13 avr. 2026, 23:18
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
Apparition d'Ewan Buchanan, Eilidh Wallace, Avaleen Buchanan PNJs actifs.

Samedi 15 Octobre 2050,
Sur les coups de 21h.
Appartement de Cinaed Wallace

La journée s'était bien déroulée.
Les clients avaient afflué toute la journée, se succédant dans la boutique sans jamais la laisser vide. Cinaed, quant à lui, avait réglé quelques derniers détails avant le début des travaux qui devaient débuter début Novembre et transformer l'Atelier. Pour accompagner tout cela, un beau ciel bleu fixe, et même une lettre d'Adeline qui l'attendait le matin devant sa tasse de café.

En somme, une journée normale.
Parfaite.

Et puis Cinaed était rentré chez lui à la fermeture de la boutique, comme un humain normal. Ce qui, évidemment, ne lui arrivait pas souvent puisqu'il préférait largement y rester jusqu'à pas d'heure - et souvent y dormir. Surtout en ce moment où la vue de son appartement presque vide lui tiraillait les entrailles. Mais bon, ce soir là, il ne s'était pas senti d'attaque à sculpter et cette seule information aurait dû suffire à lui mettre la puce à l'oreille, mais elle était passée à la trappe. Après tout, Ewan et Sile l'attendaient à 21h précise ce même soir pour une soirée jeux. Cela lui avait donné une excuse toute trouvée pour ignorer la pression à l'intérieur de son esprit qui lui soufflait de rentrer chez lui. S'il était revenu à l'appartement, c'était simplement pour se préparer, et pour rien d'autre.

Il avait passé le pas de la porte, détourné les yeux du salon toujours à moitié vide qu'il n'avait pas le cœur à redécorer et puis était allé se faire une énième tasse de café.

Et la tasse s'était brisée au sol quand, d'une main tremblante, il avait échoué à l'attraper correctement. Une cassure brutale, loin d'être nette qui avait fait s'envoler des éclats de céramique aux quatre coins de l'espace cuisine. De petits morceaux de céramiques qu'il avait observé sans rien dire pendant ce qui lui avait semblé une éternité avant qu'il ne détourne les yeux vers le salon qu'il apercevait au dessus du comptoir.

Les sentiments, parfois, c'était bête. Difficile à suivre et encore plus compliqués à comprendre. Pourquoi avait-il eu du mal à pleurer au départ de Magnus, et puis durant les semaines qui avaient suivi, et également ce jour où il s'était rendu compte que le Cracmol avait cessé de lui répondre ? Pourquoi avait-il eu tant de mal à laisser échapper ses larmes alors que le fait de faire tomber cette fichue tasse suffisait manifestement à détruire le peu de retenu qui lui avait semblé avoir depuis le départ du roux ?

Une foutue tasse en forme de chat que le Cracmol avait sans aucun doute trouvé dans une des boutiques devant lesquelles il passait à pied pour rentrer le soir. Elle n'était même pas jolie, mais Magnus lui avait offert et Cinaed avait eu l'impression qu'il lui avait donné le monde au creux de ses paumes.

Comme souvent dans sa vie, ce petit monde qu'il avait fragilement tenu entre ses doigts venait de s'exploser en tant de morceaux qu'il lui serait impossible de le réparer.

Et Cinaed Wallace, 40 ans et toutes ses dents... Fondit en larmes comme un adolescent.

Levant la tête pour tenter de retenir ses larmes, il se mit à fixer le plafond et se contenta d'exister comme ça pendant quelques minutes. De longues minutes à hoqueter tout seul, dans un appartement qu'il avait jadis partagé avec un homme qu'il avait pensé avoir la chance de voir vieillir.

Entre deux sanglots, il se fit la réflexion qu'il n'avait jamais pleuré comme ça, auparavant. Ca avait toujours été digne de film romantique, par le passé. De grosses crises de larmes qui le faisaient s'effondrer au sol et brailler de désespoir. Jamais cette étrange sensation de n'être plus vraiment lui-même. Plus vraiment vivant. Plus vraiment matériel. Et il n'aimait pas du tout la sensation de devenir un fantôme.

Finalement, il laissa la gravité l'attirer et se recroquevilla sur lui même, accroupi au milieu de sa cuisine, juste à côté du four où Magnus se plaisait à enfourner des cookies tous les quatre matins. Juste à côté du frigo qu'il avait été le seul à penser à remplir. Juste à côté du comptoir où il posait son café tous les matins, et son verre quand ils passaient une soirée à deux. Juste à côté du placard où se trouvait cette fichue tasse quelques minutes auparavant.

Cinaed entoura ses jambes avec ses bras, enfonça son visage dans ses genoux et souhaita ardemment, plus que toute autre chose à cet instant, de pouvoir disparaître. D'arrêter le massacre ici et de se laisser flotter loin de ce corps qui ressentait trop de choses, qui espérait tout autant et qui se retrouvait toujours déçu. Parce que Magnus n'avait pas seulement éveillé chez Cinaed l'envie de se rendre vestimentairement responsable ou de mieux manger et plus dormir. Non, il avait chamboulé toutes les idées sur lesquelles l'ébéniste s'était construit. Il était arrivé et avait fait comprendre à Cinaed qu'il pouvait aimer. Qu'il en était capable, et qu'il savait maintenant ce que ça faisait. Que s'il n'avait pas aimé Charlie, ce n'était pas parce qu'il était un être fondamentalement brisé qui ne pourrait jamais éprouver assez d'empathie pour lier son âme - et son cœur avec - à celle de quelqu'un d'autre.

Et puis il était parti, laissant le brun derrière lui. Il était parti sans avoir jamais su tout cela. Sans que Cinaed n'ait eu le courage de lui avouer tout cela. Sans qu'il n'ai réussi à trouver les mots et à surmonter l'idée bien encrée en lui qu'il ne serait jamais assez bien pour aimer, même avoir compris qu'il pouvait le faire. Il était parti et s'était effacé comme un souvenir en quelques semaines, laissant derrière lui un vide assourdissant. Laissant derrière lui un salon dépourvu de vie, une chambre vide et des centaines de souvenirs dans chaque recoin de l'appartement. Des souvenirs qui, jour après jour, détruisait quelque chose de nouveau chez Cinaed.

Il s'était évaporé et avait abandonné derrière lui un homme qui avait sincèrement pensé avoir trouvé La personne. La personne avec un grand L, celle que Cinaed voyait quand il se baladait devant les vitrines des bijouteries. Une personne avec qui, si on lui avait posé la question, il aurait aimé vieillir.

Il semblait maintenant qu'il était de retour à la case départ. S'il avait toujours cru qu'il pourrirait seul et s'éteindrait tout aussi solitaire et que c'était uniquement à cause d'un manque de capacité émotionnelle, Cinaed savait maintenant que ce n'en était rien. Non, s'il finirait tout seul, c'était uniquement parce qu'il ne méritait pas de salir le futur d'un autre être humain, même s'il aimait avec toute l'énergie d'un enfant qui n'avait jamais connu l'amour. Et, finalement, ça faisait bien plus mal.

1115.

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]

13 avr. 2026, 23:59
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
... -ed ? Cinaed ? Un énième coup à la porte ponctue l'appel de la personne cachée par le panneau de bois. Même hors de sa vue, Cinaed reconnait son visiteur. Il le reconnaîtrait entre mille, d'ailleurs, mais il n'a pas l'énergie de se lever pour lui ouvrir la porte. Il n'a pas, non plus, l'énergie de faire semblant d'aller bien, et il ne veut pas partager ce qui ne va pas. En somme, il est bloqué, à moins que l'autre ne décide de s'en aller. J'entre, d'accord ? finit par dire la voix venant du couloir. Evidemment, Cinaed n'a jamais été particulièrement chanceux dans ses tentatives d'échapper à Ewan.

Oh, Cin'... Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Cinaed entend vaguement Ewan traverser la pièce de vie pour le rejoindre dans la cuisine. Il n'a pas retiré ses chaussures, et une pensée lui traverse soudainement l'esprit. Magnus ne va pas être content s'il laisse des traces sur son tapis préféré. Il demande toujours à ce que l'ébéniste retire ses chaussures, mais Ewan vient de traverser la moitié de l'appartement sans retirer les siennes. Il n'y a plus de tapis, de toute façon, et ça ne devrait pas le faire sangloter comme un enfant comme ça.

Le roux s'agenouille à côté de lui et passe un doigt timide sur son front pour glisser ses boucles indisciplinées derrière son oreille et pouvoir l'observer un peu mieux. L'ébéniste se recroqueville un peu plus, cachant finalement entièrement son visage contre ses genoux. Ewan claque sa langue contre son palais dans un soupir de déception, et souffle longuement du nez avant de se redresser d'un coup sec, les mains sous les aisselles de son meilleur ami. C'est évidement immédiat, l'ébéniste est soulevé du sol comme un chat récalcitrant malgré sa faible tentative de rester au sol.

Tu vas pas rester par terre à pleurer comme un gros bébé, t'as passé l'âge. Soupire le comptable avant de guider doucement son ami hors de la cuisine. Attention aux morceaux, te fait pas mal. Chuchote-t-il doucement en essayant de pousser l'ébéniste jusqu'à sa chambre tout en le faisant éviter les morceaux tranchants de céramiques au sol. Evidemment, Cinaed ne semble pas remarquer ses efforts et marche sans même y penser sur quelques morceaux, ce qui lui arrache une grimace de douleur à chaque fois.

Si Ewan semble surprit en observant l'appartement vide autour de lui, il n'en dit rien et se contente d'aider Cinaed à rejoindre son lit et à s'y allonger. Il aurait des dizaines de choses à dire, en commençant par le fait qu'il n'est pas sain pour l'autre écossais de garder un appartement à moitié vide, sans même chercher à remplacer les meubles que Magnus a emporté. Pourtant, il ne dit pas un mot, conscient que ce n'est pas le moment et parfaitement au courant de la douleur que ressens son ami. Il l'avait ressenti, lui aussi, à l'époque où il avait compris que Cinaed et lui ne seraient jamais plus que de très bons amis. Ca avait fait mal de perdre quelqu'un qui était toujours à ses côtés et de faire le deuil d'une relation qu'ils n'auraient jamais. Mais, peut-être, ce deuil n'était en rien aussi fort que celui qui secouait les épaules de Cinaed à travers de lourds sanglots.

Ewan laisse Cinaed se tortiller quelques secondes sur son matelas avant de trouver une position confortable et puis - après une inspection méticuleuse de ses pieds sous les grognements mécontent de son ami - il grimpe à son tour sur le lit et vient se blottir dans son dos, entourant son torse de ses bras et le serrant fort contre lui. Il pose sa joue contre l'arrière de sa nuque et prend de longues inspirations dans l'espoir que Cinaed se calque sur sa respiration pour se calmer. Il a toujours fait ça au fil des années. Dès que Cinaed s'effondrait - ce n'était pas arrivé souvent, mais suffisamment de fois pour que Ewan se crée une routine - son meilleur ami était là, à veiller sur lui et à le serrer fort contre lui jusqu'à ce que l'ébéniste revienne à lui. Jusqu'à ce que la présence d'Ewan l'ancre suffisamment à la réalité pour qu'il décide de s'y rattacher au lieu de laisser son âme vagabonder je-ne-sais-où.

Cinaed sait que l'autre n'a pas besoin de raison et qu'il restera là autant de temps qu'il en aura besoin. Ewan ne demande rien, et n'a jamais rien demandé par le passé. Il l'a toujours laissé pleurer, l'a toujours plongé dans un bain chaud après ses crises de larmes et a toujours fait en sorte qu'il mange et dorme bien après tout cela. Pourtant, aujourd'hui, c'est le brun qui a besoin de parler. Pas de ce qui le tourmente, non, pas pour le moment, mais de tous les non-dits qu'il n'a jamais vraiment abordé avec l'autre.

Tu m'aurais épousé, dit ? Si j'avais.. Si on avait... commence-il, la voix rauque et toujours entrecoupée de petits hoquets. Si tu avais été amoureux ? demande Ewan, avant de continuer quand Cinaed hoche la tête. Ouais, j'l'aurais fait. Il presse avec un peu plus de force sa joue contre le dos de l'autre et resserre sa prise. Mais j'aurais pas été heureux et... et toi non plus.

L'ébéniste hoche la tête et ferme les yeux en essayant d'ignorer les larmes silencieuses qui se remettent à couler sur ses joues. J'ai essayé. Vraiment essayé. Dit-il doucement. Je sais.

Les deux hommes avaient toujours été très honnêtes l'un envers l'autre, surtout concernant leur relation. Ils étaient jeunes, et aucun des deux n'échangeraient cette période pour rien au monde. Ce n'était pas quelque chose de triste, ou en tout cas pas vraiment. Ewan savait que Cinaed éprouvait et avait éprouvé de forts sentiments, qu'il avait ressenti la chose la plus proche de l'amour qu'il avait pu imaginer à l'époque. Il n'avait pas de regret, pas de tristesse latente, juste une acceptation tranquille de ce qui avait été une possibilité et du fait qu'elle ne se réaliserait jamais. C'était la vie : deux âmes tellement liées l'une à l'autre qu'elles ne pouvaient pas se rejoindre sur un sentiment si... Commun. Ils n'avaient pas été fait pour être amoureux, simplement pour être ensemble et ça leur allait très bien. Mais, parfois, Cinaed se surprenait à penser que s'il avait fait un peu plus d'effort - juste un peu - tout aurait pu fonctionner. Car, après tout, s'il avait réussi à tomber amoureux de Magnus, pourquoi pas d'Ewan ? Mais c'était trop tard, et il n'aurait jamais la réponse à sa question. Il ne la voulait plus, de toute façon, ou pas vraiment : il était heureux pour Sile et Ewan et leur relation ressemblait à de nombreux égards à un trouple un peu étrange. C'était parfait comme ça, n'en déplaise à ses excès de mélancolie où il remettait tout en question.

Et Magnus ? demanda soudain Ewan après quelques minutes de silence où les deux hommes se contentèrent de se serrer fort l'un contre l'autre. Hm ? fredonna l'ébéniste. Lui, tu l'aurais épousé ? Le roux ne demanda pas pour lui, car après-tout, il connaissait la réponse. Cinaed ne se serait pas lié à lui de cette manière, mais il était curieux de savoir à quel point son ami avait changé grâce à Magnus. Celui-ci prit une longue inspiration tremblante pour retenir de nouvelles larmes et hocha la tête, incapable de répondre à voix haute. Oh, Cinaed...

Ewan posa une main sur le cœur de son ami et un baiser sur son épaule vêtue. Ça ira. Je te promet que ça ira. Il aurait aimé lui dire qu'il était fier de lui et que l'amour, c'était beau même si ça faisait mal parfois. Mais ce n'était pas le bon moment, et il avait plus peur de briser le reste de son ami en ouvrant à nouveau la bouche qu'autre chose alors il se contenta de le serrer très fort et d'attendre. Une ancre, toujours une ancre.

1329.

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]

14 avr. 2026, 15:31
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
Une fois que Cinaed eut séché ses larmes - bien que son cœur continue à pleurer à l'intérieur de sa poitrine - Ewan lui fit couler un bain. Faisant chauffer l'eau jusqu'à ce que la salle de bain soit entièrement recouverte de buée, il en profita pour ajouter une des nombreuses bombes de bain à la lavande que son ami appréciait tant mais sans jamais penser à les utiliser. Et puis, ce fut au tour de l'épreuve la plus difficile de la soirée : tirer le brun hors de son lit, réussir à lui arracher son tee-shirt et son pantalon alors qui se mettait à geindre et l'aider à grimper dans la baignoire. Comme à chaque fois, Cinaed se plaignit tout du long avant de finalement s'immerger entièrement sous l'eau à peine le cul posé dans celle-ci. Il avait toujours été le professionnel des plaintes inutiles, juste histoire de se plaindre parce qu'il aimait ça et que ça lui retirait un peu du poids qui s'étalait sur sa poitrine.

Ewan resta assit quelques secondes près de la baignoire, attendant que son ami refasse surface avant de le laisser tranquille. Cinaed l'entendit vaguement nettoyer les morceaux de céramiques avant de se replonger sous l'eau pour ne plus avoir à réfléchir à cette fichue tasse. Immergé dans son bain, il avait l'impression que le monde entier se taisait. Tout était calme, là dessous. La chaleur de l'eau détendait lentement ses muscles et son poids lui donnait l'impression d'être emmitouflé dans une grosse couverture. Il se sentait à nouveau enveloppé dans son corps et la sensation de n'être qu'un fantôme, une âme loin du monde réel lui était finalement passée même si elle avait laissée derrière elle une lourde fatigue. Celle-ci disparaissait peu à peu sous les bruits étouffés que l'eau faisait parvenir à ses oreilles et Cinaed se laissa soupirer longuement, vidant pratiquement entièrement ses poumons avant de se remettre à respirer normalement.

Trop vite, une ombre s'étala sur ses paupières fermées et l'ébéniste dû rouvrir les yeux pour observer son ami qui, penché au dessus de la baignoire, le regardait d'un air inquiet. Le brun soupira puis se redressa jusqu'à s'assoir dans la baignoire, les bras enroulés autour de ses jambes. Sile va t'attendre. Elle devait se faire un sang d'encre, la pauvre, et Avaleen tout autant. Déjà qu'elles attendaient Cinaed pour 21h, là elles n'avaient même plus Ewan avec elles. Décidément, il avait fait foirer le diner dans les règles de l'art. Malgré tout, il n'arrivait pas à se sentir coupable. Ses sentiments s'étaient engourdis dans sa poitrine et, même s'il avait fait un effort, il n'aurait pas été capable de se sentir un minimum mal d'avoir changé les plans de tout le monde pour la soirée.

C'est bon, je l'ai prévenue. Elle s'inquiète pour toi, c'est tout Il passa une main dans les boucles trempées de Cinaed, les plaquant à nouveau au sommet de sa tête pour lui libérer le visage. Elle doit rester pour s'occuper d'Avaleen, mais tu sais qu'elle serait venue si elle avait pu. Ajouta-t-il à la suite. Cinaed n'aurait pas demandé la présence de la mère de famille mais Ewan savait que lui rappeler que les gens s'inquiétaient pour lui ne pouvait pas faire de mal. Même si Cinaed n'avait pas voulu la voir, il aurait été content qu'elle pense à lui.

Un fois le silence retombé, Cinaed ferma à nouveau les yeux, se contentant de se balancer doucement pour faire bouger l'eau. Ewan se mit à nouveau en mouvement quelques instants plus tard, ramassa une petite bassine rangée dans un des meubles et l'utilisa pour mouiller les cheveux de l'ébéniste qui s'étaient mis à sécher sur son crâne. Celui-ci fredonna doucement, en rythme avec la mélodie qu'Ewan avait commencé à chantonner. Une berceuse quelconque que son père leur chantait à l'époque où les deux jeunes enfants arrivaient à négocier une soirée pyjama chez le roux.

L'ambiance ne changea pas alors qu'Ewan s'affairait à laver les cheveux de son ami. Quelque chose d'intime, de doux et de sans prise de tête. Quelque chose à eux, qu'ils avaient fait des dizaines de fois, et qui leur faisait toujours du bien. Cinaed aimait être choyé, et de tels moments lui permettaient de se réapproprier la réalité. Ewan, quant à lui, se sentait naturellement soulagé quand il s'occupait du brun. C'était mieux pour lui que ne pas savoir où était son ami, ou même s'il ne s'était pas allongé quelque part en attendant qu'un policier vienne le sortir de son faussé. Car, oui, il l'avait déjà fait, et Ewan avait été assez peu ravi de devoir venir le chercher à l'hôpital parce qu'il avait décidé que le meilleur moyen de gérer sa déprime était de se bourrer la tronche et de s'allonger quelque part dans l'herbe. L'ébéniste n'était simplement pas fait pour se débrouiller tout seul dans sa vie normale, alors encore moins quand il ne savait plus vraiment si son corps était bien vivant ou s'il ne pilotait pas un objet sans conscience propre.

Une fois la touffe de cheveux de Cinaed bien lavée, Ewan se déshabilla en quelques secondes. Il prit le soin de plier ses vêtements afin de les poser sur le bord de l'évier et qu'ils ne se prennent pas, eux aussi, une douche avant de se glisser dans la baignoire en donnant quelques légers coups de pieds jusqu'à ce que Cinaed se décale suffisamment pour lui laisser de la place. Et puis, il appuya son menton sur ses genoux et se mit à tracer de petits cercles sur ceux de l'homme en face de lui. Pourquoi tu lui as rien dit ? À Magnus, je parle. Il senti l'ébéniste se tendre sous ses doigts mais n'arrêta pas pour autant ses caresses légères comme les ailes d'un papillon. J'sais pas. Commença Cinaed, avant de soupirer quand Ewan grogna en réponse. Le genre de bruit qui vous fait comprendre rapidement que les gens ne croient pas à vos conneries. Je pensais pas que.... Je pensais que c'était pas une bonne idée. Ewan laissa échapper un soupir et puis changea de sujet de conversation.

Les deux hommes papotèrent quelques minutes de plus avant de simplement apprécier la compagnie de l'autre sans plus ouvrir la bouche. De longs instants plus tard, Ewan était en train de vider une partie de la baignoire pour la remplir à nouveau avec de l'eau bien chaude quand Cinaed reprit la parole, sans même prévenir. J'aurais pas été assez bien pour lui. Je voulais pas briser quelqu'un d'autre, pas après... Charlie. Et toi, aussi. C'est pas parce que finalement je.. suis pas cassé à l'intérieur, que je saurais être amoureux comme il faut. Cinaed détourna le regard alors que celui d'Ewan se posait sur lui, incapable de le soutenir. Il se sentait honteux sous ces deux yeux qui le fixaient et avait parfaitement conscience que son ami ne partageait pas ses pensées. Ewan avait toujours été trop gentil, toujours trop prompt à voir le bon dans les autres. Le bon dans Cinaed, tout particulièrement, alors que l'ébéniste lui-même s'était dit plus d'une fois qu'il n'y avait rien à voir du tout.

Je n'suis pas d'accord. Dit-il finalement, les lèvres pincées avant de fermer l'évacuation de la baignoire et de rouvrir le robinet. Le bruit empêcha Cinaed de reprendre la parole mais même avec quelques minutes pour réfléchir à ses mots, il ne changea pas de discours. J'avais raison, finalement. Il est parti, et il serait parti plus vite si j'avais dit quelque chose, parce que je... j'aurais tout foutu en l'air plus rapidement, c'est tout. Une partie de lui s'était demandée si Magnus aurait pu rester, à l'inverse, s'il lui avait avoué ce qu'il ressentait. Mais bon, cette partie de lui était si petite, si fragile sous toutes les autres pensées qui encombraient son esprit qu'elle ne revenait pas suffisamment à la surface pour pouvoir crier son avis dans le brouhaha général de sa cervelle. Peut-être. Ou peut-être que ça aurait tout changé et qu'il aurait partagé tes sentiments. Il avait l'air plutôt content d'être près de toi, ça m'aurait pas surprit de vous voir ensemble.

Il... méritait vachement mieux que moi. Il aurait au moins mérité un homme comme toi, quelqu'un de gentil et d'à l'écoute. Reprit Cinaed, le souffle soudainement court. Mais... Tu l'es, toi. A l'écoute et gentil. Un peu trop égocentrique mais je ne connais personne de plus gentil que toi. De toute façon, il était difficile d'être méchant quand vous étiez aussi joyeux luron que Cinaed. Il ne s'énervait que lorsqu'on le poussait à bout, ou pour défendre quelqu'un d'autre. Pratiquement jamais de cri pour défendre un ego blessé ou quelque chose du genre : simplement une moue boudeuse, un petit silence radio et voilà. Le tout ne durait généralement que quelques minutes jusqu'à ce que son petit cerveau ait une nouvelle idée révolutionnaire et qu'il vienne vous l'étaler sous les yeux en gloussant. Cinaed était cette petite étincelle dans sa vie qui lui rappelait qu'il avait été enfant à une époque, et qu'il n'était jamais trop tard pour faire des pauses dans sa vie d'adulte pour faire un petit tour dans ses souvenirs.

J'aurais tout foutu en l'air. Termina Cinaed, le ton étonnamment décisif. Comme s'il n'y avait aucun monde où il pouvait évoluer autour des autres sans leur faire du mal. Peut-être concéda Ewan mais tout le monde peut le faire. Tout le monde le fait à un moment dans sa vie. Tu ne penses pas que ça aurait valut le coup d'essayer ? Ou que ça... vaut toujours le coup ? L'ébéniste secoua la tête, et Ewan soupira à nouveau. Il était borné sur son idée, et le roux savait que rien ne pourrait le faire changer d'avis. Cependant... il avait quand même envie d'essayer. Une petite voix dans sa tête lui chuchotait que le deuil était toujours plus facile à faire quand on avait accepté que les choses étaient finies. Et il lui semblait que Cinaed ne pourrait jamais accepter que quelque chose soit terminé avant même d'avoir essayé de le commencer. Ewan n'avait pas envie de voir son ami se morfondre pendant des mois, mais que pouvait-il faire pour lui ? De toute façon, c'était trop tard. Cinaed avait déjà prit sa décision, et il était trop tard pour revenir en arrière. Il allait devoir apprendre à dire adieu avant même de dire bienvenue. C'était dur, et le cœur du comptable pleurait la douleur de son ami.

Je suis là. dit-il simplement à l'autre avant de se tortiller dans l'espace restreint pour se rapprocher de l'autre. Il appuya son front sur celui de l'ébéniste, le regard fixé dans le sien. Et tu n'as pas tout foutu en l'air avec moi. Tu trouveras quelqu'un avec qui ça fonctionnera. Cinaed ferma à nouveau les yeux, avala sa salive et fini par hocher la tête. Il n'y croyait pas vraiment, et ça se voyait, mais Ewan remarquait aussi l'effort que ça lui coutait d'essayer et il en était content. Il n'avait pas besoin de plus, ou en tout cas pas pour le moment. Allez dit-il en lui tenant le menton entre deux doigts, redressant juste assez son visage pour déposer un petit baiser chaste sur ses lèvres. Faut qu'on sorte, sinon on va devenir tout frippés. Un deuxième baiser fut déposé sur les lèvres de Cinaed, puis un troisième sur le haut de sa pommette avant qu'Ewan ne quitte la baignoire, le tirant à la suite en tenant fermement ses deux poignets.

Une fois sec, le roux fit claquer sa serviette à l'arrière des cuisses du brun pour le tirer d'une nouvelle rêverie et l'encourager à en faire de même. Puis, une fois emmitouflés dans des pyjamas - bien que celui qu'Ewan avait piqué à son ami soit légèrement trop court - les deux hommes retournèrent s'étaler sur le lit où Cinaed avait pleuré toutes les larmes de son corps quelques heures avant. Ewan agita sa baguette pour le sécher, et se mit à installer le peu de matériel informatique qui survivait dans la chambre de Cinaed où il avait la fâcheuse tendance à lancer trop de sortilèges. Un vieux lecteur DVD qui fonctionnait avec un projecteur qui devait avoir au moins le même âge mais qui fonctionnait toujours, par il ne savait quel miracle. Quelques dizaines de minutes plus tard, chaque homme avait un plateau de sushis sur les genoux et écoutaient à moitié le film qui se jouait contre le mur. Etant le préféré de Cinaed, ils l'avaient vu une bonne quarantaine de fois mais Ewan se trouvait forcé d'avouer qu'il n'y avait pas grand chose de plus rassurant et émotionnellement réparant pour des soirées comme celle qu'ils venaient de passer.

Alors qu'il enfournait un sushi entier dans une de ses joues, Cinaed se mit à agiter sa fourchette et prit la parole pour la énième fois en quelques secondes pour poser la question qu'il laissait échapper à chaque fois : Pourquoi ils ont pas juste coupé le tuyau ? Ils sont pas à ça près, Willy doit être plus riche que moi, sérieux. C'pauvre Augustus, imagine s'il s'était noyé dans son chocolat ? La mort horrible, quoi... J'pense que je préfèrerais me faire écraser par un Eruptif. Ewan se contenta d'hausser les épaules et de glisser un morceau entier de Wasabi sur un des sushis de Cinaed en profitant que l'autre était trop occupé à refaire le film de A à Z. Il en était arrivé à se plaindre du fait que Violette aurait dû avoir une peau toute étirée à la fin au lieu d'être juste bleue quand il goba le sushi sans même le macher. Et, bingo, il ne lui fallut que quelques secondes pour se mettre à tousser et à pleurer sous les cris de rire de son meilleur ami.

2301

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]

14 avr. 2026, 17:26
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
Mardi 1er Novembre 2050,
Sur les coups de 18h,
Appartement de Cinaed Wallace

La porte d'entrée de l'appartement s'ouvrit sans prévenir et Ewan en passant le pas d'un air pressé. Son regard passa rapidement autour de lui, cataloguant le peu de changements qui s'étaient opérés depuis sa dernière visite, il y a quelques jours seulement. Une fois certain que son ami n'était pas en train de rendre l'âme au milieu de son salon, il referma la porte d'un geste rapide du pieds car ses mains étaient bien encombrées. Adélaïde - qu'il était passé voir plus tôt pour voir avec elle quelles visites elle pensait être de l'âge d'Avaleen - lui avait parut assez inquiète alors, évidemment, il s'était dépêché de rejoindre son meilleur ami, non sans oublier l'éternel tupperware qu'Adélaïde lui avait fourré dans les mains. En ce moment, elle demandait toujours à son elfes - ou à son frère ? Ewan ne savait pas vraiment - une portion supplémentaire de ses repas pour la faire livrer chez Cinaed. Soit elle avait le temps de l'apporter elle-même et venait donc s'asseoir près de l'ébéniste après avoir quitté le musée pour vérifier qu'il mangeait et qu'il n'était pas trop triste, soit Ewan faisait le déplacement à sa place.

C'était une petite routine qu'ils avaient mis en place et qu'ils diminuaient petit à petit depuis quelques jours. Cinaed avait été vraiment mal pendant une grosse semaine avant de commencer à s'améliorer doucement, et les deux amis inquiets avaient donc compris qu'il n'était plus autant nécessaire de le surveiller. Cependant, Ewan passait toujours ranger un peu son appartement et jouer aux cartes tandis qu'Adélaïde se contentait bien souvent de rester assise près de l'ébéniste. Soit elle prenait la parole, soit elle le laissait parler quand il avait envie. Et quand aucun des deux ne savait quoi dire, elle lui proposait une partie d'échecs et pinçait ses lèvres joliment maquillées quand Cinaed parvenait à la battre alors qu'il avait l'apparence d'un Hermite après avoir oublié de se raser durant quelques jours.

La seule chose qu'il arrivait encore bien à faire était de tenir sa boutique, mais il ne fallait pas lui demander beaucoup plus. Ewan le croisait même parfois alors qu'il avait du mal à sculpter, malgré le fait d'être assit devant sa paillasse. C'était à ça que le roux déterminait si Cinaed avait encore de la peine au cœur ou pas.

Tout ça pour expliquer que, lorsque Adélaïde lui avait tendu une boite pleine de petits trucs que Cinaed aimait manger avant qu'il ne quitte son appartement et lui avait annoncé sans préambule que Cinaed avait été d'une humeur... Parfaite, et même un peu trop heureuse, Ewan avait tout de suite pensé au pire. L'autre homme était pratiquement apathique depuis la fois où il s'était écroulé au milieu de sa cuisine, alors l'imaginer sautiller d'un coup ? C'était terrifiant et Ewan n'avait pas envie de découvrir quelle connerie l'autre s'était encore mis en tête. Un jour, le roux était persuadé que son ami se mettrait en tête d'aller élever des chèvres pour calmer son cœur meurtris et il préférait éviter le jour où il rentrerait chez lui pour voir une chèvre naine au milieu du salon.

Personne ne changeait d'humeur aussi rapidement si le changement était sain. C'était bizarre, même pour Cinaed, surtout si on prenait en compte que son bébé, sa boutique, son rêve, serait fermée pendant plus de trois semaines. Ewan s'attendait à ce qu'il fasse une petite déprime, même en étant particulièrement heureux de pouvoir rénover sa boutique. Au moins une petite soirée à geindre que, à partir de maintenant, sa vie n'avait plus aucun sens parce qu'il ne pourrait plus vendre ses œuvres pendant 23 longs jours. Mais non, Adélaïde lui avait indiqué que Cinaed était passé chez elle, lui avait ramené des macarons et avait passé une longue heure à la remercier pour tout ce qu'elle avait fait pour lui, avant de la laisser parler et de l'écouter avec attention. Le comptable avait presque peur que Cinaed se soit découvert un cancer fulgurant de stade quatre et qu'il ne lui restait que quelques heures pour profiter de ses proches une dernière fois.

Mais Cinaed n'était pas en train de mourir. Non, il était à moitié penché au milieu de son salon, le corps enfoncé dans une caisse de canapé, une jambe précairement en équilibre sur une planche pour la tenir en place. Il avait l'air... échevelé, et à deux doigts de s'enfoncer un clou dans l'indexe.

Ewan soupira, déposa avec délicatesse ses paquets sur le comptoir de la cuisine ouverte avant de se rapprocher de son ami. Tu m'explique ce que tu fais ? demanda-t-il, les mains sur les hanches mais la voix moins désapprobatrice qu'il ne l'aurait voulue. En fait, c'était presque attachant, la manière dont l'ébéniste se tortillait avec un meuble Ikea alors qu'il passait ses journées à sculpter des choses bien plus difficiles. L'homme, d'ailleurs, releva la tête, les deux mains posées dans le fond du canapé pour se retenir. Et avec un grand sourire, il lui dit : J'ai acheté un nouveau canapé ! Ewan leva les yeux au ciel Que tu montes à l'envers, trou du cul.

Il se récolta un hoquet scandalisé mais n'en fit cure et attrapa son ami par le col pour l'aider à se redresser hors de son meuble à moitié catastrophique. Le roux était un peu frustré de s'être inquiété pour rien mais, en même temps, il était content que Cinaed aille mieux. Juste, il aurait préféré que ça ne vienne pas de nulle part. Cela dit, si Cinaed meublait à nouveau son appartement, alors c'était qu'il allait mieux. Ewan lui avait proposé une semaine avant de lui racheter un canapé et le brun avait fait une crise larmes en expliquant à quel point Magnus lui manquait, parce que le canapé était à lui et que le salon ne serait plus jamais pareil sans. Il avait fallut de longues heures pour lui faire comprendre que le changement ne signifiait pas forcément que les choses seraient moins agréable, mais il avait fini par y arriver.

Tu comptes tout remeubler ou juste le canapé ? demanda le roux alors qu'il s'installait à côté de son ami pour l'aider à changer de place certaines des planches. J'sais pas. J'verrais. J'ai pas envie d'y réfléchir. Comprenant que le sujet était encore douloureux, Ewan n'insista pas. Cinaed avait beaucoup à racheter, et beaucoup à réfléchir pour être à nouveau chez lui ici mais s'il essayait, c'était suffisant pour Ewan. Il faudrait simplement qu'il envoie une lettre rapide à Adélaïde pour lui donner des nouvelles : non, leur amis n'avait pas décidé de partir habiter en Norvège, et non il n'était pas au stade terminal d'une maladie incurable. Tout allait bien, Cinaed était... Cinaed, tout simplement. Mais le doute persistait quant à cette étonnante énergie. Est-ce que tu as renc- Cinaed se tourna si rapidement vers lui qu'Ewan pu entendre ses vertèbres craquer ontré quelqu'un ?

Non ! lui cria à moitié l'ébéniste avant de reprendre le vissage de son meuble, un air beaucoup trop concentré pour être réel sur le visage. C'est juste que je suis content pour les travaux de la boutique, c'est tout. Et... et puis j'sais pas, j'en ai marre d'aller pas bien. Il leva à nouveau les yeux vers lui, les paupières plissées Tu préfèrerais que je continues à aller mal ? et il se prit une claque à l'arrière du crâne. Bien sûr que non, gros débile. Je posais juste la question, c'est tout. Pas besoin d'insister pour comprendre que l'esprit de Cinaed avait commencé à vagabonder vers quelqu'un d'autre. Il était grand temps, selon Ewan. Bien qu'il ne se soit passé que quelques semaines depuis sa grosse crise de larmes, Magnus avait quitté l'appartement depuis Septembre. Si Cinaed commençait à rencontrer de nouvelles personnes, même sans dimension romantique derrière, c'était bien pour lui. Et puis, ce serait trop tôt. Ajouta Cinaed sans trop de conviction. Si tu l'dis répondit le roux Mais chacun fait son deuil à sa vitesse. Et puis, je parlais aussi de rencontrer des amis.

Après quelques minutes de silence, Cinaed reprit la parole d'une voix douce : Il s'est vraiment pas passé grand chose, hein. J'ai.. j'étais content de voir Adeline pour Halloween. Et elle compte sur moi, je peux pas me laisser crever dans un coin, tu comprends ? J'ai... j'ai encore plein de trucs à régler avec Rhys pour elle et... Je sais pas, je me suis rappelé que j'aime vraiment beaucoup ce que je fais. Ma vie, tout ça. Il leva à nouveau les yeux vers lui, et prit une grande inspiration. C'est bon, je peux avancer. Ewan se déplaça pour le prendre dans ses bras rapidement avant de lui tendre le bon tournevis. Je suis fier de toi. Adélaïde aussi le sera, j'en suis sûr. Elle s'est inquiétée avec ton changement de comportement, c'était trop soudain. Il lui fit un clin d'œil et laissa échapper un petit rire quand Cinaed échangea son tournevis avec le sien en bougonnant. Et puis... Si jamais tu rencontres quelqu'un, même amicalement, j'serais content d'en entendre parler.

Le plus jeune détourna le regard et, à voix basse, avoua : C'est juste un ami, je pense. On s'est rencontré pour.. euh.. Début Octobre, chez le tatoueur. Je lui ai proposé d'aller boire un café, si ça se trouve il va dire non. Je suis pas... prêt pour plus. Je veux pas revivre ça encore, pas maintenant. Ewan cacha habilement son sourire derrière une planche qu'il attrapa pour faire mine d'avancer sur le montage du meuble au lieu de simplement attendre les ragots. Pourquoi il dirait non ? Un café, c'est toujours chouette. Et Adélaïde m'a dit qu'elle t'avait aidé à emballer des macarons ? Il sera content d'en recevoir.

Cinaed secoua la tête et tourna le dos à son ami. Et j'm'excuserais à Adé, j'voulais pas lui faire peur. J'étais... ouais, juste j'étais content. Une main se posa sur son épaule et pressa délicatement avant que Ewan ne reprenne la parole Alors on est contents aussi.

1682.

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]

29 mai 2026, 00:58
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
Apparition de Avaleen Buchanan, PNJ Actif.

Mardi 15 Novembre 2050,
Dans la soirée,
Maison d'Ewan & Sile Buchanan

Parrain ? demande une petite voix qui tire aussitôt Cinaed se ses pensées. L'ébéniste redresse la fillette sur ses genoux et caresse sa joue avec le côté de son index replié. Oui, ma citrouille ? lui répondit-il en penchant la tête sur le côté, son attention entièrement sur elle. Papa, en ce moment, il dit que tu es triste. Tu es triste ?

L'écossais se fige quelques instants et ses mains se dirigent naturellement vers le dos de l'enfant pour l'attirer un peu plus contre lui, comme un doudou à serrer pour se réconforter. Non, crevette, je vais bien. Faut pas t'inquiéter. finit-il par répondre avant de frotter le bout de son nez contre la joue d'Avaleen et d'y déposer un baiser tout doux. Cela a toujours le mérite de faire glousser la jeune rousse, mais aujourd'hui elle se retient et choisit à la place de repousser son parrain pour pouvoir le regarder dans les yeux. C'est pas bien de mentir. Le père Noël, il passera pas à Yule pour toi si tu fais ça. dit-elle très sérieusement, son regard bleu plongé dans le sien. Et, soudainement, Cinaed se sent très honteux. Il n'a même pas la foi de sourire au mélange de fêtes que fait l'enfant. Il baisse les yeux et se racle la gorge, comme pour se préparer à une réponse qui ne vient pas. C'est à cause de Magnus ? demande finalement Avaleen, d'une voix trop sérieuse pour un timbre si fluet.

Cinaed sent ses mains se crisper dès que le nom lui parvient aux oreilles et sa filleule se tortille quelques secondes sur ses genoux, mal à l'aise avec la poigne du plus vieux. Il retire ses mains dès qu'il la sent mal à l'aise mais ne parvient pas tout de suite à décrisper ses doigts.

L'ébéniste trouve qu'il va mieux, un peu chaque jour. Il fait des efforts, il redécore son appart. Leur appartement. Il fait tellement de petits pas, pratiquement invisibles, tous les jours pour se sortir d'une situation qu'il sait ne pas être idéale. Ca passe par ne pas s'attarder trop longtemps dans le salon qui, bien qu'habillé d'un nouveau canapé, est encore loin d'être aussi rempli qu'à l'époque où Magnus habitait avec lui, ou encore par le fait d'avoir retiré son nom de la boite aux lettres. Il a pleuré, ce jour là, avec le petit papier dans les mains, à observer l'écriture de Magnus traçant chacune des lettres d'un nom que l'ébéniste ne reverrait probablement plus. Malgré tout, il y a des jours où les choses sont difficiles. Des nuits, aussi, où il reste éveillé à fixer son plafond sans arriver à s'endormir et sans avoir l'envie de sculpter. Et, Cinaed, quand il pense et qu'il n'arrive pas à sculpter, il n'a rien pour s'éloigner de sa tête.

Alors il réfléchit, durant ces nuits, à ce qu'il a fait et à ce qu'il n'a pas fait. A ce qu'il aurait pu avoir, et à ce qu'il aurait voulu avoir. Il réfléchit au fait que Magnus n'était peut-être pas le bon, finalement, même si son cœur se serre à chaque fois qu'il y pense, parce qu'il est toujours persuadé que c'était lui qui n'était pas le bon pour Magnus. Ces nuits sont de plus en plus rares, mais il en a vécu beaucoup sur la semaine qui vient de s'écouler, et encore pire depuis sa sortie du Dimanche. C'est difficile pour lui, parce qu'il aimerait que tout aille mieux d'un coup, simplement parce qu'il l'a décrété. Mais, au lieu de ça, il rechute. Beaucoup, et souvent fort et Cinaed ne sait pas comment gérer tout ça. Il a l'impression, un peu plus à chaque fois, qu'il ne pourra pas se sentir mieux et qu'il ne pourra pas passer à autre chose alors qu'il aspire sincèrement à le faire. Il n'est plus dans la phase où il voulait garder Magnus près de son cœur à tout prix, quitte à souffrir fort et vivement et pourtant il continue à pleurer dans sa baignoire quand les souvenirs le prennent au cou.

Ouais. souffle-t-il simplement, la gorge soudainement bien serrée et la voix plus haute de quelques octaves que l'habituelle. Avaleen s'essuie le nez avec sa manche - une habitude qu'elle a prise de lui et qu'Ewan déplore - avant de se blottir contre lui. Maman, elle dit que c'est un gros crétin. Mais que quand je suis partie faire dodo. Cinaed sourit à l'aveu que lui fait sa filleule. Evidemment qu'elle serait du genre à quitter sa chambre pour aller écouter aux portes : après tout, il participait activement à son éducation alors l'inverse aurait été étonnant. J'ai l'impression que c'est moi, plutôt, le crétin. Finit par dire le brun avant de laisser échapper un grognement de douleur quand la fillette de sept ans se jette hors de ses genoux avec toute la grâce qui accompagne les enfants de son âge.

Et puis, debout devant lui, elle pointe son doigt vers son visage, sa main gauche posée sur ses hanches dans une parfaite imitation de son père. Naturellement, elle dit d'une voix forte : C'est pas vrai, faut pas être méchant avec toi ! Personne il a le droit d'être méchant avec mon parrain ! Elle y met tout son aplomb, dans sa phrase, et ça lui fait physiquement mal au cœur à Cinaed. Il avale sa salive et essaie d'ignorer la sensation de couteau que ça lui envoie dans la gorge. Finalement, il lève une de ses mains et la referme autour du petit trèfle enfermé dans le bois et la résine qu'il porte autour du cou. Ensuite, il ferme les yeux et respire longuement plusieurs fois de suite pour faire passer l'envie de pleurer qui lui tiraille la poitrine. C'est vrai ça, comme personne n'a le droit d'être méchant avec ma citrouille. dit-il avec un sourire un peu forcé. Heureusement, l'enfant est encore trop jeune pour remarquer les différences entre un sourire forcé et un véritable sourire chez son parrain. Alors, elle baisse son doigt et semble fière d'elle avant de décréter que On va aller jouer, pour te remonter le moral !

Ses petits petons glissent sur le parquet du salon, dérapant ensuite dans le couloir en direction de sa chambre. Quand Cinaed commence à l'entendre marmonner de loin sur quelles figurines elle doit prendre, et à leur inventer des histoires en prévision d'une aventure comme elle en a l'habitude avec son parrain, il se laisse glisser dans le canapé. Son regard passe du meuble télé - Sile et Ewan ont toujours aimé vivre à la moldue - aux photos accrochées au mur au dessus de l'appareil. Et puis, il se perd dans l'observation des quelques objets qu'Avaleen a confectionné avec les ans, et à toutes les petites sculpture qu'il a, lui aussi, offert au couple. Sa gorge se serre à nouveau violement et Cinaed se recroqueville sur lui-même, le front posé sur ses genoux pour s'empêcher de laisser échapper le sanglot qui vient de lui remonter dans la gorge.

Qu'il se mette à pleurer chez Ewan et Sile n'est pas une nouveauté, mais il ne peut pas se permettre d'alerter la fillette. Avaleen est trop jeune pour s'occuper des peines de cœur de son parrain et, d'un côté, Cinaed sait que personne ne devrait le faire du tout. Il est adulte, après tout. Mais punaise, c'est difficile de gérer tout ça tout seul, comment font les gens qui n'ont personne ?

Il serre un peu plus fort le trèfle à quatre feuilles et essaie d'ignorer la raison de cette soudaine rechute autant qu'il le peut. Ce n'est qu'un cadeau de Cillian, et Cillian n'est qu'un ami. Peu importe qu'ils aient partagé un café ensemble et que Cinaed ait eu envie de pleurer à le voir jouer avec les chats du café. Ce n'était qu'une montée de nostalgie, et pas du tout une montée d'angoisse. Cillian n'est qu'un ami, et Cinaed ne tombe pas amoureux de son sourire et du rire qui ricoche sur les murs tout en se voulant discret, parce que le roux n'aime pas se faire remarquer. Et s'il a récupéré le trèfle envoyé par l'autre pour en faire un collier, c'est simplement parce qu'il était joli, et qu'il lui apporte de la chance. Ce n'était pas pour avoir l'impression d'être proche de l'autre.

Le déni, c'est ce que Cinaed a pratiqué pendant des années, et il avait été doué pour ça ! Mais, avec le temps, ce talent s'est décomposé et maintenant, il n'est presque plus capable d'ignorer ses problèmes. Surtout pas quand l'idée de tomber amoureux lui fait si mal. Surtout pas quand la réalisation qu'il peut être amoureux, même après avoir cru pendant des années que cette partie de lui était brisée, et même après Magnus, le dévore d'une angoisse qu'il ne sait pas gérer. Il aimerait pouvoir tout balayer d'un geste de la main et se dire que tout ça n'existe pas. Que tout est à prendre avec des pincettes, parce qu'il confond juste une bonne amitié avec de l'attirance. Mais dans la réalité, une partie de lui sait qu'il est en train de sombrer dans des eaux très mouvementés, et il a peur. Il est terrifié, même, de refaire une erreur, d'espérer à nouveau pour rien. Et, par dessus tout, tout semble aller bien trop vite. Il aimerait pouvoir gérer son deuil encore quelques mois avant de recommencer à ressentir des choses, et pourtant il ne peut pas s'en empêcher.

Maintenant qu'une partie de lui sait que c'est possible, Cinaed a l'impression que 30 ans d'amour à rattraper cherchent à s'échapper par tous les moyens. Et Cillian est la cible parfaite de tout ces sentiments. Doux. Gentil. Compréhensif. Intimement convaincu que le monde peut être beau, et en même temps au courant de ses zones d'ombre. Et ce rire, ce fichu rire qui lui fait rosir les joues et qui a chamboulé quelque chose en lui. Mais c'est rapide, trop rapide, et Cinaed ne sait pas ce qu'il est censé faire, ou même s'il a le droit de passer à autre chose et de laisser son mal-être derrière lui. S'est-il senti suffisamment mal pour commencer à aller mieux ou n'a-t-il pas encore payé sa dette ? Parce que s'il a fait suffisamment de mal pour que Magnus décide de fuir, s'il l'a suffisamment pourri pour que la seule issue soit de déserter, alors il a beaucoup à payer. Et a-t-il donné suffisamment de larmes, de soirs à s'étouffer dans ses sanglots, à serrer un oreiller comme s'il pouvait lui apporter le soutient dont il avait besoin ?

Soudainement, il se sent coupable de ne pas s'être apitoyé plus longtemps. D'avoir déjà racheté un foutu canapé, de se sentir à nouveau heureux un peu plus souvent. Parce qu'il devrait être plus triste que ça, si Magnus avait véritablement compté. Et s'il se sent déjà à nouveau amoureux, même un peu, même sans être prêt pour une relation, alors c'est peut-être parce qu'il n'avait pas véritablement été amoureux de Magnus, non ? Et s'il n'a pas été vraiment amoureux de Magnus, alors il est peut-être encore cassé comme il l'était au départ. Peut-être qu'il n'a pas apprit à éprouver tout ça et qu'il fait juste semblant, comme une marionnette fait semblant d'être animée.

Et s'il est toujours aussi brisé, toujours aussi incapable d'être bon pour les autres, alors Cillian aussi finira par s'en aller, et Cinaed finira à nouveau tout seul. Peut-être même qu'un jour, Ewan et Sile aussi finiront par s'épuiser. Et puis Adé. Et puis Morgan. Morgan qui devait déjà être épuisée puisqu'elle avait disparu.

Le quarantenaire fut prix d'une quinte de toux et se força à respirer pour reprendre son calme. Son coeur battant à la chamade dans sa poitrine n'aidait en rien, mais il n'avait pas le choix de se calmer et de se calmer maintenant. Parce qu'il ne pouvait pas s'effondrer maintenant, pas alors qu'Avaleen commençait à l'appeler, et pas alors que ni Ewan ni Sile n'étaient là. Cinaed avait un devoir de parrain, un devoir de garde et d'amusement.

Il se frotta les yeux, se racla la gorge plusieurs fois et fit un détour dans la cuisine pour se mouiller le visage avant de finalement prendre le chemin de la chambre d'Avaleen. Allez, parrain, tu viens ou pas ? La princesse Bimblewee va être en retard pour aller épouser la guerrière de l'espace... qui s'appelle... euh... Cannelloni ! se mit à crier la fillette, sa voix résonnant dans le couloir. Au même moment, l'adulte apparut dans l'embrasure de la porte, les mains toujours moites et tremblantes mais le visage calme. Toi, tu seras la princesse Bimblewee. Elle a pas de papa, ni de maman, et sa meilleure amie c'est Sophie. expliqua la petite rousse très sérieusement en tendant à son parrain deux poupées. L'une, affublée d'une couronne devait être la fameuse princesse Bimblewee tandis que l'autre, une poupée qui avait dû ressembler à une renard avant d'être mâchonnée de partout, devait être Sophie.

Cinaed s'installa avec un petit rire sur le tapis de jeu à côté de l'enfant après s'être emparé des deux personnages. Et puis, d'une voix haute et féminine, il se mit à lancer de grands monologues lyriques sur l'amour d'une princesse tandis que sa filleule le regardait avec des étoiles dans les yeux. Elle préparait toujours avec soin ses poupées et son histoire, mais bien souvent, les deux ne jouaient pas. Avaleen préférait écouter Cinaed et le laisser faire l'histoire tout seul.

2264.

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]

29 mai 2026, 02:00
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
Apparition d'Eilidh Wallace, PNJ Actif

Dimanche 27 Novembre 2050,
Durant la matinée,
Appartement de Cinaed Wallace.

Le déménageur sorcier venait tout juste de quitter l'appartement que Cinaed était déjà en train d'admirer le piano à queue soigneusement placé dans son appartement. Le salon avait été un peu réorganisé pour lui trouver une place et l'imposant instrument se trouvait donc tout au fond de la pièce, entre la fenêtre et le meuble télé. Semblant pratiquement flambant neuf, Cinaed savait cependant qu'il avait vécu de nombreuses choses. Initialement, le piano s'était trouvé dans la pièce à vivre de la demeure Wallace avant que le jeune lui soit assez vieux pour commencer ses leçons de musique. Et puis, le piano avait été déplacé dans un coin de sa salle d'étude et un autre instrument tout aussi cher et tout aussi imposant avait prit sa place dans le salon. Sa mère avait décrété qu'un musicien devait avoir son propre instrument, et que Cinaed devait donc avoir son piano à lui. Mais, comme elle n'avait pas pu se résoudre à changer toute la décoration de son salon - et surtout parce qu'un piano au milieu de la pièce encourageait ses invités à demander à son fils de jouer un morceau - elle en avait acheté un deuxième.

L'ébéniste avait toujours eu des sentiments mitigés envers l'instrument et le temps n'avait pas changé ça. D'un côté, il en reconnaissait la beauté et savait que jouer lui faisait plaisir, et même lui vidait la tête de temps en temps. Pourtant, il se souvenait aussi des heures interminables à apprendre les accords, les gammes et le solfège et des prières qu'il avait fait - et qui n'avaient jamais été exaucées - de pouvoir quitter sa salle d'études durant ces moments là. Il avait haïs apprendre autant qu'il avait aimé jouer, et puis après, il avait finit par ne plus aimer jouer non plus. Parce qu'il fallait jouer durant les réceptions qu'organisaient sa mère, pendant les repas de famille. Parce qu'il fallait jouer pour se faire bien voir, ou pour montrer qu'il avait reçu une bonne éducation. Jouer de la musique, c'était amusant, mais ça avait toujours eu, dans son esprit, une image de prison. Attaché à son banc, à laisser ses doigts courir sur les touches parce qu'il le fallait et qu'on lui avait apprit plutôt que par pure envie.

Avec tout ça, il ne savait pas vraiment pourquoi il avait soudainement demandé à sa mère de récupérer l'instrument. Eilidh avait été ravie, évidemment, parce qu'elle était de ces gens qui aimaient avoir raison, même des années après. Et, à cet instant, elle avait eu raison de lui avoir donné des cours et raison de lui répéter toutes ces années durant, qu'il finirait par réutiliser les connaissances qu'elle l'avait forcé à emmagasiner. C'était d'ailleurs, peut-être parce que Cinaed n'avait pas eu envie de lui donner raison qu'il n'avait pas touché à un piano depuis des années. Ce n'était, de toute façon, pas quelque chose qu'il appréciait autant que la sculpture ou qu'une sortie dans une salle d'arcades alors le hobby ne lui avait pas manqué mais maintenant que l'instrument trônait dans son salon, il était prit de l'irrésistible envie de s'y installer et de laisser son esprit se remémorer tout ce qu'il avait essayé d'oublier. Peut-être qu'il aurait dû s'acheter une guitare, s'il avait tant voulu que ça se remettre à la musique mais le piano qu'il avait sous les yeux lui paraissait à sa place, maintenant. Ca lui paraissait juste, comme ça.

Finalement, il réussit à décrocher son regard du piano et le fit parcourir la pièce. L'appartement recommençait à prendre vie et les pièces se remplissaient à nouveau. Bien sûr, Cinaed ne ferait pas semblant de dire que c'était facile, parce que ça ne l'était pas. Chaque nouvel achat de meuble lui faisait se rappeler de ce qui se trouvait là avant que Magnus ne parte. Chaque nouveau coussin dans le salon lui rappelait la multitude d'oreillers et de plaid qu'avait apporté le Cracmol en emménageant. Partout, dans chaque couleur de chaque décoration persistait le rire de Magnus et son regard pétillant alors même qu'il n'avait jamais touché à tout ce que Cinaed avait racheté. Parfois, il se baladait dans l'appartement et le simple fait d'entrer dans une pièce était d'une violence phénoménale. Les souvenirs lui fouettaient le visage avec brutalité, le laissant sans voix et sans air.

Mais les choses avançaient petit à petit et Cinaed avait l'impression de pouvoir respirer à nouveau correctement. Il avait aussi l'impression que les moments de joie étaient plus sincères, et non plus seulement des moments d'euphorie pour rattraper des moments de désespoir. Il se sentait un peu plus stable, et ça faisait du bien. C'était peut-être aussi parce qu'il avait enfin l'impression de vivre chez lui au lieu de vivre dans les vestiges de l'appartement qu'il partageait avec Magnus. Il avait finalement choisi de ne pas déménager parce que ses habitudes lui convenaient comme elles étaient, mais ça n'avait pas été le choix le plus facile. Peut-être que déménager, fuir ses problèmes comme il en avait l'habitude aurait été plus simple, mais il ne regrettait pas d'avoir choisi le chemin escarpé.

Tu devrais mettre un buffet, ici. lui dit soudainement sa mère, d'une voix sèche comme à son habitude. Ce n'était pas tellement qu'elle était agressive mais plutôt qu'elle avait toujours apprit à parler comme si elle attendait qu'on l'écoute, et comme s'il n'y avait pas d'autre choix. Si Eilidh Wallace prenait la parole, les autres s'afféraient pour suivre ses mots. Elle avait grandi comme ça et son métier d'avocate n'arrangeait rien. Où ça ? demanda l'ébéniste en même temps de tourner sur lui-même pour chercher du regard sa mère. Elle était plantée dans la cuisine, et observait de loin une partie du salon encore vide. Directement à droite en sortant du couloir, un des murs du salon était encore à moitié vide et, manifestement, c'était l'endroit nécessaire pour un buffet. Ou une belle pièce de tapisserie. Un tableau ? Et un petit guéridon. Tu pourrais y poser un de tes jouets. continua la vieille femme.

C'sont pas des jouets, m'man. répondit simplement Cinaed avant de venir se placer à ses côtés. Je sais. Tu sais que je sais, n'est-ce pas ? Enfin, j'aurais préféré que tu deviennes médicomage comme ton père... ou chef d'entreprise, tu aurais largement eu les épaules pour ça, têtu comme tu es. Mais finalement, ta boutique, ce n'était pas une si mauvaise idée. Concéda-t-elle avant de croiser les bras sur sa profil et de retourner à l'observation du pauvre mur qu'elle avait prit pour cible. Cinaed leva les yeux au ciel mais ne dit rien. Après tout, même sans accepter ses choix de vie, et tout en s'en plaignant dès qu'elle le pouvait, elle l'avait aidé du début à la fin. Elle lui avait permis d'étudier où il le souhaitait, lui avait payé un appartement pour son premier boulot, puis l'avait logé durant toute la période où il s'était enfermé dans une chambre de la demeure Wallace pour sculpter. Elle n'avait pas poussé son fils dehors jusqu'à en avoir marre et, même là, elle ne l'avait pas forcé à partir. Enfin, pas vraiment, disons qu'elle l'avait juste poussé à rejoindre Ewan à Londres.

Et puis après tout ça, elle lui avait prêté - avec son mari - suffisamment de galions pour que Cinaed puisse faire un prêt avantageux à la banque et ouvrir sa boutique. Alors, bien qu'elle se plaignait tout le temps de ses choix de vie, Eilidh Wallace était une bonne mère, quoiqu'un peu trop campée sur ses positions et son besoin d'avoir une bonne place en société.

J'pensais mettre un gros pouf, en fait. Expliqua Cinaed en guettant sa mère du coin de l'œil. Un tic nerveux agita sa paupière pendant quelques secondes, mais elle resta silencieuse pour le laisser finir. Avec une bibliothèque. Pas très large, parce que je lis pas beaucoup mais pour foutre des bouquins que Avaleen et Adeline pourraient aimer. Expliqua t-il d'une voix calme, un sourire léger aux lèvres. La petite Serdaigle ? demanda l'écossaise inutilement. Elle connaissait la réponse, mais Cinaed hocha quand même la tête. Eilidh laissa échapper un petit "Hmpf" un peu péteux mais n'insista pas Je suppose que ça pourrait être une bonne idée. Disons que ça collerait à l'ambiance de la pièce. Enfant, tu as toujours aimé ces objets moldus, d'ailleurs. Elle observa d'un coup d'œil circulaire toute la pièce Les objets moldus, ce n'est pas ce qui manque ici. finit-elle par dire, le ton clairement désapprobateur. Les Wallace - en tout cas, ses parents - n'étaient pas anti-moldus. Certains membres de la famille l'étaient mais dans la petite famille proche de Cinaed, les moldus n'étaient pas un sujet sur lequel on se disputait.

Son père s'en fichait un peu, et même si sa mère trouvait évidemment les moldus inférieurs aux sorciers, elle ne souhaitait pas pour autant une exclusion des nés-moldus. Cependant, ce n'était pas ce qui était le plus important dans sa motivation de vote et elle était donc une partisane du Conseil des sorciers. Les Wallace étaient tous un peu égoïstes à leur manière et, pour Eilidh, ça passait par voter d'abord pour son confort et non pas pour celui des autres.

Et la deuxième chambre, tu as trouvé ce que tu allais en faire ? demanda-t-elle brusquement. Son fils sursauta à côté, et, ignorant royalement le fait que le sujet était encore douloureux pour la chair de sa chair, elle ajouta : Maintenant que le Cracmol est parti, ça fait un bel espace à emménager. Je pourrais appeler Damian. Il a fait des merveilles pour la décoration de la nouvelle bibliothèque, au manoir.

Cinaed grimaça. Elle n'avait jamais aimé Magnus, sa mère. Un homme, et en plus de ça un Cracmol ? Elle avait bien remarqué que son fils en était amoureux, et l'idée que son futur gendre ne possède pas de magie l'avait énormément dérangé. Elle avait déjà accepté que Cinaed ne se marierait jamais avec une fille de bonne famille, mais de là à se rapprocher d'un Cracmol ? Il y avait des limites à ne pas dépasser. Heureusement, l'artiste avait fini par partir de lui-même et, même si cela avait donné une peine de cœur à Cinaed, Eilidh considérait que c'était pour le mieux. Et puis, Cinaed était un adulte, il passerait vite à autre chose.

Le fait que la vieille écossaise n'ait jamais apprécié Magnus n'avait pas été un secret pour Cinaed, et l'ébéniste était même convaincu que sa mère aurait été ravie de prendre la place de la meilleure amie pour lui dire à quel point Magnus ne le méritait pas, et à quel point cet homme était un goujat. Si Cinaed lui avait envoyé une lettre, elle l'aurait aidé à traverser son chagrin d'amour en crachant son venin sur le peintre et, même si l'ébéniste en voyait l'effet cathartique, il n'avait pas voulu que quelqu'un critique Magnus. Alors, il ne lui avait pas expliqué à quel point il s'était senti mal. Il avait eu envie d'avoir le cœur brisé sans pour autant que les gens rejettent la faute sur son ancien colocataire, parce qu'à ses yeux, il ne le méritait pas. Cinaed voyait en Magnus tout ce qu'on retrouvait dans les bonnes personnes alors hors de question de l'insulter de tous les noms juste pour le faire se sentir mieux.

L'ébéniste prit une longue inspiration. J'suis pas encore prêt. dit-il d'une voix boudeuse, avant de se reprendre. Mais je pense que je vais en faire une chambre d'ami, et transformer le bureau en atelier pour moi. Bien sûr, cela l'encouragerait à travailler de chez lui - ce qui s'était toujours avéré être une mauvaise idée puisqu'il se mettait préférer ça à dormir - mais il arrivait à avoir un meilleur rythme de vie depuis qu'il avait quitté son appartement miteux, alors peut-être que cette fois-ci, ça fonctionnerait. Et puis, le côté chambre d'ami ne serait pas vraiment un côté chambre d'ami. Ce serait plutôt un côté chambre d'Adeline, parce que Cinaed espérait qu'elle viendrait passer de nombreuses nuits chez lui, si Rhys était d'accord. Et, surtout, il espérait qu'elle ne lui en voudrait pas d'avoir poussé Rhys à demander sa garde et à l'éloigner de sa mère. Bien que, dans la réalité, il s'était proposé bien avant le jeune homme et attendait que les enfants soient entendus à ce propos.

Mais pour le moment, il n'était pas prêt à toucher à cette pièce. Bientôt, il le savait, mais pas aujourd'hui. C'est dommage que la petite ne soit pas à toi. dit finalement sa mère. Elle avait été livide de rage quand Cinaed lui avait parlé de tout cela, avant d'être soulagé quand il lui avait expliqué directement derrière qu'Adeline n'était pas vraiment sa fille. Cependant, avec le temps et la manière dont Cinaed parlait de l'enfant, elle s'était mise à l'apprécier même sans l'avoir jamais vu. Evidemment, la fillette ressemblait beaucoup trop à son propre fils pour qu'elle considère qu'elle n'était pas une enfant à problème, mais elle avait l'air bien pour son bébé à elle, et c'était suffisant. Avec le temps, elle avait même commencé à penser que le fait que Cinaed ait pu être son père biologique n'aurait pas été si dérangeant que ça. L'ébéniste pensait la même chose, évidemment. Ouais. répondit-il simplement avant de se tourner vers sa mère et de venir se blottir contre elle. Eilidh referma ses bras autour de Cinaed et le serra fort contre elle, comme seules les mères savent le faire. Elle n'était pas très démonstrative, et Cinaed l'était encore moins qu'elle alors l'étreinte la surpris mais elle ne s'embêta pas du sentiment.

Tu aurais fait un bon papa, étonnamment. dit Eilidh tout en continuant à serrer son fils contre son cœur. Cinaed laissa échapper un petit rire, le visage caché dans son cou. Les années passant, il avait l'impression de se rapprocher petit à petit de sa mère, le temps finissant enfin par combler le creux qu'il avait lui-même creusé durant la jeunesse de l'écossais. Peut-être que c'était parce qu'il commençait à prendre en maturité, et pas seulement pour lui. C'était d'ailleurs sûrement pour ça, en fait, parce que plus le temps passait, plus il avait la sensation que son enfance avait été une bonne enfance et plus il regardait les décisions prises par ses parents d'un œil neuf. Evidemment, il y avait eu des clash, des engueulades et évidemment il avait eu son moment de détestation complète de ses parents et de tout ce qu'ils représentaient mais maintenant la nostalgie n'était plus teintée d'ennui et d'ignorance.

Non, maintenant, elle était teinté d'envie et de reconnaissance. Il aurait voulu être un parent comme l'avaient été les siens, avec le recul. Enfin, pas totalement, parce qu'il aurait aimé être un parent plus présent émotionnellement et plus enfantin, mais sinon, il n'avait pas grand chose à redire. Après tout, ses deux parents avaient continué à le suivre et à le défendre contre le reste de la famille quand tout devenait trop dur, alors même qu'ils n'étaient pas d'accord avec ses choix.

Cinaed finit par relâcher sa mère et défroissa le pull qu'il portait. En ouvrant la porte, Eilidh avait été ravie de voir son fils porter une tenue convenable, elle qui s'était battue durant des années pour qu'il fasse attention à son image, et Cinaed avait été content qu'elle remarque ses efforts. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus, et Eilidh avait loupé une bonne partie de la transformation de son fils vers quelqu'un qui faisait plus attention à lui et aux autres. Où veux-tu déjeuner, maman ? demanda finalement Cinaed tout en se dirigeant vers l'entrée. Il fouilla quelques secondes dans ses manteaux avant de prendre la veste où il avait fourré son portefeuille à la dernière sortie. C'est moi qui t'invite ajouta-t-il, bien conscient que le repas lui couterait un bras, connaissant les goûts de sa mère. Mais l'Atelier fonctionnait à merveille et Cinaed avait plus d'argent qu'il ne savait quoi en faire, alors autant en profiter.

2655.

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]

24 juin 2026, 00:23
Solo ++ PNJ Dans chaque couleur, une part de lui
Samedi 10 Décembre 2050
Fin de soirée,
Appartement de Cinaed Wallace.

Tu t'es sérieusement acheté un piano ? demande Ewan à peine arrivé dans l'appartement. Il n'y est pas passé depuis l'arrivée du meuble, encourageant Cinaed à passer chez lui à la place et semble particulièrement amusé par la nouvelle décoration du brun.

L'ébéniste relâche les touches sur lesquelles il appuyait, puis la pédale et se tourne vers son ami, un air surprit sur le visage. Un peu comme s'il ne l'avait pas entendu entrer, ce qui est un peu le cas. Il avait été bien trop concentré à se souvenir de son talent d'enfance pour s'intéresser aux coups sur sa porte, si seulement Ewan avait toqué au lieu d'entrer sans prévenir. Et puis, il se tourne sur le banc jusqu'à faire face au roux qui s'est permit de venir s'installer sur le canapé après avoir retiré ses chaussures et les avoir abandonné près de la porte. L'ébéniste lui a envoyé un patronus plus tôt dans la soirée, l'informant de son besoin de discuter d'un sujet sérieux. Occupé, le roux a mis quelques heures à arriver, ce qui n'est pas plus mal car Cinaed a pu, grâce à ça, se calmer avant la discussion.

Nan. C'est.. euh.. c'est mon piano d'enfance. Maman me l'a ramené. dit-il alors qu'une de ses mains libres se balade toujours sur le clavier, caressant les touches avec révérence. Ewan fronce les sourcils, et Cinaed ne peut pas lui en vouloir en le voyant si sceptique. Après tout, il n'avait fait que se plaindre, plus jeune, de ses leçons de piano et pire encore de celles de solfège. L'idée qu'un adolescent qui haïssait l'idée de rester le cul sur un banc à écouter un professeur lui apprendre à jouer puisse reprendre la musique une fois adulte était presque risible mais la nature humaine ne s'expliquait pas, et encore moins celle de Cinaed. Cinaed Wallace qui veut se remettre au piano et qui, EN PLUS, accepte que sa mère pose un pied dans son appartement ? C'est louche. Est-ce que t'es en train de mourir ? Le cancer de la connerie t'a enfin rattrapé ?

La remarque a le don de le faire sourire et Cinaed secoue la tête en riant doucement. Et puis, il se calme d'un coup en se souvenant de la raison pour laquelle il a envoyé un patronus à Ewan, et, surtout, de pourquoi il s'était retrouvé à jouer quelques mélodies dont il se souvenait sur un instrument qu'il n'avait pas touché plus de trois fois en quinze jours qu'il était dans son salon. Tu avais raison lâche-t-il presque brutalement. Son regard se perd sur le vase qui trône sur sa table basse, rempli d'un bouquet cueilli à la main par un joli irlandais. Un vase en bois simple mais enchanté pour garder les fleurs plus longtemps. Pendant un instant, il réfléchit à comment il les fera sécher quand elles seront fanées et puis il se décide à reprendre la parole. Ewan l'attend déjà depuis quelques secondes, le regard soucieux. Je suis... profondément, terriblement amoureux de Cillian.

Il baissa les yeux sur ses mains qui s'étaient retrouvées à tripoter son pantalon au niveau des genoux. Il est venu à la boutique aujourd'hui et.. et il m'a dit qu'il déménageait en Irlande. Pour son père. Cinaed se recroquevilla légèrement sur lui-même et, les lèvres tremblantes, il ajouta : J'ai cru... Enfin j'ai.. j'ai pensé à Magnus et... Et je me suis dis qu'il allait partir. Un petit rire lui échappa, un de ceux qui n'était ni joyeux, ni même vraiment triste. Mais il est venu avec des fleurs et... et son cœur dans le creux des mains et il me l'a donné, comme ça.

Le roux à ses côtés l'écouta en silence et cessa même de se balancer sur le canapé. Tu... tu as déjà... eu ce moment, une évidence que... Putain "je vais l'épouser un jour", tu vois le genre ? Une partie de lui savait qu'il était cruel de poser la question à Ewan alors qu'il en connaissait la réponse. Oui, Ewan avait déjà ressenti l'évidence, et Cinaed savait que ça avait été avec lui. L'ébéniste savait aussi que son ami avait aussi très vite accepté et compris que cette évidence n'était qu'un mensonge. Et puis il avait rencontré Sile, et l'amour était né petit à petit d'une relation initialement purement physique.

Ewan ne répondit rien et, du coin de l'œil, Cinaed le vit serrer et desserrer les doigts quelques fois avant qu'il ne semble prendre une décision et vienne s'asseoir à ses côtés sur le banc du piano. Il se laissa ensuite tomber à moitié sur lui et sa joue se posa sur son épaule. Tu aime et est aimé en même temps. Et ça te fait peur. dit-il simplement, sur le ton de l'évidence. Le brun hocha la tête, la gorge soudainement serrée.

Et si j'y arrivais pas, Ewan ? Si... Si c'était comme toi ou comme Charlie et que.. et qu'il n'était pas vraiment amoureux. Et s'il s'était simplement persuadé d'avoir des sentiments, histoire de ne pas finir tout seul. Pour oublier Magnus. Et s'il finissait par se lasser de Cillian, le tromper, lui faire du mal comme il avait fait à Charlie ? Et s'il finissait par détruite toute la flamme qui vibrait en lui, jusqu'à ce qu'il abandonne même le plus petit de ses rêves parce que Cinaed prenait trop de place ? L'ébéniste avait déjà supporté le retour de Charlie et ses accusations, et il n'avait pas dormi pendant des jours à l'idée d'avoir tellement détruit l'autre homme que la flamme de la création l'avait quitté. Il n'était pas certain de pouvoir supporter la même chose avec Cillian.

L'ancien garde-chasse méritait tellement plus que tout ça, et que lui. Evidemment, il avait été soulagé quand l'autre lui avait annoncé ses sentiments comme ça, tellement qu'il en avait pleuré mais... mais avec le recul, il était terrifié. Il n'avait jamais vraiment tenu une relation à distance. Comment savoir s'il en était capable ? Et comment être certain qu'après tout ça, toute cette vie, il était véritable capable d'éprouver des sentiments amoureux aussi forts que le méritait Cillian ?

Et si, au final, il n'était qu'un menteur ? Un bouffon portant un masque de sérieux. Un clown au maquillage d'homme.

Ewan lui prit la main et la serra fort, jusqu'à lui tirer un gémissement de douleur. Au moins, ça eu le mérite de le faire revenir à lui. Tu peux pas savoir ce qui va se passer. Tu peux pas l'imaginer, tu peux pas t'y préparer. Pas la peine d'essayer. Cinaed lui envoya un regard larmoyant et essaya d'acquiescer. Et c'est pas parce que ça s'est mal passé avant, que ça se passera mal maintenant. Tu as... tellement changé depuis nous. Depuis Charlie aussi, et même depuis Magnus.

Cinaed lui serra la main en retour. Je peux pas lui faire du mal. Pas à lui, plus maintenant, je peux pas. Il avala sa salive Mais je sais pas comment faire. Et si je... et si j'étais pas capable d'être bien ? Son cœur lui donnait l'impression de vouloir remonter dans sa gorge. L'idée même de pouvoir blesser Cillian lui donnait la nausée. Et.. et Magnus, alors ? Est-ce que j'ai pas été amoureux si... si je suis déjà amoureux de quelqu'un d'autre ? Combien de temps devait-on souffrir du départ de quelqu'un avant de pouvoir faire le deuil ? Est-ce que la durée de la souffrance était proportionnelle à l'amour qu'on avait éprouvé ?

Pour la première fois de sa vie où Cinaed avait senti qu'il était amoureux, pour cette découverte qu'il n'était pas brisé, avait-il seulement aimé suffisamment pour appeler ça de l'Amour avec un grand A ?

Ca veut rien dire. Si tu a senti que tu étais amoureux, le fait d'avoir pleuré pendant six mois ou 4 ans, ça ne change rien. Tu l'as été, fait toi confiance. Ewan se redressa, déposant au passage un petit baiser sur son épaule. Et oui, Magnus est parti, et non ça veut pas dire que tu l'as pas assez bien aimé, ou que tu as été mauvais. Ca arrive parfois, c'est tout. Tu as fait ton deuil rapidement, et alors ? Pour certains, c'est encore plus court. Rien de tout ça ne signifie que Cillian va souffrir. Tu veux lui faire du mal ? demanda-t-il.

Il se récolta un Non ! violent de Cinaed avant de lui sourire. Alors ça suffit. Concentre toi sur ça, fait des efforts et ça ira. C'est effrayant, et alors ? Tout ça en vaut la peine, non ? L'ébéniste hocha la tête. Il était terrifié mais... Eh bien, Cillian en valait effectivement la peine. Qu'il soit loin ou à ses côtés, ça ne changeait rien : Cinaed était profondément amoureux. Il le ressentait partout autour de lui, pensait à lui dès qu'un prétexte s'invitait dans son esprit. Est-ce que Cillian aimerait la couleur de ce bois ? Et ce bureau, ressemblerait il à celui qu'il aurait dans sa future maison avec le roux ?

Cillian était partout et nulle part à la foi, il remplissait tout l'espace depuis leurs premières lettres.

L'ébéniste finit par relâcher un souffle qu'il avait l'impression de tenir depuis que Cillian avait quitté sa boutique. C'est... c'est vrai. Tu as raison. Je vais l'attendre, lui rendre visite et lui écrire. Il se tritura à nouveau les doigts. Je peux pas me permettre de l'oublier, de penser à quelqu'un d'autre. Pas alors qu'il est... Il est parfait. Parfait de A à Z.

Quelques secondes de silence plus tard, une proposition de se regarder un film fut lancée et les deux hommes se mirent en mouvement. A un moment, alors que Cinaed se blottissait contre Ewan, celui-ci pencha la tête comme pour l'embrasser. Ils en avaient l'habitude, les deux, avec leur relation un peu étrange, mi trouple avec Sile, mi couple et sa troisième roue. L'ébéniste se laissa porter par le mouvement par réflexe et puis, avant que leurs lèvres ne se rencontrent, il se recula brusquement, le visage rouge.

Je ne- commence-il avant que Ewan ne le coupe. Nan, c'est moi ! J'ai pas... c'est.. oublie ça. Le roux détourna les yeux, essayant de faire semblant de s'intéresser à la télé mais quand Cinaed se calla à nouveau contre lui, il le senti se tendre. Il fallut de longues minutes à Ewan pour que ses muscles se relâchent et, pendant tout ce temps, Cinaed n'osa pas faire la moindre remarque, même pour commenter le film. Il avait l'impression que quelque chose s'était cassé avec ce refus. Un petit quelque chose qui ne pourrait pas se réparer et qui marquait le début d'un changement dans leur relation. Minime, certes, mais bien présent. Rien qui ne changerait leur quotidien ou les sentiments que les deux hommes éprouvaient l'un pour l'autre - et qui n'avaient plus rien d'amoureux - mais qui marquait le début d'une manière différente d'exprimer tout ce qu'ils avaient dans le cœur. Et, malheureusement, ça allait sûrement passer par quelques jours de malaise avant qu'ils ne retrouvent leur rythme.

Cinaed ne savait pas vraiment s'il était triste ou non. Une partie de lui avait l'impression d'être tombée dans un trou glacial. Le changement lui faisait peur. Et s'il faisait tout ça pour rien ? Et si, au lieu d'améliorer sa vie, il était en train de tout détruire ? Son cœur espérait vivement que tout ça n'était qu'une angoisse sans fondement mais Cinaed ne pouvait s'empêcher d'avoir peur.

Il serra plus fort Ewan contre lui, cachant sa tête dans son torse et attendit patiemment que l'autre homme lui rendre son étreinte. En sentant ses bras se resserrer autour de lui, l'ébéniste laissa échapper un soupir de soulagement.

T'es ma famille Cin. Te prends pas trop la tête, rien ne changera ça. Un petit rire échappa au quarantenaire et il serra son ami un peu plus encore. T'es ma famille aussi 'Wan. Il attrapa sa main et prit son petit doigt en crochet avec le sien. Toi et moi contre le monde, comme toujours.

2015

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/center]