le vieux chapeau se met à chanter, il chante mal, il chante mal. Je me retourne vers Victor pour partager un sourire excité. Il me répond d’un rire nerveux. Lui aussi n’écoute pas.
Un, deux, je redeviens sérieux parce que l’adulte se met à parler. Je dois me concentrer parce que mon nom est presque en premier dans l’ordre alphabétique. Je fronce les sourcils et je regarde devant moi. Je voudrais me retourner et faire coucou à Ada, mais j’ai peur de rater mon nom. Est-ce que je disparaîtrais du système, si je ne répondais pas, on croirait que je ne suis pas là, marqué absent, et puis ils auraient à m'oublier ou alors à ressortir le chapeau rien que pour moi après la cérémonie. Quel âge il a, ce vieux tas de chiffon ? -…entley ! J’attrape au vol mon nom de famille, j’ai failli le loupé, je sursaute d’un air étourdi. Mon frère me pousse et je lui tire la langue. Alors, alors qu’est-ce que ça sera ? Pif pouf, je m’assois, je louche sur le chapeau et ça me fait rire. Il doit me prendre pour un huluberlu, le chapeau. Mais bon, lui aussi, c’est un sacré huluberlu. Est-ce que vous croyez qu’il peut m’entendre l’appeler un huluberlu ?
J’attends qu’il se prononce. Je frétille sur ma chaise. Comme un anchois. Ou une anguille. Je préfère être une anguille qu’un anchois, c’est bête, les anchois. J’ai peur de ce qu’il va dire. Je ne sais pas ce que je veux mais j’ai peur d’être déçu. Et si je suis à Serpentard ? C’est méchant, un Serpent-
POUFSOUFFLE !
Et comme ça ma respiration m’échappe. Les applaudissements m’isolent. J’avance, et comme sous les projecteurs, je n’ai pas l’impression de voir grand-chose. Je titube vers une marée d’or jusqu’à trouver ma place. Où est Ada ? Le poids d’un seul mot m’écrase et je ne ressens rien, ou trop, ou rien, je ne sais pas quoi ressentir. Où est Ada ? Je suis comme une toupie de couleur qui devient blanche quand on la secoue trop. Une marée de sentiments frappe à ma porte. Toc toc ? Il va falloir leur répondre. Ma j’ai toute la vie pour ça.
Toc-toc : Est-ce que j’ai trouvé ma maison ?
RP terminé
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