Tu es un crétin, Fleurdelys
Je ne peux pas contrôler mes tremblements, alors je les laisse prendre possession de moi. Appuyée contre la roche que je viens de frapper, j'essaie de ne pas tomber. Si je tombe, il viendra, je le sais. Je ne veux pas qu'il vienne, je ne veux pas qu'il approche. C'est trop lourd tout ça dans ma tête. Toutes ces pensées, tous ces souvenirs. Tout se mélange. Les lettres de Gabryel, celle de Kristen, ma colère pour elle, ma colère pour lui. Tout à l'heure, c'était très clair. Et maintenant, plus rien ne l'est.
Je respire laborieusement. Je rouvre les yeux car j'ai peur de ce que fera Gabryel. Je remarque aussitôt le pas qu'il fait vers moi. Une bouffée de panique remonte le long de mon corps, provenant du fond de mon ventre. Un tremblement plus violent que les autres me secoue. Je ramène ma main blessée contre moi en le surveillant de mes yeux plissés. Un deuxième pas. Je ne peux pas lutter contre quelqu'un qui refuse de m'écouter, je ne m'en sens pas capable. Pourquoi ne m'écoute-t-il pas, lui qui a toujours été le seul à le faire ? Encore un pas. J'aspire une goulée d'air douloureuse. Je me plaque contre la paroi rocheuse, le désespoir ancré au corps.
Il parle et je comprends sans les voir les larmes qui sont dans ses yeux. Si je ne les vois pas, c'est parce que les miens sont gorgés d'eau et que je ne distingue pas les traits de Gabryel. Il parle et il s'excuse. Moi, je ne veux rien de tout ça. Je ne sais pas ce que je veux. Je sais juste que je suis épuisée, une fatigue qui se situe dans ma tête. Et que je suis triste, aussi. Plus triste que je ne l'ai jamais été.
« Je t'ai dit... »
Ma voix s'échappe à peine de ma gorge nouée. Je ferme un peu les yeux et essaie de me redresser. Je n'y arrive pas, je tremble de la tête aux pieds. Je déglutis péniblement.
« De pas... De pas approcher. »
J'arrive au moins à lever la tête pour croiser son regard. Je cligne plusieurs fois des paupières pour libérer mes yeux de l'eau qui les emprisonne. J'ai l'horreur de sentir les larmes glisser sur mes joues. Je les essuie sur mon avant bras, maladroitement, le corps secoué de tremblements intempestifs. Je pince les lèvres pour donner du poids à mon regard. Ma voix s'échappe de moi comme un grognement. Juste parler. Ordonner. Je ne peux rien faire d'autre.
« Bouge plus, » j'assène.
Plus je me crispe, moins j'arrive à contrôler ce qui me traverse. Alors recule, s'il te plait. Recule et laisse moi gérer ça toute seule. J'ai juste besoin d'avoir l'impression pendant deux secondes que je ne vais pas devoir te gérer toi en même temps que j'essaie de me gérer moi.
Je respire laborieusement. Je rouvre les yeux car j'ai peur de ce que fera Gabryel. Je remarque aussitôt le pas qu'il fait vers moi. Une bouffée de panique remonte le long de mon corps, provenant du fond de mon ventre. Un tremblement plus violent que les autres me secoue. Je ramène ma main blessée contre moi en le surveillant de mes yeux plissés. Un deuxième pas. Je ne peux pas lutter contre quelqu'un qui refuse de m'écouter, je ne m'en sens pas capable. Pourquoi ne m'écoute-t-il pas, lui qui a toujours été le seul à le faire ? Encore un pas. J'aspire une goulée d'air douloureuse. Je me plaque contre la paroi rocheuse, le désespoir ancré au corps.
Il parle et je comprends sans les voir les larmes qui sont dans ses yeux. Si je ne les vois pas, c'est parce que les miens sont gorgés d'eau et que je ne distingue pas les traits de Gabryel. Il parle et il s'excuse. Moi, je ne veux rien de tout ça. Je ne sais pas ce que je veux. Je sais juste que je suis épuisée, une fatigue qui se situe dans ma tête. Et que je suis triste, aussi. Plus triste que je ne l'ai jamais été.
« Je t'ai dit... »
Ma voix s'échappe à peine de ma gorge nouée. Je ferme un peu les yeux et essaie de me redresser. Je n'y arrive pas, je tremble de la tête aux pieds. Je déglutis péniblement.
« De pas... De pas approcher. »
J'arrive au moins à lever la tête pour croiser son regard. Je cligne plusieurs fois des paupières pour libérer mes yeux de l'eau qui les emprisonne. J'ai l'horreur de sentir les larmes glisser sur mes joues. Je les essuie sur mon avant bras, maladroitement, le corps secoué de tremblements intempestifs. Je pince les lèvres pour donner du poids à mon regard. Ma voix s'échappe de moi comme un grognement. Juste parler. Ordonner. Je ne peux rien faire d'autre.
« Bouge plus, » j'assène.
Plus je me crispe, moins j'arrive à contrôler ce qui me traverse. Alors recule, s'il te plait. Recule et laisse moi gérer ça toute seule. J'ai juste besoin d'avoir l'impression pendant deux secondes que je ne vais pas devoir te gérer toi en même temps que j'essaie de me gérer moi.
Tu es un crétin, Fleurdelys
Gabryel s’immobilisa à l’ordre d’Aelle.
- Bouge plus !
Cette fois, il comprit, et ne fit pas un pas de plus. Mais il dut lutter contre chaque muscle de son corps, car tout en lui appelait à réduire la distance qui les séparait. Le jeune homme crevait d’envie de la relever, et de lui dire qu’elle n’était plus seule.
- D’accord… J’bouge plus.
Un silence s’installa tout doucement entre les deux sorciers. On n’entendit plus que le souffle du vent qui s’engouffrait à travers la fissure du plafond. Fleurdelys recula de quelques pas. Après une hésitation, il décida de s’asseoir directement sur le sol de pierre, le dos contre la paroi de la grotte, ses jambes repliées devant lui, et ses bras posés sur ses genoux. Le garçon resta immobile plusieurs secondes, le yeux posés sur le sol. Machinalement, il glissa sa main dans la poche de son pantalon pour en sortir le petit canif de son grand-père, qu’il gardait presque toujours sur lui. Le manche chromé était usé par les années à force d’être manipulé lors de ses longues promenades dans les forêts de Fife. Sans même y penser, il fit glisser la petite lame vers l’extérieur.
Une épaisse branche de noisetier traînait non loin, parmi d’autres morceaux de bois qu’il avait utilisés pour bricoler ici. Le Rouge et Or s’en saisit. Un premier copeau tomba dans un silence religieux, puis un second, et un troisième. Les gestes précis, appris depuis l’enfance auprès d’Angel Fleurdelys, lui revenaient naturellement. Il ne cherchait pas à fabriquer quelque chose d’important, simplement à occuper ses mains pour empêcher son cœur d’éclater.
Une silhouette naquit doucement sous les doigts de l’Écossais, un museau, deux oreilles pointues, et une queue épaisse. Au fur et à mesure des poussières d’écorce parsemées à ses pieds, une forme familière commença à apparaître, à l’apparence d’un minuscule renard ouvragé. Gabryel ne leva pas les yeux vers Aelle, concentré sur sa tâche. Il connaissait Zikomo depuis longtemps. Il l’avait souvent observé courir derrière Aelle au bord du Lac noir, dormir contre elle au sommet du Petit Chalet, ou disparaître dans les hautes herbes du parc de Poudlard. Dans ses souvenirs, le petit mngwi semblait toujours savoir ce dont l’Anglaise avait besoin.
Ses doigts continuaient minutieusement le travail, le canif raclant habilement le bois. Il n’attendait rien, ne parlait plus. Il restait juste là, présent, à la distance que l’ancienne Poufsouffle avait réclamée.
- Bouge plus !
Cette fois, il comprit, et ne fit pas un pas de plus. Mais il dut lutter contre chaque muscle de son corps, car tout en lui appelait à réduire la distance qui les séparait. Le jeune homme crevait d’envie de la relever, et de lui dire qu’elle n’était plus seule.
- D’accord… J’bouge plus.
Un silence s’installa tout doucement entre les deux sorciers. On n’entendit plus que le souffle du vent qui s’engouffrait à travers la fissure du plafond. Fleurdelys recula de quelques pas. Après une hésitation, il décida de s’asseoir directement sur le sol de pierre, le dos contre la paroi de la grotte, ses jambes repliées devant lui, et ses bras posés sur ses genoux. Le garçon resta immobile plusieurs secondes, le yeux posés sur le sol. Machinalement, il glissa sa main dans la poche de son pantalon pour en sortir le petit canif de son grand-père, qu’il gardait presque toujours sur lui. Le manche chromé était usé par les années à force d’être manipulé lors de ses longues promenades dans les forêts de Fife. Sans même y penser, il fit glisser la petite lame vers l’extérieur.
Une épaisse branche de noisetier traînait non loin, parmi d’autres morceaux de bois qu’il avait utilisés pour bricoler ici. Le Rouge et Or s’en saisit. Un premier copeau tomba dans un silence religieux, puis un second, et un troisième. Les gestes précis, appris depuis l’enfance auprès d’Angel Fleurdelys, lui revenaient naturellement. Il ne cherchait pas à fabriquer quelque chose d’important, simplement à occuper ses mains pour empêcher son cœur d’éclater.
Une silhouette naquit doucement sous les doigts de l’Écossais, un museau, deux oreilles pointues, et une queue épaisse. Au fur et à mesure des poussières d’écorce parsemées à ses pieds, une forme familière commença à apparaître, à l’apparence d’un minuscule renard ouvragé. Gabryel ne leva pas les yeux vers Aelle, concentré sur sa tâche. Il connaissait Zikomo depuis longtemps. Il l’avait souvent observé courir derrière Aelle au bord du Lac noir, dormir contre elle au sommet du Petit Chalet, ou disparaître dans les hautes herbes du parc de Poudlard. Dans ses souvenirs, le petit mngwi semblait toujours savoir ce dont l’Anglaise avait besoin.
Ses doigts continuaient minutieusement le travail, le canif raclant habilement le bois. Il n’attendait rien, ne parlait plus. Il restait juste là, présent, à la distance que l’ancienne Poufsouffle avait réclamée.
Reducio

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Tu es un crétin, Fleurdelys
Mon cœur frappe violemment contre ma poitrine. Comme s'il voulait s'en échapper. Je n'arrive pas à penser clairement. Mes yeux débordent de larmes qui ne veulent pas cesser de couler. La tristesse m'a attrapé et elle ne me lâche plus. C'est une masse énorme et difforme dans mon esprit, comme une ombre qui commence peu à peu à tout recouvrir. Kristen et son abandon, Kristen qui m'attend pourtant à l'autre bout du pays. Gabryel et la déception qu'il m'inspire, Gabryel qui est pourtant là juste devant moi, avec son regard qui s'illumine toujours quand il me voit malgré les années qui passent. C'est trop, tout ça. Tout, tout est trop. J'aimerais juste parfois que ça s'arrête. Que là, dans mon cœur, ça s'arrête de souffrir. J'aimerais arrêter d'attendre des choses des gens, arrêter d'espérer, arrêter d'être déçue, arrêter de ressentir. Juste arrêter de ressentir. Plus de colère et plus de tristesse non plus. Plus rien.
Gabryel s'est immobilisé dès que je l'ai ordonné. Quand il recule de quelques pas, je relâche mes muscles tendus. Pas parce que je le désire ou que j'ai confiance en sa capacité à rester loin de moi, mais parce que je suis épuisée et que j'en peux plus. Mes tremblements, en miroir, s'affirment un peu plus. Je m'appuie davantage contre la paroi pour ne pas tomber, un bras resserré autour de moi. Mon cœur s'emballe furieusement. J'essuie encore mes joues froides, les yeux levés vers Gabryel pour surveiller ses mouvements. Il n'y a que lorsqu'il s'assied par terre que je comprends qu'il ne tentera plus rien.
Je ne sais pas quoi faire. L'idée de partir ne me traverse pas même l'esprit. Je ne suis pas en état. Et dans un sens, je n'ai pas envie de partir. Non, je n'en ai pas envie. Alors doucement, lentement, pendant que Gabryel farfouille ses poches, je me laisse glisser contre la paroi de pierre jusqu'à tomber au sol, moi aussi. Là, je serre mes jambes contre moi et je me tourne pour ne plus avoir Gabryel sous les yeux. Il ne verra plus que mon profil désormais. Et moi, je peux porter mon regard vide sur la paroi qui me fait face.
Pendant un moment, plus rien ne se passe. Les battements de mon cœur ralentissent. Les larmes s'arrêtent de couler. Je me sens vide et à la fois pleine de sentiments que je déteste qui m'arrachent tout ce qui fait que je suis moi. Je ne détourne pas les yeux de la paroi. Je n'ai plus jamais envie de parler de tout ça, de ce qui vient de se passer. De Gabryel, de ce qu'il a dit, de ce qu'il a fait ces dernières semaines, de son immense idiotie. Parfois, j'aimerais mieux qu'il parte. Qu'il parte donc, comme ça j'arrêterai d'attendre qu'il le fasse. Ce serait plus simple, hein ? Pourquoi est-il encore là ? Il est toujours là et pourtant il parvient à me décevoir. Ce qui s'est passé ces dernières semaines va recommencer, c'est sûr. Je n'en ai pas envie. Et je n'ai pas non plus envie de ne plus le revoir.
Je pose mon menton sur mes genoux. Au bout d'un moment, je prends conscience que des bruits qui se sont naturellement ajoutés à la mélodie du vent qui souffle dans les fissures de la roche. Un bruit de bois qu'on sculpte. Je tourne machinalement mes yeux douloureux vers Gabryel, à quelques mètres de moi. Il tient une petite forme dans les mains. À la distance où je suis, je ne vois pas de quoi il s'agit. Je vois juste Gabryel qui sculpte à la moldue dans du bois et ça ne m'étonne pas.
Je garde le silence, moi aussi. Parce que peu à peu, dans le silence du Creux et l'éloignement de Gabryel, je retrouve le contrôle sur mon corps et mes pensées, sur mes émotions. Je n'ai rien besoin de plus actuellement que d'observer le jeune homme travailler sans que viennent nous déranger les vagues de mes émotions.
Gabryel s'est immobilisé dès que je l'ai ordonné. Quand il recule de quelques pas, je relâche mes muscles tendus. Pas parce que je le désire ou que j'ai confiance en sa capacité à rester loin de moi, mais parce que je suis épuisée et que j'en peux plus. Mes tremblements, en miroir, s'affirment un peu plus. Je m'appuie davantage contre la paroi pour ne pas tomber, un bras resserré autour de moi. Mon cœur s'emballe furieusement. J'essuie encore mes joues froides, les yeux levés vers Gabryel pour surveiller ses mouvements. Il n'y a que lorsqu'il s'assied par terre que je comprends qu'il ne tentera plus rien.
Je ne sais pas quoi faire. L'idée de partir ne me traverse pas même l'esprit. Je ne suis pas en état. Et dans un sens, je n'ai pas envie de partir. Non, je n'en ai pas envie. Alors doucement, lentement, pendant que Gabryel farfouille ses poches, je me laisse glisser contre la paroi de pierre jusqu'à tomber au sol, moi aussi. Là, je serre mes jambes contre moi et je me tourne pour ne plus avoir Gabryel sous les yeux. Il ne verra plus que mon profil désormais. Et moi, je peux porter mon regard vide sur la paroi qui me fait face.
Pendant un moment, plus rien ne se passe. Les battements de mon cœur ralentissent. Les larmes s'arrêtent de couler. Je me sens vide et à la fois pleine de sentiments que je déteste qui m'arrachent tout ce qui fait que je suis moi. Je ne détourne pas les yeux de la paroi. Je n'ai plus jamais envie de parler de tout ça, de ce qui vient de se passer. De Gabryel, de ce qu'il a dit, de ce qu'il a fait ces dernières semaines, de son immense idiotie. Parfois, j'aimerais mieux qu'il parte. Qu'il parte donc, comme ça j'arrêterai d'attendre qu'il le fasse. Ce serait plus simple, hein ? Pourquoi est-il encore là ? Il est toujours là et pourtant il parvient à me décevoir. Ce qui s'est passé ces dernières semaines va recommencer, c'est sûr. Je n'en ai pas envie. Et je n'ai pas non plus envie de ne plus le revoir.
Je pose mon menton sur mes genoux. Au bout d'un moment, je prends conscience que des bruits qui se sont naturellement ajoutés à la mélodie du vent qui souffle dans les fissures de la roche. Un bruit de bois qu'on sculpte. Je tourne machinalement mes yeux douloureux vers Gabryel, à quelques mètres de moi. Il tient une petite forme dans les mains. À la distance où je suis, je ne vois pas de quoi il s'agit. Je vois juste Gabryel qui sculpte à la moldue dans du bois et ça ne m'étonne pas.
Je garde le silence, moi aussi. Parce que peu à peu, dans le silence du Creux et l'éloignement de Gabryel, je retrouve le contrôle sur mon corps et mes pensées, sur mes émotions. Je n'ai rien besoin de plus actuellement que d'observer le jeune homme travailler sans que viennent nous déranger les vagues de mes émotions.
Tu es un crétin, Fleurdelys
Le garçon continuait précautionneusement son ouvrage. Son petit couteau glissait avec précision le long du bois. Un dernier copeau tomba sur le sol, pour rejoindre ses semblables. Le jeune sorcier observa quelques secondes le petit renard sous tous les angles, en le tournant entre ses doigts. Un léger coup de lame vint parfaire une oreille, puis il roula son pouce sur la pointe de la queue. Il souffla doucement sur la figurine. Une fine poussière s’envola. La statuette était minuscule, pas plus grande que la paume de sa main. Elle donnait l’impression de vouloir partir à l’aventure, son museau relevé vers l’avant. Ce n’était pas une œuvre parfaite. On pouvait apercevoir de près quelques irrégularités le long du noisetier sculpté, mais il y avait quelque chose d’assez vivant dans la silhouette pour que l’Écossais paraisse satisfait de son travail.
Sans un mot, Gabryel se pencha en avant, et déposa délicatement le petit animal sur la pierre, à quelques mètres de distance entre eux. Il la fit pivoter afin de la tourner vers Aelle. Puis il referma la lame du vieux canif de son grand-père dans un cliquetis métallique, et glissa le couteau dans sa poche. C’était comme refermer cette parenthèse nécessaire à laisser de nouveau leurs deux cœurs battre à un rythme régulier.
Fleurdelys poussa doucement sur ses mains contre le sol pour se relever, car ses jambes tremblaient un peu après plusieurs semaines passées au fond d’un lit. Il fit quelques pas en arrière jusqu’à l’autre extrémité de la grotte, et s’adossa lentement contre un mur lisse. Il glissa sur le sol, et laissa l’arrière de sa tête reposer contre la pierre. Le Rouge et Or releva enfin les yeux vers elle. Il ne dit rien. Son regard, d’une douceur désarmante, ne chercha guère à la convaincre de quoi que ce soit. Juste, il la regarda.
Pourquoi elle ? La question revint comme un air ancien. Pourquoi, parmi toutes les personnes qu’il avait croisées depuis son entrée à l’école de magie, pourquoi était-ce toujours vers elle que ses pensées le ramenaient sans cesse ? Il avait cherché si longtemps une réponse. Était-ce son intelligence, et sa manière exigeante d’aborder la magie ? Peut-être était-ce sa façon de marcher seule, à un rythme qu’elle semblait être la seule à pouvoir suivre. Ou peut-être sa colère, derrière laquelle Gabryel avait, dès le premier jour, perçu une fragilité, protégée comme le ferait un animal blessé.
Il repensa à leurs années à Poudlard, à leurs regards croisés dans les couloirs, à leurs silences partagés au Petit Chalet face au Lac Noir, aux nuits à Londres, à leurs corps enlacés, à leurs lèvres scellées. Elle l’avait laissé s’approcher d’elle sans jamais baisser sa garde. Elle était restée elle-même, et cela l’avait bouleversé. En elle, il aimait l’être entier avec ses contradictions, sa violence parfois, ses départs, et sa tendresse invisible aux autres. Elle avait rempli des endroits de lui, vides pendant des années. Il avait appris à aimer quelqu’un sans chercher à le changer.
Malgré tout ce qui avait pu se passer, les disputes, les cris, les larmes et la peur, Gabryel Fleurdelys trouvait Aelle Bristyle toujours aussi belle, magnifique comme ces sauvages paysages écossais qu’il aimait tant.
Peu à peu, la fatigue s’installa à nouveau sur le visage du jeune homme. Ses traits avaient légèrement creusé son teint pâle, tandis que ses larges épaules s’étaient discrètement affaissées. Dans ses yeux bleus-gris, on pouvait maintenant lire le poids des dernières semaines, des nuits sans sommeil, celui des attentes et des regrets. Ses paupières devinrent plus lourdes, mais il resta là, à la regarder dans une sincérité épuisée. Un petit sourire fatigué, presque invisible, effleura ses lèvres.
Sans un mot, Gabryel se pencha en avant, et déposa délicatement le petit animal sur la pierre, à quelques mètres de distance entre eux. Il la fit pivoter afin de la tourner vers Aelle. Puis il referma la lame du vieux canif de son grand-père dans un cliquetis métallique, et glissa le couteau dans sa poche. C’était comme refermer cette parenthèse nécessaire à laisser de nouveau leurs deux cœurs battre à un rythme régulier.
Fleurdelys poussa doucement sur ses mains contre le sol pour se relever, car ses jambes tremblaient un peu après plusieurs semaines passées au fond d’un lit. Il fit quelques pas en arrière jusqu’à l’autre extrémité de la grotte, et s’adossa lentement contre un mur lisse. Il glissa sur le sol, et laissa l’arrière de sa tête reposer contre la pierre. Le Rouge et Or releva enfin les yeux vers elle. Il ne dit rien. Son regard, d’une douceur désarmante, ne chercha guère à la convaincre de quoi que ce soit. Juste, il la regarda.
Pourquoi elle ? La question revint comme un air ancien. Pourquoi, parmi toutes les personnes qu’il avait croisées depuis son entrée à l’école de magie, pourquoi était-ce toujours vers elle que ses pensées le ramenaient sans cesse ? Il avait cherché si longtemps une réponse. Était-ce son intelligence, et sa manière exigeante d’aborder la magie ? Peut-être était-ce sa façon de marcher seule, à un rythme qu’elle semblait être la seule à pouvoir suivre. Ou peut-être sa colère, derrière laquelle Gabryel avait, dès le premier jour, perçu une fragilité, protégée comme le ferait un animal blessé.
Il repensa à leurs années à Poudlard, à leurs regards croisés dans les couloirs, à leurs silences partagés au Petit Chalet face au Lac Noir, aux nuits à Londres, à leurs corps enlacés, à leurs lèvres scellées. Elle l’avait laissé s’approcher d’elle sans jamais baisser sa garde. Elle était restée elle-même, et cela l’avait bouleversé. En elle, il aimait l’être entier avec ses contradictions, sa violence parfois, ses départs, et sa tendresse invisible aux autres. Elle avait rempli des endroits de lui, vides pendant des années. Il avait appris à aimer quelqu’un sans chercher à le changer.
Malgré tout ce qui avait pu se passer, les disputes, les cris, les larmes et la peur, Gabryel Fleurdelys trouvait Aelle Bristyle toujours aussi belle, magnifique comme ces sauvages paysages écossais qu’il aimait tant.
Peu à peu, la fatigue s’installa à nouveau sur le visage du jeune homme. Ses traits avaient légèrement creusé son teint pâle, tandis que ses larges épaules s’étaient discrètement affaissées. Dans ses yeux bleus-gris, on pouvait maintenant lire le poids des dernières semaines, des nuits sans sommeil, celui des attentes et des regrets. Ses paupières devinrent plus lourdes, mais il resta là, à la regarder dans une sincérité épuisée. Un petit sourire fatigué, presque invisible, effleura ses lèvres.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Tu es un crétin, Fleurdelys
Le silence a remplacé la lourdeur de mes émotions. Je me sens aussi vide qu'après un entraînement intense de magie. J'en viens même à me demander ce qui a pu me faire crier si fort, m'encourager à frapper dans un mur. Bercée par le bruit du couteau sur le bois, je baisse les yeux sur ma main abimée. La douleur pulse dans mes phalanges. Elles commencent à rougir et s'y trouve quelques traces de sang. Plus je tarde à me guérir, plus ce sera difficile d'arranger ça seule sans passer au Plateau récupérer quelques potions. Mais je ne fais rien pour dégainer ma baguette. Je n'en ai ni l'envie ni la force. Et dans ce grand vide que je ressens, cette douleur qui pulse me rappelle que j'ai eu des raisons de m'énerver et que la raison principale se trouve devant moi, assis à quelques mètres sur le sol poussiéreux.
Je le regarde du coin de l'oeil quand il se penche en avant pour déposer entre nous cette chose qu'il était en train de sculpter. Je n'ai pas le temps de l'observer avec attention : Gabryel se lève. Je le surveille comme on surveille une créature qui pourrait nous vouloir du mal, avec le regard méfiant et une moue qui commence déjà à s'habiller de colère. Mais il ne vient pas vers moi, au contraire. Il s'éloigne et part s'adosser contre la paroi d'en face. Il se laisse tomber sur le sol. Alors seulement j'arrête de le surveiller : je sais qu'il ne s'approchera pas.
Mes yeux retombent sur la statuette. Dans un soupir d'effort, j'éloigne mon dos du mur pour mieux la regarder. Un petit sursaut fait réagir mon cœur lorsque je reconnais Zikomo. Il a sculpté Zikomo et l'a fait avec une aisance frappante mais pas étonnante. Je sais depuis longtemps que Gabryel est doué dans ce genre d'activité manuel. Mes doigts glissent lentement vers ma baguette. Je murmure le sortilège, n'ayant pas la force de me passer de formule même pour un sort aussi simple. Le Zikomo de bois vole jusqu'à moi. Je l'attrape doucement et laisse tomber ma tête en arrière contre la paroi pour l'observer.
Au bout de plusieurs secondes, je relève les yeux vers Gabryel. Abandonné contre la paroi, toute la fatigue semble lui retomber dessus. Pourtant, danse sur ses lèvres un sourire qui m'est si familier qu'il me fait mal. C'est la première fois depuis toutes ces années que je le connais qu'il me fait aussi mal en se contentant d'être là et d'exister.
Je déglutis péniblement. Mes doigts se referment sur le petit Zikomo de bois. Je l'enferme dans le creux de ma main. Je ne quitte pas Gabryel du regard.
« Comment je peux te faire confiance s'il suffit d'un silence de ma part pour que tu me laisses ? »
La question tombe subitement, je ne l'ai moi-même pas vue venir. Ma voix s'élève à peine dans la caverne. Ce n'est plus une voix de colère. C'est une voix d'abandon. Je devrais peut-être tout simplement arrêter. Arrêter de croire que même ceux en qui j'avais le plus confiance resteront toujours là. Personne ne reste. Jamais.
Je le regarde du coin de l'oeil quand il se penche en avant pour déposer entre nous cette chose qu'il était en train de sculpter. Je n'ai pas le temps de l'observer avec attention : Gabryel se lève. Je le surveille comme on surveille une créature qui pourrait nous vouloir du mal, avec le regard méfiant et une moue qui commence déjà à s'habiller de colère. Mais il ne vient pas vers moi, au contraire. Il s'éloigne et part s'adosser contre la paroi d'en face. Il se laisse tomber sur le sol. Alors seulement j'arrête de le surveiller : je sais qu'il ne s'approchera pas.
Mes yeux retombent sur la statuette. Dans un soupir d'effort, j'éloigne mon dos du mur pour mieux la regarder. Un petit sursaut fait réagir mon cœur lorsque je reconnais Zikomo. Il a sculpté Zikomo et l'a fait avec une aisance frappante mais pas étonnante. Je sais depuis longtemps que Gabryel est doué dans ce genre d'activité manuel. Mes doigts glissent lentement vers ma baguette. Je murmure le sortilège, n'ayant pas la force de me passer de formule même pour un sort aussi simple. Le Zikomo de bois vole jusqu'à moi. Je l'attrape doucement et laisse tomber ma tête en arrière contre la paroi pour l'observer.
Au bout de plusieurs secondes, je relève les yeux vers Gabryel. Abandonné contre la paroi, toute la fatigue semble lui retomber dessus. Pourtant, danse sur ses lèvres un sourire qui m'est si familier qu'il me fait mal. C'est la première fois depuis toutes ces années que je le connais qu'il me fait aussi mal en se contentant d'être là et d'exister.
Je déglutis péniblement. Mes doigts se referment sur le petit Zikomo de bois. Je l'enferme dans le creux de ma main. Je ne quitte pas Gabryel du regard.
« Comment je peux te faire confiance s'il suffit d'un silence de ma part pour que tu me laisses ? »
La question tombe subitement, je ne l'ai moi-même pas vue venir. Ma voix s'élève à peine dans la caverne. Ce n'est plus une voix de colère. C'est une voix d'abandon. Je devrais peut-être tout simplement arrêter. Arrêter de croire que même ceux en qui j'avais le plus confiance resteront toujours là. Personne ne reste. Jamais.
Tu es un crétin, Fleurdelys
Les lèvres du jeune homme s’entrouvrirent, puis se refermèrent aussitôt. Il aurait pu lui expliquer la peur, les hiboux sans réponse, les nuits passées à attendre un signe. Il aurait voulu lui dire qu’il pensait respecter sa volonté, mais qu’il s’était trompé. Aelle ne lui demandait pas pourquoi, mais comment. Elle ne doutait pas de son amour, mais de sa capacité à rester.
Gabryel sentit sa gorge se serrer. Il baissa les yeux vers le sol.
- Je ne sais pas.
Il secoua la tête.
- J’peux pas te demander de me croire. Et si j’étais à ta place, je ne me croirais pas nnnnon plus.
Un sourire triste traversa son visage.
- Tu sais… Je pense que tu as raison.
L’Écossais releva doucement les yeux.
- J’ai confondu respecter ton silence et disparaître. Je n’aurais jamais dû.
Son regard ne quittait plus celui d’Aelle.
- Je ne peux pas te promettre que tu me referas confiance, mais la seule chose que je peux faire, c’est d’arrêter de ccccroire qu’aimer quelqu’un, c’est attendre qu’il revienne.
Gabryel se releva, se dirigea vers le bureau. Il ouvrit une boîte. Parmi plusieurs autres fioles, il se saisit d’une potion à base de dictame, confectionnée par Flora. Avec naturel, il traversa la grotte et prit place aux côtés d’Aelle, dos au mur, prenant soin de laisser un espace entre eux. Il lui tendit la bouteille.
- La prochaine fois, je viendrai me faire envoyer chier en personne.
Gabryel sentit sa gorge se serrer. Il baissa les yeux vers le sol.
- Je ne sais pas.
Il secoua la tête.
- J’peux pas te demander de me croire. Et si j’étais à ta place, je ne me croirais pas nnnnon plus.
Un sourire triste traversa son visage.
- Tu sais… Je pense que tu as raison.
L’Écossais releva doucement les yeux.
- J’ai confondu respecter ton silence et disparaître. Je n’aurais jamais dû.
Son regard ne quittait plus celui d’Aelle.
- Je ne peux pas te promettre que tu me referas confiance, mais la seule chose que je peux faire, c’est d’arrêter de ccccroire qu’aimer quelqu’un, c’est attendre qu’il revienne.
Gabryel se releva, se dirigea vers le bureau. Il ouvrit une boîte. Parmi plusieurs autres fioles, il se saisit d’une potion à base de dictame, confectionnée par Flora. Avec naturel, il traversa la grotte et prit place aux côtés d’Aelle, dos au mur, prenant soin de laisser un espace entre eux. Il lui tendit la bouteille.
- La prochaine fois, je viendrai me faire envoyer chier en personne.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Tu es un crétin, Fleurdelys
Il m'avoue sans détour qu'il n'a aucune idée de comment faire en sorte que je lui fasse confiance. Cet aveu sincère et les remords qui suivent attendrissent sans que je comprenne bien comment l'immense peine qui me torpillait le cœur. Il ne s'excuse pas. Il ne me donne pas d'explication. Il dit que j'ai raison. Qu'il a eu tort. Qu'il s'est trompé. J'en ressens un soulagement si violent et brusque qu'une vague de fatigue énorme s'abat sur moi. J'étais persuadée qu'il allait encore se trouver des excuses. Ma tête retombe contre le mur derrière moi. Mes yeux me piquent. Je les lève vers le plafond pour que ne coule aucune larme.
Si la peine s'attendrit, le vide qui s'est ouvert en moi ne se comble pas. Gabryel ne fait aucune promesse car il n'est tout simplement pas en position d'en faire. Et aussi parce qu'il sait que cela ne servirait à rien. Alors évidemment, perdure en moi cette certitude que tout finira par aller mal, encore. Rien n'est éternel. Encore moins les gens. Ils finiront toujours par partir, blesser, trahir. C'est la nature même de l'humain. Et moi, je subis parce que je suis aussi humaine que les autres. S'il existait la possibilité de me libérer de tous ces liens qui m'entravent... Si seulement il existait une solution pour couper ce cœur des émotions qui le tirent vers le fond... Si seulement... J'irai beaucoup mieux.
J'éloigne la tête du mur quand j'entends Gabryel bouger. Il se lève et de nouveau, je le regarde avec méfiance, la crainte accrochée au corps qu'il m'approche et me touche alors que j'aimerais mieux qu'il s'éloigne encore plus de moi. Mais quand je vois ce qu'il attrape dans la boite, je comprends que ce n'est pas son intention. Une fiole. La douleur qui pulse dans mes phalanges m'empêche de refuser ce qui va ensuite arriver. J'ai trop mal pour refuser des soins. Alors je laisse Gabryel approcher et m'étonne de ne plus avoir envie de le pousser brutalement en arrière.
Mon corps est tendu de la tête aux pieds lorsqu'il s'accroupit près de moi. Je le regarde de mes yeux sombres sauvages, la bouche tordue dans une grimace désagréable, l'air revêche. Fuis loin de lui, murmurent mes pensées, fuis loin de lui, ça ne te servira à rien de le garder près de toi. Si je partais moi-même, au moins il n'y aurait plus de risque qu'il me laisse. C'est ça que je dois faire. Partir, couper tout contact et ne plus jamais le voir. Juste arrêter de croire que ça me sert à quelque chose d'avoir des amis ou peu importe ce qu'il est pour moi. À quoi ça me sert ? Les gens ne sont que des attentes, que des frustrations, que des trahisons. Alors je vais accepter cette fiole, Gabryel, et ensuite je partirai et tu ne pourras plus me retrouver, tout simplement. Ce sera finit. Terminées ces déceptions, ces rancœurs, ces douleurs.
Forte de cette décision, c'est plus facile d'accepter qu'il soit si proche. J'attrape la fiole qu'il me tend et croise son regard au moment où il prononce ces ultimes paroles. J'ai un rire sans joie. Il n'y aura pas de prochaine fois.
« Ouais, » je fais d'une voix rauque en détournant les yeux.
Je débouche la fiole en m'aidant de mes dents et entreprend laborieusement d'étaler l'onguent sur mes doigts abîmés, tout en jetant des regards vers Gabryel pour lui faire comprendre qu'il n'a pas intérêt de m'aider à me soigner.
Si la peine s'attendrit, le vide qui s'est ouvert en moi ne se comble pas. Gabryel ne fait aucune promesse car il n'est tout simplement pas en position d'en faire. Et aussi parce qu'il sait que cela ne servirait à rien. Alors évidemment, perdure en moi cette certitude que tout finira par aller mal, encore. Rien n'est éternel. Encore moins les gens. Ils finiront toujours par partir, blesser, trahir. C'est la nature même de l'humain. Et moi, je subis parce que je suis aussi humaine que les autres. S'il existait la possibilité de me libérer de tous ces liens qui m'entravent... Si seulement il existait une solution pour couper ce cœur des émotions qui le tirent vers le fond... Si seulement... J'irai beaucoup mieux.
J'éloigne la tête du mur quand j'entends Gabryel bouger. Il se lève et de nouveau, je le regarde avec méfiance, la crainte accrochée au corps qu'il m'approche et me touche alors que j'aimerais mieux qu'il s'éloigne encore plus de moi. Mais quand je vois ce qu'il attrape dans la boite, je comprends que ce n'est pas son intention. Une fiole. La douleur qui pulse dans mes phalanges m'empêche de refuser ce qui va ensuite arriver. J'ai trop mal pour refuser des soins. Alors je laisse Gabryel approcher et m'étonne de ne plus avoir envie de le pousser brutalement en arrière.
Mon corps est tendu de la tête aux pieds lorsqu'il s'accroupit près de moi. Je le regarde de mes yeux sombres sauvages, la bouche tordue dans une grimace désagréable, l'air revêche. Fuis loin de lui, murmurent mes pensées, fuis loin de lui, ça ne te servira à rien de le garder près de toi. Si je partais moi-même, au moins il n'y aurait plus de risque qu'il me laisse. C'est ça que je dois faire. Partir, couper tout contact et ne plus jamais le voir. Juste arrêter de croire que ça me sert à quelque chose d'avoir des amis ou peu importe ce qu'il est pour moi. À quoi ça me sert ? Les gens ne sont que des attentes, que des frustrations, que des trahisons. Alors je vais accepter cette fiole, Gabryel, et ensuite je partirai et tu ne pourras plus me retrouver, tout simplement. Ce sera finit. Terminées ces déceptions, ces rancœurs, ces douleurs.
Forte de cette décision, c'est plus facile d'accepter qu'il soit si proche. J'attrape la fiole qu'il me tend et croise son regard au moment où il prononce ces ultimes paroles. J'ai un rire sans joie. Il n'y aura pas de prochaine fois.
« Ouais, » je fais d'une voix rauque en détournant les yeux.
Je débouche la fiole en m'aidant de mes dents et entreprend laborieusement d'étaler l'onguent sur mes doigts abîmés, tout en jetant des regards vers Gabryel pour lui faire comprendre qu'il n'a pas intérêt de m'aider à me soigner.
Tu es un crétin, Fleurdelys
Gabryel suivit les gestes d’Aelle sans intervenir. Il hésita quelques secondes avant de prendre sur lui, car les regards qu’elle lui lançait étaient suffisamment clairs. Il resta donc les bras croisés, et s’assura juste qu’elle recouvrait bien l’ensemble de ses phalanges abîmées. L’onguent avait été préparé par Flora à partir de dictame, et de plusieurs autres herbes magiques qu’elle faisait pousser elle-même dans la serre du domaine. Sa mère lui avait expliqué la composition exacte du remède : « Mais tu n’as rien écouté, tu regardais le chat courir après sa queue… Tu me désespères Gab ». Pour sûr, les effets de la potion étaient redoutables, et cela suffisait au sorcier.
Les premières traces de sang s’effacèrent, à peine la pommade fut-elle en contact avec la peau de la jeune fille. L’odeur caractéristique du dictame chatouilla les narines de l’ancien Gryffon. Les rougeurs sur la main d’Aelle disparaissaient peu à peu, au même rythme que les plaies se refermaient doucement. Il faudrait sans doute quelques heures pour que la douleur disparaisse complètement, mais l’étudiante pourrait au moins se servir de sa main sans aggraver les choses. Gabryel hocha la tête, satisfait de ce qu’il voyait. Quelque chose au fond de lui s’apaisait en même temps que les blessures.
Le garçon laissa l’arrière de son crâne retomber contre le mur. Le Creux avait à nouveau revêtu son manteau silencieux. Fleurdelys observa l’ouverture du plafond, par laquelle la lumière lui sembla moins vive. Aelle savait qu’il regrettait. Il ne lui avait fait ni promesse, ni grande déclaration. Il faudrait maintenant du temps, et surtout des actes. Gabryel l’avait enfin compris. Il posa finalement une main contre la roche pour se relever, mais ses jambes résistèrent un peu. Une faiblesse traversa ses genoux et son torse. Son corps lui rappelait qu’il avait passé plusieurs semaines alité. Malgré tout, un sourire se posa sur ses lèvres lorsqu’il se trouva finalement debout.
Il traversa la grotte, et récupéra sa baguette posée sur le bureau. Il la fit glisser naturellement dans la poche arrière de son pantalon, puis s’épousseta un peu. Si une espèce d’épuisement affaissait quelque peu ses épaules, et tirait les traits de son visage, il retrouva malgré tout sa bonne humeur tranquille.
- La nuit ne tardera pas. J’peux te ramener en transplanant, si tu veux. Tu veux aller où ?
Les premières traces de sang s’effacèrent, à peine la pommade fut-elle en contact avec la peau de la jeune fille. L’odeur caractéristique du dictame chatouilla les narines de l’ancien Gryffon. Les rougeurs sur la main d’Aelle disparaissaient peu à peu, au même rythme que les plaies se refermaient doucement. Il faudrait sans doute quelques heures pour que la douleur disparaisse complètement, mais l’étudiante pourrait au moins se servir de sa main sans aggraver les choses. Gabryel hocha la tête, satisfait de ce qu’il voyait. Quelque chose au fond de lui s’apaisait en même temps que les blessures.
Le garçon laissa l’arrière de son crâne retomber contre le mur. Le Creux avait à nouveau revêtu son manteau silencieux. Fleurdelys observa l’ouverture du plafond, par laquelle la lumière lui sembla moins vive. Aelle savait qu’il regrettait. Il ne lui avait fait ni promesse, ni grande déclaration. Il faudrait maintenant du temps, et surtout des actes. Gabryel l’avait enfin compris. Il posa finalement une main contre la roche pour se relever, mais ses jambes résistèrent un peu. Une faiblesse traversa ses genoux et son torse. Son corps lui rappelait qu’il avait passé plusieurs semaines alité. Malgré tout, un sourire se posa sur ses lèvres lorsqu’il se trouva finalement debout.
Il traversa la grotte, et récupéra sa baguette posée sur le bureau. Il la fit glisser naturellement dans la poche arrière de son pantalon, puis s’épousseta un peu. Si une espèce d’épuisement affaissait quelque peu ses épaules, et tirait les traits de son visage, il retrouva malgré tout sa bonne humeur tranquille.
- La nuit ne tardera pas. J’peux te ramener en transplanant, si tu veux. Tu veux aller où ?
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR