Entretien en collaboration. Pv

Observation en terre connue. - 1er mars 2050


Quand il était petit (enfin, plus petit qu'actuellement s'entend), Matthew n'avait pas le droit de jouer dans la terre, le sable et la boue. En fait, tout ce qui était salissant à l'extérieur était particulièrement interdit. Sauf quand il était chez son oncle, mais ça c'est autre chose.

S'occuper des plantes de la maison était le seul moment où avoir de la terre sous les ongles et entre les doigts était autorisé. Alors, évidemment que le petit garçon adorait cela. À Poudlard, il n'en avait rien à faire des interdictions données à la maison, et s'en donnait à cœur joie dans le parc.
Pour autant, il n'avait pas remplacé le temps qu'il prenait pour observer et s'occuper des plantes, par des jeux à l'extérieur.

Il y a peu de temps, les élèves de premières années avaient pu choisir une plante, et de s'en occuper ou non dans la serre numéro 6. Matthew avait joyeusement choisi un Spathiphyllum, végétal qu'il connaissait bien car Hywel en soignait plusieurs chez lui.

Généralement, lorsqu'il était dans une pièce seul, le jeune Warren se mettait de sorte à avoir un visuel sur la porte. Mais parfois, comme aujourd'hui, il était trop absorbé par sa tâche pour s'en préoccuper.
Les doigts noirs de terre, il avait posé ses mains de part et d'autre de la plante, et l'observait attentivement. Il aimait particulièrement surprendre les sursauts de cette dernière, ou la voir s'étirer vers le haut pour la nuit. Il pouvait facilement passer une bonne heure sans détourner le regard, dans l'espoir de ne rien manquer.
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@Ernest Stevens

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Depuis qu’il était arrivé à Poudlard, Ernest avait toujours trouvé dans les Serres un refuge au tumulte du monde. Peut-être aussi un refuge au désordre de son esprit. Qu’il étudie dans l’espace aménagé au fond de la Serre Tropicale, qu’il s’occupe de ses plantes dans la Serre N°6 ou qu’il monte un affût en Serre Méditerranée pour observer le comportement des Mandragores, il s’y sentait toujours plus apaisé. Même si ce n’était que pour quelques minutes, pour une visite furtive ou simplement sentir l’odeur de l’humus. Il suffisait de peu pour que se réveille en lui le mono no aware… cette émotion calme, presque tendre et contemplative. Et l’acceptation paisible du changement. Parce que dans une serre, il était lent, organique.

Peut-être aussi parce qu’il était plus à l’aise avec les plantes qu’avec les spécimens de sa propre espèce. Les plantes, elles ne jouaient pas de rôle. Sa mère l’avait bercé dans la conviction qu’elles absorbaient simplement la manière dont on habitait le monde. Et elles en disaient beaucoup plus sur leur propriétaire qu’il n’y paraissait. Ernest connaissait toutes les plantes de la Serre N°6. Et il se faisait une image mentale des élèves qui foulait son sol sans pour autant avoir parlé avec la majorité d’entre eux.

L’adolescent ne souvenait plus vraiment de sa rencontre avec Matthew quelques semaines auparavant. Pourtant le Spathiphyllum l’avait marqué bien avant qu’il ne croise le chemin du petit Serpentard. Aux premiers abords, la plante lui avait paru quelque peu étrange. Elle n’était pas malade et pas foncièrement mal entretenue. Mais elle était excessivement réactive. Comme si quelqu’un passait souvent près d’elle. Un peu comme si l’air autour du pot était toujours en train de bouger. Ernest collectait souvent les indices sans même vraiment s’en rendre compte. Une pliure récente sur une feuille, une tige redressée un peu maladroitement. Il remarquait les gouttes d’eau séchée laissée par un arrosage un peu trop rapide. Ou quand un peu de terre était tombé à côté du pot et n’avait pas été ramassé.

Ce n’était pas une plante abandonnée. Ce n’était pas un oubli. C’était plutôt une sorte d’agitation. La plante n’était pas négligée car il avait remarqué qu’elle n’avait jamais vraiment le temps de manquer d’eau. C’était plutôt comme si son propriétaire surveillait inconsciemment le moment exact où la plante commençait à montrer des signes de faiblesses. Car le Spathiphyllum était très expressif. Une vraie drama queen.

Cette plante intriguait beaucoup l’adolescent. Le Spathiphyllum montrait immédiatement quand quelque chose n’allait pas. Elle ne cachait absolument rien. Au contraire “elle appelait”. C’était un choix particulier. Et au fond, il ne pensait pas que c’était uniquement sa beauté qui attirait. Mais peut-être que c’était un choix qu’on faisait quand on avait peur de ne pas remarquer quand quelque chose souffre.

Aussi, ce mardi après-midi, alors qu’il fit un passage rapide dans les serres à l’interclasse de 16h35, quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître le petit Serpentard agenouillé près de la Fleur de Lune, recueilli dans un état quasiment monastique. Alors lui revint à l’esprit l’épisode des chocolats, l’enthousiasme débordant du première année et la rapidité de son débit de parole. Il n’avait pas beaucoup de temps, mais la curiosité était plus forte.

“Hum… Salut, Matthew…”
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@Matthew Warren

4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
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Spat, comme l'adolescent avait décidé de surnommer sa plante, eût un bref sursaut, arrachant un sourire au garçon qui n'attendait que cela. Plus tard, il penserait que peut-être, elle avait essayé de le prévenir que quelqu'un s'était approché dans son dos. Mais sur le coup, il était seulement content de la voir en pleine forme.

Il crut vaguement sentir un déplacement dans son dos. Ou plutôt, de l'air qui circule suite à un mouvement. Le jeune Warren tourna alors vaguement la tête, persuadé qu'une porte venait de s'ouvrir un peu plus loin.
Il ne s'attendait certainement pas à voir quelqu'un juste derrière son dos.

« Par Merlin ! » jura-t-il en se reculant brusquement.

Matthew poussa sur ses bras pour s'éloigner du bac de terre, manqua de trébucher sur ses propres pieds et se redressa tant bien que mal pour faire face au nouveau venu. Des années à se faire surprendre (et attaquer) par son frère, l'avaient conditionné pour être prêt à parer quoi que ce soit.

En voyant que c'était Ernest, il se détendit immédiatement et souffla un grand coup.

« Oh ! Bonjour. Euh... tu vas bien ? »

Il cligna un instant des yeux, juste histoire de se remettre rapidement de ses émotions. Il n'aimait pas particulièrement se faire surprendre ainsi. L'adolescent observa rapidement son camarade, se souvenant de la dernière (et première) fois qu'il lui avait parlé.

« Tu venais t'occuper d'une plante aussi ? Tu veux de l'aide ? » proposa-t-il spontanément en retrouvant son sourire.

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Ernest était discret. Au point qu’il n’était pas rare qu’on ne le remarque pas quand il passait quelque part. Il s’était néanmoins raclé la gorge avant de saluer Matthew. Il fut un peu surpris de le voir sursauter en le voyant. Mais après tout, lui aussi s’était fait surprendre lors de leur première rencontre. Les plantes avaient le pouvoir de vous captiver et de vous faire oublier le monde qui vous entourait. Ça lui arrivait assez souvent.

“Pardon… ‘fin… ouai, ça va… et toi ?”

Il y avait quelque chose chez Matthew qui déstabilisait un peu l’adolescent. Il avait l’air maladroit. Tout comme lui. Mais il l’assumait différemment. Ça ne semblait pas l’empêcher de sociabiliser ou d’avoir l’air à l’aise. Le jeune brun enfonça ses mains dans ses poches et s’approcha légèrement pour observer l’apprenti jardinier et sa plante d’un peu plus près.

“J’ai une plante un peu plus loin, ouai…”

Il fit un vague geste de la tête en direction du fond de la serre N°6. Il avait déjà déplacé plusieurs fois son Sarracenia de place depuis qu’elle était pensionnaire de la serre des élèves. C’est quand grandissant, elle avait des besoins différents. Et lui aussi.

“Ah… euh… nan, ça va… c’est la tienne du coup, le Spathiphyllum ?”

Quand il s’agissait de Maggy, Ernest était un peu territorial. La seule personne en qui il avait assez confiance pour la confier était le Professeur Charleston. Depuis son départ, il la rapportait chez lui durant les vacances. Idem pour le Scutumi que lui avait confié Alyona. La question qu’il posa à Matthew était plutôt rhétorique vu la manière dont le première année semblait l’observer de près. Cela dit, il arrivait que lui-même observe les plantes des autres quand il n’y avait personne.
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Matthew sourit simplement en balayant l'excuse de son camarade d'un revers de la main. Ce n'était rien, il avait plutôt l'habitude même s'il détestait se faire surprendre ainsi trop régulièrement.

Quand il était petit, un adulte avait reproché à Soria d'être trop discrète, et avait dit en rigolant qu'il lui offrirait des bracelets avec des clochettes, pour prévenir quand elle arrivait. Pour lui, les clochettes étaient inutiles, mais il n'osait pas demander aux autres de le prévenir de leur arrivée en faisant des flashes avec leur baguette.
Un jour peut-être, mais pour l'instant il préférait faire comme si de rien était.

« Ça va merci. » continua-t-il de sourire. « Oh, c'est laquelle ? »

Il tourna la tête dans la direction donnée par Ernest, comme si un halo lumineux allait brusquement jaillir sur la plante pour la désigner comme étant celle de son ainé. Évidemment, il ne la trouva pas. Une plante inconnue parmi toutes les autres... c'était plutôt normal.

« Oui. » fit-il simplement en regardant sa plante. « Tu l'avais déjà repérée ? Elle s'agite beaucoup, elle ne t'embête pas ? »

Il n'était pas vraiment certain qu'une plante puisse déranger quelqu'un, mais il savait que certaines personnes n'aiment pas quand il y avait de l'agitation autour d'eux. Il ne connaissait pas Ernest, pas plus que leur dernier échange à propos de la lettre et de la boite de chocolats.

Mais il avait l'air d'un adolescent préférant le calme. Cela ne dérangeait pas Matthew évidemment, c'était juste quelque chose qu'il préférait prendre en compte afin de ne pas créer d'histoires inutiles.

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Ernest avait bien conscience qu’en mettant Maggy en résidence dans la serre, elle serait potentiellement au contact d’autres élèves et supporterait les allers et venues fréquents. Mais elle n’était pas heureuse dans les cachots et même si la solution du pot d’adaptation avait été envisagée, ce n’était quand même pas pareil de faire pousser une plante grâce au pouvoir naturel du soleil que grâce à la magie d’un artéfact. La magie ne pouvait pas tout remplacer. Le monde dérangeait probablement plus le garçon que la plante. Mais le Serpentard s’était fait à l’idée et puis si un élève déposait une plante dans cette serre c’est qu’il avait déjà des affinités avec la botanique.

“Le Sarracenia… ‘fin… la plante carnivore, là-bas dans le coin… celle avec les tubulaires…”

Ernest connaissait toutes les plantes de la serre des élèves. D’ailleurs il connaissait toutes les plantes de toutes les serres. Même celles dans le cabanon de la Serre Méditerrannée que le Professeur Charleston avait accepté de lui montrer à l’occasion. C’est qu’il le guettait toujours lorsqu’il faisait ses devoirs dans le petit espace de travail du fond. Une expression de surprise apparut sur son visage quand Matthew lui demanda si sa plante le dérangeait. C’était une drôle d’idée. Comment une plante pouvait déranger quelqu’un ? C’était plutôt les humains qui dérangeait les plantes.

“Euh… nan…”

Sa curiosité fut néanmoins piquée par la réflexion du petit brun. Ce n’était pas courant qu’on dise d’une plante qu’elle s’agitait. Pourtant, il s’était fait la même remarque. En tout cas, c’était la sensation que donnait le Spathiphyllum.

“Qu’est-ce qui te fait dire qu’elle s’agite ?”

Il s’approcha d’un peu plus prêt, curieux d’en apprendre un peu plus sur le rapport de ce garçon avec sa plante. Ça en disait souvent beaucoup sur les gens.
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Matthew observa son camarade un instant. En vérité, il ne le connaissait pas du tout, ils n'avaient vraiment parlé qu'une fois et c'était pour lui rendre des chocolats dont il avait mangé une partie.
Mais il n'aurait jamais pensé que la plante carnivore présente un peu plus loin était celle d'Ernest.

Dans les livres d'espionnage qu'il aimait tant, ce genre de végétal aurait été un indice
pour dévoiler qui était l'antagoniste de l'histoire. Il ne voyait pas du tout son camarade dans ce genre de rôle, mais après tout, rien n'était impossible.

« Pourquoi as-tu choisi cette plante plutôt qu'une autre ? »

C'était de la curiosité pure, qu'il posa là avec son habituel sourire. Il n'en voudrait pas à son aîné s'il ne voulait pas répondre, mais il voulait tout de même savoir.
Ernest semblait être curieux lui aussi, car il releva ce qu'il venait de dire plus tôt sur sa propre plante.

« Et bien... c'est plutôt discret mais parfois elle a une feuille qui tressaille. Et puis elle sait faire comprendre ce dont elle a besoin. » reprit-il en souriant encore. « Mais toutes les plantes bougent, enfin je crois. Il faut juste être patient et bien regarder, pas vrai ? »

Elles devaient forcément le faire. Elles étaient vivantes après tout. Et comme toujours, c'était ce qui intéressait plus particulièrement le jeune Warren, à qui certains sons échappaient.
Il se tourna vers Spat, toujours en souriant, et garda son regard rivé sur elle.

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