Les pirates de Skye

Île de Skye
05 juillet 2051
05 juillet 2051
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Il y avait toujours eu cette falaise, sur l'île de Skye. La première à voir le soleil se lever le matin, et la dernière à le voir disparaître derrière les étendues boisées et sauvages qu'elle portait sur son dos.
Très haute, elle veillait sur ses sœurs, malmenées par les violents rouleaux qui s'écrasaient à leurs pieds. La mer déchaînée, tranchée par les rochers qui la gardaient, creusait peu à peu les couches de basalte laissées par la lave des millénaires passés.
Mais l'océan n'était pas le seul à laisser sa trace sur la falaise. Des années de passages avaient dessiné une marque le long de son corps, comme une cicatrice racontant son histoire.
Nombreuses étaient les visites uniques, celles de ces gens armés d'appareils aux flashs aveuglants. Bien plus rares étaient les récurrentes.
Pourtant, il y en avait bien une que le mont rocheux avait remarquée. Celle qui revenait à chaque lune, lorsque le soleil était à son apogée. Elle glissait le long de la cicatrice, parfois les bras encombrés de rondins, parfois de cordages. La fillette avait élu domicile dans un petit creux de son dos, loin de la guerre humide qui se jouait plus bas. Elle réservait cette bataille pour plus tard.
Les levers du jour se succédèrent et, bientôt, la pile de troncs adossée à la roche commença à prendre une forme plus claire, plus plate. Les cordages se nouèrent parmi le bois, tandis qu'un joli drapeau jaune se dressait à leurs côtés, lui donnant l'allure d'un véritable navire pirate, de ceux dont on racontait encore les exploits.
L'odeur iodée de la mer en mouvement se répandit dans l'air, tandis que l'eau glacée commençait à recouvrir les dernières pierres de basalte qu'elle pouvait atteindre dans ses bons jours.
Noa, perchée à quelques centimètres de la pauvre mer entravée, contempla son œuvre à peine un instant. Les rondins de bois se succédaient, jamais de la même taille, jamais de la même épaisseur, mais attachés ensemble par de solides nœuds de vrais marins, que son père avait pris le temps de lui enseigner — ignorant totalement le projet de sa fille dans les bois.
Une longue corde, abîmée par le temps, s'échappait de l'ensemble. Noa l'attrapa avec la conviction que son navire allait aller loin. Plus loin que les côtes anglaises, peut-être jusqu'aux rives australiennes, après quelques jours de traversée.
Elle tira.
Ses pieds s'enfoncèrent dans la fine couche de terre posée sur la roche volcanique, encore humide de la pluie matinale qui avait frappé l'île.
Mais après quelques instants de lutte contre le poids inattendu de la construction, rien ne se passa.
Ses yeux se plissèrent, tandis que la fine tresse qui barrait ses cheveux vint se coincer entre ses lèvres, mâchonnée dans une concentration intense. Cela ne dura qu'un instant, avant qu'elle ne tente à nouveau de tirer son précieux navire — dans toutes les positions qui semblaient pouvoir lui donner un peu plus de force.
Il allait bouger. Ce foutu bateau regagnerait l'océan et la conduirait vers la fortune et la gloire des pirates disparus. Et surtout, vers leurs trésors.
#d19002 - Tournes-toi vers le soleil, et l'ombre sera derrière toi.