8 juil. 2026, 10:29
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Un frisson traverse mon corps de part en part. Parlons tectonique. Rien ne tremble en surface, là-haut le calme plat mais les capteurs des scientifiques entrent en résonance. La terre a tremblé en profondeur. C’est l’infime, annonciateur implacable d’une catastrophe à venir. Ce doit être ça, la déstabilisation. Le voyage vers la côte n’est pas même terminé que le prochain chargement du navire s’annonce impossible à transporter sans risques. Le capitaine du vaisseau sait déjà que la mort est au bout de la traversée suivante, comme l’évidence d’une tragédie jouée à la perfection dans sa mécanique immuable.
Tout part de mes principes, eux je les connais, les comprends et les admets pour ce qu’ils sont. C’est ma noblesse, dans toute sa beauté rêche.

- Je me suis battue pour que soit reconnue ma famille. Souillée par un père que j’aurais préféré ne jamais connaître.

Je tremble. D’une rage qui sort du ventre de la terre comme ces geysers, dans un fracas à vous rendre sourde. Je tremble car il a par son existence condamné les Gunnray à l’infamie, une déchéance silencieuse que je sens souvent quand je suis en société. Ces gens-là ne disent jamais ce qu’ils pensent mais il ne faut pas être ministre pour savoir interpréter leurs mimiques. Ce n’est pas tant le fait en lui-même qui me terrasse. L’injustice de la situation est la source de ma révolte. D’une certaine manière je les hais, ces gens aux airs de poupée enfarinée, ces sorciers aux tenues emplies de naphtaline, un produit moldu détestable. Jamais je ne sens de telles pensées de la part d’Alyona. Aliosus pourrait être de ceux-là mais je perçois chez lui une droiture supérieure. Il est au-dessus de cela. Et… Gordon, à sa manière l’est aussi, indifférent aux origines.

- C’est mon devoir. Je dois perpétuer mon nom, du moins mon sang, celui de mes ancêtres écossais.

En prononçant ces mots, je prends conscience que j’aurais tendance à exclure de facto ma mère, celle par qui l’épidémie s’est diffusée. Une chose pourtant me sauve du désastre social.

- Et puis... je crois que si j’avais été une cracmol, je voudrais être enseignante, avec des petits. J’aime les enfants, je ne sais pas, leur pureté m’émerveille. Leur bonté, une forme d’intelligence que la vie n’a pas encore froissée. Je crois que je tiens cela de mon petit frère. Qu’il était beau, gentil comme tout.

L’émotion me monte au visage, je ne peux réfréner une larme. C’est rare, très rare de ma part. Mais cet enfant si tôt parti constitue peut-être en moi un traumatisme plus grand que la disparition de Circéia. Nous jouions ensemble, il me servait des IvanAvna à tout va.

- Quatre, et ce ne sera pas négociable. J’en veux au moins quatre. Et crois-moi, ils n’ont pas intérêt à faire les andouilles. Je les élèverai dans la plus fière des rigueurs morales de Grande-Bretagne.

Là… Je comprends… Les gens incapables de discipline ne sont pas pour moi. Je n’aime pas les frivoles. Il faudrait pourtant qu’on m’explique comment il se fait que Gordon soit un épineux sujet. C’est incompréhensible. Aliosus est mon ami, du moins puis-je le croire. Mais Gordon… Et comment se fait-il que croiser ce sujet généalogique avec lui transforme mon cerveau en marmite rouge à en exploser ?

- En fait… que j’y adhère ou pas, c’est ma destinée. Je suis la dernière d’une espèce menacée d’extinction. Je ne peux pas prendre le risque.

Une chose, en moi, expliquerait peut-être les nausées qui m’affaiblissent ces derniers temps. Pourquoi cette impression que mon destin est lui-même menacé ? Il suffit de trouver un sorcier, de sang pur… et vogue la galère… Oui mais… je ne sais pas ce que toi, de l’autre côté de ces mots, tu as compris depuis longtemps. Non pas toi Alyona mais tous les autres… Dans mon coeur, le venin a déjà fait effet. Lui et personne d’autre mais je ne le sais pas encore. Belle alchimie que cet archer espiègle. Dans la nasse très chère sorcière…

- Quand l’heure sera venue, je devrai me marier, trouver un bon parti et lui donner des fils. Des filles, enfin ce qui viendra, je ne vais pas jouer en vue d’influencer les choses. Ce que j’aimerais surtout, c’est trouver un homme gentil. Qu’il ne soit pas brutal. Mais ces garçons-là ne sont pas attirés par des filles comme moi. Je leur fais peur.

***


Elle en est persuadée, à se flageller toute la nuit. Mais Vana sait qu’aller plus loin serait indisposer Aly. Elle aurait bien dit que ce bonheur-là est réservée à son amie. Un… apanage. Cela reviendrait à dire qu’elle est moins belle, moins attirante. C’est faux. Alyona est jolie, elle a… des qualités que jamais les hommes ne verront en Vana. Même si elle en est pourvue, encore plus si elle l’est. Car elle l’est. Eux ne voient que ce corps, à dire vrai magnifique. Ce corps et ce port, une allure… des yeux de tigresse. Et les seins d’une déesse. Voilà bien le pire pour Ivanovna, et cela elle ne peut en comprendre la signification ancienne. Le père a été entoilé par Emily. Elle aussi était époustouflante à vingt ans. Elle aussi éduquée, feu follet dans une bouteille pur feu. Tout ça pour ça.

- … Ce sera ma route. Chacun fait avec ce que la magie lui a donné. Toi tu sais tenir un jardin. Et resplendir comme fleur parmi les fleurs. Moi… Je suis la terre, bonne à engendrer… Un ventre… alors autant en accepter le poids. Et puis… je crois qu’il y a pire dans l’existence. Si j’arrive à convaincre un homme de vivre avec une terre souillée, inculte à toute noblesse, j’aurai de la chance… soyons modeste.

La corde, désaccordée, qui la relie à Gordon, sonne encore plus à ce moment. Elle avait une touche comme disent les imbéciles. Que n’a-t-elle pas fait pour en accepter l’augure ? Un esprit borné dispose de bien des moyens de refouler ses torts, les écarter d’un revers de main. Ainsi va la vie. Elle finit par se retourner sur ce qu’elle vient de dire. Ivanovna comprend alors qu’elle a beaucoup parlé mais en oubliant une fois encore celle par qui la confession est arrivée. Ses sourcils forment alors un visage en forme de question. Vana finit par dire…

- Mais toi… pourquoi me poses-tu la question ? Oh, Alyona, tu seras une mère formidable !

Elle serre délicatement l’avant bras d’Aly, convaincue de tenir entre ses doigts un alcoolat de femme qu’elle ne sera jamais.

10 juil. 2026, 23:21
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
T'arrive-t-il, Ivanovna, de te sentir contrainte à marcher sur une voie sans pouvoir t'en écarter, sans avoir le droit de choisir une bifurcation, de t'enfoncer sur une autre route ou de rebrousser chemin si l'envie t'en prenait ? Comme un Sysiphe obligé de rouler sa peine. N'as-tu pas l'impression qu'on te prive de liberté ? Qu'on te ferme des portes ? (Est-ce donc cela que ressentent les nés-moldus face aux conditions d'inscription à l'ISDM ?) Que ton cœur est bridé par un devoir familial à la poigne de fer ? Tu pourrais tomber amoureuse d'un sang-mêlé, ma sœur, ou d'un moldu. Y as-tu pensé ? Ou Gordon te tient-il pour l'instant éloignée de ces réflexions difficiles à imaginer ? Mais si cela t'arrivait, que ferais-tu ? Renoncerais-tu à cet avenir, affirmant sur tes sentiments la force de ta volonté, condamnant ton cœur à la douleur ? Ou trahirais-tu les tiens pour ce bonheur promis et rêvé ?
J'ai toujours cru au destin, m'imaginant que ce que je devenais, que ce qui m'arrivait était écrit d'avance, que qui que nous soyons, nous avons chacun un parcours extraordinaire à accomplir, préparé pour nous, et auquel nous devons faire confiance. Si les malheurs arrivent, il faut apprendre à les traverser, il faut faire front et persister, car derrière la route est belle, ensoleillée, et les joies nous attendent après les nuages denses et gris. Il s'agit de croire en l'avenir, de ne pas perdre espoir. C'est ce que j'ai sans cesse pensé, ce que je me suis répété. Alors pourquoi est-ce si compliqué désormais ? Pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ? Pourquoi est-ce que j'ai ainsi peur ?

Peut-être que le problème vient de moi. Les mots d'Ivanovna me font mal ; il est manifeste qu'elle ne partage pas mon angoisse ou ma peine. Il y a même pour elle, face à ce devoir à accomplir, une forme d'enthousiasme, mêlé de curiosité et d'impatience : d'une certaine manière, c'est un avenir auquel elle a toujours voulu. Il est question d'une évidence. Et sur certains points, je crois qu'il en est de même pour moi. Ne me suis-je pas toujours imaginée menant ma famille, donnant vie, éduquant, suivant la croissance d'enfants qui seraient les miens ? L'avenir a toujours eu ce visage, et c'est un visage qui me plaît, que je désire, et auquel on m'a préparé. Alors, pourquoi d'autres points ne passent pas ? Pourquoi l'ajout d'un Sang-Pur est-il si dur à accepter ? Ce n'est pas comme si j'avais pour eux un quelconque ressentiment ; ces sorciers au sang pur, je les connais, je les comprends, ils sont comme moi ; notre éducation est similaire, notre cercle de connaissances aussi, certainement, de notre enfance à notre vie de jeunes adultes, nous avons beaucoup en commun. Pourtant, désormais, je voudrais presque les détester de tout mon cœur, les haïr comme s'ils étaient responsables de l'entièreté de mon malheur. Quand bien même je n'ai véritablement rien à leur reprocher. C'est ridicule !

Alors oui, peut-être que le problème vient de moi. Mon regard sur le monde a changé. Poudlard puis l'Institut m'ont appris à considérer différemment ces sorciers dont les racines poussent aussi en terre moldue. Je les vois désormais comme je vois les autres magiciens au sang pur : tout simplement comme des êtres vivants, comme des sorciers pas forcément différents de moi. Et ainsi, je peux les aimer de la même manière, qui que soient leurs aïeuls. J'aime Vana comme j'aime Nahele. Alors pourquoi devrais-je imposer un filtre à ces élans de mon cœur, quand il s'agit de me construire un avenir familial ? Comment cette promesse de bonheur peut-elle se transformer en un contrat aussi cruel ?

Parce que c'est notre devoir. Perpétuer le nom, le sang.

Quelques larmes silencieuses coulent sur mes joues. Je les efface d'un geste de la main en m'imposant un sourire. Ivanovna me parle d'enfants comme si le problème résidait là, mais je crois qu'elle n'a pas tout à fait compris mes angoisses, et je ne lui en veux pas. Comment le pourrais-je ? Même si ses phrases sont douloureuses, elles me font du bien ; elles me rappellent que je ne suis pas seule, que nous serons toujours à deux, et qu'à travers la possible contrainte d'un mariage imposé pour une nécessité familiale, le bonheur n'en demeure pas moins accessible.
Et puis, peut-être qu'elle a raison, peut-être qu'il y a parmi les Sang-Pur quelqu'un qui saura m'offrir un avenir heureux, quelqu'un que j'aimerai. Peut-être que le destin sera doux avec moi. Peut-être qu'il me tiendra à l'abri des douleurs. Merlin, je l'espère tellement !

« Tu trouveras, tu verras », lui promis-je, me serrant un peu contre elle, sans savoir si c'est pour lui offrir du réconfort ou pour en trouver.

Mon sourire se fait plus assuré et sincère derrière ma peine. L'étudiante en anti-poison m'apaise et m'amuse presque. « Fleur parmi les fleurs »... Jolie mais fragile.

Son dernier geste m'est plus douloureux, car il revient à ce problème que je n'ose pas résoudre. Ivanovna n'a pas compris où allait l'inquiétude dissimulée sous mes propos. Mais comment puis-je lui expliquer ? Devrais-je lui confier comme j'ai peur que mon cœur ne m'entraîne dans une histoire impossible ? Devrais-je lui avouer que ces contraintes me paralysent ? Que je crains d'être malheureuse ? Je n'ai pas le courage de lui expliquer. Il ne s'agit que de moi, et c'est ridicule, et peut-être que je m'inquiète inutilement. C'est même probable. Redouter quelque chose qui n'est pas arrivé et n'arrivera peut-être pas n'a aucun sens. C'est puéril. Je dois m'y faire, c'est tout. C'est une question de discipline. Je serai la femme qu'on veut que je sois, et je serai forte.

« Je ne sais pas, lui expliqué-je, je crois que cela m'inquiète un peu parfois. Il n'y a que moi, il faut que je sois à la hauteur. »

Être à la hauteur... Les larmes à cette pensée manquent de monter de nouveau au bord de mes yeux, mais je les retiens, les avale.

« Mais n'en parlons plus, c'est inutile. C'est ton anniversaire et nous n'avons pas encore fêté cela convenablement ! »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet