Le jeu des harpies C.H

Alice aurait dû ménager Christopher, n’est-ce pas ? Toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre, surtout lorsqu’elles touchent à nos convictions les plus profondes. Mais Christopher avait été trop loin. Comment osait-il lui parler de liberté, de possibilité de dire “non” à sa famille alors que lui même répondait aux invitations de sa mère ? Il ne voyait que ce qu’il voulait voir et gardait les yeux clos lorsqu’il s’agissait de lui. Il n’avait aucune excuse. Avant ce jour, Alice pensait véritablement que Christopher était libre, qu’il avait tourné le dos à son héritage familial, qu’il était le mouton noir que chaque famille qui se respecte possède. Mais non. Il était un mouton gris, l’un de ceux qui bêle furieusement lorsque le berger s’approche mais qui se débat à peine au moment de la tonte. Si Alice lui avait dit ces mots, ce n’était que par bonté.
Le regard de Christopher posé sur elle la condamnait. Alice n’était point habitué à ne pas voir de détestable sourire sur ces lèvres. Il aurait pu dresser son menton, et lui rétorquer quelques vilains mots aiguisés dont il avait le secret. Mais Alice ne reçu que la violence de son silence, le tranchant de son regard, l’imperceptible grincement des mâchoires qui se serrent. Alice le savait : ses mots avaient entaché l’armure de l’homme.

Pendant un instant, Alice s’en voulu. Oui. Sincèrement. Christopher souffrait déjà bien assez d’être le fils d’une aussi vilaine famille, mais entendre qu’il n’était pas aussi libre qu’il semblait le penser ? Alice aurait dû le ménager, oui. Lui faire comprendre tranquillement qu’il pourrait l’être encore plus. Mais non, bien sûr. Alice était incapable de garder pour elle ce qu’elle pensait, surtout lorsqu’il s’agissait de mère tyrannique.

Le silence fut rompu par la réponse de Christopher, amère, suintante de mépris. Alice continuait à l’observer, même lorsqu’il se mit à rire, même lorsqu’il l’attaqua sur…
Ah, cela non. Alice fronça les sourcils. Engoncée dans son rôle d’héritière ? Mais enfin, il ne s’agissait pas d’un rôle, par Circée ! Elle était une héritière, celle d’une glorieuse famille. Sur ses épaules reposaient l’avenir d’une ancestrale dynastie, elle devait…
Alice dressa le menton pour affronter Christopher dans sa nouvelle position d’une nonchalance tout à fait assumée. Il continuait. Il continuait à lui jeter que le problème, c’était elle, qu’il lui fallait se mentir, comme si cela allait changer la vérité. Mais quel enfant ! Alors quoi ? Était-ce ce que lui faisait chaque matin devant son miroir, entre deux coups de peigne ? Oh, mais que c’était efficace ! Regardez le ! Admirez le grand Christopher Hangoover ! Libre comme un oiseau ! Sortant d’un goûter avec sa maman, à demi fiancé à une jeune fille.

Il singea sa voix. Christopher se permit de singer Alice. La petite dame de flamme s’échauffa dans sa main alors que le regard de sa sorcière se voilà d’agacement. Il riait, encore. Comme si la situation était amusante. Elle ne l’était pas. Absolument pas. Alice n’avait pas menti. Il n’était pas libre. Le répéter devant le miroir ne changerait rien. Ce n’était qu’un mensonge. Se mentir à soi même était pire encore que le faire pour d’autres. Le déni, Circée, était un véritable poison. Alice était bien placée pour le savoir.
La française l’observait en silence, son coeur pulsant à sa tempe. Continuez, Christopher. Vous êtes vexé, vous êtes blessé, alors déversez votre fiel si cela peut vous permettre de vous sentir mieux, mais la vérité demeurera tout de même. Négative ? Alice ne l’était pas. Elle était honnête et éclairée. Elle avait pleine conscience de son environnement, des problématiques et des maigres solutions. Elle n’avait nullement l’attention de se mentir sur une situation aussi précaire que la leur : ils n’étaient pas libres.

Ses lèvres s’entrouvrirent d’indignation lorsqu’il osa la qualifier de… de ce vilain mot ! Non, elle ne l’était pas ! Alice se comportait en adulte responsable ! Ce qu’il devrait faire, lui aussi. Mais non, ô, bien sûr que non ! Christopher Hangoover n’allait tout de même pas assumer la réalité. Il était bien trop à l’aise dans son petit nid fantasmé, là haut, tout la haut, perché au sommet d’une montagne de mensonge qu’il se répétait à tue tête pour ne pas avoir à affronter le vrai monde !

Alice referma brutalement la main et coupa court à son enchantement de flamme. Elle lâcha un grognement agacé en se tournant dos à Christopher. Ses yeux froncés par l’agacement se baissèrent sur ses mains jointes sur sa cuisse. Emmerdeuse, avait-il dit. Ce n’était pas un joli mot. Cela signifiait qu’elle l’agaçait. Alice n’avait pas cherché à faire cela. Elle voulait seulement lui faire prendre conscience de ses propres paradoxes. Il se disait libre. Il ne l’était pas. Il condamnait les chaînes d’Alice sans voir les siennes. Ce n’était pas juste. Il n’avait pas le droit de condamner Alice pour des vérités, quand bien même elles étaient difficiles à entendre. Ses ongles se crispèrent sur le tissu de son manteau. Ce n’était pas juste.
A nouveau, Alice leva les yeux sur les demeures, sur celle de sa mère, au loin. Alice savait ce que c’était que de vouloir croire en l’amour. Elle avait essayé. Elle avait sincèrement essayé. En demandant pardon de ne pas avoir réussi à manifester sa magie. En demandant pardon, encore, pour avoir été sotte au point de se trouver sur le passage de sa mère dans le couloir. En demandant pardon, toujours, de pleurer “pour une broutille” après être tombée dans les escaliers. Demander pardon, une fois encore, pour avoir provoqué une dispute avec Père pour ne pas avoir caché ses ongles en sang à force de se prendre des coups de baguette dessus.
Mais rien n’avait jamais suffit. Alice n’avait jamais été assez. Alors, âgée d’à peine dix ans, elle avait compris qu’il n’était plus nécessaire de quémander l’amour de sa mère et qu’elle vivrait très bien sans. Que c’était ainsi. Que ce n’était pas juste, mais que c’était ainsi. Elle avait finit par considérer qu’elle se porterait mieux si sa mère mourrait, tout en ayant conscience que ce vœux était infâme, honteux, bestial, inhumain.
Comme si il était nécessaire d’aimer sa mère.

Alice déplia ses doigts pour observer ses ongles. Chaque fois que le froid se faisait ressentir, il lui semblait encore sentir son sang pulser dans le bout de ses doigts blancs, échaudé par les coups de sa mère. Elle entendait encore ses sanglots retenus, camouflés par le son de la baguette sur ses ongles, avalés par les mots cruels de sa mère.

« Nous sommes dans le même bateau », admit Alice d’une voix basse. Un bateau fait de désillusions, de douleur et de peur avec un capitaine incertain.
Du bout de son index, Alice caressa le tranchant de ses ongles. Elle sourit un peu, à peine plus qu’un rictus sans intention. Il disparu bien vite alors que ses yeux glissèrent à nouveau vers la demeure qui la hantait. Elle se tourna un peu vers Christopher et la désigna d’un bref coup de menton. « Ma mère habite juste là bas. Elle ne m’envoie jamais d’invitation à goûter, pas plus qu’elle ne m’écrit pour prendre de mes nouvelles. Je la déteste, autant que je lui en veux de ne pas m’aimer comme mes frères. Alors, d’une certaine manière… je comprends. » Alice se tourna complètement vers Christopher pour le regarder. « Je comprends le sentiment qui vous pousse à répondre à ses lettres. Une mère reste une mère, quand bien même elle n’en a que le titre. Mais croyez-moi : elle ne mérite pas vos efforts. »

Personne ne mérite vos efforts sinon ceux qui vous aime sincèrement.

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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

Le jeu des harpies C.H
Avachi sur le banc, Christopher ne détourne pas son regard offusqué d'Alice, sa voix résonnant encore dans ses oreilles et plus encore dans son esprit : nous sommes dans le même bateau ! Ils sont deux à avoir subit les manipulations de leur famille, ils sont deux à se retrouver presque-quasi-fiancés-pour-de-faux, ils sont deux à avoir leur journée gâchée à cause des manigances des harpies, deux à se retrouver sur ce banc alors qu'ils pourraient être ailleurs en bien meilleure compagnie, deux à se sentir tout sale à l'intérieur à cause de l'atmosphère désagréable et poisseuse de la maison Hangoover.

Christopher se repait des expressions qui passent sur le visage d'Alice, heureux que ce malheureux mot qui lui a échappé, « emmerdeuse », lui ait effectivement échappé. Elle n'a pas l'air d'apprécier, elle fronce ses sourcils si bien entretenus et Christopher se dit : tant mieux, sale petite vipère ! À mordre sans cesse, on finit par se faire mordre ! et il songe que c'est mérité. Il commence en avoir marre de ses vilaines piques. Au Pitiponk, c'était amusant : ils n'avaient aucune conséquence. Aujourd'hui ? Alors que Christopher craint d'avoir fait une très très grosse bêtise en essayant d'aider quelqu'un qui n'est pas reconnaissant ? alors qu'il a l'impression que le poids dans son corps ne disparaîtra jamais ? alors que le dégoût, de sa propre famille, du jeune âge d'Alice à qui on veut le marier, des manigances des deux femmes, s'est définitivement installé en lui ? Aujourd'hui, elles n'ont rien d'amusant car Christopher avait besoin qu'elle soit alliée, pas ennemie. Mais Alice Sangblanc n'a apparemment que des ennemis. Et bien si elle veut des ennemis, songe Christopher qui maugrée, une moue boudeuse aux lèvres, elle va en av...

Nous sommes dans le même bateau.

« Qu... ? »

Christopher tourne la tête si vite vers Alice que pour la deuxième fois — ou troisième ? — une vive douleur éclate dans sa nuque. Qu'est-ce qu'elle vient de dire, là ? Il se penche légèrement en avant même s'il sait qu'elle ne répètera pas. Et puis, pas besoin : il a bien entendu. Il aurait juste aimé qu'elle l'affirme un peu plus fort et qu'elle le regarde, histoire qu'il lui fasse une grimace narquoise. Elle affirme enfin qu'ils sont tous les deux dans le même pétrin ! Et toute véhémence semble l'avoir quittée. Bon, elle n'est toujours ni réconfortante, ni souriante, ni pleine d'espoir pour un futur heureux et positif pour eux, mais cette simple affirmation suffit à Christopher qui oublie aussitôt qu'il était en train de se persuader pouvoir être son ennemi — ce qui est très faux. Il se rencogne contre le dossier du banc, étrangement satisfait. Pour la peine, il se permet de tirer une longue taffe comme une récompense de cet aveu qu'il vient d'arracher à la petite vipère. Peut-être qu'ils réussiront à quelque chose ensemble, finalement.

S'il l'avait regardée à ce moment-là, Christopher aurait aperçu un sourire sans joie sur ses lèvres, un rictus qu'il aurait mis sur le dos du dégoût de leur situation et il aurait ressenti pour Alice une empathie qui aurait étouffé les dernières bribes de la colère peu importante qu'il ressent à son égard. Mais il ne la regarde, pas, trop occupé à observer le bout incandescent de sa cigarette et espérer qu'elle ne se termine jamais.

Quand la jeune fille reprend la parole, Christopher lui jette un regard en biais. Un sourcil se dresse sur son front. Il suit la direction que prend le regard d'Alice, essaie de deviner laquelle parmi toutes ces baraques de riche est celle de sa mère. Il s'étonne qu'elle parle d'elle. Il sait par Thomas que la mère d'Alice n'est pas un parangon de gentillesse. Après la soirée d'intégration, lorsque Christopher a évoqué le sujet, Tommy lui a même avoué que leur mère avait piqué tout l'héritage de son unique fille, laissant Alice sans un sou ou presque. Détail qui avait offusqué Christopher en plus de remettre en question tout ce qu'il pensait savoir de la jeune femme, ce qu'il avait malheureusement dû commencer à faire après leur moment passé dans son bureau du Pitiponk. Alice poursuivant, Christopher se rend compte que ce qu'elle dit s'apparente bel et bien à des confidences. C'est plus fort que lui : son cœur se serre. Il aurait aimé continuer d'être agacé par sa façon d'être mais il ne peut pas quand ce qu'on lui confie résonne si fort en lui. Et sa mère à elle ne lui écrit même pas, songe Christopher en se demandant encore une fois ce qui arriverait si sa mère à lui ne lui écrivait plus.

Il cligne des yeux et plonge dans les yeux d'Alice qui se tourne vers lui pour le regarder franchement. Il a perdu sa mine boudeuse et son sourcil est même reparti à sa place. Je comprends, dit-elle. Elle comprend ? Alors ça, il ne s'y attendait pas. Il ouvre la bouche sans ne rien dire, surpris qu'elle fasse preuve de compréhension et même qu'elle se confie juste après avoir été une véritable emmerdeuse. Il n'arrive pas à la suivre, parfois. Elle passe de la colère et du mépris aux confidences en un tour de main. Au moins la dernière fois l'alcool était-il une bonne excuse pour justifier cette tendance. Mais aujourd'hui ? C'est peut-être juste son caractère habituel. Il ne met pas Christopher à l'aise. Il préfère les gens qui ne changent pas d'humeur toutes les trente secondes.

Comprend-elle réellement ? Parfois, Christopher lui-même n'est pas sûr de comprendre pourquoi il répond aux lettres de sa mère. Parfois, il est incapable de comprendre pourquoi il continue d'aller chez ses parents, de supporter les regards absents de son père et ses critiques, les vilenies de sa mère, les piques brutales de son frère. Il ne sait pas pourquoi il participe de temps en temps aux goûters, aux dîners, pourquoi parfois il rejoint sa mère à l'usine ou à la parfumerie familiale alors même qu'il en ressort la plupart du temps hors de lui et perclus de rancœurs. Mais elle, elle comprend ? Plus encore, elle est en train de dire, et c'est la deuxième fois qu'elle le fait, que sa mère ne mérite pas tout ça ?

Déconcerté, Christopher ne quitte pas Alice du regard ; il hésite sur la réponse. Son envie d'être lui-même combat avec les habitudes qu'il reprend toujours très vite quand il voit ses parents : celles qui le pousseraient à répliquer méchamment et à la titiller parce qu'elle l'a blessée. Et puis il sait maintenant que s'il abandonne le combat, il s'en mordra les doigts parce qu'Alice le piquera dès qu'elle prendra de nouveau la parole. Alors il hésite — rien qu'une fraction de seconde. Puis ses épaules s'affaissent et un soupir coule de ses lèvres.

« Vous pensez que je ne le sais pas ? » dit-il finalement en tournant les yeux vers l'endroit qu'elle a désigné comme étant la maison de sa mère. Il ne sait toujours pas exactement de quelle maison elle parlait. « Ça fait quinze ans que j'ai compris qu'elle ne méritait pas mes efforts. Et presque autant de temps que j'ai arrêté d'en faire. Tout ça, là... »

Christopher fait un geste de la main qui tient la cigarette. Il sent les tentacules désagréables d'une tristesse bien familière se faire un chemin au fond de lui. Il n'aime vraiment pas évoquer ce sujet.

« Je vous assure que ce ne sont pas des efforts. Je ferai davantage si je voulais vraiment qu'elle change d'avis à mon propos, conclut-il avant de tirer sur sa cigarette ; il poursuit par un aveu, la voix déformée par la fumée : je préfèrerais la détester comme vous la votre. Vous ne la voyez plus, n'est-ce pas ? »

Christopher recrache la fumée sur le côté, les yeux tournés vers Alice. Elle paraît plus pale encore sous le ciel grisâtre qui appauvrit les couleurs du monde. Mais elle a repris contenance, par rapport à sa réaction dans le couloir tout à l'heure. Des yeux, Christopher parcourt ses mèches blanches. Il attend la prochaine pique à venir, étonné de ne pas l'appréhender mais de presque la désirer, pour que la gravité qui s'est installée dans la conversation s'en aille. Mais ce n'est qu'une envie passagère. Il préfère à leurs éclats la sincérité dont ils sont en train de faire preuve et qui l'apaise.

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Le jeu des harpies C.H
Alice ne parlait jamais de sa mère. D’une part, elle ne voulait pas lui donner la moindre importance. D’autre part, trop de sentiments désagréables s’emparaient d’elle à chaque fois qu’il était mention de sa génitrice. De la colère, du dégoût ainsi qu’une infime part de tristesse. C’était bien cette dernière qu’Alice exécrait ressentir. Renesmée Nerrah ne la méritait pas, pas plus qu’elle.
Concernant Christopher, il s’agissait d’autre chose. Peut-être une forme particulière d’espoir vicié par le poison de Lillian Hangoover. Il ne voulait point parler de loyauté concernant sa mère, mais Alice ne pouvait s’empêcher de voir celle du sang. Alice avait cette chance : elle possédait deux familles. Les Sangblanc d’un côté, forts, dignes, permissifs dans bien des choses. Et les Nerrah de l’autre, aimants en la personne d’Aliosus et oncle Magnus. Alice n’avait pas besoin d’une mère. Elle n’en voulait pas.
Christopher, qu’avait-il sinon cette famille là ? Alice le savait : parfois, il n’est point aisé de préférer la solitude à la toxicité d’un environnement, surtout lorsqu’il s’agit de sa propre famille.

Les yeux levés sur Christopher, Alice écoutait la douleur qui pulsait à travers les mots de Christopher. J’aimerais ne point vouloir son affection, entendait-elle. Je ne sais pas faire autrement.
Il ne s’agissait pas de lâcheté, voilà la seule certitude d’Alice. Le problème était bien plus insidieux. Son affection naturel pour sa mère pouvait être arraché, quand bien même ses racines avaient profondément percées la terre sous les pieds de Christopher. Cela prendrait du temps, et beaucoup d’effort. Mais il y parviendrait.
Comme Alice.
Il suffisait qu’il comprenne qu’il est aisé de vivre sans sa mère.

Alice garda le silence un moment, ses yeux se levant vers la fumée s’éparpillant au-dessus de leur tête. La question de Christopher flottait entre eux. Alice ne s’en saisit pas pour le moment. Elle n’avait pas envie de parler de sa mère. Elle ne le méritait pas.

« Non », répondit-elle pourtant. « Je suis passé la voir une dernière fois en juillet pour récupérer l’elfe de maison qui m’a élevée à sa place durant mes jeunes années. Elle m’a menacé de saboter mes études. Je l’ai menacée de livrer mes souvenirs aux journalistes. Elle m’a refermée la porte au nez sans un regard supplémentaire. Mais au moins, j’ai récupéré Jenny. »

Voilà. C’était dit. A présent, Alice ne voulait plus en parler. Elle se releva, lissa son duster coat et fit quelques pas pour s’éloigner du banc. Ses mains retrouvèrent naturellement le chemin de ses poches pour s’y nicher, bien au chaud. Ses ongles grattèrent un peu les coutures, habillant silencieusement ce corps statique bravant le vent frais chargé des promesses de l’Hiver à venir. Quelques boucles blanches plus légères que la masse voletaient autour d’elle. Alice ne fit aucun geste pour les retenir. Elle inspirait tranquillement et expirait sans précipitation. Son cœur, lui, était douloureux. Alice ne voulait pas être ici. Alice ne voulait pas entendre un adulte lui dire qu’il n’arrivait pas à se détacher de sa mère. Alice ne voulait pas enseigner à qui que ce soit comment sortir du piège de l’amour maternelle. Elle ne voulait pas, tout simplement pas, parler sérieusement avec Christopher qui l’avait habitué à autre chose. Des joutes moqueuses, des ganacheries sans intérêt, des promesses de lutte sans lendemain.
On lui avait demandé d’épouser cet homme.
De lui livrer ses années de vie.
De lui offrir chaque matin le visage d’une jeune fille sur son oreiller.
Tout cela pour faire grandir une dynastie, et parfaire une autre.

Au moins avait-elle la satisfaction de savoir qu’il ne la toucherait jamais, qu’il n’attendrait rien d’elle, jamais.
Est-ce que ce sentiment rendait son dégoût plus appréciable ?
Non.

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Ses yeux se détachent d'elle, puisqu'elle ne reprend pas la parole immédiatement ; il ne veut pas lui faire subir le joug de son regard. Christopher continue de fumer tout en prenant soin d'envoyer la fumée au-dessus de leur tête. Le bout incandescent de sa cigarette s'approche dangereusement du filtre. Il n'est pas rassasié mais il sait qu'aucun poison d'aucune sorte ne pourrait apaiser le poids qu'il a dans le cœur. Ce ne serait que bêtise d'essayer de l'étouffer avec une fumée qui n'aurait aucun pouvoir, si ce n'est celui de lui encrasser les poumons et de lui abimer la gorge. Il se résout donc à profiter des dernières taffes, pendant qu'Alice prend le temps de la réflexion. Ou peut-être cherche-t-elle à étouffer la colère qu'il lui inspire ? Réfléchit-elle à la pique qu'elle lui enverra ? Il aurait aimé le croire mais chez elle ce genre de choses vient naturellement, sans la moindre réflexion. Non, elle a seulement besoin de temps. Christopher se convainc qu'il ne craint pas qu'elle reparte dans ses froides colères.

Lorsqu'Alice reprend enfin la parole, les épaules de Christopher se détendent avant même qu'il comprenne réellement ce qu'elle dit. C'est simplement son ton, juste son ton. Pas de colère à venir, pas de froideur, pas de pique blessante pour lui faire comprendre qu'il ferait mieux de s'occuper de ses affaires. Alors il détache son regard des façades des bâtiments de l'autre côté de la rue pour le ramener sur elle.

Son cœur se serre de nouveau. Élevée par une elfe de maison ? Tommy n'a jamais évoqué cela. Qu'est-ce qui est le mieux : une mère absente qui délègue à sa servante ou une mère étouffante qui ne connait ni tendresse amour ? À peine se pose-t-il la question que Christopher comprend qu'il n'y a rien à comparer. Ils ont tous les deux eu une enfance qu'ils ne méritaient pas. Silencieux, la mine grave, il l'écoute raconter ses derniers instants avec sa mère, horrifié par les propos de celle-ci et par ses menaces qu'elle aurait certainement mis à exécution si Alice ne l'avait pas menacé en retour. Il imagine sans mal ce qu'elle peut ressentir et la douleur qui doit s'éveiller en elle à l'évocation de ce souvenir.

Les yeux sur son pâle profil aux traits délicats, Christopher se penche en avant, la main appuyée sur le banc, et ouvre la bouche. Mais avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, Alice se lève et s'éloigne de lui. Il pince les lèvres, la regarde enfoncer ses mains au fond de ses poches. Maintenant qu'elle est debout, le vent se saisit d'elle et fait voler quelques mèches blanches. Qu'aurait-il dit si elle ne s'était pas levée ? Cette façon de s'éloigner est plutôt claire : ce n'est pas une invitation à poursuivre la conversation. Il avait l'intention de jurer, peut-être, et d'utiliser un mot qui rime avec clope pour parler de la mère d'Alice. Il voulait dire « toutes les mêmes ! », ces mères de "bonne" famille, et la questionner sur Jenny, puisque cette elfe compte plus que sa propre mère. Mais Alice s'est levée et tout ce qu'aurait pu répliquer Christopher s'éteint avant même qu'il commence à le faire.

Il se rencogne brutalement contre le dossier du banc et tire une longue taffe en secouant la tête, le cœur alourdit par la situation et par les vérités qu'ils viennent de partager. Il y aurait de quoi réfléchir à ce qu'ils seraient devenus avec une mère différente, s'ils en seraient là aujourd'hui s'ils avaient eu une enfance plus appréciable. Mais la tête vide, Christopher se contente d'observer le dos d'Alice sans savoir que répondre à cette vérité qu'elle lui a offert alors qu'elle porte clairement le goût de la douleur.

Il glisse la cigarette entre ses lèvres, aspire, puis grimace. Il récupère aussitôt le fin tube de tabac et d'un regard s'assure de ce qu'il a déjà compris : il n'y a plus rien à fumer. Un léger soupir coule de ses lèvres. Il se penche pour l'éteindre en la frottant sur le sol. Il fait ça consciencieusement, davantage pour s'occuper que par envie. Quand il se redresse, il l'abandonne au sol, trop préoccupé pour se rappeler de la voix de Jude qui lui répète toujours, quand il oublie de ramasser son mégot : « ramasse ou je te le fais bouffer. ».

Prenant appui sur ses genoux, Christopher se lève à son tour. Il fait quelques pas pour se rapprocher d'Alice. En arrivant près d'elle, il coule un regard dans sa direction, craignant de trouver des larmes sur son visage ou quelque chose dans ce goût-là. Mais il ne trouve que la froideur habituelle de son visage aux expressions maîtrisées. Alors ses yeux se relèvent pour fouiller les maisons du quartier. Il ne sait toujours pas exactement laquelle est celle de sa mère. Il l'apprendra bien vite : il fera en sorte de poser les bonnes questions aux bonnes personnes. Puis il se tourne entièrement pour regarder vers le bout de la rue.

D'ici, il n'aperçoit qu'un morceau du bâtiment qui appartient à sa famille. C'est suffisant pour qu'il entende de nouveau la voix froide de sa mère et qu'il la visualise, une tasse en porcelaine dans la main, la posture aussi inébranlable que ses certitudes. « Il n'y a aucune raison valable de refuser cette alliance, Christopher. Tu ne resteras pas vieux garçon toute ta vie. C'est déjà une chance que quelqu'un comme toi reçoive une telle proposition. » Il a brûlé durant toute la conversation de se lever brusquement et de hurler un non ! qui aurait mis les choses à plat. Non, je ne me marierai pas avec une gamine, non je n'accepterai pas tes manipulations vicieuses, non, non, non et non ! Mais il n'a rien dit. À aucun moment le mot non est sorti de sa bouche.

Christopher arrache ses yeux de la demeure familiale qui n'a jamais fait autre chose que le blesser et regarde franchement Alice.

« Je déteste cet endroit, » avoue-t-il en passant une main dans ses cheveux pour les aplatir — il a la sensation d'être mal coiffé mais ne sait pas si c'est vrai ou si cela vient seulement du mal-être qu'il ressent.

Son bras retombe lourdement contre sa hanche. Il fait un pas vers le bout de la rue, opposé à l'endroit où se trouve la demeure Hangoover.

« Barrons-nous, lance-t-il à Alice avec un geste du menton pour l'encourager à le suivre. Elles vont suffisamment nous faire chier ces prochains mois, ça sert à rien de nous attarder. »

Il enfonce ses mains dans les poches de sa cape en s'éloignant dans la rue. Il aurait dû prendre une veste en cuir pour emmerder sa mère.

« Je botterai en touche à chaque fois que ma mère relancera le sujet, reprend-il, les yeux tournés vers le ciel pâle pour ne pas voir les riches façades qui parsèment leur route. Ça suffira pour le moment. » Un petit rire lui échappe. Il est si savamment travaillé qu'il ne sonne pas aussi aigre qu'il l'est réellement. « Je suis plutôt bon pour faire traîner ce genre de choses. Faites la même chose avec votre tante, même si elle vous presse pour que vous acceptiez. On contrôle la situation tant qu'on ne donne aucune réponse. »

Jusqu'au jour où il sera l'heure de dire : désolé, mère, j'ai changé d'avis.

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Godric’s Hollow sentait le poison et la vipère. Chaque pavé portait la marque de la défaite : celle de toute une nation s’étant rangé sous la bannière de maîtres oppressifs. Deux coup d’État. Pas un seul soulèvement du peuple. La Grande-Bretagne méritait-elle vraiment qu’Alice se ronge les sangs ? Pendant qu’elle et d’autres jeunes sorciers nés sous les meilleurs hospices devaient consentir à se faire tribus, eux continuaient à garder les yeux fermés sur les atrocités commises juste sous leur nez.
Peuple de couard.
Pleutres assumés.
Alice aurait mieux fait de rester confortablement sous le joug familial. Épouser Damiano. Jouer une lutte perpétuelle pour contraindre cet abruti à se comporter comme elle le souhaitait.
Mensonges.
Cela ne t’aurait jamais suffit.
Tu portes en toi l’héritage de ton belliqueux ancêtre. L’Ours t’a vu Louve. Nulle Biche effarouchée en toi.
Quelle aubaine.

Alice resta droite lorsque Christopher se leva enfin. Elle ne lui accorda aucun regard, de crainte de voir quelque chose comme la pitié dans le fond de ses yeux noirs.
Une fois qu’elle en fut certaine, elle consentit à le regarder. Lui non plus n’aimait pas cet endroit. Bien sûr. Godric’s Hollow portait le visage même de ce en quoi il ne croyait pas.
Alice garda le silence, ses yeux levés sur cette main occupée à se recoiffer. Elle était presque sûre que, dans quelques minutes, cette même main retournerait décoiffer tout cela.

Finalement, Christopher se fit en marche. D’un coup de menton, il l’invita impoliment à la suivre. Alice ne le sermonnerait pas. Alice était tout à fait d’accord avec ce qui était dit. Sans un mot, elle se mit à marcher à sa suite, jusqu’à finalement se mettre à ses côtés. Ils n’avaient plus rien à faire ici. Ils n’auraient pas même dû s’y trouver.

Le bruit de leurs pas se mêlaient aux paroles de Christopher. Alice les écoutait à peine, son regard droit sur le chemin qui s’étirait devant eux. Même son rire ne lui arracha aucun frémissement.

« J’en ferai de même », répondit-elle d’un ton neutre.

Tante Élise était passer maîtresse dans l’art du harcèlement. Elle n’aurait de cesse de se rappeler à Alice, jour après jour. Alice la repousserait bien volontiers. Peut-être ferait-elle preuve d’un peu de véhémence. Après tout, pourquoi ne le ferait-elle pas ? Ce n’était pas comme si elle avait encore quelque chose à perdre, n’est-ce pas ?

« Emmenez nous quelque part où nous pourrons boire », demanda Alice sans jamais lever les yeux sur Christopher. « Loin d’ici. Loin des sorciers. »

Quelque part où Alice ne serait qu’un corps dépouillé de ses émotions devenues trop lourdes, et où Christopher demeurerait non pas un fiancé en devenir, mais un compagnon éphémère animé par la volonté farouche d’oublier que sa liberté venait de lui être arraché.

Mon cher fiancé, il s'agit là de ma dernière réponse. Merci pour ce joli RP, comme tout ceux d'avant, comme tout ceux que nous serons amené à écrire ensemble.

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Le jeu des harpies C.H
Sa demande étonne tant Christopher qu'il tourne rapidement la tête vers elle pour tenter de soutenir son regard : en vain, puisqu'elle regarde devant elle. A-t-il réellement entendu ce qu'il croit avoir entendu ? Aller boire tous les deux, loin du monde sorcier ? Christopher se rappelle très bien la mise en garde de Thomas à propos d'Alice quand elle a bu. Elle ne supporte pas l'alcool parce qu'elle n'en a pas l'habitude, tout simplement. Le fait qu'elle veuille boire n'est pas une bonne nouvelle, n'est-ce pas ? Il pensait faire quelques pas avec elle et se résoudre à la laisser filer, car il n'escomptait pas qu'elle veuille passer plus de temps avec lui. Il ne serait pas rentré chez lui, non. Il aurait rejoint Jude et Lloyd, aurait passé la soirée à boire sans ne rien dire de ce qui s'est passé ce soir. Ne pas en parler pour que ça n'existe pas. Et il aurait retrouvé sa bonne humeur avec ses amis, la soirée se serait bien terminée et aurait été bonne, mais il aurait gardé au fond de son cœur cette ombre qu'il ne veut pas nommer. Qu'Alice désire noyer l'annonce qui leur a été faite dans l'alcool avec lui le réconforte bien plus qu'auraient pu le faire ses amis qui n'auraient pas su exactement ce qu'il y avait à réconforter. Christopher comprend alors que c'est ce dont il avait besoin. Pouvoir se défouler sur sa mère en compagnie de la seule personne qui peut comprendre les nouveaux griefs qu'il a contre elle.

Il devrait sans doute refuser. Conseiller à Alice d'aller retrouver ses amis ou n'importe quelle personne pouvant la réconforter. La pousser à se décharger d'une manière plus raisonnable, sans qu'elle noie ses sens dans l'alcool. Mais d'un autre côté, il connait suffisamment son côté buté pour savoir que si elle ne va pas boire avec lui, elle ira toute seule si c'est ce qu'elle désire vraiment. Et puis égoïstement, Christopher n'a pas envie de refuser, il n'a pas envie de rentrer, il n'a pas envie de faire semblant que rien ne s'est passé aujourd'hui. Il préfère amplement ce qu'elle propose, ce qu'elle lui demande comme une faveur.

« Je connais un pub à Manchester, commence-t-il en arrachant son regard de son profil pâle pour le lancer à l'assaut des bâtiments. L'ambiance y est sympa. La musique aussi. Du Rock, vous aimerez. Et l'alcool est bon aussi. »

Son cœur remue douloureusement dans sa poitrine. Oui, définitivement, Christopher avait besoin de cela. Même si c'est Alice. Même s'ils ne se supportent pas la plupart du temps. Il aurait souffert si elle s'en était allée sans un mot, le regard aussi colérique, distant, désespéré et même fataliste que tout à l'heure dans le hall d'entrée. Il aurait souffert qu'ils ne soient pas une équipe, qu'ils ne fassent pas front ensemble pour lutter contre ce qui veut leur être imposé. Partir boire ensemble lui donne l'impression qu'ils continuent à deux de se révolter contre leur famille.

Christopher ralentit jusqu'à s'immobiliser totalement. Il sort la main de sa poche et tend son bras à Alice, doigts fermés pour ne pas qu'elle pense qu'il lui demande d'attraper sa main.

« Ce n'est qu'à un transplanage d'ici. »



Plus tard, à Manchester


Le pub ressemble à s'y méprendre au Pitiponk, c'est peut-être pour cela que Christopher l'apprécie autant. Il y venait régulièrement après sa sortie de Poudlard, quand il a dû retourner vivre chez ses parents mais que ces derniers ne pouvaient plus l'empêcher de partir parcourir les rues de sa ville. Il venait rarement seul. Il était souvent avec Peter qui, comme lui, ne connaissait pas grand chose du monde sorcier. Ils restaient durant des heures, installés sur la petite banquette dans le fond, accoudés à la table abimée et recouverte de graffitis.

Cette fois-ci, Christopher n'emmène pas Alice à la même table. Il en choisit une autre, tout aussi recouverte de graffitis, tout aussi abimée et tout aussi collante. Il surveille le moment où elle grimacera de sentir sa peau adhérer au bois mais évidemment elle ne pose pas ses bras sur la table. Pas au début, du moins. Même si elle lance un discret Tergeo sur toutes les surfaces qu'elle compte toucher. La conversation ne reste pas polie longtemps. Si Alice, embrigadée par son éducation, utilise des mots comme "harpies" pour parler des deux femmes avec lesquelles ils ont goûté, Christopher n'est pas aussi retenu dans les mots choisis pour les qualifier. Et encore moins après le troisième verre. Tous au frais de Christopher, bien sûr. Un jour, il le reprochera certainement à Alice et lui demandera un verre en dédommagement. Mais pour le moment, bien trop conscient d'avoir encore plus besoin d'elle du moment qu'ils sont en train de passer, il se contente de payer ses bières et les cocktails onctueux qu'Alice sirote comme si c'était de l'eau.

Bientôt, ils s'affaissent sur la table. Alice pose ses bras sur le plateau en bois, lui-même se laisse aller contre le mur et ouvre les premiers boutons de sa chemise. Leur parole se libère. Malheureusement pour les oreilles de sa mère et de la tante d'Alice, ils continuent de parler d'elles, ou plutôt de leur mère à chacun.

Peut-être ne se rappelleront-ils pas, demain, qu'ils ont évoqué certains des souvenirs les plus désagréables qu'ils ont avec leur mère. Peut-être ne se rappelleront-ils pas qu'ils ont plus d'une fois trinqué au malheur de leur génitrice. Peut-être que Christopher ne se rappellera-t-il pas d'avoir dit qu'il aurait aimé avoir une mère plus aimante, plus à même de l'étreindre ou de l'embrasser le soir avant qu'il s'endorme. Peut-être Alice ne se rappellera-t-elle pas d'avoir évoqué les sévices subies à cause de sa mère et les maltraitances de celle-ci.

Peut-être se rappelleront-ils sans être sûrs de l'avoir vraiment vécu d'avoir dansé au milieu des tables un Rock entrainant. Peut-être Christopher rappellera-t-il sans être sûr de l'avoir vraiment vécu d'avoir suivi Alice jusqu'aux toilettes pour s'assurer qu'il ne lui arrive rien, en articulant maladroitement et sans grande réussite que « Thomas va m'tuer s'il t'arri... Vous, vous par les coudes de Merlin ! vous arrive quelque chose ». Peut-être se rappelleront-ils sans être sûrs de l'avoir vécu avoir apprécié cette soirée et le réconfort des confidences dues à l'alcool.

Ils auront parfois des réminiscences. Des scènes ou des paroles qui leur reviendront à des moments les moins propices. Pour Alice au milieu d'un cours d'esthétisme du duel. Pour Christopher pendant une vente particulièrement tendue et parfaitement illégale. Parfois souriront-ils de ce souvenir amusant dans lequel ils trouveront un moyen de mettre la pression à l'autre ou de l'humilier. Parfois grimaceront-ils de se rappeler d'une confidence, d'une chose qu'ils ont dites ou qu'ils ont faites et qu'ils n'auraient jamais fait en temps normal, si l'alcool ne coulait pas dans leurs veines.

Quoi qu'il en soit, malgré les souvenirs flous de cette soirée qu'ils garderont et la sensation poisseuse d'avoir été piégé par leur famille qui restera présente et gâchera tout le bonheur qu'ils auraient pu tirer de cette soirée, Alice et Christopher passent, cette fin d'après-midi là, plusieurs heures à boire ensemble et à noyer l'horreur qui leur est tombée dessus et qu'ils refusent, sans savoir que des mois plus tard, plus aucun alcool ne pourra les aider à traverser ce qu'ils finiront fatalement par accepter.

Fin

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Et voilà pour la conclusion, chère fiancée. Tous les mots que je pourrais dire pour te remercier de ces belles choses que nous écrivons ensemble ont déjà été dits.
Actions d'Alice évidemment vues avec sa plume.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER