Samia
TW : MENTION DU SUICIDE ET DU HARCELEMENT
Je tiens à le signaler afin de ne pas heurter ceux qui pourraient l'être, vraiment c'est important, j'écris d'expérience, faites attention. Même si vous pensez ne pas y être sensible, ça peut extrêmement blesser.
Les PNJs n'apparaîtront pas, mais seront largement évoqués. Voici ma fiche, si besoin.
19 septembre 2050
Le pire, peut être, ce fut que Summer l'apprenne à Poudlard. Chez elle, encore.
Il n'y pas de lieu pour apprendre une telle chose, évident. On préfèrerait que ça se limite à l'irréel, que ça reste dans nos cauchemars. Nos pires cauchemars. Et que jamais ça ne déteigne sur notre vie.
Summer ne le vit pas venir. Elle avait passé une journée... disons ordinaire, et était enfin parvenue à bout du cours de Sortilèges. Elle était montée jusqu'à la volière. Elle échangeait par hibou avec Emy pour lui raconter à quel point sa rentrée était terrible, et elle attendait une réponse.
Effectivement, elle avait reçu une lettre. Elle l'attrapa avec le sourire, et cajola un instant le hibou qui lui avait apporté.
Puis elle la déplia.
A l'écriture, elle devina tout de suite que ce n'était pas sa soeur. Non, c'était l'écriture de son père. Sourcils froncés, elle s'éloigna de quelques pas pour aller s'adosser au mur, et commença à lire.
Summer,
Coucou Summer. J'espère que tout va bien et que ta rentrée se passe bien. Emy nous a raconté que tout n'allait pas fort avec tes amis, j'espère que ça va s'arranger.
Ecoute... Avec ta mère, nous avons une nouvelle un peu difficile à t'annoncer. S'il te plaît, ne la lis pas immédiatement. Vas t'installer, te détendre. Ca va sans doute te faire un peu bizarre, et nous ne voulons pas que tu sois perturbée pendant tes cours, ou quoi que ce soit...
Summer fronça les sourcils. Son père la connaissait pourtant. Il savait qu'elle n'aimait pas attendre, et que lui dire ça, c'était comme mettre un gâteau devant un enfant affamé, mais lui dire de ne pas le manger. Il savait très bien qu'elle n'écouterait pas ce qu'il avait écrit, alors pourquoi essayer quand même ?
Oh, qu'importe. Qu'est-ce qui se passait ? Elle se replongea dans sa lecture, légèrement inquiète.
Les mains de Summer tremblaient depuis le début de l'année. Ca ne la gênait pas tant que ça, à part quand elle jouait sur sa guitare ou qu'elle cherchait à être précise.Summer,
Coucou Summer. J'espère que tout va bien et que ta rentrée se passe bien. Emy nous a raconté que tout n'allait pas fort avec tes amis, j'espère que ça va s'arranger.
Ecoute... Avec ta mère, nous avons une nouvelle un peu difficile à t'annoncer. S'il te plaît, ne la lis pas immédiatement. Vas t'installer, te détendre. Ca va sans doute te faire un peu bizarre, et nous ne voulons pas que tu sois perturbée pendant tes cours, ou quoi que ce soit...
Bien, voilà :
Samia est décédée.
Je suis terriblement désolé de devoir te l'annoncer comme ça. J'aurais aimé pouvoir te le dire en face. Je sais que tu vas avoir plein de questions. Laisse toi le temps de digérer ça, d'accord ? Attends un peu avant de lire la suite.
Samia a mis fin à ces jours. Je veux dire, elle s'est suicidée. La veille de la rentrée. C'est sa maman qui nous l'a appris, hier. Elle estimait que c'était bien que tu saches.
Tu dois le savoir, Samia tenait un journal. On l'a retrouvé. Elle y a écrit qu'au collège, elle se sentait seule, et, même si ce n'est pas vraiment mentionné, on a supposé qu'elle était harcelée. Elle ne voulait pas retourner au collège, et pour elle, le seul moyen, ça a été d'attenter à sa vie.
Ma chérie... Je sais que cette nouvelle va beaucoup te heurter. Tu es trop jeune pour apprendre ça, elle était trop jeune pour en arriver là. Mais c'est comme ça. Il faut aller de l'avant. Dis toi qu'elle est plus heureuse là où elle est. Elle est bien, à présent.
Rappelle le toi quand ça n'ira pas, ok ?
L'enterrement est demain. Tu ne pourras pas y aller, ma chérie, je suis désolée. Sa maman te dit qu'elle te remercie beaucoup pour tout ce que tu as fait pour Samia, et t'informe que si tu as besoin de parler, elle te recevra avec plaisir. Peut-être pourra tu rentrer aux prochaines vacances pour aller la voir ? Je t'emmènerai.
J'aimerais tellement pouvoir être avec toi, pour te soutenir. Mais il va falloir que tu sois forte, d'accord ? Tiens nous au courant. De tout. De quand ça va, de quand ça va pas.
Désolée de devoir abréger comme ça. J'aurais aimé pouvoir trouver les mots pour te réconforter, mais je crois que cette fois, il va falloir que tu les trouve toute seule... Je suis désolé.
Courage, ma belle.
On t'aime tous fort.
Papa.
Là, c'était différent. Elle tremblait tellement que le papier moldu entre ses mains était lui aussi secoué de tremblement. Elle peinait à lire les mots de son père.
Elle y parvint, cependant.
Elle parvint à lire ces terribles mots.
799 mots
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Samia
Elle ne s'arrêta pas. Elle ne fit pas de pause, comme l'avait conseillé son père, pour digérer l'information.
Non, ses yeux burent les mots comme une gorge assoiffée, sans penser une seule seconde à s'arrêter pour respirer.
Elle ne réagit pas. Ne pleura pas. Pleurer, ça aurait voulu dire qu'on acceptait, qu'on comprenait. Qu'on réalisait, surtout.
Mais Summer lisait ces mots comme une automate, sans rien ressentir. Ses yeux ne s'humidifièrent pas, sa gorge ne se serra pas. Ses mains tremblaient, juste un peu.
Parce que ça faisait bizarre, pas parce que ça faisait mal.
Elle lut toute la lettre, jusqu'à la fin. Ses yeux restèrent fixés sur la signature, sur ces mots là qu'elle connaissait, qu'elle était capable d'accepter. Papa.
Ses sourcils se froncèrent. Toujours pas de douleur. Pourquoi ça ne faisait pas mal ?
Ce n'était pas possible, tout simplement pas possible. Quelqu'un avait voulu lui faire une blague douteuse, Samia avait du vouloir se rappeler à son bon souvenir par la pire des façons.
Elle s'appuya contre le mur et s'y laissa glisser, cependant. Ses jambes tremblaient un peu, aussi. Mais rien de grave, elle allait se relever dans quelques secondes, elle allait attraper un plume, la tremper dans l'encre, et répondre par quelque chose du genre : "Ahah, très drôle. J'ai failli y croire. Plus sérieusement, ça va ?"
Elle éloigna ses yeux de la lettre, la posa à côté d'elle, ne la toucha plus. Elle n'avait pas envie de la toucher.
Au fond d'elle, elle savait. Elle sentait que les mots écrits sur ce parchemin étaient véridiques. Elle détectait presque l'émotion de son père dans l'écriture, légèrement hésitante, un peu tremblotante.
Oui, elle savait. Sauf que ça ne se pouvait pas.
Elle se contenta de cligner des yeux, et d'appuyer un peu plus son dos sur le mur, comme si elle avait besoin qu'on la retienne, qu'on l'empêche de tomber.
Rien ne vint mouiller ses joues. Elle ne pouvait pas se permettre de pleurer, pas ici. C'était trop... Trop public, trop impersonnel. En fait, elle n'arrivait pas à pleurer. Elle se disait que c'était pas normal. On venait de lui annoncer la perte de quelqu'un, et elle elle restait de marbre.
La perte de quelqu'un.
Respirer. Il fallait qu'elle respire, puisqu'elle le pouvait encore. Une inspiration. Bien. Expirer, maintenant. Doucement, comme ça ça faisait mal.
Pas la perte de quelqu'un, non. La perte de celle qui avait été sa meilleure amie, sa confidente, son soutien, son soleil et sa lumière pendant longtemps. Celle qu'elle avait ensuite laissée tomber, puis oubliée.
Samia.
Elle avait un peu repensé à elle, depuis qu'elle n'avait plus Lilith. Mais lors de sa première année, ça n'avait pas été le cas. Elle l'avait remplacé.
Et maintenant elle était morte.
Pas morte, pas simplement morte. Morte c'est quand on s'éteint avec le sourire dans son lit. Décédée c'était quand c'était un accident. Avec une voiture. Que c'était bref, c'était soudain.
Elle, elle l'avait volontairement. Comment ? Summer voulait savoir. Elle voulait le demander à son père, mais il n'était pas là. Elle était seule, complètement seule. Elle n'avait plus personne.
Elle voulait savoir comment, parce qu'elle avait besoin de l'imaginer. Elle savait que ça ne ferait que lui faire plus de mal, parce qu'il n'y aurait aucune façon qui l'aurait réconfortée. Elle n'aurait pas pu se dire "Ah, comme ça c'ets mieux que comme ci". Impossible, bien sûr. Et puis même, imaginer les derniers instants, marqués de douleur, de souffrance, de quelqu'un qu'on a aimé, c'était carrément masochiste.
Mais elle ne pouvait s'en empêcher.
Comment avait elle pu en arriver là, par Merlin ? Summer était elle en partie fautive.
Non. Samia lui aurait dit que non. Mais l'aurait elle réellement pensé ?
Elle toussa. Ca bloquait, là, dans son cou, juste en bas, à l'endroit où ses clavicules se rejoignaient presque. Ca refusait de partir, ça la gênait pour respirer. C'était assez énervant, parce que...
Elle avait oublié. L'espace d'un instant, elle s'était concentrée sur autre chose, et elle avait oublié. Elle avait oublié, pour Samia.
Cette fois ça faisait mal, mais elle ne pleurait pas. Toujours pas.
En fait, ça allait. Elle se leva. Elle le pouvait. Tout allait bien. Si elle ne pleurait pas, c'était que tout allait bien, non ? Elle n'était pas si atteinte. Ca ne ferait pas mal.
Ses yeux se reposèrent sur la lettre, qu'elle avait oublié par terre, et soudain elle réalisa qu'elle ne réalisait pas. Qu'en fait elle n'y croyait pas, parce que pour elle c'était pas possible, pour elle qui avait toujours connue Samia comme une fillette avec ses problèmes, mais qui les affrontait la tête haute et qui en ressortait avec le sourire.
Qu'est-ce qui avait pu se passer pour que les choses changent à ce point. Elle ne le saurait jamais. Elle n'avait pas été là.
Qu'avait écrit son père ? La veille de la rentrée. Pour Summer, la veille de la rentrée, ça avait été le 31 août. Et pour Samia ? Elle ne le savait même pas. Peut-être le jour d'après. Quoiqu'il en soit, c'était le 19. Ca faisait au moins deux semaines que Samia était... elle n'arrivait même pas à penser ce mot, et elle elle menait sa vie comme si de rien n'était, en se plaignant de problèmes anodins comme si c'était la fin du monde.
Et même avant ça, elle elle s'estimait malheureuse, et pendant ce temps là Samia souffrait injustement, si fort qu'elle n'en pouvait plus.
Summer était une profonde égoïste. Jamais, pas une seule fois elle avait recontacté Samia. Elle n'avait de ses nouvelles qu'aujourd'hui, plus d'un an plus tard. Alors que c'était trop tard.
Elle pensait que tout allait bien. Elle n'avait toujours vu que ses malheurs à elle, ses petits moment de tristesse, ses grands moments de colère. Jamais elle n'avait pu imaginer que d'autres aient des problèmes tellement affreux qu'ils décident d'en finir avec leur vie.
Jamais, au grand jamais elle n'avait pu imaginer que Samia, parmi tous les autres, puisse être concernée. Et du jour au lendemain, comme ça, sans prévenir, on lui apprenait violemment qu'elle n'était pas le centre du monde, et qu'il existait sur cette planète des êtres assez forts pour porter en eux une souffrance infinie. Et que ces êtres pouvaient se briser, parfois.
Plus Summer y pensait, plus elle réalisait que Samia avait du souffrir d'une façon qui n'était même pas imaginable pour la Serpentard. Cette dernière n'aurait jamais eu le courage de se donner jamais la mort. Elle n'aurait tout simplement pas pu. Pas qu'elle soit terrifiée par la mort, mais l'idée de condamner, de perdre ce que tous avait de plus cher, la vie, l'effrayait.
Elle se disait que quelque soit son mal être, elle aurait tant bien que mal continuer à vivre, parce qu'elle n'aurait pas pu. Ce qui montrait bien, elle en était consciente, qu'elle était très loin de pouvoir comprendre, même pas effleurer ce que ressentait Samia.
Samia. Elle avait encore oublié. Pas qu'elle était morte, cette fois. Enfin... Il ne s'agissait pas du même type d'oubli. Comment exprimer ça ? Elle savait que quelqu'un à qui elle tenait beaucoup était mort. Elle savait qu'elle avait mal, et elle savait que c'était normal.
Cependant, quand elle ne concentrait pas son esprit dessus, quand elle ne focalisait pas toutes ses pensées sur le nom de Samia, elle oubliait d'associer "Samia" et "morte".
Un peu comme si elle avait créé un personnage à qui elle aurait attribué le décès en question. Mais pas Samia. Pas quand elle n'y pensait pas expressément, pas quand elle s'égarait dans ses pensées.
Samia. Il ne fallait plus qu'elle oublie. Elle fallait qu'elle le rentre dans son cerveau, parce que sinon ça n'allait qu'être plus bizarre à chaque fois qu'elle se le rappellerait.
Elle reporta ses yeux, toujours secs, sur la lettre, qui gisait par terre. Et maintenant ? Qu'est ce qu'elle était censée faire ? Devait elle reprendre sa vie comme si rien n'était arrivée, comme si il lui restait encore une meilleure amie, au moins une ?
Mais comment ? Elle avait besoin que quelqu'un lui explique. La sorte de cette pièce froide, où elle était si seule.
1363 mots
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Non, ses yeux burent les mots comme une gorge assoiffée, sans penser une seule seconde à s'arrêter pour respirer.
Elle ne réagit pas. Ne pleura pas. Pleurer, ça aurait voulu dire qu'on acceptait, qu'on comprenait. Qu'on réalisait, surtout.
Mais Summer lisait ces mots comme une automate, sans rien ressentir. Ses yeux ne s'humidifièrent pas, sa gorge ne se serra pas. Ses mains tremblaient, juste un peu.
Parce que ça faisait bizarre, pas parce que ça faisait mal.
Elle lut toute la lettre, jusqu'à la fin. Ses yeux restèrent fixés sur la signature, sur ces mots là qu'elle connaissait, qu'elle était capable d'accepter. Papa.
Ses sourcils se froncèrent. Toujours pas de douleur. Pourquoi ça ne faisait pas mal ?
Ce n'était pas possible, tout simplement pas possible. Quelqu'un avait voulu lui faire une blague douteuse, Samia avait du vouloir se rappeler à son bon souvenir par la pire des façons.
Elle s'appuya contre le mur et s'y laissa glisser, cependant. Ses jambes tremblaient un peu, aussi. Mais rien de grave, elle allait se relever dans quelques secondes, elle allait attraper un plume, la tremper dans l'encre, et répondre par quelque chose du genre : "Ahah, très drôle. J'ai failli y croire. Plus sérieusement, ça va ?"
Elle éloigna ses yeux de la lettre, la posa à côté d'elle, ne la toucha plus. Elle n'avait pas envie de la toucher.
Au fond d'elle, elle savait. Elle sentait que les mots écrits sur ce parchemin étaient véridiques. Elle détectait presque l'émotion de son père dans l'écriture, légèrement hésitante, un peu tremblotante.
Oui, elle savait. Sauf que ça ne se pouvait pas.
Elle se contenta de cligner des yeux, et d'appuyer un peu plus son dos sur le mur, comme si elle avait besoin qu'on la retienne, qu'on l'empêche de tomber.
Rien ne vint mouiller ses joues. Elle ne pouvait pas se permettre de pleurer, pas ici. C'était trop... Trop public, trop impersonnel. En fait, elle n'arrivait pas à pleurer. Elle se disait que c'était pas normal. On venait de lui annoncer la perte de quelqu'un, et elle elle restait de marbre.
La perte de quelqu'un.
Respirer. Il fallait qu'elle respire, puisqu'elle le pouvait encore. Une inspiration. Bien. Expirer, maintenant. Doucement, comme ça ça faisait mal.
Pas la perte de quelqu'un, non. La perte de celle qui avait été sa meilleure amie, sa confidente, son soutien, son soleil et sa lumière pendant longtemps. Celle qu'elle avait ensuite laissée tomber, puis oubliée.
Samia.
Elle avait un peu repensé à elle, depuis qu'elle n'avait plus Lilith. Mais lors de sa première année, ça n'avait pas été le cas. Elle l'avait remplacé.
Et maintenant elle était morte.
Pas morte, pas simplement morte. Morte c'est quand on s'éteint avec le sourire dans son lit. Décédée c'était quand c'était un accident. Avec une voiture. Que c'était bref, c'était soudain.
Elle, elle l'avait volontairement. Comment ? Summer voulait savoir. Elle voulait le demander à son père, mais il n'était pas là. Elle était seule, complètement seule. Elle n'avait plus personne.
Elle voulait savoir comment, parce qu'elle avait besoin de l'imaginer. Elle savait que ça ne ferait que lui faire plus de mal, parce qu'il n'y aurait aucune façon qui l'aurait réconfortée. Elle n'aurait pas pu se dire "Ah, comme ça c'ets mieux que comme ci". Impossible, bien sûr. Et puis même, imaginer les derniers instants, marqués de douleur, de souffrance, de quelqu'un qu'on a aimé, c'était carrément masochiste.
Mais elle ne pouvait s'en empêcher.
Comment avait elle pu en arriver là, par Merlin ? Summer était elle en partie fautive.
Non. Samia lui aurait dit que non. Mais l'aurait elle réellement pensé ?
Elle toussa. Ca bloquait, là, dans son cou, juste en bas, à l'endroit où ses clavicules se rejoignaient presque. Ca refusait de partir, ça la gênait pour respirer. C'était assez énervant, parce que...
Elle avait oublié. L'espace d'un instant, elle s'était concentrée sur autre chose, et elle avait oublié. Elle avait oublié, pour Samia.
Cette fois ça faisait mal, mais elle ne pleurait pas. Toujours pas.
En fait, ça allait. Elle se leva. Elle le pouvait. Tout allait bien. Si elle ne pleurait pas, c'était que tout allait bien, non ? Elle n'était pas si atteinte. Ca ne ferait pas mal.
Ses yeux se reposèrent sur la lettre, qu'elle avait oublié par terre, et soudain elle réalisa qu'elle ne réalisait pas. Qu'en fait elle n'y croyait pas, parce que pour elle c'était pas possible, pour elle qui avait toujours connue Samia comme une fillette avec ses problèmes, mais qui les affrontait la tête haute et qui en ressortait avec le sourire.
Qu'est-ce qui avait pu se passer pour que les choses changent à ce point. Elle ne le saurait jamais. Elle n'avait pas été là.
Qu'avait écrit son père ? La veille de la rentrée. Pour Summer, la veille de la rentrée, ça avait été le 31 août. Et pour Samia ? Elle ne le savait même pas. Peut-être le jour d'après. Quoiqu'il en soit, c'était le 19. Ca faisait au moins deux semaines que Samia était... elle n'arrivait même pas à penser ce mot, et elle elle menait sa vie comme si de rien n'était, en se plaignant de problèmes anodins comme si c'était la fin du monde.
Et même avant ça, elle elle s'estimait malheureuse, et pendant ce temps là Samia souffrait injustement, si fort qu'elle n'en pouvait plus.
Summer était une profonde égoïste. Jamais, pas une seule fois elle avait recontacté Samia. Elle n'avait de ses nouvelles qu'aujourd'hui, plus d'un an plus tard. Alors que c'était trop tard.
Elle pensait que tout allait bien. Elle n'avait toujours vu que ses malheurs à elle, ses petits moment de tristesse, ses grands moments de colère. Jamais elle n'avait pu imaginer que d'autres aient des problèmes tellement affreux qu'ils décident d'en finir avec leur vie.
Jamais, au grand jamais elle n'avait pu imaginer que Samia, parmi tous les autres, puisse être concernée. Et du jour au lendemain, comme ça, sans prévenir, on lui apprenait violemment qu'elle n'était pas le centre du monde, et qu'il existait sur cette planète des êtres assez forts pour porter en eux une souffrance infinie. Et que ces êtres pouvaient se briser, parfois.
Plus Summer y pensait, plus elle réalisait que Samia avait du souffrir d'une façon qui n'était même pas imaginable pour la Serpentard. Cette dernière n'aurait jamais eu le courage de se donner jamais la mort. Elle n'aurait tout simplement pas pu. Pas qu'elle soit terrifiée par la mort, mais l'idée de condamner, de perdre ce que tous avait de plus cher, la vie, l'effrayait.
Elle se disait que quelque soit son mal être, elle aurait tant bien que mal continuer à vivre, parce qu'elle n'aurait pas pu. Ce qui montrait bien, elle en était consciente, qu'elle était très loin de pouvoir comprendre, même pas effleurer ce que ressentait Samia.
Samia. Elle avait encore oublié. Pas qu'elle était morte, cette fois. Enfin... Il ne s'agissait pas du même type d'oubli. Comment exprimer ça ? Elle savait que quelqu'un à qui elle tenait beaucoup était mort. Elle savait qu'elle avait mal, et elle savait que c'était normal.
Cependant, quand elle ne concentrait pas son esprit dessus, quand elle ne focalisait pas toutes ses pensées sur le nom de Samia, elle oubliait d'associer "Samia" et "morte".
Un peu comme si elle avait créé un personnage à qui elle aurait attribué le décès en question. Mais pas Samia. Pas quand elle n'y pensait pas expressément, pas quand elle s'égarait dans ses pensées.
Samia. Il ne fallait plus qu'elle oublie. Elle fallait qu'elle le rentre dans son cerveau, parce que sinon ça n'allait qu'être plus bizarre à chaque fois qu'elle se le rappellerait.
Elle reporta ses yeux, toujours secs, sur la lettre, qui gisait par terre. Et maintenant ? Qu'est ce qu'elle était censée faire ? Devait elle reprendre sa vie comme si rien n'était arrivée, comme si il lui restait encore une meilleure amie, au moins une ?
Mais comment ? Elle avait besoin que quelqu'un lui explique. La sorte de cette pièce froide, où elle était si seule.
1363 mots
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Samia
Elle perdit la notion du temps au bout de seulement quelques minutes. Parfois, son regard dérivait sur les hiboux, seuls témoins de la scène et de la tempête épouvantable qui ravageait Summer de l'intérieur. Mais la plupart du temps, ses yeux restaient fixés sur ses mots, qui se voulaient les plus contrits possibles, mais qui pourtant restaient si froids de part leur simple présence. Ce n'était pas le papier, que voulait Summer, et encore moins l'encre qui le noircissait.
Elle, ce qu'elle voulait, c'était des paroles. Même si elle devait en accepter le contenu (ce qu'elle n'était absolument pas prête à faire), elle voulait qu'on le lui dise en face. Et puis qu'on l'étreigne, fort, fort, fort, parce que elle, elle avait l'impression qu'elle partait en morceau et que rien ne pouvait la retenir. Rien.
Elle se désintégrait.
Et tout ce qui l'entourait, c'était le silence. Le regard indifférent de ces foutus hiboux. Et quand elle sortirait, le comportement neutre des autres élèves, qui n'auraient aucune foutue idée de ce qu'elle venait d'apprendre.
Evidemment qu'ils ne le sauraient pas. Comment auraient ils pu ? Dans ce château, elle était très certainement la seule au courant, et ça lui paraissait bien logique. Et pourtant... Pourtant quand le monde d'une personne s'écroulait à ce point, l'humanité entière devrait le savoir.
Par Merlin, comment est ce que Summer allait se relever ? Comment est ce qu'elle allait tenir sur ses jambes, après ça ? Comment est ce qu'elle allait continuer à vivre, après avoir appris que la vie peut si facilement s'envoler ? Qu'est ce qu'elle allait pouvoir répondre à son père ? Comment ferait elle pour faire semblant que rien n'avait changé, alors que tout avait basculé en une phrase ?
Comment allait elle continuer d'avancer ?
Elle n'en était pas capable, elle le sentait bien, et pourtant il allait falloir se relever, il allait falloir sortir, et il allait falloir reprendre une vie.
Et comme Lilith la détestait, elle ne pourrait en parler à personne.
Elle avait envie de vomir.
Et pourtant, elle relut encore une fois la lettre, comme si ça pouvait graver les mots dans son esprit, alors qu'eux ne demandaient qu'une chose : s'envoler, et ne jamais revenir. Summer aussi voulait qu'ils le fassent, elle souhaitait au plus profond de son coeur que tout ceci ne soit pas réel, qu'elle puisse oublier et passer à autre chose, comme on n'oublie un mauvais rêve.
Oh, comme elle souhaitait que ce soit une mauvaise blague de la part de Samia, pour que celle ci se rappelle à son bon souvenir, pour qu'elle se rappelle qu'il fallait qu'elle la contacte.
La contacter... depuis combien de temps ne l'avait elle pas fait ? Depuis combien de temps Summer n'avait elle pas échangé avec sa meilleure amie ?
Son cerveau, toujours serviable, lui rappela le dernier message qu'elle avait envoyé à Samia, quelques semaines avant de partir à Poudlard pour la première fois. Quelque chose du genre "Bientôt la rentrée, je stresse ! Et on est pas ensemble..." Et c'était tout. c'était tout, bon sang. Après, elle n'avait plus jamais retouché au téléphone de son père, dont elle s'était servie pour envoyer ce message. Et elle n'avait plus eu de nouvelles de celle qui avait éclairer sa vie pendant tant de temps, tout ça parce qu'elle était devenue une vraie sorcière et qu'elle voulait passer à autre chose. Que pour elle, l'époque avec Samia était résolue.
Oh, comme elle se haïssait.
Peut être qu'il lui aurait fallu un message. Une lettre. Juste ça, et peut être qu'elle serait encore en vie. Un signe. Un signe qu'elle avait peut être attendu pendant un an, et que Summer n'avait jamais envoyé.
Si ça se trouvait, c'était la faute de Summer. Du moins en partie.
Elle lâcha la lettre. Elle la brûlait. Elle ne supportait plus sa simple vision. Elle voulait la déchirer, la réduire en charpie, et pourtant elle ne le fit pas. Elle se contenta de tourner la tête pour ne plus la voir.
Elle était tellement mal qu'à cet instant, elle aurait même accepté le câlin d'un hibou.
Sa lèvre inférieure tremblait. Ses yeux étaient secs, mais son corps commençait à se remettre du choc initial.
Elle attrapa la rebelle avec ses dents et la serra, jusqu'à avoir mal, jusqu'à sentir le goût métallique du sang dans sa bouche. Elle l'immobilisa. L'empêcha de trembler. Mais ça ne bloqua pas les émotions qui déferlèrent soudain sur elle.
Elle pensait avoir mal avant ? Elle n'avait encore rien vu. Son corps se mit à trembler.
Quand enfin la douleur se retira comme un tsunami libère enfin une côte, elle était vidée. Elle n'était même plus certaine d'avoir la force de se lever et de marcher jusqu'à son lit. Et même après, elle ne savait pas si elle parviendrait véritablement à trouver le sommeil. Elle en doutait.
Elle rattrapa la lettre. Elle refusait de la regarder, et pourtant elle la plia délicatement, avec application, en caressant le papier de ses doigts calleux, comme si c'était un objet précieux. Et fragile.
Quand elle eut terminé, elle la rangea soigneusement dans l'une de ses poches, et elle releva les yeux vers le hibou le plus proche.
Respire, lui rappela son corps.
Elle obéit, plus par réflexe que pour véritablement soulager ses poumons. Elle avait l'impression d'être en apnée depuis qu'elle avait commencé à lire la lettre, et pourtant, c'était impossible, parce qu'elle n'aurait pas tenu aussi longtemps sans défaillir.
Vivait elle encore ? Ou bien était elle morte, là, avec sa lettre dans les mains, et tout ce qu'elle représentait ? Si ça se trouvait, elle ne s'en rendait pas compte. C'était peut être pour ça qu'elle n'arrivait pas à bouger.
Elle repensa à une vieille étude, qu'elle avait lu une fois dans les livre de sa mère. Comme quoi après la mort, le cerveau restait éveillé (elle ne savait plus le terme scientifique qu'ils utilisaient, mais ça revenait en gros au même) pendant sept minutes pour repasser les souvenirs de la vie de la personne. Si ça se trouvait, Summer était en plein dans ces sept minutes, et elle ne s'en rendait même pas compte. Savait on qu'on était mort, durant ce temps là ?
Sept minutes pour résumer une vie, ce n'est pas assez, même quand elle n'a pas duré quatre vingt ans.
Et quand elle n'a duré que onze ans, comme pour Samia ?
Qu'avait elle vu durant ses sept minutes à elle ? Des bons souvenirs ? Des mauvais ? Parce que si elle avait fait ça, c'était qu'il y en avait, des mauvais.
Est ce que Summer se trouvait dans ces sept minutes ?
Est ce qu'elle avait eu mal ? Est ce qu'au dernier moment, elle avait regretté ? Ou pas du tout ?
Toutes ces interrogations que se posaient Summer, elle n'obtiendraient jamais les réponses. Elle resterait dans l'ignorance et l'incertitude toute sa vie. Avec ce doute dans la tête : est ce que si j'avais agi autrement, ça aurait changé quelque chose ?
1 173 mots
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Elle, ce qu'elle voulait, c'était des paroles. Même si elle devait en accepter le contenu (ce qu'elle n'était absolument pas prête à faire), elle voulait qu'on le lui dise en face. Et puis qu'on l'étreigne, fort, fort, fort, parce que elle, elle avait l'impression qu'elle partait en morceau et que rien ne pouvait la retenir. Rien.
Elle se désintégrait.
Et tout ce qui l'entourait, c'était le silence. Le regard indifférent de ces foutus hiboux. Et quand elle sortirait, le comportement neutre des autres élèves, qui n'auraient aucune foutue idée de ce qu'elle venait d'apprendre.
Evidemment qu'ils ne le sauraient pas. Comment auraient ils pu ? Dans ce château, elle était très certainement la seule au courant, et ça lui paraissait bien logique. Et pourtant... Pourtant quand le monde d'une personne s'écroulait à ce point, l'humanité entière devrait le savoir.
Par Merlin, comment est ce que Summer allait se relever ? Comment est ce qu'elle allait tenir sur ses jambes, après ça ? Comment est ce qu'elle allait continuer à vivre, après avoir appris que la vie peut si facilement s'envoler ? Qu'est ce qu'elle allait pouvoir répondre à son père ? Comment ferait elle pour faire semblant que rien n'avait changé, alors que tout avait basculé en une phrase ?
Comment allait elle continuer d'avancer ?
Elle n'en était pas capable, elle le sentait bien, et pourtant il allait falloir se relever, il allait falloir sortir, et il allait falloir reprendre une vie.
Et comme Lilith la détestait, elle ne pourrait en parler à personne.
Elle avait envie de vomir.
Et pourtant, elle relut encore une fois la lettre, comme si ça pouvait graver les mots dans son esprit, alors qu'eux ne demandaient qu'une chose : s'envoler, et ne jamais revenir. Summer aussi voulait qu'ils le fassent, elle souhaitait au plus profond de son coeur que tout ceci ne soit pas réel, qu'elle puisse oublier et passer à autre chose, comme on n'oublie un mauvais rêve.
Oh, comme elle souhaitait que ce soit une mauvaise blague de la part de Samia, pour que celle ci se rappelle à son bon souvenir, pour qu'elle se rappelle qu'il fallait qu'elle la contacte.
La contacter... depuis combien de temps ne l'avait elle pas fait ? Depuis combien de temps Summer n'avait elle pas échangé avec sa meilleure amie ?
Son cerveau, toujours serviable, lui rappela le dernier message qu'elle avait envoyé à Samia, quelques semaines avant de partir à Poudlard pour la première fois. Quelque chose du genre "Bientôt la rentrée, je stresse ! Et on est pas ensemble..." Et c'était tout. c'était tout, bon sang. Après, elle n'avait plus jamais retouché au téléphone de son père, dont elle s'était servie pour envoyer ce message. Et elle n'avait plus eu de nouvelles de celle qui avait éclairer sa vie pendant tant de temps, tout ça parce qu'elle était devenue une vraie sorcière et qu'elle voulait passer à autre chose. Que pour elle, l'époque avec Samia était résolue.
Oh, comme elle se haïssait.
Peut être qu'il lui aurait fallu un message. Une lettre. Juste ça, et peut être qu'elle serait encore en vie. Un signe. Un signe qu'elle avait peut être attendu pendant un an, et que Summer n'avait jamais envoyé.
Si ça se trouvait, c'était la faute de Summer. Du moins en partie.
Elle lâcha la lettre. Elle la brûlait. Elle ne supportait plus sa simple vision. Elle voulait la déchirer, la réduire en charpie, et pourtant elle ne le fit pas. Elle se contenta de tourner la tête pour ne plus la voir.
Elle était tellement mal qu'à cet instant, elle aurait même accepté le câlin d'un hibou.
Sa lèvre inférieure tremblait. Ses yeux étaient secs, mais son corps commençait à se remettre du choc initial.
Elle attrapa la rebelle avec ses dents et la serra, jusqu'à avoir mal, jusqu'à sentir le goût métallique du sang dans sa bouche. Elle l'immobilisa. L'empêcha de trembler. Mais ça ne bloqua pas les émotions qui déferlèrent soudain sur elle.
Elle pensait avoir mal avant ? Elle n'avait encore rien vu. Son corps se mit à trembler.
Quand enfin la douleur se retira comme un tsunami libère enfin une côte, elle était vidée. Elle n'était même plus certaine d'avoir la force de se lever et de marcher jusqu'à son lit. Et même après, elle ne savait pas si elle parviendrait véritablement à trouver le sommeil. Elle en doutait.
Elle rattrapa la lettre. Elle refusait de la regarder, et pourtant elle la plia délicatement, avec application, en caressant le papier de ses doigts calleux, comme si c'était un objet précieux. Et fragile.
Quand elle eut terminé, elle la rangea soigneusement dans l'une de ses poches, et elle releva les yeux vers le hibou le plus proche.
Respire, lui rappela son corps.
Elle obéit, plus par réflexe que pour véritablement soulager ses poumons. Elle avait l'impression d'être en apnée depuis qu'elle avait commencé à lire la lettre, et pourtant, c'était impossible, parce qu'elle n'aurait pas tenu aussi longtemps sans défaillir.
Vivait elle encore ? Ou bien était elle morte, là, avec sa lettre dans les mains, et tout ce qu'elle représentait ? Si ça se trouvait, elle ne s'en rendait pas compte. C'était peut être pour ça qu'elle n'arrivait pas à bouger.
Elle repensa à une vieille étude, qu'elle avait lu une fois dans les livre de sa mère. Comme quoi après la mort, le cerveau restait éveillé (elle ne savait plus le terme scientifique qu'ils utilisaient, mais ça revenait en gros au même) pendant sept minutes pour repasser les souvenirs de la vie de la personne. Si ça se trouvait, Summer était en plein dans ces sept minutes, et elle ne s'en rendait même pas compte. Savait on qu'on était mort, durant ce temps là ?
Sept minutes pour résumer une vie, ce n'est pas assez, même quand elle n'a pas duré quatre vingt ans.
Et quand elle n'a duré que onze ans, comme pour Samia ?
Qu'avait elle vu durant ses sept minutes à elle ? Des bons souvenirs ? Des mauvais ? Parce que si elle avait fait ça, c'était qu'il y en avait, des mauvais.
Est ce que Summer se trouvait dans ces sept minutes ?
Est ce qu'elle avait eu mal ? Est ce qu'au dernier moment, elle avait regretté ? Ou pas du tout ?
Toutes ces interrogations que se posaient Summer, elle n'obtiendraient jamais les réponses. Elle resterait dans l'ignorance et l'incertitude toute sa vie. Avec ce doute dans la tête : est ce que si j'avais agi autrement, ça aurait changé quelque chose ?
1 173 mots
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Samia
Après un très long moment, Summer finit par se relever. Ca lui prit plusieurs minutes. Elle avait une conscience aigüe du regard des hiboux qui pesaient sur elle. Elle avait un bien trop grande conscience de la foule d'élève qu'elle allait devoir affronter pour rentrer chez elle. De ces élèves qui peut être lui souriraient, l'ignoreraient, peu importe. Qui se demanderaient à voix basse pourquoi son visage était si grave, si pale, pourquoi elle tremblait.
Oui elle en avait conscience. Mais elle ne pouvait pas se remettre du choc. Comment faire ? Ca avait été l'une des personnes la plus importante de sa vie, et voilà qu'elle apprenait avec brutalité qu'elle n'était plus là. Qu'elle ne partageait plus le même univers que Summer. Même si le distance et le silence les avait séparé pendant plus d'un an il avait toujours été rassurant pour Summer de savoir qu'il y avait Samia quelque part en grande Bretagne, qu'elle respirait le même air qu'elle, voyait le même soleil et les mêmes étoiles.
Ce n'était plus le cas, à présent. Ce n'était plus quelques kilomètres qui les séparaient désormais, mais bien un univers. Un univers infranchissable.
Il lui fallut plusieurs minutes pour trouver le courage de se hisser sur ses jambes. Elle dut s'appuyer avec ses mains pour se pousser vers le haut. C'était comme si le poids de la voute céleste entière s'était soudainement abattue sur les épaules de Summer. Et on lui demandait maintenant de continuer à avancer. De faire comme si tout allait bien. Parce que les autres ne savaient pas. Parce que personne dans ce putain de château ne savait que l'univers de Summer venait d'être sauvagement défiguré.
Elle vacilla. Fit un pas hésitant. Puis un deuxième. Elle savait toujours marché. Evidemment qu'elle savait toujours marché ! Elle n'avait reçu qu'un hibou. Rien n'avait changé. Un hibou qui lui annonçait sa mort. Tout avait changé.
C'était étrange, beaucoup trop bizarre qu'elle ne ressente rien. Rien de physique. Enfin, il y avait bien cette impression d'étau dans sa poitrine, ce noeud dans sa gorge qui ne la quittait plus. Ses membres un peu tremblants. Mais à part ça, elle était toujours la même. Physiquement, du moins.
Parce qu'à 13 ans, quand on apprend une nouvelle comme ça, on n'est plus la même. On a changé, et à jamais. C'était le genre de chose dont on ne pouvait pas vraiment guérir. Summer doutait même d'accepter cette nouvelle un jour, en fait.
Comment aurait elle pu ? On parlait de Samia, bon sang, pas du grand père inconnu qu'elle n'avait jamais eu. Non, c'était la petite fille qui avait partagé les jours de Summer pendant... des années. Une connaissance qui est censée marquer une vie. Être témoin à son mariage, la marraine de ses enfants.
Que des choses que Samia ne serait jamais. Elle ne grandirait jamais, ne sourirait plus jamais, ne verrais plus jamais le soleil, ne la taquinerait plus. Ne rencontrerait pas le grand amour, comme elle aimait le qualifier. Comme elle avait aimé le qualifier.
Comme le monde pouvait il ne pas avoir changé après ça ?
Avec un dernier regard pour les hiboux, qui partageaient désormais son secret, Summer quitta la volière d'une démarche manquant d'assurance.
537 mots
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA
Oui elle en avait conscience. Mais elle ne pouvait pas se remettre du choc. Comment faire ? Ca avait été l'une des personnes la plus importante de sa vie, et voilà qu'elle apprenait avec brutalité qu'elle n'était plus là. Qu'elle ne partageait plus le même univers que Summer. Même si le distance et le silence les avait séparé pendant plus d'un an il avait toujours été rassurant pour Summer de savoir qu'il y avait Samia quelque part en grande Bretagne, qu'elle respirait le même air qu'elle, voyait le même soleil et les mêmes étoiles.
Ce n'était plus le cas, à présent. Ce n'était plus quelques kilomètres qui les séparaient désormais, mais bien un univers. Un univers infranchissable.
Il lui fallut plusieurs minutes pour trouver le courage de se hisser sur ses jambes. Elle dut s'appuyer avec ses mains pour se pousser vers le haut. C'était comme si le poids de la voute céleste entière s'était soudainement abattue sur les épaules de Summer. Et on lui demandait maintenant de continuer à avancer. De faire comme si tout allait bien. Parce que les autres ne savaient pas. Parce que personne dans ce putain de château ne savait que l'univers de Summer venait d'être sauvagement défiguré.
Elle vacilla. Fit un pas hésitant. Puis un deuxième. Elle savait toujours marché. Evidemment qu'elle savait toujours marché ! Elle n'avait reçu qu'un hibou. Rien n'avait changé. Un hibou qui lui annonçait sa mort. Tout avait changé.
C'était étrange, beaucoup trop bizarre qu'elle ne ressente rien. Rien de physique. Enfin, il y avait bien cette impression d'étau dans sa poitrine, ce noeud dans sa gorge qui ne la quittait plus. Ses membres un peu tremblants. Mais à part ça, elle était toujours la même. Physiquement, du moins.
Parce qu'à 13 ans, quand on apprend une nouvelle comme ça, on n'est plus la même. On a changé, et à jamais. C'était le genre de chose dont on ne pouvait pas vraiment guérir. Summer doutait même d'accepter cette nouvelle un jour, en fait.
Comment aurait elle pu ? On parlait de Samia, bon sang, pas du grand père inconnu qu'elle n'avait jamais eu. Non, c'était la petite fille qui avait partagé les jours de Summer pendant... des années. Une connaissance qui est censée marquer une vie. Être témoin à son mariage, la marraine de ses enfants.
Que des choses que Samia ne serait jamais. Elle ne grandirait jamais, ne sourirait plus jamais, ne verrais plus jamais le soleil, ne la taquinerait plus. Ne rencontrerait pas le grand amour, comme elle aimait le qualifier. Comme elle avait aimé le qualifier.
Comme le monde pouvait il ne pas avoir changé après ça ?
Avec un dernier regard pour les hiboux, qui partageaient désormais son secret, Summer quitta la volière d'une démarche manquant d'assurance.
537 mots
Pour l'anniversaire de l'ange qui a inspiré Samia, pour le meilleur comme pour le pire
Dernière modification par Summer Jenkins le 15 mai 2026, 15:56, modifié 1 fois.
Deuxième année (en 50-51) - PR - Vava by Ernest - Volière ouverte, j’adore les hiboux !
Captain de la fanfare, Soleil des cachots - Hurleuse Nocturne des EdF - AA