Norvège Faire vœu de silence

Reducio
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Lorelyne Jenkins - 35 ans
Novembre 2050


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Le temple ne fait aucun bruit, et c'est la première chose que Lorelyne a appris à aimer.

Voilà un mois que ses pas creusent les mêmes sentiers entre l'autel et la lisière du fjords, qu'ils tassent la neige aux mêmes endroits et qu'ils n'appartiennent qu'à elle.

Le silence est partout. Plus de cloches, plus de couloirs bruissants d'éleves, plus d'horloges pour découper le temps. Il est dans la neige qui tombe, dans les corbeaux, dans les parois de l'eau et les torches qui grésillent. C'est un tout autre silence, bien plus agréable à entendre.

Car le bruit ici est différent. Il l'invite à penser, à se retrouver. Alors elle s'écoute au bord de la rive, et ce qu'elle entend la sidère...

On parle pour ne pas se taire. On parle pour remplir, pour se rassurer, pour exister sous le regard d'autrui. On parle de la pluie, du froid, du temps qu'il fera. Mais ce bavardage-là est encore le plus innocent. Il y a pire. Il y a les petites voix promptes à trancher, à commenter et à se plaindre. Trop ceci, pas assez cela. Les rumeurs, les mots qui blessent. Voilà ce qu'ils font quand on les laisse libres. Ils jugent, ils colportent.

Une parole de trop, et une réputation se fissure, on blesse quelqu'un qu'on aime, sans même l'avoir voulu juste parce que la bouche va plus vite que le coeur.

Lorelyne sait qu'elle n'est pas innocente. Personne ne l'est. La langue est le membre le plus prompt à faire le mal.

Comment voir clair, dans un tel tumulte ?

C'est la question qui la cueille au bord de l'eau et qui trouve immédiatement sa réponse, juste sous ses yeux. Il y a la nature, vaste et sauvage, qui ne réclame rien. Elle ne parle pas non plus pour rien dire. Elle est douce et apaisante.

Mais elle est rude, aussi. Le froid mord. Le vent cingle. La pierre est dure sous le genou.

La nature pousse Lorelyne dans ses derniers retranchements, là où l'on ne peut plus faire semblant, et là où il faut bien se regarder en face. C'est une compagnie exigeante, et c'est ce dont elle a besoin. Elle veut se retrouver seule avec ses pensées. Vraiment seule. Il ne reste qu'une voix à faire taire, la sienne.
Dernière modification par Lorelyne Jenkins le 28 juin 2026, 14:55, modifié 1 fois.

Freya, viking badass et WikiPFR officiel.
Compte adulte d'Alaska Cross

Norvège Faire vœu de silence
Et l'idée vient de là. Se taire, une année entière. Faire voeu de silence.

D'abord la pensée l'effleure, presque comme un défi, un jeu. Puis l'idée s'installe dans sa tête et refuse de la quitter. Plus elle la retourne, plus elle lui semble juste. Une année sans une parole, pour apaiser enfin cette agitation qui tourne en elle, pour apprendre la véritable nature de ses pensées, et surtout pour se rapprocher de son don.

Si elle veut se rapprocher de sa voyance, il lui faudra faire le grand vide.

Cela ne lui fait pas peur. Comment cela le pourrait-il ? Elle sait déjà ce que c'est, d'être dépouillée d'un sens. Elle l'a été. Lors de ce rituel, par cette mauvaise chose qui s'était glissée en elle par une faille qu'elle n'avait pas sur fermer, la lumière s'était éteinte.

Plusieurs mois, totalement aveugle. Plusieurs mois à apprendre le monde à tâtons, par les sons, par les odeurs et par la peau. La possession de cet esprit maléfique lui avait pris ses yeux.

On l'avait crue finie et condamnée. Pauvre Lorelyne. Mais elle n'avait jamais été aussi lucide et clairvoyante. Alors si l'on voyait mieux en cessant de voir, que pourrait-on entendre en cessant de parler ?

Un an de silence.

Mais un an de silence, c'est aussi s'isoler plus encore qu'elle ne l'est déjà et couper les derniers fils qui la relient au monde. Lorelyne sait qu'il faudra tout désapprendre. Tout réapprendre. Devenir quelqu'un d'autre, une femme nouvelle, dépouillée jusqu'à sa propre voix. Peut-être que les dieux daigneront lui chuchoter quelques paroles en retour.

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Calmer l'esprit

*

Les jours qui suivent lui apprennent une chose qu'elle n'avait pas prévue : le silence de sa voix n'apaise pas aussitôt celui de l'esprit. Au contraire. Désormais privées de la parole qui les évacuait, ses pensées enflent, se pressent et se cognent de l'intérieur.

Puis, faute d'issue, le tumulte se lasse de lui-même.

Cela ne vient pas d'un coup, mais comme la marée qui se retire. Un matin, au bord du fjord, Lorelyne s'aperçoit qu'elle a marché longtemps sans qu'aucune voix ne commente ses pas. Un soir, en allumant les torches, elle réalise qu'une heure entière a passé sans qu'elle rejoue une vieille scène, ne ressasse un grief, ou ne redoute un lendemain.

C'était cela, le trop-plein qu'elle cherchait à fuir. Non pas qu'elle avait trop de pensées, mais que c'étaient toujours les mêmes, indéfiniment répétées : les inquiétudes qu'on retourne jusqu'à les user sans jamais les résoudre, les conversations qu'on rejoue en cherchant la réponse qu'on aurait dû donner, ou encore les jugements, sur soi, sur les autres...

Le stress la quitte par petites vagues. La tension se dénoue, et elle ne s'en aperçoit qu'à son absence. Ses épaules redescendent. Son souffle s'allonge. La nuit le sommeil vient plus vite et devient plus profond.

Elle apprend à laisser passer ses pensées sans se jeter sur elles, et ce simple geste, lui procure un repos qu'aucune parole ne lui avait jamais donné. Pour la première fois depuis des années, Lorelyne n'a plus mal de trop penser.

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