La baguette choisit toujours sa sorcière
samedi 20 août 2050
Je connaissais le Chemin de Traverse depuis toujours.
Je connaissais ses pavés irréguliers, ceux qui semblaient avoir été posés par quelqu’un qui avait décidé que marcher droit était une faiblesse de caractère. Je connaissais les vitrines trop chargées, les enseignes grinçantes, les cages de hiboux qui hululaient comme s’ils débattaient d’un sujet politique très grave, et les sorciers qui traversaient la rue avec cette assurance particulière des gens habitués à voir une plume écrire toute seule ou un chaudron remuer son contenu sans se poser trop de questions.
J’étais née dans une famille de sorciers.
La magie n’avait jamais été une révélation pour moi. Elle avait toujours été là, au bord des gestes, dans les objets, dans les habitudes de la maison. Elle faisait partie du décor au même titre que la table de la cuisine ou les disputes pour savoir qui avait terminé le dernier morceau de tarte.
Pourtant, ce jour-là, tout paraissait différent.
Le Chemin de Traverse n’avait pas changé.
Moi, si.
Je n’étais pas venue pour accompagner mes parents. Je n’étais pas venue regarder les vitrines avec ce mélange de curiosité et d’impatience que j’avais depuis des années. Je n’étais pas venue entendre encore une fois : « Tu verras quand ce sera ton tour. »
Cette fois, justement, c’était mon tour.
J’allais acheter ma première baguette.
Rien que cette pensée suffisait à me donner envie de sourire bêtement à tous les passants. Heureusement, je possédais encore un minimum de dignité. Enfin, une dignité fragile. Le genre de dignité qui peut disparaître devant une vitrine de bonbons ou une boîte mystérieuse portant la mention ne pas secouer.
Je marchais entre mes parents avec la liste de fournitures serrée dans la main. Elle était déjà froissée, pliée, relue, repliée, presque usée par mon impatience. Les livres étaient achetés. Le chaudron aussi. Les fioles, les parchemins, les plumes… Tout était là.
Tout, sauf l’essentiel.
La baguette.
Ma baguette.
Depuis l’enfance, j’avais observé celles des adultes avec une fascination presque respectueuse. La baguette de ma mère, fine et élégante, semblait toujours savoir exactement ce qu’elle faisait. Celle de mon père, plus sombre, avait l’air plus solide, plus directe, comme si elle préférait régler les problèmes sans trop discuter. J’avais grandi avec leurs gestes magiques autour de moi : une porte qui se refermait, une tasse qui se remplissait, un livre qui retrouvait sa place sur une étagère.
Et moi, pendant ce temps-là, j’attendais.
On me répétait que je n’avais pas encore l’âge, pas encore la maîtrise, pas encore le droit. Des mots très raisonnables, donc absolument insupportables quand on a onze ans et qu’on est certaine d’être prête depuis ses six ans et demi.
Bien sûr, je n’avais jamais réellement utilisé de baguette.
Je n’étais pas stupide.
Curieuse, oui.
Trop curieuse, parfois.
Mais pas stupide.
J’avais seulement passé plusieurs années à imaginer ce que cela ferait. À me demander si le bois serait chaud ou froid, lourd ou léger, s’il y aurait une sensation immédiate ou si je devrais faire semblant de ressentir quelque chose pour ne pas paraître décevante. Cette dernière pensée m’avait beaucoup occupée les jours précédents. Et si je ne ressentais rien ? Et si Ollivander me tendait baguette après baguette, et que chacune semblait penser : non merci, pas celle-là ?
C’était ridicule, évidemment.
Enfin… probablement.
Je ralentis sans m’en rendre compte.
La boutique était là.
Ollivander.
Elle se tenait entre deux devantures plus voyantes, presque discrète, comme si elle n’avait pas besoin d’attirer l’attention. Elle savait très bien ce qu’elle contenait. Une seule baguette reposait dans la vitrine, posée sur un coussin de velours passé. Une seule. Pas de grande démonstration, pas de lumière dansante, pas d’affiche promettant la baguette parfaite ou votre argent rendu — ce qui, à bien y réfléchir, aurait été profondément inquiétant.
Au-dessus de la porte, les lettres dorées annonçaient :
Ollivander — Fabricants de baguettes magiques depuis 382 av. J.-C.
Je m’arrêtai complètement.
Mon cœur, lui, décida d’accélérer comme s’il avait reçu une mauvaise nouvelle.
Je connaissais cette boutique. Je l’avais vue des dizaines de fois. J’étais passée devant enfant, en essayant d’imaginer combien de boîtes pouvaient tenir à l’intérieur. J’avais collé mon nez à la vitrine une fois, avant que ma mère ne me rappelle qu’il était rarement élégant de laisser des traces de respiration sur un commerce aussi respectable.
Mais y entrer pour acheter sa baguette, c’était autre chose.
C’était comme franchir une frontière invisible.
Derrière cette porte, je n’allais pas seulement obtenir une fourniture scolaire.
J’allais recevoir quelque chose qui m’accompagnerait peut-être toute ma vie.
Cette pensée était merveilleuse.
Et terrifiante.
J’inspirai profondément, avec toute la gravité d’une future sorcière prête à affronter son destin.
Puis je poussai la porte beaucoup trop doucement, comme si elle pouvait se vexer.
Une petite clochette tinta.
Le bruit du Chemin de Traverse resta dehors, coupé net. À l’intérieur, le silence avait une épaisseur particulière. Ce n’était pas un silence vide. C’était un silence plein de poussière, de bois, de souvenirs et de milliers de choix déjà faits.
Des boîtes longues et fines s’empilaient partout. Jusqu’au plafond. Dans chaque recoin. Sur des étagères sombres qui semblaient avoir survécu à plus de générations que certaines familles. Certaines piles penchaient d’une manière franchement alarmante, mais je supposai que si elles étaient encore debout, c’est qu’elles savaient ce qu’elles faisaient.
Ou qu’elles attendaient simplement le bon moment pour tomber sur quelqu’un.
De préférence pas moi.
L’air sentait le bois ancien, la cire, le carton sec et cette odeur indéfinissable des endroits où la magie ne se montre pas, mais reste là, tranquille, les bras croisés, à attendre qu’on arrête de faire du bruit.
Je fis un pas.
Le parquet grinça.
Je regrettai immédiatement d’avoir des pieds.
Une voix s’éleva du fond de la boutique.
Un simple ah, presque murmuré.
Et pourtant, je sursautai comme si quelqu’un avait lancé un chaudron derrière moi.
Garrick Ollivander apparut entre deux rayonnages. Grand, mince, les cheveux pâles, les yeux très clairs. Il avait cette façon de regarder les gens qui donnait l’impression qu’il ne voyait pas seulement votre visage, mais aussi vos hésitations, vos impatiences, vos petites catastrophes passées et probablement ce que vous aviez mangé au petit-déjeuner.
J’essayai de me tenir droite.
Avec un succès moyen.
Son regard se posa sur moi, puis sur mes parents, avant de revenir à moi.
Je sentis aussitôt que, dans cette boutique, il ne servait à rien de faire semblant.
Ollivander savait.
Peut-être pas tout.
Mais assez.
Assez pour comprendre que je voulais paraître calme alors que mon cœur venait probablement de faire trois tours complets dans ma poitrine. Assez pour deviner que j’étais impatiente, nerveuse, fière, inquiète et beaucoup trop concentrée sur l’idée de ne rien casser.
Il prit un ruban à mesurer argenté qui reposait sur le comptoir. Je m’attendais à ce qu’il me demande de tendre le bras. À la place, le ruban s’éleva tout seul et vint flotter devant moi comme un serpent très poli.
Il mesura mon bras droit, mon bras gauche, la longueur de mes doigts, la largeur de mes épaules, puis décida apparemment que la distance entre mon oreille et mon menton était d’une importance capitale.
Je restai immobile.
Je n’avais aucune envie de contrarier un ruban magique.
Il finit par mesurer l’espace entre mes deux sourcils.
Là, je commençai à douter de la méthode.
Mais après tout, je n’étais pas fabricante de baguettes. Peut-être qu’un sourcil mal mesuré pouvait ruiner une carrière magique. Qui étais-je pour juger ?
Ollivander, lui, observait en silence.
Ce silence était pire que des questions.
Les adultes adorent poser des questions, mais au moins, on peut leur répondre. Là, j’avais l’impression d’être un livre ouvert, mais écrit dans une langue que lui seul savait lire.
Puis il disparut entre les rayonnages.
Les boîtes semblèrent frémir autour de moi.
Je serrai un peu plus ma liste de fournitures dans ma main.
Quelque part ici, il y avait ma baguette.
Ou, plus exactement, quelque part ici, une baguette allait décider si j’étais à son goût.
Je trouvais ça très injuste.
Moi, on ne me demandait jamais si les fournitures scolaires étaient à mon goût. Personne ne m’avait demandé mon avis sur le chaudron standard. Personne ne s’était inquiété de savoir si mes plumes me convenaient émotionnellement. Mais une baguette, elle, avait le droit de choisir.
C’était fascinant.
C’était poétique.
C’était aussi légèrement vexant.
Ollivander revint avec une première boîte.
Le moment commençait.
Je sentis ma gorge se serrer.
J’avais attendu ce jour pendant des années.
Et maintenant qu’il était là, j’aurais presque voulu gagner quelques minutes de plus.
Juste le temps de devenir quelqu’un d’un peu moins nerveux.
Quelqu’un de calme, de digne, de mystérieux.
Quelqu’un qui n’avait pas peur d’être refusée par un bout de bois.
Le moment était arrivé.
M. Ollivander déposa la première boîte sur le comptoir avec une délicatesse presque cérémonieuse. Il souleva le couvercle comme on dévoilerait un trésor oublié, puis me tendit une baguette au bois sombre.
Je retins presque ma respiration.
Pendant des années, je m'étais demandé ce que l'on pouvait ressentir en tenant sa première baguette.
J'avais imaginé une chaleur immédiate, une lumière spectaculaire, peut-être même une musique héroïque sortie de nulle part. Mon imagination avait toujours eu un léger problème de mesure.
La réalité fut beaucoup plus... brutale.
À peine mes doigts se refermèrent-ils sur le bois qu'un violent courant d'air traversa la boutique.
Les piles de poussière qui semblaient dormir depuis plusieurs siècles décidèrent soudain qu'il était temps de visiter le reste de la pièce. Plusieurs boîtes tremblèrent dangereusement sur leurs étagères avant de retrouver miraculeusement leur équilibre.
Je restai parfaitement immobile.
La baguette, elle, semblait très satisfaite de son œuvre.
M. Ollivander me la reprit calmement.
Aucune surprise sur son visage.
Aucune inquiétude.
J'eus même l'impression qu'il avait déjà vu bien pire.
Ce qui, en y réfléchissant, était probablement vrai.
Il disparut de nouveau entre les rayonnages.
Quelques secondes plus tard, une nouvelle boîte rejoignit le comptoir.
La deuxième baguette était plus claire.
Je la pris avec davantage de précaution.
Cette fois, une pluie d'étincelles bleues jaillit de son extrémité avant de s'éteindre presque aussitôt.
C'était très joli.
Jusqu'à ce que toutes les bougies de la boutique s'éteignent en même temps.
Le silence qui suivit fut impressionnant.
Je commençais sérieusement à envisager la possibilité que les baguettes organisent une sorte de concours secret consistant à me ridiculiser.
Une troisième.
Puis une quatrième.
L'une fit vibrer les vitres.
Une autre provoqua un bruit étrange, quelque part entre le miaulement d'un chat contrarié et le couinement d'une vieille armoire.
Je ne cherchai même pas à comprendre.
Je rendais simplement chaque baguette avec un sourire de plus en plus gêné.
Au bout du sixième essai, je commençais à avoir une pensée particulièrement désagréable.
Et si le problème venait de moi ?
Je savais que les baguettes choisissaient leur sorcier.
Mais personne ne parlait jamais des sorciers qui avaient peut-être été refusés par une dizaine de baguettes avant de trouver la bonne.
Ou alors ils préféraient ne pas raconter cette partie de l'histoire.
Je levai les yeux vers les milliers de boîtes qui m'entouraient.
Il y en avait tellement.
Des milliers de morceaux de bois.
Des milliers de cœurs magiques.
Des milliers de possibilités.
Et pourtant, aucune ne semblait vouloir de moi.
Je sentis une légère boule se former dans mon ventre.
C'était idiot.
Vraiment idiot.
J'étais venue acheter une baguette, pas passer un examen.
Pourtant, j'avais l'impression d'être observée.
Pas seulement par Ollivander.
Par toutes ces baguettes.
Comme si chacune murmurait silencieusement :
"Non... pas elle."
Je baissai les yeux.
J'étais peut-être simplement trop impatiente.
Trop curieuse.
Trop tout.
Je n'étais encore qu'une enfant qui allait entrer à Poudlard.
Je ne savais lancer aucun sort.
Je ne savais préparer aucune potion.
Je n'avais encore rien accompli.
Pourquoi une baguette me choisirait-elle ?
Un léger rire me traversa malgré moi.
Je venais de réaliser que j'étais probablement la seule personne capable de perdre confiance... face à des morceaux de bois.
Il fallait reconnaître un certain talent.
M. Ollivander reparut.
Cette fois, il ne semblait pas chercher.
Il semblait réfléchir.
Il me regarda longuement.
Très longuement.
Puis il leva lentement les yeux vers les étagères les plus hautes.
Je suivis son regard.
Il s'avança sans hésitation jusqu'à un rayon couvert de poussière et retira une boîte que rien ne distinguait des autres.
Pourtant...
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais dès qu'il la prit entre ses mains, quelque chose changea dans l'atmosphère.
Comme si la boutique retenait son souffle.
Comme si les autres baguettes s'étaient soudain tues.
Il revint vers moi.
Cette fois, il ne parla pas immédiatement.
Il posa simplement la boîte devant moi.
Ses doigts retirèrent doucement le couvercle.
La baguette qui reposait à l'intérieur était étonnamment simple.
Fine.
Élégante.
Son bois clair semblait presque vivant sous la lumière de la boutique.
Je ne pouvais plus détourner les yeux.
Je ne savais pas pourquoi.
Je la regardais.
Et j'avais l'impression étrange qu'elle me regardait aussi.
— Bois de tremble... murmura finalement Ollivander. Vingt-trois virgule trois centimètres. Plume de phénix.
Sa voix semblait plus basse.
Plus respectueuse.
— Le tremble apprécie les sorciers qui refusent d'abandonner malgré leurs doutes. Quant à la plume de phénix... elle est rare. Très rare. Elle choisit des personnalités qui suivent rarement le chemin le plus simple.
Je déglutis.
Je tendis lentement la main.
Je n'avais plus envie d'aller vite.
J'avais attendu onze ans.
Je pouvais bien attendre encore quelques secondes.
Mes doigts effleurèrent le bois.
Une sensation étrange parcourut aussitôt ma peau.
Pas une décharge.
Pas une brûlure.
Plutôt...
Une reconnaissance.
Comme lorsqu'on retrouve un objet perdu depuis longtemps sans avoir conscience qu'il nous manquait.
Je refermai doucement ma main autour de la baguette.
Le monde sembla ralentir.
La chaleur naquit dans ma paume avant de remonter lentement le long de mon bras.
Mon cœur, qui battait beaucoup trop vite depuis le début de cette journée, retrouva soudain un rythme paisible.
J'avais l'impression de respirer pour la première fois depuis que j'étais entrée dans la boutique.
Une lumière dorée apparut à l'extrémité de la baguette.
Elle n'était ni aveuglante ni spectaculaire.
Elle était douce.
Les poussières suspendues dans l'air se mirent à scintiller autour de moi comme une nuée de petites étoiles. Elles dansaient lentement dans la lumière, transformant cette vieille boutique en quelque chose d'intemporel.
Je sentis mes yeux picoter.
Pas de tristesse.
Pas vraiment.
C'était une émotion que je ne connaissais pas encore.
Une certitude.
Je compris enfin pourquoi personne n'arrivait réellement à expliquer ce moment.
Parce qu'il ne pouvait pas se raconter.
Il se vivait.
Pendant des années, j'avais imaginé recevoir une baguette.
En réalité...
Je venais de rencontrer quelqu'un.
Pas une personne.
Pas un simple objet.
Une partenaire.
Une présence silencieuse qui semblait me dire :
"Je t'ai trouvée."
Je souris.
Un sourire immense.
Le genre de sourire qui fait mal aux joues mais qu'on est incapable d'effacer.
Je compris soudain pourquoi mes parents avaient toujours parlé de leur baguette avec autant de respect.
Ils ne possédaient pas seulement un instrument magique.
Ils avaient été choisis.
À leur tour.
Comme moi aujourd'hui.
— Oui..., souffla M. Ollivander.
Il avait ce regard satisfait de quelqu'un qui venait d'assister à quelque chose qu'il avait pourtant vu des milliers de fois.
— Voilà.
Un seul mot.
Mais il contenait tout.
Je baissai les yeux vers la baguette.
Bois de tremble.
Plume de phénix.
Vingt-trois virgule trois centimètres.
Je répétai ces mots dans ma tête comme si j'avais peur de les oublier un jour.
Ils étaient désormais une partie de moi.
Lorsque M. Ollivander la rangea délicatement dans sa boîte, je ressentis un léger pincement.
Quelques minutes plus tôt, cette boîte contenait une baguette inconnue.
Maintenant...
Elle contenait la mienne.
Je la pris contre moi avec un soin presque ridicule.
J'avais soudain l'impression que si je la faisais tomber, c'était toute ma dignité qui tomberait avec elle.
En quittant la boutique, je me retournai une dernière fois.
Les milliers de boîtes semblaient avoir retrouvé leur calme.
Le silence aussi.
Comme si rien ne s'était passé.
Pourtant, tout avait changé.
Lorsque la clochette tinta de nouveau et que nous retrouvâmes l'agitation du Chemin de Traverse, je serrai un peu plus la boîte contre moi.
J'avais passé des années à attendre ce moment.
À imaginer ce que serait ma première baguette.
Aucune de mes idées n'avait été juste.
Parce que je croyais repartir avec un morceau de bois.
Je repartais avec une promesse.
Une promesse d'apprendre.
De tomber.
De recommencer.
De grandir.
Je n'étais pas encore élève à Poudlard.
Je ne connaissais aucun sort.
Je ne savais rien des défis qui m'attendaient.
Mais, pour la première fois, je n'avais plus l'impression d'attendre que ma vie commence.
Elle venait de le faire.
Et, en regardant la boîte que je tenais contre moi, je ne pus m'empêcher de sourire une dernière fois.
Finalement...
Les baguettes avaient beaucoup de caractère.
Et la mienne venait visiblement de décider qu'elle devrait me supporter pendant de longues années.
La pauvre n'avait aucune idée dans quoi elle venait de s'engager.
2 843 mots
1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”
Je connaissais le Chemin de Traverse depuis toujours.
Je connaissais ses pavés irréguliers, ceux qui semblaient avoir été posés par quelqu’un qui avait décidé que marcher droit était une faiblesse de caractère. Je connaissais les vitrines trop chargées, les enseignes grinçantes, les cages de hiboux qui hululaient comme s’ils débattaient d’un sujet politique très grave, et les sorciers qui traversaient la rue avec cette assurance particulière des gens habitués à voir une plume écrire toute seule ou un chaudron remuer son contenu sans se poser trop de questions.
J’étais née dans une famille de sorciers.
La magie n’avait jamais été une révélation pour moi. Elle avait toujours été là, au bord des gestes, dans les objets, dans les habitudes de la maison. Elle faisait partie du décor au même titre que la table de la cuisine ou les disputes pour savoir qui avait terminé le dernier morceau de tarte.
Pourtant, ce jour-là, tout paraissait différent.
Le Chemin de Traverse n’avait pas changé.
Moi, si.
Je n’étais pas venue pour accompagner mes parents. Je n’étais pas venue regarder les vitrines avec ce mélange de curiosité et d’impatience que j’avais depuis des années. Je n’étais pas venue entendre encore une fois : « Tu verras quand ce sera ton tour. »
Cette fois, justement, c’était mon tour.
J’allais acheter ma première baguette.
Rien que cette pensée suffisait à me donner envie de sourire bêtement à tous les passants. Heureusement, je possédais encore un minimum de dignité. Enfin, une dignité fragile. Le genre de dignité qui peut disparaître devant une vitrine de bonbons ou une boîte mystérieuse portant la mention ne pas secouer.
Je marchais entre mes parents avec la liste de fournitures serrée dans la main. Elle était déjà froissée, pliée, relue, repliée, presque usée par mon impatience. Les livres étaient achetés. Le chaudron aussi. Les fioles, les parchemins, les plumes… Tout était là.
Tout, sauf l’essentiel.
La baguette.
Ma baguette.
Depuis l’enfance, j’avais observé celles des adultes avec une fascination presque respectueuse. La baguette de ma mère, fine et élégante, semblait toujours savoir exactement ce qu’elle faisait. Celle de mon père, plus sombre, avait l’air plus solide, plus directe, comme si elle préférait régler les problèmes sans trop discuter. J’avais grandi avec leurs gestes magiques autour de moi : une porte qui se refermait, une tasse qui se remplissait, un livre qui retrouvait sa place sur une étagère.
Et moi, pendant ce temps-là, j’attendais.
On me répétait que je n’avais pas encore l’âge, pas encore la maîtrise, pas encore le droit. Des mots très raisonnables, donc absolument insupportables quand on a onze ans et qu’on est certaine d’être prête depuis ses six ans et demi.
Bien sûr, je n’avais jamais réellement utilisé de baguette.
Je n’étais pas stupide.
Curieuse, oui.
Trop curieuse, parfois.
Mais pas stupide.
J’avais seulement passé plusieurs années à imaginer ce que cela ferait. À me demander si le bois serait chaud ou froid, lourd ou léger, s’il y aurait une sensation immédiate ou si je devrais faire semblant de ressentir quelque chose pour ne pas paraître décevante. Cette dernière pensée m’avait beaucoup occupée les jours précédents. Et si je ne ressentais rien ? Et si Ollivander me tendait baguette après baguette, et que chacune semblait penser : non merci, pas celle-là ?
C’était ridicule, évidemment.
Enfin… probablement.
Je ralentis sans m’en rendre compte.
La boutique était là.
Ollivander.
Elle se tenait entre deux devantures plus voyantes, presque discrète, comme si elle n’avait pas besoin d’attirer l’attention. Elle savait très bien ce qu’elle contenait. Une seule baguette reposait dans la vitrine, posée sur un coussin de velours passé. Une seule. Pas de grande démonstration, pas de lumière dansante, pas d’affiche promettant la baguette parfaite ou votre argent rendu — ce qui, à bien y réfléchir, aurait été profondément inquiétant.
Au-dessus de la porte, les lettres dorées annonçaient :
Ollivander — Fabricants de baguettes magiques depuis 382 av. J.-C.
Je m’arrêtai complètement.
Mon cœur, lui, décida d’accélérer comme s’il avait reçu une mauvaise nouvelle.
Je connaissais cette boutique. Je l’avais vue des dizaines de fois. J’étais passée devant enfant, en essayant d’imaginer combien de boîtes pouvaient tenir à l’intérieur. J’avais collé mon nez à la vitrine une fois, avant que ma mère ne me rappelle qu’il était rarement élégant de laisser des traces de respiration sur un commerce aussi respectable.
Mais y entrer pour acheter sa baguette, c’était autre chose.
C’était comme franchir une frontière invisible.
Derrière cette porte, je n’allais pas seulement obtenir une fourniture scolaire.
J’allais recevoir quelque chose qui m’accompagnerait peut-être toute ma vie.
Cette pensée était merveilleuse.
Et terrifiante.
J’inspirai profondément, avec toute la gravité d’une future sorcière prête à affronter son destin.
Puis je poussai la porte beaucoup trop doucement, comme si elle pouvait se vexer.
Une petite clochette tinta.
Le bruit du Chemin de Traverse resta dehors, coupé net. À l’intérieur, le silence avait une épaisseur particulière. Ce n’était pas un silence vide. C’était un silence plein de poussière, de bois, de souvenirs et de milliers de choix déjà faits.
Des boîtes longues et fines s’empilaient partout. Jusqu’au plafond. Dans chaque recoin. Sur des étagères sombres qui semblaient avoir survécu à plus de générations que certaines familles. Certaines piles penchaient d’une manière franchement alarmante, mais je supposai que si elles étaient encore debout, c’est qu’elles savaient ce qu’elles faisaient.
Ou qu’elles attendaient simplement le bon moment pour tomber sur quelqu’un.
De préférence pas moi.
L’air sentait le bois ancien, la cire, le carton sec et cette odeur indéfinissable des endroits où la magie ne se montre pas, mais reste là, tranquille, les bras croisés, à attendre qu’on arrête de faire du bruit.
Je fis un pas.
Le parquet grinça.
Je regrettai immédiatement d’avoir des pieds.
Une voix s’éleva du fond de la boutique.
Un simple ah, presque murmuré.
Et pourtant, je sursautai comme si quelqu’un avait lancé un chaudron derrière moi.
Garrick Ollivander apparut entre deux rayonnages. Grand, mince, les cheveux pâles, les yeux très clairs. Il avait cette façon de regarder les gens qui donnait l’impression qu’il ne voyait pas seulement votre visage, mais aussi vos hésitations, vos impatiences, vos petites catastrophes passées et probablement ce que vous aviez mangé au petit-déjeuner.
J’essayai de me tenir droite.
Avec un succès moyen.
Son regard se posa sur moi, puis sur mes parents, avant de revenir à moi.
Je sentis aussitôt que, dans cette boutique, il ne servait à rien de faire semblant.
Ollivander savait.
Peut-être pas tout.
Mais assez.
Assez pour comprendre que je voulais paraître calme alors que mon cœur venait probablement de faire trois tours complets dans ma poitrine. Assez pour deviner que j’étais impatiente, nerveuse, fière, inquiète et beaucoup trop concentrée sur l’idée de ne rien casser.
Il prit un ruban à mesurer argenté qui reposait sur le comptoir. Je m’attendais à ce qu’il me demande de tendre le bras. À la place, le ruban s’éleva tout seul et vint flotter devant moi comme un serpent très poli.
Il mesura mon bras droit, mon bras gauche, la longueur de mes doigts, la largeur de mes épaules, puis décida apparemment que la distance entre mon oreille et mon menton était d’une importance capitale.
Je restai immobile.
Je n’avais aucune envie de contrarier un ruban magique.
Il finit par mesurer l’espace entre mes deux sourcils.
Là, je commençai à douter de la méthode.
Mais après tout, je n’étais pas fabricante de baguettes. Peut-être qu’un sourcil mal mesuré pouvait ruiner une carrière magique. Qui étais-je pour juger ?
Ollivander, lui, observait en silence.
Ce silence était pire que des questions.
Les adultes adorent poser des questions, mais au moins, on peut leur répondre. Là, j’avais l’impression d’être un livre ouvert, mais écrit dans une langue que lui seul savait lire.
Puis il disparut entre les rayonnages.
Les boîtes semblèrent frémir autour de moi.
Je serrai un peu plus ma liste de fournitures dans ma main.
Quelque part ici, il y avait ma baguette.
Ou, plus exactement, quelque part ici, une baguette allait décider si j’étais à son goût.
Je trouvais ça très injuste.
Moi, on ne me demandait jamais si les fournitures scolaires étaient à mon goût. Personne ne m’avait demandé mon avis sur le chaudron standard. Personne ne s’était inquiété de savoir si mes plumes me convenaient émotionnellement. Mais une baguette, elle, avait le droit de choisir.
C’était fascinant.
C’était poétique.
C’était aussi légèrement vexant.
Ollivander revint avec une première boîte.
Le moment commençait.
Je sentis ma gorge se serrer.
J’avais attendu ce jour pendant des années.
Et maintenant qu’il était là, j’aurais presque voulu gagner quelques minutes de plus.
Juste le temps de devenir quelqu’un d’un peu moins nerveux.
Quelqu’un de calme, de digne, de mystérieux.
Quelqu’un qui n’avait pas peur d’être refusée par un bout de bois.
Le moment était arrivé.
M. Ollivander déposa la première boîte sur le comptoir avec une délicatesse presque cérémonieuse. Il souleva le couvercle comme on dévoilerait un trésor oublié, puis me tendit une baguette au bois sombre.
Je retins presque ma respiration.
Pendant des années, je m'étais demandé ce que l'on pouvait ressentir en tenant sa première baguette.
J'avais imaginé une chaleur immédiate, une lumière spectaculaire, peut-être même une musique héroïque sortie de nulle part. Mon imagination avait toujours eu un léger problème de mesure.
La réalité fut beaucoup plus... brutale.
À peine mes doigts se refermèrent-ils sur le bois qu'un violent courant d'air traversa la boutique.
Les piles de poussière qui semblaient dormir depuis plusieurs siècles décidèrent soudain qu'il était temps de visiter le reste de la pièce. Plusieurs boîtes tremblèrent dangereusement sur leurs étagères avant de retrouver miraculeusement leur équilibre.
Je restai parfaitement immobile.
La baguette, elle, semblait très satisfaite de son œuvre.
M. Ollivander me la reprit calmement.
Aucune surprise sur son visage.
Aucune inquiétude.
J'eus même l'impression qu'il avait déjà vu bien pire.
Ce qui, en y réfléchissant, était probablement vrai.
Il disparut de nouveau entre les rayonnages.
Quelques secondes plus tard, une nouvelle boîte rejoignit le comptoir.
La deuxième baguette était plus claire.
Je la pris avec davantage de précaution.
Cette fois, une pluie d'étincelles bleues jaillit de son extrémité avant de s'éteindre presque aussitôt.
C'était très joli.
Jusqu'à ce que toutes les bougies de la boutique s'éteignent en même temps.
Le silence qui suivit fut impressionnant.
Je commençais sérieusement à envisager la possibilité que les baguettes organisent une sorte de concours secret consistant à me ridiculiser.
Une troisième.
Puis une quatrième.
L'une fit vibrer les vitres.
Une autre provoqua un bruit étrange, quelque part entre le miaulement d'un chat contrarié et le couinement d'une vieille armoire.
Je ne cherchai même pas à comprendre.
Je rendais simplement chaque baguette avec un sourire de plus en plus gêné.
Au bout du sixième essai, je commençais à avoir une pensée particulièrement désagréable.
Et si le problème venait de moi ?
Je savais que les baguettes choisissaient leur sorcier.
Mais personne ne parlait jamais des sorciers qui avaient peut-être été refusés par une dizaine de baguettes avant de trouver la bonne.
Ou alors ils préféraient ne pas raconter cette partie de l'histoire.
Je levai les yeux vers les milliers de boîtes qui m'entouraient.
Il y en avait tellement.
Des milliers de morceaux de bois.
Des milliers de cœurs magiques.
Des milliers de possibilités.
Et pourtant, aucune ne semblait vouloir de moi.
Je sentis une légère boule se former dans mon ventre.
C'était idiot.
Vraiment idiot.
J'étais venue acheter une baguette, pas passer un examen.
Pourtant, j'avais l'impression d'être observée.
Pas seulement par Ollivander.
Par toutes ces baguettes.
Comme si chacune murmurait silencieusement :
"Non... pas elle."
Je baissai les yeux.
J'étais peut-être simplement trop impatiente.
Trop curieuse.
Trop tout.
Je n'étais encore qu'une enfant qui allait entrer à Poudlard.
Je ne savais lancer aucun sort.
Je ne savais préparer aucune potion.
Je n'avais encore rien accompli.
Pourquoi une baguette me choisirait-elle ?
Un léger rire me traversa malgré moi.
Je venais de réaliser que j'étais probablement la seule personne capable de perdre confiance... face à des morceaux de bois.
Il fallait reconnaître un certain talent.
M. Ollivander reparut.
Cette fois, il ne semblait pas chercher.
Il semblait réfléchir.
Il me regarda longuement.
Très longuement.
Puis il leva lentement les yeux vers les étagères les plus hautes.
Je suivis son regard.
Il s'avança sans hésitation jusqu'à un rayon couvert de poussière et retira une boîte que rien ne distinguait des autres.
Pourtant...
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais dès qu'il la prit entre ses mains, quelque chose changea dans l'atmosphère.
Comme si la boutique retenait son souffle.
Comme si les autres baguettes s'étaient soudain tues.
Il revint vers moi.
Cette fois, il ne parla pas immédiatement.
Il posa simplement la boîte devant moi.
Ses doigts retirèrent doucement le couvercle.
La baguette qui reposait à l'intérieur était étonnamment simple.
Fine.
Élégante.
Son bois clair semblait presque vivant sous la lumière de la boutique.
Je ne pouvais plus détourner les yeux.
Je ne savais pas pourquoi.
Je la regardais.
Et j'avais l'impression étrange qu'elle me regardait aussi.
— Bois de tremble... murmura finalement Ollivander. Vingt-trois virgule trois centimètres. Plume de phénix.
Sa voix semblait plus basse.
Plus respectueuse.
— Le tremble apprécie les sorciers qui refusent d'abandonner malgré leurs doutes. Quant à la plume de phénix... elle est rare. Très rare. Elle choisit des personnalités qui suivent rarement le chemin le plus simple.
Je déglutis.
Je tendis lentement la main.
Je n'avais plus envie d'aller vite.
J'avais attendu onze ans.
Je pouvais bien attendre encore quelques secondes.
Mes doigts effleurèrent le bois.
Une sensation étrange parcourut aussitôt ma peau.
Pas une décharge.
Pas une brûlure.
Plutôt...
Une reconnaissance.
Comme lorsqu'on retrouve un objet perdu depuis longtemps sans avoir conscience qu'il nous manquait.
Je refermai doucement ma main autour de la baguette.
Le monde sembla ralentir.
La chaleur naquit dans ma paume avant de remonter lentement le long de mon bras.
Mon cœur, qui battait beaucoup trop vite depuis le début de cette journée, retrouva soudain un rythme paisible.
J'avais l'impression de respirer pour la première fois depuis que j'étais entrée dans la boutique.
Une lumière dorée apparut à l'extrémité de la baguette.
Elle n'était ni aveuglante ni spectaculaire.
Elle était douce.
Les poussières suspendues dans l'air se mirent à scintiller autour de moi comme une nuée de petites étoiles. Elles dansaient lentement dans la lumière, transformant cette vieille boutique en quelque chose d'intemporel.
Je sentis mes yeux picoter.
Pas de tristesse.
Pas vraiment.
C'était une émotion que je ne connaissais pas encore.
Une certitude.
Je compris enfin pourquoi personne n'arrivait réellement à expliquer ce moment.
Parce qu'il ne pouvait pas se raconter.
Il se vivait.
Pendant des années, j'avais imaginé recevoir une baguette.
En réalité...
Je venais de rencontrer quelqu'un.
Pas une personne.
Pas un simple objet.
Une partenaire.
Une présence silencieuse qui semblait me dire :
"Je t'ai trouvée."
Je souris.
Un sourire immense.
Le genre de sourire qui fait mal aux joues mais qu'on est incapable d'effacer.
Je compris soudain pourquoi mes parents avaient toujours parlé de leur baguette avec autant de respect.
Ils ne possédaient pas seulement un instrument magique.
Ils avaient été choisis.
À leur tour.
Comme moi aujourd'hui.
— Oui..., souffla M. Ollivander.
Il avait ce regard satisfait de quelqu'un qui venait d'assister à quelque chose qu'il avait pourtant vu des milliers de fois.
— Voilà.
Un seul mot.
Mais il contenait tout.
Je baissai les yeux vers la baguette.
Bois de tremble.
Plume de phénix.
Vingt-trois virgule trois centimètres.
Je répétai ces mots dans ma tête comme si j'avais peur de les oublier un jour.
Ils étaient désormais une partie de moi.
Lorsque M. Ollivander la rangea délicatement dans sa boîte, je ressentis un léger pincement.
Quelques minutes plus tôt, cette boîte contenait une baguette inconnue.
Maintenant...
Elle contenait la mienne.
Je la pris contre moi avec un soin presque ridicule.
J'avais soudain l'impression que si je la faisais tomber, c'était toute ma dignité qui tomberait avec elle.
En quittant la boutique, je me retournai une dernière fois.
Les milliers de boîtes semblaient avoir retrouvé leur calme.
Le silence aussi.
Comme si rien ne s'était passé.
Pourtant, tout avait changé.
Lorsque la clochette tinta de nouveau et que nous retrouvâmes l'agitation du Chemin de Traverse, je serrai un peu plus la boîte contre moi.
J'avais passé des années à attendre ce moment.
À imaginer ce que serait ma première baguette.
Aucune de mes idées n'avait été juste.
Parce que je croyais repartir avec un morceau de bois.
Je repartais avec une promesse.
Une promesse d'apprendre.
De tomber.
De recommencer.
De grandir.
Je n'étais pas encore élève à Poudlard.
Je ne connaissais aucun sort.
Je ne savais rien des défis qui m'attendaient.
Mais, pour la première fois, je n'avais plus l'impression d'attendre que ma vie commence.
Elle venait de le faire.
Et, en regardant la boîte que je tenais contre moi, je ne pus m'empêcher de sourire une dernière fois.
Finalement...
Les baguettes avaient beaucoup de caractère.
Et la mienne venait visiblement de décider qu'elle devrait me supporter pendant de longues années.
La pauvre n'avait aucune idée dans quoi elle venait de s'engager.
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1er année : Promotion 2050-2051 #691414
“Les mauvaises idées deviennent souvent les meilleurs souvenirs.”