PNJ Un Sangblanc donc ?

Toujours là, à noter tout ce qu'elle disait sur son petit carnet. Comme si ça allait ouvrir les portes du Dominion. Envoyer un message à Montmort et Morgan d'ouvrir ces foutus portails et d'arrêter de jouer à cache-cache. La réalisation que Thomas était transi d'amour pour sa marraine la heurta d'un coup. Noémie ne savait pas quoi faire de cette information. C'était différent du mariage arrangé de ses grand-parents, qui s'étaient fait l'un à l'autre, des conquêtes de sa mère, des regards tendres entre Jonathan et Claire. C'était plus vibrant, profond. Pour elle, ce genre de sentiments n'existaient que dans les livres, les films idiots que sa belle-mère regardait en mangeant une glace au chocolat, une fiction. Après tout, ça avait toujours l'air trop, et angoissait la jeune femme rien que d'y penser. Quelque chose dans lequel on pourrait se noyer, ne jamais retrouver la surface et se perdre. Mais voilà maintenant que ça se produisait sous ses yeux. Elle se rendait compte qu'elle le fixait sûrement de manière étrange, mais il semblait être perdu dans ses pensées. Lui aussi cherchait des pistes, et sûrement qu'il se confronterait aux mêmes murs qu'elle. Alors qu'il sortait sa bourse, et sa commande, elle eut envie de lui dire qu'elle n'était pas serveuse du chaudron baveur, jusqu'à preuve du contraire. Mais les deux avaient besoins d'une boisson de toute évidence, et lui semblait de quelques secondes pour réfléchir. Elle partir rapidement avec sa carte d'identité au comptoir, commander le whisky et le cocktail, avant de revenir les deux verres à la main.

Quand il reprends la parole, ses yeux gris redescendent à ses genoux. Elle a eux certes. Mais après des mois, il resterait quoi ? Et si ce n'était pas l'affaire de quelques mois ou années ? Poliment, elle dit merci, relevant son regard vers lui, osant chercher une trace de doute chez Thomas. Est ce que c'est ainsi que Priddy s'est senti avant de lui montrer l'affreuse vérité ? Avant de détruire tout ce qu'elle pouvait penser de la situation ? Noémie gouta son mélange, appréciant les notes fruitées, et effectivement le gout amer et brulant de l'alcool se trouvait relégué au second plan, ce qui lui correspondait très bien. Son attention se déporta quelques secondes sur le verre de Thomas, se demandant quel gout ça pouvait avoir, quand bien même l'odeur était déplaisante.

Noémie prends une inspiration, comprenant pourquoi sa professeure était passée par une pensine. Parce que les mots étaient trop durs à former, trop violents. Mais elle n'avait pas ce luxe.
-"Il y a autre chose. Priddy m'a montré la fin de l'expédition dans une pensine."

Comment lui dire que s'ils se retrouvaient là aujourd'hui, ce n'était pas par un sale coup du destin ? Pas un accident sans coupables. Elle fixa ses yeux dans un point derrière le dos de Thomas, ne pouvant lui faire front. "Morgan avait la possibilité de sortir avant que les accès ne soient bloqués," lacha-t-elle dans un unique souffle. Très vite, son esprit remit de la distance avec la partie qui ressentait trop, inutile, improductive, lâche, ridicule. Elle s'efforça à solidifier le mur mental qu'elle avait dressé ces derniers mois. Quand elle fut assuré qu'il tiendrait, Noémie se permit enfin de dévisager la réaction de Thomas à cette nouvelle information.

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PNJ Un Sangblanc donc ?
Un poids tomba tout au fond de son ventre. Thomas avait pressenti qu’il en prendrait plein les dents en voyant Noémie prendre une grande inspiration, comme pour se modeler un peu plus de courage.
Mais jamais il n’aurait pu s’attendre à une telle révélation.

Morgan avait eu la possibilité de quitter le Dominion, mais ne l’avait pas fait.

Les yeux grands ouverts sur Thomas, l’homme senti une vague gelée dévalé le long de son échine.
Ce n’était pas une hypothèse. Noémie l’avait vu. Noémie avait vu la décision de Morgan. Noémie avait vu sa marraine faire un choix. Le mauvais choix. Celui qui l’éloignerait de sa filleule et son…
Son “quoi”, Thomas ?

Le sorcier s’accrocha de toutes ses forces au regard de la jeune fille, l’unique sécurité actuelle qui l’empêcherait d’exploser. Car c’était bien ce qu’il avait envie de faire, là, maintenant. Hurler sa colère, arracher les Astres à leur Cieux pour exiger des réponses. Pourquoi ce choix ? Pourquoi ces cachotteries ? Pourquoi ce foutu choix, par Merlin ? Pourquoi ne les avait-elle pas choisi ? Pourquoi avait-elle prit la décision cruelle d’abandonner un homme amoureux et une filleule si jeune ? Pourquoi…
Thomas connaissait l’instinct mieux que personne. Il savait que le corps et l’esprit ne seront jamais plus honnêtes que face à un grand danger, une situation désespérée ou tout autre chose nous mettant face à la précipitation.
Morgan avait délibérément choisi la prison à la liberté, car celle-ci était devenue sans doute trop difficile à gérer.

Thomas se rencogna dans sa chaise, son souffle heurté par le choc.
S’accrocher à son unique sécurité actuelle.

« Et toi, tu as vu ce mauvais choix de tes propres yeux », lança t-il, ses yeux d’argent planté sur Noémie. Il lâcha un soupir. Ses doigts tapèrent son carnet dans un geste agacé tout à fait contrôlé. « Priddy a manqué de tact, ou bien est-ce toi qui lui a demandé de te montrer ça ? Que je sache si il va falloir donner quelques cours de gestion de crise à cette femme. »

Il sourit, parce que cela valait mieux que continuer à déverser son fiel sur cette femme qu’il ne connaissait pas mais jugeait beaucoup. Elle n’avait donné aucune information à Noémie, mais lui montrait pourtant les derniers instants de Morgan ? Voilà un choix bien cruel. Naturellement, Thomas se mit à la place de Priddy. A sa place, qu’aurait-il fait ? Qu’aurait-il dit ?
Merlin, il avait été à cette place. Avec sa propre sœur. Jamais il n’aurait envisagé de lui montrer ses souvenirs concernant Jacob. Il lui aurait donné le maximum d’information, sachant très bien qu’elle les aurait glané sans lui.
Comme c’était le cas pour Noémie, n’est-ce pas ?
Voilà ce qui arrive lorsqu’on donne, mais pas assez : de jeunes sorciers se mettent en danger, rencontrent des inconnus dans des bars et cherchent des réponses potentiellement dangereuses.
Priddy entendrait parler de lui, une fois Morgan sauvée. Ou bien irait-il rendre visite à la Gazette du Sorcier ? Allez savoir. Thomas n’avait rien sur quoi se défouler. Il fallait bien trouver quelque chose.

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Elle vit le temps de réalisation. Ses yeux qui ne la lachaient pas. Peut-être voudrait-il qu'elle revienne sur ce qu'elle a dit. Lui explique que ce n'est peut-être pas la réalité. Elle aussi aimerait pouvoir lui dire ça. Lui dire qu'elle ne voyait pas bien, qu'elle n'était pas sûre. Combien de fois avait-elle tourné ce souvenir dans tout les sens dans sa tête, combien de fois avait-elle douté de ce qu'elle a vu ? Des jours à se dire que ça ne pouvait pas être ça. Puis se dire que ça ne devrait pas être ça. La jeune fille pouvait deviner une multitude d'émotions qui traversaient le regard argent. Il avait été plus digne qu'elle. Son poing gauche se ressera. Dans ces moments, elle regrettait de se ronger les ongles. Elle aurait aimé les sentir s'insérer dans la paume de sa main. Une douleur pour revenir à la réalité. Un rappel. Quelque chose pour calmer le tumulte orageux en elle, cette colère qui ne la quittait plus. Mais ce n'était en l'état que de la chair sur de la chair. Noémie affichait une mine désolée. Désolée d'être la porteuse de mauvaise nouvelle. De n'avoir aucune explications de pourquoi ce choix. Le pourquoi la tenait éveillée. Il rejoignait une liste de tout les pourquois qu'elle n'avait jamais su répondre. Elle hocha la tête quand Thomas lui demanda confirmation. Oui, elle y était. Elle voulait supplier Morgan de sortir. Elle révait régulièrement d'y être. De vouloir crier, mais d'être privée de sa voix. De retaper ses poings contre les murs, les portes, parfois Morgan elle même, lui demander pourquoi elle ne sortait pas. Pourquoi elle se réveillait la respiration hachée. Que c'était de sa faute.
-"Elle m'a dit qu'elle voulait me montrer quelque chose. J'ai accepté. C'est qu'ensuite qu'elle m'a prévenu ce dont il s'agissait. Mais... Je la remercie."

Peut-être était-ce étrange ? Oui, à certains moment Noémie en voulait à la directrice. Se disait que c'était cruel. Et d'autres fois que ça lui avait enfin permit d'apprendre la leçon qu'elle aurait du apprendre depuis longtemps. Ne plus faire confiance. Ne plus se laisser trop attacher. N'avoir personne dans son entourage qu'elle ne peut pas lâcher. La famille c'était trop tard, une prise d'otage sentimentale, comme elle même avait piégé sa mère en naissant. Dix-sept ans, trois abandons, Noémie avait été longue à la détente elle l'admettait, mais elle avait finalement appris. Ne jamais compter sur les autres.

Après ce qui lui semblait interminable, elle baissa ses yeux vers son verre. Elle dessera sa main gauche, pour jouer avec.

-"Je suis désolée, j'aurais peut-être dû garder ça pour moi."

Mais elle était égoïste. Ne pas être la seule à souffrir. À se sentir seule. Emmener quelqu'un dans cette tornade d'émotions qui détruisait tout sur son passage.

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Lorsque Thomas regardait Noémie, il voyait des tentacules visqueuses léchant ses frêles épaules pour y instiller l’insidieux poison du doute. Celui là même que le Monde s’évertuait à cracher sur les jeunes sorciers.
Il la voyait plus qu’il ne l’aurait désiré. Son œil était entraîner à lire à travers les mots. Le poing se serrait. Le visage exprimait quelque chose comme des remords. Les yeux se baissaient. Les doigts se desserraient alors que la langue se déliait à nouveau. Autant de petits gestes pour exprimer des vérités que Thomas s’emploierait à comprendre.
Il lui devait bien cela.

Thomas récupéra son propre verre. Il en observa la mouvance ambrée pendant une seconde de trop, avant de sourire encore.

« Au contraire, je te remercie de m’en avoir fait part ». Thomas dédaigna son poison pour lever les yeux vers Noémie. « Priddy n’aurait pas dû te montrer cela. Pas parce que tu n’as pas les épaules pour porter ce fardeau, je n’oserai pas émettre une telle éventualité alors que tu as eu le courage de donner rendez vous à… un inconnu ». Thomas ne pouvait pas décemment dire ces mots qu’il voulait hurler pourtant. Il reprit. « Ce que tu as vu, ce n’est au final qu’une femme qui a dû prendre une décision. Il ne nous appartient pas de la juger, quand bien même… bordel… » Un rire douloureux éclata sur ses lèvres. Il vint l’essuyer d’une main agacée, ses sourcils soudain froncés. « Non. Tu sais quoi ? Nous avons le droit de la juger. C’est nous qu’elle laisse derrière. Elle a trop tendance à penser qu’elle est toute seule. Mais je ne pense rien t’apprendre, n’est-ce pas ? Tu dois la connaître bien plus que moi. »

Car à moi, elle ne dit rien.
Thomas récupéra son verre. Il l’observa une nouvelle fois. Et le bu, comme si cela pouvait noyer ce qu’il venait d’entendre.
Morgan avait laissé parler son instinct.
Et ce dernier n’avait pas décidé de la ramener à lui. Lui qui courrait à travers tout le pays pour espérer la retrouver. Lui qui crevait un peu plus sans elle à chaque Lune. Elle avait été égoïste. Encore une fois.
Thomas lui en voulait. Pas pour son instinct, non. Lui, Thomas ne l’incriminerait pas. Non. Sa colère était belle et bien dirigé vers Morgan qui avait décidé de se lancer dans une expédition sans lui en parler, ni même à sa filleule. C’était d’une cruauté sans précédent, même pour Morgan.
Et la cruauté, il paraît que cela me connaît.

Lorsque Thomas regardait Noémie, il ne voyait pas seulement des tentacules.
Il voyait l’ombre de Morgan se mêler à la sienne. Il voyait la silhouette d’Alice se mêler à celle de Noémie.
Il était si aisé de malmener un enfant avec des mensonges. Si facile de le briser d’une seule décision.
Thomas s’était toujours évertué à préserver sa jeune sœur de tout ce qui l’entourait. Ce fut peut-être pour cette raison qu’il décida d’endosser partiellement le rôle de Morgan.

« Je te promets qu’on sera là quand elle sortira. Parce qu’elle va sortir. Aucune prison ancienne n’est assez solide pour garder Morgan Rosenwald enfermée bien longtemps. Et lorsqu’elle sera enfin dehors, je te promets qu’on va lui faire passer l’envie de se la jouer cavalier seul. Parce que c’est pas vrai. Elle n’est pas seule. Et toi non plus. Maintenant, nous sommes deux dans cette galère. »

Sa main libre s’étendit pour se présenter à Noémie dans un pacte qui n’a pas ni besoin de mot, ni besoin de forme. Seulement la volonté pure et simple d’avancer ensemble sur un chemin incertain.

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Courageuse. Il avait utilisé le mot courage. Noémie retourna à son verre, prenant un peu pour se donner contenance. De toutes les qualités et défauts qu'elle avait pu s'attribuer au cours de sa vie, le courage n'avait jamais fait partie de la liste. Certains pouvaient voir du courage dans cette rencontre, elle y voyait l'absence d'autre pistes. Le besoin d'un allié. Autre chose que Priddy à qui elle envoyait des hiboux sans queue ni têtes avec des pistes qu'elle savait impossible. Le courage était l'apanage des Gryffondor, pas le sien.

Elle releva la tête de surprise quand elle l'entendit rire. La jeune fille n'était pas dupe, la tristesse transpirait de ce rire. Un sourire triste accompagna son propre visage. Elle fit non de la tête, tout en buvant un peu de sa boisson. Morgan et ses secrets. Morgan et ses silences. Morgan et ses lettres cryptiques. Tout ça faisait sa marraine. Son regard qui ne laissait presque rien passer. Un masque. Mais Noémie se disait qu'ils devaient avoir une version bien différente d'elle. Noémie était son monstre, digne de ses signes d'affections. À en croire la mine peinée de Thomas, il se prenait plus souvent son mépris. Sa présence ici, ses paroles en étaient encore bien plus qu'admirables. Elle l'aimait bien décréta-t-elle. Même si elle voudrait se soustraire à son regard, la sensation qu'il voyait plus que ce qu'elle ne voulait montrer. Un rappel de s'endurcir. Mais il était le rare adulte à ne pas la sous-estimer. Ne pas lui dire de ne pas s'occuper de ça et continuer à vivre dans l'insouciance. Cette dernière était morte sur un quai branlant. Comment ne pouvaient-ils pas le voir ?

Sans hésitation, la brune prit la main tendu. C'était une poignée de main bien différente de celle qu'ils avaient échangés au début de cette rencontre. Une promesse.
-"J'espère que quand elle en sortira, elle détruira le Dominion."

Ça amenait aussi la question de quoi faire quand elle sera de retour. Elle ne préférait ne pas y penser. La peur de s'enfermer dans de faux espoirs destructeurs, tout en sachant qu'elle était déjà en plein dedans. Les regards anxieux vers les hiboux au petit déjeuner à Poudlard. L'espoir d'en recevoir un avec la bonne nouvelle. La terreur s'il est porteur de mauvaises. Ces deux émotions se mélaient entre elle, l'attente d'un signe, sans savoir si on veut vraiment le recevoir. Se dire que l'ignorance a peut-être du bon.

-"Vous êtes encore là après des mois, je me doute que vous serez là quand elle reviendra."

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Ses dents se dévoilèrent dans un sourire alors que ces mots franchissaient les lèvres de Noémie, alors que sa main rencontrait la sienne. Thomas resserra ses doigts autour des siens avant de la relâcher. Qu’elle le détruise, ce Dominion, et avec lui tout ce qui l’avait attiré dans cette expédition.

Ses doigts se repliaient en un poing qu’il ramena devant lui. Ses yeux, eux, restaient désespérément accroché au visage de Noémie. Cette pauvre gamine dont Thomas prendrait soin, le temps que Morgan revienne.
Et si elle ne revenait jamais ?.
Il l’aiderait à trouver des solutions, quand bien même cela signifiait la traîner avec lui dans toutes les bibliothèque de Grande-Bretagne. Thomas le savait mieux que personne : rien n’est plus douloureux que l’inaction. Se perdre dans la traque, voilà tout ce à quoi ils devaient aspirer pour ne jamais avoir à réfléchir aux “et si”, pour ne jamais envisager un monde où un cadavre se trouvait au bout du chemin. Se perdre dans la traque, voir dans chaque détail un indice, se casser les dents. Tomber sept fois, se relever huit fois. Si Noémie ne l’avait pas encore découvert, si Morgan ne s’en était pas chargé, il le ferait.

Le sourire de Thomas s’effaçait lentement. Oui. Il serait là. Comme il l’avait toujours été. Comme il l’espérait l’être encore jusqu’à sa mort. Il serait là pour l’accueillir, pour l’engueuler, pour l’enlacer, pour la prier de ne plus jamais partir sans lui, pour…
Et si elle ne revenait jamais ?
Et si, depuis le début, c’était toi qu’elle fuyait ?

« Morgan te le dira sans peine… »

Thomas se pencha un peu, l’air complice, et brandit un sourire canaille au visage de Noémie.

« … elle n’a jamais réussi à se débarrasser de moi. »

Et les Dieux savent ô combien elle avait essayé.

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Le sourire qu'affichait Thomas lui indiquait qu'ils étaient sur la même longueur d'onde. Mais alors qu'il ferma lui aussi sa main en un poing, elle pu y déceler des doutes similaires au sien. La question lancinante, est-ce un deuil qu'on devrait faire ? Celle qui ne la lachait jamais. L'espoir était une lame à double tranchant. Elle les avait amenés tout les deux sur cette table du chaudron baveur, mais elle pourrait aussi les amener en quête d'une oasis dans un desert assèché, jusqu'à l'épuisement. C'était l'ignorance qui les rendait ainsi. Le fait qu'à part se débattre dans le vide, ils ne pouvaient concrètement rien faire. Rentrer de force du dominion était exclu, les portails étant fermés. Faire des recherches, Noémie le savait, c'était plus pour battre le temps, se donner la sensation de s'approcher de Morgan.

La Serdaigle chasse vite ses pensées, tout en sachant qu'elles reviendront très vite, à chaque instants un peu vides. Il fallait remplir les journées, ne laisser aucune place pour ces dernières de venir polluer sa tête. Son corps s'était affiné à force d'aller courir dans le parc. Se concentrer sur sa respiration, son corps qui suppliait la pause. Ce corps qu'elle était consciente de martyriser. Mais était-ce sa faute si elle n'arrivait plus à faire des nuits de plus de six heures ininterrompu ? Si son estomac se nouait plus vite qu'avant ? Elle devait repousser l'heure du coucher, parce que c'était le plus grand moment de vide, et où toutes ses craintes l'inondaient, imprégnaient sa trachés, ses poumons, la noyaient. Se lever le plus tôt possible, pour ne pas sentir les stygmates de la nuit passer dans la transpiration qui imprégnait ses draps, peu importe la fraicheur du dortoir. Toujours être en mouvement.

Elle sourit quand l'adulte évoque l'incapacité de Morgan à se débarasser de lui. Elle le croit sans peine. Elle sent que la discussion arrive à sa fin.

-"Une dernière chose. Je m'entendais bien avec Jacob," elle tapote du doigts l'article de la gazette qui se trouve toujours sur la table,"quand il était à Poudlard. Je compte le contacter pour voir s'il n'aurait pas des choses intéressantes à me raconter sur le dominion."

Une autre piste sûrement sans issue. Mais comment dormir en se disant qu'on a pas tout exploré ? Comment faire face à Morgan quand elle sera de retour ? Il fallait se montrer digne, pour pouvoir dire "J'ai fais mon devoir, toi non."

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Son verre avait été vidé bien trop vite. Comme souventefois, Thomas ne ressentait pas l’ivresse : il y été habitué. Son corps appelait donc à la nécessité d’en commander un autre, juste pour être certain que le poison fonctionnait encore. Thomas se rattacha aux sourires ourlant les lèvres de Noémie. Voilà. Voilà ce qui comptait. Amusé un peu un corps torturé par l’absence et la peur. Comme le sien.

Thomas suivit le chemin des doigts de Noémie. Jacob Tramontane, l’un des jeunes sorciers ayant pénétrés dans le Dominion. C’était une bonne piste. Une excellente. Restait à prier qu’aucun traumatisme, quel qu’il soit, n’entache leurs témoignages. Thomas se méfiait toujours des récits racontés par de jeunes victimes - ou des bien plus âgés, d’ailleurs. L’émotionnel passait souvent, bien souvent, avant la description fiable et objectif des événements traversés.
Jacob Tramontane.
Lilly Zarbi.
Elowen Livingstone.
Cette dernière était la grande victorieuse de ce ce tournoi malsain, n’est-ce pas ? Peut-être faudrait-il lui rendre une petite visite. D’abord, la retrouver. Peut-être était-elle encore à Poudlard ? Non. Si tel était le cas, Noémie se serait jeté sur elle pour obtenir des informations. Il en allait de même pour Zarbi -quel curieux nom.

« Excellente idée », lança Thomas. Il ajouta néanmoins d’un ton neutre, presque complice, comme si il échangeait avec un collègue au sujet d’une affaire tendue : « Quoi qu’il ai pu se passer dans le Dominion à l’époque où Tramontane y était, garde à l’esprit que les lieux magiques ont tendance à se modifier au cours des années. Ce qui était vrai pour lui autrefois ne l’est peut-être pas aujourd’hui. Toutes les informations que tu récolteras nous serons d’une grande utilité, mais il nous faut aborder la chose avec du recul ». Thomas passa une main dans ses boucles blanches pour les tirer en arrière, ses yeux d’argent dardé sur Noémie. « De mon côté, j’irai rendre visite à Kohler. C’est un grand ami de la famille. Enfin, de ma petite soeur. Je crains qu'il ne m'apprécie pas beaucoup. »

Et si il décidait de ne point parler, Thomas lui enverrait Alice et ses grands yeux de biche.

Thomas baissa les yeux sur son carnet. La directrice coincée dans le Dominion, la sous-directrice prend sa place à la tête de Poudlard.
Existait-il une chance pour que Priddy ai tout orchestré pour accéder au trône en se débarrassant de la Reine, quitte à sacrifier des innocents (quoi que ce terme ne soit point le plus juste pour qualifier la démone qui avait dérobé son coeur) ? C’était une piste qu’il ne fallait point négliger. Thomas questionnerait Kohler à ce sujet.

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Elle hoche la tête face aux précautions prises par Thomas. Après, les créatures du Dominion, en voilà un sujet fascinant. Traversaient-ils les âges sans être touché par le temps à la manière des vampires ? Et si oui, comment ? Quels sorts étaient en jeux ? Quelles malédictions ? Tellement de questions voguaient en tornades dans son esprits, et aucune n'avaient eus de réponses un tant soit peu satisfaisantes.


Les sourcils de la jeune adulte se froncent une demi-seconde en entendant le nom de Kohler avant de reprendre un aspect neutre. Kohler un grand ami d'une famille de sang-pur alors que derrière il recrutait les jeunes membres d'un mouvement de résistance. D'un geste instinctif, elle lissa son sourcil gauche tentant de comprendre ce qu'il se tramait. Si le concierge jouait double-jeu, qui était le dindon de la farce, les Sangblanc ou l'UDS ? Ou la réalité se trouvait plus nuancée que ça ? Après tout, Morgan était bien inscrite au registre des sang-purs de ce gourvenement de cauchemars. Mais ce n'était pas de son fait, mais de celui d'une vieille harpie, sèche, révant un passé idyllique qui n'avait jamais existé, ayant mené une vie où l'amour était si absent qu'elle s'était réfugiée dans ce rêve. Elle la comprenait ceci étant, elle apprenait à ses dépends que l'amour était une arme trop justement aiguisée. Alors peut-être bien que Kohler ne jouait à rien, que les Sangblanc était une des rares familles à ne pas se draper dans une pseudo-supériorité d'avoir réussi à faire des échaffaudages et des cercles dans leur arbre généalogique pour garder ce sang tellement pur qu'on le confondrait avec tout les autres.

-"D'ailleurs, ça devrait vous intéresser, mais Elowen était revenue du Dominion avec quelqu'un, Sildnir. Mais je vous préviens, déjà obtenir une phrase rationnelle de Livingstone tenait du miracle quand elle était à Poudlard, en général, je doute que ça ait changé, et Sildnir n'a plus aucun souvenir de la prison. Mais ça montre que les habitants peuvent en sortir." Un maigre espoir, juste l'assurance que c'était possible. Mais Noémie ne savait pas quel avait été le prix payé. Surtout que ce soit Livingstone qui ait réussi à le faire tenait du surréaliste. Elle revoyait encore la chevelure rousse dans la salle commune, babillait tout et n'importe quoi.

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Trop habitué à dépouiller ses interlocuteurs de chaque vérité, Thomas n’avait pas manqué cet infime tressaut du sourcil lorsque le nom de Kohler fut invoqué. Il ne s’y attarda pas. Kohler était le concierge de Poudlard, n’est-ce pas ? Aussi devait-il inspirer une inimité naturelle chez les élèves de Poudlard. Ou, du moins, chez les plus faquins d’entre eux. Se pourrait-il que Noémie soit de ce genre là ? Thomas était persuadé que non.
Alors pourquoi ce froncement de sourcil ?
Qu’importe. Thomas n’avait pas de temps à perdre avec des détails qui ne concernaient point Morgan.
Et si ils concernaient Noémie, la filleule de sa fiancée-qui-ne-le-sait-pas-encore ? Circée. Thomas retombait si aisément dans les élucubrations.

Thomas écouta la suite des informations. Il les écrivit aussitôt dans son carnet. Elowen Livigstone -la championne, donc- avait ramené quelqu’un avec elle. Sildnir. Au tour de Thomas de froncer les sourcils.
Il y aurait-il des habitants dans le Dominion ?
Dominion : lien entre les écoles magiques.
Sildnir : quitte le Dominion avec E. Livingstone. Amnésie. Habitante du Dominion ? Sortie : pourquoi ? Comment ? Quel prix ?

> Hypothèse = Dominion transit magique. Lien entre les écoles, peut-être d’autres accès ?
N.B : chercher info. Chercher accès. France ?
Le français referma son carnet, une colère soudaine rendant son geste un peu trop vive. Les habitants peuvent sortir, oui. Mais quant est-il des voyageurs ?
Il rangea son carnet dans la poche intérieure de son trench coat, ses yeux sur Noémie. Il ne pouvait pas lui dire que ses informations n’étaient peut-être pas le salut qu’elle espérait. Pour certains êtres, l’espoir est une boussole.
Pour Thomas, il s’agissait d’un gouffre dans lequel il se jetterait volontiers pour Morgan.

« Tes informations nous sont très utiles », dit-il en récupérant son verre. « Grâce à toi, je sais où chercher, et quoi chercher. Merci, Noémie. Morgan serait fière de toi. »

Lui, l'était.
Thomas avala la fin de son verre d’une traite et se releva. Il était temps de se remettre en chasse.

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