14 juil. 2026, 00:09
 Inde   Solo  Pour que plus rien ne cloche...
Prologue d'un mois de juillet indien
Un souhait d'ailleurs et d'oubli, une volonté de se retrouver et de revenir aux sources, voilà ce qui avait conduit Ciara en Inde. Elle n'avait jamais été matérialiste et était donc partie avec peu de choses. Toutes ses affaires tenaient dans son sac à dos sans fond...

Après avoir fait les déclarations de coutume au Conseil pour partir par portoloin, elle se retrouvait donc bien loin de chez elle et de sa culture. Elle était partie de Godric's Hollow... et sans transition se retrouvait dans un pays dont elle ne connaissait rien si ce n'est quelques images vues à la télévision et les livres qu'elle avait dévoré.

Ce qu'elle était venu chercher, c'était elle-même et elle espérait que le temps du mois qu'elle s'était allouée pour cela lui suffirait. Elle avait vu "Mange, prie, aime", un vieux film avec Julia Roberts, dont le titre l'avait d'abord rebutée. Elle n'était pas du tout dans les croyances religieuses. Elle laissait chacun croire ce qu'il souhaitait, sans jugement. Mais elle s'était laissée tentée par ce film, adorant l'actrice, et il l'avait bouleversé au plus profond d'elle-même. Cette histoire d'une femme mal dans sa peau qui cherche simplement à se connaitre pour trouver le bonheur, ca avait été une sorte de révélation pour elle. Et plus que la partie italienne qui prônait l'amitié et la bonne nourriture, c'était bien la partie indienne, plus spirituelle, qui l'avait émue et bousculée, qui l'avait poussé à s'interroger.

Alors, en plein changement de vie, abandonnant 10 ans pendant lesquels elle avait été préceptrice, 10 ans pendant lesquels elle avait eu des déceptions et étaient tombés de haut tout en ayant tout de même quelques joies, que ce soit en terme professionnel, comme social ou amoureux, elle s'était demandée si la solution ne pouvait pas venir d'elle-même, si elle ne se trouvait en elle, tout simplement... Et elle s'était lancée.

C'était cette raison qui l'avait poussée à rejoindre Rishikesh... Située dans l'État de l'Uttarakhand au pied de l'Himalaya, la ville était appelée la capitale mondiale du yoga depuis qu'elle avait été mise en avant par une visite des Beatles et à l'influence de Maharishi Mahesh Yogi, qui avait fait découvrir la méditation transcendantale au monde occidental depuis son ashram situé là.

Loin des considérations de musique ou de sport qu'elle aurait probablement suivi avec un autre objectif car elle avait appris que le rafting, le trekking et le saut à l'élastique se pratiquaient en ces lieux, elle était venue là pour elle, au sens profond du terme. Alors si elle visitait le célèbre Beatles Ashram (officiellement Chaurasi Kutia) ou les célèbres ponts de fer, Lakshman Jhula et Ram Jhula, enjambant le Gange, ce n'était que pour un instant... Là où elle voulait passer du temps, c'était dans un ashram retiré du monde pour se concentrer sur elle-même et parvenir à comprendre cette cérémonie traditionnelle qui se déroulait chaque soir au coucher du soleil. En effet, la cérémonie du Ganga Aarti, un rituel de prière avec des lampes à huile, des chants dévotionnels et des offrandes flottantes sur l'eau, se déroulait quotidiennement, créant une atmosphère mystique reconnue.
Dernière modification par Ciara O'Malley le 14 juil. 2026, 09:35, modifié 1 fois.

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14 juil. 2026, 09:01
 Inde   Solo  Pour que plus rien ne cloche...
Lundi 3 juillet 2051 - Delhi
Avant de retrouver Rishikesh, Ciara se retrouva à Delhi... dans une sorte de phase d'acclimatation du pays. Conseillée pour apprivoiser le pays, elle était un endroit tout trouvé pour une belle transition.

Le premier jour, le choc thermique la saisit à la gorge. Autant il faisait chaud en Grande-Bretagne, autant là, l'air était palpable. Elle se sentait entourée de quelque chose, la chaleur était lourde comme si un sort de transformation d'air l'avait touchée. 40°C et forte humidité provoquèrent en elle l'accélération de son rythme cardiaque. En un instant, ses vêtements se collèrent à elle en une seconde peau désagréable.

Au-delà du choc de température, il y avait les odeurs. L'air dense était chargé d'épices, la faisant soudain toussé parce que trop intense. Au bout de quelques pas, l'odeur agréable était remplacée par la poussière ou l'odeur de bitume chaud... Et alors arrivait l'odeur des fleurs parfumées... Son cerveau allait saturer sous toutes ces odeurs contrastées.

Les sons différaient aussi. Le klaxon semblait normal, un outil de navigation du quotidien et non un signe d'agacement d'un conducteur mal luné. Tout le monde s'y mettait du bus aux voitures en passant par les motos et les rickshaws (tuk-tuk). La stimulation auditive était continue, presque agressive.

Et du côté visuel, ce n'était pas mieux ! Tant de couleurs, de mouvements, de personnes, d'animaux et d'activités... Tout était multipliée par dix ! Dans son champ visuel, tout était concentré comme si l'espace était compté.

Ce n'était pas une immersion pour débuter ce voyage que Ciara vivait mais bien un choc... un choc sensoriel qui la poussait à se dépasser.

Le coeur de la vieille ville, Chandni Chowk, était un dédale où se croisait tout cela et bien plus encore : la foule était compacte, presque étonnante au regard de la sensation de dénouement qu'évoquaient les fils électriques enchevêtrés ça et là.

L'endroit était plein de vie et de sens, et le reste n'avait pas d'importance. Ciara apprit à suivre le flux et ne pas lutter contre. Elle adopta, par mimétisme, un pas fluide, sans mouvement brusque, veillant aux espaces autour d'elle. Cela n'empêcha pas son corps de se contracter, ses muscles d'être prêts à l'action car elle était soumise à mille sollicitations, y compris des marchands et des chauffeurs.

Après quelques heures, elle retrouva avec joie un espace plus calme dans le silence d'un temple sikh : le Gurudwara Sis Ganj Sahib.

Elle suivit le mouvement : elle se déchaussa, couvrit sa tête et se lava les mains. Il s'agissait de laisser les poussières de la rue, le vacarme et la tension, à l'extérieur.

A l'intérieur, le bruit n'était plus. Un silence étrange et méditatif la saisit jusqu'à ce qu'elle entende les sons du Kirtan, un chant apaisant. L'air s'accordait lui aussi : frais, il était parfumé de bois de santal.

La course n'était plus de mise, la lutte non plus. Elle s’essaya au sol et se lanca dans sa méditation quotidienne.

Lorsqu'elle eut fini, elle s'était ressourcée et rejoignit son logement, pour y passer la nuit.

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14 juil. 2026, 09:25
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Mardi 4 juillet 2051 - Delhi
Après la sidération du premier jour, Ciara avait décidé d'embrasser la ville, de s'en imprégner plutôt de lutter contre elle.

Elle fit un trajet en rickshaw et observa comprenant le réel langage du klaxon : un coup sec pour avertir, une série de coups pour doubler, un coup long pour signaler une intention... C'était comme une chorégraphie de son et de véhicules dont elle avait percé le secret.

Satisfaite, elle s'arrêta à un stand de rue. Elle avisa beaucoup de locaux qui attendaient devant l'un d'eux, ce qui semblait - somme toute - encourageant et probablement gage de qualité ! La foule se pressait là, et c'était comme si une pause dans le mouvement se traçait, comme si un instant le temps était suspendu.

Elle prit un chai et un paratha. Et là aussi, ce fut une expérience !
Le chai était une infusion de thé noir très fort (son thé favori !), mélangé à du lait bouilli, du sucre et un mélange d'épices, le "masala". Elle apprit qu'il était généralement composé de cardamome, de gingembre frais, de cannelle, de clou de girofle et parfois de poivre noir... de quoi réveiller une personne qui ne l'était pas... et faire tousser une personne qui n'y était pas habituée ! Le thé, servi bouillant, se trouvait dans un petit gobelet en terre cuite traditionnel.
Le paratha était un pain plat fait de farine de blé complet, badigeonné de ghee (beurre clarifié) avant d'être cuit sur une plaque chauffante et servi doré et croustillant. Celui qu'elle dégusta était un grand classique : fourré à la pomme de terre épicée ! Elle était vraiment dans le thème !

Toute à sa consommation, elle en profita pour observer autour d'elle. Le flux autour d'elle, les visages des gens, les sourires suspendus ou les traits soucieux, la couleur des vêtements et le mouvement des mains. Ce ballet continu commençait à l'apprivoiser, au son de la chorégraphie sonore qu'elle avait découvert juste avant.

Après cela, elle partit en exploration vers le sud de la ville et tomba sur Qutub Minar. Devant elle, un minaret colossal se trouvait. Plus tard, elle apprendrait qu'il faisait 73 mètres de haut ! Les calligraphies gravées dans la pierre rouge l'intriguèrent. Depuis combien de temps ce minaret était-il là ? De combien de siècles la contemplait-il ? Cela remettait en perspective son stress de la veille... Elle n'était rien dans cette ville grouillante, qu'une personne de passage, bien loin de l'Histoire qui se trouvait devant elle.

Quelques temps plus tard, lasse du mouvement incessant, accablée par la chaleur, elle chercha à faire une pause bienvenue. C'est ainsi qu'elle tomba sur les Jardins de Lodhi. Le silence soudain l'accueillit, comme la veille dans le temple. Son corps se relâcha progressivement, sa respiration se mit à ralentir, ses épaules se relâchèrent. Parmi la verdure, des tombeaux se trouvaient là et parmi eux déambulaient les habitants de Delhi tandis que d'autres lisaient. Elle avait appris que c'était le lieu préféré des locaux, le poumon vert de la ville.

Sa méditation quotidienne trouva naturellement sa place parmi les jardins impeccables et ce fut requinquée qu'elle partit à la recherche d'un restaurant avec un patio dans le quartier de Khan Market pour observer la ville s'illuminant tout en étant à l'abri du tumulte.

Elle avait clairement mérité une bonne nuit de repos.

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14 juil. 2026, 10:09
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Mercredi 5 juillet 2051 - Delhi
Le Tombeau d'Humayun était au programme de ce troisième jour. Ce n'était pas un simple monument funéraire mais bien un pivot architectural pour l'Inde. En effet, Ciara apprit qu'il avait été construit au XVIème siècle par l'épouse de l'empereur moghol Humayun et surtout qu'il avait servi de modèle au futur Taj Mahal. Ce n'était clairement pas rien !

Dès que la jeune femme franchit les hautes portes, le silence rejoignit ses oreilles... comme elle en avait fait l'expérience au temple du premier jour. C'était vraiment un contraste étonnant, comme si la grande ville laissait la place au calme et à la nature pour que chacun trouve sa place.

Situé au centre d'un jardin Charbagh, jardin divisé en quatre par des canaux, il fut le premier tombeau intégré dans un jardin clos, cherchant une symétrie parfaite. Posé sur une sorte de plateforme surélevée, le monument en imposait avec son énorme dôme central en marbre blanc. Le grès rouge majoritaire rappelait l'architecture indienne que Ciara avait vu dans la ville.

Prenant le temps de marcher tranquillement, elle trouva un banc à l'ombre d'un arc moghol et admira le paysage. Elle se sentit apaisée, comme transportée, à contempler simplement ce qui l'entourait.

Elle prit le temps de pénétrer dans le bâtiment. Ce qui étonna Ciara, ce fut le dôme vu de l'intérieur car un deuxième dôme était présent sous le premier. Tandis que l'extérieur donnait une impression de hauteur pour en imposer, l'intérieur, plus bas, créait une atmosphère plus recueillie. C'était un peu comme les deux mondes de la ville : celui qui grouillait de vie et appelait tous les sens à se mettre à l’œuvre et celui plus calme et apaisé qui appelait à se retrouver.

Elle retrouva ensuite le Gurudwara Bangla Sahib. En son centre, un immense bassin d'eau rectangulaire se trouvait là entouré d'arcades de marbre blanc. On annonça à la visiteuse que l'eau était curative. Elle ne fut donc pas étonnée de voir des fidèles prier, se recueillir et s'asseoir au bord de l'eau. En soi, la foi des gens allait vers l'eau.

Non loin, elle découvrit le langar, la cuisine du partage. Chacun, quelque soit sa religion, sa caste ou sa richesse, pouvait venir là profiter d'une cuisine communautaire gratuite. C'était un grand centre communautaire dans un lieu historique... un contraste saisissant pour son âme habituée à compartimenter les choses.

Elle finit sa journée avec le temple du Lotus. Et là encore, elle fut saisi. Le bruissement de l'eau remplaça le bruit de la ville et découvrit une fleur de lotus géante composée de 27 pétales colossaux en marbre blanc, semblant flotter sur un bassin d'eau.

Là encore, elle délaissa ses chaussures à l'extérieur, comme pour laisser derrière elle l'agitation du monde. Dans une vaste cavité, le hall se dressa devant elle, vide, sans ornement, autel ou symbole religieux.

L'étonnant était le silence dans un endroit qui s'ouvrait devant elle sur des centaines de personnes assises, immobiles, sur des bancs de pierre. Et pourtant, dans ce silence, elle sentait une intention comme lorsqu'elle était en méditation. Quel meilleur endroit pour sa méditation quotidienne que de la faire en séance collective ici ? Et cette méditation collective s'avéra assez... étrange. Ciara était seule avec elle-même, entourée de tant d'inconnus, dans un lieu qui n'appelait qu'à cela : être avec soi-même.

Ces trois visites prouvèrent à Ciara que les personnes vivant là étaient en réalité une grande communauté. En arrivant, elle avait cru à une foule d'inconnus, agressifs et agités, mais en réalité, elle se trouvait face à une solidarité et une habitude du recueillement qui les réunissaient tous.

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14 juil. 2026, 14:18
 Inde   Solo  Pour que plus rien ne cloche...
Jeudi 6 juillet 2051 - Rishikesh
Arrivée la veille au soir sur le coup de 19h, Ciara n'avait eu le droit qu'à une brève visite de l'ashram qu'elle avait choisi de rejoindre. Le lieu était loin d'être luxueux.

Le portail franchi, elle se retrouvait coupée du monde extérieur, invitée à poser ses chaussures dans le casier prévu à cet effet.

La première chose qu'elle vit fut le jardin. On était loin d'un jardin décoratif : celui-ci était un espace de vie. Parsemé d'arbres anciens, de peepals et de banyans, projetant leurs ombres sur les personnes présentes en ces lieux, il était peuplé de bancs en pierre et de zones herbeuses sur lesquels des résidents étaient installés, discutant ou lisant.

Elle fut ensuite amenée dans une pièce aux murs blancs, dénouée de toute décoration. Sa chambre, partagée en colocation avec une autre personne venue là dans le même but qu'elle, le prouvait. Elle comportait un lit une place pour elle-même, une petite table de chevet pour ses quelques affaires et c'était tout. Elle tâta le matelas qu'elle trouva ferme. Spartiate était le thème des jours à venir. Heureusement, sa chambre était tout de même dotée d'un ventilateur au plafond... probablement la seule trace d'une évolution technologique dans ces lieux.

Une fois ses affaires déposées, elle avait découvert le réfectoire. Il était temps de diner. De longues tables basses et quelques des tapis étaient étalés sur le sol, pour tout mobilier. Le silence régnait, les gens mangeaient en tailleur. Une odeur de lentilles (dhal) et d'épices monta aux narines de l'irlandaise, lui rappelant la ville qu'elle venait de quitter... mais elle était bien loin du mouvement incessant de Delhi. C'était là où elle poursuivit son éducation pour apprendre à manger en pleine conscience... Ca lui était pas totalement inconnu du fait de son intérêt pour la méditation.

Après un diner léger, elle fut invitée à rejoindre sa chambre car à 21h, c'était l'heure de dormir...

Et elle comprit pourquoi car pour son premier jour plein, comme pour les autres jours qui suivraient, elle se leva au son de la cloche à 5h. Sur le planning qu'elle avait reçu lui indiquant ses tâches, étaient marqué les horaires qu'elle devait respecter et les activités associées.

Comme elle avait choisi d'être là, elle se leva quand elle put et salua de la main, sa colocataire, déjà debout alors qu'elle était encore en train de peiner à se lever. Elle avait découvert que celle qui allait partager sa chambre avait fait vœu de silence pour quelques temps. Aussi leurs échanges ne seraient pas très prolixes, quelques gestes partagés et ce serait tout ! Elle vit ca comme un signe, en reflet du film qui l'avait amené ici. Résistant à son envie de se recoucher, abrutie de fatigue, et luttant contre son envie d'un bon thé noir, elle se leva pour rejoindre les autres.

A 5h30, tous étaient attendus dans le hall de yoga, le Sadhana Hall. En réalité, il s'agissait du sanctuaire composé d'une grande salle ouverte sur un côté pour laisser passer l'air frais du Gange. Le sol était recouvert de tapis. Quand elle y pénétra, des dizaines de résidents étaient déjà en pleine concentration. Seul le silence du recueillement était présent.

Une heure de yoga s'enchaina avec une heure de méditation. Son corps raide au petit matin eut bien du mal à se mettre en branle mais elle parvint finalement à réaliser les exercices. Suivi ensuite la méditation. Au moins, elle connaissait mais elle n'avait jamais médité aussi longtemps. Habituée à ne pas dépasser 30 minutes, elle commença à revenir à elle à la moitié du temps alloué. Elle se forca à revenir dans sa méditation pour 30 autres minutes et peina un peu. Ses pensées se bousculèrent tandis qu'elle découvrait son nouvel environnement et ses nouveaux voisins en pleine concentration. Elle y était presque lorsque l'heure du petit-déjeuner s'imposa. L'esprit agité, tel un singe courant partout dans son cerveau, elle se leva.

A 7h30, elle retrouva le langar, le réfectoire. Cette fois, ce fut du prroidge qui accompagna son thé aux épices auquel elle avait appris à s'habituer. Elle consomma dans un silence imposé par tous, en observant les autres.

Une heure plus tard, elle était de service. Elle avait eu la chance de ne pas tomber sur le nettoyage, se doutant qu'un Recurvite ou qu'un Tergeo dont elle avait l'habitude ne serait pas bien vu ; elle avait heureusement écopé du service de jardinage. Elle qui aimait les plantes, c'était une bonne nouvelle. Prendre soin d'un être végétal, c'était dans ses cordes et en cours de botanique, elle avait appris à faire.

Mais elle commença à découvrir le double sens des choses.
Le désherbage permettait non seulement d'arracher les mauvaises herbes qui étouffaient les plantes mais aussi à identifier les pensées parasites encombrant l'esprit.
L'arrosage, loin de la facilité des sorts, consistait à apporter de l'eau à l'eau de seaux dans le cadre d'un travail physique intense et régulier.
Elle dut balayer les feuilles morts, ramasser les débris pour garder les chemins d'accès proposes et faire en sorte que les allées soient accessibles.
Pendant ce temps-là, d'autres plantaient ou récoltaient ce qui constituerait leurs prochains repas.
Initialement frustrée de ne pas pouvoir utiliser sa magie, elle s'ancra physiquement dans la terre et en ressortit avec un fort sentiment de gratitude.

11h survint avec un temps libre. Elle en profita pour se débarbouiller et s'allonger un moment avant de rejoindre le réfectoire pour profiter à 13h d'un déjeuner végétarien complet. Elle commençait à ressentir de la gratitude pour cette nourriture simple et saine. Le silence lui permit de se concentrer pleinement sur ce qu'elle mangea. Elle prit son temps, savourant, sentant, tâtonnant de la langue tout ce qui passait dans sa bouche.

1h30 plus tard, toute la communauté avait rendez-vous dans la salle de conférences. La pièce était sobre, équipée d'un tableau et d'une petit estrade pour l'enseignant. Ce fut ici qu'elle eut sa première conférence de philosophie, en contrepoint à la discipline physique des autres moments de sa journée. Confuse au début, elle eut un peu de mal à s'y mettre avant de commencer à comprendre.

16h30 sonna le début d'une marche méditative vers le Gange via le ghat. Beaucoup d'ashrams à Rishikesh ont un accès privé ou semi-privé au Gange. Elle emprunta donc cet escalier de pierre qui descendait vers le fleuve. Elle y découvrit l'eau qui coulait inlassablement comme un rappel constant du temps qui passe, de la vie et du lâcher-prise. Elle s'émerveilla de la beauté de l'eau qui coule et se connecta avec la nature, les pieds nus dans le sol. Elle profita de la sensation de la terre et de l'eau sur ses pieds.

A 18h, il y eut la fameuse cérémonie, celle dont elle avait tant entendu parlé : Ganga aarti, la cérémonie du feu. La journée déclinait et les cloches des temples environnants se mirent à sonner. Tout un petit monde se réunit autour du Gange, empruntant les ghats autour de l'eau, comme elle l'avait fait. Il y avait probablement des habitués de la cérémonie mais aussi quelques curieux comme elle.

Près d'elle, un jeune prêtre, vêtu de blanc, mena la cérémonie. De grands plateaux de métal furent déposés. Ils étaient garnis de nombreuses lampes et de bâtons d'encens. Tandis qu'un parfois de bois de santal et de fleurs se mêlaient aux flammes, la cérémonie débuta. Au rythme des chants dévotionnels, des tambours et des cymbales, le prêtre effectua des cercles larges et rythmés avec ces plateaux, vers le fleuve et vers le ciel, dans une danse circulaire, quasi hypnotique. Et tout au long des rives, d'autres prêtes comme lui réalisaient les mêmes actions.

Les flammes se reflétaient sur les eaux sombres du fleuve. C'était étrangement captivant. Entourée de centaines personnes, Ciara se sentait comme membre à part entière de cette communauté. Émerveillée, elle profita du moment comme on regarde un feu d'artifice, perdue dans l'instant et la beauté.

Puis le cycle qu'elle avait déjà connu reprit : diner à 19h30 pour dormir à 21h. Epuisée d'une fatigue saine, elle s'écroula d'un sommeil profond et sans rêve.
Vendredi 7 juillet au mardi 11 juillet 2051 - Rishikesh
Les jours suivants reprirent la même routine. Le corps de Ciara protesta au début mais elle finit par s'y habituer. Les premières jours, elle surveillait ses pensées, puis tout fut prétexte à une méditation, une réflexion sur soi, au détachement.

Le dimanche, le silence devint son allié. La méditation d'une heure n'était plus difficile. Elle considérait à présent chaque moment de travail manuel comme un ressourcement nécessaire et savourait à présent bien plus la nourriture qu'elle ne l'avait jamais fait jusque là.

Elle s'était fondue en peu de temps dans le rythme du lieu pour en devenir une habitante à part entière, même si les conférences philosophiques continuaient parfois à l'intriguer.

Pendant un temps libre, Ciara en profita pour visiter un peu. Rien de mieux pour cela que découvrir les fameux ponts suspendus en fer Ram Jhula et Laxman Jhula, juste l'occasion d'une promenade méditative supplémentaire.

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14 juil. 2026, 20:28
 Inde   Solo  Pour que plus rien ne cloche...
Mercredi 12 juillet 2051 - Dharamsala / McLeod Ganj
Laissant la moiteur des rives du Gange derrière elle, Ciara rejoignit l'air pur de l'Himalaya. Elle passa par la ville basse de Dharamsala, un centre administratif et commercial rappelant ce qu'elle avait connu à Delhi. La circulation était dense, le bruit des klaxons était de nouveau présent... mais ce qui l'intéressait dans son voyage, c'était de monter, de rejoindre la ville haute.

Perchée à près de 2100 mètres d'altitude, elle dut grimper raide, mais cela restait à portée de marche, pour parvenir au but de son voyage du moment. La route serpentait en lacets serrés, il était probable qu'une course en balai aurait pu être amusante en ces lieux, si seulement ils n'avaient pas été moldus. L'air se faisait rare et frais, lui rappelant quelques acrobaties faites un peu trop en hauteur sur son balai dans sa jeunesse. L'air était vif, piquant son visage comme toute partie de peau laissée à l'air libre.

Elle abandonnait derrière elle le tumulte pour retrouver le silence et la paix. En sueur, le souffle court, elle abandonna les bribes de ses derniers soucis sur le chemin, seulement occupée à penser au moment présent, à comment avancer et atteindre son but. Quelque part, elle était en phase avec la discipline prônée à l'ashram, elle se concentrait sur son chemin, sur le mouvement de ses jambes, le déroulement de son pied. Elle marchait en pleine conscience. Elle se préparait mentalement sans le savoir à ce qui allait suivre.

La vue autour d'elle ne fut pas un choc pour elle sur le moment. Le jour où elle monta là-haut, le brouillard jouait avec les cèdres, comme si elle se retrouvait seule dans une ambiance de cocon. C'était étonnant. Mais elle n'était pas seule, loin de là.

Elle passa les portiques de sécurité pour pénétrer dans le périmètre du temple. McLeod Ganj, enfin ! Ses épaules s'affaissèrent, sa respiration devint plus longue et régulière, comme si elle prenait conscience que la montée était finie. Mais elle était loin d'être au bout du voyage !

Les murs du complexe, comme tous les autres lieux de recueil qu'elle avait visité en Inde jusque là, étouffaient le bruit de l'extérieur. Une odeur qu'elle apprit plus tard être du beurre de yak flottait dans l'air, se mêlant à de l'encens de genièvre.

Après quelques instants, elle prit conscience d'une sorte de solennité qui imprégnait le lieu, bien plus qu'elle ne l'avait ressentie jusque là. Ce n'était pas seulement le silence, il y avait quelque chose d'autre, d'indéfinissable mais de presque palpable... un peu comme lorsqu'elle ressentait le flux de sa magie, lorsqu'elle communiquait avec sa baguette. Il se passait quelque chose mais elle était incapable pour l'instant de mettre un nom sur ce quelque chose.

Etait-ce les pèlerins faisant le tour des stupas dans le sens des aiguilles d'une montre, ces monuments bouddhistes reconnaissables à leur forme de dôme ou de cloche ? Avant de venir, elle s'était renseignée un peu et trouvait étonnamment écho dans la symbolique de l'architecture de ces reliquaires : la base était carrée, représentant la terre et la stabilité ; le dôme central évoquait l'eau ; la flèche conique au sommet était associée au feu et enfin, le croissant de lune et le disque solaire s'associaient pour symboliser l'air et l'éther (le vide ou l'espace). C'était une étrange raisonnance avec la médecine chinoise sur laquelle elle avait vu quelques documentaires et surtout avec le programme de 5ème année de métamorphose sur les métamorphoses des éléments.

Bref, elle n'aurait su dire d'où elle ressentait cette solennité, mais elle était là. Après la marche de l'air pur qui nettoyait, elle était comme envahit par l'encens et ce beurre de yak qui s'insinuaient en elle sans comprendre comment ou pourquoi. Elle n'était pas seule, elle était dans un tout.

C'était peut-être trop, trop vite. Elle chercha à se renseigner. On la guida vers une guesthouse. Après y avoir posé rapidement ses affaires, Ciara passa l'après-midi à profiter de l'endroit. Les ruelles escarpées l'accueillirent, bordées de boutiques vendant des encens dont elle avait pris l'habitude de l'odeur, des peintures bouddhistes ou des bols chantants. Au loin, lorsque le brouillard se lèverait, elle verrait les sommets enneigés du Dhauladhar.

Elle avisa un café tibétain et s'y installa, commandant un thé au beurre de sel. Le goût était plus que surprenant mais très réconfortant. Retrouver ses journées sans le rythme de l'ashram était étonnant mais bienfaisant aussi. Retrouver du temps pour faire autre chose que quelque chose qui lui était dicté c'était aussi un des plaisirs des vacances ! Mais plusieurs fois, Ciara se surprit à faire chaque chose qu'elle faisait en pleine conscience.

Et lorsqu'elle rejoignit son lit ce soir-là, elle le fit épuisée, pour dormir du même sommeil que les nuits précédentes.

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hier, 23:00
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Jeudi 13 juillet 2051 - McLeod Ganj
Ce jour était celui d'un changement. Ciara le sentait. Elle pénétra dans le sanctuaire du Dalaï Lama. Elle passa l'arche qui formait l'entrée du complexe de Tsuglagkhang.

Elle pénétra dans une cour silencieuse. Une bouffée d'encens de genièvre vint picoter ses narines. Ce n'était plus vraiment une nouveauté.

Avant d'aller plus loin, un moine s'approcha d'elle, probablement intrigué par cette occidentale. Il parla d'une parole sûre et sans fioriture.

Il lui expliqua la signification du mantra évoqué par les personnes près des moulins à prière qu'elle pouvait voir.
Om était le symbole primordial, le symbole de ce qui est : le corps, la parole, l'esprit... à la fois impurs de celui qui parle et purs du Bouddha.
Mani signifiait "joyau" et représentait l'intention d'atteindre l'éveil, la compassion et l'amour. C'était donc ce qu'il fallait trouver pour se libérer de la pauvreté spirituelle et de la souffrance.
Padme signifiait "lotus" s'appuyait sur une métaphore. Poussant dans la boue, symbolisant le monde de la souffrance et de l'ignorance, il s'épanouit pur et intact à la surface de l'eau. Le lotus représentait donc la sagesse permettant de rester pur face au monde.
Hum, c'était l'indivisibilité : l'union de la méthode, la compassion, et de la sagesse : la finalité de la transformation.
En résumé, expliqua-t-il, ce n'était pas pour rien que "Om Mani Padme Hum" était le mantra le plus sacré et le plus récité dans le bouddhisme. Il reprenait l'enseignement du Dalaï-Lama : la compassion (le joyau) et la sagesse (le lotus) doivent être unis pour atteindre l'état d'éveil (le Bouddha). C'était à la fois une méditation, une prière et un souhait.

Et aussi vite qu'il était apparu, il repartit la laissant face à la découverte. Ses yeux furent attirés par le nombre impressionnant de personnes ancrées dans un seul mouvement. Il y avait de tout : des moines au crâné rasé, avec leur robe jaune et rappelant le safran ; des visiteurs (tibétains ?) âgés aux visages fatigués, aux traits ridés ; des adultes dans la force de l'âge et des enfants courant entre les jambes de tout ce petit monde.

Chacun avancait dans un rythme constant et identique, se dirigeant vers les moulins à prière en métal, qui elle l'apprit plus tard, étaient en cuivre et argent. Étonnamment, ils avaient l'air vieux, usés... mais en même temps, l'était-ce vraiment étonnant quand on savait qu'une multitude de mains les avaient touché pour les faire tourner ? Par moment, un éclat de lumière les illumine alors qu'ils sont actionnés par une nouvelle main. Se mêlant à la foule, elle suivit d'un pas assurée et fit elle aussi tourner le métal dans un claquement caractéristique. Et cela sur chaque moulin présent. Un rituel s'installa : main sur le métal, moulin qui tourne, pas l'un devant l'autre. C'était comme une boucle se répétant sans cesse pour apaiser l'esprit.

Autour d'elle, elle entendait un murmure répété, le mantra évoqué, "Om Mani Padme Hum". Les visages qu'elle croisa étaient sereins, comme apaisés par ces paroles. Elle les reprit en rythme, par mimétisme et s'en imprégna. Elle invoquait ainsi un esprit pur, éveillé et compatissant.

Elle était toute à son expérience et la partageait avec tant de monde, qu'elle se disait qu'elle était un peu comme une particule dans un flux magique. Elle ne se sentait pas seule, mais intégrée à un tout bien plus grand qu'elle, sans chercher à comprendre comment cela s'était produit.

Finalement, elle pénétra dans le monastère Namgyal. La lumière se fit plus diffuse, probablement à cause des plafonds sombres. Une fois de plus, l'odeur du beurre de yak parvint à son nez, mêlé au bois brûlé, des centaines de petites lampes posées par terre ça et là. Par endroit, la lumière jouait encore... et cette fois sur des dorures présentes sur les statues de Bouddha.

Derrière ce tableau en premier plan, se trouvaient des fresques murales colorées de rouge et d'or, rappelant Gryffondor mais aussi de bleus présentant des divinités qui immuables semblaient attendre quelque chose.

Intriguée, Ciara s'arrêta devant une divinité. Le silence était présent, aussi bien à l'extérieur que dans l'esprit de la jeune femme. Il n'y avait pas de question, juste le moment présent. Elle était simplement elle, vivant un moment hors du temps.

Son esprit profondément touché par ce qu'elle venait de vivre, Ciara chercha un coin à l'écart pour si asseoir et se répéter le mantra, tout en admirant la beauté de la nature présente autour d'elle.

L’expérience avait été forte mais elle n'était que le début du voyage.

Le reste de la journée se passa dans l'apaisement de son esprit. Elle ressortit, et imprégnée de la solennelité qu'elle avait déjà connue, se mêla de nouveau à la foule sur les moulins de prière.... jusqu'à la fin de la journée.

Professeure de métamorphose depuis le 03.06.2051 - Chocolate
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