17 janv. 2026, 22:16
Être ou ne pas être M.R.
Juillet 2049, Londres
Appartement d'Alden
@Miya Ryuū


Léger TW : description/interprétation d'un état dépressif profond

Drip, drip, drip. Ça fait drip, drip, drip quelque part dans l'appartement. Peut-être l'évier de ma cuisine ou celui de la salle de bains. La douche, aussi—ça fait quelque temps que je dois changer le pommeau, qui est devenu vieux et troué depuis le temps. Ça doit être ça, alors. Il faudrait que je m'en occupe un jour, tiens. Il est désagréable ce drip, drip, drip. Il résonne dans la chambre. Il me rappelle que j'aurais dû faire quelque chose il y a des mois, mais que je n'ai pas bougé de ma piaule. Il me rappelle que je suis pathétique, à regarder le plafond, à rien faire, à ne pas pouvoir me lever, que je ne vaut rien—je soupire doucement et me tourne. C'est quand la dernière fois que j'ai lavé mes draps ? Ma douche remonte à hier soir—je suis pas au fond du gouffre, non plus. C'est un coup de mou, c'est tout, et faut juste que je laisse ça passer.

Mon téléphone vibre à côté de moi. Je m'en suis permis l'achat, je ne sais plus quand. La magie se fait rare chez moi, sauf quand Alicia vient, mais il tient le coup, rassuré quand elle quitte l'endroit, et moi aussi d'ailleurs. Je déteste qu'elle me voit comme ça. Je suis son grand frère, je suis censé m'occuper d'elle, pas l'inverse, et là voilà qui vient quand elle peut, un peu trop souvent, et qui s'occupe de tout. De moi. Je m'entête peut-être à garder une trace de normalité, à renier les liens qui m'attachent au monde sorcier, je ne sais pas trop. La magie n'a jamais vraiment fait partie de moi—je l'utilise au travail, sur le chemin du travail quand mes jambes se font lourdes, mais je peux vivre sans elle. Elle n'est pas un autre corps propre à moi, et c'est peut-être pour ça qu'elle est si faible, ma magie. Que je suis si faible. Où est ma baguette ? Elle doit être dans la poche de mon uniforme.

Je hisse mes jambes hors du lit. Difficilement. J'ai faim, pour une fois, et c'est rassurant. Je sors peut-être du trou que je me suis creusé, de la fatigue qui me tiraille. Mon téléphone affiche quatorze heures et une grimace se plisse sur mon visage. Encore une journée perdue. Il vaudrait mieux que je retourne au lit, que je laisse passer le reste de l'après-midi. Où est-ce qu'Alicia a mis mon ordinateur ? J'ai envie de regarder quelque chose, mais pas trop, au final—je soupire à nouveau. Je suis devenu pathétique. Il fait chaud, j'ai sué, je devrais me relaver—je me sens sale. Comme si elle accroche à mes pores et refuse de s'en sortir, cette saleté. Un sortilège suffirait, mais je ne sais pas où j'ai laissé traîner ma baguette, et ça cramerait mon téléphone dans tous les cas.

Mon corps, lourd, retombe sur le matelas. Jambes en dehors du lit, le reste en biais, je dois avoir l'air bien stupide. Que diraient mes meilleurs amis ? Je préfère ne pas y penser. On ne s'est pas parlé depuis des mois, et je ne sais pas trop quoi leur dire dans tous les cas. Coucou, j'ai l'impression que je vais m'écrouler sous un poids invisible, ça va vous ? Je sais pas comment vous dire que je vais mal, donc je dis rien, ça fonctionne super bien ! Vous me manquez plus que tout, mais je n'ai jamais été comme ça, et j'ai peur que vous détestiez ce que vous pourriez voir, donc je préfère me cloîtrer dans mon appartement et oublier le monde. Salut, j'arrive plus à travailler, ça me donne la gerbe, j'ai plus de forces. J'ose même pas réfléchir à ce que je pourrais dire quand on se reverra, quelle excuse utiliser pour cette disparition si soudaine, si on se revoit un jour—tout semble de plus en plus difficile, j'arrive plus à vivre, je suis fatigué, j'aimerais que tout s'arrête un moment. Juste un moment.

J'ai essayé de démissionner. On m'a dit non, parce que je suis si doué avec les patients. On m'a dit qu'on voyait que ça allait mal en ce moment, que c'était pas facile, que j'avais fait que travailler toute ma vie, que c'était normal de décompresser un jour. On m'a dit de venir quand ça m'arrange, puis j'ai dit que rien m'arrange, alors on m'a dit de venir les mardis et les vendredis, et j'ai dit oui. Ça fait trois mois maintenant. J'ai eu un pic, j'ai cru que tout allait mieux, pendant quelques semaines—le poids envolé, le soleil battant, le cœur léger. Je pensais même plus à lui. Très peu. J'ai vu Layana et ça allait là aussi, et puis au final tout s'est écroulé, et je me fais plus confiance. Comment je peux savoir quand tout ira mal à nouveau, alors que tout va bien ? Je ruine mes amitiés, je ruine ma carrière, je ruine ma vie. Je peux même pas voir ma mère, ma propre mère—comment voir celle qui m'a mis au monde ? Comment la laisser me voir si faible, si pathétique ? Ça lui ferait du mal, comme ça fait du mal à Alicia, et je me déteste, parce que ça devrait aller. Je ne suis pas à plaindre. Presque quarante piges et incapable de me lever de mon lit.

Un rire sec m'échappe. J'essaie de me forcer, de puiser dans une volonté qui n'est pas mienne, de me relever. Le mouvement est difficile, ça me fatigue, mais je suis debout. Téléphone en main, je tente quelques pas jusqu'à la porte entrouverte de ma chambre. L'encadre me recadre, j'essaie de tirer sur la poignée mais mon bras ne veut pas fonctionner. Le pas de la porte me regarde. Mon téléphone vibre à nouveau. J'arrive pas à avancer, à ouvrir cette fichue porte—non, si j'ouvre, ça veut dire que je vais encore rien faire, que je vais regarder ma vaisselle et entendre le drip, drip, drip, et je vais voir les photos que j'ai collé au mur, et la vie que je pourrais mener si j'étais pas comme ça, et je tremble de la main, parce que j'en ai marre de me sentir si seul, mais le Alden qu'ils connaissent tous va bien, il est souriant et chaleureux et ses cheveux descendent pas à ses épaules, ils sont pas gras et plein de noeuds, et je suis plus ce Alden depuis longtemps, et je vaut rien parce que je peux plus travailler, je peux plus m'occuper de moi, je vais perdre mon boulot, j'inquiète tout le monde, je suis qu'un boulet.

J'abandone. Encore. Mes jambes me ramènent vers mon lit, et je m'écroule, pouce tirant déjà sur la petite icône de cadenas de mon téléphone. Une fois que les vidéos commencent, que j'ai plus à penser, ça va un peu mieux et la boule noire dans ma poitrine se relâche doucement avec chaque va-et-vient de mon doigt, avec chaque tapotement contre l'écran, avec chaque visage qui s'affiche dans cette petite boîte. J'en oublie presque le drip, drip, drip.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

18 janv. 2026, 14:25
Être ou ne pas être M.R.
juillet 2049....
Image
(Miya, 36 ans)........
feat. @Alden Wells....

Enfin. Alicia a enfin fini par cracher le morceau. Après des mois de silence, des mois à esquiver la question, à faire des détours et à me balader. Ça lui en a pris du temps de lâcher, de me confier ces quelques lettres assemblées qui forment l'adresse soigneusement écrite sur le bout de papier que je serre fort dans la main. Au fond je me doute qu'elle ne faisait que respecter les volontés de son frère, qu'elle me tenait tête non pas par plaisir mais parce qu'il s'agit de ce que veut Alden — et Merlin ainsi que toutes ses grand-tantes savent que j'adore cette petite du fond de mon coeur, vraiment —, mais bordel jamais je n'ai autant détesté son foutu entêtement.

Voilà plusieurs mois que je la harcèle pour qu'elle me donne l'adresse de son frère, des mois que je la supplie de m'emmener le voir sans que rien ne se passe. Et je n'ai jamais été aussi en colère, aussi inquiète, aussi...terrifiée. Oui, c'est le mot. Terrifiée. Je ne comprends pas pourquoi elle ne voulait pas me donner cette fichue adresse, pourquoi elle m'a privée de tous contacts avec mon meilleur ami. Ça me fou la trouille, ça me fiche une de ces peur. Parce que Al' a un talent pour disparaitre sans prévenir, pour s'effacer de ma vie sans dire un seul mot, me donner l'impression de m'être attachée à un mirage. Mais là, depuis plusieurs mois, c'était différent. Alicia était inquiète, agitée. Et moi, j'étais toujours désespérément sans nouvelles, dans le flou le plus total. Je ne compte plus toutes les fois où j'ai supplié la petite Wells de me donner l'adresse de son frère, le nombre de jours où je suis venue à son travail, prête à me mettre à genoux devant elle si cela devait me permettre de revoir Alden. Un simple regard, une brève étreinte. Juste assez pour savoir s'il avait besoin que je vienne le sauver, que je plonge tête la première dans les méandres de son esprit pour le tirer de là, le ramener près de moi.

J'en ai perdu le sommeil. Depuis plusieurs mois, je me réveille la nuit en sursaut, assaillie par des cauchemars, le corps brûlant, les vêtements humides de sueur et la respiration haletante. Je m'imagine les pires scénarios le jour, puis je les endure la nuit. Tout ça parce que je sais que quelque chose ne va pas avec mon meilleur ami — je le sais, je le sens putain — mais qu'il m'est inaccessible. Caché quelque part en Grande-Bretagne, terré dans son coin, enfoui sous la couette de son lit. Il est là, quelque part, mais hors de ma portée. Il est là où je ne peux pas le rejoindre, là où mes mots et mes étreintes ne l'atteignent pas, là où je suis impuissante. Il m'a dit lui-même qu'il ne se sentait pas au meilleur de sa forme, et moi je l'ai laissé disparaitre. Comme une idiote je ne l'ai pas retenu quand il s'est effacé. Il est là, quelque part, je le sais. Mais je n'arrive pas à le voir, je suis aveuglée par mon inquiétude et mes remords à la con. Pourquoi c'est si difficile de prendre soin de ceux qui comptent, je me le demande bien — et j'ai posé la question à Alicia. Tout à l'heure. Et puis, comme ça, elle a fini par craquer. L'adresse lui a échappée et en quelques secondes je savais déjà où j'allais me rendre dès qu'elle me quitterait. J'aurais pu la planter là, mais je ne l'ai pas fait. J'ai été plus que patiente. Je l'ai remerciée, je l'ai serrée fort dans mes bras. J'ai même eu la délicatesse d'attendre son départ avant de transplaner immédiatement à Londres sans rien prendre d'autre que ma baguette.

Tap tap tap. Mes pieds frappent le sol dans un mouvement répétitif, régulier mais effréné. J'ai les mains serrées sur le plan que je me suis procuré, les yeux rivés sur les petits dessins dessus dans l'espoir fou qu'elle s'anime et que le petit point "Alde Wells" apparaisse. Pourtant je sais que c'est une carte moldue et qu'elle n'a, par conséquent, aucune caractéristique magique. Il s'agit d'un bête morceau de papier, pas de la carte du marauder. Pourtant ça me confirmerait qu'il est là, qu'il n'est pas loin et que je me rapproche de lui. Allez Al', j'arrive. Parce que merde je ne sais pas ce que je ferais si personne ne me réponds. Si personne n'est là, si Alden n'est pas là. Faut pas qu'j'y pense, il est là un point c'est tout. Je dois arrêter de toujours m'imaginer le pire. Il n'y a pas de raisons pour que Alicia m'ait menti, on se connait depuis trop longtemps et elle tient trop à son frère pour me faire ça. J'arrive Al', t'inquiète pas j'arrive et j'vais plus te lâcher, j'vais plus te laisser t'évaporer. Tap tap tap. J'accélère encore et je pince les lèvres, le coeur battant. C'est décidé, hors de question qu'il disparaisse encore. Jamais plus.

J'arrive devant un bâtiment, mes yeux cherchent avec angoisse le numéro de l'appartement donné par Alicia. Là. Je ne prends même pas la peine d'essayer de sonner — j'ai trop peur qu'il me glisse entre les doigts — et, après avoir vérifié qu'aucun Moldu ne se trouve à proximité, un Alohomora informulé me débloque la porte. Je me précipite à l'intérieur, le souffle court et les mains tremblantes. Je grimpe les marches à toute allure, les pans de mon long manteau et mes cheveux emmêlés volant derrière moi. J'ai la tête en vrac et les pensés sens dessus dessous. Tap tap tap. Mes chaussures claquent fort sur le sol, mes jambes avalent la distance qui me sépare de mon ami sans penser à l'effort fourni, mon corps arqué se propulse en avant. Vers Alden.

En arrivant devant le numéro de l'appartement donné par Alicia, je me fige. Il est là, c'est obligé. Il n'a pas le choix, il n'a pas le droit de ne pas être là. Lentement, je m'approche de la porte. La main serrée sur ma baguette, je ne sais pas quoi faire. Forcer la serrure ? Toquer ? Appeler Alden ? J'hésite, lève le bras, avorte mon geste et laisse ma main se poser à plat sur le battant de bois. Je fais quoi s'il est pas là ? Secouant la tête, j'appuie mon front contre la porte en laissant échapper un soupir las. Ça ne me ressemble pas d'hésiter, de ne pas savoir quoi faire. Soudain, c'est tout mon univers qui se réduit à cette porte. Cette poignée. Ce bête morceau de bois qui me sépare de mon meilleur ami. Je déglutis difficilement, ferme brièvement les yeux. Je ne veux pas penser à la possibilité qu'il ne soit pas derrière cette porte, je ne veux même pas imaginer. Quand est-ce que c'est dev'nu aussi dur ? Un frisson me secoue, et ça me fait l'effet de la foudre, d'un Lashlabask inattendu. Je suis pitoyable, à croire que c'est moi qui ai besoin d'aide. Ce n'est pas à moi d'être affalée, pas à moi de craindre mes pensées, pas à moi de prier pour qu'il soit là. En fait, je n'ai pas le droit d'être aussi égoïste — en tout cas certainement pas avec Alden. Alors, les dents serrées, je rouvre les yeux et me redresse. Je cherche quelque chose qui ressemble à une sonnette, un interphone — je crois que ça s'appelle comme ça —, n'importe quoi qui pourrait annoncer ma présence. Quelque chose pour produire un petit son, pour...Bingo !

Mes yeux s'arrêtent sur l'interrupteur d'une sonnette et je n'hésite pas avant de presser le bouton plusieurs fois d'affilée, sans m'arrêter. J'entends le bruit que ça produit, un "drip drip drip" désagréable qui résonne dans l'appartement. Suffisant pour réveiller quelqu'un.

Mais personne ne vient. Je n'entends aucun bruit, aucun signe de vie ne me parvient. Il est p't'être au boulot ? Pourtant je suis certaine que non. Alors de nouveau, j'enfonce l'interrupteur, j'appuie dessus avec force, sans m'arrêter. Peut-être que ça va l'agacer, qu'il va finir par se lever. Toujours rien. Je me mords la lèvre, luttant contre mon envie de défoncer la porte pour entrer. Le "drip drip drip" continue de sonner, encore et encore. Je ne me lasse pas de sonner. Peut-être qu'il met du temps à se réveiller, qu'il était sous la douche. Drip drip drip. C'est moi qui suis agacée par le bruit maintenant. De toute évidence, il ne se lèvera pas pour m'ouvrir — mais ce n'est toujours pas une raison pour entrer par effraction, je ne veux surtout pas qu'il se braque.

Ne me reste alors plus qu'une seule option.

« Alden ? » j'appelle doucement, élevant assez ma voix pour être certaine qu'elle franchisse la clôture de bois entre nous deux. « Al' c'est moi, c'est Miya », je poursuis, la gorge nouée. « Je...je ne sais pas ce qui se passe, je ne sais pas pourquoi tu ne viens pas ouvrir, mais je ne partirais pas tant que je ne t'aurais pas vu. Je veux simplement te prendre dans mes bras. » Ma voix s'étouffe un peu sur ces derniers mots, je m'étrangle dans une émotion qui me comprime la poitrine. Dans l'appartement, toujours aucun signe qu'il s'est levé, qu'il s'est décidé à venir m'ouvrir. « Tu peux toujours essayer de m'ignorer mais je n'partirais pas », j'ajoute d'une voix plus ferme. D'une manière ou d'une autre, je dois lui faire comprendre qu'il ne se débarrassera pas de moi en prétendant que je ne suis pas là. Il doit comprendre que je ne vais pas lâcher. S'il pense que jouer au sourd fonctionne sur moi, je vais vite le détromper. « Al', j'entrerais de force s'il le faut et tu sais que je le ferais. » Je ne veux pas l'effrayer, et ce n'est pas une menace. Simplement un fait. Ma baguette est dans ma main, aucun Moldu n'est aux alentours et je connais la formule. Ce serait facile, si facile. « J'entre. » Les mots m'échappent mais je ne les regrette pas, et un déclic plus tard la poignée cède sous l'impulsion de ma main.

Après avoir précautionneusement rangé mon catalyseur dans une poche, je pousse le battant et pénètre dans cet appartement inconnu. Je fais quelques pas, referme doucement la porte derrière moi puis m'arrête, encore à mi-chemin dans l'entrée. « Alden ? » j'appelle de nouveau, la voix hésitante. Des bruits étouffés me parviennent de plus loin, des bruits qui ressemblent grandement à ceux que font la télévision à la ferme. Voilà donc pourquoi mes appels sont restés sans réponses. Ma voix a peut-être percé les murs, mais il ne l'a peut-être pas discernée des autres. J'inspire profondément, avance encore de quelques pas, puis m'arrête de nouveau. « Al', c'est Miya », je dis d'une voix claire, déterminée à ne pas bouger d'ici avant de l'avoir vu.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

18 janv. 2026, 18:31
Être ou ne pas être M.R.
Les vidéos défilent. J'y vois des chats, des recettes que je ne ferais jamais, un algorithme parfaitement calibré pour m'empêcher de penser, et mon corps se relaxe petit à petit, jusqu'à ce que le drip, drip, drip incessant ne devienne qu'un son de fond, tout comme les voitures qui klaxonnent dans la rue ou le bruit de pas de mes voisins dans les escaliers. Je pense que je somnole quelques secondes, peut-être quelques minutes, car c'est désorienté que je me retrouve assis sur mon lit, sourcils serrés ensemble sur mon front, une voix familière m'arrachant de la béatitude simpliste dans laquelle je m'étais trouvé, quelques moments.

C'est à la porte. Mes yeux, fixés sur la porte verte de ma chambre, celle que j'ai peinte moi-même en enménageant, ne parviennent pas à distinguer les ombres et les lueurs qui émanent du peu de lumière qui glisse sous le bois. Et cette voix…lointaine, douce, étouffée par les murs et les meubles et les portes, elle me parait familière, chaude et confortable et j'ai envie de m'allonger et de l'écouter pendant des heures, parce que mon coeur s'apaise et mes pensées s'adoucissent le temps d'une seconde.

J'entends la porte s'ouvrir, et une panique monstre me prend. Je me lève, mon corps bataillant contre le mouvement soudain, et aussi silencieusement que possible, je tâtonne mon lit, mon bureau, dans mes vestes accrochées au mur pour y trouver ma baguette. Je m'en sépare trop facilement, je ne fais rien comme il faut—quelqu'un s'est introduit chez moi, je ne sais pas quoi faire, j'ai envie de partir en courant, j'ai peur, je—tout s'arrête, d'un coup.

La voix m'appelle. Elle m'appelle d'un ton si doux que je ne la reconnais presque pas. C'est un ton qu'on utilise quand on est inquiet, quand le pire tourne dans nos pensées, quand les bouts de nos doigts tremblent et que le monde semble devenir infiniment petit.

Miya.

J'aurais dû m'y préparer. Tellement de choses que j'aurais dû faire me rattrapent—ma pauvre soeur, tant de responsabilité sur ses épaules, bien sûr qu'elle n'allait pas tenir longtemps. Et si Miya sait où je vis, si elle est là, alors Kieran ne tardera pas, un jour ou un autre, bien que je lui demande, car ce genre de secret est trop lourd à garder. J'observe la fenêtre entrouverte de ma chambre et ses rideaux qui dansent dans le vent, et je me demande si je pourrais m'enfuir. Mais à mon retour, même si j'arrivais à descendre, Miya serait toujours là, car elle est têtue, impulsive, frustrante, et je l'aime plus que tout, j'ai envie de la voir, mais mon cœur se déchire.

Dans l'écran noir de mon téléphone, je m'observe. De lourdes cernes sont dessinées sous mes yeux. Mes joues se sont creusées avec les mois et j'ai perdu trop de masse musculaire—je n'ose pas regarder mon corps, plus maintenant, pas même quand je me lave. L'expérience est vécue dans le noir, à tâtonnements, parce que je n'y arrive plus, j'ai honte, je refuse qu'elle me voie ainsi. Une main qui passe dans mes cheveux n'aide pas. Ils sont longs, je ne m'en occupe plus, mon visage est parsemé de poils, une barbe de quelques jours se frayant sur ma peau généralement si douce et si propre. J'ai envie de vomir. Je jette mon téléphone sur le lit, inconscient, frustré, en colère contre moi-même. Celui-ci, ce sale traitre, rebondit et tombe en un lourd bruit sur le parquet.

Je me promets de le détruire. Mon cœur s'emballe, parce qu'elle sait que je suis là, elle sait que je suis ici, dans cette pièce. Alors, comme un idiot, je fais quelques pas brusques vers la porte et je la ferme, le verrou tournant. Je m'adosse contre le bois et me laisse glisser jusqu'au sol, tête entre les mains. Une grande inspiration. Une deuxième. « Miya, c'est toi ? » j'essaie. Je veux que mon ton soit enjoué, surpris et heureux, mais ça sonne faux, même à mes oreilles. Je m'enfonce dans ce mensonge, dans ce secret. « Je sors juste de la douche, je suis pas habillé, tu me donnes quelques minutes ? »

Est-ce que je peux sortir ? Je me doute qu'elle entend ma voix rauque que je n'ai pas utilisée depuis quelques jours. Je me doute qu'elle n'est pas stupide, qu'elle se doute que quelque chose ne va pas, mais je peux pas—et si elle me déteste ? Et si elle est dégoûtée par ce qu'elle voit ? Et si son regard devient un pur miroir du mien ? Je ne pense pas que je pourrais y survivre, si elle était amenée à réagir ainsi, mais je sais aussi que je suis puéril, que c'est Miya, qu'elle m'a vu dans tous mes états, qu'elle ne partirait pas pour si peu. Gorge nouée, je me relève doucement. Si elle part, peut-être que ce serait mieux pour elle de se débarrasser d'un gars comme moi. D'un ami incapable de gérer ses émotions, d'un homme qui ne sait pas vivre comme il le devrait, d'un fuyard. Mais je suis égoïste. Je l'ai toujours été.

Ma main tremble. Mes doigts s'enroulent autour de la poignée et je passe un dernier coup dans mes cheveux, essayant de les dompter quelques instants—oui, si elle me voit comme je suis réellement, alors peut-être qu'elle décidera de partir pour de bon, et qu'elle vivra une vie plus heureuse. Elle dira à Kieran que je ne vaut plus le coup, que je ne suis plus marrant et intéressant, et ils seront plus heureux sans moi dans leurs pattes. C'est logique. Quelques secondes d'humiliation, ce n'est rien.

D'un mouvement sec et frénétique, j'ouvre la porte. Mes yeux se posent sur mon amie—ses cheveux sont longs, ça lui va bien. Ma bouche devient pâteuse. Les photos, scotchées au mur derrière elle, me regardent, et se superposent à ma vision—des soirées passées à bavarder à la ferme autour de chocolats chauds, des journées ensoleillées et heureuses, nos études. Quelque chose s'ouvre en moi et ça casse—tout casse, d'un coup. De chaudes larmes coulent le long de mes joues et je fais quelques pas incertains vers elle, comme si elle allait me renier, mais non, c'est Miya, alors je continue et je l'enlace, mon visage enfoui dans son cou. « J'ai menti. Je suis désolé », je murmure à travers les hoquets qui me déchirent la gorge. « Je suis désolé, désolé », je continue, une prière insensée babillée dans ses cheveux. Peut-être que je deviens fou. Peut-être n'est-elle qu'un figment de mon imagination—rien ne m'étonnerait. Ce cerveau qui est mien est traitre. Mais, même si elle n'est pas réellement là, je la serre fort contre moi, peu importe à quel point j'ai peur de la salir avec ma noirceur, et je continue à pleurer des idioties dans sa peau : « Pardonne moi, je ne sers à rien, vous seriez tellement mieux sans moi, vous n'avez pas besoin de moi », et je me contredis ensuite avec des « s'il te plaît reste, me laisse pas tout seul ici » jusqu'à ce que plus rien ne fasse grand sens dans ma tête.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

19 janv. 2026, 01:11
Être ou ne pas être M.R.
Timidement, j'avance de quelques pas. Je quitte l'entrée et pénètre dans l'appartement de mon ami. Il est sombre, si peu éclairé que c'est difficile d'imaginer que quelqu'un vit ici. Mes yeux glissent sur les meubles, les murs, la déco. Un sourire étire mes traits quand mon regard tombe sur des photos de moi accrochées aux murs. Je fais bien jeune dessus, tout comme Al' et Kiks. Al. Mon sourire s'efface aussitôt et l'inquiétude revient à la charge. Pourquoi est-ce qu'il n'est toujours pas là ? Pourquoi est-ce qu'il continue de m'ignorer ? Nerveuse, je plonge mes mains dans les poches de mon manteau pour m'empêcher de gratter mes cuticules. Si j'angoisse je vais servir à rien, et je ne suis pas venue pour être un boulet. Putain pourquoi c'est aussi silencieux ? Je n'entends que les bruits de télévision, aucuns signes de présence humaine. Mais c'est quoi c'délire ? Et au moment où je me pose la question, les bruits d'écran s'arrêtent. Ils s'éteignent.

Non. Immobile, j'ai l'impression que mon corps entier vient de se glacer. Non, non, non. Est-ce que c'est moi qui ait imaginé ces bruits ? Est-ce que dans ma tête j'étais tellement persuadée que mon ami était là que j'ai imaginé sa présence ? Cette simple pensée me paralyse sur place. Je devrais ouvrir la bouche, hurler son prénom à m'en abimer les cordes vocales, trouver un moyen quelconque de retenir cette présence fantôme. Mais ma langue semble collée à mon palais, je suis incapable de produire le moindre son. Parce que peut-être que si je reste assez silencieuse et statique je finirais par entendre ces bruits infimes, ceux qui témoignent d'une présence. Alden. J'ai son prénom sur le bout de la langue mais passez de voix pour l'appeler.

Et ce silence, pesant. Poisseux. Il pèse sur moi, dégouline sur ma peau et s'accroche à mon corps. Ce silence qui me fait croire à une absence, ce silence qui ne veut rien dire, qui ne rime à rien. Où est-il ? Alden. Où est-il. Là, quelque part. Du moins c'est ce que je veux croire, ce que j'ai besoin de me répéter pour m'empêcher de sortir ma baguette et de chercher sa présence. Parce que s'il est vraiment là et qu'il a vraiment éteint sa télévision, utiliser la magie ne me servira à rien. Je vais simplement casser son matériel et l'effrayer, l'éloigner de moi. Et je ne veux surtout pas qu'il se cache, je ne veux plus qu'il cherche à s'effacer. Plus jamais. Alors j'attends qu'il se montre, j'attends un signe de vie — n'importe lequel. Je fais quelques pas de plus, fouille l'endroit du regard. Où est-il ? Où se cache-t-il ? Un bruit sourd comme un objet qu'on lâche par terre attire mon attention et m'offre la réponse que je cherche. Une porte se ferme, le bruit d'un verrou que l'on ferme résonne dans l'appartement silencieux. Mon coeur fait un bond dans ma poitrine quand mes yeux s'arrêtent sur une porte close. Une porte verte, un joli vert. Une porte fermée. Alden... Il est là, il est derrière cette porte. Je n'amorce aucun geste vers le battant de bois, je n'essaye pas de l'appeler une nouvelle fois. Il sait que je suis là, je sais qu'il est là et inversement. Pour le moment, l'illusion de le savoir à quelques pas de moi me suffit. Pour le moment, s'il ne veut pas encore m'ouvrir, je peux me contenter de simplement savoir qu'il est là. Ma respiration s'apaise, mon coeur aussi. Je ne lâche pas la porte du regard.

Je m'imagine que, d'une seconde à l'autre, il pourrait sortir de là. Tout d'un coup la poignée s'abaisserait et le visage familier de mon meilleur ami apparaitrait. J'essaye de l'imaginer, de reconstituer son visage dans mon esprit. Mais c'est comme si ma conscience savait, comme si au fond je trouvais l'exercice ridicule parce qu'il est là, vraiment, à quelques pas de moi. C'est bizarre, parce que c'est le moment que choisissent mes yeux pour commencer à me piquer. Mon nez me chatouille aussi, et je crois bien que mes lèvres tremblent. Merde alors je ne vais pas commencer à pleurer maintenant, si ? Je n'ai même pas le droit de pleurer, c'est égoïste. Verser des larmes m'est interdit, ce n'est pas à moi de m'autoriser ça. Ce sont les pleurs de Alden que je veux essuyer, c'est lui que je veux recueillir dans mes bras, c'est son visage que j'ai besoin d'observer. M'assurer qu'il est réel, qu'il est là. Un sanglot étouffé déchire mon coeur en deux, je plaque mes mains sur ma bouche pour m'empêcher d'émettre d'autres sons. Je ne sais pas qu...

« Miya. »

Cette fois, quand mon prénom articulé par la voix familière mais devenue rauque de Alden retenti faiblement à travers le mur, je ne retiens pas mon sanglot. Oui c'est moi, je suis là. Je me retiens de hurler ces mots, je me retiens de courir vers la porte, je me retiens de le rejoindre. Parce qu'il est là merde. Putain il est là. Il est vraiment là, cette fois j'en suis certaine. Alicia n'a pas menti, elle ne m'a pas donné de fausse adresse. Je n'ai pas imaginé les bruits de télévision, je ne suis pas dans un appartement vide. Je vais pouvoir arrêter de fouiller Londres de font en comble, je vais pouvoir fermer les yeux sans craindre de les rouvrir quelques heures plus tard dans le même cauchemar. « Al' », je souffle, la voix brisée. Il continue de me parler, il invente des excuses, prétend avoir besoin de temps pour s'habiller. Je ne dis rien, je le laisse faire.

Il ment, je le sais. Mais peut-être qu'il a besoin de ces mensonges pour se reprendre, pour se préparer, pour se relever. Alors je ne pose pas de questions, j'attends. Le coeur battant, immobile dans cet appartement que je n'ai jamais vu, le regard rivé sur la porte de ce qui doit être la chambre de Alden, j'attends. J'attends qu'il en sorte, j'attends qu'il se montre. Je le laisse prendre son temps, je le laisse venir à moi. Une petite larme froide glisse sur ma joue droite, je l'efface d'un geste précipité comme si mes pleurs pouvaient faire disparaitre la porte.

Clac. Dans un bruit sec qui me ferait presque sursauter, la poignée tourne, la porte s'ouvre.

Et il est là. Alden est là, face à moi, l'air plus fatigué que jamais mais vraiment là. Ses traits sont émaciés, le manque de sommeil et la malnutrition lui creusent le visage, le corps. Ses cheveux jadis toujours propres me paraissent plus long qu'avant, longs et emmêlés. Ses yeux ne rient pas, sa bouche ne se soulève pas en un sourire ou en un rictus amusé et il ne pétille pas. Il parait juste...éteint. Différent, tellement différent du Alden dont j'ai l'habitude. Mais je ne le remarque même pas, trop émue pour parler. C'est à peine si j'ose respirer, de peur de le faire disparaitre. Une deuxième larme coule sur mon visage mais je m'en fou, je la laisse faire. Je m'en fou de pleurer maintenant que mon meilleur ami se tient là, je m'en fou de lâcher un peu. Parce qu'Alden est là, il ne s'est pas enfui, il n'a pas disparu. Il est resté, il est venu. « ... » Les mots restent coincés dans ma gorge, tout ce que j'aurais pu lui dire s'efface avant même que ça ne prenne forme dans ma tête. Je veux le prendre dans mes bras, le tenir, je veux... Il pleure. Quelque chose casse, quelque chose lâche. Il pleure et s'élance vers moi, d'un pas hésitant, comme s'il ne sait pas s'il a droit de s'approcher. Alors je lui facilite la tâche, je décide pour lui.

Mes mains émergent de mes poches, comme un réflexe je tends les bras vers lui. Je fais quelques pas en avant, j'aide mon ami à combler la distance restante entre nous. Et quand il s'effondre contre moi, quand il se dissout dans mon étreinte, je suis là pour le rattraper.

Il se brise contre moi, disparait entre mes bras. Lui qui a toujours été plus grand que moi se fait soudain tout petit pour tenir dans mon étreinte. Son corps se replie et son visage se loge dans mon cou. Ses larmes coulent sur mes vêtements, son souffle effleure ma peau. Il s'écrase contre moi avec fracas, comme les vagues qui se brisent contre un rocher. Tout d'un coup c'est un ouragan qui m'arrive dessus et qui se noie sur moi, c'est une âme fragmentée et recollée au sparadrap, des morceaux de vie qui s'accrochent à moi. Ses larmes froides mouillent mon manteau et ma peau, ses pleurs me lacèrent le coeur. Ses suppliques casse quelque chose en moi, et je le serre fort contre mon coeur, je referme mes bras autour de son corps qui me parait trop frêle, je noue mon étreinte autour de lui et je ne le lâche pas. Plus jamais je ne le lâche. Je ferme les yeux et je crois bien que je pleure aussi, que je vide mes angoisses. « Tout va bien, je suis là je ne vais nulle part. » Je répète ces mots en boucle, je balaie ses excuses en caressant son dos, en me grandissant pour qu'il se sente en sécurité dans mes bras, pour lui faire comprendre que je ne le lâcherais pas. « T'es pas seul, j'te laisserais pas seul », je promets, encore et encore. Et je pleure contre lui, je pleure toutes mes peurs, toute mes angoisses, tous mes cauchemars. Je pleure et je n'ai pas honte, je suis simplement soulagée de le tenir contre moi. Je sens sa détresse jusque dans mes os, au plus profond de moi. Et ça me rend malade de le sentir souffrir autant, de le voir avoir aussi mal. C'est le chaos dans ma tête, je ne pense plus droit. « Tout va bien se passer, tout va bien se passer, tout va bien se passer, je te promets que ça va aller, que tout va s'arranger. » Les mots s'échappent de ma bouche et glissent sur son armure, essayent de la démanteler pièce par pièce jusqu'à l'atteindre. Ils se déposent sur ses plaies et je prie pour qu'ils le soignent un peu. « Je vais te serrer si fort dans mes bras que tous tes morceaux cassés vont se recoller, et j'te lâcherais plus, je vais te recoller. » Je lui promets toutes ces choses en le serrant fort contre mon coeur, en essayant de lui transmettre un peu de ma chaleur, en essayant de lui faire entendre la vie qui coule dans mes veines. « Je suis là, je suis réelle, je suis là. Je suis réelle, je suis réelle Al', tout va bien. » Tout va bien maintenant, je vais prendre soin de lui. J'échappe un sanglot. Oui, tout va bien. Tout va bien parce que je l'ai retrouvé, et je ne vais plus le lâcher. « Ça va aller, j'te promets qu'ça va s'arranger », je murmure en embrassant ses cheveux, en caressant sa tête. Je trace des cercles dans son dos, je le garde contre moi. Il peut bien pleurer contre moi, me hurler dessus, me fuir, lever la main sur moi, je ne reculerais jamais, certainement pas. Je ne vais pas le laisser derrière moi, je vais le tirer vers moi, je vais le pousser devant moi, je vais lui faire remonter la pente. « Tout va bien tu sais, personne n'est en colère contre toi, et surtout pas moi Alden, j'suis pas en colère, jamais, et je vais pas t'abandonner ici. Ça va aller, tu vas t'en sortir et moi je vais pas bouger. » Je parle sans relâche, d'une voix douce et tendre, et je ne relâche pas mon étreinte. Je l'entends pleurer, et ce son fissure mon coeur. Mes mots sont doux, ma voix s'apaise. Ce ne sont plus des mantras frénétiques qui quittent ma bouche mais des paroles sensées, pleine d'espoir et d'amour, des paroles auxquelles je crois dur comme fer, des paroles dont je panse ses blessures. « Tout ira mieux, tu vas guérir et te retrouver. Je vais t'aider, je vais t'apprendre à t'aimer, à aller mieux, à te soigner. » J'y crois vraiment, j'y crois tellement. « La vie sans toi n'aurais pas de sens, et je suis là pour toi, je suis là pour t'aider, pour prendre soin de toi », je chuchote en continuant de tracer des cercles réguliers dans son dos. « Je suis pleine de ressources tu sais, et j'ai assez de courage pour nous deux. Je peux t'aimer assez fort pour nous deux le temps que tu arrives à t'aimer », je chuchote, en me balançant doucement d'avant en arrière. Je le berce contre moi, je le rassure, j'accueille ses pleurs et sa détresse. Doucement, nous glissons vers le sol. Et je le garde dans mes bras, même une fois à genoux. « Un jour tu te réveilleras et tout ça te paraitra bien lointain, et tu apprécieras de sentir l'air frais sur ta peau, les rayons du soleil sur ton visage, la brume matinale dans tes cheveux », je lui raconte en laissant mes larmes couler. « Tu pourras cuisiner, et je serais dans la chambre d'amis et...et comme d'habitude je me réveillerais plus tard que toi parce que ça sent bon dans l'appartement, et j'enfilerais un pull trop grand pour moi avant de te rejoindre dans la cuisine.. » Ma voix se brise un peu, je la répare et poursuis. « Tu te moqueras un peu parce que j'ai toujours les cheveux en bataille le matin, et tu riras quand je ferais la moue. Et tes yeux pétilleront, et tout ton visage s'illuminera au son de ton rire... » Les mots coulent sur lui, je l'enveloppe et le serre, je tiens ma promesse et le serre fort contre moi, assez fort pour que tout ses morceaux cassés se recollent. Je rattrape chaque morceau de son coeur brisé et je les serre contre moi, je les garde précieusement entre mes bras, je les serre avec force et délicatesse. « On mangera ensemble et on retournera se coucher pour discuter, rire et somnoler encore un peu.... Quand le soleil sera haut dans le ciel on sortira pour aller prendre un café et se moquer des gens, on ira se promener chez les Moldus et on ira au cinéma, on critiquera les acteurs et on rira comme deux idiots pendant que les autres spectateurs nous demanderont de nous taire. Et puis on mangera des glaces en plein hiver et on boira du café brûlant au milieu de l'été, on sera ivres dans les rues et on dansera au son de nos rires, au rythme de nos battements de coeur... Je voudrais fumer et tu m'en empêchera en me filant une sucette, on aura les doigts qui collent à cause du sucre et on rira tellement qu'on aura mal au ventre... » L'histoire que je raconte résonne doucement dans ma tête, elle soigne mes blessures et mes angoisses, elle me donne la force de continuer. « Le soir on sera épuisés, et on sortira une bouteille de rouge et des beaux verres à vin pour jouer aux vrais adultes, puis on boira au goulot en se passant la bouteille et on parlera de tout et de rien, du bon vieux temps et de la belle époque... Il sera tard et on s'endormira ensemble sur le canapé, un peu emmêlés mais juste....heureux. » Ma voix n'est plus qu'un filet, mes larmes continuent de couler.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

19 janv. 2026, 14:31
Être ou ne pas être M.R.
Elle utilise toujours le même shampooing. C'est marquant pour une raison que j'ignore. Un pilier de stabilité, une absence de changement qui me réchauffe. Elle n'a pas tant changé, pas autant que moi, et j'ose espérer qu'elle restera la même pour les années à venir, pour les décennies qui vont nous suivre, parce que je ne saurais gérer une Miya entièrement différente. Mes bras sont lourds autour d'elle, et les siens serrés autour de moi, donc je la lâche doucement jusqu'à ce que je sois un pilier d'incompréhension et de tristesse. Visage enfoui dans son manteau, comment puis-je me relever ? Comment lui montrer ce visage défiguré par l'absence de tout, ce visage si vide de choses auxquelles elle est habituée—plus de chaleur, plus d'étincelles dans mes pupilles, plus un sourire qui sait se faufiler sur mes lèvres.

Depuis quand est-elle si douce dans ses paroles ? Ses mots, ces mantras qu'elle me murmure, me recousent doucement, jusqu'à ce que mes larmes s'épuisent et jusqu'à ce que je ne sois bon qu'à respirer lentement, nez bouché et gorge nouée. Je n'ai pas besoin de parler, je crois—elle le fait pour elle, pour moi, pour nous deux et j'écoute. J'écoute la gentillesse de ses mots, j'écoute la sûreté qu'elle essaie de me prodiguer. J'y écoute tout l'amour et mon cœur se serre dans ma poitrine. Comment ai-je pu croire qu'elle allait partir ? Comment ai-je pu croire que j'étais capable de tout faire seul ? Je le sais à présent, que je suis incapable de bien des choses, mais c'était stupide de ma part de m'enfermer.

Et pourtant, j'ai si honte.

Le doux murmure de la vie extérieure s'estompe dans mon esprit tandis que je m'efforce d'écouter. Elle dit qu'elle me reconstruira. Elle dit qu'elle est là, qu'elle est réelle. Elle dit qu'elle ne partira pas. Ça ressemble à un rêve, un rêve duquel je pourrais me réveiller lors d'une nuit trop chaude, entremêlé dans mes draps, une couche de sueur perlant ma peau. À un de ces rêves où, pendant quelques instants, j'ai l'impression d'aller bien. D'aller mieux. Alors, j'écoute, parce que c'est la seule chose qui m'empêche de m'enfermer dans ma chambre à nouveau, parce que c'est la seule chose qui me permet de me redresser tout doucement, de poser mon menton sur son épaule et d'observer mon appartement à travers des cils trempés. Je vois flou. Ce n'est pas grave.

« Kieran est sûrement en colère », je soupire doucement. C'est un fait, j'en suis sûr—je connais l'homme aussi bien que je me connaisse moi, et bien que je ne sois plus très bon juge de quoi que ce soit, je sais qu'il n'est pas heureux. « Tu devrais être en colère. Tu devrais me détester. » Mes doigts se crispent dans le tissu de son manteau. « Ce serait plus facile. » Plus facile de me laisser aller. Plus facile de me dire que je suis seul, que le monde va bien mieux sans moi. Plus facile de me convaincre de toutes ces choses qui me rendent plus désinvestisse dans le monde. Mais non, Miya a choisi de m'aimer, de m'aider, de me tenir, même si on ne s'est pas parlés depuis des mois, même si je n'ai donné aucune nouvelle, même si je ne le mérite pas. Je ne mérite pas sa gentillesse, je ne mérite pas sa compréhension.

Le parquet est dur contre mes genoux. Je m'en fiche. Je me laisse glisser jusqu'à ce que je sois presque allongé, visage enfoui dans son ventre, un sanglot me déchirant la gorge une fois de plus, parce que j'aimerais qu'elle arrête de dire des choses si douces. Parce que je refuse de mériter ce qu'elle me donne, ce qu'elle me tend avec tant d'amour et de bonté. Elle mérite mieux. Elle mérite un Alden heureux, qui ne fait pas de soucis et qui sait s'amuser. Elle mérite celui qu'elle commence à décrire, celui que je ne suis plus depuis tellement longtemps. Tout va mal, et tout va mieux, je ne sais plus—je sais qu'elle m'a manqué, je sais que j'ai mal, je sais que je ne la mérite pas. Cette vie qu'elle me murmure à l'oreille est lointaine et je ne sais pas si un jour, peut-être, elle reprendra—je ne sais pas si je vais être affligé de ces épisodes jusqu'à la fin de mes jours, je ne sais pas si je vais m'en sortir sans séquelles, si je vais pouvoir apprécier la brise matinale et le soleil sur ma peau à nouveau.

Cette incertitude me tue. Elle me tue et j'enroule mes bras autour de Miya, la serrant fort à la taille, et je m'accroche à elle parce qu'elle m'a manqué. Parce que même si ses mots ne me recollent pas, j'ai besoin d'elle, j'ai besoin de cette fille si idiote qui a hurlé sur une vache quand on était plus jeunes, de cette gamine qui m'a sauté sur le ventre trop de fois pour compter quand on était moches et jeunes. « Heureux », je répète, mon ton acide. « Dans longtemps, peut-être. » Le bonheur, c'est subjectif. Il s'ancre dans le sens de la vie, dans les objectifs qu'on se fixe, dans la vie qu'on a menée jusqu'à maintenant, dans nos choix. Il s'exprime dans nos souhaits et dans la façon dont on souhaite mener notre vie.

Il est futile.

Je me relève, tout doucement, mains appuyées contre le parquet. Mes joues sont mouillées, mon nez coule—c'est dégueulasse, je dois ressembler à rien, à un être pitoyable qui mériterait d'être écrasé, à quelqu'un qui sert à rien. J'essaie d'essuyer mon visage avec le col de mon haut, même si c'est pas bien mieux—je préfère ne pas couler du nez devant ma meilleure amie, et je sais pas où j'ai foutu mes mouchoirs. Je pleure peu. Ça m'arrive pas souvent, c'est bizarre et c'est inconfortable et c'est une boule dans ma poitrine que je déteste. Miya pleure aussi et ça me fend le cœur, parce qu'elle devrait pas pleurer pour moi. J'essaie de lui lancer un sourire, mais ça ressemble plus à une grimace qu'autre chose, je le sens dans la façon dont mes muscles se bougent sous ma peau, et j'abandonne. « Désolé », je murmure à nouveau. Désolé d'être parti sans rien dire. Désolé d'être comme ça. Désolé d'être un poids.

Cette honte me grimpe le long de la colonne et s’assoit sur mes épaules. Je ne sais pas quoi en faire—je ne sais pas quoi faire, là, à genoux dans le couloir, le bruit de voiture et d'insectes dehors. Je ne sais pas quoi dire. Mon téléphone vibre quelque part dans la chambre. J'aimerais bien m'y perdre à nouveau, oublier le monde et la vie, mais je ne peux pas, parce que Miya est là et donc je dois tout confronter. Je dois confronter ces sentiments qui me ravagent depuis des mois, je dois confronter mes peurs et cette foutue incertitude, et je dois confronter cette honte assise sur mes épaules. « Alicia t'as…elle t'as dit ? » je demande doucement, comme pour faire un peu de conversation. Que lui dire ? Que je vais mal ? Elle le voit. Que j'ai l'impression de voir le monde à travers une lourde couche de brouillard ? Que j'ai une boule dans ma poitrine qui refuse de s'atténuer, qui m'entraîne un peu plus loin chaque jour ? Que je ne lui suis d'aucune utilité en ce moment ? Je dois la rassurer, peut-être. D'un mouvement de la main, comme si ce n'était rien, je lui dis : « Mon médecin dit que c'est un…burn-out. » C'est une vérité, en partie—j’omets le mot dépression et épisode. C'est logique, un burn-out. Ça se cumule et c'est normal, à mon âge, on m'a dit. Je veux la rassurer. Je dois la rassurer. Minimiser. C'est rien. Tout ça, ça va passer. J'ai besoin d'un peu de repos et ça ira mieux. Je veux lui donner l'ancien Alden, celui qui va bien, donc j'essaie d'adopter une posture relaxée, mon dos courbé, de retrouver la légèreté que j'avais avant. Pitoyable effort que je fais. Mon corps est lourd, j'ai une douleur lancinante dans la tête et j'arrive plus à la regarder. Non, parce que dès que je le fais, je vois tout ce qu'on aurait pu être si j'avais pas été comme je suis, et ça me détruit. Je m'essuie encore une fois le mex avec mon haut avant d'abandonner. Si elle n'est pas partie quand elle m'a vu, elle ne le fera pas maintenant, alors que j'ai pleuré sur elle, sur ses vêtements, das ses cheveux.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

23 janv. 2026, 19:28
Être ou ne pas être M.R.
Les mots s'écoulent de ma bouche, et le temps passe sans que je le remarque. Les larmes sèchent sur mon visage, laissent un coeur détrempé derrière elles. Un coeur à essorer, un coeur gorgé de pleurs mais un coeur complet. Complet parce que ma pièce manquante est là, entre mes bras et contre moi. Cette même pièce est en morceaux, mais j'ai assez confiance en moi pour me sentir capable de lui promettre de le guérir, de le sauver. Le sauver de lui-même.

Le sol dur sous mes jambes me rappelle que c'est réel, et que ce n'est pas à moi de lâcher. Ce n'est pas moi qui ai le coeur en miettes et la tête en vrac, ce n'est pas moi qui souffre. Alors mes larmes cessent de couler et je reprends mes esprits, je me recompose un visage rassurant, un visage rassuré. Je n'arrête pas de caresser son dos, de le bercer contre moi, de lui promettre ces jolies choses, de murmurer ces beaux mots. Je rattrape une pluie de morceaux brisés, coupants, qui me repoussent, mais je ne laisse aucun d'eux m'échapper. Tous, un à un, je les accueille contre moi et je les chéris, je leur offre une place contre mon coeur, tout contre moi. Alden s'effondre contre moi mais je suis là pour le rattraper, je l'ai promis, et je ne perdrais aucun morceau. Je n'ai pas les mains guérisseuses, mon truc à moi c'est plutôt de tout détruire, mais pour lui je peux faire un effort. Je peux mettre de côté ma nervosité — je ne sais pas quoi faire de la détresse d'autrui, naturellement je préfère m'en éloigner plutôt que devoir faire l'effort de l'absorber. Non, il faut que je mette de côté ma nervosité. Il le faut parce que ce n'est pas un inconnu qui se démantèle entre mes bras, c'est mon meilleur ami, c'est Al', c'est mon Al' qui s'effondre, une personne que je connais depuis des années et qui n'a jamais cessée de m'aimer.

Ses murmures atteignent mes oreilles mais mon coeur bien avant, et il se fissure lentement au son des mots qui s'échappent d'Alden. Je retiens mes larmes et secoue un peu la tête, dévastée d'apprendre qu'il ait si mauvaise opinion de lui-même alors qu'à mes yeux il est juste...parfait dans son entièreté, parfait dans tout ce qu'il réussit et parfait dans chacune de ses imperfections. « Kieran n'est pas en colère, il est inquiet », je le corrige d'une voix douce en caressant ses cheveux. On est tous les deux inquiets. Ça, je le garde pour moi, je prends bien garde de ne pas le dire à voix haute — ce qui est fait est fait, je n'ai aucune envie qu'il culpabilise plus qu'il ne le fait déjà, et ce n'est pas mon genre de trop revenir sur le passé.

« Jamais je ne pourrais te détester », je le détrompe avec un pincement au coeur. Comment peut-il penser ça ? Ça n'a pas de sens, je le chéris comme personne. Et là, quand il ajoute ces quatre petits mots qui font voler en éclat tout ce que je pensais savoir, je comprends. Je comprends qu'il préfèrerait se laisser couler dans ce....mal qui le grignote chaque jour, je comprends qu'il était prêt à attendre que le temps passe, que son corps s'évapore. Je comprends qu'il va encore moins bien que ce que je pensais, et cette nouvelle certitude me fait mal. De nouveau mon coeur se serre, et il est tellement serré que je me demande s'il est encore dans ma poitrine. « Désolée de te l'apprendre mais t'es coincé avec moi pour toujours Wells », je murmure en déposant un baiser sur sa tête. Si seulement ça suffisait, si seulement je pouvais le sauver juste en le gardant près de moi. C'est injuste, tellement injuste que ça lui arrive à lui, Alden, une des personnes les plus douces et aimantes que je connaisse. Il ne mérite pas de souffrir ainsi, et si je le pouvais je ferais mienne sa douleur sans hésiter un seul instant.

Oui, c'est ça. Je voudrais échanger ma place avec lui, je voudrais aspirer ce foutu mal qui le brise de l'intérieur et le voir à nouveau sourire comme si c'était naturel, comme si c'était facile. Comme si c'était vrai. Je préfèrerais que ce soit moi qui ait mal, moi qui subisse ça. « Ça va aller, j'te promets que ça va aller », je murmure en réponse à son sanglot. J'vais te réparer, promis. Je vais le réparer parce que je veux, parce qu'il le faut, parce que je vais lui montrer quelle merveilleuse personne il est. Peu importe le temps que ça prendra, quelqu'un comme Alden vaut largement tout le temps et tout l'or du monde, il le mérite amplement.

Ses bras sont noués autour de ma taille comme s'il craignait de me lâcher, comme s'il se retenait tant bien que mal de partir à la dérive. « Longtemps c'est mieux que jamais », je lui fais remarquer d'une voix tendre, la plus tendre possible. La tendresse et la douceur pour diluer l'acidité et l'amertume dans sa voix, dans son regard. J'y crois fort et je le veux tellement y croire, je veux tellement pouvoir le rassurer que je crains d'essayer de me leurrer toute seule. Est-ce que ça s'répare vraiment les gens ? Oui, c'est comme tout. Il suffit de trouver le bon remède, la bonne manière pour s'y prendre. Mais est-ce qu'on peut réparer quelqu'un qui veut pas l'être ? Est-ce que moi j'peux réparer quelqu'un ? Ces questions me tuent, à la fois parce que je fuis la réponse mais aussi parce que je l'ignore. « Et pour le moment on va s'contenter des petites joies, même les plus infimes », je murmure, la gorge nouée. Et merde. La pluie reprend, plus violente cette fois, et elle ne semble pas vouloir s'arrêter. Il pleut sur mes joues.

Il se redresse lentement, et ce simple geste me donne de l'espoir. Je vois bien qu'il lutte et qu'il peine, que c'est compliqué. Mais malgré tout ce qu'il endure il est là, et il fait l'effort de me regarder, de me parler. C'est suffisant pour me prouver qu'il essaye encore, qu'il a encore de la force. Je ne le pousse pas à aller plus vite, je ne le brusque pas, je ne parle pas. Je le regarde, je contemple ce visage creusé par la douleur et je voudrais hurler à ce putain de monstre de dégager, d'arrêter de se nourrir de l'énergie de mon ami et de le laisser en paix. Mais ce monstre, il est dans la tête d'Alden, hors de ma portée. Et ça me tue de ne rien pouvoir faire, de devoir regarder mon ami mener ce combat tout seul. C'est injuste, injuste, tellement injuste. Alden n'est pas fait pour combattre, il est fait pour soigner et réparer, pour recoller les morceaux ensemble et souffler sur les bobos. Putain c'est moi qui devrait être à sa place ! C'est moi qui aime me battre, pas lui. Alors pourquoi est-ce que c'est tombé sur lui ?

Je l'observe et naturellement, ma main monte vers son visage pour écarter gentiment une mèche de cheveux collée à sa joue. Même dévasté il a une sacrée allure Al', son visage déchiré et ses traits fatigués auraient quelque chose d'artistique pour qui ne le connaitrait pas. « Ne t'excuse pas, t'as fait c'que tu devais faire pour te protéger », je murmure. La pluie continue de couler mais je m'en moque, j'ai renoncé à essayer d'endiguer le flot de larmes qui mouillent mes joues. « Et maintenant je suis là, je prends le relai », j'ajoute d'une voix frêle mais déterminée.

Sa noirceur ne me fait pas peur, je peux bien plonger dedans et m'y noyer je ne m'arrêterais pas tant que je ne l'aurais pas tiré hors de ce piège duquel il n'arrive pas à s'extirper.

Il reprend la parole, et je l'encourage silencieusement. Pour toute réponse, je secoue doucement la tête à la négative. Non, Alicia ne m'a pas dit. Elle ne m'a pas dit grand chose en fait, et c'est bien pour ça que j'ai débarqué ici comme une tempête — parce que je ne savais pas. Il poursuit ses explications, me rassure avec des gestes familiers. Mais au fond j'ai mal. Tellement, tellement mal pour lui. « T'es...t'es pas obligé d'entrer dans les détails si t'as pas envie, mais à mon avis y a bien plus qu'un burn out », je réponds, toujours sur ce même ton doux, prudente. Je ne suis pas sure que mes mots aient beaucoup d'effet, mais je prends soin de les sélectionner avec attention. Je ne veux pas parler trop vite et le braquer, mal m'exprimer et l'effrayer. Alors, comme je ferais face à un animal blessé ou craintif, je m'avance doucement vers lui, lentement. Ma main droite prend son visage en coupe et, du pouce, je cueille une larme. « Parce que tu vas mal en ce moment ne veut pas dire que ça ira mal pour toujours », je lui dis en posant ma main libre sur son genoux. « Et t'as le droit d'aller mal tu sais, c'est pas un problème. » Je pense qu'il a besoin d'entendre ces mots, de comprendre qu'il ne commet par l'irréparable. Il est juste humain, et un humain ça se casse. Lui il s'est fracassé, mais ça va aller. Je vais l'aider.

Je passe la main dans ses cheveux et lui souris doucement. Je veux l'aider à aller mieux, à se réparer un peu. Alors, lentement, très lentement, je prends ses mains dans les miennes. « Est-ce que tu as la force de te lever ? » je demande. Il serait plus confortable sur son canapé que par terre, mais je ne veux pas le forcer à faire quoi que ce soit. On peut aller à son rythme, je peux prendre le temps qu'il faut. Je serre fort ses mains dans les miennes. Tout le temps nécessaire.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

23 janv. 2026, 20:24
Être ou ne pas être M.R.
Miya, ma Miya, est là. Elle est là et me parle doucement, tendrement, d'un ton que j'ai peu entendu le long de notre amitié, et de ce fait elle recolle quelques bouts manquants qui s'étaient égarés il y a bien longtemps. Il fut un temps où c'était mon rôle de recoller. De recoller, de réparer, de soigner, d'aider. Tout ça, ça m'échappe maintenant, tout cet art du bien-être. Je ne peux pas venir en aide quand je suis dans cet état, et sans ça, sans cette faculté que j'ai cultivée tant d'années, je ne suis rien. Je suis l'écharde d'un homme, les restants d'une vie, une pauvre molécule de poussière qui flotte et qui erre sans but, sans rien.

Inquiet. C'est pire. Pire que de me hair, parce que ça veut dire que je lui fais du mal à lui aussi, et bon sang que ça fait du bien quelque part au fond de moi de savoir qu'il ressent ce que je ressens. C'est égoïste, c'est puéril, ce n'est pas digne d'un ami, mais je n'y peux rien si cette petite voix me murmure à l'oreille qu'il mérite de s'inquiéter, lui avec ses yeux si aveugles, lui avec ses sourires maudits et sa voix si terrible, lui avec ses conquêtes et ses amours. Il ne le mérite pas. Mais que c'est rassurant de savoir que je ne souffre pas en vain. Un rictus se forme sur mes lèvres et mon regard vide de sens se pose sur Miya, dont les joues sont roses et mouillées. On a échangé. J'appuie ma paume contre mon oeil, essayant d'effacer les larmes qui menacent d'en sortir, essayant de les retenir comme j'ai toujours tout retenu. « T'as pas à prendre le relais. Tu devrais… » Un sanglot. « Merde, tu devrais vivre ta vie. Je t'enverrai un hibou quand ça ira mieux. » Si ça va mieux. Le dire à voix haute ne ferait que confirmer ses peurs, et je n'ose pas, bien que je sache que ma meilleure amie n'est pas stupide, que le sens de mes mots si étroits ne lui échappera pas. Je peux pas lui échapper.

Elle ne me croit pas. Miya voit à travers moi, à travers ma peau et jusqu'à mon cœur qui se plisse et qui se froisse et je me perds dans son toucher. Pourquoi n'est-elle pas dégoûtée ? Pourquoi est-ce qu'elle passe sa main dans mes cheveux, pourquoi est-ce qu'elle coupe mon visage comme si j'étais précieux à ses yeux, comme si je valais tout du monde ? Elle se méprend. Je n'ai jamais attribué à Miya une très grande capacité en ce qui concernait les bons choix de vie, les décisions saines et appliquées, et voici un autre exemple—elle reste au lieu de partir, elle me touche au lieu de prendre ses distances, elle me choye au lieu de m'éviter. Mon rire est cassé, à peine soufflé, gorge nouée. « Tu crois ? » je demande. Oui, plus qu'un burn-out, c'est pas dur à deviner au final, et difficile à cacher. J'admire son regard neuf sur la vie, un regard qu'elle a jamais eu pendant notre longue amitié, mais ça me fait rien. Là où ça devrait me réjouir, réchauffer l'intérieur de ma poitrine, ça ne fait rien, et je me retrouve là, assis au sol même, le ventre noué. Non, parce que je n'arrive pas à y croire, à la croire elle, quand elle dit que ça ira mieux. Et cette stupide façade que j'essayais d'arborer pour la protéger s'effondre entre mes mains tandis que mon visage se remplit à nouveau de tristesse. Le visage crispé, les larmes coulant sur mes joues, trempant ma chemise et mon pantalon, je parais pitoyable face à la gaieté austère de mon appartement.

« Je suis pas un assisté, non plus », je ronchonne. Je ne devrais pas, parce qu'elle est là pour m'aider, mais cette douceur qu'elle utilise pour me parler, comme si j'allais plus me casser, elle me donne la gerbe. Et ce n'est pas de sa faute, c'est doux de faire l'effort, mais je me déteste déjà bien assez d'être si faible, je refuse de la laisser s'enfoncer avec moi. J'appuie sur mes jambes, me poussant debout d'un coup, et bien que ma vision devienne floutée et que mes doigts ne soient parsemés de petites fourmis, je m'efforce d'avancer. Un pas après l'autre, mon parquet qui grince sous mon poids, le canapé que je n'ai pas beaucoup utilisé ces derniers temps. Il est vert, seconde main, confortable à jamais—j'adorais m'y enfoncer avant, avec un bouquin sur les genoux, une tasse de thé à mes côtés, et m'enfermer dans un monde nouveau et bref qui me laissait penser à autre chose. Je m'écrase sur les coussins sans cérémonie, jambes tendues devant moi, et je regarde Miya comme un enfant pétulant : Quoi, maintenant ? Un thé chaud, de quoi manger, un long dodo ? Une cuite phénoménale qui remettra mes neurones en ordre, un sortilège qui me rendra normal ? Si seulement. Ma tête tombe en arrière, trop lourde, et rebondit contre le coussin du canapé. Je regarde les petites étoiles que j'avais collées au plafond avec Alicia, il y a quelques années. Elle m'avait raconté ses mœurs, elle avait laissé tomber son attitude rauque, elle avait été douce et mignonne, ma petite sœur d'antan, et elle m'avait convaincu de coller ces étoiles tout partout, pour que je m'y retrouve le soir, et que je pense à elle.

Je regrette celui que j'étais. Mon insouciance, ma gentillesse et ma générosité me manquent. M'aimer me manque. Passer des heures devant le miroir à me coiffer et à choisir la tenue parfaite me manque. Les réprimandes de Kieran quand je suis en retard me manquent, et lui aussi me manque tellement… C'est une douleur indescriptible au fond de mon âme, une douleur que je ne parviens pas à comprendre, une douleur qui me fait éclater en sanglots, les mains crispées sur mon visage, me cachant de Miya, de son jugement, de son regard si perceptif. Je me cache de la honte que me cause ma faiblesse, ma misère. Elle va lui dire. Dans toute sa rectitude, Miya le lui dira, ou il le saura, comme elle l'a fait avec ma sœur, et il finira par me trouver. Il me trouvera ainsi, misérable, et je me haïrai encore plus, car je ne mérite personne dans cet état, et lui, il vaut tellement plus qu'un soigneur qui ne peut plus soigner, qu'un ami qui ne peut plus être là, qu'un homme qui ne sait plus vivre. Comment pourrais-je l'affronter ? Sa déception, sa tristesse, son inquiétude. Je sanglote. « Ne lui dis rien », je murmure entre mes lèvres serrées. « Ne lui dis rien. Je peux pas… il a pas besoin de savoir. » Egoïste, égoïste, égoïste.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

16 févr. 2026, 18:49
Être ou ne pas être M.R.
Dans ma vie, j'ai eu mal. Beaucoup mal, au corps et au coeur, le genre de douleur qui te met à terre sans donner d'explications, le genre qui assourdit et rappelle à la réalité. J'ai pris des sorts, des coups, des insultes et des menaces, mais rien ne m'a fait aussi mal que ça. Ça. Voir mon meilleur ami s'écrouler sur lui-même, s'abandonner complètement. Je ne me suis jamais sentie aussi inutile et aussi impuissante, c'est comme si tout d'un coup je devenais une moins que rien, un être incapable de faire quoi que ce soit. Il s'effondre contre moi, Alden se démantèle entre mes bras et je ne sais pas quoi faire. Je ne sais même pas si je peux faire quelque chose.

La violence physique, je peux encaisser. Les coups dans la figure — ceux qui font cracher du sang et qui vrillent le crâne —, je peux encaisser. Les coups dans le ventre — ceux qui sont toujours imparables, qui donnent envie de gerber ou qui font croire que le coeur cherche à s'extraire de la cage thoracique —, je peux encaisser. La violence verbale aussi, je peux l'encaisser. Les crachats, les regards mauvais et les insultes, je peux encaisser. L'absence de considération de Père, je peux encaisser. Les mots, les gifles et les critiques de Mère, je peux encaisser. Mais ça ? Devoir être la spectatrice de la perte de pieds de mon meilleur ami ? C'est trop dur. Une douleur inconnue pulse fort dans ma poitrine, mes oreilles, tout mon corps. Et jamais une douleur fantôme ne m'a parue aussi insupportable, jamais je n'ai autant souhaité posséder des pouvoirs magiques comme dans les contes de fée pour pouvoir m'emparer de toute la souffrance d'Alden et la faire mienne. Mais je suis impuissante. Tout ce que je peux faire, c'est le serrer fort dans mes bras et contre mon coeur, et espérer que ses morceaux se raccrochent à moi, espérer qu'il puise un peu dans mon énergie pour.... essayer de survivre.

Je secoue vainement la tête quand il me dit que je devrais partir, qu'il me contactera, qu'il va bientôt aller mieux. Balivernes. Je ne quitterais cet appartement qu'une fois qu'il dormira profondément, nourri, lavé, apaisé et conscient que je ne suis jamais bien loin. « Ma vie sans toi elle craint », je murmure à travers mes larmes. J'espère qu'une part de lui arrive à entendre ça.

Il grommelle quelque chose, se plaint de sa voix ronchon familière, et cet instant me fait sourire doucement. Il me réchauffe le coeur et me donne la volonté, il me rappelle que rien n'est encore joué. Lentement, Al' prend appuie par terre et, lentement, il se relève. C'est comme une deuxième naissance. Je le suis, je l'accompagne dans son mouvement, attentive et prête à réagir au cas où il vacillerait. Je fais fi de ses râleries, bien trop concentrée sur lui pour me vexer pour si peu — je n'ai même pas le coeur de faire semblant. Son corps mince et élancé se déplie, il pousse d'un coup vers le haut, s'élève vers le plafond. Je me relève également, les bras tendus vers lui, à quelques centimètres de son corps. Il peut bien se mettre debout et râler en prétendant pouvoir avancer tout seul, je ne vais pas prendre ce petit pic d'énergie pour acquis.

Quand il s'affaisse dans son canapé, il me parait minuscule. Ce qui n'a aucun sens, parce qu'Alden est grand — il l'a toujours été, surtout par rapport à moi. Il est grand et il est fort, c'est lui qui souffle sur mes bobos et qui essuie les larmes sur mon visage quand j'ai mal. Alors le voir avachi sur son grand canapé vert, comme un enfant blessé qui attend qu'on le réconforte, ça me fait bizarre. « Alors, c'est pas déjà un peu plus confortable un canapé ? » je lui demande, plaisantant à moitié, le coeur toujours en miette et les larmes aux coins des yeux. Je préfère le voir là plutôt que brisé sur le sol, là au moins je suis sure qu'il ne pourra pas se blesser, je suis sure que les coussins ne vont pas absorber sa chaleur corporelle, je suis sure qu'il pourra s'endormir sans craindre d'avoir de courbatures. Finalement j'ai vraiment l'impression de me retrouver face à un enfant démuni, un enfant qui a besoin de mes soins, qui me regarde avec espoir, comme si j'étais sa sauveuse. Mais moi je ne suis pas faite pour sauver, alors est-ce que je vais savoir aider correctement cet enfant ? Est-ce que je ne vais pas plutôt l'enfoncer dans son désespoir ? Toutes ces questions s'évaporent quand le visage de mon ami se déchire de toutes parts. De nouveau, sa tristesse ravage ses traits, je ne lis qu'un immense puits de douleur dans ses prunelles, sur ses traits il n'y a plus l'ombre d'une ronchonnerie, rien que de la tristesse.

« Je...d'accord....je ne dirais rien à Kieran tant que tu ne m'en donneras pas l'autorisation, c'est promis », je souffle, le coeur cassé. Kai va lancer un Boutefeu Chinois à ma poursuite puis me ressusciter pour me mettre dans une arène avec un Magyar, mais je n'ai pas envie de devoir aller contre les mots d'Alden. Il pleure de nouveau, et dès que je réalise je me précipite vers lui. J'accoure et cogne mon tibias contre le canapé. Un juron m'échappe, j'ignore la douleur qui se répand aussitôt dans ma jambe et titube jusqu'à Alden. Que faire ? Comment l'aider, comment commencer à le sauver ? Sans vraiment réfléchir, j'enlève mon manteau et, après avoir retiré ma baguette de ma poche, je m'agenouille aux côtés de mon meilleur ami. Doucement, je l'aide à se redresser un peu, juste assez pour que je puisse le draper de mon vêtement.

C'est peut-être un peu ridicule, mais je ne pourrais pas plus m'en moquer. Quand je suis triste, j'aime m'envelopper dans des vêtements qui portent l'odeur familière de mes amis, alors ça m'a semblé naturel de déposer ce semblant de couverture sur ses épaules. De toute manière il peut toujours le retirer s'il le veut, c'est lui qui décide. Je suis là pour l'écouter et le soutenir.

Mes mains glissent vers les siennes et je les serre fort, je ne les lâche pas. Tout doucement, je dépose un bisou sur sa joue mouillée de larmes. « On peut bien vivre ici en ermites quelques temps », je dis avec un sourire dans la voix. Je me pelotonne contre lui, pose ma tête sur son épaule. Sans lâcher ses mains, jamais. « Et j'te promets même d'apprendre à cuisiner, j'vais nous nourrir sans nous empoisonner », je déclare, très sérieuse, en traçant des petits cercles sur la paume de sa main. Ça ne sert à rien de vouloir le convaincre d'avoir de l'espoir pour le mois prochain alors que je vois bien qu'il est épuisé à la simple idée de devoir se lever le lendemain. Alors à la place, je me fais présente. Et pendant que je parle, je réfléchis, je conçois un plan.

Le laisser tout seul ici, dans cet appartement devenu triste et sombre ? Hors de question. Soit je reste, soit il vient chez moi — et quelque chose me dit qu'il préfèrera rester ici encore un peu.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

11 juin 2026, 21:33
Être ou ne pas être M.R.
TW : pensées trés noires et négatives vers la fin du texte.

C'est égoïste de lui demander de ne rien dire. De cacher ça à son meilleur ami, à son frère d'armes, et ce pendant un temps indéfini. C'est aussi stupide. Il a ce dont de perception qui m'a toujours fasciné, et auquel je n'ai jamais pu vraiment échapper. J'ai bien de la chance qu'il ne soit pas venu comme Miya l'a fait. J'aurais dû lire la pitié dans son regard, la même que je peux lire dans celui de Miya par moments, qui me donne envie de gerber de la bile sur mon joli canapé.

Quelque chose de lourd se pose sur mes épaules et coupe court mes sanglots, qui ne quittent plus mes lèvres, qui restent coincés au fin fond de ma gorge quelques instants. C'est chaud, ça sent un mélange de cigarette et de parfum familier. J'ai l'impression d'avoir à nouveau seize ans et d'être enfermé dans ma chambre, avec Miya qui fume par la fenêtre comme si ma mère ne le savait pas, et Kieran avachi sur mes jambes comme un tas. Je regarde les mains de mon amie qui sont posées sur les miennes, ravalant les quelques larmes qui menaçaient de glisser le long de mes joues. « Il va t'en vouloir, » je murmure lentement. Mes yeux tournent dans la pièce comme si je pouvais en déduire toutes les réponses aux questions qui me tracassent depuis des semaines. Est-ce que ça fait longtemps qu'elle est arrivée ? C'était quand la dernière fois qu'Alicia est venue me voir ? Elle doit être soulagée, mon petit cœur. J'aurais jamais dû me laisser glisser si profondément—c'est pas à ma petite sœur de s'occuper de moi comme ça, c'est censé être l'inverse, et pourtant je suis là, pathétique, vivant grâce à elle parce que malgré sa vie, elle a décidé de pas m'abandonner. Pourtant, c'est ce qu'elle aurait dû faire. Me laisser pourrir là comme je le mérite.

C'est si difficile de poser les yeux sur Miya. Je l'ai toujours trouvée plus forte que n'importe quel guerrier de comte de fée. Toujours à porter tant de poids sur ses épaules sans jamais flancher, sans jamais baisser les bras. J'aimerais être comme elle, parfois; être trop entêté pour abandonner, pour lâcher prise. Mais moi, je flanche. J'ai pas le dos droit et dur comme Kieran, j'ai pas les épaules de Miya. J'ai juste un cœur qui pèse trop, qui boit trop, et qui ne relâche jamais.

J'inspire doucement, comme si c'était douloureux de le faire. J'écrase mes doigts contre mes joues pour essuyer les larmes qui y sont restées, pour me reprendre quelques secondes, pour me redresser et pour laisser mon corps se détendre sur les coussins du canapé que je suis censé tant adorer. Y'a rien qui va. « Désolé. » Je crois l'avoir déjà dit, ça. Plusieurs fois même. Mais c'est tout ce qui sort parce que je suis désolé qu'elle me voie dans cet état. Je suis désolé de lui ajouter un poids sur les épaules. Je suis désolé de lui demander de mentir à son meilleur ami—notre meilleur ami, simplement parce que j'ai peur de son regard, de sa pitié. Je suis désolé de ne pas être capable de me sortir de ça tout seul. « Désolé, » je répète une deuxième fois, voix tremblotante. J'ai quel âge pour être aussi pathétique que ça ?

Elle mérite tellement mieux comme ami. Quelle honte. Je refuse de la regarder. Je veux pas qu'elle puisse voir toute cette haine qui vient remplacer ma tristesse d'un coup, toute cette colère qui me surprend. Elle ne devrait pas perdre son temps avec moi. Elle devrait aller vivre sa vie, boire trop dans les bars du coin, passer des journées avec Kieran, me laisser ici pour mort parce que je mérite pas mieux. Je pose une main sur son épaule pour la repousser lentement, doucement. « Tu devrais pas…je mérite pas ton aide. Tu devrais partir. »

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884