Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV

Le point positif dans le fait que Mackenzie soit incapable de rester en place et que son père se sente le devoir de lui courir après dès qu'elle s'éloigne un petit peu d'elle, c'est que la boutique parait beaucoup plus calme et respirable maintenant que les deux sont loin de moi. Je peux regarder et piocher dans les rayons sans me soucier des questions agaçantes de la gosse ou des tentatives vaines de Narym pour nous inclure dans des conversations qui nous intéresseraient toutes les deux et dans lesquelles nous pourrions nous épanouir ensemble. Mais le fait est que les intérêts d'une gamine de quatre ans me passent très loin au dessus de la tête et qu'elle est absolument incapable de comprendre la vie, la magie ou la moindre chose qui pourrait attirer mon attention. Pour dire les choses simplement, elle m'emmerde et je suis bien mieux maintenant que je suis seu—

J'entends sa voix avant même de la voir. Mais je reconnais aussitôt le timbre insolent d'Élisabeth Willis. Quand je lève les yeux, je la trouve devant moi. Elle et l'enfant qu'elle tient contre son buste. Une fiole à la main, le regard insultant. Avant de comprendre ce qu'elle me raconte, j'ai le temps de penser : merde ! et de caresser la possibilité de m'enfuir rapidement avant qu'elle puisse recommencer avec ses propositions bizarres et déplacées. Parce que je le sais, je la connais, elle ne pourra pas s'empêcher de m'en parler encore. Mais je n'ai pas le temps de m'enfuir et de toute façon, lorsque ses paroles atteignent mes oreilles, je fronce déjà les sourcils, agacée qu'elle ait vu ma réaction face à l'épisode Narym-Mackenzie et qu'elle se soit fait des idées à ce propos.

J'ai un claquement de langue agacé. Mon regard fouille son visage sans trouver ses yeux ; elle me les confisque, trop occupée à regarder sa fiole. Son intervention subite m'agace, quoi que moins que sa présence devant moi — toute une foutue rue commerçante et il faut que nous nous retrouvions exactement dans la même boutique ?!

« De la peur ? répliqué-je sur un ton froid avant de désigner mon visage d'un doigt moqueur. Tu sais plus reconnaître de l'agacement quand t'en vois, Willis ? Les enfants sont inintéressants et agaçants. »

Et elle plus que les autres, songé-je intérieurement. Mes yeux coulent vers la vitre de la boutique à travers laquelle il est possible d'apercevoir Narym, accroupi devant son enfant. Je m'en veux d'avoir répondu à la jeune fille, je sais pourtant bien qu'elle a simplement voulu me titiller comme elle le fait toujours. Je pousse un soupir en ramenant mon attention sur les ingrédients étalés devant moi.

« Et tu sais très bien que je n'ai aucun problème avec le fait d'oser. » Je glisse vers Willis un regard moqueur, un rictus au coins des lèvres. « C'est après tout à cause de ça qu'on en est là aujourd'hui et qu'il te prend la... Folie de me faire des propositions complètement incohérentes. »

J'attrape un ingrédient au hasard et retourne la fiole pour regarder le prix. Je le repose aussitôt. Une grimace passe sur mes traits quand je me retourne vers la jeune mère, avec dans les yeux une lueur qui pourrait bien s'apparenter à de l'insolence.

« D'ailleurs, je dis non, » lancé-je sur le même ton que j'aurais pu prendre pour lancer une vanne à Narym, mais ça Willis ne le sait pas.

Je m'éloigne aussitôt dans la boutique. Je passe près d'elle pour cela et baisse les yeux pour la contourner, un « pardon » silencieux et moqueur sur les lèvres. Deux solutions à présent. Soit sa proposition n'est que du vent et elle abandonnera donc facilement face à ce refus, elle partira piocher dans les noms qui viennent après le mien dans la liste des marraines pour son bébé et en trouvera rapidement un qui correspondra bien mieux que le mien pour ce qu'elle espère pour le futur de sa progéniture ; soit elle est véritablement sérieuse et elle me suivra en m'exposant point par point tous les avantages qu'il y aurait d'être une marraine. Et elle n'en trouvera aucun qui fera mouche. À moins qu'elle ne me paie pour ça. J'accepterai peut-être, si j'étais payée. Combien pourrait toucher une personne pour jouer à la marraine d'une enfant ?

Vu ce qu'elle m'a dit plus tôt, je vise plutôt sur la deuxième option mais je préfère autant le vérifier. La plupart des gens pensent qu'ils sont sérieux dans leurs objectifs jusqu'au moment où ils rencontrent une petite barrière. Là, tout courage les quitte et on se rend rapidement compte qu'ils n'avaient rien de sérieux ou de déterminé. C'est affligeant.

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
La remarque qu'Éli avait lancée venait de piquer la plus âgée exactement comme elle l'espérait. Sans la regarder, la jeune fille arrivait à sentir l'agacement d'Aelle, et un léger sourire quasi-imperceptible se dessina au coin de ses lèvres en entendant sa réaction. Même si le sujet était très sérieux aujourd'hui, elle ne pouvait s'empêcher d'aimer cette tension, ce piquant qui les liées, c'était plus fort qu'elle. Mais les mots, et les gestes de sa camarade attirèrent l'attention de la jeune mère, très concentrée en captant le regard qu'Aelle porta un instant vers la devanture de la boutique ou la petite et son père se trouvaient encore. Il y avait peut-être une vraie carte à jouer là dedans. Sans connaître le lien qui existait entre sa camarade et la petite famille présente non loin, Éli sentait que le sujet était sensible pour l'ex poufsouffle. Mais Aelle reporta assez vite son attention sur elle, offrant de nouveau son ton condescendant à la pièce. Elle pensait donc tout savoir de ses motivations et de ses réflexions, ça se voyait à sa façon confiante de se tenir devant elle, pourtant elle avait tort, aucune folie n'existait dans ce qu'Éli lui avait proposé plus tôt dans la journée. La plus jeune se contenta de lui sourire en la laissant terminer. Observant à son tour la manipulation de l'ingrédient qu'Aelle venait de saisir, elle ne fut qu'à peine surprise d'entendre ensuite toute la résistance de son ainée dans ce "non", qu'elle réceptionna presque comme une provocation de sa part.

C'était un refus qu'Éli ne considérait pas vraiment comme un choix sérieux. Entre leur première conversation et maintenant, il ne s'était passé que quelques heures, un temps qu'Aelle avait dû passer à faire tout, sauf à réfléchir à son offre. Ne l'avait-elle même pas tout simplement balayée quelques secondes après leur discussion ? La connaissant, c'était une probabilité assez forte pour qu'Éli l'ait envisagée sérieusement. La jeune mère ne se sentit d'ailleurs pas du tout déstabilisée par cette réponse négative, et suivit sa camarade lorsqu'elle tenta de la distancer dans le magasin.

Une fois à son niveau, sans attendre la poufsouffle reprit la parole sur un ton posé, mais qui ne laissait aucun doute sur ses convictions.
-Tout c'que tu ne comprends pas n'est pas forcément fou ou incohérent Bristyle... Attrapant volontairement l'une des petites boîtes se trouvant sur l'étagère à proximité de sa camarade pour s'en approcher un maximum, la jeune mère attendit que la distance entre elles trois ne soit plus que de quelques centimètres, pour lui chuchoter la fin de sa phrase dans le creux de l'oreille. ...et je refuse ce "non". Se rendant compte assez vite que la présence d'Eden entre elles n'allait peut-être pas favoriser l'échange, elle reprit une distance réglementaire rapidement. En reculant d'un pas, ses doigts s'étaient resserrés sur la boîte d'épines de porc-épic, et son regard semblait maintenant se passionner pour l'étiquette lorsqu'elle continua sur un ton détaché.

- j'pense que t'as pas eu le temps d'y réfléchir vraiment, contrairement à moi, parce que bon....si tu en es à tenir les murs du chaudron Baveur et à faire du shopping avec une gamine "inintéressante" et son père.... dans le genre "quête de vie super passionnante" on a déjà vu mieux on n'va pas s'mentir... Sans réussir à retenir son ironie, Éli reprit enfin le contact visuel pour fixer Aelle avec un sourire sournois. ... T'as pas l'air débordé par les défis, moi je t'en propose un... alors si c'est pas d'la peur, qu'est ce que tu risques à dire "oui" ? Tu sais c'que je veux, et je n'compte pas changer d'avis, mais si c'est pas assez intéressant pour toi ok, vas y, tu veux quoi en échange ?

@Aelle Bristyle

❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
Un sourire invisible étire légèrement mes lèvres lorsque j'entends ses pas dans mon dos. Evidemment qu'elle allait me suivre. Evidemment qu'elle n'allait pas abandonner comme cela. À la satisfaction que je ressens, je comprends que j'aurais été déçue qu'elle fasse un autre choix. Déçue, parce que cela aurait signifié que je m'étais trompée sur elle et sur ce que je sais à son propos. Mais ce n'est pas le cas, elle m'a suivi et je sais désormais qu'elle va insister.

Je veux bien avouer, mais pas à voix haute, que je suis tout de même curieuse de voir ce qu'elle aura à me dire. Jusqu'ici, je suis toujours parfaitement incapable de comprendre pourquoi son choix s'est porté sur moi. Et pour cause : elle ne m'a pas donné la moindre explication. J'ai bien envie de savoir, moi, pourquoi une jeune mère, bien que mineure et ayant la déraison de l'adolescence, décide de choisir pour marraine de sa fille une personne comme moi : violente, intéressée par la magie noire, qui se fiche des autres et surtout de passer des moments avec un nouveau-né et sa mère que je ne suis pas sûre d'apprécier la plupart du temps, qui se fiche des anniversaires et de Noël et qui a pour principale préoccupation dans la vie d'en savoir davantage sur la magie et de se perfectionner dans la magie noire, qui d'ailleurs n'espère pour accompagnante sur ce chemin qu'elle a choisi qu'une seule personne qui elle-même est morte et qui hante désormais un nouveau corps. Non, vraiment, je ne vois vraiment pas ce qu'espère Willis avec ce choix incohérent.

Et si, songé-je avec un sourire ironique en l'entendant, ce que je ne comprends pas est incohérent car je comprends tout avec une extrême facilité. Ce que je ne comprends pas ne peut qu'être soit illogique, soit incohérent, soit faux. C'est tout. Ainsi est fait le monde. Mais je la laisse parler parce qu'elle aime bien le son de sa propre voix et aussi parce que ça m'amuse de la laisser croire qu'elle dit des choses qui importent alors que ce n'est pas vrai.

Je repose l'ingrédient que je viens d'attraper sur l'étagère un peu brutalement lorsque je la sens se pencher vers moi. Je lui lance un regard en coin mais ne m'éloigne pas, les muscles tendus et les yeux baissés vers le sommet du crâne du bébé qu'elle approche de moi dans l'entreprise. Une drôle d'odeur m'envahit, celle de la lessive et d'autres choses d'agréables que j'impute au bébé. Je fronce le nez, recule la tête, mais pas suffisamment pour l'empêcher de me chuchoter cette phrase à l'oreille. Elle se recule aussitôt. Moi, j'affiche un rictus moqueur. Il n'y a pas à dire, il y a peu de personnes dans ce pays qui agissent avec moi comme elle elle le fait et c'est peut-être pour ce point-là précisément que je n'ai pas envie de la faire disparaître d'un coup de baguette magique. Élisabeth Willis est une emmerdeuse, c'est un fait. Mais elle a de l'audace. Ce serait idiot de prétendre le contraire.

Je tourne mon visage agacé vers elle et lui fait subir le joug de mon regard — qu'elle ignore totalement puisqu'elle est trop occupée par la fiole qu'elle tient. Malheureusement pas assez pour qu'elle la ferme. Sa première réplique me fait lever les yeux au ciel. Que pense-t-elle que je sois en train de faire ici exactement ? Que je me mets des bâtons dans les roues avec Narym et sa gosse pour le plaisir, pour le frisson ? Elle me prend pour qui ? N'a-t-elle pas compris qu'il s'agissait de ma famille, tout simplement ? Quant à sa deuxième et dernière remarque... Ou plutôt ses deux dernières questions, elles, elles font enfin pencher la conversation vers un sujet plus intéressant.

Je me tourne complètement vers elle, cette fois-ci, et croise les bras sur ma poitrine en la regardant longuement de mes yeux sombres, comme si je la jaugeais. Je sais exactement ce que je risque à lui dire oui, mais ça viendra plus tard. Mais elle me demande ce que je veux en échange ? Elle me le demande réellement, n'est-ce pas ? Aussi ne sera-t-elle pas déçue si je lui réponds :

« En échange ? De l'argent, peut-être, répliqué-je avec un sourire moqueur. Tu me donnerais combien pour que je sois sa marraine, hein ? »

En prononçant le mot sa, je désigne du menton la petite chose qu'elle tient contre elle. Mon rictus moqueur s'affaisse légèrement, jusqu'à ce que finalement un petit soupir coule de mes lèvres. Mes yeux tombent sur le crâne blafard qui dépasse de son écharpe puis remonte jusqu'au visage de mon ancienne camarade de Poudlard.

« Tu me demandes sérieusement ce que je risque à dire oui ? questionné-je finalement d'une voix traînante. Tu me demandes d'être la marraine de ta gosse. La question c'est pas ce que je risque en acceptant mais surtout : pourquoi est-ce que je dirais oui ? »

Je la regarde avec cet air-là. Pense-t-elle qu'il ne s'agit que d'un jeu ? Que l'on peut comme cela, sur un coup de tête, se faire marraine d'un enfant sans que ça ait la moindre conséquence ? A-t-elle conscience de l'engagement que ça pourrait représenter ? Avec cette question qu'elle m'a posée, je commence à en douter. Veut-elle réellement que tout cela ne soit qu'un défi à relever pour moi ? C'est ce qu'elle veut pour son enfant ?

« Sérieux, Willis... »

Je n'ajoute rien de plus. Me contente d'un geste vers sa fille, puis vers moi.

Cet air-là qui signifie : regarde la réalité en face, tu ne peux pas être sérieuse.

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
À cet instant, la jeune mère se fichait complètement de savoir ce que son ex camarade ressentait, pensait, ou critiquait déjà intérieurement de ses mots. Éli était bien décidée à aller au bout du process qu'elle avait entrepris il y a quelques heures, peu importe le rictus qui passait sur le visage de la plus âgée, peu importe les baguettes qu'Aelle tenterait de lui mettre dans les roues, elle la connaissait assez pour savoir qu'une bonne partie de tout ça ne servait qu'à la décourager, et surtout à la tester. Il fallait qu'elle soit convaincante, pourtant le face-à-face que la jeune femme lui imposa en ce tournant vers elle, la déstabilisa quelques instants. Ces yeux noirs, ces bras croisés, cette froideur, elle les connaissait, elle les jalousait même parfois, mais il ne fallait pas cette fois, il y avait beaucoup trop d'enjeux. Heureusement, très vite Éli reprit le dessus sur ses émotions.

Sans surprise, Aelle se moqua, désigna sa fille avec des micros gestes à la limite du manque de respect, mais Éli ne bougea pas, trop contente d'entendre enfin le début d'une vraie conversation, avec de vraies questions sans déni cette fois. Pourtant, soudainement Aelle laissa sa phrase en suspens, comme s'il n'y avait pas besoin de suite à son monologue pour comprendre l'évidence dont elle seule était convaincue. La jeune mère fit mine de ne pas comprendre le geste que la plus âgée posa entre Eden et elle. Laissant s'échapper quelques secondes pour se laisser le temps de remettre tout dans l'ordre, sans réagir comme l'ado impulsive qu'elle était toujours un peu, Éli finit par répondre très sérieusement.

- si c'était ta condition, j'me débrouillerais pour te donner c'que tu veux. Mais l'argent ne te fera pas dire "oui" j'me trompe ? La jeune fille fixa Aelle d'un regard convaincu comme pour répondre elle-même à sa propre question. Tournant rapidement son attention sur sa fille endormie, elle continua calmement, un sourire attendrit aux coins des lèvres. j'suis pas complètement stupide, je sais que c'que j'te demande c'est pas quelque chose qui s'achète, mais c'est important pour moi, donc je ferais c'qu'il faut pour elle. J'me fiche complet de ce qui se fait ou pas. Reprenant contact avec le regard sombre de son ainée, le visage d'Éli devint plus sérieux, dissipant totalement son sourire. Tu veux savoir pourquoi tu devrais dire "oui", j'vais t'le dire, mais c'est toi qui demande alors ne te plains pas après que je parle trop.

Le poids d'Eden sur sa poitrine, la fatigue de la journée en extérieur, et la longueur de la plaidoirie qu'elle allait devoir prononcer poussèrent Éli à poser légèrement ses fesses sur l'un des petits meubles en face d'Aelle. Après avoir pris une grande respiration pour se donner la force nécessaire pour parler, la jeune mère laissa tomber ses mots sans filtre.
- Tu seras jamais une marraine hyper affectueuse et surprotectrice, ça c'est clair, mais avec toi Eden finira par apprendre comment se protéger d'elle-même. Tu seras surement pas là souvent, mais j'suis sur que tu si un jour elle t'appelle parce qu'elle a vraiment besoin de toi, tu saura gérer l'urgence peu importe la gravité de la situation. Tu ne lui parleras pas de tout et de rien juste par plaisir, mais tu oseras lui dire cash ce qu'il faut qu'elle entende, même si c'est dur, même si ça doit la faire réfléchir, la faire chier, la faire exploser, ou tout bousculer dans sa vie. Tu ne seras pas celle qui lui offrira des cadeaux pour les jours importants, mais elle apprendra des choses qui ont bien plus de valeur pour moi. Si j'ai un peu forcé pour qu'on reste en contact, c'est parce que dès la première fois à Poudlard, des la première fois ou l'on s'est parlé t'as fait bouger des putains de choses en moi, en étant juste...toi. C'est effrayant, mais fascinant en même temps, alors oui, je sais c'que tu peux offrir à Eden.

Fixant toujours Aelle, Éli abandonna l'appui sur lequel elle avait trouvé un peu de repos, pour faire face à la jeune femme de toute sa hauteur. Le regard un peu adoucit, la poufsouffle respira une nouvelle fois avant de baisser légèrement le ton pour continuer.
- je n'veux pas d'une version plus soft pour ma fille, ni une marraine parfaite...pas du tout. j'te veux toi, la chieuse, imparfaite et horrible parfois, j'veux ta noirceur qui glace le sang, et ton sale ton agaçant de putain de sorcière qui sait qu'elle est bien plus douée que le commun des mortels. Alors oui, j'avoue que nos échanges brulant comme des gnomes aux poivre, c'est pas pour me déplaire, mais il y a tout ce qu'il se passe après aussi. Tout c'que tu prends dans la vie des autres, tout c'que tu jettes par terre sans problème, tout c'qu'on refuse de te laisser faire...c'est tellement brute mais vrai que ça aide à s'construire, à réfléchir, à regarder autrement, à faire mieux, et à avancer... Alors j'm en fou pas mal des cadeaux, des dates, et de la marraine que tout le monde veux. je ne sais pas c'que tu imagines devoir faire si tu dit "oui", mais tu te trompe ! j espère rien d'autre que c'que t'es déjà, celle que t'es avec moi, celle que tu étais dans nos lettres, celle que tu es quand t'a rien à prouver à personne.

Tout en posant ses deux mains sur la bosse que formait sa fille, Éli, finit par sourire sournoisement vers Aelle.
et puis... je veux qu'Eden te mette hors de toi, qu'elle se défende contre tes positions, qu'elle s'inspire de toi en cherchant toujours à te faire entendre son point de vue. J'veux qu'elle se challenge de ton niveau en magie de dingue, autant que de ton acidité. J'veux qu'elle pousse ses limites bien plus loin que ce que l'école ne pourra jamais lui montrer... et qu'elle n'ai pas peur de le faire. Tu sais pourquoi tu devrais dire "oui" ? Parce que j'ai pas besoin d'une marraine qui ferme les yeux sur toute cette merde qui existe autours de nous, parce que le monde, le vrai, en dehors de la bulle de Poudlard, c'est un putain d'Epouvantard h24 ! Alors le mieux que j'puisse faire pour elle, c'est de l'aider à être prête pour tout ça, j'veux qu'elle se sente aimée et protégée, et je ferais tout pour qu'elle le soit, mais j'veux aussi qu'elle ai des personnes qui lui apprenne à ETRE par elle meme, a ne pas dépendre des autres, et a se faire une place sans se faire détruire complètement au passage. Pour une fois tu ne peux pas me faire confiance ? J'veux juste qu'tu lui laisse une place, peu importe la version que tu veux donner...à tout ça. Grandir dans tes parages c'est trop te d'mander Bristyle ?!

❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
Grandir dans tes parages c'est trop te d'mander Bristyle ?!

Moi, ce que je comprends c'est qu'elle me voit telle que je suis et que c'est exactement pour cela qu'elle a envie que je fasse partie de la vie de sa fille et de la sienne. Moi, ce que je comprends c'est qu'elle peut m'insulter en me regardant droit dans les yeux en affirmant que ce qu'elle dit est la vérité, ce qui m'a évidemment arraché une grimace avant que je reprenne le contrôle de mes expressions, et que cela ne l'empêche pas de vouloir que je fasse partie de la vie de sa fille et de la sienne. Moi, ce que je comprends c'est qu'elle a conscience de ma froideur et de ce que je ne lui donnerai jamais, de ce que je ne ferai jamais pour son enfant, mais qu'elle veut quand même que je fasse partie de leur vie. Moi, ce que je comprends c'est qu'elle me comprend plus que je le croyais, que ça me fait flipper, mais que même en me voyant telle que je suis — ou du moins telle qu'elle peut me voir — elle veut que je fasse partie de leur vie. Moi, ce que je comprends c'est que c'est parce que je suis dure, sincère, méchante, directe, sévère, arrogante quand je suis en droit de l'être, attirée par les forces obscures même si elle ne sait pas à quel point, que je ne cache pas la vérité, que je m'en sers même pour blesser très souvent, que je n'ai pas peur de froisser les gens, de les mettre face à leur merde, de leur enfoncer le nez dedans même, que je ne suis pas affectueuse, pas gentille, pas tendre, pas envieuse de passer du temps avec les gens de mon entourage tant que je ne l'ai pas décidé, que je me fiche des dates qui comptent et que je ne compte pas me souvenir de celles-ci d'ailleurs, que c'est parce que je suis toutes ces choses qu'Elisabeth Willis veut que je sois la marraine de sa fille.

Toutes ces choses... Je me les suis faites reprocher au moins une fois chacune par les membres de ma famille depuis que je suis née. Aodren me répète souvent que je dois apprendre à prendre des pincettes, que je suis trop directe et méchante, que ce n'est pas bien de ne pas avoir un peu de tact pour dire les choses aux gens, que c'est un manque de respect. Zakary me reproche depuis presque toujours de ne pas apprécier de vouloir passer du temps avec eux, il ne comprend pas que c'est comme je suis et que je n'ai pas besoin de les voir régulièrement, plus que ne pas comprendre il n'accepte pas. Narym, sans le dire, aimerait pourtant que je sois plus affectueuse et plus proche, sans parler du fait qu'il déteste viscéralement ma violence et ça il me l'a déjà dit. Natanaël n'aime pas grand chose de moi et tout ce que n'aiment pas les membres de ma famille chez moi, lui les déteste encore plus fort ; je devrais plutôt lister ce qu'il montre apprécier chez moi, ce serait plus rapide. Papa... Papa semble sur le papier tout accepter de moi mais il souffre de la distance que je mets entre nous et bien qu'il m'ait déjà dit admirer ma sincérité sans faille, je sais qu'il préfèrerait que je sois plus bienveillante avec les gens, comme lui. Maman prend pour de l'irrespect ma tendance naturelle à être froide et distante, alors même qu'elle est sensiblement la même quoi.

Les gens ont toujours des choses à me reprocher. Même Willis, d'ailleurs. Elle dit qu'elle veut toutes ces choses pour sa fille mais cela ne signifie pas qu'elle les apprécie ou qu'elle les désire pour elle-même. Je l'ai bien compris, ça. Je l'ai bien compris, ce n'est pas le problème. Le problème, c’est qu’elle voit tout ce qu’elle déteste mais qu’elle le désire tout de même. Une partie de moi n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi. Pourtant, elle l’a exprimé clairement. Elle veut que sa fille puisse fréquenter quelqu’un qui l’aide à s’endurcir et toutes ces conneries, persuadée qu’elle est que c’est ce que je ferai au lieu de blesser sa gamine. Grand bien lui fasse. Je comprends ça. Et pourtant je ne comprends toujours pas pourquoi. Une partie de moi est tout simplement incapable de comprendre ce que veut dire son discours, c’est à dire : c’est toi que je veux. Car moi, je suis davantage habituée à ce qu’on désire ma présence puis qu’on la fuit autant que possible dès que ça devient un peu compliqué. Alors je ne comprends pas. Ou je ne veux pas comprendre, je ne sais pas trop.

Il y a quelque chose qui a grossi à l’intérieur de moi durant son discours. Mon visage n'exprime pourtant rien. J'ai commencé à afficher un visage exempt d'émotion après les premières insultes que je n’ai d’ailleurs pas tellement pris comme telles. Mais quelque chose de grand et qui prend de la place grossit en moi. Je n’ai pas envie de la regarder en face. Je n’ai pas envie de savoir ce qu’elle signifie. Je n’ai même pas envie de comprendre tout ce que Willis vient de me dire. En fait, j’aurais préféré n’avoir rien compris de tout cela et pouvoir affirmer que ses envies n’ont pas la moindre consistance puisque je ne peux pas les comprendre. Mais j’ai compris. Evidemment, que j’ai compris.

Au fond de moi, je ne peux que comprendre que l’on puisse avoir besoin de qui je suis et de ma façon d’être, puisque j’estime que la personne que je suis et la façon dont j’agis est celle qui doit être. C’est la mienne. Je suis même reconnaissante que quelqu'un le reconnaisse enfin.
Mais au fond de moi, je ne peux pas comprendre que l’on puisse avoir besoin de qui je suis et de ma façon d’être, puisque la personne que je suis et la façon dont j’agis est la seule chose qui a toujours repoussé tous les gens que j’apprécie, car ces gens ont toujours fait semblant de m'apprécier, alors qu'ils ne me voyaient pas vraiment.

Je n’aime pas du tout ce que je ressens. J’ai l’impression d’avoir un trou à l’intérieur de moi et d’être aspirée par lui. Mon cœur s’emballe. Comme quand je vais voir Kristen parfois et qu’il bat tant et si fort que je n’arrive plus à respirer, plus à bouger, plus à rien faire. Je ne peux pas laisser ça m’arriver maintenant, sans aucune raison.

Les secondes s’écoulent. J’inspire lentement par le nez en me tournant sur le côté pour ne pas avoir à subir le joug du regard de Willis. Sentir l’air s’infiltrer dans mon nez et gonfler mes poumons, sentir mes doigts se refermer en poing et mes ongles s’enfoncer dans la peau tendre de mes paumes, avoir conscience de mes pieds bien ancrés au sol. Les instructions de Zikomo traversent mon esprit et m'aident à me raccrocher au moment présent. J’arrive à garder le contrôle. Quelques secondes à peine se sont écoulées. Déjà trop pour moi. Suffisamment pour que Willis se dise que ses mots ont fait mouche. Suffisamment pour que moi j’en ai conscience.

Je ramène mes yeux sur elle. Je ne suis pas obligée de réfléchir à tout cela maintenant.

« Tout ça, commencé-je d’une voix lente en essayant de ne pas montrer que tout ça a remué quelque chose en moi, c’est les raisons pour lesquelles tu as besoin que je dise oui. Ce sont les choses que je peux t'apporter. »

Jamais j'ai pensé que qui que ce soit puisse vouloir cela de moi. Ça tourne en boucle dans ma tête. Je n'aurais jamais cru que l'on puisse vouloir cela de moi. Grandir dans tes parages, c'est trop demandé, Bristyle ? Jamais je n'aurais cru que l'on puisse désirer cela. C'est trop demandé, Bristyle ? Encore moins qu'une personne le souhaite pour l'être le plus important de sa vie.

Mes yeux tombent sur Eden avant de remonter vers le visage de Willis.

« Mais ça ne dit pas ce que j'y gagnerai, moi. »

Je fronce les sourcils. Tous ces mots remuent dans ma tête. Ces confidences que je connaissais déjà (le fait que notre rencontre ait remué quelque chose en elle) et celles que je viens d'apprendre. Tout ça, ce sont des conneries. Ce ne sont que de belles paroles. Même si j'acceptais tout cela, il se passerait combien de temps avant qu'elle revienne sur ses paroles parce que madame se rend finalement compte que je suis un peu trop dure pour sa gamine ? Peu de temps, j'en suis persuadée. De toute manière, je n'ai rien à y gagner, vraiment rien. L'attachement d'une mère. Celui, presque indéniable, d'une gamine. Ce n'est rien, tout ça. Ce n'est rien d'important. Rien de consistant.

Peut-être que je devrais réellement me pencher sur cette question de salaire. Et moi, combien d'argent je serais prête à exiger pour accepter de devenir la marraine d'une enfant dont je n'ai que peu faire ?

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
Le silence qui suivit son monologue était-il une bonne chose ? Impossible à savoir. Ce qui se passait dans la tête d'Aelle était déjà très compliqué à lire lorsqu'elle la regardait en face, mais la jeune femme venait de lui retirer la possibilité de sonder ses iris ; c'était peine perdue. Attendre était la seule chose à faire pour la Poufsouffle, attendre et espérer que l'absence de réponse immédiate ne soit pas le prélude d'un autre refus. Après quelques secondes beaucoup trop longues, la jeune mère sentit son cœur battre un peu plus fort lorsque sa camarade rompit le silence : une nouvelle manche venait de commencer. Il ne fallait pas se mentir, leurs échanges n'étaient que des rencontres aux nombreux cognards, pour autant, ni l'une ni l'autre n'avaient encore décidé de mettre fin au match définitivement. Éli venait de battre les cartes une nouvelle fois aujourd'hui, mais est-ce qu'Aelle allait saisir l'occasion pour reprendre la main, ou allait-elle décider d'abandonner la partie ?

Il n'y avait aucune réplique cinglante dans ses mots, la jeune femme ne remettait rien en question pour une fois, ce qui étonna Éli. C'était presque comme si ses paroles étaient validées par sa camarade. Aelle ne rejetait aucune de ses affirmations pour l'instant, mais rien n'était gagné encore, et la Poufsouffle en avait bien conscience. « Ce sont des choses que je peux t'apporter. » Sans pour autant lui offrir un oui, elle lui offrait de la crédibilité, enfin ! Ses mots étaient audibles, et Aelle les avait entendus, c'était une première étape. Un sentiment mitigé parcourut la jeune Poufsouffle, à la fois fière et inquiète, elle n'avait pas envie de se faire de faux espoirs malgré tout, il ne fallait pas qu'elle perde de vue son objectif. Pourtant, lorsque sa camarade osa un bref regard vers Eden, Éli n'arriva pas à retenir un micro sourire. Ce n'était rien, venant de n'importe qui d'autre ce micro regard neutre n'aurait même pas été remarqué. Après tout la jeune femme n'avait fait que survoler très succinctement la petite, sans grimace certes, mais elle ne l'avait surtout pas ignoré. Aelle entendait ses mots, et elle voyait sa fille, maintenant qu'Éli avaient visiblement réussit à capter son attention, il fallait trouver comment faire basculer le match en sa faveur, trouver ce qui l'empêcherait de dire "non".

Si la jeune femme lui demandait ce qu'elle pouvait y gagner, c'est qu'elle l'envisageait au moins un peu. Sinon pourquoi ne pas tout simplement bazardé le débat par une réplique sèche, en la laissant seule ici ? L'espoir plané définitivement sur cette réponse, et la jeune mère comptait bien s'y accrocher de toutes ses forces. Elle ne laisserait pas filer cette petite brèche ouverte par son ainée. En attendant, aucune idée lumineuse ne lui venait, qu'est ce qui pouvait avoir assez de valeur aux yeux d'Aelle pour mériter son "oui" ? Qu'est-ce qu'elle pouvait avoir besoin ? Qu'est-ce qui animerait assez sa curiosité et son ego pour accepter ? La pression était grande, et la jeune poufsouffle n'avait pas le droit à l'erreur, une mauvaise réponse pouvait très facilement la faire basculer à nouveau dans la zone grise de l'indifférence. Il fallait faire un choix stratégique. Elle avait fini par apprendre qu'avec Aelle les détours, et les pirouettes de surface ne servaient à rien. Dire les choses avec franchise sans essayer de la brosser pour avoir ses faveurs, voilà le meilleur plan qu'elle avait, le seul plan qu'elle avait.

Resserrant un bras autour de sa poche ventrale formée par Eden, Éli se mordit la lèvre intérieurement, puis encra sans se démonter, ses iris dans ceux de sa camarade.
- C'est p't'être dur à croire, mais j'ai pas l'habitude de tout ça moi non plus. Tu m'excuseras, mais "Recrutement de marraine" c'est pas vraiment l'option que j'ai choisie pour mes BUSEs Bristyle ! Laissant un sourire ironique passer, la jeune mère reprit son sérieux très vite. Déjà, tu y gagnes la paix. Comme tu le sais j'peux être très soûlante quand je veux vraiment quelque chose. Le visage soudain bien plus doux, Éli posa un regard attendrit sur Eden avant de retrouver celui de la jeune femme. Sur un ton fatigué, portée par l'émotion, relâchant ses épaules pour soulager un peu leur tension, elle balaya quelques instants sa carapace de fierté pour se mettre à nu. J'vais pas te mentir, je sais pas du tout. Je sais pas du tout c'que tu pourras trouver ou non dans ce rôle Aelle, mais je t'ai dit que j'étais prête à beaucoup pour ma fille, et ça c'est vrai. Alors qu'est-ce que tu veux ? Dit moi. Tu as le pouvoir, prends le.

@Aelle Bristyle

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Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
Je viens de le lui demander : qu'est-ce que j'y gagnerais ? Pourtant, la seule chose qui tourne en boucle dans ma tête, c'est le discours qu'elle vient de me servir. C'est ce que ça leur apportera à elles qui tourne dans ma tête. Ses mots, encore et encore, qui résonnent, comme un écho qui se répond à lui-même et qui jamais ne se tait. Grandir dans tes parages, c'est trop demander ? Encore et encore les mêmes mots, les mêmes aveux et ce drôle de sentiment comme une vague brûlante qui se répand à l'intérieur de moi. Et encore ce cœur qui s'abat contre ma poitrine et ces pensées qui palpitent dans le creux de ma tête.

Je suis contente qu'elle reprenne la parole. Je n'ai pas envie de réfléchir ni de penser, je ne veux pas me questionner, je ne veux pas comprendre. Alors quand elle parle et que je me concentre sur ses mots, sur son sourire ironique, sur sa blague par ailleurs un peu nulle, je parviens à faire taire mes pensées. Je n'esquisse aucun sourire mais un sourcil se dresse sur mon front. J'écoute attentivement. J'attends presque avec trop d'impatience. Comme si Willis détenait la réponse que je n'ai pas : qu'est-ce que je gagnerais dans cette affaire ? Comment pourrait-elle le savoir ? Pourtant, j'attends qu'elle me le dise, qu'elle me dise ce qu'elle croit pouvoir m'offrir, ce qu'elle espère que je pourrais accepter.

La paix ?

Pense-t-elle que je me laisserai emmerder par elle trop longtemps ? Me pense-t-elle incapable de la repousser brutalement, de lui imposer le silence ou une fuite pure et simple ? Non, je ne gagnerai pas la paix en acceptant, cette réponse ne me convient pas. La paix, je la prends si je la désire. Personne ne me la donne. Je sais qu'elle peut être "soulante", comme elle le dit, je le sais même très bien, mais je sais aussi que je ne laisserai jamais qui que ce soit, même la plus emmerdante des personnes, me gâcher mon temps si je ne le désire pas. Je pince donc les lèvres en attendant meilleure réponse... qui n'arrive pas.

Je l'observe baisser les yeux sur sa fille, avec sur le visage une expression fatiguée que je ne comprends pas totalement mais que je prends comme un abandon ; un abandon de ce qui l'a fait avoir ce sourire ironique, un abandon de sa capacité à me sortir de très long discours. Et de fait, ce n'est pas par un long discours qu'elle me répond, mais par une réponse succincte, et sincère.

Elle ne sait pas. Une moue vaguement déçue passe sur mes lèvres avant que je ne contrôle mes expressions. Elle ne sait pas, évidemment. Comment aurait-elle pu savoir alors que moi-même je l'ignore ? Sa réponse est comme un coup de batte sur mon cœur : elle me demande ce que je veux et je réalise que je n'en ai pas la moindre idée. Elle me demande de lui dire mais je n'ai rien à répondre. Elle me dit : tu as le pouvoir, prends-le. Mais comment le prendre quand moi-même j'ignore ce que je désire ?

Je mens.
Ça me tombe subitement dessus.
Evidemment que je mens.
Je sais exactement ce que je veux, elle vient d'ailleurs de me le proposer sous la forme de ce petit être, un petit être qui dépendrait de moi si je le désire, un petit être dans la vie duquel je pourrais prendre une grande importance si je le désire, un petit être qui n'a pas la capacité de faire ce que tous les adultes (ou moins adultes) qui l'entourent font en permanence. Les enfants n'abandonnent pas. Les enfants ont besoin des adultes.

Je me rends compte que j'ai baissé les yeux sur Eden. Je me rends compte de ce à quoi je suis en train de penser. Je me rends compte de la fragilité de mon cœur qui bat maladroitement à l'intérieur de ma poitrine. Je me rends compte de mon immense solitude, qui est l'étrange reflet de la crainte viscérale avec laquelle je me réveille chaque matin depuis six mois et qui dévore chaque partie de mon âme : celle de perdre Kristen. Et tout à coup, la honte de ce que j'ai voulu avoir l'espace de quelques secondes me tombe dessus. Une honte violente et brutale, palpable, suintante qui me coupe le souffle.

J'ai le pouvoir. Et c'est la première fois de ma vie que je suis effrayée à l'idée de l'avoir.

« Rien, » je souffle en ramenant mes yeux vers Willis. Un bref sourire m'étire les lèvres. Il n'a rien de joyeux. « Je veux rien, » j'articule doucement en secouant la tête.

Mes yeux retombent sur sa fille. Je le détourne aussitôt. Je déglutis péniblement. Je n'aime plus du tout ce qui est en train de se passer ici. La honte me recouvre comme une cape. Voyez comme elle me ceint si bien les épaules ! Je recule d'un pas. J'arrache mon regard de Willis pour observer Narym à travers la vitre. Mes dents s'enfoncent dans ma lèvre inférieure. Je ramène mes yeux sur la jeune fille en inspirant par le nez une longue goulée d'air.

« C'est une mauvaise idée, lui annoncé-je en la regardant droit dans les yeux. Je vais... » Je détourne une nouvelle fois les yeux vers la vitre. « Je vais rejoindre mon frère. »

J'ai besoin de m'éloigner de ça. Je ne veux plus de ces sentiments, je ne veux plus de ces pensées, je ne veux plus de cette honte. Je ne sais pas encore que plus tard, si ce n'est pas elle qui le fait, je reviendrai de moi-même vers Willis avec l'air de ne pas le faire, avec la curiosité de celle qui veut s'assurer que la proposition était sérieuse, qu'elle tient toujours. Je ne le sais pas encore, pour l'instant, je veux m'en aller, tout simplement. Rapidement. Oublier tout ça, faire comme si ce n'était jamais arrivé. Et tout revivre dans mes cauchemars quand je fermerai les yeux.

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
Venait-elle vraiment de lui offrir son âme sans limite ? Visiblement oui.

Même si silencieusement l'inquiétude d'Éli montait en flèche, presque au même niveau que son impatience, trop fière, elle faisait tout son possible pour rester parfaitement immobile face à la Princesse de Glace. Elle était prête à lui offrir beaucoup, oui, mais quelles étaient vraiment les limites d'un "beaucoup" pour Aelle ? La jeune mère n'en savait absolument rien, et pourtant elle venait de plonger en toute conscience dans cet abyssal inconnu duquel elle ne ressortirait sûrement pas indemne. Tu as le pouvoir, prends le. Quel sacrifice Éli allait-elle accepter sans négociation lorsque sa camarade finirait par répondre ? Qu'allait-elle décider de lui prendre en plus de ses nerfs à vif qui commençaient à lui brûler la peau ?

Le silence. Le silence, son regard froid et illisible sur Eden. Le silence et pourtant ce bruit si douloureux contre la paroi du crâne d'Éli.

Dit quelque chose ? Ne me laisse pas t'interpréter de travers Aelle putain !

Sous les vêtements de la jeune fille, chaque fibre musculaire tétanisée par cette insoutenable attente de verdict, contrastait avec la douceur des mouvements d'Éden endormie dans l'écharpe. Ignorant l'importance de la scène qui se jouait autour d'elle, la petite suçait son pouce tranquillement, blottissant un peu plus son visage dans la poitrine de sa mère. Rien. La jeune femme ne voulait rien ? La bouche de la Poufsouffle s'entrouvrit légèrement d'incompréhension en entendant ces mots. Parmi toutes les réponses possibles, c'était celle-là qu'elle avait choisie de lui offrir ? Sérieusement ? Et ce sourire qui glacerait n'importe qui, décidément Aelle avait l'art de déplacer ses pions pour la déstabiliser. Pourtant au milieu de cet instant, alors qu'elle était maitre du jeu, elle n'avait pas l'air aussi confiante que la jeune mère l'aurait cru. Ce regard posé une fois de plus sur Eden, aussitôt avorté comme s'il ne devait pas exister, ce pas en arrière, ce visage détourné et tendu, avant de reprendre finalement contact sur une respiration trop intense pour être juste nécessité vitale, tout semblait étrange.

L'orchestre de la migraine battait son plein entre les tempes d'Éli, pourtant c'est de l'espoir qui inonda de nouveau ses pensées lorsqu'Aelle parla. Une mauvaise idée.... Pourquoi prendre la peine de m'énoncer des vérités. Est-ce que tu essayes de me convaincre ou plutôt de te convaincre toi-même Britstyle ? Laissant la douleur envahir complètement son espace sous un froncement de sourcil, Éli n'avait jamais été aussi confiante, et terrifiée à la fois. Écouter la suite, elle n'avait que ça à faire. Son frère ?! C'était donc lui cet homme. Même s'il n'y avait rien de bien surprenant qu'Aelle est encore de la famille, Éli s'était toujours imaginé que la froideur noire de sa camarade se mêlait parfaitement à la solitude d'une vie sans famille. Visiblement tout n'était pas exact dans ses suppositions, mais elle n'eut pas le temps de démêler le vrai du faux, que la glace de leur conversation à peine fissurée, la souveraine enclencha son départ.

Quelques secondes, c'est tout ce qu'il fallut à Éli pour la rattraper et se placer juste devant elle. Comme par reflex pour la retenir, sa main s'était levé pour se poser sur le bras de sa camarade, mais sans savoir pourquoi ses doigts n'avaient pas franchis les derniers millimètres avant le contact et se trouvaient dans cet entre deux suspendu. Aelle ne pouvait avancer qu'en poussant Éli tant la jeune mère avait réduit la distance entre elles. Le corps de la jeune femme n'était qu'à quelques centimètres d'elle, mais aussi de la bosse formée par Eden. Justement, les yeux grands ouverts, la petite réveillée par le déplacement rapide et soudain d'Éli, observait maintenant le visage de la plus âgée dont elle ne devait reconnaître aucun des traits. Le souffle coupé, Éli encra ses yeux dans ceux d'Aelle, et parla sans attendre que son courage ne s'étiole.

-Ok Rabaissant sa main toujours ridiculement en l'air, elle continua sans décrocher son regard. Tu n'veux rien, ok, je te donnerais rien d'autre alors. Rien d'autre que ma confiance, et ma conviction profonde que ta présence dans sa vie c'est exactement ce qu'il faut à Eden. Que TU es exactement ce qu'il nous faut à toutes les deux.

Tentant de mettre de côté la migraine, Éli ne bougeait plus. Elle ne laisserait rien, pas même la douleur l'empêcher de mener ce combat jusqu'au bout.

❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron

Combien de fois faudra-t-il que je le demande ? PV
Une part de moi s'y attendait, aussi ne suis-je pas surprise quand Willis me rejoint et se dresse entre moi et la porte, me coupant l'accès à ma liberté avec une simplicité presque insultante. Je m'arrête pour ne pas la percuter. Malgré moi, mes yeux tombent sur le petit être qui veille entre nous et mon cœur se prend un grand coup quand je croise son immense regard. Comment une si petite chose peut-elle avoir de si grands yeux ? J'ouvre la bouche sans savoir que dire et l'instant suivant je me recule d'un pas pour mettre entre moi et elles une distance plus que nécessaire.

J'ai le cœur qui se fait la malle. Il s'abat avec force dans mon corps. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir supporter ça. Ça me fait mal. Ces pensées, ces doutes, ces espoirs, tout cela me fait mal et m'est désagréable. Ça l'est encore plus lorsqu'en ramenant mes yeux devant moi je croise le regard déterminé de Willis qui, décidément, joue bien son propre rôle en se montrant si exaspéremment collante. Je remarque tout juste sa main qui s'est avancée vers moi. Je la remarque parce que justement, elle la laisse retomber le long de son corps.

Bêtement, mes yeux sautent d'une pupille à l'autre. En fait, j'attends qu'elle poursuive mais j'ai l'impression qu'elle n'a rien d'autre à dire que ce qu'elle vient d'affirmer. Pas de suite, rien. Juste un regard plein d'espoir. Comme si ça comptait pour elle, tout ce qu'elle vient de me dire. Je ne suis pas idiote et pas complètement détachée de la réalité qui m'entoure alors évidemment, je comprends que c'est une mère et que pour sa gosse, elle serait prête à tout. Et surtout, elle ne se foutrait pas de moi en se servant de son enfant juste pour me jouer un tour. Alors je vois sa sincérité dans son regard. Je vois son besoin. À partir de là, c'est facile d'imaginer qu'un jour cet enfant qui me regarde de ses grands yeux étranges pourrait m'observer de la même façon qu'elle, avec attente et espoir. Avec besoin. C'est tellement facile. Il me suffirait de dire : d'accord mais j'ai des conditions. Ou de dire...

La simple idée de dire oui ouvre dans mon cœur un gouffre si profond que mes entrailles se nouent violemment. Je fais un nouveau pas vers l'arrière. Mes yeux quittent les filles pour se braquer au-dessus de l'épaule de Willis, là où à travers la vitre Narym me lance des regards inquiets. Mackenzie est en train de faire l'idiote derrière la vitre. Elle sautille en me faisant de grands gestes pour attirer mon attention. Je l'observe sans montrer que je l'ai vue, sans réagir. Pourquoi est-ce qu'elle m'inspire un mépris si grand alors que cette chose que tient Willis en écharpe me donne l'impression qu'elle pourrait avoir besoin de moi un jour ? Pourquoi Eden et pas Mackenzie ?

Je ramène mes yeux dans ceux de Willis. Je m'enfonce profondément en eux, plus profondément que ces dernières secondes.

« Laisse-moi réfléchir, » murmuré-je alors.

J'ai besoin de silence. J'ai besoin de paix. J'ai besoin de m'éloigner de tout ça pour prendre conscience que c'est inutile de m'encombrer de nouveaux liens. J'ai besoin de respirer. C'est ça que j'essaie de lui partager à travers mon regard : arrête d'insister, j'ai besoin de temps, j'ai besoin de faire le vide, j'ai besoin de ne plus penser à ça.