Vos désirs font désordre
TW : forte consommation d'alcool et état d'ébriété
Les bras d'Alden se referment autour de moi dans une étreinte puissante et délicate, et je me laisse aller contre lui. Il sent bon. Enfin, je ne sais pas s'il porte du parfum ou si c'est son savon qui est odorent, mais il sent Alden et c'est un odeur réconfortante, que j'associe à la sécurité, aux sourires et à la confiance. La protection. C'est ce qu'il fait depuis longtemps, me protéger. D'ailleurs c'est assez bizarre, parce que je suis plutôt du genre à foncer dans le tas en refusant l'aide ou la protection de quiconque. Comment a-t-il réussi à s'immiscer au travers de mon armure, je me le demande bien — mais jamais je ne m'en plaindrais, il m'est tellement précieux. C'est bien de pas avoir peur de se battre et de se salir un peu les mains, mais c'est encore mieux d'avoir une personne à retrouver après s'être épuisé dans le feu de la vie.
Et moi la vie, elle me bouffe. De l'intérieur, de l'extérieur, partout. Depuis que je suis venue au monde elle me ronge sans s'arrêter — à croire qu'elle n'en a jamais assez. J'étais une déception avant même de sortir du ventre de ma mère — la faute aux "e" qu'il faut ajouter à tous les mots qui me décrivent —, et depuis mon premier jour sur terre je contrarie mes géniteurs — la faute à tous les "4" qui composent ma date de naissance. « Elle mange trop. » « Elle prend trop de place. » « Elle est trop bruyante. » « Elle est trop dissipée. » C'est toujours elle et jamais Miya, comme si je ne méritais pas mon identité. La vie, je lutte avec elle depuis plus de 37 ans. Mais Al' ? Al' j'ai jamais eu à lutter avec lui, j'ai jamais eu à me justifier, à arrêter d'être « trop ».
Son rire et sa main dans mes cheveux déposent un baume sur les plaies qu'on ne voit pas à l'oeil nu, sur les blessures qui prennent un peu trop de temps à cicatriser. « En tant que plus jeune j'accepte de me dédouaner et de te laisser toutes les responsabilités de mes actes », je réponds, moqueuse. « Plus qu'à espérer que son paillasson soit confortable alors », j'ajoute dans un rire. On sait tous les deux que notre meilleur ami a le coeur bien trop grand pour nous laisser crécher par terre comme des clochards, il nous ferait léviter jusqu'au canapé avant de retourner au lit. Bizarrement je suis entourée de personnes au coeur tendre, dont le réflexe est de tendre la main aux gens. Coïncidence ou ironie du sort, je m'en fou complètement. J'ai finis entourée par eux et ils prennent la relève quand j'en suis incapable — soit quand j'ai la gueule de bois ou que je suis bourrée. Parce que je suis une guerrière moi, je vais au bout de mes combats et je continue tant que j'ai pas gagné — seulement contre l'alcool, on finit toujours par abandonner, personne peut gagner contre lui. D'ailleurs c'est peut-être pour ça que j'ai tendance à boire comme un trou.
« Dis donc Wells, tu s'rais pas entrain de te moquer d'moi ? » je demande en prenant un air vexé, la voix faussement accusatrice. Mes doigts pianotent sur mon verre un instant avant de s'en emparer et de précipiter le reste du contenu dans ma gorge. Comme ça, cul sec. Le whisky me brule le corps entier et il fait surement pire à mon cerveau, mais bordel qu'est-ce que j'aime me sentir flamber. « C'est pas des sentiments, j'exprimais simplement la présence d'un vide abyssal dans ma vie et ma poitrine quand tu pars jouer à l'aventurier sans moi », j'ajoute, bougonnant un peu, en levant un doigt se voulant menaçant vers lui. Le sourire sur sa bouille est si adorable que je renonce à l'envie de continuer mon petit jeu de fausse vexée.
« Il avait l'air dépité mais au fond il était ravi de pouvoir me parler de la ferme pendant des heures », je le corrige alors avec un sourire affectueux, changeant le sujet pour rebondir sur son père et notre enfance. J'adore ses parents — au moins mille fois plus que les miens, pour sûr, que je considère comme mes simples géniteurs — et je me suis toujours bien entendue avec eux. Le père de Al' est un homme très doux et très patient, qui rompait avec toute l'idée que je me faisais d'un père quand je l'ai rencontré la première fois. Je me soupçonne d'être la cause de l'arrivée précoce de quelques cheveux blancs sur sa tête, et je ne doute pas que j'ai dû lui faire quelques frayeurs lors de mes visites chez eux avec mes idées et mon impulsivité. Pauvre Robert, je pense, un peu coupable, en me laissant aller à penser à lui. C'est vrai que je ne suis pas allée les voir depuis bien longtemps — trop longtemps — et je crois mon ami sur parole quand il dit que sa mère me passera un savon. « Avec un peu de chance je recruterais ton père comme allié », je réponds, amusée. Parce que personne n'échappe à Angela Wells, oh que non.
Son murmure me renfrogne légèrement, et pas uniquement parce que je n'aime pas que les autres aient pitié de moi. « De quoi tu parles, j'te ferais savoir que grâce à toi et grâce à ta famille j'ai eu une enfance fantastique », je rétorque, sourcils froncés. Je ne veux pas parler de Mère, de Père ou de tous ces hypocrites, de tous ces menteurs et ces crétins finis. En une journée les Wells se sont montrés plus affectueux avec moi que Père et Mère l'ont fait toute ma vie, ce n'est pas comparable. Je refuse qu'il dise que mon enfance a été terrible, parce que justement grâce à lui — et, évidemment à Kieran, mon pilier — elle n'a pas été aussi terrible que ce qu'elle aurait pu être. Je ne serais jamais assez reconnaissante aux Wells pour tout ce qu'ils m'ont apporté, c'est plus que certain. D'une certaine façon j'ai une dette envers eux.
Mon regard s'adoucit quand Al' évoque ces choses qui le blessent depuis déjà un certain temps, et ma main vogue naturellement vers la sienne, s'enroule autour d'elle et la presse dans un geste qui se veut réconfortant. « J'imagine que chacun se débat avec sa propre peine », j'élabore, le coeur serré. Je me souviens trop bien de l'état dans lequel je l'ai trouvé à l'époque du pire, quand il était au bord du gouffre. « Certains souffrent plus que d'autres....mais au fond ça finit toujours par aller un peu mieux chaque jour, petits pas par petits pas », j'ajoute doucement. Je ne sais pas vraiment quels mots poser sur ce mal qui le rongeait — ronge ? — alors j'essaye de prendre mon temps, de trouver la phrase juste. Je ne veux pas minimiser ce qui s'est passé — se passe ? — mais je ne veux pas non plus insister dessus, alors je dis simplement ce que je pense.
Mais qu'est-ce que je pense ? En voilà une question. J'reprendrais bien un verre, voilà ce que je pense. Pas très glorieux, mais au moins c'est honnête. Alors, comme toujours, je cède et je demande un nouveau whisky. Comme toujours. Quand je bois, je ne prends rien de très extraordinaire, rien de bien créatif. Loin des cocktails que Al' se plait à siroter, je demande de l'alcool fort, des shots en tout genre. Pas de mélanges, pas de sirops, je préfère l'alcool pur et dur, l'alcool qui m'arrache la gorge, me fait flotter et me donne mal au crâne le matin.
Son doigt dans mes côtes me prend par surprise et je sursaute violemment, manquant de dégringoler de mon tabouret. « T'es con ou quoi ! » je m'exclame, indignée, en frottant mes côtes. Gardant un oeil méfiant sur sa main, je lui présente mes majeurs dans un geste grossier qui me vaudrait surement une réprimande d'Angela. Son expression curieuse et attentive à la fois a raison de moi, et un sourire amusé vient étirer mes lèvres. En fait je n'ai aucune idée de comment vont les amours pour moi. En principe je ne m'attache pas vraiment aux personnes qui partagent mes nuits — je dis bien en principe, parce qu'il y a toujours des exceptions. Comme ce nom qui se fracasse sur mes oreilles dans un bruit d'explosion. Lloyd. Nan c'est fini, je ne pense plus à lui. Secouant la tête, je fais mine de réfléchir un instant pour gagner du temps. « J'ai rencontré une jolie blonde dans un café moldu y a deux semaines, on a passé du temps ensemble, c'était très sympa », je raconte, un sourire loin d'être innocent sur le visage. N'empêche que c'est vrai, c'était sympa. Je ne connais même pas son prénom — certaines choses se passent de ces futilités — mais elle était belle à mourir. C'est ce genre de femme pour lesquelles les hommes partent à la guerre, le genre qui vous fait fondre d'un sourire. « On s'est pas revues depuis, dommage », je conclus en me redressant quand mon shot arrive. Je le descends d'un coup puis me tourne vers mon meilleur ami, comme si soudain tout s'éclairait.
« Tu t'rappelles de Mel ? Mellingtone ? Nan...Melvin..Wellingtone, Mel ! » je commence, trébuchant un peu sur les mots. Les 40% d'alcool présents dans les verres de whisky que je me suis enfilés semblent commencer à avoir un peu d'effet, parce que ce que je viens de dire me parait tout d'un coup hilarant. Je pouffe, repousse mon verre à shot en constatant avec déception qu'il est déjà vide et commande un autre verre avant d'enchainer avec mes explications. « Tu sais le coloc de fac de Kieran », je précise, comme si l'information changeait tout. « Et bah quand j'le regarde j'ai mon coeur qui bat fort », je lui confie. « Mais j'sais pas si c'est ça être amoureux, parce que je sais pas si j'ai déjà été amoureuse....c'est con hein ? » je lance dans un rire amer. Mon visage s'illumine quand mon shot arrive, et c'est à peine si je laisse au serveur le temps de le poser avant de le vider cul sec. « Un autre ! » je réclame.
Mon ventre — vide, depuis....depuis combien de temps ? — proteste. Je fronce les sourcils. Par réflexe, pour assouvir cette faim inavouée, je sors mon briquet et mon paquet de cigarettes.
#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
Vos désirs font désordre
Début décembre 2050
Avec @Miya Ryuū
Avec @Miya Ryuū
Elle vascille. Elle passe d'un état à un autre, d'un sourire à un regard vide, au loin, et mon cœur se serre légèrement. Je me demande ce qui pourrait être en train d'affliger ma Miya, ma meilleure amie, celle avec qui j'ai partagé la majorité de ma vie, celle qui m'a tenu entre ses paumes quand j'étais au plus bas. Elle parle d'un vide abyssal et une grimace me tord les lèvres. « Je pars plus », je lui murmure, une promesse qui danse dans les airs et qui, je l'espère, s'installe confortablement dans sa poitrine pour ne plus en partir.
Je vois que les souvenirs lui viennent, ceux de notre enfance. Des doux matins passés sous ma seule couette, à quatre sur un lit bien trop petit, au chaud dans un cocon de douceur et d'amour jusqu'à ce que ma mère vienne toquer à la porte, une tasse de chocolat chaud en main pour nous tirer hors des draps. Des soirées passées à regarder les étoiles, allongés dans l'herbe haute que les moutons n'avaient pas encore mangée. De l'amour à craquer, du sirop sur nos pancakes à en mourir de diabète, des rires qui nous fendaient en deux. « Il est bien trop loyal », je réponds. « Jamais il ne se placera contre elle, tu le sais. C'est sa vie. Il l'aime plus que tout dans le monde, même plus que moi ou que ses poules. » C'est dit avec douceur, sans une trace de désarroi. Mon père aime ma mère, c'est un fait, et il l'a aimée avant qu'il ne nous connaisse nous, ses enfants, aussi nombreux soient-ils, donc j'estime que c'est normal, son coeur qui ne bat que pour elle.
« Depuis quand t'es poète, toi ? » je taquine avec un coup d'épaule. Quand est-ce qu'elle est devenue mature comme ça, ma Miya ? Je l'ai pas vu passer, ce changement soudain. Elle devient adulte, enfin, à son âge, et je lui fais un grand sourire pour cacher la peine de ne rien avoir vu changer, d'avoir été absent comme un lâche. « Petits pas. Quoique, c'est pas bien difficile pour toi et tes courtes jambes », j'ajoute.
Elle est au verre numéro combien, là ? Je l'observe lors de notre conversation, les verres se multipliant à ses côtés, et une moue inquiète se fraye un chemin sur mon visage. J'abandonne mon propre verre et l'idée d'en boire d'autres parce que je vais devoir ramener mon amie chez moi, sur mon dos, c'est sûr et certain. « Un café moldu ? Tu te diversifies, c'est bien. T'as pas eu trop peur de la machine à café, j'espère ? » je lui dit avec un sourire de petit con, celui que j'ai perfectionné avec les années, celui qui rend fou. Mon rictus se perd par contre lorsqu'elle mentionne ce Melvin, qui est une silhouette dans ma mémoire aux traits peu distincts, mais dont le nom résonne quand même. « Oui, Mel » je lui réponds. « Ton cœur bat fort ? Fort comment ? » je lui demande ensuite, presque attendré par ses mots. Miya et l'amour. Improbable. Magnifique. Un soulagement qui relaxe mon corps, qui me donne envie de la serrer fort dans mes bras.
« C'est ton dernier », je ronchone lorsqu'elle commande un autre verre. Et quand elle sort son paquet de cigarettes, mon regard se fait sérieux et je l'attrape pour le tenir haut au-dessus de ma tête. « Tu fumes pas. Je suis sûr que Mel n'aime pas l'odeur, et t'arrêtes de picoler aussi, espère d'addict. » Je me lève, et je titube pas, j'en suis fier. « Finis ton verre, on va manger un truc ailleurs », je lui annonce. Je connais mon amie, elle mange pas assez et boit trop, et finit bourrée après trois verres de whisky, même si elle est censée mieux tenir l'alcool que toute personne en vie. Un bras glissé sous ses aisselles, je l'aide à se tenir debout. « Fish and chips ? Pizza ? Burger ? T'as envie de quoi ? Faut que tu aies plein d'énergie pour aller chasser ton Melvingtone. » Bien que j'adore lui parler, ma Miya va mal, c'est sûr, et c'est à moi de ramasser ses morceaux, même pour une simple soirée. Je lui lance un sourire trop doux, empli d'amour et de tendresse.« On pourra aller toquer chez Kieran après avoir mangé, si tu veux. Ou on rentre chez moi, tu découvres l'endroit et on fait un bon gros dodo. »
Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884
Vos désirs font désordre
Hmm... 'tain c'était quoi la musique déjà ? Mes pensées dérivent, suivent des courants qui ne cessent de diverger, de changer de direction. Yo-ho ho-ho et une bouteille de rhum ! Ouais, c'était ça. Et elle vient d'où cette musique d'ailleurs ? Aucune idée, je pourrais aussi très bien l'avoir inventée et m'être créée une nouvelle lubie inexistante. Et pourtant, si je l'ai créée alors elle doit bien exister cette lubie....non ? Pff qu'est-ce que j'suis bourréeee ! Un bête gloussement m'échappe, je bascule légèrement vers l'avant. Je le reconnais, ce feu qui circule dans mes veines, me fait frissonner, me galvanise et me donnera mal au crâne demain matin.
Kenji dit que je bois trop. C'est vrai que j'ai l'alcool facile, que j'aime bien me mettre minable pour oublier toutes les stupides choses que j'ai faites et dites dans ma vie, c'est vrai qu'il y a plus souvent à boire qu'à manger dans mes placards, et c'est vrai que je me détruits la santé depuis des années. Winnie aussi trouve que je bois trop — et elle est pire qu'Alden, je ne l'ai jamais vue toucher à un seul verre d'alcool et je doute même qu'elle en ait déjà bu pour de vrai —, comme Finnick. Ils sont pénibles à me chaperonner sans cesse, je suis une grande fille après tout. Dès qu'ils viennent chez moi ils se sentent obligés de vérifier que je me nourrisse, que j'aie un lit propre, que je fasse la vaisselle et que je me douche tous les jours — de vraies mamans poules ! Ils n'ont jamais passé beaucoup plus de temps qu'une soirée avec Al' et Kai mais je ne doute pas que s'ils se voyaient plus souvent ils s'apprécieraient. Je me redresse vite, trop vite, et me sens tomber un bref instant. Par réflexe, j'enroule mes jambes autour de mon tabouret. Bah dis donc ça tourne icii, je pense en souriant un peu trop fort. Les lampes scintillent autour de moi, et je n'écoute pas ce qu'Alden me raconte — mais mieux vaut qu'il ne sache pas que je suis bourrée.
Et pourquoi est-ce qu'il ne doit pas me savoir bourrée ? Hm. Bonne question. Je plisse les yeux, me concentre autant que possible et...et.. Et à quoi j'essayais de réfléchir déjà ? L'idée m'a échappée. « Elle m'a emmenée chez elle, c'était jolii », je marmonne, la langue un peu pâteuse. Je parle sans vraiment m'en rendre compte. Pour me réveiller, je secoue vivement la tête et me tapote la joue. « Elle aussi elle était jolie, mais elle était blonde et j'préfère les brunes ou les rousses », je regrette en soupirant. Alden a un sourire dans la voix, un sourire très mélodieux qui fait vibrer une corde dans mon coeur et me rappelle pourquoi je l'aime autant, pourquoi c'est aussi facile de passer du temps avec lui et de l'aimer de tout mon coeur. Lui il pourrait me dire ce que c'est que d'être amoureux, je suis sûre qu'il saurait bien m'expliquer. Parce que finalement, moi je ne suis qu'une fille qui ne sait pas aimer plus longtemps que quelques nuits, une fille qui a du mal à aimer de jour et qui ne sait pas aimer correctement. Sinon, je serais encore avec Noah ou Lloyd. C'était facile avec Lloyd, on vivait la vie au jour le jour et on bouffait la vie sans rien attendre du lendemain. Avec Noah aussi c'était facile, il m'offrait tout ce qu'il avait à donner, mais c'était un sacré con. Du genre à croire qu'il pouvait m'imposer ses règles.
« Tu vois Mel il essaierait pas de m'imposer ses règles », je marmonne, très sérieuse, en levant un index devant mon visage. « Et il est carrément plus canon qu'Noah, et presque aussi canon qu'toi ! » je conclus en acquiesçant, comme si ça faisait sens. C'est vrai qu'il est attirant Alden, j'ai de la chance d'avoir des amis aussi canons. Kieran aussi il est canon, et puis Alicia aussi elle est superbe. Et Winnie. Et Jane. Jane, ma petite Jane, ma princesse des fleurs. C'est fou ça, d'être entourée de personnes aussi belles quand je suis juste...moi. Moins attirante.
Légèrement vacillante, je m'approche de son oreille — enfin, je fais de mon mieux — et me cramponne à son bras pour lui chuchoter quelques mots. « Il bat fort comme quand on est au sommet du grand huit du parc d'attraction », je lui dis sur le ton de la confidence. On devrait y retourner au parc d'attraction, j'en ai de bons souvenirs. Je m'éloigne laborieusement de mon meilleur ami en pouffant un peu, comme une adolescente. Mais je n'ai pas envie de rire. Il n'y a rien de drôle. Mon coeur se pince, se rétracte, il me fait mal. Et moi je ris. Voilà qui est bizarre. Père n'aime pas que je pleure, il dit que ça me donne un air ridicule et qu'il a honte de moi. Mais Mère aime encore moins quand je ris bruyamment, elle trouve ça extrêmement inconvenant et elle dit que ça lui donne mal à la tête. Alors au milieu de mon rire, deux larmes roulent. Voilà, la soirée est loin d'être achevée mais j'ai déjà réussi à décevoir mes deux géniteurs — sacré talent. Et je ne me demande même pas pourquoi je suis la seule à rire et à pleurer, pourquoi est-ce que ma gorge se serre au point de me faire mal et pourquoi mon coeur est tout compressé dans ma poitrine. Alden ne fuirait pas face à moi, pas même si je devenais complètement cinglée. Attends c'est quoi l'rapport déjà ? Il y en avait un, j'en suis plus que certaine, mais il semblerait que je l'ai perdu. Les verres sont nombreux à côté de moi, et j'en déduis que l'alcool est également très présent dans mon organisme. Voilà qui explique mes propos décousus et mon corps qui est petit à petit devenu dangereusement instable. Même si je tombais je ne me rattraperais pas, ça me demanderait bien trop d'énergie et ça n'en vaut même pas la peine — je suis tombée des centaines de fois au cours de mes trente-sept années de vie et je vais probablement continuer à tomber alors franchement une chute de moins ou une chute de plus...ça ne change rien.
Quand il me retire mon paquet de cigarette des mains je fronce les sourcils et tente de le récupérer — avant d'abandonner bien vite, parce qu'il est bien trop haut pour moi. « Mais euh je suis pas addict d'abord », je grommelle en laissant mon bras retomber le long de mon corps — est-ce qu'il a toujours été aussi grand ? Il se lève et je soupire. « On part déjà ? » je demande d'une voix plaintive. Oh non ce n'est pas juste alors, je voulais boire encore un peu plus.
Je résiste un instant, puis cède. Comment résister ? Vaillamment, je me mets de bout et... et c'est la chute ! Je tangue sur le côté, ça tourne autour de ma tête, et pouf ! Le bras d'Alden autour de moi m'évite le pire, comme toujours. J'expire lentement, lasse, et m'affaisse un peu contre lui. C'est réconfortant de sentir son odeur, son contact, son sourire. Je n'ai pas menti quand j'ai dit qu'il y avait un étrange trou dans ma poitrine quand il s'en allait — j'aurais même pu être encore plus dramatique ! La fatigue qui vient s'accrocher à mon coeur me décourage avant d'essayer, et puis de toute façon j'ai déjà oublié ce que j'aurais bien pu lui dire. Son bras me soutien, il me permet de m'appuyer contre lui sans craindre qu'il me lâche, mais c'est la tendresse de ses mots qui me rassure vraiment — enfin, ça et le fait qu'il soit Alden, et que je le connaisse depuis plus d'un quart de siècle. Yo-ho...une bouteille de rhum ! Je m'égare encore.
En m'agrippant fermement à lui, j'essaye de lever les yeux pour les planter dans les siens mais l'effort me demande trop d'énergie pour que j'arrive au bout du geste. A la place c'est ma tête que je relâche et qui trouve naturellement sa place contre lui. « J'peux rester comme ça un moment ? » je murmure en enroulant maladroitement mes bras autour de sa taille.
Là, je suis bien. Je ne veux plus bouger. Je n'ai pas faim, plus soif, je veux juste que quelqu'un me prenne dans ses bras et me serre fort contre son coeur. Je ferme les yeux et force un rire. Il est fade, il ne me convient pas, il fait peur. La larme qui roule sur ma joue droite en revanche, elle n'avait rien à faire ici. Elle tombe de mon visage et se perd contre le vêtement d'Alden. Je ne crois pas avoir l'alcool triste — à vrai dire dans mes souvenirs j'ai plutôt l'alcool colérique ou euphorique, mais jamais je n'ai eu l'alcool triste. Quoique... Il y a eu ces nuits où je sacrifiais ma fierté pour me mettre à genoux face à Lloyd, le supplier de m'aimer, le presser de me pardonner. Oui, là j'admets que j'avais l'alcool triste, l'alcool désespéré même, et qu'à cette période il était dangereux de me laisser toute seule sans surveillance. Je resserre mon étreinte autour de mon ami et enfoui mon visage contre lui, soudain pressée par la nécessité d'être proche de lui.
« Alors, j'peux rester comme ça un moment ? je souffle, telle une enfant.
Kenji dit que je bois trop. C'est vrai que j'ai l'alcool facile, que j'aime bien me mettre minable pour oublier toutes les stupides choses que j'ai faites et dites dans ma vie, c'est vrai qu'il y a plus souvent à boire qu'à manger dans mes placards, et c'est vrai que je me détruits la santé depuis des années. Winnie aussi trouve que je bois trop — et elle est pire qu'Alden, je ne l'ai jamais vue toucher à un seul verre d'alcool et je doute même qu'elle en ait déjà bu pour de vrai —, comme Finnick. Ils sont pénibles à me chaperonner sans cesse, je suis une grande fille après tout. Dès qu'ils viennent chez moi ils se sentent obligés de vérifier que je me nourrisse, que j'aie un lit propre, que je fasse la vaisselle et que je me douche tous les jours — de vraies mamans poules ! Ils n'ont jamais passé beaucoup plus de temps qu'une soirée avec Al' et Kai mais je ne doute pas que s'ils se voyaient plus souvent ils s'apprécieraient. Je me redresse vite, trop vite, et me sens tomber un bref instant. Par réflexe, j'enroule mes jambes autour de mon tabouret. Bah dis donc ça tourne icii, je pense en souriant un peu trop fort. Les lampes scintillent autour de moi, et je n'écoute pas ce qu'Alden me raconte — mais mieux vaut qu'il ne sache pas que je suis bourrée.
Et pourquoi est-ce qu'il ne doit pas me savoir bourrée ? Hm. Bonne question. Je plisse les yeux, me concentre autant que possible et...et.. Et à quoi j'essayais de réfléchir déjà ? L'idée m'a échappée. « Elle m'a emmenée chez elle, c'était jolii », je marmonne, la langue un peu pâteuse. Je parle sans vraiment m'en rendre compte. Pour me réveiller, je secoue vivement la tête et me tapote la joue. « Elle aussi elle était jolie, mais elle était blonde et j'préfère les brunes ou les rousses », je regrette en soupirant. Alden a un sourire dans la voix, un sourire très mélodieux qui fait vibrer une corde dans mon coeur et me rappelle pourquoi je l'aime autant, pourquoi c'est aussi facile de passer du temps avec lui et de l'aimer de tout mon coeur. Lui il pourrait me dire ce que c'est que d'être amoureux, je suis sûre qu'il saurait bien m'expliquer. Parce que finalement, moi je ne suis qu'une fille qui ne sait pas aimer plus longtemps que quelques nuits, une fille qui a du mal à aimer de jour et qui ne sait pas aimer correctement. Sinon, je serais encore avec Noah ou Lloyd. C'était facile avec Lloyd, on vivait la vie au jour le jour et on bouffait la vie sans rien attendre du lendemain. Avec Noah aussi c'était facile, il m'offrait tout ce qu'il avait à donner, mais c'était un sacré con. Du genre à croire qu'il pouvait m'imposer ses règles.
« Tu vois Mel il essaierait pas de m'imposer ses règles », je marmonne, très sérieuse, en levant un index devant mon visage. « Et il est carrément plus canon qu'Noah, et presque aussi canon qu'toi ! » je conclus en acquiesçant, comme si ça faisait sens. C'est vrai qu'il est attirant Alden, j'ai de la chance d'avoir des amis aussi canons. Kieran aussi il est canon, et puis Alicia aussi elle est superbe. Et Winnie. Et Jane. Jane, ma petite Jane, ma princesse des fleurs. C'est fou ça, d'être entourée de personnes aussi belles quand je suis juste...moi. Moins attirante.
Légèrement vacillante, je m'approche de son oreille — enfin, je fais de mon mieux — et me cramponne à son bras pour lui chuchoter quelques mots. « Il bat fort comme quand on est au sommet du grand huit du parc d'attraction », je lui dis sur le ton de la confidence. On devrait y retourner au parc d'attraction, j'en ai de bons souvenirs. Je m'éloigne laborieusement de mon meilleur ami en pouffant un peu, comme une adolescente. Mais je n'ai pas envie de rire. Il n'y a rien de drôle. Mon coeur se pince, se rétracte, il me fait mal. Et moi je ris. Voilà qui est bizarre. Père n'aime pas que je pleure, il dit que ça me donne un air ridicule et qu'il a honte de moi. Mais Mère aime encore moins quand je ris bruyamment, elle trouve ça extrêmement inconvenant et elle dit que ça lui donne mal à la tête. Alors au milieu de mon rire, deux larmes roulent. Voilà, la soirée est loin d'être achevée mais j'ai déjà réussi à décevoir mes deux géniteurs — sacré talent. Et je ne me demande même pas pourquoi je suis la seule à rire et à pleurer, pourquoi est-ce que ma gorge se serre au point de me faire mal et pourquoi mon coeur est tout compressé dans ma poitrine. Alden ne fuirait pas face à moi, pas même si je devenais complètement cinglée. Attends c'est quoi l'rapport déjà ? Il y en avait un, j'en suis plus que certaine, mais il semblerait que je l'ai perdu. Les verres sont nombreux à côté de moi, et j'en déduis que l'alcool est également très présent dans mon organisme. Voilà qui explique mes propos décousus et mon corps qui est petit à petit devenu dangereusement instable. Même si je tombais je ne me rattraperais pas, ça me demanderait bien trop d'énergie et ça n'en vaut même pas la peine — je suis tombée des centaines de fois au cours de mes trente-sept années de vie et je vais probablement continuer à tomber alors franchement une chute de moins ou une chute de plus...ça ne change rien.
Quand il me retire mon paquet de cigarette des mains je fronce les sourcils et tente de le récupérer — avant d'abandonner bien vite, parce qu'il est bien trop haut pour moi. « Mais euh je suis pas addict d'abord », je grommelle en laissant mon bras retomber le long de mon corps — est-ce qu'il a toujours été aussi grand ? Il se lève et je soupire. « On part déjà ? » je demande d'une voix plaintive. Oh non ce n'est pas juste alors, je voulais boire encore un peu plus.
Je résiste un instant, puis cède. Comment résister ? Vaillamment, je me mets de bout et... et c'est la chute ! Je tangue sur le côté, ça tourne autour de ma tête, et pouf ! Le bras d'Alden autour de moi m'évite le pire, comme toujours. J'expire lentement, lasse, et m'affaisse un peu contre lui. C'est réconfortant de sentir son odeur, son contact, son sourire. Je n'ai pas menti quand j'ai dit qu'il y avait un étrange trou dans ma poitrine quand il s'en allait — j'aurais même pu être encore plus dramatique ! La fatigue qui vient s'accrocher à mon coeur me décourage avant d'essayer, et puis de toute façon j'ai déjà oublié ce que j'aurais bien pu lui dire. Son bras me soutien, il me permet de m'appuyer contre lui sans craindre qu'il me lâche, mais c'est la tendresse de ses mots qui me rassure vraiment — enfin, ça et le fait qu'il soit Alden, et que je le connaisse depuis plus d'un quart de siècle. Yo-ho...une bouteille de rhum ! Je m'égare encore.
En m'agrippant fermement à lui, j'essaye de lever les yeux pour les planter dans les siens mais l'effort me demande trop d'énergie pour que j'arrive au bout du geste. A la place c'est ma tête que je relâche et qui trouve naturellement sa place contre lui. « J'peux rester comme ça un moment ? » je murmure en enroulant maladroitement mes bras autour de sa taille.
Là, je suis bien. Je ne veux plus bouger. Je n'ai pas faim, plus soif, je veux juste que quelqu'un me prenne dans ses bras et me serre fort contre son coeur. Je ferme les yeux et force un rire. Il est fade, il ne me convient pas, il fait peur. La larme qui roule sur ma joue droite en revanche, elle n'avait rien à faire ici. Elle tombe de mon visage et se perd contre le vêtement d'Alden. Je ne crois pas avoir l'alcool triste — à vrai dire dans mes souvenirs j'ai plutôt l'alcool colérique ou euphorique, mais jamais je n'ai eu l'alcool triste. Quoique... Il y a eu ces nuits où je sacrifiais ma fierté pour me mettre à genoux face à Lloyd, le supplier de m'aimer, le presser de me pardonner. Oui, là j'admets que j'avais l'alcool triste, l'alcool désespéré même, et qu'à cette période il était dangereux de me laisser toute seule sans surveillance. Je resserre mon étreinte autour de mon ami et enfoui mon visage contre lui, soudain pressée par la nécessité d'être proche de lui.
« Alors, j'peux rester comme ça un moment ? je souffle, telle une enfant.
#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage
Vos désirs font désordre
Elle a beaucoup trop bu. C'est pas une première et c'est pas forcément choquant, mais mon cœur ne cesse de se serrer quand je la vois tituber. Elle ne tient pas sur ses appuis, elle se laisse aller contre moi, ses mots sont mal prononcés et elle pue la clope. Après tout ce qu'elle a fait pour moi, je ne peux pas la laisser dans cet état. Comme si nos situations s'étaient échangées, je deviens tout d'un coup absolument conscient de ce qui la tracasse—je reconnais cette peine qui sort de son âme, celle que j'ai partagée avec elle il y a si peu de temps. Elle se fait fine dans mes bras comme ça. J'ai l'impression de pouvoir sentir ses os sous ses vêtements—je prie silencieusement pour que ce ne soit qu'une impression, qu'un effet lié à l'alcool et à la façon dont je la tiens, bras entourés autour de son corps.
D'un regard inquiet, je l'observe. Elle me demande si elle peut rester comme ça un moment, j'hoche la tête parce que je me refuse de lui dire non, et j'ajuste mes mains. Une sur son épaule, l'autre sur sa taille, je la tiens bien fort contre moi pour ne pas qu'elle tombe. Il ne manquerait plus qu'un gros trauma crânien pour finir cette soirée qui a déjà commencé à tourner au pire.
Je savais pas qu'elle était mal comme ça. Non, si j'avais su, j'aurais été plus présent. Pour elle, pour moi, pour notre amitié qui a tenu des années et des années. Ça se fait pas de laisser sa meilleure amie comme ça sans nouvelles après qu'elle a mis sa vie en plan pour moi, j'en prends conscience maintenant comme un idiot, comme si c'était pas la chose la plus sensée au monde de pas partir se cacher dans un trou. Parfois, j'ai l'impression d'avoir adopté le comportement de tous ces animaux que je soigne. Me foutre dans un trou le temps que ça passe c'est plus facile que de continuer à vivre proche de ceux que je porte dans mon coeur. Je me dis qu'ils pourront m'oublier éventuellement, que leurs vies seront meilleures sans mes sauts d'humeur, que ça ira au long terme, que je ne suis pas indispensable. C'est trop facile.
Je la serre un peu plus fort contre moi comme pour m'excuser à nouveau d'être parti sans rien dire. Ma Miya va mal et je le savais même pas. Je devrais être maudit pour ça. Je le mériterais, en plus. « Tu restes comme ça autant de temps que tu veux, » je lui murmure à l'oreille doucement. J'ignore les regards curieux qui se tournent vers nous. Après ça, quand je l'aurai un peu rassemblée avec un câlin, on ira lui chercher quelque chose à manger. Et elle viendra dormir chez moi. J'ai peur qu'elle s'étouffe dans la nuit, qu'elle roule au sol, qu'elle se fasse mal—je préfère l'avoir proche pour m'assurer qu'elle va bien, comme elle a pu le faire pour moi il y a tant de semaines. Je n'aurais jamais retrouvé la surface sans elle. J'espère qu'elle pourra la retrouver avec mon aide, même si je ne sais pas ce que je fais.
C'est effrayant de ne pas savoir pourquoi elle va mal. C'est son Mel qui l'attriste ? Ses parents ? Quelqu'un d'autre que je ne connais pas qui lui aurait brisé le cœur ? Si elle n'a pas quitté le pays, c'est que ça va, qu'elle s'en sortira facilement parce qu'elle est forte, ma Miya. Je l'ai jamais vu baisser les bras une seule fois dans sa vie, même si elle a ses moments, alors ça va pas commencer ce soir. « C'est Mel qui te rend triste comme ça ? » je lui demande doucement, une paume se posant sur le haut de son crâne pour glisser le long de ses cheveux souples. « Tu sais, il aurait une chance folle de t'avoir à lui tout seul. Ne désespère pas, on ne sait jamais ce qui peut se passer entre vous. »
D'un regard inquiet, je l'observe. Elle me demande si elle peut rester comme ça un moment, j'hoche la tête parce que je me refuse de lui dire non, et j'ajuste mes mains. Une sur son épaule, l'autre sur sa taille, je la tiens bien fort contre moi pour ne pas qu'elle tombe. Il ne manquerait plus qu'un gros trauma crânien pour finir cette soirée qui a déjà commencé à tourner au pire.
Je savais pas qu'elle était mal comme ça. Non, si j'avais su, j'aurais été plus présent. Pour elle, pour moi, pour notre amitié qui a tenu des années et des années. Ça se fait pas de laisser sa meilleure amie comme ça sans nouvelles après qu'elle a mis sa vie en plan pour moi, j'en prends conscience maintenant comme un idiot, comme si c'était pas la chose la plus sensée au monde de pas partir se cacher dans un trou. Parfois, j'ai l'impression d'avoir adopté le comportement de tous ces animaux que je soigne. Me foutre dans un trou le temps que ça passe c'est plus facile que de continuer à vivre proche de ceux que je porte dans mon coeur. Je me dis qu'ils pourront m'oublier éventuellement, que leurs vies seront meilleures sans mes sauts d'humeur, que ça ira au long terme, que je ne suis pas indispensable. C'est trop facile.
Je la serre un peu plus fort contre moi comme pour m'excuser à nouveau d'être parti sans rien dire. Ma Miya va mal et je le savais même pas. Je devrais être maudit pour ça. Je le mériterais, en plus. « Tu restes comme ça autant de temps que tu veux, » je lui murmure à l'oreille doucement. J'ignore les regards curieux qui se tournent vers nous. Après ça, quand je l'aurai un peu rassemblée avec un câlin, on ira lui chercher quelque chose à manger. Et elle viendra dormir chez moi. J'ai peur qu'elle s'étouffe dans la nuit, qu'elle roule au sol, qu'elle se fasse mal—je préfère l'avoir proche pour m'assurer qu'elle va bien, comme elle a pu le faire pour moi il y a tant de semaines. Je n'aurais jamais retrouvé la surface sans elle. J'espère qu'elle pourra la retrouver avec mon aide, même si je ne sais pas ce que je fais.
C'est effrayant de ne pas savoir pourquoi elle va mal. C'est son Mel qui l'attriste ? Ses parents ? Quelqu'un d'autre que je ne connais pas qui lui aurait brisé le cœur ? Si elle n'a pas quitté le pays, c'est que ça va, qu'elle s'en sortira facilement parce qu'elle est forte, ma Miya. Je l'ai jamais vu baisser les bras une seule fois dans sa vie, même si elle a ses moments, alors ça va pas commencer ce soir. « C'est Mel qui te rend triste comme ça ? » je lui demande doucement, une paume se posant sur le haut de son crâne pour glisser le long de ses cheveux souples. « Tu sais, il aurait une chance folle de t'avoir à lui tout seul. Ne désespère pas, on ne sait jamais ce qui peut se passer entre vous. »
Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884