8 mai 2026, 18:27
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
1 septembre 2030
POUDLARD EXPRESS
Deuxième année
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Je me dépêche de monter dans le train pour me dérober au regards des parents et à celui larmoyant d'Anna qui a passé la matinée à pleurer parce qu'on allait repartir à Poudlard. Ma valise est tellement lourde que je dois la tirer à deux mains pour la hisser derrière moi sur le marche-pied. Père m'a dit que c'était ma punition pour m'être montré insolent tout l'été. Donovan, lui, a le droit aux sortilèges qui allègent et mère n'a eu qu'à agiter sa baguette pour que ses affaires se rangent dans sa valise. Il m'a lancé un tel regard goguenard ce matin que j'ai eu du mal à me retenir de lui balancer mon poing dans sa petite tête de boullu.

« Bouge, morpion ! »

J'entends la voix mais je n'ai pas le temps de me retourner : il me donne un grand coup dans le dos. Je tombe lourdement contre la paroi de wagon en lâchant ma valise. Donovan ricane. Il est si grand qu'il aurait pu sans effort enjamber ma valise. Mais non, il monte dessus et sautille jusqu'à entendre un craquement.

« Oups, » dit-il dans un sourire en descendant de ma valise.

Dans un grognement sourd, je me jette sur lui. Pourquoi ? Il est bien trop grand maintenant, il me maîtrisera en un tour de main. Il a eu l'occasion de me montrer, cet été. Mais je me souviens du son de ses hurlements quand je lui mettais des coups là où ça fait mal ; moi aussi je peux me défendre. Mais Donovan se dérobe avec une aisance insolente et je rebondis contre la paroi d'en face. Il éclate de rire et secoue la tête. Sa valise lévite à côté de lui. Il s'amuse à la faire tournoyer avec un doigt.

« T'es plus rapide quand père et mère surveillent pas. »

Il baisse les yeux sur moi. Lui, il n'aurait jamais osé ouvrir la bouche s'ils avaient été là. Il me frappe que lorsqu'ils ne voient rien. Moi non. Son sourire me fait grincer des dents.

« Mais pas assez pour m'avoir, » conclut-il en haussant les épaules.

Sur ces mots, il s'éloigne vers les compartiments. Je le regarde partir, le cœur qui frappe contre ma cage thoracique. Si on avait été à la maison, je l'aurai poursuivi. Ou alors, plus probablement, j'aurais attendu quelques heures qu'il oublie pour mieux me venger. Du bruit en contrebas détourne mon attention du dos de mon frère : il y a des gens qui attendent de monter dans le train et qui ne peuvent pas parce que ma valise est en plein milieu. Je vois à leur regard qu'ils hésitent à intervenir à cause de ce qu'a fait Donovan. Je me redresse, arrange mon pull froissé et me passe la main sur les cheveux avec un sourire.

« Il a eu peur, c'est clair, » je lance à la cantonade en me baissant pour récupérer ma valise.

J'ignore les regards gênés qu'échangent les autres élèves et tire le poids mort qu'est ma valise derrière moi. Elle roule bizarrement, maintenant, elle doit être cassée. Je prends la direction opposée que celle empruntée par Donovan. J'ai assez vu sa tronche de l'été. Et puis en allant par là où il est allé, je verrai les parents par la vitre et je devrais faire des gestes d'au revoir à Annabelle. Je n'ai pas envie de la voir pleurer. Alors je pars dans la direction opposée.

Ma valise rebondit contre tous les murs, une file d'élèves s'allonge derrière moi et une pellicule de sueur me recouvre le front. À chaque compartiment que je dépasse, je regarde à l'intérieur dans l'espoir de voir un copain. Dans le premier, il n'y a que des grands. Dans le second, une fille toute seule. Dans le troisième, cette balance de Gordon Golby. Et dans le quatrième... Je m'arrête en reconnaissant la tête de Lloyd. Il a pas changé depuis l'année dernière, c'est pas possible. Toujours la même tête à claques. Si j'avais eu le choix, c'est pas lui que j'aurais rejoint en premier. J'aurais préféré être avec mes copains de dortoir. Lloyd, c'est le gars qui l'ouvre toujours même quand il n'a rien à dire. Je l'aime bien. Mais je le trouve un peu bête, parfois. Tant pis, je n'ai pas l'énergie d'aller plus loin et j'en ai marre de cette valise que je traîne depuis dix mètres. Père est vraiment dégueulasse de ne pas l'avoir ensorcelée. Oh, ce que je suis heureux plus le voir jusqu'à Noël !

Sur un coup de tête, je m'arrête devant le compartiment. J'aperçois mon reflet dans la vitre. Alors même s'il y a des gens qui attendent derrière moi je me penche pour mieux me voir et me passe les doigts dans les cheveux pour détruire en bonne et due forme la coupe de cheveux que je suis obligé d'avoir à la maison. Les cheveux tout plats, rien ne doit dépasser, et si j'ai le malheur de sortir de la salle de bains les cheveux en vrac comme j'aime, mère me gronde sévère. Maintenant, mon reflet me renvoie un reflet que j'aime. J'ai l'impression que le Chris de l'été s'éloigne pour laisser la place au Chris de Poudlard. Je le préfère beaucoup plus. Ignorant les soupirs d'impatience derrière moi, je fais glisser la porte du compartiment qui couine.

« Salut Lloyd, j'annonce, la voix essoufflée. J'en peux plus d'traîner ça derrière moi, j'vais pas plus loin avec. »

Je pousse des ahanements d'effort jusqu'à parvenir à passer la porte avec ma valise. Là seulement, je me retourne, prêt à balancer une vacherie à Lloyd, mais mes yeux tombent sur une silhouette appuyée contre la vitre que je n'avais pas aperçue plus tôt — ou que je n'ai pas voulu apercevoir. C'est une grande. Peut-être une cinquième année. Un peu impressionné, je coule un regard vers le Gryffondor. Qu'est-ce qu'il fait avec une grande ? Je suis presque sûr de l'avoir déjà aperçue dans la salle commune, en plus.

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@Lloyd River, prêt à écrire du sale gosse ?

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9 mai 2026, 10:00
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Lloyd - Deuxième Année


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Jude - Cinquième année



« … ben moi j’ai répondu que c’était pas moi, parce que c’était pas moi ! Maman elle m’a pas cru ! Alors que c’était pas moi ! Je lui ai dit, mais elle a dit que si alors que c’était même pas vrai ! C’est pas de ma faute si son hibou il se déplume ! J’ai pas besoin de plume, moi ! »

Je croise les bras sur ma poitrine, la bouche pincée, le regard qui part vers le sol. « En plus, il pue son hibou. Ça pue les hiboux ». Je relève la tête vers Jude, les yeux ronds : « T’as déjà vu un hibou qui sent bon, toi ? »

Jude ne me regarde pas, mais elle m’entend ! Je le sais, parce qu’elle a les sourcils froncés. Elle lit quoi ? Je me penche en avant pour essayer de voir, mais elle est trop rapide. Elle referme son livre sur son pouce et me l’éclate sur le crâne. Je pousse un cri de douleur en me reculant, les mains sur la tête et les yeux qui piquent. « J’ai rien fait ! T’es méchante ! »

Comme si elle m’avait pas entendu, elle reprend tranquilou bilou sa lecture, ses sourcils de nouveau tout droit.
Elle m’ignore.
J’aime pas qu’elle m’ignore.
Mon talon s’agite sur le sol.
Je la fixe en me frottant la tête.
Je me penche sur le côté pour essayer de voir la couverture de son livre. Ah, c’est encore son truc avec des dragons et des loups géants et des gens qui se trahissent et qui meurent et qui reviennent et tout. Jude, elle lit tout le temps. Elle a toujours un livre à la main. Même quand on marche ! Maman, elle lit aussi, mais seulement au lit avant de s’endormir.

Je lève la tête vers la porte du compartiment qui s’ouvre. Oh, C’est Christopher ! Je souris grand en voyant mon copain. Je l’aime bien, Christopher. Il est drôle. On traîne pas beaucoup ensemble, mais c’est parce qu’on est pas dans la même maison. Lui, c’est un Serpentard. Comme Jude. Serpentard, c’est nul. Gryffondor, aussi. En fait, toutes les maisons sont nuls. Ça aurait été mieux qu’on soit tous dans la même maison. J’aurai pu dormir dans le dortoir de Christopher. Ça aurait été trop bien !

« Viens ! On a plein de place », je lui lance en me poussant un peu sur mon canapé pour lui laisser de la place. Je suis trop content. J’en avais marre d’être juste avec Jude. J’aime Jude. Je l’aime méga trop fort ! Mais elle lit, alors on peut pas discuter.

D’ailleurs, elle aussi elle a levé sa tête vers Christopher. Elle referme son livre dans un petit soupir et le range dans son sac. C’est cool ! On va pouvoir discuter tout les trois !
Je montre Jude du doigt.

« Elle, c’est Jude ! C’est ma grande sœur. Elle est en cinquième année, à Serpentard ! » Comme ça, je laisse pas le choix à Jude et elle va pouvoir rencontrer mon copain ! Ou alors ils se connaissent déjà, vu qu’ils sont dans la même maison ? Moi, je connais pas le nom des grands de ma maison. Ils restent toujours entre eux. Jude aussi, elle reste avec ses copains et ses copines.

Jude fouille dans son sac à dos pour remettre son livre bien à sa place « Salut. T’es le frère de Donovan, non ? J’espère que t’es pas aussi con, sinon tu dégages. »

Je regarde Jude avec des gros yeux, et je sens que ça devient tout chaud dans mes tempes. « Il est pas con, Christopher ! »

Si elle parle mal de mon copain, je vais pas être content.

C'est pas ce qu'on fait depuis des mois ?
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9 mai 2026, 11:32
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
Je crois que c'est la première fois depuis deux mois que je souris aussi fort. Ça fait mal dans les joues, comme si je n'étais plus habitué, mais je ne peux pas arrêter. Ce n'est pas tant Lloyd, après tout c'est pas le meilleur de mes copains, mais c'est le fait d'être là, dans le Poudlard Express, loin de ma famille. Plus besoin de faire attention au moindre de mes mots, de me tenir le dos droit, de plaquer mes cheveux le matin, de participer à des dîners barbant ou de faire « faire attention à ne pas jeter l'opprobre sur la famille ». Plus besoin de sentir le regard de mère sur moi à chaque fois que je fais un pas dans la maison. Plus besoin de craindre que Donovan me tombe dessus. Plus besoin d'essayer d'impressionner père en tenant correctement ma fourchette — de toute façon, il ne le remarque même pas.

Je prends place sur la banquette à côté de Lloyd en coulant un regard vers la fille. J'ai abandonné ma valise devant la porte. Elle prend toute la place. De là où je suis, je remarque la brisure près de la roue et ma gorge se noue. Donovan est vraiment une grosse bouse de dragon, je vais galérer à chaque fois que je vais ressortir ma valise maintenant ! Ce n'est pas comme si je pouvais la réparer. Les sortilèges, c'est pas trop mon truc.

Une fois assis, mes pieds ne touchent plus le sol. Je les balance. À la maison, je n'ai même pas le droit de faire ça. Les mains appuyées sur la banquette, mon regard croise celui de la fille. C'est sûr de sûr que je l'ai déjà vue ! Apparemment, c'est la sœur de Lloyd. Mes yeux passent de l'un à l'autre. Je compare. Peut-être qu'ils se ressemblent un peu mais je trouve Jude beaucoup plus belle que son frère. C'est peut-être vrai ce que raconte Donovan : les aînés prennent toute la beauté, ce qui explique pourquoi je suis moins beau que lui et qu'Anna est encore plus moche que nous deux. C'est Donovan qui le dit et à chaque fois ça fait pleurer notre sœur. Moi, je ne pleure pas. Mais je lui dis que je préférerai crever que lui ressembler. Ça le fait ricaner. Il réplique toujours : « bah crève, alors », et ça me fait un peu mal même si je ne le montre pas.

J'éloigne mes vilaines pensées et fais un grand sourire à Jude. On est dans la même maison ! Ce serait trop classe qu'elle me dise bonjour quand on se croise dans le salon, maintenant ! Les copains seront trop jaloux, c'est certain ! Mon cœur rebondit quand elle me reconnaît. Je dresse le dos. J'aurais préféré qu'elle me reconnaisse parce que je suis beau ou alors parce que je l'ai impressionné pour une raison ou une autre, pas parce que je suis le frère de mon frère, mais au moins elle sait qui je suis.

Je déchante la seconde suivante. Je serre les mâchoires, mon regard s'assombrit. Lloyd prend ma défense alors qu'il n'avait pas à le faire et je ne peux pas m'empêcher de trouver ça sympa. Mais ce n'est pas pour ça que je vais rester sans rien dire. Être comparé à mon frère me rend malade, une grosse boule grossit dans ma gorge et quelque chose éclate dans ma poitrine. L'instant d'après, j'ai glissé de la banquette pour toucher le sol avec les pieds et, les poings serrés, j'affirme avec détermination :

« Je suis pas con comme lui ! »

Ça résonne dans le compartiment, en accord avec mon cœur qui frappe fort. Il fallait que je le dise à voix haute, que je l'affirme, que je lui fasse bien comprendre que jamais je ne serai comme lui.

« C'est vraiment un sale con, je répète en réutilisant le même mot qu'elle alors que ce n'est pas un joli mot. J'ai rien à voir avec lui, rien du tout, tu veux parier ? »

Je le demande en dressant le menton, un sourire commence à ourler le coin droit de ma bouche. Je lui parie ce qu'elle veut que je peux lui prouver en deux minutes que je suis moins con que lui. Je me laisse aller en arrière, la moitié des fesses appuyée sur la banquette. Je croise les bras, parce que j'estime que ça donne plus de poids à ce que je dis.

« En plus, il a une coiffure de gros débile, » je rajoute avec une petite moue en coulant un regard vers la vitre donnant sur le couloir — ce serait bête de le voir débarquer maintenant.

Ça palpite, dans mon cœur. Si je parlais comme ça devant mes parents, ils me tueraient. Pas à proprement parler, parce que ce ne serait pas bon pour leur réputation, mais une fois rentrés à la maison ils me le feraient payer. Mais là, ils ne sont pas là. Il faut que je me le répète pour bien y croire. Ils ne sont pas là.

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9 mai 2026, 13:14
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Je crois que la réponse de Christopher plaît à Jude, parce qu’elle sourit. Moi, elle m’aurait claqué la tête si je lui avais répondu comme ça. Et elle sourit encore un peu plus quand elle le voit changer de position sur son canapé.
Jude aussi elle bouge : elle repose son sac à côté d’elle et plante ses coudes dans ses genoux en se penchant en avant. Je me sens tout bête et tout invisible, mais j’écoute. Il parle trop mal de son frère ! C’est vraiment pas gentil du tout. On doit pas dire du mal de son frère, même si Jude dit que c’est un “con”. Papa, il dit que t’as le droit de pas aimer quelqu’un, mais faut lui dire en face, sinon c’est que t’es un lâche. Moi, je suis pas un lâche !

« C’est bon, j’te crois », dit Jude en se redressant. Elle balance sa jambe sur sa cuisse et ramène son sac devant elle pour fouiller dedans. Sa frange a l’air de la saoulée, alors elle souffle dessus pour l’enlever, mais ça fonctionne pas, alors elle bascule en avant pour la frotter contre son avant-bras. Maman lui a dit que sa frange était trop longue, mais Jude elle écoute jamais rien. Mais ça lui va bien, la frange. Ça lui donne du chien, dit la coiffeuse. Elle dit aussi que ça va bien avec son caractère de… ben de chien, justement. Alors Jude, eh ben elle lui dit que c’est marrant venant d’une femme qui est coiffée comme un cul de canard ! Elle est drôle, Jude. Maman, elle ne la trouve pas drôle, par contre.


« Eh, Christopher ! » j’alpague en me penchant vers lui, les yeux tout ronds. « Cet été, avec mon papa, on a été dans un festival de rock ! On a vu plein de petits groupes ! C’était trop bien ! J’ai eu des t-shirt et j’ai même eu des autographes et tout ! J’ai même pu goûter de la bière ! T’as déjà goûter de la bière ? C’est un ami de Papa qui m’a fait goûter ! C’est un ancien copain de quand il portait une crête ! Il s’appelle Joachim ! Et il a une super grosse barbe ! Et il fume trop, du coup la barbe elle est un peu rousse au dessus de sa bouche. T’as déjà goûter de la bière ? Moi, c'était une Guidiness ! C'est tout bizarre ! C'est comme un sirop mais vraiment dégueu. Enfin pas comme un sirop, mais comme un truc super épais ! Mais pas trop comme du sirop. Plus comme du... »

Jude pousse un gros soupir qui me fait sursauter. Elle referme son sac d’un coup et me regarde hyper mal. J’aime pas quand elle me regarde comme ça. Elle fait des yeux tout noir alors que normalement, ils sont noisette. C’est plus joli de dire noisette que marron clair. C’est maman qui dit ça.
Mais elle fait rien de plus. Si on avait été que tout les deux, elle m'aurait envoyé un coup de pied et m'aurait dit de me taire, mais elle le fait pas. Par contre, elle hésite. Finalement, elle souffle encore et s'installe pour mettre son vernis.
Et Jude qui met son vernis, ça demande une super installation, parce qu'elle veut pas que ça bave. Alors elle ramène ses pieds sur le canapé, elle se cale le dos contre la fenêtre, elle pose sa main sur son genoux et elle s'y met.
Elle a pas le droit d'en mettre à la maison. Maman, elle aime pas ses ongles tout noir. Moi je comprends pas. Ça lui va bien. Même que, des fois, elle dessine des petits trucs, dessus. Une fois, elle m'a demandé de lui donner des idées. Alors on a fait des petits têtes de Lego. Elle avait un visage sur chaque doigt ! C'était trop mignon ! On les faisait parler, et tout !
Jude, elle est vraiment rigolote.

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9 mai 2026, 15:50
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Je garde mes yeux dans les siens, avec cet air-là que père appelle « expression insolente », menton en avant, le regard droit, la moue déterminée. Je suis en train de lister toutes les raisons pour lesquelles je suis bien moins con que Donovan. J'en ai toute une liste dans la tête, je suis prêt à les lui décrire point par point pour défendre ma peau. Je veux absolument qu'elle comprenne que je ne suis pas comme mon frère, moi, que nous ne sommes même pas comparables. J'ai senti son mépris quand elle a parlé de lui. Sinon, tu dégages. Je n'ai pas envie qu'elle me dégage, même si je sais que je trouverai plein de copains ailleurs dans d'autres compartiments. J'ai pas envie qu'on me fasse partir d'ici. De toute façon, je ne partirai pas et si elle doit me forcer à le faire, elle devra utiliser sa magie ou sa force, peu importe, je ne me laisserai pas faire.

Je m'étais si bien préparé que lorsqu'elle se penche vers moi, rapprochant ses yeux tout cerclés de noir — c'est plus de maquillage que je n'en verrai jamais chez les femmes de ma famille, mère dirait d'elle qu'elle est vulgaire ; moi, je trouve ça beau — et qu'elle me dit qu'elle me croit, je cligne des yeux sans trop y croire. Mais elle se redresse et se détourne de moi. Moi, je continue de la regarder parce que j'essaie de comprendre ce qu'elle a voulu dire. C'est bon, j'te crois. Les mots sont clairs ; la signification, moins. Est-ce qu'elle a voulu dire le contraire ? Elle ne me croit pas ? Est-ce que c'est de l'ironie ou du sarcasme ? Je ne connais même pas la différence, je ne pourrais pas dire, mais un malaise grandit en moi : je n'arrive pas à comprendre si elle a tout simplement dit la vérité ou si j'étais censé comprendre quelque chose que je n'ai pas compris. Elle ne se retourne plus vers moi, trop concentrée sur son sac qu'elle fouille.

J'ai vaguement l'idée de la confronter (« tu me crois pas ?! j'vais te le prouver !) mais avant que je puisse mettre à exécution cette mauvaise idée, Lloyd attire mon attention. Et il suffise qu'il dise festival de Rock pour que mon cœur s'emballe et que sa sœur passe au second, troisième voire même quatrième plan. Je me hisse de nouveau sur la banquette, complètement tourné vers le garçon qui parle et qui va dans tous les sens. J'en suis encore à me demander ce que c'est exactement un festival de Rock (j'imagine des gens comme lui qui se rassemblent pour discuter de ce genre de musique) et à gérer cette envie énorme qui a éclot à l'intérieur de moi qu'il enchaîne déjà sur la suite. Moi, je n'irai jamais dans ce genre d'endroit avec père. Cet été, il m'a surpris avec la radio de Donovan que j'avais volé pour pouvoir écouter de la bonne musique, comme je le faisais à Poudlard l'année dernière. Il m'a bousculé et a récupéré la radio en disant que dans cette maison, on écoutait pas de la musique de dégénérés. Le père de Lloyd, il a l'air génial et j'aurais aimé pouvoir raconter des souvenirs comme ça, moi aussi.

Je ne comprends pas tout de ce qu'il me dit. Je ne sais pas ce qu'est une crête même si j'imagine que c'est un genre de chapeau. Et les barbes longues, ce n'est pas poli ou quelque chose comme ça. En plus, moi, je n'ai jamais goûté de bière, ça m'impressionne que Lloyd ait eu le droit de le faire. Le sirop, on a même pas le droit à la maison. Alors de la bière ? Même si Lloyd parle beaucoup et que je ne suis pas habitué aux gens qui parlent sans réfléchir comme ça, je le regarde avec intérêt et peut-être un peu d'admiration, même si j'évite d'ouvrir la bouche et d'arrondir les yeux parce que « referme-moi cette bouche, ça te donne l'air benêt » me répète souvent mère.

Puis Jude soupire, Lloyd sursaute et se tait, et moi je lance un regard en coin à la fille en essayant de comprendre pourquoi elle l'a fait taire. C'était trop cool ce qu'il racontait ! Peut-être que Jude aimerait qu'il se taise et qu'on reste au calme, c'est souvent comme ça avec les plus grands ; même si ce n'est pas encore une adulte elle doit fonctionner un peu comme eux. Je la regarde quelques secondes puis ramène mes yeux sur Lloyd. Moi, je n'ai pas envie de me taire. Je lui lance un regard goguenard, l'air de dire : eh genre, elle soupire et tu te tais, oh le peureux !. Mais au lieu de me moquer, je préfère commenter ses vacances.

« C'est trop cool ! je souffle avec un grand sourire. J'ai jamais goûté de bière, ça a pas l'air bon, j'veux trop essayer ! » Mon sourire me fait encore mal aux joues. « T'as ramené tes autographes ? Et tes tee-shirts ? Tu me montreras ! »

Tout en parlant, j'observe Jude pour savoir si elle va nous gronder parce qu'on parle. Elle s'est recroquevillée sur la banquette et a sorti une petite fiole. Discrètement, je ramène mon genou sous mes fesses pour prendre un peu de hauteur et mieux y voir. J'allonge le cou pour voir ce qu'elle fait. Je n'ai jamais vu personne mettre du vernis sur ses ongles. Oh, à Poudlard j'ai vu des filles avec les ongles colorés, mais je ne les ai jamais vu faire. J'aime bien l'odeur. Elle pique un peu le nez. Elle ne ressemble à rien de ce que je connais. Ça n'a pas l'air de perturber Lloyd, alors je reprends :

« C'est quoi une crête ? Ça me manque, la musique ! Quand ça fait bwom bwom, je fais en pinçant les lèvres pour mimer la basse, en agitant le bras avec rythme. Comme dans la musique, là, boum tchac boum ! J'irai dans un festival de Rock moi aussi, un jour. »

Au moment même où je dis ça, une petite voix dans ma tête me dit que je n'ai pas le droit. Ce genre d'endroit, c'est pas pour les gens comme nous. Nous, c'est ma famille et moi. On va dans des endroits où les murs ont des moulures et où les sols sont en marbre, là où on écoute de la musique classique qui vous donne envie de dormir. Mais quand même, j'aimerais bien, moi, faire les mêmes trucs que fait Lloyd avec son père.

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10 mai 2026, 08:41
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Un grand sourire explose sur mon visage. Christopher, c’est trop mon pote ! Je savais, moi, que ça l’intéressait ce que je disais ! Jude, ça la saoule parce qu’elle était pas au festival, elle était punie ! Donc elle a trop le seum ! Seum, ça vient d’un mot en arabe qui veut dire “poison”, mais je sais plus c’est quel mot. Je parle pas arabe. Je connais quelques mots parce que notre voisin de palier il aime bien nous apprendre des trucs.
Ben Jude, elle a le seum, du coup ! Elle était punie, mais je sais pas pourquoi. Mais du coup, pendant que nous on était au festival, eh ben Jude, elle était avec Maman pour l’aider à faire un truc mais je sais plus quoi.
Du coup, ben elle est pas contente. A sa place non plus je serai pas content. Alors avec papa, on lui avait ramené un verre du festival et un grand t-shirt ! Elle était contente. Maman, pas trop.

J’ai le cœur qui bat tout vite, et je souris super fort. Mes doigts serrent mes genoux qui tremblent d’excitation. Je serre les lèvres, comme maman m’a appris quand je veux parler mais que la personne en face de moi n’a pas terminé. Mais j’ai trop, trop envie ! C’est super, super, super dur de me retenir. Je serre fort mes genoux, mais mon talon se secoue, puis l’autre. Il a bientôt terminé ? Il a bientôt terminé, dis ?
Et là, j’explose :

« C’est des cheveux qui sont tout droit sur la tête ! C’est ce qu’ils ont sur la tête, les punks ! En fait, en fait, tu rases ta tête ou tu plaques tes cheveux et les autres, tu mets de du gel et tu fais une crête au-dessus de ta tête ! Moi j’aurai une crête, plus tard ! Papa, il a dit que je pourrai et tout ! Et puis ! Eh ! »

Je me penche vite en avant pour qu’il me regarde moi et pas Jude. Je l’ai vu qui la regardait parfois, mais moi, moi j’ai pas terminé !

« Je pourrai te prêter un t-shirt ! J’en ai deux ! Papa, il a dit que je pourrai prêter à des copains ! Et toi, toi t’aime le rock ! Tu mérites d’avoir ton t-shirt ! Il est trop beau ! Il y a un mouton dessus avec une… une crête ! Eh, Jude ! Jude ! La boucle est bouclée ! T’as vu ? »

Jude dit rien, elle fronce juste les sourcils, méga concentrée. J’aime bien, quand elle est comme ça et que elle peut pas me taper si je parle trop. Je la trouve trop rigolote. Elle a la bouche plissée et les joues rondes Elle est trop rigolote, Jude.
Elle continue à peindre ses ongles. Elle nous regarde pas.

Je regarde Christopher avec un sourire super grand. « Eh, viens on demande à nos parents pour que tu viennes la prochaine fois ! Ça serait trop bien ! On dort dans des tentes et on se couche super tard ! Tu verras, ça sera trop bien ! Tu pourras envoyer un hibou à ta maman pour lui demander ? »

J’ai trop envie qu’elle dise oui ! Ça serait trop bien ! On dormirait dans la même temps, mais avec papa, parce que papa, il dit qu’on doit quand même faire attention même si on s’amuse bien. Papa, il fait attention, mais il est rigolo. Maman, elle fait trop attention, et elle est pas trop rigolote. Mais je l’aime ! J’aime trop maman. C’est une bonne maman. Elle s’occupe bien de nous. Même si elle veut pas qu’on ai de console à la maison. Elle fait ça pour nous maman. Mais moi, je ramenais quand même des trucs. Une fois, j’ai un copain, ben il m’a prêté sa Game Boy. C’était avec des piles ! C’était avant d’avoir mes pouvoirs, après ben je pouvais plus, parce que je cassais tout.

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10 mai 2026, 10:59
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Lloyd quand il parle, c'est toujours très rapide. Il a un débit incroyable et il bouge dans tous les sens. L'année dernière, je trouvais ça bizarre. On m'a toujours dit de ne pas m'agiter quand je parlais, d'arrêter de tripoter mes cheveux ou de me tordre les mains. On me l'a si bien répété que maintenant, quand je parle, je ne bouge plus du tout, sauf quand je suis à Poudlard parce que là-bas personne me gronde si je m'agite. Lloyd est fatiguant parfois mais avec lui, je ne m'ennuie jamais comme avec d'autres. C'est pour ça que je traîne avec lui même si parfois il me tape sur le système.

Là, il fait comme d'habitude, il parle tant et si bien que je détourne les yeux de sa sœur et de son vernis pour le regarder lui. Une crête, ce sont des cheveux dressés sur la tête. L'image que j'ai en tête est plutôt bizarre et je n'imagine pas que qui que ce soit puisse vouloir d'une coupe pareille — c'est peut-être un déguisement ? Peut-être que je pourrais essayer, aux vacances prochaines ? Qu'est-ce que je risque pour un truc comme ça ? Père arrêtera de me regarder pendant quelque temps car il sera déçu, contrairement à celui de Lloyd, ce sera triste mais je peux le supporter. Mère refusera de m'amener au futur dîner auquel nous serons invité et ça, c'est plutôt une victoire. Je n'aurais pas de repas ce soir-là mais ça aussi je peux supporter.

Mon plan dans la tête, j'inspire et ouvre la bouche. J'aimerais bien demander à Lloyd quel sortilège il faut utiliser pour que les cheveux tiennent comme ça mais Lloyd parle trop, il ne respire même pas entre deux phrases. Alors je ferme la bouche. J'ai l'impression que l'espace dans le compartiment est petit et qu'il l'occupe entièrement. Je pense à Jude et à son vernis mais je n'ai pas trop le temps de la regarder. Mais quand Lloyd me propose de me prêter un tee-shirt avec un mouton qui a une crête dessus, je me redresse et le sourire qui grandit sur les lèvres menace de me dévorer toute la tête tellement il est grand. Je n'ai jamais eu de tee-shirt comme ça. En fait, je n'ai jamais eu de tee-shirt moldu et aussi, jamais de tee-shirt qui fait référence au Rock. Et si j'en avais un, mes parents ne me laisseraient pas le garder. Je hoche frénétiquement la tête parce que je veux essayer celui de Lloyd, je veux ressembler à ces élèves qui s'habillent avec ce genre de vêtements, le weekend, je suis certain que je serai trop beau avec, même si Donovan dirait le contraire.

J'ouvre encore la bouche. Je veux dire mais trop trop trop bien, tu l'as là, dans ta valise ? Je veux le voir ! parce que j'ai envie d'essayer quelque chose que je n'ai jamais essayé. J'ai envie de dire je vais avoir une dégaine de fou avec ça ! parce que j'ai le droit de dire de fou maintenant que je ne suis plus à la maison. J'ai envie de dire mes parents vont détester, tu pourras me le prêter pour les vacances ?. J'ai envie de dire tout plein de choses mais pour la seconde fois, Lloyd se penche et se remet à parler, si vite que je n'ai même pas le temps de respirer. C'est pour ça que parfois, il me fatigue, Lloyd.

La seconde suivante, tout ressentiment s'envole. J'écarquille les yeux, je ne peux pas m'en empêcher. Je coule un regard vers Jude pour savoir si c'est vrai ce que dit Lloyd, qu'il veut m'inviter chez eux. Je n'ai jamais dormi ailleurs que chez moi. Chez grand-tante Xin, ça ne compte pas. Mais Jude ne réagit pas. Lloyd, lui, sourit grand et dit qu'on dormira dans une tente. Je n'ai jamais dormi dans une tente. J'en ai tellement envie que ça me fait mal à ventre. Puis il me dit d'envoyer un hibou à ma « maman ». Là, ça me fait comme si on m'avait envoyé un coup de poing dans le ventre et qu'on enfonçait une lame dans mon cœur. Ça monte soudainement et très fort : la déception est physiquement douloureuse. Ma mère ne voudra pas. Avec elle, c'est la guerre dès que je veux quelque chose. C'est pour ça que je ne lui demande plus rien, que je prends la décision tout seul de faire les choses même si je me fais gronder. Mais là, c'est différent. C'est dormir ailleurs. Si je fugue, combien de temps ils mettraient pour me retrouver ?

Ça me fait tellement mal de savoir que je n'aurais pas le droit à tout ça que j'ai du mal à respirer. Mais ça me fait aussi tellement mal que je sens mon poing se serrer : c'est injuste ! Alors je lève la tête vers Lloyd, un sourire un peu tordu aux lèvres. Je suis à Poudlard, mère n'est pas là, j'ai le droit de faire ce que je veux !

« On lui demande pas ! » j'affirme, le regard brillant d'une détermination vorace.

Je m'installe mieux sur la banquette pour faire face à Lloyd, un genou replié sous moi, ce que père détesterait. C'est la seule raison pour laquelle je le fais. La position n'est même pas confortable.

« J'ai jamais dormi dans une tente. On prendra plein de choses à manger et on fera une nuit blanche ! T'as déjà fait une nuit blanche ? J'ai essayé une fois et j'ai réussi, » affirmé-je avec un sourire fier.

Parler me donne du courage. Je m'en fiche de ce que dirait mère, je m'en fiche de ce que dirait père. J'ai envie de dormir dans une tente et de ne pas fermer l'œil de la nuit, j'ai envie d'aller chez Lloyd et de voir son père qui avait une crête, avant. Mon sourire s'étire, je redresse les épaules.

« Puis on écoutera du Rock à fond, on mangera plein de sucreries, on parlera fort. »

Je me laisse aller sur le côté, l'épaule contre la banquette. Je coule un regard vers Jude, vers ses ongles, avant de revenir à Lloyd ; il faut que je parle rapidement pour pas qu'il reprenne la parole. Derrière lui, à travers la vitre, je vois le quai bouger : le train démarre enfin. Je sens quelque chose se dénouer en moi. Enfin. Je me sens plus libre que je ne l'ai été ces deux derniers mois.

« On lui demandera pas, je répète avec de la colère dans la voix mais un sourire sur les lèvres, quand on sortira du Poudlard Express, je vais courir vers vos parents et on transplanera ! » Un éclat de rire bref m'échappe — quelle scène ce serait ! « Vous habitez où ? Moi c'est à Manchester ! »

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

18 mai 2026, 10:17
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
Moi je ramène jamais de copain à la maison ! Maman, elle veut jamais trop, parce qu’elle dit que c’est dangereux. On habite dans un vieil immeuble moldu, dans un quartier tout pourri. Même mes copains moldus je peux pas les ramener. Maman, elle dit que c’est pour protéger le Secret Magique. C’est pour ça que j’aime pas le monde des sorciers : on peut pas faire tout ce qu’on veut, comme jouer à la console ou ramener des copains.
Mais Christopher, je pourrai lui expliquer ! Il est malin, Christopher. Il comprendra qu’on peut pas utiliser de magie dans l’appartement. De toutes façons, on a pas le droit. On a rien le droit de faire avec ces sorciers. Je vois qu’il veut venir, lui aussi ! Je sens que ça cogne fort dans ma poitrine. Je suis trop, trop content ! On va faire plein de truc ! On pourra parler des filles ! Et je pourrai lui montrer mes BD ! Et même mes mangas ! C’est Tata Ennis qui me les a offert ! Elle dit que je lis pas assez, que je devrais prendre exemple sur Jude, que ça me fait du bien. Et moi, j’aime bien lire les BD, alors les mangas, j’aime trop. Mais lire les gros livres de Jude ? Non, merci !

Je suis le regard de Christopher qui file vers Jude. Je crois qu’elle s’en fiche. Ou pas. Je sais pas. Elle tire toujours la tête, Jude. Maman, elle dit que c’est à cause de l’adolescence. Maman dit aussi qu’après ce sera moi, mais que moi, ben ça sera différent parce que je fais jamais la tête. Parfois, je me demande si maman me préfère pas à Jude.

J’étire un grand sourire à la réponse de Christopher. Le zinzin ! Il veut rien dire à ses parents ! C’est trop un fou, Christopher ! Pourquoi il ne veut pas leur demander ? Il a peur qu’ils disent non ? Je sais que Christopher, il vient d’une famille de vrais sorciers. Ils sont peut-être pénibles ? Ça doit être nul, d’être un vrai sorcier. Nous, on a de la chance, parce qu’on ne l’est qu’à moitié, alors on a la double culture (ça, c’est Jude qui le dit), on sait vivre dans les deux mondes. Christopher, il doit connaître que les robes de sorcier moches et les trucs bizarres. Moi, j’aime bien tout ce qui est fantastique ! Avec les elfes, les nains, les loups géants et tout. Mais les vrais elfes, ceux qu’on a dans le monde sorcier, ils sont super moches. Ils sont pas comme ceux qu’on voit dans les BD. Eux, ils ont des grands yeux globuleux, ils sont bizarres et font le ménage. Et les gobelins ! Tout pareil ! Dans les BD, ce sont des méchants hyper pénibles qui se battent ! Les nôtres, les vrais de la vraie vie, ils sont banquiers. C’est juste trop nul.

Mes yeux s’agrandissent en écoutant Christopher. Mon cœur bat tout fort. Oh ouais, ouais, ouais ! Moi, je veux tout ça ! Ça pétille dans ma tête ! Je vois déjà ce qu’on va faire, et comment on va se mettre pour pas que papa et maman râlent si on fait trop de bruit ! Et moi, moi les nuits blanches ! J’en fais ! J’en fais plein ! Mais après je suis tout fatigué. « Moi aussi ! » je jette juste derrière lui, ou alors je le pense ? Je sais jamais quand je suis trop excité ! Et là, ben je le suis méga trop ! Mes talons tapent le sol, mes genoux tremblent, j’ai envie de lui dire ce qu’on va faire, moi aussi ! J’ai trop envie ! Trop, trop, trop envie ! Mes doigts serrent mes genoux pour les tenir, et je souris super fort. Ouais ! Ouais on écoutera du rock, on mangera plein de bonbons, et même qu’on boira du soda ! On en a pas à la maison, mais on ira en acheter chez le Gros Tony ! Ça sera trop, trop bien !

Non, t’as raison Christopher ! On demandera pas ! Enfin, moi, faudra que je demande à papa et maman, mais ils diront pas non ! Ils aiment bien savoir que j’ai des copains ! Et puis je leur dirai qu’il est malin, et qu’il va pas casser le Secret Magique ! Ça se casse comment, en fait, le Secret Magique ?

« Nous ! Nous on habite dans le Northside ! » je réponds direct après lui. « C’est un quartier de Dublin ! C’est dans un immeuble ! C’est pas grand, mais c’est cool ! On a la même chambre avec Judy ! On a un lit à étage ! Moi je dors en haut ! On pourra mettre un drap et ça nous fera une cabane ! »

Je tourne direct la tête vers Jude, les yeux tout plein d’espoir. Elle nous regarde en soufflant sur son vernis pour le faire sécher. Elle dit rien, mais moi je vois que ça la branche pas, notre super programme. Ou alors c’est pas ça ? Je sais pas ! Elle regarde Christopher, un peu trop longuement. Parfois, je la comprends pas. En fait, je la comprends jamais. Jude, elle parle pas beaucoup, mais elle regarde longtemps, super longtemps. Papa, il dit que je devrai prendre exemple sur elle, l'observer genre. Que ça peut m'éviter de dire des bêtises.
Et d’un coup, elle pose la question qui me fait écarquiller de grands yeux : « Tu veux essayer ? »

Elle lève son pot de vernis et le secoue un peu. J’ouvre grand la bouche et me braque direct en me rapprochant de mon copain. « T'es folle ! C’est un garçon ! Le vernis, c’est pour les filles !
Le vernis, c’est pour les ongles. Chris’ ? »

Pourquoi elle fait ça ? Elle veut qu'on se moque de lui, ou quoi ? De toutes façons, il va dire non ! Personne veut se faire moquer !

1013 mots

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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Présence fortement réduite jusqu'à mi juillet

22 mai 2026, 10:26
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
Lloyd, il a l'air tout content de ma réponse. Son sourire est presque aussi grand que le mien et il n'a pas l'air dérangé par l'idée de ne rien dire à mes parents, sinon il tirerait la tronche mais ce n'est pas ce qu'il fait. Mon cœur s'agite sous ma poitrine comme une créature en colère. Comme s'il voulait s'échapper, comme s'il était déjà libre. Ça me fait du bien d'imaginer tout ça, d'imaginer que je pourrais aller chez Lloyd et Jude, dormir dans une tente, faire des nuits blanches, passer plusieurs jours loin de chez moi sans subir le joug du regard de ma mère et celui de mon père, sans devoir faire attention à tout ce que je fais et tout ce que je dis. Je repousse en bloc les pensées qui veulent murmurer des vérités au creux de mon oreilles. Celles qui disent que je n'aurais pas le droit, que ça n'arrivera jamais, que l'on me dira non. Je les ignore, je les repousse au loin, si bien que je finis par le plus les entendre et que ne reste que l'excitation de faire quelque chose qui m'arrachera à jamais la confiance de mes parents.

Lorsque Lloyd annonce qu'ils habitent à Dublin, ce que j'ai dû savoir par le passé mais que j'ai oublié, mes yeux s'écarquillent. Dublin, c'est un peu comme Londres. C'est ce genre de grandes villes, de capitales moldues dont les copains parlent pendant la récréation entre un cours d'Histoire de la magie et de Sortilèges pour raconter qu'ils y ont passé des vacances exceptionnelles et complètement folles, que la ville est magnifique et que les gens y sont tellement bizarres. Et Lloyd vit là-bas ? J'imagine une série de bâtiments coincés les uns contre les autres, tout gris, très hauts dans le ciel. J'imagine que c'est le bâtiment qui n'est pas grand, pas l'appartement. J'imagine que l'immeuble entier leur appartient et que s'ils dorment dans la même chambre c'est parce qu'ils aiment bien ça, même si ça me fait bizarre à moi, car je n'ai jamais dormi avec mon frère et ma sœur. Parfois, Anna vient me rejoindre dans ma chambre si elle a peur après un cauchemar, mais un elfe arrive toujours très rapidement comme par magie pour nous dire que « maîtresse Anna n'a pas le droit de dormir hors de son lit », même si elle a fait un cauchemar qui l'a fait pleurer. Je ne sais même pas ce que c'est qu'un lit à étage et visualise comme un minuscule petit immeuble dans une chambre avec un lit à chaque étage.

Lloyd est moitié-moitié, moitié sorcier, moitié moldu, alors c'est normal qu'il y ait chez lui des choses que je ne connais pas. Faire des cabanes, c'est certainement un truc de moldu. Je n'ai jamais fait ça, moi. L'impatience me tord les entrailles. Je sais très bien, tout au fond de moi, que tout ça sont des choses que je ne connaîtrais jamais en restant chez moi. Parce que j'ai déjà compris que ma vie n'avait rien à voir avec celle des River. Je n'ai jamais désiré aussi fort quelque chose, pas depuis que j'ai entendu Gordon Golby dire, l'année dernière, qu'il avait reçu tout un tas de cadeaux géniaux à Noël alors que je n'ai rien eu car chez les Hangoover on fête Yule. Alors je commence à imaginer un plan dans ma tête. Un plan pour que mes parents ne refusent pas que j'aille chez les River, l'année prochaine. Je ferai absolument tout pour y aller, tout, même les choses les plus idiotes de l'univers.

À mon tour, je tourne la tête vers Jude, car son frère la regarde comme s'il attendait son approbation. Il faut la convaincre elle pour que Lloyd puisse demander à leurs parents s'il peut venir ? Je le ferai, j'ai un an pour la convaincre ! Elle est dans ma maison, alors j'y arriverai ! Elle lève la tête vers moi et me regarde longuement. Je me sens rougir au niveau des joues mais je ne détourne pas les yeux. Ça commence maintenant, ma grande quête pour la convaincre ! Je serre les mâchoires et soutiens son regard, la défiant silencieusement dire : non, il ne viendra pas.

Mais non, elle ne dit pas ça. Jude me demande si je veux essayer. Quoi ? J'ouvre la bouche même si aucun son n'en sort. Mes yeux dégringolent vers le pot de vernis qu'elle tient entre les doigts. Mon cœur fait un bond violent, presque désagréable. J'ai à peine le temps d'inspirer que Lloyd intervient. Je lui jette un regard en coin. Puis tout à coup, la chaleur grimpe en moi et envahit tout mon corps. Ma gêne est si grande que je me réinstalle correctement et coince mes mains sous mes cuisses pendant que Lloyd affirme que le vernis c'est pour les garçons et que sa sœur réplique que c'est pour les ongles. Je sens déjà ma tête faire le geste de refus, un coup à droite, un coup à gauche, mais mes yeux, eux, restent braqués sur le vernis.

C'est vrai ce que dit Lloyd, le vernis c'est pour les garçons. Enfin, c'est quelque chose qui semble vouloir être vrai, déjà parce que je n'ai jamais vu de garçon porter de vernis mais aussi parce que je suis intimement persuadé que mère n'accepterait jamais, jamais de la vie, que je me mette du vernis sur les ongles. J'en suis persuadé, même si nous n'en avons jamais parlé. Ça fait partie des choses qui ne se font pas, tout simplement. Comme courir, boire en dehors des repas ou porter des tee-shirts de groupe de Rock. Ce n'est pas parce que c'est interdit. C'est juste parce que ça ne se fait pas, c'est tout. Et puis Lloyd, il pense vraiment que c'est pour les garçons ? Je tourne la tête vers lui, le regard hésitant. C'est comme quand j'ai fait une crise de larmes à six ou sept ans quand on m'a coupé les cheveux qui avait poussé très longs dans la nuit et que Donovan m'a violemment poussé pour que j'arrête en me disant que les cheveux longs, c'était pour les filles. Mère n'a rien dit mais son silence a confirmé. Père a dit que les petits garçons devaient avoir une coupe de cheveux décente. Avoir les cheveux longs pour un garçon, c'est quelque chose qui ne se fait pas. Je le sais. Pourtant, je ne comprends pas. Ça devrait être logique, n'est-ce pas ? Si j'étais le garçon que voulait mère, si j'étais l'enfant que voulait père, ce serait logique pour moi, hein ? Mais ça ne l'est pas. Je ne fais pas exprès. Je n'arrive juste pas à comprendre pourquoi je n'ai pas le droit de faire certaines choses parce que je suis un garçon, tout comme je n'arrive pas à comprendre pourquoi je n'aurais pas le droit d'aller passer des vacances chez les River, de courir dans la maison ou de parler durant les repas.

Je n'ai jamais pensé au vernis ou même à l'idée de me mettre du vernis. Je ne savais même pas que c'était possible. Je regarde Jude comme si elle m'avait qu'à Noël prochain, elle allait m'offrir des cadeaux plus beaux que ceux de Gordon Golby. Jude, elle dit : tu veux essayer ? Elle dit : le vernis, c'est pour les ongles. Et pour la première fois de ma vie, je me demande si...

« C'est possible ? »

Je déteste le ton inquisiteur que ma voix a prise. Je jette un nouveau regard vers Lloyd, inquiet à l'idée qu'il ne veuille plus être mon copain à cause de tout ça. Mais très vite, mon regard revient vers le vernis et l'envie d'essayer me tenaille subitement. Mes fesses glissent sur la banquette. La seule raison pour laquelle je ne tends pas la main, c'est parce que je ne sais pas quoi faire de cette envie soudaine. Je ne sais pas quoi faire du fait d'avoir envie de quelque chose qui ne se fait pas. C'est pas comme quand je m'assieds n'importe comment parce que je sais que mes parents désapprouveraient. Là, j'en ai réellement envie. Et puis mes parents ne sont pas là. Le train roule. Ils ne sont pas là.

Mon cœur se fracasse contre ma cage thoracique lorsque je me lève pour m'asseoir sur la banquette d'en face, juste à côté de Jude. Je reste là, sans lui tendre la main, sans tourner la tête vers elle, les yeux seulement posés sur ses doigts vernis. Je ne regarde pas Lloyd. Je n'ai pas envie qu'il ne soit plus mon copain, mon cœur se serre à cette idée, mais s'il devient méchant parce qu'il n'aime pas ce que je fais, c'est ce qui arrivera inévitablement et je ne peux rien faire pour l'empêcher.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

22 mai 2026, 23:54
River, créateurs de démon depuis 2030  L.R 
Je le crois pas ! Je le crois trop pas ! C’est possible ? Ben oui, c’est possible, mais ça se fait pas ! Faut pas faire ça ! Le vernis, c’est pour les ongles des filles ! Ça leur donne des jolies mains. Comme la voisine d’en bas. Elle a des ongles super longs et tout rouge. J’aime bien. Papa aussi, il aime bien. Il rigole parfois en disant qu’il aimerait pas être son copain. Il est gentil, son copain. Il s’appelle Diego.
Non ! Il se lève ! Je veux le retenir, je me vois le faire ! J’ai déjà la main qui part vers lui, mais Jude, Jude, elle me fait les gros yeux. Et j’aime pas quand elle fait les gros yeux. Elle a les yeux qui s’ouvrent grands -ben, oui- mais surtout elle fronce les sourcils en même temps. Et là, t’as plus l’impression qu’ils sont noisette, ses yeux. On dirait des puits tout noir. Parfois, tu sais ce qu’elle fait quand je me penche au dessus du lit pour la regarder quand elle lit ? Elle met sa lumière sous son menton et elle me regarde comme ça. Elle fait super peur. Elle le sait.

A Christopher, Jude ne fait pas les gros yeux. Elle lui sourit quand il s’assoit à côté d’elle. Elle a l’air contente. C’est discret, chez Jude, quand elle est contente. Mais ça se voit. Moi, je le vois, parce que je la connais. Elle a le visage tout doux, et ça lui fait une jolie bouche quand elle sourit. Elle a l’air gentille. Elle est gentille. Personne ne peut dire que Jude, elle est pas gentille. Elle est juste chipie.
Super chipie.

La main de Jude vient chercher celle de Christopher, tout doucement.

« Tu vas être trop beau, tu vas voir », elle lui dit en regardant ses doigts. Elle continue en levant les yeux sur lui, filoute. « T’es déjà beau, hein. Mais tu seras encore plus beau. T’as de jolis yeux. On te l’a déjà dit ? »

Elle enchaîne directement en lui posant sa main sur son genou à elle. Et comme si Jude avait peur qu’il s’échappe, elle garde son poignet dans sa main et ne le lâche pas d’un centimètre. « J’ai du noir, mais je crois que j’ai aussi du jaune au fond de mon sac. Tu veux quoi ? »

Je comprends pas ce qui se passe. Je les regarde tour à tour, les sourcils froncés, la bouche plissée. Maman, elle serait trop pas d’accord !
Mais je peux rien dire.
Jude me surveille du coin de l’œil. Et je veux pas qu'elle fasse les gros yeux.

446 mots

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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Présence fortement réduite jusqu'à mi juillet