Certaines ombres naissent trop tôt
Christopher reste un moment devant le comptoir à arranger les bonbons dans l'assiette. Là des ballongommes du Bullard et une Chocogrenouille, là des Fizwizbiz et des souris glacées, là des crapauds à la menthe et des suçacides. Il n'a pas la moindre idée de ce qu'aime Clinton. D'ailleurs, il ne sait même pas si l'enfant aime les sucreries. Enfin... Tous les enfants aiment ça, n'est-ce pas ? Christopher regarde le tas joliment formé. De la chambre ouverte, il croit entendre la voix d'Alice mais il ne comprend pas ce qu'elle dit. De ses dents, il mordille sa lèvre. Il réfléchit encore un instant avant d'attraper un ballongomme du Bullard et de la glisser dans l'une des poches de Thomas — on sait jamais si Clinton dévore tout et ne lui laisse plus rien, autant faire des stocks.
Sur ce méfait, Christopher, l'assiette en main, se dirige vers la chambre. La voix d'Alice devient plus claire. Il se fige quand il entend son prénom. Le cœur serré, il tend l'oreille, placé de sorte que les deux ne pourront pas le voir de l'endroit où ils se trouvent. Juste devant la porte, caché par le mur. Comme il le faisait enfant à chaque fois qu'il entrait dans une pièce, déjà pour repousser le moment où il rejoindrait sa famille mais aussi parce qu'il a compris très tôt que la force physique n'était pas la plus puissante des armes, contrairement à ce que pensait Donovan. Ce sont les secrets qui sont plus dangereux. Christopher a appris très tôt à les utiliser contre ceux qui le méritaient. Là, il n'y a aucun secret à glaner. Il peut seulement écouter Alice réconforter son neveu d'une manière qu'il n'aurait jamais pu faire.
Ce n'est pas difficile de comprendre, en l'entendant dire « tu n'as rien à craindre » et « personne ne condamnera tant que je serai là », que Clinton s'est plaint de lui. Tu n'as rien à craindre. Les épaules de Christopher s'affaissent. Il appuie son épaule contre le mur, le regard bas. Qu'a-t-il fait de mal ? Qu'a-t-il fait pour que Clint se persuade qu'il pourrait se montrer violent avec lui ou qu'il pourrait le condamner alors qu'il est le premier à avoir voulu fuguer étant plus jeune et à l'avoir fait ? Comment aurait-il pu agir autrement ? Il se remémore la scène dans l'entrée. C'est vrai qu'il était un peu surpris et qu'il a voulu ramener l'enfant à son père mais qu'aurait-il pu faire d'autre ? La seule présence de Clinton ici fera retomber sur lui toute la colère de son frère. Qu'aurait-il dû faire ? Lui parler comme Alice le fait ? Passer son bras autour des épaules de l'enfant comme elle l'a fait sous ses yeux ? Il ne pourra jamais faire une chose comme ça. Ce n'est pas quelque chose qui se fait en famille, ce n'est pas...
Christopher secoue la tête et prend une inspiration tremblante. Ce ne sont pas ses pensées, ça. Ce sont celles de sa famille. Parfois, c'est difficile de faire la différence, même à trente-trois ans.
Les voix reprennent à l'intérieur de la chambre et le tirent de ses pensées. Il entend distinctement la voix de Clinton. Son cœur s'élève furieusement dans sa poitrine et se met à battre rapidement quand il entend sa requête.

CLINTON HANGOOVER
Les sanglots s'accumulent dans sa gorge, si forts et violents qu'ils secouent ses épaules puisqu'il refuse de les laisser sortir. Il essaie de se reprendre, j'le jure que j'essaie ! Mais il n'y arrive pas. Il devrait dresser le menton, regarder fièrement la femme et lui dire qu'il n'a pas besoin de son aide, il devrait, il devrait... Elle s'agenouille devant lui. Quand sa main douce glisse sur sa nuque, un sanglot parvient à franchir ses barrières et à tordre son visage, mais les larmes ne coulent toujours pas. Les doigts de Mademoiselle Sangblanc glissent sur sa joue. Ses caresses mettent à mal chacune de ses barrière. Le mouvement de son pouce en détruit une. Son sourire se charge des autres. Ne reste pour seul bouclier à Clinton sa propre détermination à ne pas pleurer devant elle, mais c'est déjà loupé parce que ses yeux débordent.
Il entend de très loin ce qu'elle lui dit. Christopher ne l'a pas fait venir pour qu'elle le ramène à la maison. Personne ici ne fera une telle chose. Elle parle doucement en le regardant comme s'il comptait vraiment. Clinton a envie de s'arracher à sa poigne mais il a aussi envie de se jeter dans ses bras. Il ne bouge pas. Elle ne se détourne pas à un seul instant. Elle lui répète qu'il n'a rien à craindre. Qu'il décidera seul du moment où il a envie de rentrer chez lui, que personne ne le ramènera avant ça. Elle le dit et il la croit. Clinton renifle pitoyablement, les hoquets rendent le processus ridicule. Elle lui donne sa parole. Elle, Mademoiselle Alice Sangblanc, elle lui donne sa parole.
Personne ne le ramènera. Le soulagement est si puissant qu'il s'affaisse un peu contre elle. Il n'avait pas conscience d'être si tendu avant que ses muscles se dénouent. Depuis qu'il est sorti de son lit tout à l'heure jusqu'à cet instant précis, il a eu l'impression que son père allait apparaître pour le ramener à la maison. Sur le long chemin jusqu'à chez Oncle Christopher, quand il marchait dans les rues obscures, effrayé à l'idée de se perdre. Quand il s'est glissé hors de ses draps et qu'il a volé un peu de poudre de cheminette pour atteindre le Magic'Port du Chemin de Traverse. Quand il a remonté la ruelle sorcière jusqu'au Chaudron Baveur. Il a eu peur à chaque instant que son père apparaisse. Il n'arrêtait pas de regardait derrière son dos et de sursauter. Même dans la chambre de son oncle. Quand il poussait les meubles et hurlait. Il avait tellement peur qu'Oncle Christopher transplane dans sa chambre et l'attrape pour le ramener chez son père. Il avait tellement, tellement peur.
Et maintenant, la main douce de Mademoiselle Alice caresse sa joue. Clinton aimerait que ce moment ne se termine jamais. Mais les moments comme celui-ci se terminent toujours. Autant que ce soit lui qui décide d'y mettre fin. Il hoche doucement la tête, doucement pour pas qu'elle enlève sa main.
« D'accord, » murmure-t-il en battant des paupières pour chasser les larmes qui s'accrochent à ses cils.
Il n'a plus la force d'essuyer ses yeux. Un tout petit pas le rapproche de la femme. Clinton en est le premier étonné : il n'a rien ordonné à ses jambes. Il baisse les yeux pour ne plus affronter celui de Mademoiselle Alice. Sois un homme ! Pourquoi le prendrait-elle dans ses bras alors que sa mère ne le fait plus depuis plusieurs années ? Les étreintes, c'est pour les bébés.
« Et lui..., reprend-t-il sans ne plus murmurer cette fois-ci. Lui, il peut me le promettre aussi ? »
Son cœur valdingue dans sa poitrine. Ses petits poings se serrent au bout de ses bras. Il respire profondément pour contrôler le flux de ses larmes. Tout à l'heure dans le couloir, il a eu vraiment peur. Au début, c'était drôle parce qu'Oncle Christopher était en caleçon. Quand je raconterai ça à Derek ! s'est dit Clinton, encore persuadé qu'il avait trouvé le meilleur refuge de la planète et heureux d'être avec son oncle. Mais très vite, ça n'a plus été drôle. Il a eu vraiment très peur qu'il le ramène de suite chez son père. C'est ce qu'il a dit qu'il ferait. Il a dit qu'il le ferait. Clinton a confiance en Mademoiselle Alice. Mais il n'a pas confiance en son oncle.
Christopher n'hésite qu'un instant. Son pied droit se lève pour forcer son corps à avancer. Rentrer dans la pièce, dire qu'il le promet, s'asseoir par terre contre le lit, tendre l'assiette de confiseries à son neveu et lui lancer un rictus à la place d'un sourire. Christopher n'hésite qu'un instant. Puis il repose son pied au sol et il reste là où il est, figé derrière le mur, l'oreille tendue pour écouter ce que va répondre Alice plutôt que de franchir l'ouverture pour aller promettre à son neveu qu'il ne le ramènera pas chez son père sans son accord. Il est incapable de rentrer dans cette pièce et d'affronter le regard de l'enfant. Il ne veut pas faire face à sa colère, il ne veut pas qu'il lui répète « tu vas me frapper comme mon père ? ».
Sur ce méfait, Christopher, l'assiette en main, se dirige vers la chambre. La voix d'Alice devient plus claire. Il se fige quand il entend son prénom. Le cœur serré, il tend l'oreille, placé de sorte que les deux ne pourront pas le voir de l'endroit où ils se trouvent. Juste devant la porte, caché par le mur. Comme il le faisait enfant à chaque fois qu'il entrait dans une pièce, déjà pour repousser le moment où il rejoindrait sa famille mais aussi parce qu'il a compris très tôt que la force physique n'était pas la plus puissante des armes, contrairement à ce que pensait Donovan. Ce sont les secrets qui sont plus dangereux. Christopher a appris très tôt à les utiliser contre ceux qui le méritaient. Là, il n'y a aucun secret à glaner. Il peut seulement écouter Alice réconforter son neveu d'une manière qu'il n'aurait jamais pu faire.
Ce n'est pas difficile de comprendre, en l'entendant dire « tu n'as rien à craindre » et « personne ne condamnera tant que je serai là », que Clinton s'est plaint de lui. Tu n'as rien à craindre. Les épaules de Christopher s'affaissent. Il appuie son épaule contre le mur, le regard bas. Qu'a-t-il fait de mal ? Qu'a-t-il fait pour que Clint se persuade qu'il pourrait se montrer violent avec lui ou qu'il pourrait le condamner alors qu'il est le premier à avoir voulu fuguer étant plus jeune et à l'avoir fait ? Comment aurait-il pu agir autrement ? Il se remémore la scène dans l'entrée. C'est vrai qu'il était un peu surpris et qu'il a voulu ramener l'enfant à son père mais qu'aurait-il pu faire d'autre ? La seule présence de Clinton ici fera retomber sur lui toute la colère de son frère. Qu'aurait-il dû faire ? Lui parler comme Alice le fait ? Passer son bras autour des épaules de l'enfant comme elle l'a fait sous ses yeux ? Il ne pourra jamais faire une chose comme ça. Ce n'est pas quelque chose qui se fait en famille, ce n'est pas...
Christopher secoue la tête et prend une inspiration tremblante. Ce ne sont pas ses pensées, ça. Ce sont celles de sa famille. Parfois, c'est difficile de faire la différence, même à trente-trois ans.
Les voix reprennent à l'intérieur de la chambre et le tirent de ses pensées. Il entend distinctement la voix de Clinton. Son cœur s'élève furieusement dans sa poitrine et se met à battre rapidement quand il entend sa requête.

CLINTON HANGOOVER
12 ansLes sanglots s'accumulent dans sa gorge, si forts et violents qu'ils secouent ses épaules puisqu'il refuse de les laisser sortir. Il essaie de se reprendre, j'le jure que j'essaie ! Mais il n'y arrive pas. Il devrait dresser le menton, regarder fièrement la femme et lui dire qu'il n'a pas besoin de son aide, il devrait, il devrait... Elle s'agenouille devant lui. Quand sa main douce glisse sur sa nuque, un sanglot parvient à franchir ses barrières et à tordre son visage, mais les larmes ne coulent toujours pas. Les doigts de Mademoiselle Sangblanc glissent sur sa joue. Ses caresses mettent à mal chacune de ses barrière. Le mouvement de son pouce en détruit une. Son sourire se charge des autres. Ne reste pour seul bouclier à Clinton sa propre détermination à ne pas pleurer devant elle, mais c'est déjà loupé parce que ses yeux débordent.
Il entend de très loin ce qu'elle lui dit. Christopher ne l'a pas fait venir pour qu'elle le ramène à la maison. Personne ici ne fera une telle chose. Elle parle doucement en le regardant comme s'il comptait vraiment. Clinton a envie de s'arracher à sa poigne mais il a aussi envie de se jeter dans ses bras. Il ne bouge pas. Elle ne se détourne pas à un seul instant. Elle lui répète qu'il n'a rien à craindre. Qu'il décidera seul du moment où il a envie de rentrer chez lui, que personne ne le ramènera avant ça. Elle le dit et il la croit. Clinton renifle pitoyablement, les hoquets rendent le processus ridicule. Elle lui donne sa parole. Elle, Mademoiselle Alice Sangblanc, elle lui donne sa parole.
Personne ne le ramènera. Le soulagement est si puissant qu'il s'affaisse un peu contre elle. Il n'avait pas conscience d'être si tendu avant que ses muscles se dénouent. Depuis qu'il est sorti de son lit tout à l'heure jusqu'à cet instant précis, il a eu l'impression que son père allait apparaître pour le ramener à la maison. Sur le long chemin jusqu'à chez Oncle Christopher, quand il marchait dans les rues obscures, effrayé à l'idée de se perdre. Quand il s'est glissé hors de ses draps et qu'il a volé un peu de poudre de cheminette pour atteindre le Magic'Port du Chemin de Traverse. Quand il a remonté la ruelle sorcière jusqu'au Chaudron Baveur. Il a eu peur à chaque instant que son père apparaisse. Il n'arrêtait pas de regardait derrière son dos et de sursauter. Même dans la chambre de son oncle. Quand il poussait les meubles et hurlait. Il avait tellement peur qu'Oncle Christopher transplane dans sa chambre et l'attrape pour le ramener chez son père. Il avait tellement, tellement peur.
Et maintenant, la main douce de Mademoiselle Alice caresse sa joue. Clinton aimerait que ce moment ne se termine jamais. Mais les moments comme celui-ci se terminent toujours. Autant que ce soit lui qui décide d'y mettre fin. Il hoche doucement la tête, doucement pour pas qu'elle enlève sa main.
« D'accord, » murmure-t-il en battant des paupières pour chasser les larmes qui s'accrochent à ses cils.
Il n'a plus la force d'essuyer ses yeux. Un tout petit pas le rapproche de la femme. Clinton en est le premier étonné : il n'a rien ordonné à ses jambes. Il baisse les yeux pour ne plus affronter celui de Mademoiselle Alice. Sois un homme ! Pourquoi le prendrait-elle dans ses bras alors que sa mère ne le fait plus depuis plusieurs années ? Les étreintes, c'est pour les bébés.
« Et lui..., reprend-t-il sans ne plus murmurer cette fois-ci. Lui, il peut me le promettre aussi ? »
Son cœur valdingue dans sa poitrine. Ses petits poings se serrent au bout de ses bras. Il respire profondément pour contrôler le flux de ses larmes. Tout à l'heure dans le couloir, il a eu vraiment peur. Au début, c'était drôle parce qu'Oncle Christopher était en caleçon. Quand je raconterai ça à Derek ! s'est dit Clinton, encore persuadé qu'il avait trouvé le meilleur refuge de la planète et heureux d'être avec son oncle. Mais très vite, ça n'a plus été drôle. Il a eu vraiment très peur qu'il le ramène de suite chez son père. C'est ce qu'il a dit qu'il ferait. Il a dit qu'il le ferait. Clinton a confiance en Mademoiselle Alice. Mais il n'a pas confiance en son oncle.
Christopher n'hésite qu'un instant. Son pied droit se lève pour forcer son corps à avancer. Rentrer dans la pièce, dire qu'il le promet, s'asseoir par terre contre le lit, tendre l'assiette de confiseries à son neveu et lui lancer un rictus à la place d'un sourire. Christopher n'hésite qu'un instant. Puis il repose son pied au sol et il reste là où il est, figé derrière le mur, l'oreille tendue pour écouter ce que va répondre Alice plutôt que de franchir l'ouverture pour aller promettre à son neveu qu'il ne le ramènera pas chez son père sans son accord. Il est incapable de rentrer dans cette pièce et d'affronter le regard de l'enfant. Il ne veut pas faire face à sa colère, il ne veut pas qu'il lui répète « tu vas me frapper comme mon père ? ».
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Une Sangblanc ne pleure pas. Une Sangblanc se bat, quoi qu’il arrive.
Quelle maxime avait-on donné à Clinton pour qu’il ne s’effondre pas ? Quelles cruelles certitudes avaient-on enfoncées dans son coeur pour qu’il comprenne que pleurer, ce n’était pas une chose tolérable ?
Alice aurait aimé qu’il laisse choir toute la peine qu’il retenait encore. Que cesse les tremblements. Que ses bras s’enroulent autour d’elle pour venir sangloter dans son cou. Qu’il ne soit pas petit homme trop tôt, mais encore un enfant. Un merveilleux et innocent enfant qu’il fallait chérir, rassurer, encourager.
Alice ne manqua rien de ce petit pas qui la rapprocha de lui, tout comme elle ne pu qu’observer ce regard retombant sur ses pieds. Sa gorge se noua encore un peu plus. Que lui avait-on fait, Circée ? Qu’avait-on fait à cet enfant ?
Qu’avait-il fait ?
Quelque chose de bien précis ? Ou bien avait-il agit comme à son habitude ?
Sa main resta contre la joue de Clinton. Elle ne voulait pas la récupérer. Elle ne voulait pas le dépouiller de la seule douceur qu’il avait pu recevoir depuis sa naissance. Alice le savait mieux que personne : nous nous habitions bien trop vite à ce qui nous a toujours été refusé. Alice avait connu la douceur d’une mère qui ne sera jamais la sienne, les sobriquets affectueux tels que trésor, ma chérie, ma puce. Pas les engeances, idiote, bonne à rien d’une femme qui aurait dû la chérir.
Alors cette main, Alice lui laisserait pendant des heures si il le fallait.
Clinton demandait une autre promesse. Une qu’Alice ne pouvait pas contrôler. Naturellement, son regard dévia sur le côté pour apercevoir la porte entrouverte. Christopher n’était peut-être pas porté sur les promesses, et Alice ne pourrait le contraire. Oh, Circée. Ce qu’elle aimerait dire à Clinton qu’il n’avait besoin que de la sienne, qu’elle englobait tout les hypothétiques assauts du monde contre lesquels elle s’opposerait farouchement. Si Christopher lui disait encore qu’il fallait ramener Clinton avant qu’il ne soit prêt à le faire, Alice ne le laisserait pas faire. Oh, cela, non. Si ce n’était pas encore le cas, il comprendrait bien vite qu’Alice n’a qu’une parole, et que cette dernière est sacrée. Si Donovan venait à débarquer ici pour récupérer son fils, Alice ne plierait pas. Elle emporterait Clinton avec elle jusqu’à chez elle. Elle le garderait à ses côtés. Elle mentirait à qui la questionnerait. Elle trouverait une solution pour Clinton. Pour Derek.
Derek.
Derek était-il en danger ? Est-il arrivé quelque chose ? Pourquoi Clinton avait-il fuit ? Ces questions n’avaient pas encore trouvé de réponse, car ce n’était nullement la priorité. Mais allez expliquer cela à ce cœur rongé par l’inquiétude. Si Alice apprenait soudain que Donovan avait frappé un peu trop fort l’un de ses fils…
Alice inspira lourdement. Ses yeux se fermèrent une seconde de trop. Une chose à la fois, Alice. Une chose à la fois. La priorité se trouvait devant-elle. Sous ses doigts. La priorité était un petit garçon qui ne pouvait pleurer mais le désirait pourtant. La priorité était un petit garçon qui voulait s’assurer la fidélité d’un oncle.
Alice ouvrit à nouveau les yeux. Dans son champ de vision, pas de Christopher, rien que la lumière du séjour.
Son regard revient sur Clinton. Sa main, qui ne l’avait pas quitté, accrocha ses jolis cheveux noirs. Une mèche glissa entre ses doigts. Elle la lissa, doucement, tout doucement, comme si il s’agissait d’une relique sacrée.
« Il le fera lorsqu’il se sentira moins… » Alice chercha ses mots pendant un petit laps de temps, « … décontenancé par tout ce qui se passe. » Ses doigts assumèrent désormais leur envie de caresser les mèches noires de Clinton. Alice afficha un sourire tendre, son regard bondissant d’un trait à un autre. Sur ces yeux larmoyants, sur la courbure de son nez, sur son petit menton. Comment pouvait-on lever la main sur un si petit être ?
Ses genoux finirent par toucher le sol, ses jambes lassent de supporter un poids tremblants. Au diable son collant qui pourrait s’effiler sur une latte du plancher. Sa main libre rejoint elle aussi le visage de Clinton pour l’encadrer avec douceur. Voyait-il dans le fond de ses yeux gris la réelle tendresse, la violence contenue ? L’envie viscérale de le prendre dans ses bras, de le garder emprisonner contre elle, de lui répéter inlassablement que rien n’était de sa faute, qu’il n’avait rien fait de mal, que son père n’aurait jamais dû lever la main sur lui, qu’il était précieux, gentil, intelligent, qu’il était fort même si il venait à pleurer, qu’il devait pleurer, qu’il devait s’effondrer, qu’il en avait le droit ?
Ou ne verrait-il que deux yeux gris peut-être noir dans l’obscurité de la chambre.
« Fais nous confiance, trésor », le mot lui échappa. Un écho d’un passé qu’on lui avait arraché. « Christopher est de ton côté. Moi, je te le promets. Et je ne fais jamais de promesse dans le vent. » Elle sourit, son pouce caressant sa pommette, comme pour effacer la trace invisible d’une violence.
Quelle maxime avait-on donné à Clinton pour qu’il ne s’effondre pas ? Quelles cruelles certitudes avaient-on enfoncées dans son coeur pour qu’il comprenne que pleurer, ce n’était pas une chose tolérable ?
Alice aurait aimé qu’il laisse choir toute la peine qu’il retenait encore. Que cesse les tremblements. Que ses bras s’enroulent autour d’elle pour venir sangloter dans son cou. Qu’il ne soit pas petit homme trop tôt, mais encore un enfant. Un merveilleux et innocent enfant qu’il fallait chérir, rassurer, encourager.
Alice ne manqua rien de ce petit pas qui la rapprocha de lui, tout comme elle ne pu qu’observer ce regard retombant sur ses pieds. Sa gorge se noua encore un peu plus. Que lui avait-on fait, Circée ? Qu’avait-on fait à cet enfant ?
Qu’avait-il fait ?
Quelque chose de bien précis ? Ou bien avait-il agit comme à son habitude ?
Sa main resta contre la joue de Clinton. Elle ne voulait pas la récupérer. Elle ne voulait pas le dépouiller de la seule douceur qu’il avait pu recevoir depuis sa naissance. Alice le savait mieux que personne : nous nous habitions bien trop vite à ce qui nous a toujours été refusé. Alice avait connu la douceur d’une mère qui ne sera jamais la sienne, les sobriquets affectueux tels que trésor, ma chérie, ma puce. Pas les engeances, idiote, bonne à rien d’une femme qui aurait dû la chérir.
Alors cette main, Alice lui laisserait pendant des heures si il le fallait.
Clinton demandait une autre promesse. Une qu’Alice ne pouvait pas contrôler. Naturellement, son regard dévia sur le côté pour apercevoir la porte entrouverte. Christopher n’était peut-être pas porté sur les promesses, et Alice ne pourrait le contraire. Oh, Circée. Ce qu’elle aimerait dire à Clinton qu’il n’avait besoin que de la sienne, qu’elle englobait tout les hypothétiques assauts du monde contre lesquels elle s’opposerait farouchement. Si Christopher lui disait encore qu’il fallait ramener Clinton avant qu’il ne soit prêt à le faire, Alice ne le laisserait pas faire. Oh, cela, non. Si ce n’était pas encore le cas, il comprendrait bien vite qu’Alice n’a qu’une parole, et que cette dernière est sacrée. Si Donovan venait à débarquer ici pour récupérer son fils, Alice ne plierait pas. Elle emporterait Clinton avec elle jusqu’à chez elle. Elle le garderait à ses côtés. Elle mentirait à qui la questionnerait. Elle trouverait une solution pour Clinton. Pour Derek.
Derek.
Derek était-il en danger ? Est-il arrivé quelque chose ? Pourquoi Clinton avait-il fuit ? Ces questions n’avaient pas encore trouvé de réponse, car ce n’était nullement la priorité. Mais allez expliquer cela à ce cœur rongé par l’inquiétude. Si Alice apprenait soudain que Donovan avait frappé un peu trop fort l’un de ses fils…
Alice inspira lourdement. Ses yeux se fermèrent une seconde de trop. Une chose à la fois, Alice. Une chose à la fois. La priorité se trouvait devant-elle. Sous ses doigts. La priorité était un petit garçon qui ne pouvait pleurer mais le désirait pourtant. La priorité était un petit garçon qui voulait s’assurer la fidélité d’un oncle.
Alice ouvrit à nouveau les yeux. Dans son champ de vision, pas de Christopher, rien que la lumière du séjour.
Son regard revient sur Clinton. Sa main, qui ne l’avait pas quitté, accrocha ses jolis cheveux noirs. Une mèche glissa entre ses doigts. Elle la lissa, doucement, tout doucement, comme si il s’agissait d’une relique sacrée.
« Il le fera lorsqu’il se sentira moins… » Alice chercha ses mots pendant un petit laps de temps, « … décontenancé par tout ce qui se passe. » Ses doigts assumèrent désormais leur envie de caresser les mèches noires de Clinton. Alice afficha un sourire tendre, son regard bondissant d’un trait à un autre. Sur ces yeux larmoyants, sur la courbure de son nez, sur son petit menton. Comment pouvait-on lever la main sur un si petit être ?
Ses genoux finirent par toucher le sol, ses jambes lassent de supporter un poids tremblants. Au diable son collant qui pourrait s’effiler sur une latte du plancher. Sa main libre rejoint elle aussi le visage de Clinton pour l’encadrer avec douceur. Voyait-il dans le fond de ses yeux gris la réelle tendresse, la violence contenue ? L’envie viscérale de le prendre dans ses bras, de le garder emprisonner contre elle, de lui répéter inlassablement que rien n’était de sa faute, qu’il n’avait rien fait de mal, que son père n’aurait jamais dû lever la main sur lui, qu’il était précieux, gentil, intelligent, qu’il était fort même si il venait à pleurer, qu’il devait pleurer, qu’il devait s’effondrer, qu’il en avait le droit ?
Ou ne verrait-il que deux yeux gris peut-être noir dans l’obscurité de la chambre.
« Fais nous confiance, trésor », le mot lui échappa. Un écho d’un passé qu’on lui avait arraché. « Christopher est de ton côté. Moi, je te le promets. Et je ne fais jamais de promesse dans le vent. » Elle sourit, son pouce caressant sa pommette, comme pour effacer la trace invisible d’une violence.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt

CLINTON HANGOOVER
12 ansClinton a le cœur qui bat fort. Il n'aurait jamais parlé comme ça a un adulte de sa famille, même pas Oncle Christopher. Enfin, si, peut-être Oncle Christopher, peut-être que ce soir il l'aurait fait. Il avait l'espoir que son oncle l'entende et qu'il débarque pour lui faire toutes sortes de promesses qu'il ne lui a jamais faite — parce qu'il est du genre à vouloir le ramener chez lui quand Clinton traverse toute une ville pour aller le retrouver. Mais Oncle Christopher ne débarque pas. Clinton n'entend aucun bruit venant du salon, il n'entend rien du tout. Peut-être que son oncle a la tête dans les placards et qu'il cherche encore des bonbons ? Peut-être que... Peut-être plein de choses. Il ne vient pas. Mais Mademoiselle Sangblanc, elle, elle est là.
Elle ne l'a pas lâché. Ses yeux ont coulé vers la porte, il l'a vu, mais elle ne l'a pas lâché. Sa main est chaude sur sa joue. Clinton a honte, tellement honte d'apprécier cette chaleur et de ne pas vouloir qu'elle le quitte. Il a tellement honte en imaginant ce que penserait Père de tout ça. Il a tellement honte en imaginant Mère lever les yeux au ciel. Il a tellement honte en se rappelant tout ce qu'il risque parce qu'il est là ce soir. Il a honte d'être un mauvais garçon, un homme si faible, il a honte de vouloir pleurer, il a honte d'aimer la façon dont Mademoiselle Alice le regarde, d'aimer la façon qu'elle a de lui parler de cette voix qui n'est rien d'autre que douceur et tendresse. Il aime ce qu'il entend. Il aime sa voix. Il a honte d'aimer ces choses-là. Elle n'est pas de sa famille, qu'est-ce que ça signifie ? Mais elle est fiancée à Oncle Christopher, non ? Peut-il déjà la considérer comme sa tante ? A-t-il le droit de le faire ? Et quand elle sera vraiment sa tante, aura-t-il le droit encore d'espérer qu'elle le caresse comme ça, qu'elle le regarde comme ça, qu'elle lui fasse des promesses, qu'elle le défende, qu'elle le soutienne ? Aura-t-il le droit ou devra-t-il la considérer comme il considère les autres membres de sa famille, ses cousins, ses grands cousins ?
Les pensées s'embrouillent dans la tête de Clinton. Et pendant ce temps-là, son oncle serait trop... décontenancé ? L'enfant cligne des paupières. Trop décontenancé ? Il le comprend pas. Mais il n'a pas le temps d'essayer de comprendre. Mademoiselle Alice bouge et pendant un bref instant Clinton a peur qu'elle s'éloigne ; son cœur remue douloureusement, il est à deux doigts de dire non, s'il vous plait, restez ! Mais elle ne s'éloigne pas, au contraire, elle pose sa deuxième main sur son visage. Une chaleur se répand dans tout le corps de Clinton. Ainsi tenu, il a l'impression que le monde entier pourrait s'effondrer sans qu'il lui arrive quoique ce soit. Ses mains le tiennent comme s'il était un vase fragile. Elles ne serrent pas, ses ongles ne griffent pas. À l'intérieur de sa poitrine, le cœur de Clinton lui donne l'impression de fondre, fondre. Sa gorge se noue, l'émotion remonte jusque dans ses sinus. Pleure pas, crétin de bébé ! Juste parce qu'elle le tient et le regarde comme personne ne l'a regardé avant il devrait pleurer ? Non, non, non, non. Mais c'est dur de résister, c'est très dur.
Et puis...
Trésor.
Son propre cœur lui envoie un uppercut.
Clinton n'est pas bien sûr d'avoir entendu. Pourtant, son petit visage se froisse méchamment, la boule dans sa gorge explose et sa respiration tremblante se transforme en un sanglot. C'est sa voix, c'est son regard intense, c'est le pouce qui caresse sa pommette, c'est la chaleur de ses mains réconfortantes, c'est sa présence qui jamais ne s'éloigne, ce sont ses promesses, son assurance, ses vérités. C'est tout ce qu'il aurait aimé avoir ce soir après avoir passé quatre mois loin de sa famille, que sa mère l'embrasse, que son père l'étreigne. Les autres élèves ont eu ça, eux. Il l'a vu sur le quai. Clinton sait bien que ces effusions ne se font pas en public. Alors il a espéré que ça arrive une fois la porte de la maison refermée, même s'il savait déjà que ce ne serait pas le cas. Sa mère l'a envoyé à l'étage ranger sa valise. Son père l'a bousculé quand il est resté planté trop longtemps dans le hall d'entrée, la peine ancrée au corps.
L'eau monte si bien dans ses yeux qu'il ne voit Mademoiselle Alice plus qu'à travers le flou de ses larmes. Son souffle trébuche, s'emballe puis se bloque. Et fatalement, la première larme déborde et glisse sur les doigts pâles qui contrastent avec la peau hâlée de l'enfant.
Clinton ferme très fort les yeux quand il sent la brûlure des larmes. Il ne veut pas affronter le regard de Mademoiselle Alice. Elle est si grande, si belle, si impressionnante et lui il pleure entre ses mains, littéralement. Ses épaules tressautent sous les sanglots, bientôt il n'arrive plus à retenir le bruit de ses hoquets. Mais il ne bouge pas, Clinton. Crispé de la tête aux pieds, les poings serrés le long de son corps et les yeux fermés, il ne bouge pas malgré les pleurs bruyants qui le secouent. Il est trop occupé à essayer de ravaler ce qui est trop gros pour être enterré de nouveau à l'intérieur de lui.
Une minute plus tôtDécontenancé ? C'est ce qu'il est, vraiment ? Un rictus apparaît sur les lèvres de Christopher. C'est un euphémisme que de dire qu'il est décontenancé et il est absolument certain qu'Alice le sait. Mais qu'aurait-elle pu dire au gosse ? Elle-même ne sait absolument pas ce qu'il se passe à l'intérieur de sa tête actuellement. Elle ne le sait pas, hein ? Elle fait juste son possible pour réconforter l'enfant. Christopher est étonné qu'elle n'en profite pas pour le descendre. Pourquoi le défend-elle ? Pourquoi essaie-t-elle de le sauver aux yeux de Clinton ? Parce que c'est ce qu'elle fait. Mais pourquoi ? Elle aurait pu tout simplement se lever et lui planter l'enfant devant. Elle lui aurait lancé un regard incendiaire en lui ordonnant de faire une promesse à laquelle lui-même ne croit pas. C'est ce qu'il pensait qu'elle ferait. Au lieu de cela, elle lui trouve des excuses. Des excuses un peu bidons mais des excuses tout de même.
Pendant quelques secondes, rien de plus n'est dit. Christopher attend impatiemment, ses dents malmenant sa lèvre. Quand Alice reprend la parole, il expire brusquement, surpris : trésor ? La douceur qui émane d'Alice s'oppose complètement à la colère dont elle a fait preuve plus tôt. Encore une chose qu'il aurait dû savoir d'elle avant de faire semblant de se fiancer avec elle, n'est-ce pas ? Savoir qu'elle est capable d'une grande tendresse quand c'est nécessaire même après avoir violemment malmené son propre frère. Et elle ne dit pas au petit de lui faire confiance. Elle dit nous. Elle lui promet même qu'il est du côté de Clinton. Elle le dit, elle le croit, elle en fait la promesse.
C'est comme cela qu'il devrait faire alors ? Être de son coté, laisser Alice faire les promesses ? Son cœur frappe dans ses tempes. Christopher jette un regard désespéré à sa porte d'entrée, située loin en face de lui au fond du couloir. Elle les a compté comme un nous. Que fait-il encore devant cette putain de chambre ? Peut-il réellement s'en éloigner en les laissant là-bas, faire comme si de rien n'était, s'installer sur le canapé, comme il se l'imagine ? En a-t-il réellement envie ? Bien sûr que oui. Il en crève d'envie. Attendre qu'ils viennent le chercher en espérant qu'ils ne le fassent pas.
Alors c'est ce qu'il va faire, décide-t-il. Christopher inspire par le nez pour se donner du courage, puis franchit la porte de la chambre, son assiette de sucreries dans les mains. Il remarque aussitôt Alice et Clinton, de l'autre côté du lit. Alice agenouillée devant lui, ses mains autour du visage de l'enfant. Clinton lui tourne le dos. Christopher comptait déposer l'assiette près d'eux et dire quelque chose comme « je suis à côté si y'a besoin ». Puis il serait retourné dans le salon pour s'allumer une clope.
Au lieu de cela, il se fige dans l'entrée de la chambre lorsqu'il entend résonner les premiers sanglots de Clinton.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Les mains d’Alice tirèrent Clinton à elle. Elles quittèrent son visage, mais seulement pour enlacer le garçon. Fort, si fort. Sa main droite accrocha ses cheveux noirs pour le garder contre elle. Sa main gauche s’enroula dans son dos pour le faire prisonnier de son étreinte. Ses yeux gris, eux, restaient ouverts sur le rien, écarquillés, inondés de larmes épaisses.
Alice ressentait tout ce que le garçon lui livrait en sanglot. Sa peur. Sa douleur. Sa déception. Sa peine. Ses espoirs. Ses échecs. Elle le serra plus fort contre elle. Elle voulait anéantir tout ce qui violentaient l’enfant. Elle voulait lui arracher tout ce qui le meurtrissaient, les dévorer et alimenter cette rage qui pulsait déjà en elle. Ses mâchoires tremblaient à s’en casser les dents. Ses larmes se mirent à couler, silencieuses. L’enchantement qui dissimulait sa cicatrice pour accueillir la première larme dans la courbe d’un “T”.
Voilà ce que le monde fait aux enfants.
Il les façonne à devenir ce que leurs parents attendent d’eux. De petits pantins soumis à leurs volontés. Ils sont soumis comme des chiens obéissants. Ils se rebellent ? Une gifle. Ils dresse haut la gueule ? Une gifle ? Ils pleurent ? Une gifle. Une gifle. Une gifle ou un coup de pied. Une main trop lourde sur une épaule trop frêle. Un regard noir. Un vilain mot. Une insulte. Et tout cela devient vérité. Tout cela devient certitude.
Je ne serai jamais assez.
Je ne dois pas pleurer.
Je dois être fort.
Sinon, je serai puni.
Alice prit un temps abominable à comprendre que cette silhouette brouillée devant ses yeux se trouvait être Christopher. Elle battit des cils, déglutit, et fixa désormais son regard sur le visage de l’homme. Elle déglutit une seconde fois, et dressa un peu plus le menton. Non par défiance, mais pour tenir. Car si Alice ne se montrait pas plus prudente, elle savait qu’elle demanderait à Christopher de garder l’enfant pour qu’elle transplane jusqu’à Godric’s Hollow. Une fois là bas, Alice ne réfléchirait plus.
Ses yeux retombèrent sur le crâne de Clinton. Elle ne le lâcherait pas. Non. Ni lui. Ni Derek. Ni aucun autre enfant. Elle le ferait pour eux, mais aussi pour la petite Alice qui jamais ne pu pleurer dans des bras tendre. Elle le ferait pour Christopher également qui ne savait que faire de la peine d’un enfant. Ce n’était pas normal. Rien de tout cela ne l’était. Ce garçon n’aurait pas dû s’effondrer dans les bras d’une inconnue. Il aurait dû pouvoir se réfugier dans ceux de son oncle. Il aurait dû pleurer bien avant. Avant de lisser son pantalon. Avant de se présenter. Avant de se barricader. Mais il n’en avait pas eu le droit. Il ne s’était pas donné ce droit.
Circée, il en avait le droit. Ressentir ne devrait pas être une opprobre. Pleurer lorsqu’on a de la peine, hurler lorsqu’on est en colère, rire lorsqu’on est heureux, tout cela ne devrait pas être interdit.
Alice laissa les sanglots de Clitnon éclater. Contre elle. Dans ses oreilles. Dans son âme et son être. Elle ferma les yeux un instant. Elle ne pleurerait pas. Pas parce qu’elle n’en avait pas le droit, mais parce que ses larmes à elle, jeune adulte, n’étaient pas celles d’une enfant. Alice ne pleurait plus par tristesse. Tout ce qu’elle ressentait n’était plus que rage. Par habitude, pas par choix. La tristesse n’était pas un sentiment assez puissant pour la garder debout. La rage ? Si.
Et celle-ci ne devait point éclater ici.
Alice rouvrit les yeux sur Christopher. Sans tout à fait réfléchir, la main occupée à caresser le dos de Clinton se leva dans la direction de l’adulte. Une invitation silencieuse à ne plus être lâche.
Pas devant les larmes d’un enfant.
Alice ressentait tout ce que le garçon lui livrait en sanglot. Sa peur. Sa douleur. Sa déception. Sa peine. Ses espoirs. Ses échecs. Elle le serra plus fort contre elle. Elle voulait anéantir tout ce qui violentaient l’enfant. Elle voulait lui arracher tout ce qui le meurtrissaient, les dévorer et alimenter cette rage qui pulsait déjà en elle. Ses mâchoires tremblaient à s’en casser les dents. Ses larmes se mirent à couler, silencieuses. L’enchantement qui dissimulait sa cicatrice pour accueillir la première larme dans la courbe d’un “T”.
Voilà ce que le monde fait aux enfants.
Il les façonne à devenir ce que leurs parents attendent d’eux. De petits pantins soumis à leurs volontés. Ils sont soumis comme des chiens obéissants. Ils se rebellent ? Une gifle. Ils dresse haut la gueule ? Une gifle ? Ils pleurent ? Une gifle. Une gifle. Une gifle ou un coup de pied. Une main trop lourde sur une épaule trop frêle. Un regard noir. Un vilain mot. Une insulte. Et tout cela devient vérité. Tout cela devient certitude.
Je ne serai jamais assez.
Je ne dois pas pleurer.
Je dois être fort.
Sinon, je serai puni.
Alice prit un temps abominable à comprendre que cette silhouette brouillée devant ses yeux se trouvait être Christopher. Elle battit des cils, déglutit, et fixa désormais son regard sur le visage de l’homme. Elle déglutit une seconde fois, et dressa un peu plus le menton. Non par défiance, mais pour tenir. Car si Alice ne se montrait pas plus prudente, elle savait qu’elle demanderait à Christopher de garder l’enfant pour qu’elle transplane jusqu’à Godric’s Hollow. Une fois là bas, Alice ne réfléchirait plus.
Ses yeux retombèrent sur le crâne de Clinton. Elle ne le lâcherait pas. Non. Ni lui. Ni Derek. Ni aucun autre enfant. Elle le ferait pour eux, mais aussi pour la petite Alice qui jamais ne pu pleurer dans des bras tendre. Elle le ferait pour Christopher également qui ne savait que faire de la peine d’un enfant. Ce n’était pas normal. Rien de tout cela ne l’était. Ce garçon n’aurait pas dû s’effondrer dans les bras d’une inconnue. Il aurait dû pouvoir se réfugier dans ceux de son oncle. Il aurait dû pleurer bien avant. Avant de lisser son pantalon. Avant de se présenter. Avant de se barricader. Mais il n’en avait pas eu le droit. Il ne s’était pas donné ce droit.
Circée, il en avait le droit. Ressentir ne devrait pas être une opprobre. Pleurer lorsqu’on a de la peine, hurler lorsqu’on est en colère, rire lorsqu’on est heureux, tout cela ne devrait pas être interdit.
Alice laissa les sanglots de Clitnon éclater. Contre elle. Dans ses oreilles. Dans son âme et son être. Elle ferma les yeux un instant. Elle ne pleurerait pas. Pas parce qu’elle n’en avait pas le droit, mais parce que ses larmes à elle, jeune adulte, n’étaient pas celles d’une enfant. Alice ne pleurait plus par tristesse. Tout ce qu’elle ressentait n’était plus que rage. Par habitude, pas par choix. La tristesse n’était pas un sentiment assez puissant pour la garder debout. La rage ? Si.
Et celle-ci ne devait point éclater ici.
Alice rouvrit les yeux sur Christopher. Sans tout à fait réfléchir, la main occupée à caresser le dos de Clinton se leva dans la direction de l’adulte. Une invitation silencieuse à ne plus être lâche.
Pas devant les larmes d’un enfant.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt
Christopher se fige dans l'entrée, ses yeux écarquillés fixant le dos de Clinton. Les sanglots de l'enfant sont enfermés dans les bras d'Alice avant qu'ils n'aient pu résonner plus puissamment dans les oreilles de Christopher. Elle l'attrape vivement, une main sur la tête, l'autre autour de son corps, et elle le serre comme il n'a vu aucun adulte le faire depuis... Jamais. Il n'y a pas de tendresse dans la famille Hangoover. Il n'y a pas d'étreinte, il y a à peine de l'amour. Christopher voit ce dont Clinton n'a peut-être pas même conscience : il voit ses bras figés le long de son corps, il voit ses petits poings serrés, il voit son incapacité à attraper Alice en retour pour lui rendre son étreinte. Il pleure resserré en lui-même, recroquevillé, figé comme une planche de bois. Christopher aussi pleurait comme ça quand il était petit garçon, avant qu'il apprenne qu'il avait le droit de rendre les câlins, qu'il avait le droit d'en demander, le droit d'en avoir besoin, le droit d'en donner.
Christopher déglutit péniblement. Ses oreilles vrombissent désagréablement. Il a chaud partout dans le corps. Il ne sait pas quoi faire de l'assiette qu'il a du mal à tenir car ses doigts deviennent moites. Alice a attrapé Clinton mais il voit encore son visage à elle car elle ne l'a pas plongé dans le cou de l'enfant. A-t-elle conscience qu'il est là ? Le cœur de Christopher rebondit contre sa cage thoracique lorsqu'il voit ses yeux, d'ordinaires si clairs et aujourd'hui très sombres dans la pénombre, se remplir de larmes. Une bouffée de chaleur monte jusqu'à ses joues quand il les voit couler sur ses joues.
Christopher fait un pas en arrière. Il n'a rien à faire ici, il n'a vraiment rien à faire ici. Son cœur s'affole. Il n'a jamais vu Clinton pleurer. Enfin... Si, quand il était un nourrisson ou un bambin qui ne savait rien faire d'autre que pleurer. Mais l'enfant n'a plus laisser échapper la moindre larme devant lui depuis ses quatre ou cinq ans. Il n'a rien à faire ici. Clinton voulait Alice, il l'a. Il pleure dans ses bras. C'est bien, se dit Christopher qui n'a jamais eu autant envie d'une cigarette de toute sa vie, il peut pleurer, avec elle. Il n'a rien à faire ici car Clinton n'a pas besoin de lui, il ne veut même plus le voir. Et puis de toute façon, que ferait-il ? Le prendre dans ses bras ? La bonne blague ! Ça, c'est un truc qu'Alice peut faire. Pas parce que c'est une femme, même si Donovan l'aurait pensé. Mais parce qu'Alice, elle a la tendresse suffisante en elle. Alice a envie d'être là et d'aider cet enfant, elle pleure même pour lui. Lui ? Lui, il a envie de s'enfuir très loin, de ne plus jamais revoir Clinton, de ne surtout pas entendre ses pleurs, de ne surtout pas avoir l'impression qu'il devrait faire quelque chose. Il n'a rien envie de faire. Il ne peut rien faire. Clinton est son neveu ! Christopher est tendre avec ses amis, tactile avec eux, il dépose des baisers sur leur joue, dans leur cou, il aime passer la main sur leur visage, leur bras, leurs épaules, les serrer contre lui, sentir leur odeur, la chaleur de leur peau. Pas Clinton. Clinton est à Donovan. Ce serait bizarre. On est pas affectueux dans la famille Hangoover, c'est comme ça.
Christopher fait un second pas en arrière. Son bras qui tient l'assiette se baisse lui aussi. Il va la poser sur le lit et partir. Le tableau des larmes d'Alice n'est pas une œuvre qu'il a envie de regarder plus longtemps. Il n'aime pas son regard fixe et la tristesse de ces larmes qui coulent librement. Il n'aime pas la voir pleurer. Il n'aime voir personne pleurer. Il faut quelques secondes à Christopher pour comprendre que les yeux d'Alice ont bougé, qu'elle a cligné les paupières. Qu'elle le regarde vraiment cette fois, qu'elle l'a vu. Un sentiment de gêne inconcevable s'élève en lui. Il déglutit et détourne les yeux vers le bordel sans nom qui règne dans sa chambre parce qu'il n'arrive pas à soutenir son regard. Elle attend certainement de lui qu'il parte. Il s'en persuade tout seul, comme un grand. Il n'a rien à faire ici.
Alice bouge. Christopher regarde la main tendue vers lui sans comprendre ce qui est en train d'arriver. Ses yeux passent de la main au visage d'Alice. Puis d'Alice à la main. Qu'est-ce que... C'est clairement une invitation à venir. Si elle avait voulu qu'il parte, elle aurait pointé la porte du doigt. Là, toute sa main est tendue vers lui et lui dit : venez. Christopher se sent bouger avant même d'avoir conscience de le faire. Sa tête va de droite à gauche puis de gauche à droite. Il n'arrête pas. Il secoue la tête, recule encore d'un pas. Non je ne viendrai pas, non je ne peux pas venir, il est hors de question que je vienne ! Si l'idée d'avoir un geste de tendresse pour Clinton lui parait inconcevable, il en est de même pour Alice. Ce ne sont pas des gens qu'on étreint, tout simplement. Ça ne se fait pas. Ça ne doit pas arriver, ça—
Voyant qu'il refuse, Alice récupère sa main et entoure de nouveau Clinton. Elle le prive même de son regard pour enfouir son visage contre l'enfant. Ils restent tous les deux serrés l'un contre l'autre. C'est comme si Christopher se retrouvait tout seul dans sa chambre. Plus personne pour le regarder : il est tout seul. Sauf que lui, il voit bien Alice et Clinton serrés l'un contre l'autre. Il entend les lourds sanglots de son neveu, il voit son corps tremblant. La solitude le percute comme un cognard. « Tu vas me frapper comme mon père ? » Un sentiment s'insinue comme un poison dans son cœur. Pour la première fois depuis longtemps, il se déteste. Il se déteste de rester immobile, il se déteste d'avoir envie de partir, il se déteste d'être en colère contre Clinton d'être venu pleurer ici, il se déteste de ne pas avoir pu attraper la main d'Alice, il se déteste d'être ce putain de résultat produit par ses parents. Trente-trois ans, une quinzaine d'années de travail sur lui-même grâce à Jude Lloyd Zakary Hyacinthe Peter tous les autres et pourtant le voilà incapable de franchir trois mètres pour apporter à son neveu qui pleure comme il n'a jamais pleuré le soutien qu'il mérite, pas parce qu'il est son neveu mais parce que c'est un enfant triste. Il se déteste comme il a pu se détester tout jeune quand ses amis voulaient lui faire des câlins et qu'il se sentait honteux dans leur bras. Il se déteste comme il a pu se détester quand il s'est rendu compte dans ses premières relations amoureuses qu'il était incapable d'exprimer sa tendresse. Il se déteste comme il a pu se détester à onze ans, douze ans, treize ans, quatorze ans, quinze ans, seize ans, dix-sept ans, quand il a appris qu'il existait une autre manière d'être au monde que celle que lui a imposé sa famille et qu'il avait tant de mal à s'y faire.
Tous ses sentiments s'expriment sur son visage défait. Christopher déglutit malgré sa gorge nouée et tourne la tête vers l'encadrement de la porte de la chambre à travers duquel est visible le salon. « Tu vas me frapper comme mon père ? » Il n'a pas envie d'être ce que ses parents veut qu'il soit. Il ne croyait pas devoir, à son âge et après tout ce qu'il a vécu, lutter encore contre ça. Il pensait s'en être débarrassé. Il s'est bien trompé. Christopher bat rapidement des paupières pour se débarrasser des larmes qui s'accumulent dans ses yeux. « Tu vas me frapper comme mon père ? ». Il ramène ses yeux sur Clinton et Alice. On dirait que les sanglots sont moins fort. Sois pas un connard, Chris. Il se répétait ça à quatorze ans quand il se rendait compte qu'il agissait comme son frère, sa mère ou son père. Sois pas un connard, Chris.
Il n'a jamais rien fait d'aussi difficile. Se pencher pour déposer l'assiette sur le lit, s'essuyer les mains sur le pantalon de Thomas, faire un pas vers l'avant. Il a l'impression que chaque cellule de son corps lui hurle de faire marche arrière. Il n'a rien à faire dans cette scène ! Sois pas un connard, Chris. Il avance, les lattes du parquet craquent sous son poids. Il ne pourra jamais les toucher, il ne pourra jamais participer à ce câlin, il ne pourra pas... C'est pas... Il ne peut tout simplement pas... Sois pas un connard, Chris. Arrivé près d'Alice et Clinton, il s'accroupit à côté deux. Il a l'impression que l'univers tout entier refuse qu'il le fasse. Ses gestes sont lents, saccadés, hésitants.
Clinton lui tourne le dos, Alice a la tête cachée contre l'enfant. Christopher lève la main. Il hésite, grimace. Il a envie de partir très loin. Ce n'est pas normal, il n'a rien à faire là, ce n'est pas censé se passer comme ça, ça ne se fait pas. Sois pas un connard, Chris. C'est comme s'il n'était plus lui lorsqu'il pose sa main dans le dos de l'enfant. C'est comme si ce n'était pas lui quand il ouvre la bouche.
« Ça va aller, » dit-il d'une voix rauque qui ne lui appartient pas.
De toute sa vie, il n'a jamais ressenti plus vive envie de s'enfuir que celle qu'il ressent aujourd'hui.
Christopher déglutit péniblement. Ses oreilles vrombissent désagréablement. Il a chaud partout dans le corps. Il ne sait pas quoi faire de l'assiette qu'il a du mal à tenir car ses doigts deviennent moites. Alice a attrapé Clinton mais il voit encore son visage à elle car elle ne l'a pas plongé dans le cou de l'enfant. A-t-elle conscience qu'il est là ? Le cœur de Christopher rebondit contre sa cage thoracique lorsqu'il voit ses yeux, d'ordinaires si clairs et aujourd'hui très sombres dans la pénombre, se remplir de larmes. Une bouffée de chaleur monte jusqu'à ses joues quand il les voit couler sur ses joues.
Christopher fait un pas en arrière. Il n'a rien à faire ici, il n'a vraiment rien à faire ici. Son cœur s'affole. Il n'a jamais vu Clinton pleurer. Enfin... Si, quand il était un nourrisson ou un bambin qui ne savait rien faire d'autre que pleurer. Mais l'enfant n'a plus laisser échapper la moindre larme devant lui depuis ses quatre ou cinq ans. Il n'a rien à faire ici. Clinton voulait Alice, il l'a. Il pleure dans ses bras. C'est bien, se dit Christopher qui n'a jamais eu autant envie d'une cigarette de toute sa vie, il peut pleurer, avec elle. Il n'a rien à faire ici car Clinton n'a pas besoin de lui, il ne veut même plus le voir. Et puis de toute façon, que ferait-il ? Le prendre dans ses bras ? La bonne blague ! Ça, c'est un truc qu'Alice peut faire. Pas parce que c'est une femme, même si Donovan l'aurait pensé. Mais parce qu'Alice, elle a la tendresse suffisante en elle. Alice a envie d'être là et d'aider cet enfant, elle pleure même pour lui. Lui ? Lui, il a envie de s'enfuir très loin, de ne plus jamais revoir Clinton, de ne surtout pas entendre ses pleurs, de ne surtout pas avoir l'impression qu'il devrait faire quelque chose. Il n'a rien envie de faire. Il ne peut rien faire. Clinton est son neveu ! Christopher est tendre avec ses amis, tactile avec eux, il dépose des baisers sur leur joue, dans leur cou, il aime passer la main sur leur visage, leur bras, leurs épaules, les serrer contre lui, sentir leur odeur, la chaleur de leur peau. Pas Clinton. Clinton est à Donovan. Ce serait bizarre. On est pas affectueux dans la famille Hangoover, c'est comme ça.
Christopher fait un second pas en arrière. Son bras qui tient l'assiette se baisse lui aussi. Il va la poser sur le lit et partir. Le tableau des larmes d'Alice n'est pas une œuvre qu'il a envie de regarder plus longtemps. Il n'aime pas son regard fixe et la tristesse de ces larmes qui coulent librement. Il n'aime pas la voir pleurer. Il n'aime voir personne pleurer. Il faut quelques secondes à Christopher pour comprendre que les yeux d'Alice ont bougé, qu'elle a cligné les paupières. Qu'elle le regarde vraiment cette fois, qu'elle l'a vu. Un sentiment de gêne inconcevable s'élève en lui. Il déglutit et détourne les yeux vers le bordel sans nom qui règne dans sa chambre parce qu'il n'arrive pas à soutenir son regard. Elle attend certainement de lui qu'il parte. Il s'en persuade tout seul, comme un grand. Il n'a rien à faire ici.
Alice bouge. Christopher regarde la main tendue vers lui sans comprendre ce qui est en train d'arriver. Ses yeux passent de la main au visage d'Alice. Puis d'Alice à la main. Qu'est-ce que... C'est clairement une invitation à venir. Si elle avait voulu qu'il parte, elle aurait pointé la porte du doigt. Là, toute sa main est tendue vers lui et lui dit : venez. Christopher se sent bouger avant même d'avoir conscience de le faire. Sa tête va de droite à gauche puis de gauche à droite. Il n'arrête pas. Il secoue la tête, recule encore d'un pas. Non je ne viendrai pas, non je ne peux pas venir, il est hors de question que je vienne ! Si l'idée d'avoir un geste de tendresse pour Clinton lui parait inconcevable, il en est de même pour Alice. Ce ne sont pas des gens qu'on étreint, tout simplement. Ça ne se fait pas. Ça ne doit pas arriver, ça—
Voyant qu'il refuse, Alice récupère sa main et entoure de nouveau Clinton. Elle le prive même de son regard pour enfouir son visage contre l'enfant. Ils restent tous les deux serrés l'un contre l'autre. C'est comme si Christopher se retrouvait tout seul dans sa chambre. Plus personne pour le regarder : il est tout seul. Sauf que lui, il voit bien Alice et Clinton serrés l'un contre l'autre. Il entend les lourds sanglots de son neveu, il voit son corps tremblant. La solitude le percute comme un cognard. « Tu vas me frapper comme mon père ? » Un sentiment s'insinue comme un poison dans son cœur. Pour la première fois depuis longtemps, il se déteste. Il se déteste de rester immobile, il se déteste d'avoir envie de partir, il se déteste d'être en colère contre Clinton d'être venu pleurer ici, il se déteste de ne pas avoir pu attraper la main d'Alice, il se déteste d'être ce putain de résultat produit par ses parents. Trente-trois ans, une quinzaine d'années de travail sur lui-même grâce à Jude Lloyd Zakary Hyacinthe Peter tous les autres et pourtant le voilà incapable de franchir trois mètres pour apporter à son neveu qui pleure comme il n'a jamais pleuré le soutien qu'il mérite, pas parce qu'il est son neveu mais parce que c'est un enfant triste. Il se déteste comme il a pu se détester tout jeune quand ses amis voulaient lui faire des câlins et qu'il se sentait honteux dans leur bras. Il se déteste comme il a pu se détester quand il s'est rendu compte dans ses premières relations amoureuses qu'il était incapable d'exprimer sa tendresse. Il se déteste comme il a pu se détester à onze ans, douze ans, treize ans, quatorze ans, quinze ans, seize ans, dix-sept ans, quand il a appris qu'il existait une autre manière d'être au monde que celle que lui a imposé sa famille et qu'il avait tant de mal à s'y faire.
Tous ses sentiments s'expriment sur son visage défait. Christopher déglutit malgré sa gorge nouée et tourne la tête vers l'encadrement de la porte de la chambre à travers duquel est visible le salon. « Tu vas me frapper comme mon père ? » Il n'a pas envie d'être ce que ses parents veut qu'il soit. Il ne croyait pas devoir, à son âge et après tout ce qu'il a vécu, lutter encore contre ça. Il pensait s'en être débarrassé. Il s'est bien trompé. Christopher bat rapidement des paupières pour se débarrasser des larmes qui s'accumulent dans ses yeux. « Tu vas me frapper comme mon père ? ». Il ramène ses yeux sur Clinton et Alice. On dirait que les sanglots sont moins fort. Sois pas un connard, Chris. Il se répétait ça à quatorze ans quand il se rendait compte qu'il agissait comme son frère, sa mère ou son père. Sois pas un connard, Chris.
Il n'a jamais rien fait d'aussi difficile. Se pencher pour déposer l'assiette sur le lit, s'essuyer les mains sur le pantalon de Thomas, faire un pas vers l'avant. Il a l'impression que chaque cellule de son corps lui hurle de faire marche arrière. Il n'a rien à faire dans cette scène ! Sois pas un connard, Chris. Il avance, les lattes du parquet craquent sous son poids. Il ne pourra jamais les toucher, il ne pourra jamais participer à ce câlin, il ne pourra pas... C'est pas... Il ne peut tout simplement pas... Sois pas un connard, Chris. Arrivé près d'Alice et Clinton, il s'accroupit à côté deux. Il a l'impression que l'univers tout entier refuse qu'il le fasse. Ses gestes sont lents, saccadés, hésitants.
Clinton lui tourne le dos, Alice a la tête cachée contre l'enfant. Christopher lève la main. Il hésite, grimace. Il a envie de partir très loin. Ce n'est pas normal, il n'a rien à faire là, ce n'est pas censé se passer comme ça, ça ne se fait pas. Sois pas un connard, Chris. C'est comme s'il n'était plus lui lorsqu'il pose sa main dans le dos de l'enfant. C'est comme si ce n'était pas lui quand il ouvre la bouche.
« Ça va aller, » dit-il d'une voix rauque qui ne lui appartient pas.
De toute sa vie, il n'a jamais ressenti plus vive envie de s'enfuir que celle qu'il ressent aujourd'hui.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Le refus de Christopher de saisir sa main tendue brisa quelque chose en Alice. Peut-être le maigre espoir qu’elle plaçait encore - pour une obscure raison qu’elle n’aurait su expliquer - en cet homme qui n’avait fait qu’enchaîner des actes d’une lâcheté sans précédent. Alice ne comprenait pas. Non. Non, elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas comment qui que ce soit pouvait demeurer figé face aux pleurs d’un enfant. N’importe lequel, mais surtout un neveu. Un garçon qui avait sans doute partagé la même éducation que la sienne. Qui pouvait le mieux comprendre les douleurs du garçon sinon Christopher Hangoover ? Alice avait connu la violence d’une mère, oui, la passivité d’un père, oui, la fureur d’un frère, oui. Mais elle avait également connu le réconfort d’un autre frère, les mots doux d’une tante, les regards fiers d’une grand-mère emprisonné dans une prison de peinture.
Christopher aurait dû être à sa place. Il aurait dû essuyer les larmes de Clinton contre sa chemise mal taillée. Il aurait dû le serrer contre lui, lui promettre que personne ne lui ferait de mal tant qu’il serait là. Il aurait dû être ce que Clinton était venu chercher.
Mais il n’était qu’un lâche. Et cela violenta les frêles convictions d’Alice.
Alors sa main reparti à sa place, là, sur le dos du garçon qui devait être sa seule priorité. Que Christopher aille au Diable. Il ne valait pas mieux que Donovan, Lillian ou Victoria. Il ne valait pas mieux que tout ces monstres.
Son visage vint s’enfouir dans le cou de Clinton. Sa tempe contre les cheveux noirs du garçon, Alice l’enfermerait dans ses bras, tout contre elle, pour le protéger de tout ce qui pourrait l’atteindre. La peur, et la conviction que son oncle refusait de l’aider. Il ne devait pas le voir, surtout pas. Ce non, Clinton ne devait ni le voir, ni le pressentir, ni même l’imaginer. Il ne devait surtout pas voir encore une fois que Christopher était lâche, que sans Alice… il l’aurait redonné à Donovan. Ou bien l’aurait-il jeté sur le pas de la porte en l’envoyant se débrouiller par ses propres moyens. Alice ne savait plus bien où commençait la passivité de Christopher.
La passivité.
La lâcheté.
L’impuissance assumée.
Alice détestait cela. Rien ne lui était plus écœurant que l’inaction face à la violence. Alice n’était pas comme cela. Elle ne parvenait pas à envisager que qui que ce soit puisse être ainsi. Et pourtant, elle avait tant et tant d’exemple. Victoria Hangoover. Père. Christopher, désormais. Kristen Loewy. Le Conseil. Le peuple britannique.
Et elle, pauvre femme aux épaules frêles, s’était investie d’une mission qui hantait ses jours et ses nuits. Une mission qui la mènerait peut-être aux cendres. Celles de ce Monde qu’elle exécrait, évidemment. Mais peut-être aux siennes également. Avait-elle peur ? Non. A force d’avoir vu la Mort de près, Alice ne craignait plus de sentir sa lame faucher sa tête.
Et eux ? Circée. Eux détournaient les yeux face aux violences faîtes aux enfants.
Soudain, Alice sentit son petit Clinton sanglotant se tendre dans ses bras. Le corps entier d’Alice se figea.
Retentit alors la voix de Christopher. Pas dans le couloir. Pas dans l’entrée de la chambre.
Juste à côté d’elle.
Alice leva les yeux sur lui.
Le temps sembla se suspendre. Sa colère fut arrachée à Alice, comme le fut son souffle à ses poumons.
Ça va aller.
Voilà les seuls mots que Christopher offrit à Clinton. Trois petits mots. Une armée toute entière aux yeux d’Alice.
Un soupir tremblant lui échappa. Un sourire, fin, si fin qu’il n’était qu’un misérable rictus, éclaira passagèrement le visage d’Alice.
Il était temps.
Du bout des lèvres, Alice déposa un baiser sur le crâne de Clinton. Ses lèvres y restèrent quelques secondes de trop.
« Tu vois ? Je te l’avais promis », murmura t-elle.
Christopher aurait dû être à sa place. Il aurait dû essuyer les larmes de Clinton contre sa chemise mal taillée. Il aurait dû le serrer contre lui, lui promettre que personne ne lui ferait de mal tant qu’il serait là. Il aurait dû être ce que Clinton était venu chercher.
Mais il n’était qu’un lâche. Et cela violenta les frêles convictions d’Alice.
Alors sa main reparti à sa place, là, sur le dos du garçon qui devait être sa seule priorité. Que Christopher aille au Diable. Il ne valait pas mieux que Donovan, Lillian ou Victoria. Il ne valait pas mieux que tout ces monstres.
Son visage vint s’enfouir dans le cou de Clinton. Sa tempe contre les cheveux noirs du garçon, Alice l’enfermerait dans ses bras, tout contre elle, pour le protéger de tout ce qui pourrait l’atteindre. La peur, et la conviction que son oncle refusait de l’aider. Il ne devait pas le voir, surtout pas. Ce non, Clinton ne devait ni le voir, ni le pressentir, ni même l’imaginer. Il ne devait surtout pas voir encore une fois que Christopher était lâche, que sans Alice… il l’aurait redonné à Donovan. Ou bien l’aurait-il jeté sur le pas de la porte en l’envoyant se débrouiller par ses propres moyens. Alice ne savait plus bien où commençait la passivité de Christopher.
La passivité.
La lâcheté.
L’impuissance assumée.
Alice détestait cela. Rien ne lui était plus écœurant que l’inaction face à la violence. Alice n’était pas comme cela. Elle ne parvenait pas à envisager que qui que ce soit puisse être ainsi. Et pourtant, elle avait tant et tant d’exemple. Victoria Hangoover. Père. Christopher, désormais. Kristen Loewy. Le Conseil. Le peuple britannique.
Et elle, pauvre femme aux épaules frêles, s’était investie d’une mission qui hantait ses jours et ses nuits. Une mission qui la mènerait peut-être aux cendres. Celles de ce Monde qu’elle exécrait, évidemment. Mais peut-être aux siennes également. Avait-elle peur ? Non. A force d’avoir vu la Mort de près, Alice ne craignait plus de sentir sa lame faucher sa tête.
Et eux ? Circée. Eux détournaient les yeux face aux violences faîtes aux enfants.
Soudain, Alice sentit son petit Clinton sanglotant se tendre dans ses bras. Le corps entier d’Alice se figea.
Retentit alors la voix de Christopher. Pas dans le couloir. Pas dans l’entrée de la chambre.
Juste à côté d’elle.
Alice leva les yeux sur lui.
Le temps sembla se suspendre. Sa colère fut arrachée à Alice, comme le fut son souffle à ses poumons.
Ça va aller.
Voilà les seuls mots que Christopher offrit à Clinton. Trois petits mots. Une armée toute entière aux yeux d’Alice.
Un soupir tremblant lui échappa. Un sourire, fin, si fin qu’il n’était qu’un misérable rictus, éclaira passagèrement le visage d’Alice.
Il était temps.
Du bout des lèvres, Alice déposa un baiser sur le crâne de Clinton. Ses lèvres y restèrent quelques secondes de trop.
« Tu vois ? Je te l’avais promis », murmura t-elle.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Certaines ombres naissent trop tôt

CLINTON HANGOOVER
12 ansUne main différente se pose dans son dos. Elle est beaucoup plus large que celles de Mademoiselle Alice. Plus chaude aussi. Oncle Christopher. Une peur viscérale envahit Clinton. Il va m'emmener ! Il se prépare à attraper la robe contre laquelle il a pleuré, à attraper le bras de celle qui ne l'a pas lâché même quand il pleurait bêtement. Il ne veut pas s'en éloigner, pas maintenant, c'est trop tôt, il veut encore sa main sur son crâne et son étreinte puissante. Encore un peu, juste un peu. Mais la main chaude sur son dos ne s'en va pas, Oncle Christopher est juste derrière et puis... Tout à coup, il parle. Sa voix grave glisse jusqu'aux oreilles de Clinton qui renifle. Un violent hoquet le secoue mais les bras de Mademoiselle Alice le retiennent bien. Alors il ne va pas l'emmener ? L'enfant reprend à peine conscience du monde qui l'entoure, de la douleur dans ses yeux et dans son crâne, de sa gorge irritée à force d'avoir gémit durant ses pleurs. Il sent la chaleur d'Alice, l'odeur de ses cheveux et celle de ses vêtements. Et Oncle Christopher vient de lui dire que ça ira : il ne l'a pas attrapé pour le ramener à la maison. Alors c'est vrai, il ne va pas le faire ?
Comme si elle avait entendu ses pensées, Mademoiselle Alice bouge au-dessus de lui. Une chose appuie sur son crâne. Clinton comprend instinctivement qu'il s'agit d'un baiser. Quelque chose se renverse dans son cœur. Même si demain il mourra de honte d'avoir été le déshonneur de sa famille, ce soir il serait prêt à tout pour continuer de profiter de ça et de sentir les baisers de Mademoiselle Alice, ses bras autour de lui. Il avait oublié combien c'était agréable d'être tenu comme ça. Avec Derek, ce n'est pas pareil. C'est bien mais ce n'est pas pareil. Ça ne lui donne pas envie de redevenir un tout petit garçon.
Le murmure glisse jusqu'à ses oreilles et confirme ce qu'il pensait avoir compris. Elle le lui avait effectivement promis et Oncle Christopher est là, mais pas pour le ramener chez lui. Un nouveau hoquet secoue Clinton. Ses yeux coulent encore. Il tourne très lentement la tête, suffisamment pour se déloger de l'étreinte réconfortante de Mademoiselle Alice et pouvoir regarder son oncle. Il l'aperçoit juste à côté de lui, il est bien là, accroupit. Ses cheveux aussi noirs que les siens se confondent avec la pénombre. Ses yeux sont si sombres qu'on dirait qu'ils n'ont pas de pupille. C'est effrayant. Mais Oncle Christopher est vraiment mal habillé alors ça rend la chose moins terrifiante, songe Clinton en parcourant l'homme du regard.
Cela vient sans prévenir. La honte ne prévient jamais quand elle frappe. C'est le regard d'Oncle Christopher. Oncle Christie. Tout à coup, Clinton se rend compte qu'il vient de pleurer dans des bras inconnus et que son oncle a tout vu. Une honte crasse fige le sang dans ses veines. C'est Christopher, celui qui crée toujours des discordes, celui dont Père se plaint constamment, celui qui agace Grand-Mère Lillian comme personne d'autre le fait, mais ça reste une personne devant laquelle il ne devrait pas pleurer. Tout comme Mademoiselle Alice. Le malaise crispe les muscles de Clinton autant que la peine l'a fait un instant plus tôt. Il sait ce qu'il doit faire maintenant. S'écarter, s'excuser et... Et tant d'autres choses. Il devrait aussi...
Clinton retient son souffle lorsqu'il voit Oncle Christopher lui sourire. Et il se rend brutalement compte que sa main est toujours sur son dos, sa main brûlante. L'homme lui sourit de la même façon qu'il le fait parfois pendant les dîners quand Grand-Père Duke le gronde parce qu'il a posé le coude sur la table. Un sourire comme une virgule sur sa joue. Un sourire qui attendrit un peu la remontrance de son grand-père. La vive colère que Clinton éprouvant pour son oncle se perd dans un sentiment plus grand.
Pour la première fois depuis cinq ou six ans, il se demande s'il a le droit de se jeter sur son oncle pour l'étreindre, comme le fait parfois Derek.
Sois pas un connard, Chris, se répète-t-il en boucle quand Clinton se déplace dans les bras d'Alice pour pouvoir le regarder et qu'il a envie de retirer vivement la main qui est encore posée sur son dos. Récupérer sa main, s'éloigner, se lever et sortir d'une débilité dont il a le secret, quelque chose pour rétablir l'ordre des choses. Il se fait violence pour ne pas bouger, pour soutenir le regard du garçon sans faiblir, sans laisser voir que son cœur remue comme un fou dans sa poitrine, qu'il a du mal à respirer et qu'il n'a jamais été aussi mal à l'aise de toute sa vie. Allez, bouge pas !
Les yeux de Clinton paraissent énormes sur son visage, énormes, bouffis et rougis par les larmes. Tout son visage est bouffi. Il a le regard d'un petit garçon. Il fait la moitié de son âge. Christopher devrait sans doute dire quelque chose mais il a beau fouiller encore et encore rien ne vient. Pas la moindre petite phrase, pas le moindre petit mot. Le malaise devient inconfortable, les yeux de Clinton semblent vouloir attendre quelque chose de lui. Christopher est à deux doigts de jeter un regard alarmé à Alice, un regard effrayé.
Soudain, quelque chose passe sur le visage de Clinton. Comme un éclair, quelque chose qui le force à baisser les yeux. Ses sourcils se froncent. C'est si discret que Christopher l'aurait manqué s'il n'avait pas si peur de détourner les yeux. Et ce qu'il voit, il le comprend instantanément, même s'il ne connait pas très bien le garçon. Il ne le connait peut-être pas mais il connait son éducation. La honte s'écrit de la même manière sur tous les visages Hangoover.
Christopher fait la seule chose qui lui vient à l'esprit. Il n'a aucun mot à offrir à son neveu mais il y a une chose qu'il a appris à faire très tôt et qui ne l'a jamais quitté. Il sourit doucement au garçon. Un sourire qui veut dire : ça va aller, puisque c'est apparemment la seule chose qu'il est capable de dire. C'est aussi pour se rassurer lui. Ça va aller. Et en attendant, il espère quand même qu'Alice interviendra très rapidement parce qu'il ne pourra pas rester longtemps comme ça. Sa main le brûle, il a envie de récupérer ses doigts.
Clinton bouge trop vite pour que Christopher comprenne ce qui va arriver. Il était dans les bras d'Alice ; l'instant suivant, son corps percute le sien. Christopher doit de ne pas tomber en arrière à ses seuls réflexes. Son genou tombe au sol pour le soutenir. Son bras se lève instinctivement pour entourer Clinton... et s'arrête à quelques centimètres de lui quand Christopher comprend ce qui arrive.
Ses yeux écarquillés se tournent naturellement vers Alice. Clinton a juste permuté son corps des bras de la femme aux siens. Ou du moins, il l'aurait fait si Christopher avait les bras ouvert. Ce n'est pas le cas. L'enfant a le front appuyé contre son épaule et ses doigts s'enfoncent dans son dos. Perdu, Christopher ne peut pas s'arracher au visage d'Alice. Totalement figé, il l'appelle silencieusement à l'aide. L'angoisse fait palpiter son cœur. Faites un truc ! Mais au moment même où il prend conscience de ce que disent ses yeux, il se rend compte du ridicule de la situation. Lui, un adulte de trente-trois ans qui demande de l'aide à une gamine de dix-huit ans parce qu'un gamin s'est jeté dans ses bras. Qu'elle soit sa prétendue fiancée rend la scène plus absurde encore.
Ses lèvres miment un mot silencieux : « merde ». Puis Christopher ferme les yeux. « Sois pas un connard, Chris, » se répète-t-il comme un mantra et les mots font aussi s'agiter ses lèvres. Que ferait-il si c'était... Hya ? Non, mauvais exemple. Si c'était Jude ? Non, encore pire. Si c'était... Thomas ? Une main dans sa nuque, un baiser sur sa tempe, des mots murmurés à l'oreille. Lloyd ? Une tape sur l'épaule, son front contre le sien, sa main sur sa tête, des paroles encourageantes. Allez, tu peux le faire ! Tu n'es pas un énième connard de la famille Hangoover, hein Chris ? Alors prouve-le moi, s'il te plait, parce que parfois j'en doute réellement.
Une inspiration soudaine pour se donner le courage. Christopher baisse les yeux vers le parquet et entoure l'enfant de son bras. Celui-ci se rapproche davantage de lui. Christopher pose sa main dans son dos et effectue des cercles réconfortants. Il les compte pour ne pas s'effrayer de ce qui est en train d'arriver. Il les compte pour ne pas réfléchir à ce que signifie tout ça. Un, deux, trois. Pourquoi a-t-il quand même l'impression d'être un connard ? Quatre, cinq, six.
Il en est à combien ? Dix ou quinze ? Trente, quarante ? Lorsqu'il n'en peut plus, Christopher lève les yeux vers Alice, une lueur suppliante au fond des pupilles. Il ne sait pas quoi faire de plus. « Dites quelque chose. S'il vous plait, » lui demande-t-il silencieusement. Si elle ne comprend pas toute la phrase, elle comprendra au moins son « please » comme lui a compris le sien tout à l'heure.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Certaines ombres naissent trop tôt
Cette promesse ci, Alice n’avait pas été certaine de pouvoir la tenir. A la seconde même où elle avait vu la tête de Christopher lui opposer un “non”, elle s’était sincèrement inquiétée pour sa crédibilité. Une idiotie dans une telle situation, n’est-ce pas ? Mais, aux yeux clairs d’Alice, les promesses faites aux enfants sont les plus importantes de toutes. Elles les construisent, les rassurent, les protègent.
Une reconnaissance sans nom grandissait en Alice pour cet homme qui avait décidé d’être moins lâche qu’à l’accoutumé. Il restait encore du travail, beaucoup de travail… mais au moins n’avait-elle pas menti à Clinton.
Alice sentit le garçon se dérober un peu à sa prise, de quoi se tourner un peu vers son oncle. Elle le laissa faire, malgré sa réalisation soudaine : elle avait besoin de cette étreinte, et ne voulait pas que Clinton s’éloigne d’elle trop longtemps. Non, ses bras ne la serraient pas, mais qu’importait. Il ne s’était pas dérobé. Il s’était blottie contre elle. Il l’avait laissé l’enlacer pour le réconforter. Il l’avait accepté. Comme Derek. Comme son précieux, son merveilleux, son tendre Derek. Petit garçon qui lui avait volé son cœur avec une facilité déconcertante. Innocent petit être qui avait consenti à partager Alice avec son frère. Ainsi était Derek : un bon petit garçon.
Sonbon petit garçon.
Sans un mot, Alice redressa doucement sa tête vers les deux Hangoover, la gorge nouée par le souvenir de Derek. Ce qu’elle vit lui arracha les prémices d’une douleur sourde qu’elle ne voulait pas voir arriver.
Christopher souriait.
A peine.
Mais il souriait.
Il tendait ce sourire à son neveu. Il n’était pas moqueur comme à son habitude. Totalement dépouillé d’insolence. Il était à peine un rictus, mais un sourire tout de même. Offert à Clinton.
Le cœur d’Alice se serra dans sa poitrine. Sans douleur, cette fois. Elle sourit à son tour, avant de le ravaler en roulant ses lèvres.
Ce moment ne lui appartenait pas. Vouloir en faire partie n’était pas une bonne chose. Christopher ne devait pas se reposer sur elle. Il devait assumer son rôle d’oncle, d’adulte de confiance. Il devait être une épaule solide pour Clinton. C’était ce que le garçon attendait de lui. C’était sa mission.
Et sa mission, Christopher la reçu violemment. Clinton s’arracha aux bras d’Alice pour se jeter contre son oncle. Alice se sentit tendre une main pour rattraper Christopher mais… son bras se suspendit dans les airs, avant de retomber le long de son corps.
Était-ce bien Christopher qu’elle voulait rattraper, ou bien avait-elle voulu retenir Clinton ?
Alice s’assit sur ses fesses, son regard posé sur sa victoire. Christopher assumait. Maladroitement, contre sa volonté, oui… mais il assumait. Il n’avait pas repoussé Clinton. Il aurait pu. Alice ne lui aurait pas pardonné, et l’aurait sans doute condamné brutalement.
Mais il ne l’avait pas fait. Comme Clinton avec Alice, ses bras ne s’étaient pas resserrés autour de lui. Pourquoi ? Pourquoi ne le pressez vous pas contre vous ? Il n’attend que cela.
Ses yeux écarquillés se levèrent sur ceux d’Alice, ses cils toujours humides. Qu’attendait-il d’elle ? Qu’elle lui donne un court accéléré en étreinte ?
Alice se contentait de le regarder, lui, puis parfois Clinton, mais son regard finissait toujours par repartir vers Christopher. Elle craignait qu’il ne finisse par repousser le garçon. Et si cela venait à arriver, il lui faudrait se tenir prête à faire mine d’être celle qui arrachait Clinton à son oncle. Son corps restait alors tendu, les muscles de ses bras attentifs. Elle attendait. Car cela pouvait arriver. Malheureusement.
Et voilà que Christopher enlaça enfin le garçon. Alice sourit. Le bras serra Clinton contre lui. Sa main caressa son dos. Une vague de chaleur envahie Alice. Son corps entier se détendit.
Les secondes s’étirèrent entre eux, durant lesquelles Alice contempla cette main réconfortante vagabondant sur le dos de Clinton. Elle ne prêtait pas attention aux petites douleurs qui traversaient ses mollets à force de conserver cette position. Elle n’aurait qu’à étendre ses jambes tout à l’heure. Il était hors de question de faire le moindre geste.
Christopher leva sur elle des yeux implorants. Puis, du bout des lèvres, il implora. Alice se força à garder un visage d’une parfaite neutralité, quand bien même l’agacement menaçait de faire tressauter la commissure de ses lèvres.
Circée. Il voulait rompre l’étreinte, n’est-ce pas ? Pourquoi ? Était-ce trop demander que de tenir contre lui son neveu bouleversé ?
Alice prit une inspiration silencieuse.
Lentement, la jeune femme déplia ses longues jambes pour pouvoir s’asseoir contre le parquet. Le contact avec le bois lui arracha une vilaine impression de saleté. Ses boucles blanches touchaient le sol, par Circée. Ses cheveux soyeux retombaient autour d’elle comme un rideau opaque qui, peut-être, gouttaient dés à présent à la poussière et autres immondices.
Là n’est pas ta priorité.
A même le sol, comme l’était Christopher, devant ce garçon qui refusait d’être autre chose qu’une petite statue Hangoover. Voilà où était sa place.
La française essuya le bas de ses yeux humides contre le côté de son index. Puis reposa ses mains sur ses cuisses. Et lorsque son dos fut bien droit, Alice consenti enfin à briser le silence.
« Tu es un bon garçon, Clinton. Ne laisse jamais personne te faire croire le contraire. »
Elle inspira une nouvelle fois, ses quittant les chevelures soyeuses des Hangoover pour tomber là, sur une latte du plancher.
« Tu n'es pas ce qu'ils te répètent depuis que tu es né. Tu n'es pas un mauvais fils. Tu n'es pas une honte. Tu n'es pas un fardeau. Tu es un bon garçon né dans une famille qui ne sait que faire des gentils garçons. Voilà peut-être pourquoi ton oncle... bref. »
Un goût amer dans la gorge, Alice se releva maladroitement, chaque mouvement plus désorganisé que le suivant.
Une reconnaissance sans nom grandissait en Alice pour cet homme qui avait décidé d’être moins lâche qu’à l’accoutumé. Il restait encore du travail, beaucoup de travail… mais au moins n’avait-elle pas menti à Clinton.
Alice sentit le garçon se dérober un peu à sa prise, de quoi se tourner un peu vers son oncle. Elle le laissa faire, malgré sa réalisation soudaine : elle avait besoin de cette étreinte, et ne voulait pas que Clinton s’éloigne d’elle trop longtemps. Non, ses bras ne la serraient pas, mais qu’importait. Il ne s’était pas dérobé. Il s’était blottie contre elle. Il l’avait laissé l’enlacer pour le réconforter. Il l’avait accepté. Comme Derek. Comme son précieux, son merveilleux, son tendre Derek. Petit garçon qui lui avait volé son cœur avec une facilité déconcertante. Innocent petit être qui avait consenti à partager Alice avec son frère. Ainsi était Derek : un bon petit garçon.
Sonbon petit garçon.
Sans un mot, Alice redressa doucement sa tête vers les deux Hangoover, la gorge nouée par le souvenir de Derek. Ce qu’elle vit lui arracha les prémices d’une douleur sourde qu’elle ne voulait pas voir arriver.
Christopher souriait.
A peine.
Mais il souriait.
Il tendait ce sourire à son neveu. Il n’était pas moqueur comme à son habitude. Totalement dépouillé d’insolence. Il était à peine un rictus, mais un sourire tout de même. Offert à Clinton.
Le cœur d’Alice se serra dans sa poitrine. Sans douleur, cette fois. Elle sourit à son tour, avant de le ravaler en roulant ses lèvres.
Ce moment ne lui appartenait pas. Vouloir en faire partie n’était pas une bonne chose. Christopher ne devait pas se reposer sur elle. Il devait assumer son rôle d’oncle, d’adulte de confiance. Il devait être une épaule solide pour Clinton. C’était ce que le garçon attendait de lui. C’était sa mission.
Et sa mission, Christopher la reçu violemment. Clinton s’arracha aux bras d’Alice pour se jeter contre son oncle. Alice se sentit tendre une main pour rattraper Christopher mais… son bras se suspendit dans les airs, avant de retomber le long de son corps.
Était-ce bien Christopher qu’elle voulait rattraper, ou bien avait-elle voulu retenir Clinton ?
Alice s’assit sur ses fesses, son regard posé sur sa victoire. Christopher assumait. Maladroitement, contre sa volonté, oui… mais il assumait. Il n’avait pas repoussé Clinton. Il aurait pu. Alice ne lui aurait pas pardonné, et l’aurait sans doute condamné brutalement.
Mais il ne l’avait pas fait. Comme Clinton avec Alice, ses bras ne s’étaient pas resserrés autour de lui. Pourquoi ? Pourquoi ne le pressez vous pas contre vous ? Il n’attend que cela.
Ses yeux écarquillés se levèrent sur ceux d’Alice, ses cils toujours humides. Qu’attendait-il d’elle ? Qu’elle lui donne un court accéléré en étreinte ?
Alice se contentait de le regarder, lui, puis parfois Clinton, mais son regard finissait toujours par repartir vers Christopher. Elle craignait qu’il ne finisse par repousser le garçon. Et si cela venait à arriver, il lui faudrait se tenir prête à faire mine d’être celle qui arrachait Clinton à son oncle. Son corps restait alors tendu, les muscles de ses bras attentifs. Elle attendait. Car cela pouvait arriver. Malheureusement.
Et voilà que Christopher enlaça enfin le garçon. Alice sourit. Le bras serra Clinton contre lui. Sa main caressa son dos. Une vague de chaleur envahie Alice. Son corps entier se détendit.
Les secondes s’étirèrent entre eux, durant lesquelles Alice contempla cette main réconfortante vagabondant sur le dos de Clinton. Elle ne prêtait pas attention aux petites douleurs qui traversaient ses mollets à force de conserver cette position. Elle n’aurait qu’à étendre ses jambes tout à l’heure. Il était hors de question de faire le moindre geste.
Christopher leva sur elle des yeux implorants. Puis, du bout des lèvres, il implora. Alice se força à garder un visage d’une parfaite neutralité, quand bien même l’agacement menaçait de faire tressauter la commissure de ses lèvres.
Circée. Il voulait rompre l’étreinte, n’est-ce pas ? Pourquoi ? Était-ce trop demander que de tenir contre lui son neveu bouleversé ?
Alice prit une inspiration silencieuse.
Lentement, la jeune femme déplia ses longues jambes pour pouvoir s’asseoir contre le parquet. Le contact avec le bois lui arracha une vilaine impression de saleté. Ses boucles blanches touchaient le sol, par Circée. Ses cheveux soyeux retombaient autour d’elle comme un rideau opaque qui, peut-être, gouttaient dés à présent à la poussière et autres immondices.
Là n’est pas ta priorité.
A même le sol, comme l’était Christopher, devant ce garçon qui refusait d’être autre chose qu’une petite statue Hangoover. Voilà où était sa place.
La française essuya le bas de ses yeux humides contre le côté de son index. Puis reposa ses mains sur ses cuisses. Et lorsque son dos fut bien droit, Alice consenti enfin à briser le silence.
« Tu es un bon garçon, Clinton. Ne laisse jamais personne te faire croire le contraire. »
Elle inspira une nouvelle fois, ses quittant les chevelures soyeuses des Hangoover pour tomber là, sur une latte du plancher.
« Tu n'es pas ce qu'ils te répètent depuis que tu es né. Tu n'es pas un mauvais fils. Tu n'es pas une honte. Tu n'es pas un fardeau. Tu es un bon garçon né dans une famille qui ne sait que faire des gentils garçons. Voilà peut-être pourquoi ton oncle... bref. »
Un goût amer dans la gorge, Alice se releva maladroitement, chaque mouvement plus désorganisé que le suivant.
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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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Certaines ombres naissent trop tôt
Il y a des choses qui ne sont pas naturelles. Serrer ce garçon dans ses bras ne l’est pas. Christopher trouve pourtant naturel de serrer d’autres gens contre lui. Il pourrait même étreindre un ou une inconnue s’il en ressentait l’envie, il l’a déjà fait, ce sont des choses qui lui arrivent. Serrer dans ses bras son neveu ? Ce n’est pas naturel. Christopher ne se sent pas à l’aise, il doit se forcer pour continuer les cercles dans le dos de Clinton, se forcer à respirer, se forcer pour ne pas s’éloigner, pour ne pas le repousser. Par contre, il n’a pas pu se retenir de demander de l’aide à Alice. Il désire juste qu’elle fasse quelque chose, n’importe quoi. L’idéal aurait bien sûr été qu’elle récupère Clinton. Mais même Christopher sait que ce n’est pas réalisable.
Elle parle. C’est bien, de parler. Christopher lui jette un regard reconnaissant. Il est tellement soulagé qu’il remarque à peine qu’elle a décidé de s’asseoir par terre. À cet instant précis, il se fiche qu’elle s’assied au sol ou qu’elle décide de se servir de son parquet comme d’une assiette. Il se fiche même de voir sur son nez cette paire de lunettes qui l’étonne dès qu’il tourne les yeux vers elle. Il ne s'étonne même pas de la voir essuyer ses yeux : lui aussi le ferait s'il avait un bras libre. Elle parle et c’est tout ce qui compte, même s’il est surpris par le sujet de conversation choisit.
Christopher sent Clinton bouger entre ses bras. Il le fait dès les premiers mots. Il tourne la tête pour pouvoir la regarder, comme il l’a fait tout à l’heure dans ses bras à elle pour le regarder lui. Sa joue repose contre l’épaule de Christopher qui saute sur l’occasion pour arrêter les ronds apaisants dans son dos et récupérer son bras : il s'agit du bras qui se trouve sur le chemin du regard de Clinton vers Alice, ça lui paraitrait inconvenant de continuer ses caresses dans ces conditions. Ce n'est qu'une excuse, bien sûr. Il repose sa main sur son genou appuyé au sol. Il arrive même à ne pas grimacer quand Clinton renifle doucement, son nez beaucoup trop proche des vêtements de Thomas.
Pourquoi choisir de lui dire ça ? Un poids tombe à l'intérieur de Christopher. Fais pas semblant, tu sais très bien pourquoi. Personne n'a jamais dit une telle chose à Clinton. Quand il agit bien, quand il se tient bien à table, quand il ramène de bonnes notes ou même quand il reçoit l'éloge des familles guindées qui viennent rendre visite aux Hangoover, on ne lui dit jamais qu'il est un bon garçon, parce que c'est naturel pour sa famille qu'il agisse comme il le fait. C'est naturel qu'il soit calme, c'est naturel qu'il ne court pas, c'est naturel qu'il soit poli. Clinton ne pourrait littéralement rien faire pour être considéré comme un bon garçon par sa famille. Alors personne ne lui a jamais dit une telle chose. Tout comme personne ne l'a dit à Christopher quand il avait son âge. De toute façon lui, contrairement à Clinton il n'était pas un bon garçon.
Clinton est figé contre lui. Pour la première fois, Christopher se questionne sur ses pensées. Une inconnue vient de lui dire qu'il était un bon garçon, qu'est-ce que ça lui fait ? S'il pleure, repartira-t-il dans les bras d'Alice ou décidera-t-il de rester dans les siens ? Il espère que l'enfant choisisse ceux d'Alice qui a compris sans qu'on lui fasse un dessin que cet enfant était très certainement en train de mourir de honte à cause de ses agissements de ce soir et qui le rassure comme si les mots lui venaient naturellement. Sans doute aurait-elle aimé, elle aussi, qu'on lui dise ces mots quand elle était une petite fille malmenée par sa mère.
Alice continue. Tu n'es pas un mauvais fils. Tu n'es pas une honte. Tu n'es pas un fardeau. Christopher ne la quitte pas du regard et si son visage n'exprime pas grand chose c'est parce que toutes ses émotions sont bloquées au niveau de sa gorge. Il y a quelque chose de trop familier dans ces paroles. Pour lui, pour Alice, pour Clinton. Il y a des choses dans ces paroles auxquelles il ne pense jamais et auxquelles il ne veut pas penser. Alors il se concentre sur Clinton plutôt que de se concentrer sur lui même. Clinton qui s'est redressé pour mieux regarder Alice, mais qui reste toujours très proche de son oncle, appuyé contre lui, sa main toujours agrippée aux vêtements dans son dos.
Et puis Alice dit une chose qui parait résonner très fort dans la chambre ou peut-être dans ses oreilles. Son ton est amer, désagréable. Déjà elle commence à se relever, bien qu'elle le fasse maladroitement. Christopher la regarde, les sourcils froncés. Voilà pourquoi ton oncle... Quoi ? Une famille qui ne sait que faire des gentils garçons. Voilà pourquoi ton oncle, quoi ? Ce qu'elle vient de dire est une vérité, la famille Hangoover ne sait pas quoi faire des gentils garçons. Regardez avec Donovan. Ce n'est pas un gentil garçon et les Hangoover ont parfaitement su s'en accommoder. Chris, quoi qu'il en pense, n'était pas un mauvais garçon, même si sa famille ne serait pas d'accord avec cette affirmation. Et qu'ont-ils réussir à faire de lui ?
Christopher n'a pas très envie de s’appesantir sur cette question. La phrase amère d'Alice lui reste à travers la gorge. Il est sûr qu'elle a voulu le critiquer mais qu'elle s'est retenue pour Clinton. Il ne sait même pas ce qu'elle aurait aimé dire exactement.
Clinton se détache subitement de lui. Il récupère sa main, la garde sagement le long de son corps et se redresse, très droit. Ses yeux sont encore humides de larmes et il a le visage d'un petit garçon qui vient de pleurer. Christopher remarque son regard fuyant. Il ne fait rien pour chercher à croiser ses yeux. Il comprend que l'enfant a honte et il n'arrangerait rien en lui rappelant qu'il vient de faire une chose qu'il croit être interdite. Clinton, de toute façon, ne regarde qu'Alice. Christopher voit son bras se lever vers elle. L'enfant s'arrête à temps : il ramène le membre coupable contre lui avant d'avoir pu attraper la femme qui est en train de se lever.
« Voilà pourquoi Oncle Christopher... Quoi ? » demande-t-il d'une toute petite voix qui hésite, qui ne sait pas demander, qui sait qu'elle n'a pas le droit de le faire. Il ajoute rapidement : « Mademoiselle. »
Il jette un rapide coup d’œil vers Christopher. Comme si celui-ci allez le punir pour cet écart à l'éducation stricte qu'ils ont tous les deux reçus.

CLINTON HANGOOVER
« Voilà pourquoi Christopher s'en est si bien sorti malgré l'éducation déplorable qu'il a reçu ? » propose Oncle Christopher dont la voix a retrouvé les mêmes accents qu'elle a toujours quand il parle à Père et qui impressionne tant Clinton et Derek.
Clinton, d'ailleurs, consent à lui jeter un nouveau regard en coin, le cœur battant. Oncle Christopher n'a pas l'air content. À cause de ce qu'a dit Mademoiselle Alice ou de son câlin ? Comment savoir ? Mais il a mis sa main dans son dos et ce n'était pas pour le taper. C'était agréable. Il aura honte demain mais c'était agréable. Il ne croyait pas son oncle capable d'une telle chose. En fait... En se tournant vers lui, il était presque sûr qu'il allait se faire repousser. Il est resté bien bête quand Oncle Christopher a mis sa main dans son dos. Mais après, il a fait des cercles avec sa main et c'était agréable. C'était chaud, c'était réconfortant, comme avec Mademoiselle Alice.
C'est ça qu'il veut, Clinton. Rester ici pour toujours, même si Oncle Christopher n'est pas toujours très fiable. Avec lui, on ne sait jamais s'il va vous ignorer durant tout le repas ou au contraire vous apprendre des bêtises impressionnantes à « reproduire ce soir quand vous serez à la maison ». Mais lui, il ne l'a jamais frappé. Il ne lui a jamais crié dessus. C'est vrai que parfois il ne le regarde pas et ne lui parle pas mais au moins il met de l'animation dans les repas et aussi il arrive toujours à garder le sourire même quand Grand-Mère Lillian le gronde. Quand il était petit, Clinton voulait être comme lui. Maintenant ? Il ne sait plus très bien ce qu'il veut.
Et Mademoiselle Alice ? Pourquoi a-t-elle interrompu sa phrase avant de la terminer ? Clinton aurait voulu que jamais elle ne cesse de parler. Il aurait voulu qu'elle lui dise encore qu'il est un bon garçon. C'est faux, bien sûr, mais on ne lui a jamais dit une telle chose. Jamais, jamais. Et puis, tout ce qu'elle a dit après... Les larmes sont montées, si violemment qu'il n'a que difficilement réussi à les retenir. Il veut encore entendre des choses comme ça, même si ça fait grossir son cœur et que ça met le bazar dans ses pensées. Il veut encore qu'elle lui parle, qu'elle le regarde. S'il vivait avec son oncle, elle serait là elle aussi. Lui ferait-elle régulièrement des câlins comme ça ou est-ce exceptionnel ? Mademoiselle Sangblanc vient d'une famille très importante, une famille qu'il faut respecter, une famille « qu'on doit garder de notre côté » a dit Père. Alors ça doit être exceptionnel car les gens comme elle, comme eux, comme Père et Mère ne sont pas affectueux. Mais Clinton n'a pas besoin d'un câlin tous les matins. Peut-être juste de temps en temps ? Pour son anniversaire, pour commencer ?
Pourquoi est-ce qu'elle se lève ? Est-ce qu'elle va partir ? Clinton serre très fort le poing pour ne pas l'attraper par la manche pour la retenir. Ce ne sont pas des choses qui se font. Mais il a peur. Il a peur qu'elle s'éloigne. Que ce moment se termine.
Lorsqu'il se terminera, que se passera-t-il ?
Elle parle. C’est bien, de parler. Christopher lui jette un regard reconnaissant. Il est tellement soulagé qu’il remarque à peine qu’elle a décidé de s’asseoir par terre. À cet instant précis, il se fiche qu’elle s’assied au sol ou qu’elle décide de se servir de son parquet comme d’une assiette. Il se fiche même de voir sur son nez cette paire de lunettes qui l’étonne dès qu’il tourne les yeux vers elle. Il ne s'étonne même pas de la voir essuyer ses yeux : lui aussi le ferait s'il avait un bras libre. Elle parle et c’est tout ce qui compte, même s’il est surpris par le sujet de conversation choisit.
Christopher sent Clinton bouger entre ses bras. Il le fait dès les premiers mots. Il tourne la tête pour pouvoir la regarder, comme il l’a fait tout à l’heure dans ses bras à elle pour le regarder lui. Sa joue repose contre l’épaule de Christopher qui saute sur l’occasion pour arrêter les ronds apaisants dans son dos et récupérer son bras : il s'agit du bras qui se trouve sur le chemin du regard de Clinton vers Alice, ça lui paraitrait inconvenant de continuer ses caresses dans ces conditions. Ce n'est qu'une excuse, bien sûr. Il repose sa main sur son genou appuyé au sol. Il arrive même à ne pas grimacer quand Clinton renifle doucement, son nez beaucoup trop proche des vêtements de Thomas.
Pourquoi choisir de lui dire ça ? Un poids tombe à l'intérieur de Christopher. Fais pas semblant, tu sais très bien pourquoi. Personne n'a jamais dit une telle chose à Clinton. Quand il agit bien, quand il se tient bien à table, quand il ramène de bonnes notes ou même quand il reçoit l'éloge des familles guindées qui viennent rendre visite aux Hangoover, on ne lui dit jamais qu'il est un bon garçon, parce que c'est naturel pour sa famille qu'il agisse comme il le fait. C'est naturel qu'il soit calme, c'est naturel qu'il ne court pas, c'est naturel qu'il soit poli. Clinton ne pourrait littéralement rien faire pour être considéré comme un bon garçon par sa famille. Alors personne ne lui a jamais dit une telle chose. Tout comme personne ne l'a dit à Christopher quand il avait son âge. De toute façon lui, contrairement à Clinton il n'était pas un bon garçon.
Clinton est figé contre lui. Pour la première fois, Christopher se questionne sur ses pensées. Une inconnue vient de lui dire qu'il était un bon garçon, qu'est-ce que ça lui fait ? S'il pleure, repartira-t-il dans les bras d'Alice ou décidera-t-il de rester dans les siens ? Il espère que l'enfant choisisse ceux d'Alice qui a compris sans qu'on lui fasse un dessin que cet enfant était très certainement en train de mourir de honte à cause de ses agissements de ce soir et qui le rassure comme si les mots lui venaient naturellement. Sans doute aurait-elle aimé, elle aussi, qu'on lui dise ces mots quand elle était une petite fille malmenée par sa mère.
Alice continue. Tu n'es pas un mauvais fils. Tu n'es pas une honte. Tu n'es pas un fardeau. Christopher ne la quitte pas du regard et si son visage n'exprime pas grand chose c'est parce que toutes ses émotions sont bloquées au niveau de sa gorge. Il y a quelque chose de trop familier dans ces paroles. Pour lui, pour Alice, pour Clinton. Il y a des choses dans ces paroles auxquelles il ne pense jamais et auxquelles il ne veut pas penser. Alors il se concentre sur Clinton plutôt que de se concentrer sur lui même. Clinton qui s'est redressé pour mieux regarder Alice, mais qui reste toujours très proche de son oncle, appuyé contre lui, sa main toujours agrippée aux vêtements dans son dos.
Et puis Alice dit une chose qui parait résonner très fort dans la chambre ou peut-être dans ses oreilles. Son ton est amer, désagréable. Déjà elle commence à se relever, bien qu'elle le fasse maladroitement. Christopher la regarde, les sourcils froncés. Voilà pourquoi ton oncle... Quoi ? Une famille qui ne sait que faire des gentils garçons. Voilà pourquoi ton oncle, quoi ? Ce qu'elle vient de dire est une vérité, la famille Hangoover ne sait pas quoi faire des gentils garçons. Regardez avec Donovan. Ce n'est pas un gentil garçon et les Hangoover ont parfaitement su s'en accommoder. Chris, quoi qu'il en pense, n'était pas un mauvais garçon, même si sa famille ne serait pas d'accord avec cette affirmation. Et qu'ont-ils réussir à faire de lui ?
Christopher n'a pas très envie de s’appesantir sur cette question. La phrase amère d'Alice lui reste à travers la gorge. Il est sûr qu'elle a voulu le critiquer mais qu'elle s'est retenue pour Clinton. Il ne sait même pas ce qu'elle aurait aimé dire exactement.
Clinton se détache subitement de lui. Il récupère sa main, la garde sagement le long de son corps et se redresse, très droit. Ses yeux sont encore humides de larmes et il a le visage d'un petit garçon qui vient de pleurer. Christopher remarque son regard fuyant. Il ne fait rien pour chercher à croiser ses yeux. Il comprend que l'enfant a honte et il n'arrangerait rien en lui rappelant qu'il vient de faire une chose qu'il croit être interdite. Clinton, de toute façon, ne regarde qu'Alice. Christopher voit son bras se lever vers elle. L'enfant s'arrête à temps : il ramène le membre coupable contre lui avant d'avoir pu attraper la femme qui est en train de se lever.
« Voilà pourquoi Oncle Christopher... Quoi ? » demande-t-il d'une toute petite voix qui hésite, qui ne sait pas demander, qui sait qu'elle n'a pas le droit de le faire. Il ajoute rapidement : « Mademoiselle. »
Il jette un rapide coup d’œil vers Christopher. Comme si celui-ci allez le punir pour cet écart à l'éducation stricte qu'ils ont tous les deux reçus.

CLINTON HANGOOVER
12 ans« Voilà pourquoi Christopher s'en est si bien sorti malgré l'éducation déplorable qu'il a reçu ? » propose Oncle Christopher dont la voix a retrouvé les mêmes accents qu'elle a toujours quand il parle à Père et qui impressionne tant Clinton et Derek.
Clinton, d'ailleurs, consent à lui jeter un nouveau regard en coin, le cœur battant. Oncle Christopher n'a pas l'air content. À cause de ce qu'a dit Mademoiselle Alice ou de son câlin ? Comment savoir ? Mais il a mis sa main dans son dos et ce n'était pas pour le taper. C'était agréable. Il aura honte demain mais c'était agréable. Il ne croyait pas son oncle capable d'une telle chose. En fait... En se tournant vers lui, il était presque sûr qu'il allait se faire repousser. Il est resté bien bête quand Oncle Christopher a mis sa main dans son dos. Mais après, il a fait des cercles avec sa main et c'était agréable. C'était chaud, c'était réconfortant, comme avec Mademoiselle Alice.
C'est ça qu'il veut, Clinton. Rester ici pour toujours, même si Oncle Christopher n'est pas toujours très fiable. Avec lui, on ne sait jamais s'il va vous ignorer durant tout le repas ou au contraire vous apprendre des bêtises impressionnantes à « reproduire ce soir quand vous serez à la maison ». Mais lui, il ne l'a jamais frappé. Il ne lui a jamais crié dessus. C'est vrai que parfois il ne le regarde pas et ne lui parle pas mais au moins il met de l'animation dans les repas et aussi il arrive toujours à garder le sourire même quand Grand-Mère Lillian le gronde. Quand il était petit, Clinton voulait être comme lui. Maintenant ? Il ne sait plus très bien ce qu'il veut.
Et Mademoiselle Alice ? Pourquoi a-t-elle interrompu sa phrase avant de la terminer ? Clinton aurait voulu que jamais elle ne cesse de parler. Il aurait voulu qu'elle lui dise encore qu'il est un bon garçon. C'est faux, bien sûr, mais on ne lui a jamais dit une telle chose. Jamais, jamais. Et puis, tout ce qu'elle a dit après... Les larmes sont montées, si violemment qu'il n'a que difficilement réussi à les retenir. Il veut encore entendre des choses comme ça, même si ça fait grossir son cœur et que ça met le bazar dans ses pensées. Il veut encore qu'elle lui parle, qu'elle le regarde. S'il vivait avec son oncle, elle serait là elle aussi. Lui ferait-elle régulièrement des câlins comme ça ou est-ce exceptionnel ? Mademoiselle Sangblanc vient d'une famille très importante, une famille qu'il faut respecter, une famille « qu'on doit garder de notre côté » a dit Père. Alors ça doit être exceptionnel car les gens comme elle, comme eux, comme Père et Mère ne sont pas affectueux. Mais Clinton n'a pas besoin d'un câlin tous les matins. Peut-être juste de temps en temps ? Pour son anniversaire, pour commencer ?
Pourquoi est-ce qu'elle se lève ? Est-ce qu'elle va partir ? Clinton serre très fort le poing pour ne pas l'attraper par la manche pour la retenir. Ce ne sont pas des choses qui se font. Mais il a peur. Il a peur qu'elle s'éloigne. Que ce moment se termine.
Lorsqu'il se terminera, que se passera-t-il ?
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
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