Rameaux
Reducio
NOTE : Il me semble (si j'ai bien lu les nouvelles règles) que désormais le bandeau n'est plus nécessaire pour cette situation, seuls le sont le lien vers l'index et la balise. Dans le doute, je poste avec tout, et je modifierai demain/plus tard pour mieux coller aux nouveautés.- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Anastasia Farrow, mère, PNJ actif - John Farrow, père, PNJ actif
- Lien vers la fiche du PNJ : post de l'index
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Faire évoluer le contexte familial d'Alyona, écrire ses liens avec sa famille dans toutes leur ambivalence, poser des bases importantes pour son avenir. C'est le moment pour elle de leur dire qu'elle quittera Godric's Hollow l'année prochaine pour s'installer en Irlande, et celui pour son père de leur annoncer son prochain changement de poste. Évidemment, cela aura des répercussions sur leurs relations et cela amplifiera sûrement quelques fractures déjà présentes qui occupent beaucoup l'esprit de mon personnage.
Je suis revenue hier, et pourtant nous ne nous sommes qu'à peine parlés. Les phrases étaient banales, simples et sordides, sans prétention ni informations importantes, elles sont passées à côté de tous les essentiels et si je les ai retenues, c'est parce que j'en garde sur la langue une saveur douloureuse. À croire que cela ne fait pas des mois que nous ne nous sommes pas vus. Comme si nous nous partagions tout dans les brefs hiboux échangés. Parfois, j'aimerais avoir une de ces familles où tout peut se dire, tout peut s'écouter, où tous se soutiennent et se connaissent. Dans la mienne, je me sens souvent seule et perdue. Plus le temps passe, plus nous avons l'air d'inconnus, les uns pour les autres.
Je les observe, de la porte que je viens de pousser. Ma mère, le visage de marbre, assise dans un fauteuil de velours sombre, un journal posé sur ses jambes croisées. Mon père, sur un autre fauteuil, plongé dans une lecture dont la couverture ne m'évoque rien. Ils ne se regardent pas, ne se parlent pas, et je ne sais même pas s'ils m'ont aperçue dans l'embrasure de la porte. Peuvent-ils remarquer ce qu'ils ne veulent pas voir ? Le silence entre nous ? Celui qui naît à l'aube des changements et des douloureuses vérités ? Le manque de familiarité que nous avons ? Le froid qui règne dans la maison, même en plein printemps, même quand nous y sommes tous ? Je ne sais pas, je ne comprends pas pourquoi ils ne font rien, comment cette situation peut les satisfaire. Je ne saisis pas les raisons qui les rendent muets et si lointains. Ont-ils abandonné la cause familiale ou ne se rendent-ils compte de rien ? À moins qu'ils ne sachent pas comment agir ? J'aimerais leur pardonner mais je n'y arrive pas, quelque chose me bloque, cette même chose qui m'empêche d'avancer vers eux, de leur parler librement de ce qui me préoccupe, d'être sincère avec eux. Plus le temps passe et plus c'est difficile. Nous avons laissé tant de nœuds se former sans oser y toucher. Comment réparer les silences ? Comment réparer les absences ?
Hier, ma mère a été étonnée de me voir arriver avec des fleurs. Peut-être qu'elle n'arrivait pas à comprendre ce cadeau, mais elle l'a acceptée simplement. Quand je lui ai expliqué qu'il ne venait pas de moi mais de Mr McClure, j'ai senti sa surprise et sa gêne comme si elle les portait en parfum. Je suis certaine qu'elle ne se souvenait plus du nom de mon maître de stage, qu'elle avait oublié qui il était, et qu'elle était restée sur l'idée que j'avais passé ces mois auprès d'un de ses collègues du Conseil. Pourtant, elle n'a rien dit, si ce n'est un remerciement qui est venu se greffer à son sourire. Ma mère... Même là, dans son fauteuil, dos à moi, c'est comme si son regard était dans le mien. Ses iris de terre, ses traits froids, et le charme qui s'en dégage. Tout m'éloigne d'elle aussi facilement que tout me ramène à elle. Je sais qu'elle peut se tenir à distance, sa main sera toujours posée sur mon épaule. Et si un jour elle exige de moi quelque chose, je viendrai sans même hésiter. Je lui dois tout, je suis suspendue à ses lèvres roses. Je m'écarte peut-être, mais jamais je n'oserai couper le fil qui me relie à elle. C'est le même qui m'attache à ma famille.
Et mon père ! Son sérieux, son côté studieux, le poids qu'il pose sur mes épaules avec son nom, sa simplicité, l'importance qu'il place dans ce qui nous relie, sa confiance. S'il m'arrive de fermer les yeux sur demain, c'est grâce à lui. Il m'apprend à accepter mes responsabilités, mes devoirs et ce qu'on exige de moi. Parfois, nous échangeons à propos de mes désirs, sur la meilleure manière de les associer avec l'avenir de notre famille. Il sait ce que c'est d'avoir une passion, de s'éloigner des routes principales puis de revenir aux siens, et sa compréhension m'apaise. Cependant, avec le temps, je ne peux nier que tout se disloque aussi.
Nous nous détournons comme les rameaux d'un arbre. Les mêmes racines, un tronc, une demeure, trois chemins. Comment les poursuivre ensemble ? Comment bâtir un avenir ensemble ?
Je les regarde et je n'ose pas m'avancer. Pourtant, j'ai à leur parler. Il y a quelques jours, en retrouvant le Jardin et son gérant, Bernhard m'a laissé penser que le poste d'Oscar, qui devrait bientôt se libérer, pourrait devenir le mien. Il m'a invité à y réfléchir, sans formuler son propos comme une proposition d'emploi, mais tout y était. Et avec cette possibilité vient celle d'emménager plus définitivement au Passage de Draíocht à la rentrée prochaine. Celle de quitter Godric's Hollow.
Mais comment formuler tout cela aux miens ? Comment leur dire que je pourrai partir ? M'installer loin d'eux ? Que ces événements auxquels ils participent, cette vie de notre famille qui est déjà tellement fracturée et abandonnée, je pourrai m'en éloigner plus sûrement ? D'une certaine manière, j'ai l'impression de leur tourner le dos. Je sais que je vais les décevoir. J'ai entendu leurs inquiétudes, je suis sensible à ce qui leur tient à cœur. Consolider la famille, prendre de l'importance dans notre réseau de Sang-Pur, préparer les prochaines branches pour que nous puissions enfin nous inscrire collectivement dans le registre, et faire ainsi honneur à nos aïeux, à nos sacrifices, à notre dévouement. J'ai mon rôle à jouer, je l'ai compris. Et je crois que je veux le jouer, parce que je le leur dois bien cela, au moins cela. Mais comment s'y prendre si je m'en vais ? Étrangement, quelque chose, dans notre solitude partagée, me retient. Nous sommes des inconnus qui n'arrivons pas à nous séparer.
C'est ainsi que je finis par entrer dans le salon. Papa lève les yeux et Maman tourne légèrement la tête. J'avance pour poser une main sur l'épaule de ma mère. Elle ajoute la sienne et glisse ses doigts sous ma paume. C'est un contact doux, réconfortant, qui devrait me donner du courage et pourtant me laisse muette. Je n'arrive pas à trouver des mots, à dire, à formuler... Il y a quelque chose de confortable dans notre silence. Peut-être qu'elle est juste comme cela, notre vie de famille, construite sur les murmures des gestes et non sur ceux des phrases. Peut-être que c'est notre manière de vivre ensemble, que c'est ainsi que s'exprime notre complicité, notre amour, dans le respect de chacun et dans un langage qui va au-delà des phrases. Il y a des personnes avec qui le silence peut être lourd, et avec eux, étrangement, il ne l'est jamais vraiment. J'y tiens presque. Cependant, parfois, il nous faut nous exprimer autrement, plus clairement, plus franchement. Ce soir est une des ces fois.
Mon père ferme soudainement son livre pour le poser sur un guéridon. Cela m'étonne. On dirait qu'il s'apprête à confier quelque chose. Et, de ce fait, il concentre toute mon attention et m'arrache la parole de la bouche. Même ma mère a levé la tête de son journal pour l'observer. Les battements de mon cœur s'inquiètent, mon regard est rivé sur sa barbe rousse et ses cheveux bruns aux touches blanches. Si même ma mère s'interrompt, n'est-ce pas parce qu'elle est curieuse, qu'elle ne se doute pas de ce qu'il annoncera ? Si même elle ne le sait pas, c'est étrange. Que peut-il avoir à dire ?
Mon projet de confidence se voit enfermé dans ma bouche pour le moment. Bernhard se dissipe et John Farrow s'illumine. Cela a quelque chose d'agréable et de sain.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
Ces trois-là sont rarement réunis dans une même pièce. Ils ne cherchent pas tellement à l'être, et mènent chacun de leur côté une vie indépendante et complète qui les pousse parfois à négliger l'aspect familial de leurs relations. Car être une famille, n'est-ce pas avant tout partager des moments forts, être présents les uns pour les autres et se sentir liés par des aspects de vie similaires ? Correspondent-ils encore à l'entièreté de cette définition ? En partie, oui, en partie ; aucun d'eux ne croit avoir perdu ce lien instinctif et essentiel avec les autres. Pourtant, leur autonomie proposée et acceptée les disloque. En souffrent-ils ? Y pensent-ils ? Il est évident qu'ils n'ont pas tous le même point de vue sur la question et que ces moments qui les rassemblent mettent relativement bien en évidence ce qui les sépare. Et plus le temps passe, plus ces écarts se creusent. Ils forment une famille lointaine, à temps partiels.
John tend la main vers sa fille avant de désigner un fauteuil de ses doigts ouverts.
« Alyona ! s'exclame-t-il. Installe-toi, nous allions reprendre un peu de thé. »
La jeune femme s'éloigne de sa mère pour accepter la proposition de son père, un sourire sincère sur les lèvres mais une prudence indiscernable cachée au fond des yeux. À quoi doit-elle s'attendre ? Que lui prépare-t-on ? Que va-t-on lui apprendre ? C'est comme si les deux sorciers avaient à lui parler, qu'ils cherchaient à ce qu'elle vienne. Le thé n'est qu'une entrée en matière, une formalité, mais il permet à la botaniste d'avancer doucement et de se mettre à l'aise. Il fait croire que tout va bien, que tout est normal. Il joue son rôle de thé, premier négociant et maître des cérémonies.
L'étudiante approche de la table basse et se saisit de la théière, qu'elle propose à ses parents, devinant à l'odeur le Earl Grey qui y est maintenu chaud — il a toujours été le préféré de son père.
« Souhaitez-vous que je vous serve ? » demande-t-elle.
Anastasia refuse d'un geste de la main, elle ne s'est jamais vraiment accommodée à ce rituel et au goût de cette boisson typiquement anglaise, qu'elle accepte toujours en public pour mieux refuser en privé. Reculée dans son siège, elle observe la situation sans prononcer un mot, se tenant dangereusement à distance comme un prédateur qui rôde et surveille ; la femme, même quand elle semble avoir la tête ailleurs, demeure toujours attentive.
De son côté, John a le visage gagné par un sourire. Ses mains s'accrochent l'une à l'autre ; ceux qui le connaissent bien y verraient une preuve de nervosité. C'est son choix, son moment, son occasion. Sa fille ne le devine pas tout à fait, bien qu'elle sente l'inhabituel qui flotte dans l'air.
« Avec plaisir ! Je te remercie. »
Alyona le sert, et durant un instant, seul se fait entendre dans la pièce le roulement du thé dans la tasse. À chaque rituel ses silences.
John s'agite et son visage se transforme, reposant sur ses traits le masque du père de famille, du responsable. Il se l'invente et se le construit, ne le portant que lors d'étranges moments où ses choix et sa situation lui semblent avoir un poids. Face à lui, Anastasia sourit secrètement, amusée. C'est son heure, oui, parce qu'elle la lui laisse. Celle qui tient véritablement les rênes, qui toujours aura le dernier mot, c'est elle. Et entre eux Alyona s'assied, devinant l'exceptionnel dans cette scène déjà rare, tenant du bout des doigts sa tasse chaude sans oser y toucher, attendant la surprise pour cacher son trouble derrière une gorgée brûlante. Attentive, elle surveille. Sorcière qui sent la magie crépiter se tient prête à riposter.
« Il y a des sujets que nous n'avons pas beaucoup évoqués, et qui méritent de l'être. »
John Farrow est un homme rationnel avant d'être sensible ; c'est en cela que le duo mené avec Anastasia s'en trouve fonctionnel et agréable, ils ont tous les deux besoin d'étudier, de rechercher les problèmes, les défauts, de les corriger, puis de classer le dossier. Tout dossier archivé est une préoccupation en moins, et les préoccupations manquent rarement dans une famille Sang Pur au pouvoir récent et fragile, menacé par les groupes pro-moldus, et n'ayant pour garanti d'héritage qu'une fille unique. Il est important de faire preuve d'efficacité et de clarté pour tenir le cap ; c'est en ayant conscience des points faibles, des compétences de chacun et de l'objectif du groupe que la traversée se fait au mieux. Or, contrairement à sa femme, John est parfois plus direct, surtout dans un conseil aussi restreint ; il sait relever ses manches pour saisir le sujet à bras-le-corps afin de se pencher dessus. C'est souvent là que sa sensibilité se heurte et se cabre : à tirer sur des nœuds pour les démêler, on néglige des détails, on ne fait parfois pas assez preuve de subtilité et de prévenance, et l'on crée d'autres nœuds qui s'ajoutent et remplacent ceux qui disparaissent.
Non, les soucis ne manquent pas dans la famille Farrow.
Aucune des deux femmes ne paraît réagir, c'est à peine si les sourcils de la plus jeune se froncent. Des sujets à évoquer, Merlin ! ils en ont. John s'apprête-t-il à mentionner l'avenir d'Alyona après ses études et ce qu'elle deviendra ? Cette idée la tend et lui déplaît, elle aurait préféré être celle qui mène cette danse au lieu de s'y voir emportée. Mais pourquoi son père aurait-il décidé de s'y intéresser ? C'est là un thème qui conviendrait mieux à Anastasia. Pourquoi garde-t-elle le silence ? Couve-t-elle des phrases mordantes ? Elle sait ce que son mari s'apprête à annoncer, et elle lui laisse toute la place pour se faire. Oh, elle interviendra plus tard, pour le moment elle savoure son propre retrait.
John repose sa tasse et place ses mains sur les accoudoirs de son fauteuil. Voilà, de cette manière il paraît plus assuré, plus sérieux, plus respectable. Non, il ne manque pas d'habitude, il a juste du mal avec ces prises de paroles, le premier rang lui est synonyme de maladresse. Pourtant, en inspirant profondément, une sérénité l'atteint. Après tout, ce n'est pas comme si les nouvelles étaient mauvaises !
« Commençons par une bonne nouvelle qu'il me tardait de t'annoncer : je quitte mon poste à la rentrée prochaine pour devenir professeur d'astronomie dans la nouvelle filière de l'Académie des Arts Divinatoires et d'Études des Runes. »
John tend la main vers sa fille avant de désigner un fauteuil de ses doigts ouverts.
« Alyona ! s'exclame-t-il. Installe-toi, nous allions reprendre un peu de thé. »
La jeune femme s'éloigne de sa mère pour accepter la proposition de son père, un sourire sincère sur les lèvres mais une prudence indiscernable cachée au fond des yeux. À quoi doit-elle s'attendre ? Que lui prépare-t-on ? Que va-t-on lui apprendre ? C'est comme si les deux sorciers avaient à lui parler, qu'ils cherchaient à ce qu'elle vienne. Le thé n'est qu'une entrée en matière, une formalité, mais il permet à la botaniste d'avancer doucement et de se mettre à l'aise. Il fait croire que tout va bien, que tout est normal. Il joue son rôle de thé, premier négociant et maître des cérémonies.
L'étudiante approche de la table basse et se saisit de la théière, qu'elle propose à ses parents, devinant à l'odeur le Earl Grey qui y est maintenu chaud — il a toujours été le préféré de son père.
« Souhaitez-vous que je vous serve ? » demande-t-elle.
Anastasia refuse d'un geste de la main, elle ne s'est jamais vraiment accommodée à ce rituel et au goût de cette boisson typiquement anglaise, qu'elle accepte toujours en public pour mieux refuser en privé. Reculée dans son siège, elle observe la situation sans prononcer un mot, se tenant dangereusement à distance comme un prédateur qui rôde et surveille ; la femme, même quand elle semble avoir la tête ailleurs, demeure toujours attentive.
De son côté, John a le visage gagné par un sourire. Ses mains s'accrochent l'une à l'autre ; ceux qui le connaissent bien y verraient une preuve de nervosité. C'est son choix, son moment, son occasion. Sa fille ne le devine pas tout à fait, bien qu'elle sente l'inhabituel qui flotte dans l'air.
« Avec plaisir ! Je te remercie. »
Alyona le sert, et durant un instant, seul se fait entendre dans la pièce le roulement du thé dans la tasse. À chaque rituel ses silences.
John s'agite et son visage se transforme, reposant sur ses traits le masque du père de famille, du responsable. Il se l'invente et se le construit, ne le portant que lors d'étranges moments où ses choix et sa situation lui semblent avoir un poids. Face à lui, Anastasia sourit secrètement, amusée. C'est son heure, oui, parce qu'elle la lui laisse. Celle qui tient véritablement les rênes, qui toujours aura le dernier mot, c'est elle. Et entre eux Alyona s'assied, devinant l'exceptionnel dans cette scène déjà rare, tenant du bout des doigts sa tasse chaude sans oser y toucher, attendant la surprise pour cacher son trouble derrière une gorgée brûlante. Attentive, elle surveille. Sorcière qui sent la magie crépiter se tient prête à riposter.
« Il y a des sujets que nous n'avons pas beaucoup évoqués, et qui méritent de l'être. »
John Farrow est un homme rationnel avant d'être sensible ; c'est en cela que le duo mené avec Anastasia s'en trouve fonctionnel et agréable, ils ont tous les deux besoin d'étudier, de rechercher les problèmes, les défauts, de les corriger, puis de classer le dossier. Tout dossier archivé est une préoccupation en moins, et les préoccupations manquent rarement dans une famille Sang Pur au pouvoir récent et fragile, menacé par les groupes pro-moldus, et n'ayant pour garanti d'héritage qu'une fille unique. Il est important de faire preuve d'efficacité et de clarté pour tenir le cap ; c'est en ayant conscience des points faibles, des compétences de chacun et de l'objectif du groupe que la traversée se fait au mieux. Or, contrairement à sa femme, John est parfois plus direct, surtout dans un conseil aussi restreint ; il sait relever ses manches pour saisir le sujet à bras-le-corps afin de se pencher dessus. C'est souvent là que sa sensibilité se heurte et se cabre : à tirer sur des nœuds pour les démêler, on néglige des détails, on ne fait parfois pas assez preuve de subtilité et de prévenance, et l'on crée d'autres nœuds qui s'ajoutent et remplacent ceux qui disparaissent.
Non, les soucis ne manquent pas dans la famille Farrow.
Aucune des deux femmes ne paraît réagir, c'est à peine si les sourcils de la plus jeune se froncent. Des sujets à évoquer, Merlin ! ils en ont. John s'apprête-t-il à mentionner l'avenir d'Alyona après ses études et ce qu'elle deviendra ? Cette idée la tend et lui déplaît, elle aurait préféré être celle qui mène cette danse au lieu de s'y voir emportée. Mais pourquoi son père aurait-il décidé de s'y intéresser ? C'est là un thème qui conviendrait mieux à Anastasia. Pourquoi garde-t-elle le silence ? Couve-t-elle des phrases mordantes ? Elle sait ce que son mari s'apprête à annoncer, et elle lui laisse toute la place pour se faire. Oh, elle interviendra plus tard, pour le moment elle savoure son propre retrait.
John repose sa tasse et place ses mains sur les accoudoirs de son fauteuil. Voilà, de cette manière il paraît plus assuré, plus sérieux, plus respectable. Non, il ne manque pas d'habitude, il a juste du mal avec ces prises de paroles, le premier rang lui est synonyme de maladresse. Pourtant, en inspirant profondément, une sérénité l'atteint. Après tout, ce n'est pas comme si les nouvelles étaient mauvaises !
« Commençons par une bonne nouvelle qu'il me tardait de t'annoncer : je quitte mon poste à la rentrée prochaine pour devenir professeur d'astronomie dans la nouvelle filière de l'Académie des Arts Divinatoires et d'Études des Runes. »
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
« C'est une véritable chance, et un changement dans ma carrière que je dois dire que j'attendais. Bien sûr, je poursuivrai mes recherches en parallèle, et garderai toujours contact avec mes collègues astronomes, mais mon emploi du temps sera aussi occupé par d'autres projets de grande envergure. »
Il est important de rassurer Alyona à ce sujet, oui ; bien sûr qu'il restera chercheur, c'est dans l'ADN de cette famille, on ne peut pas s'en détourner, on ne peut pas arracher cette partie de soi. Lui ne peut pas la refuser. Mais il sera également plus, il sera autre chose ! Professeur... Il en a souvent rêvé, ébahi comme un enfant par l'idée d'avoir des savoirs à transmettre, à partager. Longtemps, il s'est refusé cette tâche, est resté soigneusement à sa place, dans l'ombre, ne faisant que dessiner les progrès. C'était déjà beaucoup, c'était déjà merveilleux. Mais était-ce suffisant ? Avec des collègues, on peut parler de points précis, discuter des problèmes, analyser des réponses, et apprendre d'eux, mais on demeure effacé dans un cercle lointain, flottant dans l'espace sans se raccrocher à quoi que ce soit. On finit par s'isoler. Or, John se sent parcouru du besoin de s'ouvrir. Enfant et adolescent discret, caché derrière ses passions, il a appris en grandissant à prendre confiance en lui, à se sentir plus à l'aise, plus légitime, et maintenant que son rire sait se faire entendre aussi bien en privé qu'en public sans lui causer aucun frisson, il se sent l'envie de le partager. Car tout, finalement, repose sur ce désir : partager. Il a appris, beaucoup, il n'a peut-être pas encore fait le tour de ce qui lui plaisait, mais il sait que sa vie demeurera semblable jusqu'à sa retraite s'il ne prend pas un virage. Et il le veut, ce virage ! Il est temps pour lui de partager, de transmettre. Apprendre que l'école où il était passé ouvrait une voie à l'astronomie et cherchait des professeurs a été suffisant pour qu'il se lance.
Et le voici parti. Désormais, il se sent impatient comme un gosse à l'idée de la rentrée qu'il mènera. Merlin, comme ce sera merveilleux !
Pourtant, il faut demeurer rationnel et préparer ce qui vient. Évidemment, ce sera du travail, et un du genre assez différent de ce qu'il a connu ces dernières années. Il ne s'agira plus de prévoir au jour le jour, d'avancer à tâtons, mais bien de regarder l'année dans son intégralité, d'adapter son vocabulaire, d'apprendre à vulgariser ses propos, et de choisir, de sélectionner l'essentiel à la compréhension et à l'ouverture. L'excitation est un bon départ, mais l'organisation n'est pas à négliger.
Le chercheur glisse ses mains sur ses genoux, sous le regard encore perplexe et surpris de sa fille. Oui, il est mieux ainsi, sur les genoux cela fait moins hautain, moins inaccessible... Ouvert et sûr de lui, mais pas insensible.
« Cela nécessitera une certaine organisation, l'école n'est pas toute proche et il faudra préparer des cours, s'ajuster à un programme, mais ce n'est pas insurmontable, et puis cela reste des détails techniques. »
Enfin, tout cela ne le concerne que lui, mieux vaut passer ces points qui n'obscurcissent que son horizon. Être en famille, être une famille, c'est regarder vers les autres.
« Mais cela me permettra surtout de faire des rencontres, qui je l'espère, nous profiterons à tous à l'avenir. » Il tourne un regard ravi et malicieux vers Alyona. Pense-t-il à un projet de mariage ? L'idée ne traverse même pas l'étudiante. « J'espère que nous pourrons fêter ce changement et d'autres peut-être bientôt. »
Cette fois, le sourire offert à Alyona ne peut pas être ignoré, il est tout à fait clair que ce sont des changements qui la concernent auxquels il fait référence, comme s'il lui lançait la parole ou l'invitait à l'apprendre.
Mais l'ancienne Serdaigle est encore toute secouée. Son père, professeur ? Elle ne s'attendait pas à cela, par Circé ! C'est un rôle qu'elle ne lui a jamais imaginé. Qu'est-ce que cela signifie, qu'est-ce que cela changera pour elle ? Il passera sûrement moins de temps à Godric's Hollow, mais il n'en passait déjà pas beaucoup, tout comme elle. Se verront-ils moins ? Et qu'entend-il par cette histoire de rencontres qui leur profiteront ? Les deux adultes ont déjà entendu les désirs de leur fille de pouvoir enseigner un jour ; son père espère-t-il se rapprocher d'elle en s'engageant dans cette voie ? Non, non, c'est idiot, il ne fait pas cela pour elle. Et puis, il y a autre chose. Cette référence à d'autres changements, par exemple. Parle-t-il d'elle, de son futur, de ce qu'elle deviendra après l'Institut ? Oh, comme elle se sent tendue tout à coup ! Son père professeur, et elle sous leur regard, contrainte à parler, à avouer ! Ce n'est pas comme cela qu'elle avait imaginé les choses, non, pas du tout. Pourtant, Alyona sait qu'elle ne peut pas garder le silence, qu'il va falloir s'avancer sous cette lumière, étonner à son tour.
Et peut-être décevoir ? Oh, sûrement.
La jeune adulte avale une gorgée de thé brûlant, plongée dans ses réflexions, troublée. Son cœur bat vite sous sa poitrine. Elle se sent prise au piège, acculée ; elle n'a même pas le temps de réaliser ce que son père lui a confié qu'il lui faut déjà prendre la parole, braver les hésitations et avouer, poser ses décisions au milieu de cette grande pièce, les affirmer et les porter avec courage pour ne pas renoncer à ce qui lui a été proposé, à ce qu'elle désire.
Son père, professeur d'astronomie ! Lui qui a toujours aimé la recherche ! C'est comme s'il lui ouvrait une autre voie. Elle parvient difficilement à éloigner ces pensées de cette révélation inattendue, comme si cela l'empêchait de faire face à son propre avenir ; elle se cache derrière sa surprise.
Il est important de rassurer Alyona à ce sujet, oui ; bien sûr qu'il restera chercheur, c'est dans l'ADN de cette famille, on ne peut pas s'en détourner, on ne peut pas arracher cette partie de soi. Lui ne peut pas la refuser. Mais il sera également plus, il sera autre chose ! Professeur... Il en a souvent rêvé, ébahi comme un enfant par l'idée d'avoir des savoirs à transmettre, à partager. Longtemps, il s'est refusé cette tâche, est resté soigneusement à sa place, dans l'ombre, ne faisant que dessiner les progrès. C'était déjà beaucoup, c'était déjà merveilleux. Mais était-ce suffisant ? Avec des collègues, on peut parler de points précis, discuter des problèmes, analyser des réponses, et apprendre d'eux, mais on demeure effacé dans un cercle lointain, flottant dans l'espace sans se raccrocher à quoi que ce soit. On finit par s'isoler. Or, John se sent parcouru du besoin de s'ouvrir. Enfant et adolescent discret, caché derrière ses passions, il a appris en grandissant à prendre confiance en lui, à se sentir plus à l'aise, plus légitime, et maintenant que son rire sait se faire entendre aussi bien en privé qu'en public sans lui causer aucun frisson, il se sent l'envie de le partager. Car tout, finalement, repose sur ce désir : partager. Il a appris, beaucoup, il n'a peut-être pas encore fait le tour de ce qui lui plaisait, mais il sait que sa vie demeurera semblable jusqu'à sa retraite s'il ne prend pas un virage. Et il le veut, ce virage ! Il est temps pour lui de partager, de transmettre. Apprendre que l'école où il était passé ouvrait une voie à l'astronomie et cherchait des professeurs a été suffisant pour qu'il se lance.
Et le voici parti. Désormais, il se sent impatient comme un gosse à l'idée de la rentrée qu'il mènera. Merlin, comme ce sera merveilleux !
Pourtant, il faut demeurer rationnel et préparer ce qui vient. Évidemment, ce sera du travail, et un du genre assez différent de ce qu'il a connu ces dernières années. Il ne s'agira plus de prévoir au jour le jour, d'avancer à tâtons, mais bien de regarder l'année dans son intégralité, d'adapter son vocabulaire, d'apprendre à vulgariser ses propos, et de choisir, de sélectionner l'essentiel à la compréhension et à l'ouverture. L'excitation est un bon départ, mais l'organisation n'est pas à négliger.
Le chercheur glisse ses mains sur ses genoux, sous le regard encore perplexe et surpris de sa fille. Oui, il est mieux ainsi, sur les genoux cela fait moins hautain, moins inaccessible... Ouvert et sûr de lui, mais pas insensible.
« Cela nécessitera une certaine organisation, l'école n'est pas toute proche et il faudra préparer des cours, s'ajuster à un programme, mais ce n'est pas insurmontable, et puis cela reste des détails techniques. »
Enfin, tout cela ne le concerne que lui, mieux vaut passer ces points qui n'obscurcissent que son horizon. Être en famille, être une famille, c'est regarder vers les autres.
« Mais cela me permettra surtout de faire des rencontres, qui je l'espère, nous profiterons à tous à l'avenir. » Il tourne un regard ravi et malicieux vers Alyona. Pense-t-il à un projet de mariage ? L'idée ne traverse même pas l'étudiante. « J'espère que nous pourrons fêter ce changement et d'autres peut-être bientôt. »
Cette fois, le sourire offert à Alyona ne peut pas être ignoré, il est tout à fait clair que ce sont des changements qui la concernent auxquels il fait référence, comme s'il lui lançait la parole ou l'invitait à l'apprendre.
Mais l'ancienne Serdaigle est encore toute secouée. Son père, professeur ? Elle ne s'attendait pas à cela, par Circé ! C'est un rôle qu'elle ne lui a jamais imaginé. Qu'est-ce que cela signifie, qu'est-ce que cela changera pour elle ? Il passera sûrement moins de temps à Godric's Hollow, mais il n'en passait déjà pas beaucoup, tout comme elle. Se verront-ils moins ? Et qu'entend-il par cette histoire de rencontres qui leur profiteront ? Les deux adultes ont déjà entendu les désirs de leur fille de pouvoir enseigner un jour ; son père espère-t-il se rapprocher d'elle en s'engageant dans cette voie ? Non, non, c'est idiot, il ne fait pas cela pour elle. Et puis, il y a autre chose. Cette référence à d'autres changements, par exemple. Parle-t-il d'elle, de son futur, de ce qu'elle deviendra après l'Institut ? Oh, comme elle se sent tendue tout à coup ! Son père professeur, et elle sous leur regard, contrainte à parler, à avouer ! Ce n'est pas comme cela qu'elle avait imaginé les choses, non, pas du tout. Pourtant, Alyona sait qu'elle ne peut pas garder le silence, qu'il va falloir s'avancer sous cette lumière, étonner à son tour.
Et peut-être décevoir ? Oh, sûrement.
La jeune adulte avale une gorgée de thé brûlant, plongée dans ses réflexions, troublée. Son cœur bat vite sous sa poitrine. Elle se sent prise au piège, acculée ; elle n'a même pas le temps de réaliser ce que son père lui a confié qu'il lui faut déjà prendre la parole, braver les hésitations et avouer, poser ses décisions au milieu de cette grande pièce, les affirmer et les porter avec courage pour ne pas renoncer à ce qui lui a été proposé, à ce qu'elle désire.
Son père, professeur d'astronomie ! Lui qui a toujours aimé la recherche ! C'est comme s'il lui ouvrait une autre voie. Elle parvient difficilement à éloigner ces pensées de cette révélation inattendue, comme si cela l'empêchait de faire face à son propre avenir ; elle se cache derrière sa surprise.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
Anastasia sourit, sortant de son silence pour remuer les braises. « Eh bien, ma fille, tu parais tout ébranlée ! » Il y a comme une forme d'amusement bienveillant dans sa voix, qu'elle ne cache pas vraiment. « À quoi penses-tu ? »
Alyona manque de sursauter, elle avait presque oublié la présence de sa mère, discrète et impassible, cachée dans l'ombre comme un félin prêt à bondir. L'étudiante sent ses joues se colorer, entend son père remuer dans son fauteuil, curieux si ce n'est inquiet, et doit prendre sur elle pour garder la voix calme et une expression sereine. Elle a la sensation d'avancer en terrain miné, quoi qu'il se passe cette réunion familiale ressemble plus à une obligation qu'à un moment privilégié de partage ; chacun doit donner de soi pour qu'ils puissent avancer ensemble. Et c'est à son tour de poser son dû sur la table. Pourtant, elle repousse encore le moment.
« Pardon, je suis surprise, je ne m'attendais pas à cela... » L'ancienne Serdaigle se tourne vers son père, les lèvres étirées en un sourire sincèrement heureux. « C'est une incroyable nouvelle ! Je ne savais pas qu'un parcours d'astronomie serait ouvert à l'AADER ! Les premiers étudiants seront accueillis en septembre ? »
Elle détourne volontairement les regards et les pensées, pique son père sur un sujet sur lequel elle sait qu'il pourra s'épancher. Mais Anastasia n'est pas dupe, et ses traits se tordent de là où elle se trouve. À quoi Alyona joue-t-elle ? D'abord il y a eu ces fleurs, et désormais elle se débat pour ne pas faire avancer les choses. Que cache-t-elle ? Peu importe, cela ne demeurera pas dissimulé longtemps.
Mais John, lui, se prête au jeu. Il se laisse avoir avec plaisir, ravi de la curiosité de sa fille.
« Tout à fait ! J'y ferai ma rentrée avec eux. Cependant, il n'y a pas qu'une filière d'astronomie qui y est ouverte, mais aussi une filière en arithmancie. Cela sera intéressant, il y a bien longtemps que je n'ai pas eu l'occasion d'en apprendre davantage sur ce domaine. »
John se penche légèrement vers l'avant, prêt à développer son propos, à donner d'autres détails ; c'est dire s'il n'attendait pas que cela ! Cependant, Anastasia fronce les sourcils, déçue par le manque de rigueur de son mari. Pourquoi a-t-il toujours besoin de tout ramener à lui ? A-t-il oublié que d'autres sujets les attendaient ? Elle ne souhaite pas perdre son temps en bavardages, ce n'est pas ce qui l'intéresse, et ils ne doivent pas se laisser tenter. Alors elle intervient, profitant de la respiration de son époux pour prendre la parole, le rediriger vers le chemin choisi, contrecarrant les intentions nébuleuses de sa fille.
« Et nous serons ravies de t'écouter en parler quand tu en seras revenu », articule-t-elle avec un sourire poli.
Voilà qui clôt le sujet. La Secrétaire d'État agite sa baguette pour se servir un peu de thé ; quitte à être insatisfaite, autant l'être doublement. Le futur professeur, lui, ne semble pas heurté par les manières de son épouse, au contraire, il se redresse et réaffirme son air sérieux. Il a manqué de s'égarer, et il en a désormais conscience ; ils ne sont pas réunis pour l'entendre parler des détails de sa vie professionnelle, mais bien pour avancer sur certains sujets importants. C'est ainsi qu'il reprend les rênes de la conversation, aidé par Anastasia qui ne cache pas son sourire désormais satisfait.
Alyona, elle, se tend davantage, mais elle le cache relativement bien. De quoi souhaitent-ils l'entretenir ? Pourquoi tout ce cérémoniel ? Elle a si peur de ne pas leur apporter de réponse adaptée, de les décevoir, de ne pas être comme il faut ! Et en même temps, l'envie de se faire entendre et de s'affirmer la déchire. Si elle pouvait s'affranchir de certaines de leurs règles, choisir son chemin, être véritablement libre dans ses décisions... Ose-t-elle seulement en rêver ?
« Effectivement, nous en parlerons à ce moment-là... Revenons à ce qui nous intéresse, et qui n'est pas moindre. »
L'homme fronce les sourcils. Est-il pensif ou sérieux ?
« Avec Anastasia, nous souhaitions t'entretenir à propos du registre des Sang-Pur et du statut de notre famille. » Un frisson parcourt la botaniste. Le registre ! Elle ne pensait pas à ce sujet, mais devine ce que son père en dira. « Le dernier décret de la Chambre nous offre désormais la possibilité de prétendre à ce statut et de faire la demande d'une entrée dans le registre. Il y a longtemps que nous y réfléchissons et que nous préparons cela, c'est un travail de plusieurs générations, et des sacrifices de l'ensemble des membres de cette famille. Or, le moment semble enfin venu, et il est essentiel pour nous de mener correctement ce processus jusqu'à l'inscription. Tu sais l'importance que cela représente, affirme-t-il, ses yeux dans ceux de sa fille.
— Il nous faut simplement ton engagement, Alyona, à avoir deux enfants de sang-pur », coupe Anastasia, traînant son accent slave entre ces débris de mots.
Il y a de la dureté dans sa voix, et une intransigeance qui ne se cache pas. Pense-t-elle à elle ? À ses propres tentatives pour avoir un fils ? À ses échecs, ses déceptions ? Les pointes enfoncées dans la chair se retirent difficilement. Que tout repose sur sa fille, que ce soit elle qui en ait l'honneur, n'est-ce pas là une défaite personnelle ? Pourtant elle n'a pas le choix, tout comme la botaniste. Dans cette histoire, la jeune femme n'a pas son mot à dire, comme on le lui a rappelé. Il y a eu avant elle plusieurs générations dont certaines effacées, qui ont toutes tendu vers cette décision, ce désir ; il y a eu des sacrifices et des cœurs en berne pour en arriver là. Pourquoi y échapperait-elle ? C'est son devoir, l'unique peut-être ; se marier avec un sang-pur, avoir deux enfants. Elle doit le garantir, le promettre, comme un serment inviolable. Il ne peut pas en être autrement. Elle n'a pas le choix, non.
Pourtant, elle garde le silence, sidérée.
« Ce n'est pas bien compliqué, alors y consens-tu ? »
Tu ne peux pas dire non, Alyona. C'est ton devoir, t'en souviens-tu ? Tu le leur dois à tous.
Et puis dépêche-toi, il y a toute une liste de sujets qui doivent être mentionnés, et ni Anastasia ni John ne souhaitent y passer l'entièreté de leur soirée.
Alyona manque de sursauter, elle avait presque oublié la présence de sa mère, discrète et impassible, cachée dans l'ombre comme un félin prêt à bondir. L'étudiante sent ses joues se colorer, entend son père remuer dans son fauteuil, curieux si ce n'est inquiet, et doit prendre sur elle pour garder la voix calme et une expression sereine. Elle a la sensation d'avancer en terrain miné, quoi qu'il se passe cette réunion familiale ressemble plus à une obligation qu'à un moment privilégié de partage ; chacun doit donner de soi pour qu'ils puissent avancer ensemble. Et c'est à son tour de poser son dû sur la table. Pourtant, elle repousse encore le moment.
« Pardon, je suis surprise, je ne m'attendais pas à cela... » L'ancienne Serdaigle se tourne vers son père, les lèvres étirées en un sourire sincèrement heureux. « C'est une incroyable nouvelle ! Je ne savais pas qu'un parcours d'astronomie serait ouvert à l'AADER ! Les premiers étudiants seront accueillis en septembre ? »
Elle détourne volontairement les regards et les pensées, pique son père sur un sujet sur lequel elle sait qu'il pourra s'épancher. Mais Anastasia n'est pas dupe, et ses traits se tordent de là où elle se trouve. À quoi Alyona joue-t-elle ? D'abord il y a eu ces fleurs, et désormais elle se débat pour ne pas faire avancer les choses. Que cache-t-elle ? Peu importe, cela ne demeurera pas dissimulé longtemps.
Mais John, lui, se prête au jeu. Il se laisse avoir avec plaisir, ravi de la curiosité de sa fille.
« Tout à fait ! J'y ferai ma rentrée avec eux. Cependant, il n'y a pas qu'une filière d'astronomie qui y est ouverte, mais aussi une filière en arithmancie. Cela sera intéressant, il y a bien longtemps que je n'ai pas eu l'occasion d'en apprendre davantage sur ce domaine. »
John se penche légèrement vers l'avant, prêt à développer son propos, à donner d'autres détails ; c'est dire s'il n'attendait pas que cela ! Cependant, Anastasia fronce les sourcils, déçue par le manque de rigueur de son mari. Pourquoi a-t-il toujours besoin de tout ramener à lui ? A-t-il oublié que d'autres sujets les attendaient ? Elle ne souhaite pas perdre son temps en bavardages, ce n'est pas ce qui l'intéresse, et ils ne doivent pas se laisser tenter. Alors elle intervient, profitant de la respiration de son époux pour prendre la parole, le rediriger vers le chemin choisi, contrecarrant les intentions nébuleuses de sa fille.
« Et nous serons ravies de t'écouter en parler quand tu en seras revenu », articule-t-elle avec un sourire poli.
Voilà qui clôt le sujet. La Secrétaire d'État agite sa baguette pour se servir un peu de thé ; quitte à être insatisfaite, autant l'être doublement. Le futur professeur, lui, ne semble pas heurté par les manières de son épouse, au contraire, il se redresse et réaffirme son air sérieux. Il a manqué de s'égarer, et il en a désormais conscience ; ils ne sont pas réunis pour l'entendre parler des détails de sa vie professionnelle, mais bien pour avancer sur certains sujets importants. C'est ainsi qu'il reprend les rênes de la conversation, aidé par Anastasia qui ne cache pas son sourire désormais satisfait.
Alyona, elle, se tend davantage, mais elle le cache relativement bien. De quoi souhaitent-ils l'entretenir ? Pourquoi tout ce cérémoniel ? Elle a si peur de ne pas leur apporter de réponse adaptée, de les décevoir, de ne pas être comme il faut ! Et en même temps, l'envie de se faire entendre et de s'affirmer la déchire. Si elle pouvait s'affranchir de certaines de leurs règles, choisir son chemin, être véritablement libre dans ses décisions... Ose-t-elle seulement en rêver ?
« Effectivement, nous en parlerons à ce moment-là... Revenons à ce qui nous intéresse, et qui n'est pas moindre. »
L'homme fronce les sourcils. Est-il pensif ou sérieux ?
« Avec Anastasia, nous souhaitions t'entretenir à propos du registre des Sang-Pur et du statut de notre famille. » Un frisson parcourt la botaniste. Le registre ! Elle ne pensait pas à ce sujet, mais devine ce que son père en dira. « Le dernier décret de la Chambre nous offre désormais la possibilité de prétendre à ce statut et de faire la demande d'une entrée dans le registre. Il y a longtemps que nous y réfléchissons et que nous préparons cela, c'est un travail de plusieurs générations, et des sacrifices de l'ensemble des membres de cette famille. Or, le moment semble enfin venu, et il est essentiel pour nous de mener correctement ce processus jusqu'à l'inscription. Tu sais l'importance que cela représente, affirme-t-il, ses yeux dans ceux de sa fille.
— Il nous faut simplement ton engagement, Alyona, à avoir deux enfants de sang-pur », coupe Anastasia, traînant son accent slave entre ces débris de mots.
Il y a de la dureté dans sa voix, et une intransigeance qui ne se cache pas. Pense-t-elle à elle ? À ses propres tentatives pour avoir un fils ? À ses échecs, ses déceptions ? Les pointes enfoncées dans la chair se retirent difficilement. Que tout repose sur sa fille, que ce soit elle qui en ait l'honneur, n'est-ce pas là une défaite personnelle ? Pourtant elle n'a pas le choix, tout comme la botaniste. Dans cette histoire, la jeune femme n'a pas son mot à dire, comme on le lui a rappelé. Il y a eu avant elle plusieurs générations dont certaines effacées, qui ont toutes tendu vers cette décision, ce désir ; il y a eu des sacrifices et des cœurs en berne pour en arriver là. Pourquoi y échapperait-elle ? C'est son devoir, l'unique peut-être ; se marier avec un sang-pur, avoir deux enfants. Elle doit le garantir, le promettre, comme un serment inviolable. Il ne peut pas en être autrement. Elle n'a pas le choix, non.
Pourtant, elle garde le silence, sidérée.
« Ce n'est pas bien compliqué, alors y consens-tu ? »
Tu ne peux pas dire non, Alyona. C'est ton devoir, t'en souviens-tu ? Tu le leur dois à tous.
Et puis dépêche-toi, il y a toute une liste de sujets qui doivent être mentionnés, et ni Anastasia ni John ne souhaitent y passer l'entièreté de leur soirée.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
J'ai la gorge sèche comme une terre poussiéreuse que l'eau a désertée, et je pourrais m'effriter entre les doigts de ma confusion. Ils me regardent tous les deux, mon père, ma mère, et je devine tant d'espoir et de confiance dans leurs yeux fixes que je ne parviens pas à articuler un seul mot. Tout va de travers depuis que j'ai pris place sur ce fauteuil, que j'ai lâché les doigts de ma mère pour écouter mes parents parler, soulever point par point les thèmes de notre avenir, les observer, les partager, en régler les soucis et les ranger comme s'ils n'avaient plus lieu d'être mentionnés. Est-ce que ce sera pareil lorsque j'aurai assuré accepter cette histoire de mariage et d'enfants ? Est-ce que l'affaire, après avoir été étudiée, sera simplement classée et terminée, glissée dans un tiroir obscur jusqu'à ce que des froncements de sourcils inquiets la remettent à la surface pour en examiner davantage le sens ? Est-elle aussi peu compliquée que ma mère le suggère ? Se marier, avoir deux enfants. Dans quelques années ce ne sera plus qu'une histoire ancienne. Je retiens le frisson qui me traverse le corps à l'idée de cette vérité. Pourquoi suis-je surprise ? N'aurais-je pas dû m'y attendre ?
En réalité, je crois que cela n'est pas si compliqué, qu'il n'y a pas à redouter cet accord (du moins j'essaye de m'en convaincre). Je ne pensais pas aborder la question maintenant, c'est tout. Je ne sais pas si je suis prête à y penser. Le comprennent-ils ? Le trouble et la surprise me gagnent simplement, mais cela passera. Je ne savais pas que l'idée d'une inscription de la famille dans le registre avait été remise sur la table, placée au présent plutôt qu'au futur. Protégée par mon statut, j'en avais oublié ces rêves qui flottaient autour de moi et pullulaient dans les demeures familiales. La soif de plus, l'ambition, l'envie d'un nom écrit à l'encre noire sur un registre ancien. Et la possibilité de placer un membre de la famille Farrow dans la Chambre, tout en haut de ce Conseil qui a fait leur réussite. Ma mère espère-t-elle y accéder ? Ou mon père ? Ma grand-mère ? N'est-ce donc qu'une histoire de pouvoir ? Et suis-je une simple marionnette, un sacrifice comme un autre dans ce récit d'avidité ? Si seulement il m'était possible d'assurer que cela en est autrement ; si seulement je pouvais me faufiler entre deux fils et me détacher de leurs histoires dont je ne veux pas. Et cependant je tremble, mais ils ne le voient pas. Comment ai-je pu oublier ce désir qu'ils couvent depuis des années ? Comment ai-je pu le négliger ? Et tout, finalement, dépend de moi. Moi et mon ventre qu'ils espèrent devenir rond, gonflé, avec les veines pleines d'un sang bien pur, bien sorcier. Oh comme je tremble !
Les mots sont lourds. Ils pataugent dans ma bouche et se débattent. Puis-je refuser ? Dois-je accepter ? Ai-je seulement le choix ? Car si je dis « non », que se passera-t-il ? De leur gorge où poussent les mauvaises herbes viendront des mots déçus, coulant comme de l'encre, tachant ma dignité et ma fierté ; ils piétineront mon courage et me tourneront le dos. Je n'ai pas le choix, et pourtant je ne leur en veux pas, car cela ne vient pas d'eux, c'est une histoire de famille, un rêve maudit qu'on se transmet de génération en génération tel un trésor à traîner qui ferait sourire Sysiphe. Je les comprends. Et je connais mon devoir.
C'est ainsi que j'accepte, naturellement et simplement, me faisant maître du fardeau pour la suite du voyage.
« Je... Oui, oui. »
Pourtant l'assurance me manque encore, et face au regard apaisé de ma mère, c'est elle qui me fait flancher, arquant mon dos pour m'obliger à poser un genou à terre. Quoi ? J'ai dit oui et cependant déjà je nuance, me fragilise et menace d'abandonner ? Ce n'est pas grand-chose, me répété-je inlassablement, juste pas grand-chose. Mon devoir.
Mais mes genoux tremblent.
« J'ai besoin d'un peu de temps », murmuré-je dans un souffle, baissant aussitôt les yeux, honteuse de ne pas pouvoir leur offrir de garantie.
Anastasia fronce les sourcils, inquiétée par l'hésitation que trahissent mes dernières paroles. Croit-elle que je renoncerai ? A-t-elle peur ? Ou se méfie-t-elle de moi ?
Le futur professeur agit comme s'il ne m'avait pas entendu ou qu'il me comprenait ; sa tête se hoche, pour lui c'est suffisant.
« Bien, de toute manière il nous faudra contacter Conor pour le mettre au courant et recueillir son avis. » L'homme passe sa grande paume sur son front, la glissant sur son visage jusqu'à frotter sa barbe. Ses traits fermes prennent le temps d'un instant un air las et dépité, puis il se ressaisit pour revenir à nous, le regard droit. « Ce ne sera pas le plus simple mais c'est nécessaire. Merlin, fais qu'il se montre efficace !
— Nous lui enverrons un hibou pour l'informer, et il acceptera. »
L'intérêt s'allume dans mes yeux tandis que j'abandonne mon trouble sur le côté pour me précipiter sur ces nouvelles questions naissantes. Pourquoi mon grand-oncle serait-il difficile à convaincre ? Ne serait-il pas plutôt difficile à contacter ? J'en sais bien peu sur lui, si ce n'est qu'il s'occupe de la maison familiale des Farrow, sûrement avec un elfe de maison. Il ne me semble pas qu'il est marié, et il n'a pas d'enfants. Il vit reclus et lointain, étranger à notre famille, transparent dans sa branche ; c'est à peine si on pense à lui quand on se rassemble ou si son nom est prononcé, comme s'il n'existait pas tout à fait, qu'il n'avait aucun lien avec nous. Mes parents l'apprécient difficilement, et ma grand-mère aussi. Je ne sais guère pourquoi, et tourner mes yeux vers Anastasia ne m'en apprend pas davantage ; elle est tout à fait figée dans son fauteuil, le visage fermé, lointain. M'en veut-elle de manquer d'assurance ?
Mes iris se baissent, j'avale difficilement le nœud coincé dans ma gorge tandis que les secondes songeuses, en tombant sur le sol, m'indiquent que le sujet semble être clos. Un hibou sera envoyé à Conor Farrow pour l'informer de la situation, et dans quelques mois notre famille sera inscrite au registre. Car j'accepterai, bien sûr ; ils le savent tous, sinon tout ne serait pas aussi calme. Et puis un jour je me marierai, par amour ou par raison, peu importe, et je porterai deux enfants, donnant mon nom au deuxième, offrant à demain une nouvelle branche à la famille Farrow, comme de nombreuses femmes avant moi. Elles l'ont fait, je le ferai, ce n'est pas si compliqué. Et néanmoins mon cœur continue à se serrer et le nœud dans mon ventre grandit. Je ne veux pas y penser, pas encore, pas maintenant, pas si tôt. Je préfère n'importe quel autre problème à celui-ci.
En réalité, je crois que cela n'est pas si compliqué, qu'il n'y a pas à redouter cet accord (du moins j'essaye de m'en convaincre). Je ne pensais pas aborder la question maintenant, c'est tout. Je ne sais pas si je suis prête à y penser. Le comprennent-ils ? Le trouble et la surprise me gagnent simplement, mais cela passera. Je ne savais pas que l'idée d'une inscription de la famille dans le registre avait été remise sur la table, placée au présent plutôt qu'au futur. Protégée par mon statut, j'en avais oublié ces rêves qui flottaient autour de moi et pullulaient dans les demeures familiales. La soif de plus, l'ambition, l'envie d'un nom écrit à l'encre noire sur un registre ancien. Et la possibilité de placer un membre de la famille Farrow dans la Chambre, tout en haut de ce Conseil qui a fait leur réussite. Ma mère espère-t-elle y accéder ? Ou mon père ? Ma grand-mère ? N'est-ce donc qu'une histoire de pouvoir ? Et suis-je une simple marionnette, un sacrifice comme un autre dans ce récit d'avidité ? Si seulement il m'était possible d'assurer que cela en est autrement ; si seulement je pouvais me faufiler entre deux fils et me détacher de leurs histoires dont je ne veux pas. Et cependant je tremble, mais ils ne le voient pas. Comment ai-je pu oublier ce désir qu'ils couvent depuis des années ? Comment ai-je pu le négliger ? Et tout, finalement, dépend de moi. Moi et mon ventre qu'ils espèrent devenir rond, gonflé, avec les veines pleines d'un sang bien pur, bien sorcier. Oh comme je tremble !
Les mots sont lourds. Ils pataugent dans ma bouche et se débattent. Puis-je refuser ? Dois-je accepter ? Ai-je seulement le choix ? Car si je dis « non », que se passera-t-il ? De leur gorge où poussent les mauvaises herbes viendront des mots déçus, coulant comme de l'encre, tachant ma dignité et ma fierté ; ils piétineront mon courage et me tourneront le dos. Je n'ai pas le choix, et pourtant je ne leur en veux pas, car cela ne vient pas d'eux, c'est une histoire de famille, un rêve maudit qu'on se transmet de génération en génération tel un trésor à traîner qui ferait sourire Sysiphe. Je les comprends. Et je connais mon devoir.
C'est ainsi que j'accepte, naturellement et simplement, me faisant maître du fardeau pour la suite du voyage.
« Je... Oui, oui. »
Pourtant l'assurance me manque encore, et face au regard apaisé de ma mère, c'est elle qui me fait flancher, arquant mon dos pour m'obliger à poser un genou à terre. Quoi ? J'ai dit oui et cependant déjà je nuance, me fragilise et menace d'abandonner ? Ce n'est pas grand-chose, me répété-je inlassablement, juste pas grand-chose. Mon devoir.
Mais mes genoux tremblent.
« J'ai besoin d'un peu de temps », murmuré-je dans un souffle, baissant aussitôt les yeux, honteuse de ne pas pouvoir leur offrir de garantie.
Anastasia fronce les sourcils, inquiétée par l'hésitation que trahissent mes dernières paroles. Croit-elle que je renoncerai ? A-t-elle peur ? Ou se méfie-t-elle de moi ?
Le futur professeur agit comme s'il ne m'avait pas entendu ou qu'il me comprenait ; sa tête se hoche, pour lui c'est suffisant.
« Bien, de toute manière il nous faudra contacter Conor pour le mettre au courant et recueillir son avis. » L'homme passe sa grande paume sur son front, la glissant sur son visage jusqu'à frotter sa barbe. Ses traits fermes prennent le temps d'un instant un air las et dépité, puis il se ressaisit pour revenir à nous, le regard droit. « Ce ne sera pas le plus simple mais c'est nécessaire. Merlin, fais qu'il se montre efficace !
— Nous lui enverrons un hibou pour l'informer, et il acceptera. »
L'intérêt s'allume dans mes yeux tandis que j'abandonne mon trouble sur le côté pour me précipiter sur ces nouvelles questions naissantes. Pourquoi mon grand-oncle serait-il difficile à convaincre ? Ne serait-il pas plutôt difficile à contacter ? J'en sais bien peu sur lui, si ce n'est qu'il s'occupe de la maison familiale des Farrow, sûrement avec un elfe de maison. Il ne me semble pas qu'il est marié, et il n'a pas d'enfants. Il vit reclus et lointain, étranger à notre famille, transparent dans sa branche ; c'est à peine si on pense à lui quand on se rassemble ou si son nom est prononcé, comme s'il n'existait pas tout à fait, qu'il n'avait aucun lien avec nous. Mes parents l'apprécient difficilement, et ma grand-mère aussi. Je ne sais guère pourquoi, et tourner mes yeux vers Anastasia ne m'en apprend pas davantage ; elle est tout à fait figée dans son fauteuil, le visage fermé, lointain. M'en veut-elle de manquer d'assurance ?
Mes iris se baissent, j'avale difficilement le nœud coincé dans ma gorge tandis que les secondes songeuses, en tombant sur le sol, m'indiquent que le sujet semble être clos. Un hibou sera envoyé à Conor Farrow pour l'informer de la situation, et dans quelques mois notre famille sera inscrite au registre. Car j'accepterai, bien sûr ; ils le savent tous, sinon tout ne serait pas aussi calme. Et puis un jour je me marierai, par amour ou par raison, peu importe, et je porterai deux enfants, donnant mon nom au deuxième, offrant à demain une nouvelle branche à la famille Farrow, comme de nombreuses femmes avant moi. Elles l'ont fait, je le ferai, ce n'est pas si compliqué. Et néanmoins mon cœur continue à se serrer et le nœud dans mon ventre grandit. Je ne veux pas y penser, pas encore, pas maintenant, pas si tôt. Je préfère n'importe quel autre problème à celui-ci.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
C'est peut-être pour éviter de porter plus longtemps le sujet de mariage qui lui brûle la paume des mains qu'Alyona se jette prestement sur autre chose. Ses doigts lâchent le nœud de fer rouge qui marquait sa peau et attrapent la première pensée qui lui paraissait possible de partager.
« Moi aussi j'ai trouvé du travail », lâche-t-elle avec insouciance.
Maladresse ou malchance, elle se précipite sur le sujet délicat qui naviguait dans son crâne, comme si son inconscient l'avait sélectionné pour enfin s'en débarrasser et ne plus l'avoir perché sur les épaules, détachant ainsi les serres enfoncées dans sa peau. Mais le cœur se crispe et s'étouffe, trébuchant dans sa course sur une angoisse vicieuse. Qu'est-ce qu'il lui a pris ? Parler du Jardin comme cela, sans préparer les phrases, sans mesurer les mots, se lancer sans précaution ? Aller de cette manière droit au but, dire les choses telles qu'elles sont, dans leur splendide vérité aussi bien que dans leurs terribles angles pointus ? Le souffle se tord, les membres perdent de leur force, se dégonflent, la fuite commence à se dessiner à l'horizon, et pourtant la voix de la jeune femme demeure claire et stable tandis que des précisions s'ajoutent à la nouvelle. L'étudiante ne réfléchit qu'à peine, c'est à croire que ce n'est pas vraiment elle qui parle, qu'elle est extérieure à son propre corps, dissociée, coincée entre l'impossible et le devoir. Cette histoire d'enfants et de mariage la creuse, elle en a encore les paumes marquées. Pourquoi parler du Jardin maintenant, alors qu'elle n'en est pas prête ? Pourquoi la faire signer sur un bout de papier maintenant alors qu'elle n'a jamais vécu le moindre début d'un récit, que les premières pages de sa vie professionnelle n'existent même pas ? Elle doit promettre sans connaître. Et Draíocht dans tout cela ?
« Mr McClure, auprès de qui j'ai fait mon stage, m'a dit qu'il pourrait m'embaucher une fois mon diplôme en poche. Pour devenir botaniste dans ses serres. »
Voilà qui est dit. L'horizon paraît désormais clair et dégagé, car il semble certain qu'Alyona acceptera cette proposition d'emploi, elle n'en parle pas à ses parents pour rien. Pourtant, il n'y a aucune assurance, aucun garanti. Faut-il le préciser également ? Car elle n'a rien signé et n'est même pas diplômée. Aurait-elle dû attendre avant d'en parler ? La sagesse murmure que oui, mais la volonté se débat et s'arrache : attendre, c'est risquer de voir Anastasia prendre les devants, tirer sur les ficelles de ses contacts, et choisir pour sa fille l'avenir qui lui plaira le mieux à elle. Un avenir sûrement loin de l'Irlande et du Jardin. La Secrétaire d'État n'avait-elle pas eu une moue déçue en découvrant qu'Alyona y faisait son stage ? Si elle le pouvait, elle déciderait de tout pour elle, car elle la veut à son image, façonnée par ses mains, dirigée vers la voie qui fera leur renommée à tous. Comment la jeune étudiante peut-elle faire parler d'elle et faire ainsi honneur à sa famille si elle part se terrer en Irlande ? Personne ne va là-bas ! Elle a choisi d'être botaniste, bien, mais qu'elle le soit correctement ! En Angleterre ou en Écosse, à travailler pour le Conseil. Pourquoi le Jardin ? Pourquoi voir aussi petit ? Elle est une Farrow ! Elle pourrait voir tellement plus grand !
Alyona n'ose pas chercher à deviner davantage les pensées de sa mère, elle les sent presque tourner dans l'air, comme des mouches indignées qui ne voudraient que se jeter sur elle. Alors, elle parle, elle parle, pour ne pas les laisser parler eux, et comme si elle devait défendre ses choix, sachant qu'ils ne seraient pas appréciés. Elle s'explique. Le cœur en souffre ; la culpabilité baisse la tête ; la fierté se revendique.
« L'un des botanistes part en retraite à la fin de l'année scolaire, et il y a donc un poste vacant. Mr McClure m'a dit qu'il avait alors pensé à moi, que son équipe était d'accord car mon stage s'était bien passé. C'est une vraie chance, que je n'espérais pas me voir proposer, avoue-t-elle en tournant les yeux vers son père, reprenant presque ses mots prononcés plus tôt. J'ai beaucoup aimé les mois passés à travailler au Jardin, c'est vraiment un endroit incroyable, les plantes sont belles et s'y épanouissent et les gens sont gentils. Et puis, je n'aurais pas de mal à trouver un logement, j'ai déjà demandé au propriétaire de la chambre louée durant mon stage si c'était possible de la reprendre, et cela l'est. Alors j'ai déjà accepté la proposition de Mr McClure. »
Mensonges, mensonges ! La chambre louée l'est toujours depuis la fin du stage, la location n'a jamais été arrêtée, la place est devenue ce lieu à soi, cet antre apaisant où la jeune femme vient se reposer et travailler pour sortir de l'Institut sans retourner à Godric's Hollow. Et cette acceptation ici affirmée ? Il n'en est rien, Alyona n'a pas donné son accord à Bernhard McClure, elle lui a simplement répondu qu'elle avait besoin de réfléchir mais qu'elle était très intéressée. Pourquoi mentir, elle qui déteste tellement cela ? A-t-elle peur ? Redoute-t-elle qu'on lui refuse son choix, qu'on lui en impose un autre ? Les yeux qu'elle lève vers sa mère ne sont pas assurés, mais ils sont presque farouches. Elle ne la laissera pas lui prendre cette décision, oh non. Elle s'en va pour de bon. Anastasia n'aura bientôt aucune prise sur elle ; car dans quelques mois, Alyona Farrow aura transporté toutes ses affaires de sa demeure familiale à sa petite chambre du Jardin de Draíocht.
Elle sera libre, elle se le jure.
« Moi aussi j'ai trouvé du travail », lâche-t-elle avec insouciance.
Maladresse ou malchance, elle se précipite sur le sujet délicat qui naviguait dans son crâne, comme si son inconscient l'avait sélectionné pour enfin s'en débarrasser et ne plus l'avoir perché sur les épaules, détachant ainsi les serres enfoncées dans sa peau. Mais le cœur se crispe et s'étouffe, trébuchant dans sa course sur une angoisse vicieuse. Qu'est-ce qu'il lui a pris ? Parler du Jardin comme cela, sans préparer les phrases, sans mesurer les mots, se lancer sans précaution ? Aller de cette manière droit au but, dire les choses telles qu'elles sont, dans leur splendide vérité aussi bien que dans leurs terribles angles pointus ? Le souffle se tord, les membres perdent de leur force, se dégonflent, la fuite commence à se dessiner à l'horizon, et pourtant la voix de la jeune femme demeure claire et stable tandis que des précisions s'ajoutent à la nouvelle. L'étudiante ne réfléchit qu'à peine, c'est à croire que ce n'est pas vraiment elle qui parle, qu'elle est extérieure à son propre corps, dissociée, coincée entre l'impossible et le devoir. Cette histoire d'enfants et de mariage la creuse, elle en a encore les paumes marquées. Pourquoi parler du Jardin maintenant, alors qu'elle n'en est pas prête ? Pourquoi la faire signer sur un bout de papier maintenant alors qu'elle n'a jamais vécu le moindre début d'un récit, que les premières pages de sa vie professionnelle n'existent même pas ? Elle doit promettre sans connaître. Et Draíocht dans tout cela ?
« Mr McClure, auprès de qui j'ai fait mon stage, m'a dit qu'il pourrait m'embaucher une fois mon diplôme en poche. Pour devenir botaniste dans ses serres. »
Voilà qui est dit. L'horizon paraît désormais clair et dégagé, car il semble certain qu'Alyona acceptera cette proposition d'emploi, elle n'en parle pas à ses parents pour rien. Pourtant, il n'y a aucune assurance, aucun garanti. Faut-il le préciser également ? Car elle n'a rien signé et n'est même pas diplômée. Aurait-elle dû attendre avant d'en parler ? La sagesse murmure que oui, mais la volonté se débat et s'arrache : attendre, c'est risquer de voir Anastasia prendre les devants, tirer sur les ficelles de ses contacts, et choisir pour sa fille l'avenir qui lui plaira le mieux à elle. Un avenir sûrement loin de l'Irlande et du Jardin. La Secrétaire d'État n'avait-elle pas eu une moue déçue en découvrant qu'Alyona y faisait son stage ? Si elle le pouvait, elle déciderait de tout pour elle, car elle la veut à son image, façonnée par ses mains, dirigée vers la voie qui fera leur renommée à tous. Comment la jeune étudiante peut-elle faire parler d'elle et faire ainsi honneur à sa famille si elle part se terrer en Irlande ? Personne ne va là-bas ! Elle a choisi d'être botaniste, bien, mais qu'elle le soit correctement ! En Angleterre ou en Écosse, à travailler pour le Conseil. Pourquoi le Jardin ? Pourquoi voir aussi petit ? Elle est une Farrow ! Elle pourrait voir tellement plus grand !
Alyona n'ose pas chercher à deviner davantage les pensées de sa mère, elle les sent presque tourner dans l'air, comme des mouches indignées qui ne voudraient que se jeter sur elle. Alors, elle parle, elle parle, pour ne pas les laisser parler eux, et comme si elle devait défendre ses choix, sachant qu'ils ne seraient pas appréciés. Elle s'explique. Le cœur en souffre ; la culpabilité baisse la tête ; la fierté se revendique.
« L'un des botanistes part en retraite à la fin de l'année scolaire, et il y a donc un poste vacant. Mr McClure m'a dit qu'il avait alors pensé à moi, que son équipe était d'accord car mon stage s'était bien passé. C'est une vraie chance, que je n'espérais pas me voir proposer, avoue-t-elle en tournant les yeux vers son père, reprenant presque ses mots prononcés plus tôt. J'ai beaucoup aimé les mois passés à travailler au Jardin, c'est vraiment un endroit incroyable, les plantes sont belles et s'y épanouissent et les gens sont gentils. Et puis, je n'aurais pas de mal à trouver un logement, j'ai déjà demandé au propriétaire de la chambre louée durant mon stage si c'était possible de la reprendre, et cela l'est. Alors j'ai déjà accepté la proposition de Mr McClure. »
Mensonges, mensonges ! La chambre louée l'est toujours depuis la fin du stage, la location n'a jamais été arrêtée, la place est devenue ce lieu à soi, cet antre apaisant où la jeune femme vient se reposer et travailler pour sortir de l'Institut sans retourner à Godric's Hollow. Et cette acceptation ici affirmée ? Il n'en est rien, Alyona n'a pas donné son accord à Bernhard McClure, elle lui a simplement répondu qu'elle avait besoin de réfléchir mais qu'elle était très intéressée. Pourquoi mentir, elle qui déteste tellement cela ? A-t-elle peur ? Redoute-t-elle qu'on lui refuse son choix, qu'on lui en impose un autre ? Les yeux qu'elle lève vers sa mère ne sont pas assurés, mais ils sont presque farouches. Elle ne la laissera pas lui prendre cette décision, oh non. Elle s'en va pour de bon. Anastasia n'aura bientôt aucune prise sur elle ; car dans quelques mois, Alyona Farrow aura transporté toutes ses affaires de sa demeure familiale à sa petite chambre du Jardin de Draíocht.
Elle sera libre, elle se le jure.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
Anastasia a une hésitation et ses sourcils se froncent. Son stage ? Mr McClure ? Mais n'était-ce pas en Irlande ? Comment sa fille pourrait-elle s'imaginer vivre en Irlande ? Elle doit rester à Godric's Hollow, par Merlin ! Mr McClure, la Secrétaire d'État ne le connaît même pas. Est-il né-sorcier ou sang-pur, marié ou non, compétent ou stupide ? Personne ne peut le dire ! Alors pourquoi Alyona travaillerait-elle pour lui ? Parce qu'elle se sent bien dans ses serres ? C'est idiot, cela n'a même aucun sens, on ne choisit pas son avenir en se basant sur une sensation temporaire, sans avoir de comparaison ailleurs ! A-t-elle oublié la possibilité de débuter auprès d'un visage connu d'Anastasia, d'un sorcier assurément de confiance, qui veillera à pousser sa fille vers le haut, à la mener vers la recherche, à l'encourager à se dépasser pour améliorer ses compétences ? Pourquoi choisir à la première proposition quand elle pourrait avoir tellement plus ? La Secrétaire se sent gagnée par une vague inquiétude qui la secoue. Qu'est-ce que l'étudiante prépare ? Se moque-t-elle d'eux ? N'a-t-elle donc aucune considération pour sa famille ?
Elle ne comprend pas, et le fait que sa fille ait donné son accord de cette manière, sans consulter ses parents au préalable, sans même les avertir, l'agace. Qu'est-ce qu'il lui prend à Alyona ? Elle a toujours été sage, docile, facile à vivre, et voilà que depuis quelques mois elle se sent pousser des ailes et s'éloigne d'eux. Leur héritière ! Mais pourquoi ? Elle leur doit tout, jamais elle n'aurait pu avoir ce qu'elle a, cette liberté qu'elle juge si importante, sans eux, sans leur éducation et le milieu dans lequel ils lui ont permis de grandir. Pourquoi remet-elle tout en question ? Pourquoi veut-elle partir pour risquer de tomber plus bas ? L'inquiétude étant impossible pour la Secrétaire, c'est l'agacement qui prend le relais et croît, gonfle, grossit comme une bulle dans laquelle on souffle trop, prête à éclater. Est-ce donc toute la reconnaissance qu'Alyona a pour eux, ce désir de partir faire sa vie dans un petit commerce sans réputation et sans avenir ? Veut-elle avoir les mains sales et terreuses pour leur faire honte ? Souhaite-t-elle jeter leur nom dans la boue d'Irlande ? Quelle bêtise ! Mais elle est jeune, oui, jeune et inconsciente. Elle comprendra bien vite son erreur, et elle reviendra demander pardon.
Alors, en attendant, la colère d'Anastasia se dissout dans l'amusement. Cruelle est la moquerie qui joue sur ses lèvres.
« Tu as accepté parce que "les gens y sont gentils" ? »
Le ridicule est une douche froide qui laisse Alyona frissonnante. Elle s'y attendait, et pourtant c'est douloureux. Et elle aussi se demande pourquoi, pourquoi sa mère n'est pas satisfaite pour elle, pourquoi sa mère n'est pas heureuse, pourquoi est-ce qu'elle est toujours aussi glacée et venimeuse dans ses paroles, aussi exigeante et traversée de déception ? Ne sera-t-elle donc jamais fière d'elle ? La douleur s'appuie sur ses os. De toute manière, quoi qu'elle ait fait, quoi qu'elle ait accepté, jamais elle n'aurait pu avoir la satisfaction de sa mère et le bonheur de la voie choisie. Les deux ne peuvent pas aller de pair. C'est toujours l'un ou l'autre, et le comprendre lui a pris du temps, mais désormais elle en a conscience. Alors, elle sera toujours décevante.
Même pour cette histoire de mariage ? Cela ne pourrait-il pas changer les choses ? Si elle certifie qu'elle tiendra parole, qu'elle acceptera, Anastasia sera-t-elle fière de sa fille ? Lui pardonnera-t-elle son égarement professionnel ? Ou considérera-t-elle que c'est un devoir qu'elle ne peut de toute manière pas refuser ? La jeune femme a tellement envie d'y croire ! La perspective de toujours déplaire à celle qu'elle admire, qui incarne à ses yeux la force et le respect, lui est impensable. Parfois, Alyona se laisserait gagner par l'idée d'être prête à tout pour sa mère. Faire de son ventre la propriété de sa famille ne paraît alors pas si terrible. Ne souhaite-t-elle pas des enfants de toute manière ? Qu'y a-t-il de si difficile à faire en sorte qu'ils soient deux, et au sang-pur ? Si c'est le prix à payer pour choisir son avenir professionnel, n'est-ce pas un prix moindre et sans douleur ? N'est-elle pas prête à l'accepter ?
Entre les deux femmes, John se découvre mal à l'aise. Certes, il ne soutient pas les propos d'Anastasia, les trouvant tranchants et cruels, mais il ne peut que reconnaître que le choix de sa fille le surprend et ne le réjouit qu'à moitié. Savoir sa famille ainsi éparpillée dans les îles britanniques n'est pas un avenir qu'il imaginait. L'Irlande ! Pourquoi Alyona n'a-t-elle pas attendu pour chercher d'abord en Écosse ou en Angleterre ? Ou même au Pays de Galles ? Pourquoi vouloir rester sur cette île froide et non à Godric's Hollow ? Qu'est-ce que ces serres ont de plus que des serres anglaises ? Si d'un côté ce changement l'inquiète et le questionne, de l'autre il ne peut que comprendre le désir de sa fille de se créer son propre chemin, d'aller chercher sa voie sans utiliser une route déjà tracée pour elle. N'est-il pas passé par cela, lui aussi ?
L'homme se racle la gorge pour effacer les propos de sa femme et passer au-dessus de l'ère polaire étendue dans le salon.
« C'est une bonne nouvelle, mais j'ai l'impression que cette décision a été prise rapidement, sans réfléchir aux conséquences. Tu es sûre de toi, Alyona ? »
Cela l'étonne de sa fille, tous deux sont d'anciens Bleus, d'anciens Bleus qui ont toujours eu pour habitude de prendre le temps de réfléchir avant d'agir.
« Oui, je... J'ai de la chance ! Je ne pouvais pas rêver mieux. Et puis, c'est un peu le destin, j'ai découvert le commerce par hasard, et un poste sera à pourvoir après mon diplôme... »
Anastasia a un reniflement moqueur. « Ah, toi et ton destin ! »
Elle n'y croit pas, elle, au chemin tout tracé. Elle s'est battue depuis toujours, dès l'enfance puis à Durmstrang, pour trouver sa place, montrer ce qu'elle vaut, passer devant les autres ; elle a dû faire ses preuves tout au long de sa vie, rien ne lui a été donné dans une cuillère d'argent. Et voilà que sa fille lui parle de destin, comme si tout était déjà écrit, qu'il y avait une suite naturelle et logique à n'importe quelle action, ou une entité supérieure qui avait tracé notre route ! Cette croyance l'a toujours agacée chez Alyona — d'où s'est-elle mis cette idée en tête ? —, et aujourd'hui tout particulièrement, elle la trouve ridicule. Le destin, oui, bien sûr ! Sa fille ne saura-t-elle donc jamais se battre pour mieux ?
Ou Anastasia ne voit-elle pas que c'est ce qu'elle fait en s'opposant ainsi à elle ?
John fronce les sourcils et tente de conserver son calme. Pourquoi les deux femmes ne se regardent-elles même plus ? Le bien de leur famille n'est-il pas toujours au-dessus de leur conflit ? Ne peuvent-elles pas chercher à tendre l'une vers l'autre au lieu de toujours s'opposer ? Soudainement, cela le fatigue. Mener cette réunion, ce n'est décidément pas pour lui, lui qui est un sorcier façonné de silence et de curiosité.
« Bien, tranche-t-il finalement, si tu l'assumes, alors qu'il en soit ainsi. »
Elle ne comprend pas, et le fait que sa fille ait donné son accord de cette manière, sans consulter ses parents au préalable, sans même les avertir, l'agace. Qu'est-ce qu'il lui prend à Alyona ? Elle a toujours été sage, docile, facile à vivre, et voilà que depuis quelques mois elle se sent pousser des ailes et s'éloigne d'eux. Leur héritière ! Mais pourquoi ? Elle leur doit tout, jamais elle n'aurait pu avoir ce qu'elle a, cette liberté qu'elle juge si importante, sans eux, sans leur éducation et le milieu dans lequel ils lui ont permis de grandir. Pourquoi remet-elle tout en question ? Pourquoi veut-elle partir pour risquer de tomber plus bas ? L'inquiétude étant impossible pour la Secrétaire, c'est l'agacement qui prend le relais et croît, gonfle, grossit comme une bulle dans laquelle on souffle trop, prête à éclater. Est-ce donc toute la reconnaissance qu'Alyona a pour eux, ce désir de partir faire sa vie dans un petit commerce sans réputation et sans avenir ? Veut-elle avoir les mains sales et terreuses pour leur faire honte ? Souhaite-t-elle jeter leur nom dans la boue d'Irlande ? Quelle bêtise ! Mais elle est jeune, oui, jeune et inconsciente. Elle comprendra bien vite son erreur, et elle reviendra demander pardon.
Alors, en attendant, la colère d'Anastasia se dissout dans l'amusement. Cruelle est la moquerie qui joue sur ses lèvres.
« Tu as accepté parce que "les gens y sont gentils" ? »
Le ridicule est une douche froide qui laisse Alyona frissonnante. Elle s'y attendait, et pourtant c'est douloureux. Et elle aussi se demande pourquoi, pourquoi sa mère n'est pas satisfaite pour elle, pourquoi sa mère n'est pas heureuse, pourquoi est-ce qu'elle est toujours aussi glacée et venimeuse dans ses paroles, aussi exigeante et traversée de déception ? Ne sera-t-elle donc jamais fière d'elle ? La douleur s'appuie sur ses os. De toute manière, quoi qu'elle ait fait, quoi qu'elle ait accepté, jamais elle n'aurait pu avoir la satisfaction de sa mère et le bonheur de la voie choisie. Les deux ne peuvent pas aller de pair. C'est toujours l'un ou l'autre, et le comprendre lui a pris du temps, mais désormais elle en a conscience. Alors, elle sera toujours décevante.
Même pour cette histoire de mariage ? Cela ne pourrait-il pas changer les choses ? Si elle certifie qu'elle tiendra parole, qu'elle acceptera, Anastasia sera-t-elle fière de sa fille ? Lui pardonnera-t-elle son égarement professionnel ? Ou considérera-t-elle que c'est un devoir qu'elle ne peut de toute manière pas refuser ? La jeune femme a tellement envie d'y croire ! La perspective de toujours déplaire à celle qu'elle admire, qui incarne à ses yeux la force et le respect, lui est impensable. Parfois, Alyona se laisserait gagner par l'idée d'être prête à tout pour sa mère. Faire de son ventre la propriété de sa famille ne paraît alors pas si terrible. Ne souhaite-t-elle pas des enfants de toute manière ? Qu'y a-t-il de si difficile à faire en sorte qu'ils soient deux, et au sang-pur ? Si c'est le prix à payer pour choisir son avenir professionnel, n'est-ce pas un prix moindre et sans douleur ? N'est-elle pas prête à l'accepter ?
Entre les deux femmes, John se découvre mal à l'aise. Certes, il ne soutient pas les propos d'Anastasia, les trouvant tranchants et cruels, mais il ne peut que reconnaître que le choix de sa fille le surprend et ne le réjouit qu'à moitié. Savoir sa famille ainsi éparpillée dans les îles britanniques n'est pas un avenir qu'il imaginait. L'Irlande ! Pourquoi Alyona n'a-t-elle pas attendu pour chercher d'abord en Écosse ou en Angleterre ? Ou même au Pays de Galles ? Pourquoi vouloir rester sur cette île froide et non à Godric's Hollow ? Qu'est-ce que ces serres ont de plus que des serres anglaises ? Si d'un côté ce changement l'inquiète et le questionne, de l'autre il ne peut que comprendre le désir de sa fille de se créer son propre chemin, d'aller chercher sa voie sans utiliser une route déjà tracée pour elle. N'est-il pas passé par cela, lui aussi ?
L'homme se racle la gorge pour effacer les propos de sa femme et passer au-dessus de l'ère polaire étendue dans le salon.
« C'est une bonne nouvelle, mais j'ai l'impression que cette décision a été prise rapidement, sans réfléchir aux conséquences. Tu es sûre de toi, Alyona ? »
Cela l'étonne de sa fille, tous deux sont d'anciens Bleus, d'anciens Bleus qui ont toujours eu pour habitude de prendre le temps de réfléchir avant d'agir.
« Oui, je... J'ai de la chance ! Je ne pouvais pas rêver mieux. Et puis, c'est un peu le destin, j'ai découvert le commerce par hasard, et un poste sera à pourvoir après mon diplôme... »
Anastasia a un reniflement moqueur. « Ah, toi et ton destin ! »
Elle n'y croit pas, elle, au chemin tout tracé. Elle s'est battue depuis toujours, dès l'enfance puis à Durmstrang, pour trouver sa place, montrer ce qu'elle vaut, passer devant les autres ; elle a dû faire ses preuves tout au long de sa vie, rien ne lui a été donné dans une cuillère d'argent. Et voilà que sa fille lui parle de destin, comme si tout était déjà écrit, qu'il y avait une suite naturelle et logique à n'importe quelle action, ou une entité supérieure qui avait tracé notre route ! Cette croyance l'a toujours agacée chez Alyona — d'où s'est-elle mis cette idée en tête ? —, et aujourd'hui tout particulièrement, elle la trouve ridicule. Le destin, oui, bien sûr ! Sa fille ne saura-t-elle donc jamais se battre pour mieux ?
Ou Anastasia ne voit-elle pas que c'est ce qu'elle fait en s'opposant ainsi à elle ?
John fronce les sourcils et tente de conserver son calme. Pourquoi les deux femmes ne se regardent-elles même plus ? Le bien de leur famille n'est-il pas toujours au-dessus de leur conflit ? Ne peuvent-elles pas chercher à tendre l'une vers l'autre au lieu de toujours s'opposer ? Soudainement, cela le fatigue. Mener cette réunion, ce n'est décidément pas pour lui, lui qui est un sorcier façonné de silence et de curiosité.
« Bien, tranche-t-il finalement, si tu l'assumes, alors qu'il en soit ainsi. »
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
Si Anastasia est agacée, si Anastasia a peur, si Anastasia en veut à sa fille, n'est-ce pas parce qu'elle sent que celle-ci lui échappe, que ses doigts auparavant posés sur ses épaules ne le sont plus, ou ne le seront plus jamais de la même façon ? Craint-elle de perdre celle pour qui elle a tout sacrifié ? La sorcière, en devenant mère, a toujours nourri le rêve que sa fille serait comme elle, une battante, fière, déterminée à faire entendre sa voix et à défendre ses valeurs, prête à toujours repousser ses limites, à chercher l'excellence à tout prix, à sortir du lot, à être la première, la meilleure, la plus rigoureuse et la plus acharnée ; elle imaginait trouver chez son enfant la poursuite de ses propres ambitions. Elle n'a pas eu de fils, elle n'est parvenue qu'à avoir une fille, alors il fallait que celle-ci comprenne, qu'elle saisisse rapidement les enjeux et sache quoi mettre de côté et pour quoi tout donner. Alyona devait se battre auprès d'Anastasia pour leur famille, pour dorer leur nom et faire valoir leurs idéaux ensemble, et voilà qu'elles se battent l'une contre l'autre. Pourquoi tout est si différent et si difficile ? Pourquoi Alyona a-t-elle tant de mal à la comprendre ? Ne fait-elle aucun effort pour cela ? Ou Anastasia s'est-elle trompé quelque part dans son éducation ? Ou l'erreur a-t-elle germé ?
La Secrétaire d'État ne se pense pas égoïste en refusant ses choix à sa fille, loin de là. Elle ne souhaite que son bien, c'est-à-dire que le meilleur pour elle. Merlin, Alyona n'est pas l'enfant de sang-mêlés ! Elle vient d'une lignée décidée à laisser sa trace dans les livres et les registres, à faire parler d'elle de manière élogieuse et à tracer au bout de ses branches de nouveaux bourgeons qui s'ouvriront sur des rameaux solides et prometteurs. Anastasia a toujours souhaité que sa fille compte parmi les meilleurs, il ne s'agissait pas seulement de la rendre heureuse. Et puis quand bien même, le bonheur ne se trouve-t-il pas dans la réussite ? L'étudiante a été éduquée pour connaître jeune les gains apportés par le travail. Ceux qui errent, qui choisissent l'indifférence ou la paresse ne peuvent pas s'extraire, vivre bien, laisser un héritage correct à leurs enfants ou appartenir à des cercles prestigieux. Si Anastasia n'avait pas choisi de se battre à Durmstrang pour se distinguer des autres, elle ne serait pas là où elle est, et sa famille non plus. Elle jouit désormais d'une certaine réputation honorable et d'un respect appréciable ; il n'est pas question qu'Alyona efface ce travail et fasse plonger la famille dans l'oubli. Comment peut-elle agir ainsi, sans considération pour ce que ses parents ont tenté de lui construire ? Comment peut-elle les ignorer ? Croit-elle qu'apporter des fleurs suffira à se faire pardonner ? Pense-t-elle qu'ayant grandi dans le confort, elle n'aura plus jamais besoin de lutter pour ce qu'elle a déjà ? Sous son étendard de fierté et d'assurance, Anastasia a la mâchoire crispée et le ventre soufflé. Son erreur est-elle celle-là ? A-t-elle laissé Alyona croire qu'elle avait son confort initial de garanti, qu'il ne changerait pas, et que même si elle se détachait, se désolidarisait d'eux, elle s'en sortirait sans souci ?
Quelle erreur ! Sa fille n'y parviendra jamais sans sa famille. S'ils se coupent d'elle, il ne lui restera rien, elle ne parviendra pas à s'illustrer sans eux. Merlin oui ! Elle leur doit tout.
Alors pourquoi part-elle ? Et pourquoi Anastasia ressent-elle la douleur que ce choix implique avant d'en attraper la colère ?
John se réfugie derrière sa liste. Il passe à autre chose, range le problème qu'il a déclaré réglé et en aborde un différent. Après l'avenir d'Alyona, revenons à des choses plus concrètes et plus simples, qui ne devraient ni creuser les conflits ni exacerber les sentiments. Ne devaient-ils pas évoquer les prochains événements à Godric's Hollow entre familles au sang-pur, l'anniversaire de Freya, le parcours scolaire d'Alyona, la gestion de leur argent, leurs commandes de nouvelles robes et le problème des pucerons dans les serres ? Sans parler des lettres qui attendent, celles à envoyer et celles à répondre, qu'il leur faudra traiter urgemment. Et de bien d'autres points qui s'accumulent sur cette liste de courses. Des dossiers doivent être étudiés, traités, résolus et rangés. Le bureau des Farrow est bien trop encombré ! John n'apprécie pas cette tâche, mais ils doivent tous s'y résoudre, leurs sentiments et sensations intimes passeront plus tard. L'administratif et les soucis du quotidien peuvent être trop aisément repoussés, il est temps de les saisir à pleines mains.
Alors, l'astronome reprend la parole, parle, poursuit. Il passe à autre chose, en somme. Le méthodique écrase l'inquiétude.
« Il nous faudra reconstituer le stock de certaines potions avant la fin du mois. Et peut-être faire du tri également parmi celles dont nous ne nous servirons plus. Ah ! Alyona, puisque tu es là, pourras-tu profiter de ton passage pour regarder aux serres ? Il y a des problèmes avec certaines plantes, des taches, des pucerons... Il faudra sûrement les traiter. »
La jeune femme hoche docilement la tête. « J'y regarderai demain matin », leur assure-t-elle.
Alors, l'homme hoche la tête, jette un œil à la petite liste apparue entre ses doigts, fronce les sourcils, et poursuit. Après les serres, les lettres, l'argent, les commandes, les obligations de calendrier. Les sorcières devront choisir des tissus pour renouveler leur garde-robe, et passer à Gringotts avant la fin d'année. John a des lettres à envoyer, et Anastasia également ; le hibou des Farrow risque d'être bien occupé, peut-être faudra-t-il faire appel à la Poste Magique pour les courriers les moins importants, et classer les autres dans l'ordre des priorités. Quant à Alyona, il serait appréciable qu'elle continue à donner des nouvelles, même de l'Institut, ses parents n'apprécient pas lorsque son silence s'étale sur plusieurs semaines. Où en est-elle, d'ailleurs, dans son parcours scolaire ? Son année devrait être validée sans difficulté, n'est-ce pas ? N'a-t-elle pas aussi des idées pour l'anniversaire de Freya, qui ne tardera pas à venir ? Merlin sait comme sa grand-mère passe du temps avec elle en ce moment ! Cela cache presque quelque chose... Mais quoi ? Les deux Farrow sont très différentes.
Ainsi vont les discussions dans le salon de Godric's Hollow, plus apaisées qu'à leur départ, mais toujours aussi formelles et distancées. Bientôt le thé se voit terminé tandis que le ciel s'assombrit. Alyona et Anastasia paraissent plus calmes, et John garde l'impression d'une satisfaction appréciable ; finalement, il ne s'en est pas si mal sorti ! Il parvient presque à retrouver la pensée de son prochain lieu de travail, de l'emploi qui l'attend, et de savourer les images qui naissent à ces réflexions. Si bien que lorsque sa petite liste de sujets à évoquer se voit tout entière cochée, l'homme se lève, s'excuse auprès des deux femmes, et les quitte, sûrement pour la cuisine où d'autres préparatifs nécessaires l'attendent, mais cette fois en solitaire, ouvrant la porte aux songes.
Il laisse derrière lui une jeunesse lasse et peinée, et une sorcière chez qui la colère n'a pas cessé de gronder.
La Secrétaire d'État ne se pense pas égoïste en refusant ses choix à sa fille, loin de là. Elle ne souhaite que son bien, c'est-à-dire que le meilleur pour elle. Merlin, Alyona n'est pas l'enfant de sang-mêlés ! Elle vient d'une lignée décidée à laisser sa trace dans les livres et les registres, à faire parler d'elle de manière élogieuse et à tracer au bout de ses branches de nouveaux bourgeons qui s'ouvriront sur des rameaux solides et prometteurs. Anastasia a toujours souhaité que sa fille compte parmi les meilleurs, il ne s'agissait pas seulement de la rendre heureuse. Et puis quand bien même, le bonheur ne se trouve-t-il pas dans la réussite ? L'étudiante a été éduquée pour connaître jeune les gains apportés par le travail. Ceux qui errent, qui choisissent l'indifférence ou la paresse ne peuvent pas s'extraire, vivre bien, laisser un héritage correct à leurs enfants ou appartenir à des cercles prestigieux. Si Anastasia n'avait pas choisi de se battre à Durmstrang pour se distinguer des autres, elle ne serait pas là où elle est, et sa famille non plus. Elle jouit désormais d'une certaine réputation honorable et d'un respect appréciable ; il n'est pas question qu'Alyona efface ce travail et fasse plonger la famille dans l'oubli. Comment peut-elle agir ainsi, sans considération pour ce que ses parents ont tenté de lui construire ? Comment peut-elle les ignorer ? Croit-elle qu'apporter des fleurs suffira à se faire pardonner ? Pense-t-elle qu'ayant grandi dans le confort, elle n'aura plus jamais besoin de lutter pour ce qu'elle a déjà ? Sous son étendard de fierté et d'assurance, Anastasia a la mâchoire crispée et le ventre soufflé. Son erreur est-elle celle-là ? A-t-elle laissé Alyona croire qu'elle avait son confort initial de garanti, qu'il ne changerait pas, et que même si elle se détachait, se désolidarisait d'eux, elle s'en sortirait sans souci ?
Quelle erreur ! Sa fille n'y parviendra jamais sans sa famille. S'ils se coupent d'elle, il ne lui restera rien, elle ne parviendra pas à s'illustrer sans eux. Merlin oui ! Elle leur doit tout.
Alors pourquoi part-elle ? Et pourquoi Anastasia ressent-elle la douleur que ce choix implique avant d'en attraper la colère ?
John se réfugie derrière sa liste. Il passe à autre chose, range le problème qu'il a déclaré réglé et en aborde un différent. Après l'avenir d'Alyona, revenons à des choses plus concrètes et plus simples, qui ne devraient ni creuser les conflits ni exacerber les sentiments. Ne devaient-ils pas évoquer les prochains événements à Godric's Hollow entre familles au sang-pur, l'anniversaire de Freya, le parcours scolaire d'Alyona, la gestion de leur argent, leurs commandes de nouvelles robes et le problème des pucerons dans les serres ? Sans parler des lettres qui attendent, celles à envoyer et celles à répondre, qu'il leur faudra traiter urgemment. Et de bien d'autres points qui s'accumulent sur cette liste de courses. Des dossiers doivent être étudiés, traités, résolus et rangés. Le bureau des Farrow est bien trop encombré ! John n'apprécie pas cette tâche, mais ils doivent tous s'y résoudre, leurs sentiments et sensations intimes passeront plus tard. L'administratif et les soucis du quotidien peuvent être trop aisément repoussés, il est temps de les saisir à pleines mains.
Alors, l'astronome reprend la parole, parle, poursuit. Il passe à autre chose, en somme. Le méthodique écrase l'inquiétude.
« Il nous faudra reconstituer le stock de certaines potions avant la fin du mois. Et peut-être faire du tri également parmi celles dont nous ne nous servirons plus. Ah ! Alyona, puisque tu es là, pourras-tu profiter de ton passage pour regarder aux serres ? Il y a des problèmes avec certaines plantes, des taches, des pucerons... Il faudra sûrement les traiter. »
La jeune femme hoche docilement la tête. « J'y regarderai demain matin », leur assure-t-elle.
Alors, l'homme hoche la tête, jette un œil à la petite liste apparue entre ses doigts, fronce les sourcils, et poursuit. Après les serres, les lettres, l'argent, les commandes, les obligations de calendrier. Les sorcières devront choisir des tissus pour renouveler leur garde-robe, et passer à Gringotts avant la fin d'année. John a des lettres à envoyer, et Anastasia également ; le hibou des Farrow risque d'être bien occupé, peut-être faudra-t-il faire appel à la Poste Magique pour les courriers les moins importants, et classer les autres dans l'ordre des priorités. Quant à Alyona, il serait appréciable qu'elle continue à donner des nouvelles, même de l'Institut, ses parents n'apprécient pas lorsque son silence s'étale sur plusieurs semaines. Où en est-elle, d'ailleurs, dans son parcours scolaire ? Son année devrait être validée sans difficulté, n'est-ce pas ? N'a-t-elle pas aussi des idées pour l'anniversaire de Freya, qui ne tardera pas à venir ? Merlin sait comme sa grand-mère passe du temps avec elle en ce moment ! Cela cache presque quelque chose... Mais quoi ? Les deux Farrow sont très différentes.
Ainsi vont les discussions dans le salon de Godric's Hollow, plus apaisées qu'à leur départ, mais toujours aussi formelles et distancées. Bientôt le thé se voit terminé tandis que le ciel s'assombrit. Alyona et Anastasia paraissent plus calmes, et John garde l'impression d'une satisfaction appréciable ; finalement, il ne s'en est pas si mal sorti ! Il parvient presque à retrouver la pensée de son prochain lieu de travail, de l'emploi qui l'attend, et de savourer les images qui naissent à ces réflexions. Si bien que lorsque sa petite liste de sujets à évoquer se voit tout entière cochée, l'homme se lève, s'excuse auprès des deux femmes, et les quitte, sûrement pour la cuisine où d'autres préparatifs nécessaires l'attendent, mais cette fois en solitaire, ouvrant la porte aux songes.
Il laisse derrière lui une jeunesse lasse et peinée, et une sorcière chez qui la colère n'a pas cessé de gronder.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Rameaux
La marée descend, libérant le sable de son emprise, le laissant gonflé et étourdi sur la plage, révélant par son retrait les rochers verts et leurs arêtes tranchantes, blessantes. Le vent a déposé sur les lèvres sèches l'arôme salé des embruns, et passer la langue dessus c'est retrouver sur soi les traces laissées par la force des vagues. Je frissonne, encore frappée par les événements, les mots d'Anastasia, ses regards, ses silences. Je n'ose même pas lever les yeux vers elle, ma mère, toute en tempête et en vents. Je suis figée par son froid. Alors, l'eau se retire, et pourtant elle continue à obséder et à hanter tous ceux qu'elle a frôlés. La peau s'érode et tombe en miettes, les os blanchissent, les muscles s'essoufflent. Ceux qui s'y noyaient s'échouent. Pourquoi la volonté et le bonheur qui m'habitaient me paraissent désormais si lointains, comme inaccessibles, même plus miens, mirages d'un autre temps ? Les phrases qui se levaient telle la houle ont-elles détruit la force dont je m'étais armée ? Ma bouche m'apparaît sèche et pâteuse. Je me sens incapable d'articuler le moindre mot ; vidée, je ne désire plus que la fuite, le calme d'un lieu qui permettrait à mes pensées de s'affoler et à mon cœur de cavaler ; il me suffit simplement de trouver une excuse et de me lever. Simplement. Oh, comme je rêve de m'envelopper dans un drap de réconfort qui puisse absorber le chagrin penché au bord de mes paupières !
Mes bras transis s'agitent avec raideur. Il n'y a qu'elle et moi désormais dans la vaste pièce, et à chacun de mes mouvements, au moindre frisson sur ma peau, j'ai la sensation de heurter son regard, d'être enfermée par ses iris dans un périmètre restreint, une île d'où elle ne souhaite pas me voir partir. La force de sa présence me pique le corps comme si des milliers de grains de sable y étaient accrochés. Dois-je être vive ou prudente, discrète ou tempétueuse ? Une chaleur se tord dans ma poitrine, soulevée par un désir urgent et insupportable qui me presse et m'étouffe, me contraint à l'écouter. Je veux partir, je veux partir, je veux partir. Laisse-moi partir, par Merlin !
Alors, cachée derrière des gestes simples, ma volonté se gonfle ; je me redresse, me lève, et tends les doigts pour me saisir de tasses et théière, débarrassant les restes de cette rencontre salée et épineuse, prête à les ranger et à les oublier. Excuse à peine dissimulée pour quitter la pièce ; tout est bon pour justifier un départ. Mais à l'instant où mes jambes me portent et m'approchent de la table, un éclat me fige, me transformant en petite proie transpercée par l'angoisse. Anastasia s'est levée en même temps que moi, silencieuse comme un chat, prête à bondir et menaçante, se dressant à quelques mètres qui ne tardent pas à se réduire. Je voulais l'éviter et voilà que son ombre me surplombe, que sa présence frappe à la porte de mes sens, et mes bras tendus, mes doigts prêts à saisir se paralysent. Les yeux de ma mère s'écrasent sur mon visage pour en manger les contours. Je ne peux que tomber dans ces abysses avec maladresse et horreur, retrouvant dans ses iris l'admiration qu'elle a toujours su faire naître en moi.
Comme j'aimerais avoir sa prestance ! sa force ! sa droiture ! C'est une femme qui réduit au silence. J'oublierai presque ma tristesse, mes doutes et mes angoisses face au sourire léger qui croît dans le coin de ses lèvres. Elle n'est peut-être pas fière de moi, mais elle m'aime toujours. Comment ai-je pu en douter ? Ses bras s'ouvrent, m'invitent à venir m'y blottir. Ma mère. Elle ne me déteste pas malgré ce que j'ai annoncé ; elle m'accepte encore près d'elle. Elle me prend dans ses bras ! Oh, comme je déborde de son amour, envahie de soulagement ! Elle ne me déteste pas, elle ne m'en veut pas ; elle m'aime ! Mon chagrin devient fragilité ; la vague se lève, haute, et me retombe sur les épaules quand je me réfugie avec empressement contre la sorcière, redevenue petite fille, dépendante de son regard, de sa chaleur, de ses mains qui caressent mes cheveux, de l'attention qu'elle me porte et qui me soulève, de ses accords et de ses validations, et même de son parfum, son parfum de citron auquel je me suis refusé de goûter de nouveau, d'apprécier encore une fois, mais qui aujourd'hui me replonge en enfance. Je serai toujours sa fille, elle ne m'en veut pas.
La femme passe un bras dans mon dos et pose une main sur mes cheveux. Je me love tout contre elle, savourant sa présence, son réconfort, lui pardonnant tout, ses silences glacés comme ses phrases pointues. C'est ma mère. Nous sommes de la même branche, elle ne me laissera jamais tomber ; elle sera toujours là.
Ses doigts sur mon crâne m'apaisent. J'aimerais qu'elle ne dise rien, que nous restions ainsi toute une éternité, pour oublier le reste, le froid et nos routes qui s'éloignent l'une de l'autre. Que tout soit aussi simple que ce moment dans ses bras, sa peau pâle contre ma peau pâle, son assurance contre mes incertitudes. Une mère et sa fille, sans histoire de famille, de sang, d'héritage, de devoir ou d'ambition. Juste elle et moi. Et tout ce qui nous entoure plongé sous la mer. Si je retiens mon souffle, est-ce que tout pourrait s'arrêter ?
Mais le monde est glacé et injuste, et Anastasia a grandi dans le vent ; de sa morsure elle a fait son destin.
Alors elle mord.
« Je sais que tu reviendras à la raison, ma fille ; je sais que tu reviendras vers nous. » Ma mère m'embrasse sur le crâne. « Il n'y a pas d'autres possibilités. » conclut-elle avec une certitude désarmante.
Les doigts d'Anastasia jouent encore un instant sur mes cheveux et mon dos, traçant des sillons glacés sur mes membres figés. Elle n'ajoute rien ni ne me regarde en s'écartant. Elle me tourne simplement le dos pour s'en aller d'une démarche assurée, triomphante. C'est elle, finalement, qui s'en va la première.
Et moi qui demeure échouée, broyée sur le sable.
Mes bras transis s'agitent avec raideur. Il n'y a qu'elle et moi désormais dans la vaste pièce, et à chacun de mes mouvements, au moindre frisson sur ma peau, j'ai la sensation de heurter son regard, d'être enfermée par ses iris dans un périmètre restreint, une île d'où elle ne souhaite pas me voir partir. La force de sa présence me pique le corps comme si des milliers de grains de sable y étaient accrochés. Dois-je être vive ou prudente, discrète ou tempétueuse ? Une chaleur se tord dans ma poitrine, soulevée par un désir urgent et insupportable qui me presse et m'étouffe, me contraint à l'écouter. Je veux partir, je veux partir, je veux partir. Laisse-moi partir, par Merlin !
Alors, cachée derrière des gestes simples, ma volonté se gonfle ; je me redresse, me lève, et tends les doigts pour me saisir de tasses et théière, débarrassant les restes de cette rencontre salée et épineuse, prête à les ranger et à les oublier. Excuse à peine dissimulée pour quitter la pièce ; tout est bon pour justifier un départ. Mais à l'instant où mes jambes me portent et m'approchent de la table, un éclat me fige, me transformant en petite proie transpercée par l'angoisse. Anastasia s'est levée en même temps que moi, silencieuse comme un chat, prête à bondir et menaçante, se dressant à quelques mètres qui ne tardent pas à se réduire. Je voulais l'éviter et voilà que son ombre me surplombe, que sa présence frappe à la porte de mes sens, et mes bras tendus, mes doigts prêts à saisir se paralysent. Les yeux de ma mère s'écrasent sur mon visage pour en manger les contours. Je ne peux que tomber dans ces abysses avec maladresse et horreur, retrouvant dans ses iris l'admiration qu'elle a toujours su faire naître en moi.
Comme j'aimerais avoir sa prestance ! sa force ! sa droiture ! C'est une femme qui réduit au silence. J'oublierai presque ma tristesse, mes doutes et mes angoisses face au sourire léger qui croît dans le coin de ses lèvres. Elle n'est peut-être pas fière de moi, mais elle m'aime toujours. Comment ai-je pu en douter ? Ses bras s'ouvrent, m'invitent à venir m'y blottir. Ma mère. Elle ne me déteste pas malgré ce que j'ai annoncé ; elle m'accepte encore près d'elle. Elle me prend dans ses bras ! Oh, comme je déborde de son amour, envahie de soulagement ! Elle ne me déteste pas, elle ne m'en veut pas ; elle m'aime ! Mon chagrin devient fragilité ; la vague se lève, haute, et me retombe sur les épaules quand je me réfugie avec empressement contre la sorcière, redevenue petite fille, dépendante de son regard, de sa chaleur, de ses mains qui caressent mes cheveux, de l'attention qu'elle me porte et qui me soulève, de ses accords et de ses validations, et même de son parfum, son parfum de citron auquel je me suis refusé de goûter de nouveau, d'apprécier encore une fois, mais qui aujourd'hui me replonge en enfance. Je serai toujours sa fille, elle ne m'en veut pas.
La femme passe un bras dans mon dos et pose une main sur mes cheveux. Je me love tout contre elle, savourant sa présence, son réconfort, lui pardonnant tout, ses silences glacés comme ses phrases pointues. C'est ma mère. Nous sommes de la même branche, elle ne me laissera jamais tomber ; elle sera toujours là.
Ses doigts sur mon crâne m'apaisent. J'aimerais qu'elle ne dise rien, que nous restions ainsi toute une éternité, pour oublier le reste, le froid et nos routes qui s'éloignent l'une de l'autre. Que tout soit aussi simple que ce moment dans ses bras, sa peau pâle contre ma peau pâle, son assurance contre mes incertitudes. Une mère et sa fille, sans histoire de famille, de sang, d'héritage, de devoir ou d'ambition. Juste elle et moi. Et tout ce qui nous entoure plongé sous la mer. Si je retiens mon souffle, est-ce que tout pourrait s'arrêter ?
Mais le monde est glacé et injuste, et Anastasia a grandi dans le vent ; de sa morsure elle a fait son destin.
Alors elle mord.
« Je sais que tu reviendras à la raison, ma fille ; je sais que tu reviendras vers nous. » Ma mère m'embrasse sur le crâne. « Il n'y a pas d'autres possibilités. » conclut-elle avec une certitude désarmante.
Les doigts d'Anastasia jouent encore un instant sur mes cheveux et mon dos, traçant des sillons glacés sur mes membres figés. Elle n'ajoute rien ni ne me regarde en s'écartant. Elle me tourne simplement le dos pour s'en aller d'une démarche assurée, triomphante. C'est elle, finalement, qui s'en va la première.
Et moi qui demeure échouée, broyée sur le sable.
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#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht