Un lys coincé dans un rosier
Morgan resta immobile quelques secondes encore. Le regard fixé sur un point indécis entre le lit et le mur, elle sembla hésiter à y accrocher ses yeux. Finalement, elle inspira profondément, les épaules se redressant d’un mouvement presque imperceptible.
« Je l’ai stupéfixé il y a quelques heures ».
Elle parla sans regarder ni Thomas, ni le corps étendu. Quelque chose lui pesait sur l’estomac, lourd, diffus, impossible à ignorer. Tout, dans la pièce, lui paraissait soudain funèbre. La faute surement à l'endroit en lui-même, mais aussi du corps presque inerte du sorcier, et... de celui bien éveillé de celui qui était agenouillé. Elle avait la désagréable impression d’avoir franchi une limite qu’elle n’avait pourtant jamais approchée. Elle n’avait jamais lancé de sortilège de mort, et pourtant—
Un agacement sec la traversa. Mais c'est quoi ce sentiment soudain de culpabilité à la con pour un simple Stupefix, râla-t-elle intérieurement. C’était ridicule.
La sorcière s’éloigna pour se placer au pied du lit. « Le sort devrait déjà s’être dissipé... Il aurait dû se réveiller depuis un moment déjà. S’il ne l’a pas fait… C’est qu’il devait être très fatigué, mais il peut se réveiller à tout moment. »
Cette fois, elle regarda la silhouette de Jacob. Elle joignit les mains devant elle, les dénoua presque aussitôt.
A moins qu’il ne fasse déjà semblant actuellement.
Puis, la galloise croisa les bras, et revint enfin à la question que Thomas avait posée. Le où. Le comment.
« Je l’ai… rencontré chez Barjow & Beurk. Un rictus sans humour étira brièvement ses lèvres. Il a tenté de voler un objet de la boutique. Assez maladroitement, d’ailleurs. Pas quelqu’un de désorganisé… mais il semblait particulièrement pressé. »
Elle hésita une fraction de seconde. Pas par manque d’honnêteté — par choix des mots.
« Avant ça il avait posé pas mal de questions. » Son regard revint sur Jacob. « Sur la métamorphose humaine. Sur ce qui pouvait remplacer le Polynectar. Les livres, les méthodes, tout ce qui s’en approchait. »
« Je l’ai stupéfixé il y a quelques heures ».
Elle parla sans regarder ni Thomas, ni le corps étendu. Quelque chose lui pesait sur l’estomac, lourd, diffus, impossible à ignorer. Tout, dans la pièce, lui paraissait soudain funèbre. La faute surement à l'endroit en lui-même, mais aussi du corps presque inerte du sorcier, et... de celui bien éveillé de celui qui était agenouillé. Elle avait la désagréable impression d’avoir franchi une limite qu’elle n’avait pourtant jamais approchée. Elle n’avait jamais lancé de sortilège de mort, et pourtant—
Un agacement sec la traversa. Mais c'est quoi ce sentiment soudain de culpabilité à la con pour un simple Stupefix, râla-t-elle intérieurement. C’était ridicule.
La sorcière s’éloigna pour se placer au pied du lit. « Le sort devrait déjà s’être dissipé... Il aurait dû se réveiller depuis un moment déjà. S’il ne l’a pas fait… C’est qu’il devait être très fatigué, mais il peut se réveiller à tout moment. »
Cette fois, elle regarda la silhouette de Jacob. Elle joignit les mains devant elle, les dénoua presque aussitôt.
A moins qu’il ne fasse déjà semblant actuellement.
Puis, la galloise croisa les bras, et revint enfin à la question que Thomas avait posée. Le où. Le comment.
« Je l’ai… rencontré chez Barjow & Beurk. Un rictus sans humour étira brièvement ses lèvres. Il a tenté de voler un objet de la boutique. Assez maladroitement, d’ailleurs. Pas quelqu’un de désorganisé… mais il semblait particulièrement pressé. »
Elle hésita une fraction de seconde. Pas par manque d’honnêteté — par choix des mots.
« Avant ça il avait posé pas mal de questions. » Son regard revint sur Jacob. « Sur la métamorphose humaine. Sur ce qui pouvait remplacer le Polynectar. Les livres, les méthodes, tout ce qui s’en approchait. »
I cast happiness upon y'all — while robbing you of a few Galleons, of course.
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
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Un lys coincé dans un rosier
Sans un mot, ses yeux plantés sur le visage rachitique de son frère, Thomas écoutait les révélations de Morgan. Elle l’avait stupéfixé. Comme lui, il a des années de cela.
Thomas laissa son regard courir le long de Jacob, la gorge serrée. Son corps avait encaissé un sort. Encore. Ce corps maigre, tourmenté. Vide. Thomas déglutit. Ses yeux se fermèrent. Il écoutait encore. Oui. Jacob aurait déjà dû se réveiller. La dernière fois, il avait émergé dans l’heure qui avait suivi le sort de Thomas. Alors soit Morgan avait plus de force que lui, soit, oui, Jacob était épuisé.
Son corps ne saurait mentir. Morgan n’avait vu qu’une vague photographie de Jacob. Elle ignorait que, d’ordinaire, son oeil était vif, ses joues pleines, ses hanches marquées par le grignotage, ses cheveux soyeux. Jacob n’était pas seulement fatigué. Il était vidé de tout ce qu’il fut autrefois.
Thomas ouvrit soudain les yeux. Les révélations qui avaient suivies gonfla son coeur d’une rage sourde. Un vol dans l’Allée ? Des questions sur la métamorphose humaine ? Merlin. Il voulait encore disparaître, alors ?
Thomas savait que Jacob utilisait du Polynectar. Il l’avait avoué, quelques années avant. En lui volant deux brosses à cheveux. Pourquoi vouloir changer ? Pourquoi prendre autant de risque ? Pourquoi…
Le sorcier se redressa. Ses doigts vinrent se perdre dans sa toison blanche. Il expulsa un soupir tremblant.
Il fallait oublier le frère et redevenir le Manteau Noir. Quelques minutes. Le temps de tirer cette affaire au clair. Retrouver la familiarité merveilleuse du détachement émotionnel.
Thomas s’apprêtait à reculer. Son talon amorçait déjà le geste. Il n’en fit rien. Jacob était peut-être épuisé, mais Thomas n’oubliait pas le coup qu’il lui avait fait la dernière fois. Il n’était plus fiable, et Merlin, ce que cela lui faisait mal de l’admettre.
Son regard retrouva naturellement le chemin vers le visage de son petit frère. Là où était sa place, n’est-ce pas ? Pas perdu dans les boucles noires de Morgan, certainement pas. Sa place était là, avec sa famille, à les protéger du vaste monde, à repousser les hyènes, à…
Garder son petit frère en sécurité.
Jacob s’était perdu quelque part, et ce quelque part se trouvait dans les griffes de Kenneth Bain. Ce putain de Kenneth Bain.
Thomas lui avait arraché les pattes. Comment pouvait-il encore griffé ? Etait-ce de sa faute si Jacob s’était élancé plus ardemment dans la bataille au point de se transformer en coquille ? Non. Non. Il n’y avais plus à se battre. Thomas avait sauvé Père. Il l’avait fait pour eux, pour sa famille. Il avait donné son corps à de nouveaux fantômes pour tous les protéger. Pour éviter à Père la prison. Pour qu’Alice ne souffre plus de son absence. Pour que Jacob abandonne la Résistance. Il avait fait tout cela pour eux. Il avait condamné Kenneth et son épouse pour ça. Il avait tâché ses mains, encore une fois, pour eux, toujours pour eux, rien que pour eux.
Et tout ça n’aurait servi à rien ?
La main de Thomas dégringola sur son visage, ses yeux grands ouverts sur Jacob. Ses doigts s’écrasèrent sur sa bouche pour garder prisonniers tout ce qui pouvait en sortir.
C’est pas moi qui ai fait ça.
J’ai tout fait pour éviter ça.
C’est pas moi.
C’est pas moi qui ai fait ça.
« Je… je peux… » Les mots s’étranglaient dans sa gorge. La main retomba pour mieux rebondir dans ses cheveux. Il s’éloigna de quelques pas, marcha, marcha en rond, bifurquait, les yeux grands ouverts. Il fallait réfléchir, là, maintenant. Trouver une solution. Les sentiments ? On les garde loin de soi. Trouver une solution. Là. Maintenant.
Transporter Jacob. Oui. Mais où ? Thomas ne pourrait pas toujours garder un oeil sur lui. Il devait rentrer en France pour ne pas inquiéter sa famille.
Ramener Jacob en France ? Ce n’était pas même sûr qu’il puisse être déplacé dans son état. Père ne supporterait pas de voir son garçon dans cet état. Alice ? Elle entrerait dans une rage folle, si tant est qu’elle ne succombe pas à des promesses de vengeances qu’elle serait capable de vouloir tenir.
Le laisser ici ? Impossible. Jacob était instable, Morgan l’avait bien fait comprendre. De plus, il ne la laisserait pas avec lui. Certainement pas. Jacob était instable et dangereux.
Mais Morgan n’était pas en reste. Il l’avait su dés qu’il avait posé son regard sur elle. D’accord concupiscent, oui. Puis avec le respect que l’on a pour un autre prédateur. Elle avait l’allure qu’il ne connaissait qu’aux ombres dangereuses qu’il avait jadis traquées. Celles qu’on peine à voir, celles qu’on rêve d’attraper.
De tous ici, Morgan était certainement la plus redoutable.
Thomas se surprit à la regarder, suspendu dans ses gestes, pendu à la courbe de son visage à elle. Le cœur battant. La gorge déliée.
« Merci », murmura t-il.
Thomas laissa son regard courir le long de Jacob, la gorge serrée. Son corps avait encaissé un sort. Encore. Ce corps maigre, tourmenté. Vide. Thomas déglutit. Ses yeux se fermèrent. Il écoutait encore. Oui. Jacob aurait déjà dû se réveiller. La dernière fois, il avait émergé dans l’heure qui avait suivi le sort de Thomas. Alors soit Morgan avait plus de force que lui, soit, oui, Jacob était épuisé.
Son corps ne saurait mentir. Morgan n’avait vu qu’une vague photographie de Jacob. Elle ignorait que, d’ordinaire, son oeil était vif, ses joues pleines, ses hanches marquées par le grignotage, ses cheveux soyeux. Jacob n’était pas seulement fatigué. Il était vidé de tout ce qu’il fut autrefois.
Thomas ouvrit soudain les yeux. Les révélations qui avaient suivies gonfla son coeur d’une rage sourde. Un vol dans l’Allée ? Des questions sur la métamorphose humaine ? Merlin. Il voulait encore disparaître, alors ?
Thomas savait que Jacob utilisait du Polynectar. Il l’avait avoué, quelques années avant. En lui volant deux brosses à cheveux. Pourquoi vouloir changer ? Pourquoi prendre autant de risque ? Pourquoi…
Le sorcier se redressa. Ses doigts vinrent se perdre dans sa toison blanche. Il expulsa un soupir tremblant.
Il fallait oublier le frère et redevenir le Manteau Noir. Quelques minutes. Le temps de tirer cette affaire au clair. Retrouver la familiarité merveilleuse du détachement émotionnel.
Thomas s’apprêtait à reculer. Son talon amorçait déjà le geste. Il n’en fit rien. Jacob était peut-être épuisé, mais Thomas n’oubliait pas le coup qu’il lui avait fait la dernière fois. Il n’était plus fiable, et Merlin, ce que cela lui faisait mal de l’admettre.
Son regard retrouva naturellement le chemin vers le visage de son petit frère. Là où était sa place, n’est-ce pas ? Pas perdu dans les boucles noires de Morgan, certainement pas. Sa place était là, avec sa famille, à les protéger du vaste monde, à repousser les hyènes, à…
Garder son petit frère en sécurité.
Jacob s’était perdu quelque part, et ce quelque part se trouvait dans les griffes de Kenneth Bain. Ce putain de Kenneth Bain.
Thomas lui avait arraché les pattes. Comment pouvait-il encore griffé ? Etait-ce de sa faute si Jacob s’était élancé plus ardemment dans la bataille au point de se transformer en coquille ? Non. Non. Il n’y avais plus à se battre. Thomas avait sauvé Père. Il l’avait fait pour eux, pour sa famille. Il avait donné son corps à de nouveaux fantômes pour tous les protéger. Pour éviter à Père la prison. Pour qu’Alice ne souffre plus de son absence. Pour que Jacob abandonne la Résistance. Il avait fait tout cela pour eux. Il avait condamné Kenneth et son épouse pour ça. Il avait tâché ses mains, encore une fois, pour eux, toujours pour eux, rien que pour eux.
Et tout ça n’aurait servi à rien ?
La main de Thomas dégringola sur son visage, ses yeux grands ouverts sur Jacob. Ses doigts s’écrasèrent sur sa bouche pour garder prisonniers tout ce qui pouvait en sortir.
C’est pas moi qui ai fait ça.
J’ai tout fait pour éviter ça.
C’est pas moi.
C’est pas moi qui ai fait ça.
« Je… je peux… » Les mots s’étranglaient dans sa gorge. La main retomba pour mieux rebondir dans ses cheveux. Il s’éloigna de quelques pas, marcha, marcha en rond, bifurquait, les yeux grands ouverts. Il fallait réfléchir, là, maintenant. Trouver une solution. Les sentiments ? On les garde loin de soi. Trouver une solution. Là. Maintenant.
Transporter Jacob. Oui. Mais où ? Thomas ne pourrait pas toujours garder un oeil sur lui. Il devait rentrer en France pour ne pas inquiéter sa famille.
Ramener Jacob en France ? Ce n’était pas même sûr qu’il puisse être déplacé dans son état. Père ne supporterait pas de voir son garçon dans cet état. Alice ? Elle entrerait dans une rage folle, si tant est qu’elle ne succombe pas à des promesses de vengeances qu’elle serait capable de vouloir tenir.
Le laisser ici ? Impossible. Jacob était instable, Morgan l’avait bien fait comprendre. De plus, il ne la laisserait pas avec lui. Certainement pas. Jacob était instable et dangereux.
Mais Morgan n’était pas en reste. Il l’avait su dés qu’il avait posé son regard sur elle. D’accord concupiscent, oui. Puis avec le respect que l’on a pour un autre prédateur. Elle avait l’allure qu’il ne connaissait qu’aux ombres dangereuses qu’il avait jadis traquées. Celles qu’on peine à voir, celles qu’on rêve d’attraper.
De tous ici, Morgan était certainement la plus redoutable.
Thomas se surprit à la regarder, suspendu dans ses gestes, pendu à la courbe de son visage à elle. Le cœur battant. La gorge déliée.
« Merci », murmura t-il.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Un lys coincé dans un rosier
Le mouvement attira immédiatement le regard de Morgan - mais il ne s’agissait que de Thomas, qui avait fini par se redresser. Et bien que le réflexe eût été purement instinctif, la sorcière se trouva bien incapable de revenir à ce qu’elle observait quelques secondes plus tôt.
C’était lâche. Ou, du moins, elle se sentait d’une lâcheté affligeante à profiter de la distraction qu’offrait le corps allongé pour enfin le regarder, lui. A nouveau.
Mais elle aurait dû détourner les yeux. Revenir à Jacob, à l’essentiel. À ce qu’elle savait faire : observer, analyser, garder ses distances. Au lieu de cela, elle se laissait aller à le regarder encaisser.
Les gestes nerveux, tendus, retenus. Le silence.
Et quelque chose, lentement, continua à se fissurer en elle.
Elle en venait à regretter encore davantage de s’en être mêlée, de s’être laissée contaminée si profondément par l’espoir de ces deux âmes venues d’ailleurs, au point d’avoir agi à contre-courant de ses instincts, de ses propres règles. Mais à cet instant, ce n’était plus pour les millions de raisons qu’elle s’était évertuée à se lister qui en étaient la cause. C’était lui.
Le Thomas qu’elle voyait, à qui elle avait ouvert la porte de la maison puis de la chambre, était différent encore des facettes qu’elle avait un jour pu voir de lui. Celui qui se tenait maintenant dans cette chambre, avec une nervosité et une inquiétude qu’il ne parvenait plus complètement à contenir, lui faisait l’effet d’une vision presque indécente.
Comme si elle assistait à quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû voir - et c’était le cas.
Par Hécate - elle n’était même pas sensé le revoir tout court.
Et pourtant, c’était elle qui avait provoqué cela.
Elle qui l’avait fait venir.
Elle qui avait cessé d’être simple spectatrice, en intervenant.
Et désormais, elle regardait les conséquences se déployer dans chacun de ses gestes.
Morgan était une fichue masochiste.
Lorsque le français se mit de nouveau à bouger, la sorcière détourna aussitôt le regard. Elle le sentit, ou plutôt l’entendait se déplacer, à travers les bruits du vieux parquets. Quant à elle, la galloise s’était partiellement reconcentrée sur la forme endormie du frère. Qu’allait-il faire désormais ? Telle était la question qui brûlait les lèvres de Morgan.
Lorsqu’il lui parla, la remercia, elle resta un instant muette. De rien lui paraissait dérisoire, d’autant qu’une part d’elle-même semblait vouloir lui murmurer en réponse un désolée. Puis elle se tourna vers lui, et finit par poser sa question, hésitante : « Que comptes-tu faire maintenant, de… lui ? »
En as-tu une idée seulement ?
Et s’il n’en n’avait pas… qu’était-elle censée faire, elle ?
C’était lâche. Ou, du moins, elle se sentait d’une lâcheté affligeante à profiter de la distraction qu’offrait le corps allongé pour enfin le regarder, lui. A nouveau.
Mais elle aurait dû détourner les yeux. Revenir à Jacob, à l’essentiel. À ce qu’elle savait faire : observer, analyser, garder ses distances. Au lieu de cela, elle se laissait aller à le regarder encaisser.
Les gestes nerveux, tendus, retenus. Le silence.
Et quelque chose, lentement, continua à se fissurer en elle.
Elle en venait à regretter encore davantage de s’en être mêlée, de s’être laissée contaminée si profondément par l’espoir de ces deux âmes venues d’ailleurs, au point d’avoir agi à contre-courant de ses instincts, de ses propres règles. Mais à cet instant, ce n’était plus pour les millions de raisons qu’elle s’était évertuée à se lister qui en étaient la cause. C’était lui.
Le Thomas qu’elle voyait, à qui elle avait ouvert la porte de la maison puis de la chambre, était différent encore des facettes qu’elle avait un jour pu voir de lui. Celui qui se tenait maintenant dans cette chambre, avec une nervosité et une inquiétude qu’il ne parvenait plus complètement à contenir, lui faisait l’effet d’une vision presque indécente.
Comme si elle assistait à quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû voir - et c’était le cas.
Par Hécate - elle n’était même pas sensé le revoir tout court.
Et pourtant, c’était elle qui avait provoqué cela.
Elle qui l’avait fait venir.
Elle qui avait cessé d’être simple spectatrice, en intervenant.
Et désormais, elle regardait les conséquences se déployer dans chacun de ses gestes.
Morgan était une fichue masochiste.
Lorsque le français se mit de nouveau à bouger, la sorcière détourna aussitôt le regard. Elle le sentit, ou plutôt l’entendait se déplacer, à travers les bruits du vieux parquets. Quant à elle, la galloise s’était partiellement reconcentrée sur la forme endormie du frère. Qu’allait-il faire désormais ? Telle était la question qui brûlait les lèvres de Morgan.
Lorsqu’il lui parla, la remercia, elle resta un instant muette. De rien lui paraissait dérisoire, d’autant qu’une part d’elle-même semblait vouloir lui murmurer en réponse un désolée. Puis elle se tourna vers lui, et finit par poser sa question, hésitante : « Que comptes-tu faire maintenant, de… lui ? »
En as-tu une idée seulement ?
Et s’il n’en n’avait pas… qu’était-elle censée faire, elle ?
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InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b
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Un lys coincé dans un rosier
Thomas pourrait passer de longues heures à contempler chaque trait de son visage, tout en sachant qu’il se plairait à les redécouvrir. Une part de lui -une énorme part- culpabilisait de la regarder elle et pas son petit frère.
Sa conscience ramena son regard sur Jacob. Aussitôt, l’accablant poids d’un choix incertain à faire retomba sur ses épaules tantôt soulagées. A nouveau, sa grande main vint se perdre dans ses boucles blanches.
Que comptait-il faire de lui ?
Les réponses, Thomas les avait étudié l’une après l’autre. Aucune n’était parfaite. Pas une seule ne lui semblait envisageable.
Thomas savait que Jacob ne guérirait jamais vraiment. Il demeurerait toujours un fléau, une bombe à retardement. Mais pas dans cet état.
Sans un mot, le sorcier s’approcha à nouveau du lit. Il s’accroupit pour faire face au visage de son petit frère. Peut-être trouverait-il une réponse dans ses traits anémiés.
Sa main se leva jusqu’à la gorge de Jacob. De deux doigts, il contrôla son pouls, comme il avait pu le faire des centaines de fois, avant que sa famille ne devienne son grand combat.
Une minute s’écoula, durant laquelle Thomas se concentra sur chaque battement résonnant contre ses doigts. Sa fréquence cardiaque était bien trop basse. Tant mieux : cela signifiait qu’il ne faisait pas semblant d’être encore évanoui.
Avec Jacob, Thomas avait appris à se méfier.
« Je ne sais pas », avoua t-il à contre-cœur. « Il n’est pas digne de confiance, je ne peux donc pas le garder enfermer quelque part sans surveillance. Ni le ramener en France. Alice et mon père ne le supporteraient pas. Le laisser dans la nature… a donné ce que tu vois aujourd’hui. » Il déglutit. Ses doigts retombèrent sur le matelas.
C’est moi qui ai fait ça.
Sa conscience ramena son regard sur Jacob. Aussitôt, l’accablant poids d’un choix incertain à faire retomba sur ses épaules tantôt soulagées. A nouveau, sa grande main vint se perdre dans ses boucles blanches.
Que comptait-il faire de lui ?
Les réponses, Thomas les avait étudié l’une après l’autre. Aucune n’était parfaite. Pas une seule ne lui semblait envisageable.
Thomas savait que Jacob ne guérirait jamais vraiment. Il demeurerait toujours un fléau, une bombe à retardement. Mais pas dans cet état.
Sans un mot, le sorcier s’approcha à nouveau du lit. Il s’accroupit pour faire face au visage de son petit frère. Peut-être trouverait-il une réponse dans ses traits anémiés.
Sa main se leva jusqu’à la gorge de Jacob. De deux doigts, il contrôla son pouls, comme il avait pu le faire des centaines de fois, avant que sa famille ne devienne son grand combat.
Une minute s’écoula, durant laquelle Thomas se concentra sur chaque battement résonnant contre ses doigts. Sa fréquence cardiaque était bien trop basse. Tant mieux : cela signifiait qu’il ne faisait pas semblant d’être encore évanoui.
Avec Jacob, Thomas avait appris à se méfier.
« Je ne sais pas », avoua t-il à contre-cœur. « Il n’est pas digne de confiance, je ne peux donc pas le garder enfermer quelque part sans surveillance. Ni le ramener en France. Alice et mon père ne le supporteraient pas. Le laisser dans la nature… a donné ce que tu vois aujourd’hui. » Il déglutit. Ses doigts retombèrent sur le matelas.
C’est moi qui ai fait ça.
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Un lys coincé dans un rosier
Elle attendit sa réponse silencieusement, l’observant avec attention.
A vrai dire, la galloise s’attendait également à n’en avoir aucune. Après tout, il ne lui devait rien - et lorsqu’il disparaîtrait, lorsqu’ils disparaîtraient de cette maison, plus rien ne subsisterait entre eux.
Comme elle l’avait voulu.
C’était censé être simple. Définitif.
Douloureux - mais définitif.
Et puis…
Il ne savait pas.
Son regard glissa une nouvelle fois vers le lit.
Jacob.
Immobilisé dans une paix artificielle qu’elle lui avait imposée.
Elle ne le connaissait pas.
Morgan n’avait parlé qu’à des visages, des éclats de personnalité, des morceaux d’un être éclaté comme un miroir tombé au sol. Et aucun de ces fragments ne lui avait donné accès à l’ensemble.
Elle aurait pu finir comme lui à une époque.
L’idée la frappa sans prévenir, avec une netteté désagréable. Presque morte. Pas tout à fait vivante. Une existence… coincée, décharnée, repliée sur ses propres abîmes. Elle… connaissait ce territoire-là. Et elle savait surtout une chose : dans cet état, on ne pouvait pas être sauvé de l’extérieur.
On pouvait être aidé, retenu, empêché de tomber plus bas.
Mais pas réparé.
Pas vraiment.
Il fallait, à un moment, choisir de revenir.
Choisir de remonter.
Choisir de vivre.
Et encore fallait-il avoir assez de lucidité pour reconnaître qu’on était en train de se perdre.
Elle, elle avait fui. Elle s’était enterrée dans le mouvement, dans l’évitement, dans tout ce qui pouvait lui éviter de rester immobile face à elle-même. Puis il y avait eu Krimrok. Et elle avait cru que ça suffirait. Jusqu’à ce que tout recommence à se fissurer. Jusqu’à ce qu’elle sombre à nouveau, et qu’il y eut Cora. Cora qui l’avait tirée hors de là sans lui demander la permission de couler.
Son souffle se fit légèrement plus court.
Et si…
Son regard ne quittait plus Jacob.
Et si…
Elle déglutit.
“Il pourrait rester ici.”
Assommer quelqu’un et le ramener chez soi n’était déjà guère de bonnes choses, et maintenant, là voici à envisager sérieusement l’idée de le garder.
A vrai dire, la galloise s’attendait également à n’en avoir aucune. Après tout, il ne lui devait rien - et lorsqu’il disparaîtrait, lorsqu’ils disparaîtraient de cette maison, plus rien ne subsisterait entre eux.
Comme elle l’avait voulu.
C’était censé être simple. Définitif.
Douloureux - mais définitif.
Et puis…
Il ne savait pas.
Son regard glissa une nouvelle fois vers le lit.
Jacob.
Immobilisé dans une paix artificielle qu’elle lui avait imposée.
Elle ne le connaissait pas.
Morgan n’avait parlé qu’à des visages, des éclats de personnalité, des morceaux d’un être éclaté comme un miroir tombé au sol. Et aucun de ces fragments ne lui avait donné accès à l’ensemble.
Elle aurait pu finir comme lui à une époque.
L’idée la frappa sans prévenir, avec une netteté désagréable. Presque morte. Pas tout à fait vivante. Une existence… coincée, décharnée, repliée sur ses propres abîmes. Elle… connaissait ce territoire-là. Et elle savait surtout une chose : dans cet état, on ne pouvait pas être sauvé de l’extérieur.
On pouvait être aidé, retenu, empêché de tomber plus bas.
Mais pas réparé.
Pas vraiment.
Il fallait, à un moment, choisir de revenir.
Choisir de remonter.
Choisir de vivre.
Et encore fallait-il avoir assez de lucidité pour reconnaître qu’on était en train de se perdre.
Elle, elle avait fui. Elle s’était enterrée dans le mouvement, dans l’évitement, dans tout ce qui pouvait lui éviter de rester immobile face à elle-même. Puis il y avait eu Krimrok. Et elle avait cru que ça suffirait. Jusqu’à ce que tout recommence à se fissurer. Jusqu’à ce qu’elle sombre à nouveau, et qu’il y eut Cora. Cora qui l’avait tirée hors de là sans lui demander la permission de couler.
Son souffle se fit légèrement plus court.
Et si…
Son regard ne quittait plus Jacob.
Et si…
Elle déglutit.
“Il pourrait rester ici.”
Assommer quelqu’un et le ramener chez soi n’était déjà guère de bonnes choses, et maintenant, là voici à envisager sérieusement l’idée de le garder.
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Un lys coincé dans un rosier
Un chien qui mord doit être abattu.
Qu’en est-il d’un frère qui a menace, attaque, vole et ment ? Et que fait-on d’un frère qui tue, Thomas ? Que devrait-on faire de toi ?
Jamais Thomas ne se résoudrait à mettre un terme à la vie de Jacob, même si cela lui semblait être la plus sage des décisions. Il était né pour protéger les siens, et avait failli. Si il y avait bien quelqu’un à punir ici, c’était bien lui. Jacob n’était-il pas sa punition ? Cruel Destin. N’aurais-tu pas pu matérialiser les conséquences des actes de Thomas sous une autre forme qu’un petit frère ?
Ses doigts blancs caressaient doucement le matelas, à quelques centimètres seulement des mèches sales de Jacob. Son brave et gentil petit frère.
La voix de Morgan tomba. Thomas se figea sur place. Rester ici. Avec elle.
« Hors de question », jeta t-il en basculant son visage vers
Morgan. Son cœur battait fort, acculé par l’idée folle qu’elle avait osé envisager. « C’est hors de question. »
Thomas ne parvint à articuler aucun argument, ni même à en formuler dans son esprit, tout simplement parce que cette idée n’était pas envisageable. N’avait-elle pas entendu ce que Thomas avait dit tantôt ? Jacob n’est pas digne de confiance. Et si lui même, parjure, traître, manipulateur, assassin, martelait cette vérité, cela signifiait bien quelque chose.
Qu’en est-il d’un frère qui a menace, attaque, vole et ment ? Et que fait-on d’un frère qui tue, Thomas ? Que devrait-on faire de toi ?
Jamais Thomas ne se résoudrait à mettre un terme à la vie de Jacob, même si cela lui semblait être la plus sage des décisions. Il était né pour protéger les siens, et avait failli. Si il y avait bien quelqu’un à punir ici, c’était bien lui. Jacob n’était-il pas sa punition ? Cruel Destin. N’aurais-tu pas pu matérialiser les conséquences des actes de Thomas sous une autre forme qu’un petit frère ?
Ses doigts blancs caressaient doucement le matelas, à quelques centimètres seulement des mèches sales de Jacob. Son brave et gentil petit frère.
La voix de Morgan tomba. Thomas se figea sur place. Rester ici. Avec elle.
« Hors de question », jeta t-il en basculant son visage vers
Morgan. Son cœur battait fort, acculé par l’idée folle qu’elle avait osé envisager. « C’est hors de question. »
Thomas ne parvint à articuler aucun argument, ni même à en formuler dans son esprit, tout simplement parce que cette idée n’était pas envisageable. N’avait-elle pas entendu ce que Thomas avait dit tantôt ? Jacob n’est pas digne de confiance. Et si lui même, parjure, traître, manipulateur, assassin, martelait cette vérité, cela signifiait bien quelque chose.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050