OS On naît foutus

xx janvier 2021__
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(Miya, 7 ans)___

Assise sur le fauteuil du grand salon, j'attends que Mère revienne. Elle m'a dit de ne surtout pas bouger alors je ne bouge surtout pas, même si ça commence à devenir long. Depuis combien de temps est-ce qu'elle est partie ? Je suis sûre que ça fait au moins des heures, elle est très lente à se déplacer quand elle s'éloigne de moi. Je crois qu'elle préfère être toute seule qu'avec moi, et surtout depuis la naissance de Kenji. Kenji, c'est mon petit frère. Il a même pas deux ans mais il est déjà grand je trouve — Père dit qu'il sera grand plus tard, mais je comprends pas comment on peut savoir ça à l'avance. Je voulais savoir si moi je serais grande plus tard, mais quand je me suis décidée à ouvrir la bouche pour demander il m'a regardé avec cet air qui fait tellement peur que je préfère me taire et aller me cacher dans ma chambre. Pourtant j'aurais bien aimé savoir. Et Mère, elle fait quoi ? C'est long. Je soupire et agite mes petites jambes dans le vide.

Dehors, il fait très moche. Il a plu toute la matinée, même que monsieur Forbes avait la chemise toute mouillée quand il est arrivé pour mon cours de musique. Mère l'a regardé comme quand elle me regarde moi le matin, quand je descends de ma chambre en pyjama au lieu de m'habiller directement. Alors quand elle est partie j'ai dit à monsieur Forbes que sa chemise elle était très jolie même avec de l'eau dessus, et il m'a offert un médiator. Un vrai médiator d'adulte !

Elle en met du temps Mère.

Je soupire de nouveau et immobilise mes jambes parce que le jeu n'est plus du tout drôle. Je m'ennuie, j'ai faim et je veux sortir jouer dehors. Mais Mère a dit de ne pas bouger, je suis privée de goûter parce que j'ai eu une mauvaise note à mon contrôle de la semaine dernière sur l'histoire du Ministère de la Magie. Mais c'est ennuyeux comme cours, et puis je m'en fiche d'apprendre le nom de vieux sorciers qui sont sûrement morts depuis des années et sur le stupide fonctionnement de ce ministère qu'elle adule tant. Mais elle et Père insistent, alors je dois le faire. C'est trop nul. Kieran non plus il aime pas ces cours — je lui ai pas demandé en vrai, mais je sais qu'il pense comme moi parce qu'on pense toujours pareil.

Mon regard ennuyé glisse sur les meubles parfaitement astiqués de ce salon parfaitement rangé et tombe sur les vitres parfaitement transparentes. Là, je remarque un truc très intéressant. Il a arrêté de pleuvoir. Intéressée, je lance un regard inquiet à la porte par laquelle Mère est sortie et reviens vers la baie vitrée, hésitante. Elle pourrait revenir d'une minute à l'autre...ou pas.

Les risques sont minimes alors aussitôt pensé aussitôt fait, me voilà essayant d'ouvrir la vitre.

Clic. Je souris de toutes mes dents et n'hésite pas à retirer mes chaussettes afin de m'engager sur la pelouse encore humide du passage de la pluie. Les lames vertes glissent sur ma peau nue, les perles dessus roulent sur mes pieds. L'herbe me chatouille et m'arrache des gloussements de joie. Euphorique, je rie et avance un peu plus loin. Le bonheur qui enfle dans ma gorge se change en une tiédeur douce dans ma poitrine. Relevant le bas de mon pantalon, je sautille tout en pouffant. Ô douce innocence danse entre les brins d'herbes, ô douce enfant danse sur le tapis d'un tendre vert. Je tournoie, saute, danse, ris, souris. Mère est oubliée désormais, je vis, je vis ! De nouveau, un rire éclate et je ne me suis jamais sentie aussi légère, jamais aussi heureuse. Mon regard sombre monte vers le ciel lorsque les rayons du soleil percent les nuages et viennent chatoyer sur ma chevelure noire d'encre, ma peau pâle, mon visage las, mes yeux fatigués. Il est là, l'astre scintillant qui illumine le monde et nous donne vie à nous, simples êtres vivants. Je n'en demandais pas tant, déjà ravie par la douceur de la pelouse sous la plante de mes pieds.

Mère est oubliée, ainsi que tous les problèmes associés. Je danse sur le gazon et glousse comme une enfant sous les rayons scintillants du soleil qui apparaissent puis disparaissent sur ma peau au rythme du mouvement des feuilles des arbres.

Ce n'est que lorsque je rejette la tête en arrière dans un éclat de rire que je le vois.

Immense, pont infini dans le ciel, palette de couleurs savamment associées et mélangées, trésor de la voûte céleste, promesse d'un trésor à son pied, de vœux ou autres divers mythes du genre, je ne retiens pas la petite exclamation surexcitée qui monde dans ma gorge quand je l'aperçoit.

« Un arc-en-ciel », je souffle, émerveillée, en écarquillant les yeux.

Très concentrée, je compte les couleurs. Rouge. Orange. Jaune. Vert citron ou vert ? Bleu, violet puis magenta ? Je continue de sautiller tandis que je répète les couleurs à la suite, comme une comptine. « Rouge, orange, jaune, les flammes dans le ciel...puis vert ou vert citron, seul le lutin me le dira....bleu, bleu encore, puis violet et magenta, l'arc-en-ciel étire sa longue traine... » Cet air m'est inconnu, je viens d'y penser, et je le trouve rigolo. Tout en continuant de le siffloter, je trace les notes sur ma cuisse avec mon index.

Les yeux levés vers l'explosion de couleurs dans le ciel morne de Godric's Hollow, j'invente une mélodie et profite de cet instant volé.

Puis j'entends Mère m'appeler avec agacement depuis le haut des escaliers, et je soupire avant de retourner à l'intérieur, abandonnant le soleil et l'arc-en-ciel avec tristesse. Ne pouvait-elle pas prendre encore un peu plus de temps ? Je me demande si les traits colorés vont aussitôt se dissiper ou s'ils attendront la fin de ma leçon, juste pour me féliciter d'avoir tenu sans broncher. Et quand Mère débarque dans le salon avec un air irrité sur son joli visage, je me félicite d'être si rapide à remettre mes chaussettes et refermer la lourde baie vitrée qui donne sur le jardin. C'est dur de retenir mon sourire, et tandis qu'elle reprend là où elle en était avec sa voix sèche et son vocabulaire trop compliqué pour moi, je repense à mon arc-en-ciel et à ma petite comptine. Ça, elle ne peut pas me les retirer, ce sont mes secrets, mes trésors à moi.

Rouge, orange, jaune, les flammes dans le ciel...puis vert ou vert citron, seul le lutin me le dira....bleu, bleu encore, puis violet et magenta, l'arc-en-ciel étire sa longue traine... L'air tourne en boucle dans mon esprit, je chantonne dans ma tête. Et aujourd'hui, je n'interromps même pas Mère alors que la leçon s'éternise.

Parce que j'ai un secret ; j'ai un arc-en-ciel dans le coeur.


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@Morgan Rosenwald, bim, l'OS arc-en-ciel !

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage