23 oct. 2025, 15:26
51 New Cavendish Street Recueil d'OS
Serons répertoriés dans ce recueil des moments de vie de Christopher dans son appartement. Seul ou en bonne compagnie, dans le présent ou dans le passé.

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51 NEW CAVENDISH STREET, LONDRES


Ordre chronologique

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

23 oct. 2025, 15:43
51 New Cavendish Street Recueil d'OS
Septembre 2050
LA BIENVEILLANCE DANS TON REGARD


Du bruit, toujours du bruit. Son appartement ne connaît le silence qu’au plus sombre de la nuit. Dès que le petit matin éclot, que la lumière traverse les lames en plastique des stores et plonge sa chambre dans cette semi-clarté qui tire du sommeil, Christopher se lève, traverse en bâillant l’appartement et insère un vinyle dans son gramophone. La musique éloigne le silence, comble les trous laissés par l’absence de bruit et avale les dernières bribes de sommeil qui entravent encore Christopher. Le bruit constant, du matin au soir.

En cette fin de journée pas de rock, pas de hard-rock, pas de solos enflammés d’un monstre de la guitare ni de coups de cymbales et de tambours d’une batteuse qui se défoule. Seulement la voix profonde de Jase Whitaker avec laquelle Christopher chante en cœur sous le jet brûlant de la douche.

Il attend d’être sorti de la cabine pour faire quelques pas de danse devant son miroir. Ses pieds mouillés glissent sur le sol, mais il se rattrape au lavabo sans même s'arrêter de chanter. Il siffle les notes qu’il connaît sur le bout des doigts en se frottant les cheveux avec sa serviette. Son reflet le regarde dans la glace recouverte de buée qu'il a essuyé du plat de la main. Il lui fait un clin d’œil.

« Beau gosse, » s’amuse Christopher en souriant largement.

Jase entame le refrain. Christopher abandonne ses serviettes derrière lui. Elles partent s’accrocher aux patères leur étant destinées dans la salle de bains. Dans le salon, la musique est plus forte. Il chante à tue-tête, sa voix résonne au plafond et contre les murs, emmerdera certainement les voisins et leur gamin qui chiale toutes les nuits. Tant mieux.

Christopher ne se soucie pas des fenêtres devant lesquelles les rideaux ne sont pas baissés, laissant passer la lumière déclinante du soleil. Les rayons bas éclairent ses épaules et font briller comme des diamants les gouttes d’eau qui parsèment encore sa peau et qui glissent le long de son dos jusque dans le creux de ses reins. Il ne s’inquiète pas davantage de l’éventuelle présence d’observateurs indiscrets dans les appartements situés de l’autre côté de la rue et qui auraient, s’ils s’en donnaient la peine, une vue royale sur son corps nu qui se déhanche au milieu du salon. Christopher n’a jamais été pudique, au plus grand malheur de sa famille, et il n’aime rien de plus que de se promener nu chez lui à la lumière du jour et d’être tout à fait légitime de le faire sans que qui que ce soit l’en empêche. Pouvoir traverser la cuisine dans le plus simple appareil, fouler le tapis du salon qui lui a coûté un demi-salaire de ses pieds nus, sentir sur ses hanches le mur quand il le frôle d’un peu trop près, avoir le plaisir de tourner le disque pour lire la seconde facette en sentant l’air le caresser de la tête au pied. Christopher sourit quand les notes d’une autre musique s'élèvent dans le salon. Il ferme les yeux, la main posée sur le meuble pour sentir les vibrations du gramophone.

Il ne devrait pas prendre son temps, car ce soir il a un rendez-vous et qu’il compte bien être à l’heure. D’autant qu’il doit ranger son appartement avant de s’en aller — qui sait, il ramènera peut-être ici son rendez-vous, si cette personne s’avère être de bonne compagnie ? Il devrait donc se hâter, mais il n’en a aucune envie. Au lieu de cela, il tournoie dans son salon, bras écartés, ravi de sentir les mèches humides de ses cheveux caresser le haut de sa nuque. Un glissement maladroit sur le parquet l’amène juste devant le miroir du salon. Là, Christopher arrête de danser et regarde son reflet qui lui rend son regard.

Il reste un instant comme ça, à s’amuser de voir glisser le long de son torse jusque sur son ventre une goutte d’eau. Il observe l’effet de la lumière du soleil sur ses tatouages, la façon dont les ombres obscurcissent son regard déjà noir et il plie même le bras pour faire gonfler son biceps. Puis il se penche vers son reflet et passe ses doigts dans ses cheveux pour les ramener vers l’arrière. Gel ou pas gel, ce soir ? se questionne-t-il.

« Sans, ça donne envie de passer les mains dedans, marmonne-t-il, mais avec ça met en avant mes pommettes. »

Il pose ses doigts sur le haut de ses joues pour palper lesdites pommettes. Ses longs cils battent doucement ; il s’observe un long moment, yeux dans les yeux, avant de se regarder sourire d’un air amusé. Christopher a toujours aimé la façon dont se courbaient ses lèvres, comme une virgule sur sa joue. Il joue un instant à prendre quelques mimiques pleines de charme avant de tourner la tête pour observer son nez. Fin, allongé, mais il a une bosse discrète sur l’arête qu’il détestait lorsqu’il était adolescent. Il n’apprécie toujours pas la remarquer, alors dans une grimace il se redresse, éloignant son visage de la glace.

Son reflet lui renvoie l'image d'un homme aux cheveux humides et à l'air narquois. Sa peau hâlée parait plus sombre dans la semi-obscurité du couloir. Ses yeux s'étirent joliment sous ses sourcils naturellement bien dessinés ; une chance ! Son corps n'est pas aussi allongé qu'il l'aimerait et il n'a pas de très longues jambes, mais ses cuisses sont musclées, ainsi que ses mollets et Christopher aime le rendu général. Mais parfois, il regarde certains endroits d'un peu trop près et ce qu'il voit lui inspire de regrettables pensées.

Sa nuque se courbe. Il quitte son reflet des yeux pour regarder son ventre. Les bras ballants, les sourcils froncés, Christopher inspire profondément pour essayer de le faire rentrer. Mais il a beau inspirer au point de creuser son abdomen, il y a toujours cet amas de chair arrondie qui dépasse. Quand il est assis, il a même un bourrelet. Il déteste ça. Christopher se redresse tout à coup, épaule carrées, muscles bandés ; ses bras se dessinent, une veine ressort sur son cou, il retient son souffle et s’observe dans le miroir. Tous ses muscles sont beaucoup plus visibles et il a presque l'air de ne pas avoir de ventre, mais on le croirait à deux doigts d'exploser. Ridicule. Il relâche tout dans un éclat de rire. Son ventre se regonfle instantanément.

Christopher n’a jamais eu les abdominaux bien dessinés comme Donovan. Même Annabelle a des abdominaux. Et ne parlons pas de la ceinture d’adonis qu’il aime tant observer, caresser, embrasser chez ses amants. Christopher n’en a jamais eu la moindre trace. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de se muscler lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent idiot qui ne jurait que par une silhouette bien dessinée. Il a arrêté de vouloir obtenir ces choses lorsqu’il a eu son premier tatouage. Ce jour-là, il a compris qu’il n’avait pas besoin d’abdominaux ou de ceinture au nom ridicule pour apprécier son corps. Et son corps, Christopher l’aime, même s’il pose parfois un regard sévère sur ce ventre qui ressort ou sur…

Il passe le plat de ses mains sur les côté de son torse, fait lentement glisser ses paumes sur sa peau, douce au toucher. Puis sans prévenir, il pince de deux doigts la graisse qui se trouve là, juste au-dessus des hanches. Dans le reflet, son visage fait la moue. Parfois, Thomas lui pince cet endroit-là avec un sourire moqueur, pour l'emmerder. Il l'attrape d'un geste vif de son pouce et de son index ! Lui qui est gaulé comme un cure-dents. Mais un cure-dents parfaitement bien dessiné, songe Christopher qui n’a aucun scrupule à visualiser son ami, l’un des meilleurs, dans le plus simple des appareils — le résultat n’est jamais décevant, Thomas a de magnifiques bras sculptés et il prouve sans aucune difficulté qu’on a pas besoin de muscles gonflés pour avoir un corps qui plait.

Ses doigts relâchent la chair malmenée. Christopher se tourne sur le côté et tend le cou pour observer la courbe de ses fesses. Il trouve peut-être que ses poignées d’amour sont de trop et qu’elles dérangent l’harmonie de son corps, mais il n’y a pas à dire : il a un cul d’enfer. Un sourire tout neuf s’épanouit sur ses lèvres quand il passe les mains dessus.

Il se replace face au miroir et laisse glisser ses yeux le long de son bras droit, là où l’encre lèche chaque parcelle de sa peau en remontant jusqu’à sa nuque. Il passe les doigts dans son cou et observe l’espace vide sur son bras gauche. Tant de peau disponible. Tant de peau tentatrice. Cette année… Son reflet se caresse l’avant-bras gauche. Cette année, une pièce qui remonterait jusqu’au coude, dans l’intérieur du bras. Ou alors dans le dos ? Christopher se retourne pour observer ses omoplates. Sur sa peau halée ne se trouve de l’encre que sur le haut du dos. Tout le reste est libre. Christopher rêve depuis des années de recouvrir cette partie d’un tatouage entièrement magique. Comme bien souvent, il se laisse aller à rêver. Il imagine, il invente des dessins, s’imagine la peau bariolée d’encre, imagine l’effet que lui ferait son reflet dans le miroir s’il en était recouvert. Et pourquoi pas sur les hanches aussi et tant pis si ça se déforme parce qu’il boit trop de bièraubeurre ; il apprécierait ces "poignées d'amour" sans condition si elles étaient recouvertes d’encre, n’est-ce pas ?

Le changement de musique le ramène à l’instant présent dans un sursaut. Christopher se penche pour apercevoir l’horloge accrochée à un mur du salon. Il siffle de surprise en voyant que la grande aiguille est quasiment à la verticale.

« Et merde ! »

Il est officiellement en retard. Sans aucune excuse à fournir. Ce n’est pas certain que son rencard comprenne pourquoi Christopher vient de passer un aussi long moment à observer dans le miroir chaque parcelle de sa peau nue. Il ne comprendra pas. Mais Christopher, lui, sait. Il sait que parfois, il a besoin de se caresser des yeux pour apprendre à aimer ces parties de lui qu’on lui a toujours appris à détester.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

9 janv. 2026, 10:38
51 New Cavendish Street Recueil d'OS
Fin décembre 2050
J'EFFACERAI TON SILENCE


Ils se sont quittés sur l'aire d'arrivée des portoloins internationaux, la mine fatiguée de leur soirée de la veille. Christopher a enlacé Thomas et l'a gardé un peu plus longtemps que nécessaire contre lui, dans un « merci, mon Tommy » silencieux. Il a planté un baiser sur l’arête de sa mâchoire et s'est éloigné avec un clin d’œil ; « je ne sais pas comment tu vas faire pour te passer de moi ces prochains jours », lui a-t-il dit de son éternel ton insolent. À Alice, Christopher a fait un geste du menton, la mine un peu revêche mais le regard brillant. Dans ce geste silencieux, elle aura peut-être compris tout ce qu'il ne dira jamais mais qu'ils savent tous les deux pour en avoir longuement parlé durant les vacances, parfois avec des cris et des larmes. Et après, ils se sont éloignés les uns des autres. Eux pour rentrer dans leur famille, lui pour retrouver son appartement.

Il ne l'a pas senti monter. Le sentiment arrive subitement, au moment même où il se détourne et transplane à Londres. Lorsqu'il apparait dans l'entrée de son appartement dans un craquement bruyant. Là, le silence l'accueille. Ses meubles à la silhouette habituelle, son gramophone, l'odeur si familière de son chez lui. Alors la boule se met à grossir dans sa gorge et ses épaules s'affaissent sous un poids invisible. Christopher lâche son sac qui tombe avec un bruit sourd sur le parquet. Il croise les mains derrière la nuque et s'étire avec un long râle bruyant qui ne change rien à la tristesse soudaine qu'il ressent.

Les longues balades dans les rues froides parisiennes, les lumières des décorations de Noël qui brillaient sur les Champs Élysées, la Tour Eiffel qui se dressait avec un orgueil à couper le souffle, les ruelles étroites de Montparnasse dans lesquelles s'encombraient tous les touristes du monde, ce qui faisait toujours soupirer Alice et rire Thomas, les nombreux verres avec lesquels ils ont trinqué et ces soirées passées dans des restaurants, au sommet de bâtiments Haussmannien avec vue sur la grande dame de fer ; ils avaient l'impression d'être les rois et reine d'un monde qui n'avait pas envie de les étrangler — Christopher en avait du moins l'impression et celle-ci ne l'a pas quitté de toute la semaine.

Et maintenant, le silence de son appartement s'enroule autour de lui avec ses bras épais et fait vrombir ses oreilles. La boule dans sa gorge ne veut pas s'en aller, pas plus que la poussière dans sa tête qui le fait se sentir nostalgique de vacances qui viennent tout juste de se terminer. Ce n'est pas tant le retour à la maison qui lui pèse. C'est davantage la solitude et l'absence subite des deux personnes qui ont été son quotidien durant plusieurs jours. Il n'a plus personne vers qui se tourner pour rire ou pour faire un commentaire.

Sans même faire un geste pour s'avancer dans son salon, Christopher dégaine sa baguette magique et ensorcelle un vinyle pour qu'il aille se déposer sur le gramophone. Il ferme les yeux quand la machine se met en route. Le premier album de Unikorn, avec ses solos de guitare acharnés et sa batterie comme des coups de tonnerre et Jase qui hurle dans son micro. Le son dégueule subitement dans le salon, le volume monté au plus haut. Le monde ne se réduit plus qu'à cela, la musique qui frappe contre son cœur. Christopher n'entend même plus le bruit de sa propre respiration. Là, enfin, le vilain sentiment qu'il ressentait s'apaise.

Christopher attrape son sac, se débarrasse de ses chaussures sans même dénouer les lacets, envoie s'accrocher son manteau sur les patères, laisse tomber son bonnet dans l'entrée et enfin il avance dans son appartement. En passant devant la porte de sa chambre, Christopher envoie son sac sur le lit sur lequel il rebondit. Il rangera ses affaires plus tard et prendra plaisir à déballer les souvenirs qu'il a ramenés. En attendant, il a besoin de ressentir la musique ; sur le chemin du canapé, son corps se dandine naturellement au rythme de la musique qui gueule. Il se laisse tomber sur les coussins avec un râle de satisfaction. Renversé contre le dossier, il ferme les yeux et croise les jambes, pieds posés sur la table basse. Derrière ses paupières se dessinent ses souvenirs de la semaine passée et il imagine ce que dirait Thomas s'il était là et ce que répliquerait Alice. Un sourire moqueur se dessine sur ses lèvres car il sait exactement comme la scène se déroulerait.

C'est en voulant déplacer ses pieds pour s'installer plus confortablement qu'il remarque que sur la table basse se trouve quelque chose qui n'y a pas sa place. Christopher ouvre les yeux et pousse sur ses coudes pour se redresser et regarder vers ses pieds. Ces derniers sont posés à côté d'un paquet emballé dont il ne reconnait ni les motifs, ni la forme.

« C'est à moi, ça ? » marmonne-t-il même s'il n'y a personne pour l'entendre.

Christopher est peut-être maladroit parfois mais il sait encore ce qui est à lui et ce qui ne l'est pas. Et en l’occurrence, cette chose lui est totalement inconnue. Les sourcils froncés, il se redresse définitivement et il attrape la chose. Il s'agit bel et bien d'un paquet, très joliment fait d'ailleurs. Sous ses doigts, il sent les aspérités de l'objet qui a une forme rectangulaire. Le cadeau lui est clairement destiné. Un sourire commence déjà à lui étirer les lèvres. Les personnes qui ont accès à son appartement sont très rares et il en a une liste claire qui se profile dans sa tête. Mais avant même de commencer à émettre des hypothèses, il déchire le papier avec l'impatience et la joie d'un enfant.

Il s'agit d'un cadre. Et lorsque Christopher le retourne pour découvrir la photo qui se trouve certainement à l'intérieur, son cœur rebondit violemment dans son torse et se met à battre à vive à allure. Il comprend instantanément de qui provient le cadeau ; évidemment, puisque sa tête apparaît sur la plupart des photos. Il s'agit d'un assemblage de photographies sous cadre, collées les unes contre les autres avec du beau scotch, sur un joli fond. Les larmes montent aussitôt aux yeux de Christopher qui les laisse venir sans chercher à les retenir. Un éclat de rire se mélange à l'émotion quand ses yeux passent d'une photo à l'autre. Il apparait sur chacune d'elles, grand sourire et yeux plissés par le bonheur ; à ses côtés, le joli visage de Jude. Souriante, riant parfois aux éclats, souvent dans ses bras, un bras passé autour de son cou ou le sien sur ses épaules. Sur l'une d'elles, Jude a grimpé sur son dos et ils rient tous les deux. Le cœur de Christopher gonfle dans sa cage thoracique, comme remplit d'un trop plein d'émotions qu'il ne peut pas retenir. Il se met à rire bêtement et un sourire qui n'est pas prêt à partir lui creuse les joues et dévoile ses dents. Il découvre pour la première fois la plupart de ces photos mais sur chacune d'elle il reconnait le moment où elle a pu être prise.

Cette fois-là dans son appartement, Jude avait apporté sa guitare, il a réussi à la faire chanter même s'ils étaient tous les deux bourrés comme des coings. Et cette photo-là, quand Lloyd et elle ont dessiné au rouge à lèvre sur ses joues ; il s'était laissé faire. Et celle-ci encore, quand ils ont bu et fumé jusqu'à l'aube, la photo a dû être prise tard dans la soirée ; après, ils s'étaient endormis tous les deux sur le canapé de chez les River. Chacune de ces photographies montre Jude et Christopher dans différentes positions, différents moments de leur vie, mais sur chacune d'elle Christopher ressent l'amour qu'il porte à la femme et qu'elle lui porte également. Ce ne sont pas des photos parfaites, elles sont parfois floues, mal cadrées et ils ont l'air idiots des gens qui passent des soirées trop longues et trop agitées, mais c'est eux. Tous les deux.

Christopher comprend rapidement que Jude est venue chez lui pendant ses vacances et qu'elle a déposé ça là pour lui faire la surprise. Savait-elle qu'il découvrirait ce cadeau à un moment où la nostalgie de belles vacances minerait son moral ? Savait-elle qu'en rentrant il souffrirait du silence et de la solitude ? Oui, elle le savait, mais ce n'est pas pour cela qu'elle lui a fait ce présent. C'est parce qu'elle l'aime, c'est tout. Et elle lui a fait ce cadeau sans ne rien lui dire, peut-être parce qu'il lui manquait : depuis combien de temps ne se sont-ils pas vus ? Une semaine, une semaine et demi ? Autant dire une éternité.

Christopher se lève tout à coup et va déposer le cadre au-dessus de sa cheminée. Pour cela il déplace quelques babioles dont il n'a que peu faire. Le cadre trône désormais joliment au milieu de la pièce. Christopher a un immense sourire sur les lèvres. Il passe un doigt sur le petit visage immobile de Jude.

« J'arrive, mon cœur ! » sourit-il.

Il dépose un baiser sur le bout de ses doigts avant d'appuyer ceux-ci sur la vitre du cadre. C'est en sautillant sous la musique qu'il part s'enfermer dans sa salle de bains. Une douche rapide, il enfile le premier pantalon qu'il voit, passe un pull sur son tee-shirt, attrape les cadeaux qu'il a ramenés de France. Il compte débarquer sans prévenir chez les River. Il a besoin de serrer Jude dans ses bras. De sentir l'odeur de sa peau et celle de son shampoing. D'entendre son cœur battre contre lui. De déposer ses lèvres sur la peau tendre de sa joue. D'entendre sa voix grave résonner dans son torse. Le silence est bien loin, bloqué quelque part avec la nostalgie des jolis moments qui ont toujours une fin. Christopher est désormais tout aux prochains jolis moments et qui eux n'auront jamais de fin.

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@Lloyd River, chose promise, chose due !

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

17 juil. 2026, 12:24
51 New Cavendish Street Recueil d'OS
Juin 2051
RESTEZ, SI VOUS VOULEZ. JE NE VOUS CHASSERAI PAS.


Un jour, elle est arrivée et elle n'est plus repartie.

Son bel appartement londonien dans lequel il vit depuis quasiment dix ans, son refuge qui ressemble parfois à une prison quand le silence est trop fort, son chez lui qu'il remplit dès qu'il le désire de tous ses amis. Le lieu dans lequel il danse même quand il est seul, qui a assisté à toutes les étapes de sa vie, qui le regarde s'écrouler quand il rentre tard du Pitiponk ou d'une soirée trop arrosée, qui l'observe passer encore et encore devant le miroir dans l'entrée et s'y mirer sans compter les secondes qui passent. Cet endroit qui lui ressemble avec son gramophone toujours allumé, cette grande collection de vinyles, ses vêtements bien rangés, la douce lumière des chandelles sur le comptoir de la cuisine lorsque tombe la nuit, le ronronnement agréable des voitures qui passent dans la rue, ces photos au-dessus de la cheminée ; les sourires de Jude, les yeux brillants de Lloyd, la chevelure blanche de Thomas, le sourire éclatant de Peter, l'amusement dans les yeux de Peyton et de Pierce, la familiarité des visages de Gladys et de Brennan River sur cette photo où un Christopher de treize ans trône, heureux, entre les deux, l'amour dans les yeux de Hyacinthe car jamais il ne jettera cette photo d'eux sur laquelle Hyas le serre entre ses bras, ses lèvres sur sa joue. Un lieu qu'il aime sans commune mesure car il n'a jamais ressemblé à la maison de son enfance. Un endroit dans lequel vit désormais une jeune femme qu'il n'attendait pas.

Il a passé sa chambre à Alice dès le second soir, lorsqu'elle a été suffisamment en forme pour décider qu'elle souhaitait rester. Lui-même ne fait que de courtes nuits, il rentre souvent tard la nuit, et puis de toute manière « hors de question qu'une invitée dorme sur le canapé, même vous, et en plus si vous dormez dans le salon vous me dérangerez dès que je me lèverai. Non, non, non, prenez la chambre ». Quand il a besoin de la salle de bains, il y transplane directement dans la petite pièce qui n'a un accès que dans la chambre. Il prépare ses vêtements la veille s'il sait qu'il ne pourra pas rentrer dans la chambre pour se préparer car Alice dort. La nuit, il fait apparaître un lit dans un coin du salon et il dort comme il a toujours dormi, sans que son sommeil ne soit dérangé.

Quand il rentre du Pitiponk, il la retrouve parfois sur le canapé en train de lire, d'autres fois devant les fenêtres du salon et la musique résonne dans la petite pièce. De temps en temps, elle sort son violon, lui demande si cela ne le dérange pas qu'elle joue et elle entame un morceau. Une fois, il lui a demandé de jouer pour lui. « Vous savez, ce morceau que vous avez joué hier ? Vous pouvez me le refaire ? » et elle s'est exécutée. Alors il a recommencé régulièrement car il y a quelque chose d'apaisant d'écouter une bonne musicienne jouer. Quand elle joue, l'air sur le visage d'Alice change. Son regard n'est plus aussi hanté, ses traits ne sont plus aussi tirés. Comme si les choses dans sa tête arrivaient à se taire. Evidemment, cela ne dure jamais longtemps.

Alice fait des cauchemars, elle le réveille parfois sans le vouloir, quand elle oublie de poser un sortilège pour étouffer le son sur la pièce. Alors il se lève et il insère un vinyle sur le gramophone. Il choisit une musique qu'elle a dit récemment aimer ou alors l'un de ces vinyles qu'il sait l'apaiser. Il met le son juste assez fort pour qu'elle en profite, pour qu'elle se calme. Et si cela ne fonctionne pas, si ça ne la tire pas de son sommeil, Christopher va la réveiller. Les premières fois, il était mal à l'aise et s'en voulait de l'être. Elle a besoin de toi, se disait-il, sois pas un con, Chris. Mais cela ne l'empêchait pas de souhaiter, d'espérer que la situation ne se représente plus jamais, qu'il n'ait plus jamais à aller la secouer car elle n'entend pas toujours sa voix dans ses cauchemars, qu'il n'ait plus jamais à poser sa main sur elle, à supporter le drame dans son regard, la douleur dans ses yeux gris, qu'il n'ait plus à chercher les mots pour la réconforter, pour apaiser ses tourments. C'était au début. Après plus d'un mois à vivre avec elle, Christopher a arrêté d'être gêné et a même commencé à apprécier ces moments, d'une extrême rareté, où s'effondrent les barrières naturelles dues à leur éducation les rendent si distants l'un avec l'autre, surtout pour elle.

Un jour, c'est devenu naturel de la trouver là.

Quand Christopher rentre du travail, il sait que son appartement ne sera pas vide. Même si la musique ne résonne pas, et c'est rare, elle sera là. Elle lèvera les yeux quand il rentrera, lui sourira peut-être si elle a passé une bonne journée et si elle n'a pas vu le mot moqueur qu'il lui a laissé dans une page de son livre, et lui aussi lui sourira. Il sortira une biéraubeurre, lui en proposera une et s'il la sent capable de l'écouter, il racontera sa journée, parlera de ses clients, ceux qui l'ont emmerdés et ceux qui l'ont fait rire ou sourire. Puis il la questionnera sur la sienne ou lui proposera de sortir dans le monde moldu s'il se sent incapable de rester enfermé.

Savoir que tout cela existera lorsqu'il rentrera encourage Christopher à rentrer plus rapidement qu'il ne le faisait ces derniers mois, quand le silence de son appartement était insupportable et aggravait son mal être. Au lieu de sortir dans ses pubs moldus habituels et de rentrer avec des inconnus à mettre dans ses draps, au lieu de passer ses nuits dans la petite chambre au sous-sol de la Fausse Danse même quand Jude n'y est pas, au lieu de quémander la présence d'un ami pour boire, sortir, s'amuser, faire n'importe quoi qui comble le vide et le silence, aujourd'hui Christopher rentre chez lui, heureux de trouver dans son salon Alice Sangblanc.

Elle sera sa femme, un jour. Seulement sur le papier. Un anneau marquera leur lien. Un papier officiel les liera. Selon la loi et pour le gouvernement, ils seront mari et femme. Cette pensée empêchait Christopher de dormir, de vivre, de profiter de la vie, d'être heureux. Après un mois à vivre à ses côté, parfois il se dit : ce ne serait pas si grave.

Ce ne serait pas si grave de rentrer à la maison et de retrouver une amie à qui raconter sa journée.
Ce ne serait pas si grave de partager la vie d'une personne qui joue si bien du violon.
Ce ne serait pas si grave de continuer pendant longtemps à lui ramener des plats gras moldus pour le simple plaisir de la voir froncer le nez.
Ce ne serait pas si grave de se moquer de ses choix de partenaires, surtout si ceux-ci ont un goût prononcé pour les macarons.
Ce ne serait pas si grave d'échanger à longueur journée des piques qui ne cachent plus beaucoup de rancœur, aujourd'hui.
Ce ne serait pas si grave de se disputer pour une question de style ou de se partager des vêtements car Alice aime porter ses habits.
Ce ne serait pas si grave de parfois quitter la pièce en claquant la porte parce que son regard le met hors de lui, que son côté buté l'agace au plus haut point.
Ce ne serait pas si grave de retrouver en rentrant une friandise ou l'un de ses plats préférés car elle est allée le chercher pour lui.
Ce ne serait pas si grave d'avoir à ses côtés pour les repas de famille une femme dont il admire la force de caractère.
Ce ne serait pas si grave de vivre avec elle sans en être amoureux, sans qu'elle soit amoureuse de lui.
Ce ne serait pas grave de continuer de découcher au lieu de ramener ses partenaires chez lui.
Ce ne serait pas si grave si c'était Alice, cette personne.
Ce ne serait pas si grave, qu'une vie commune soit les conséquences d'un mariage non désiré.

Ce ne serait pas si grave. Parfois, la pensée vient puis elle repart rapidement. Il n'est pas question de cela, aujourd'hui. Il est simplement question d'héberger une personne qui n'a plus la force d'affronter le monde et toutes les douleurs qu'il apporte.

Alice a trouvé un refuge, un endroit où se cacher du monde, une personne qui ne la juge pas, qui se fiche bien de ce qu'elle fait ou ne fait pas, qui n'a aucune attente vis à vis d'elle.

Et Christopher a trouvé en Alice une présence qu'il ne savait pas désirer. Et encore bien d'autres choses dont il n'a pour le moment pas la moindre idée.

@Alice Sangblanc

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER