27 juil. 2026, 10:13
 PNJ J  Les creux dans les ombres  Solo 
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CLINTON HANGOOVER
13 ans, troisième année

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FIN JUIN 2051


L'année de mes onze ans, Père et Mère m'ont présenté Natan Hoffman. Une rencontre a été organisée dans le salon d'été. Il y faisait chaud, les fenêtres étaient ouvertes sur la rue et je me souviens que, comme moi, Natan regardait dehors à chaque fois qu'on entendait le cri d'un enfant qui courrait sur les pavés. Les regards, c'est tout ce que nous avions échangé. Natan et moi n'avions pas le droit de parler. Nous n'étions pas là pour faire connaissance. Nos pères et nos mères étaient assis autour de nous. Les canapés se faisaient face. On aurait dit qu'ils préparaient une transaction de grande importance. « Il faudra prendre en compte les vacances, disaient-ils d'une voix grave, et réfléchir à l'éventualité d'une répartition différente ». En réalité, la transaction c'était moi. Et c'était lui. Nos parents se sont mis d'accord : nous serions amis à Poudlard.

Comme moi, Natan est un enfant de bonne famille. Ça veut dire que ses parents sont validés par les miens, qu'ils sont bien vus par la société, qu'ils font partie « de notre cercle », comme dit Mère. Ce sont des gens qu'on a le droit de fréquenter. J'ai appris très tôt qu'il y a les gens qu'on a le droit de fréquenter et d'autres qu'il faut absolument éviter. C'est pour ça qu'il y a eu cette transaction durant l'été de mes onze ans. Un jour, j'ai entendu Père dire que « l'erreur de Christie ne sera pas reproduite ». Ça voulait dire que Natan sera mon garde fou et que je serai le sien. Les termes du contrat étaient très clairs. « Tu resteras avec Natan et il restera avec toi. Tu me rapporteras tous les comportements qui dévient du bon chemin et il en fera de même avec toi. » Lorsque Natan Offman est reparti de la maison ce jour-là, c'était acté dans l'encre et les promesses de nos parents : il sera mon meilleur ami et je serai le sien. Nous n'avions toujours pas échangé un mot.

Tout s'est déroulé comme prévu et même mieux qu'espéré : nous avons tous les deux été répartis chez Gryffondor. Son nom venant après le mien, je me suis longtemps demandé si le garçon que j'ai ensuite découvert, celui qui est si réservé et sérieux, n'avait pas demandé au Choixpeau de le placer dans la même maison que moi, sur ordre de ses parents. Et si mon nom était venu après le sien, mes parents m'auraient-ils donné cette instruction ? Je ne le saurai jamais et je ne demanderai jamais à Natan s'il a biaisé les résultats du Choixpeau. Nous ne nous demandons pas les choses comme ça. Nous ne nous demandons pas grand chose, en fait.

Natan et moi passons tout notre temps ensemble. Nous dormons dans le même dortoir, nous prenons notre petit déjeuner ensemble, nous allons en cours ensemble, nous restons tous les deux durant les pauses, nous nous promenons ensemble. Les autres nous appellent les inséparables. Ils disent qu'on ne peut pas se passer l'un de l'autre. Ils ne savent pas que nous n'avons pas le choix. Toutes les semaines, dans la lettre hebdomadaire que j'envoie à Père et Mère, je dois donner des nouvelles de Natan. Et il doit faire la même chose de son côté.

Au début, nous les écrivions chacun de notre côté sans rien dire à l'autre. Mais un jour, il a pris la chaise juste à côté de la mienne au lieu d'en laisser une vide entre nous comme d'habitude et il m'a regardé fixement jusqu'à ce que je tourne la tête vers lui.

« Qu'est-ce que tu as fait, cette semaine ? » m'a-t-il demandé.

À mon tour de le regarder fixement : nous passions tout notre temps ensemble. Ne le savait-il donc pas ?

« Je ne sais pas quoi écrire, » a-t-il expliqué en baissant les yeux sur sa lettre.

C'était la première fois qu'il me faisait un aveu de ce genre, aussi banal soit-il. Nous étions en janvier de la première année. Lui comme moi, nous revenions de vacances dans notre famille et n'avions pas exprimé le moindre plaisir dans notre récit lorsque nous nous sommes racontés nos deux semaines loin de Poudlard. Alors j'ai entrepris de lui raconter ce que j'avais fait cette semaine-là pour qu'il puisse le noter dans sa lettre et il a fait la même chose de son côté. Depuis ce jour-là, nous nous retrouvons tous les vendredis soirs pour s'aider à rédiger la lettre à nos parents. C'est le seul moment un temps soit peu amical que nous partageons.

Natan n'est pas un garçon très amusant. Il est sérieux et renfermé sur lui-même. Il sourit peu, garde la tête baissée et se tend dès que des garçons crient trop fort autour de nous. Il ne parle pas durant les cours, il ne saute pas de partout avec de grands éclats de rire. La seule chose que nous partageons, c'est la lecture. C'est pour ça que les autres disent que nous sommes inséparables : on reste longuement l'un près de l'autre à lire, lire, lire. Parfois, nous nous échangeons des livres. Et toujours, nous parlons peu.

Un jour, je me suis lié d'amitié avec un garçon de Serpentard. Il était amusant et surprenant. Il me faisait rire. Nous jouions dehors dans le parc. Il ne venait pas d'une bonne famille, je le savais mais j'avais décidé de l'ignorer parce que je m'amusais bien avec lui. Je me disais que ce n'était pas si grave. Cela a duré deux semaines. La troisième semaine, le lundi, j'ai reçu une lettre de mes parents dans laquelle ils me demandaient de cesser toute fréquentation avec ce garçon. Qu'il était de la mauvaise engeance, que sa famille était pauvre et, pire, moldue. Je me suis pris une vilaine remontrance. Même à travers les mots, je pouvais sentir la colère de Père et la déception de Mère. J'ai arrêté de voir ce garçon et j'ai compris au regard penaud de Natan qu'il s'en voulait d'avoir tout raconté à mes parents. Moi, je ne lui en ai pas voulu. J'ai pleuré une fois caché derrière les rideaux de mon lit puis je suis passé à autre chose. Et lorsque Natan s'est rapproché de cette fille, en seconde année, celle qui venait d'une famille ennemie de notre gouvernement, je l'ai raconté à Père et ça a a été au tour de Natan de pleurer lorsqu'il a été interdit de la voir. Il ne m'en a pas voulu non plus.

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27 juil. 2026, 10:15
 PNJ J  Les creux dans les ombres  Solo 
J'ai compris au cours de ma seconde année à Poudlard que Natan n'était pas le seul à scruter mes comportements. Si je l'ai compris, c'est parce qu'après les vacances de fin d'année, Père m'a montré une photo d'une fille plus âgée que moi. Il m'a donné son nom, son prénom, sa Maison et son année, et qu'il m'a demandé de garder un œil sur elle. Il m'a dit : « j'oublierai tes erreurs si tu la surprends en mauvaise compagnie. Elle aurait de mauvaises fréquentations et il faut qu'on sache qui ». Voulait-il me punir pour ma fugue du début des vacances ? Je me suis longtemps posé la question. Puis j'ai commencé à m'en poser une autre : combien la famille de cette fille a-t-elle payé Père pour que j'espionne pour leur compte ?

Après ça, j'ai commencé à les remarquer. Cette fille qui a toujours son regard sur moi lorsque je me tourne vers elle dans la Salle Commune. Ce garçon dans la Grande salle qui s'installe souvent près de moi pour les repas. Ce duo qui cherche depuis la première année à se faire copain avec moi et qui a réussi. Mais aussi des très grands qui m'observent durant les matchs de Quidditch, dans les tribunes. Tout un tas d'enfants dont les visages me sont connus car ce sont des enfants de bonne famille. Ils veillent. Ils observent. Ils scrutent. Bientôt, je devrais faire de même avec eux.

Qui d'autre ? J'ai passé la fin de ma seconde année à me le demander. Qui d'autre me regarde sans que je le sache ? Qui d'autre écrit à ses parents pour raconter ce que je fais ? Ça empiétait sur mes pensées, ça hantait mes nuits, ça a même gâché mon humeur au point où Natan a dû en parler à mes parents car j'ai reçu une lettre peu de temps après pour me dire de « surveiller mes états d'âme » parce que « tu n'es plus un enfant, contrôle-toi ». Alors j'ai essayé de me contrôler. D'enfoncer ça loin dans mon esprit pour ne plus avoir à y penser. Ou plutôt de faire comme pour le reste : faire semblant que ça ne m'impacte pas, que je n'y pense pas dès que je marche dans les couloirs, dès que je rentre dans la Grande salle ou la Salle commune, dès que je me lie d'amitié avec une nouvelle personne. J'essaie très fort et souvent, je me persuade que je réussis.

La fin de l'année approche et cela me rassure, même si je l'attends avec une drôle d'impatience mêlée de crainte. Je n'aurais plus à me questionner sur qui me surveille car il n'y a aucun mystère, chez moi. Je sais qui m'observe. Il y a Père auprès duquel je dois être exemplaire si je ne veux pas que sa grande main rencontre mon visage. Il y a Mère pour laquelle je dois être parfaite si j'espère avoir de sa part un sourire et des marques d'affection. Il y a les domestiques, ces elfes qui ne savent pas m'appeler autrement que jeune maître et qui ne me regardent pas droit dans les yeux. Il y a Grand-mère Elizabeth pour qui je ne suis jamais assez et Grand-père Duke qui croit que je suis le parfait reflet de mon père.

La seule personne sur laquelle je n'ai aucun doute c'est Derek. C'est le seul qui me donne envie de rentrer et qui rend la vie à Godric's Hollow moins dure que celle à Poudlard. Derek ne passe pas une semaine sans m'écrire et je ne passe pas une semaine sans lui répondre, même si cela prend sur mon temps d'étude. J'aime ses mots maladroits, ses phrases mal formulées, ses explications maladroites quand il me parle de son quotidien, sa naïveté que je cherche à tout pris à préserver. Mais comment faire une telle chose quand il vit seul en permanence dans la maison qui m'a arraché la mienne ?

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27 juil. 2026, 11:09
 PNJ J  Les creux dans les ombres  Solo 
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CLINTON HANGOOVER
13 ans, troisième année

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DÉBUT JUILLET 2051


J'ai dû attendre qu'elle rentre de son stage en Pologne pour lui écrire. À la maison, il n'y a qu'un hibou pour envoyer des courriers et il était hors de question de lui demander ça en passant par le bracelet qu'elle nous a offert, à Derek et moi. Il me fallait plus de mots, plus de place. Le problème de Valerius, le hibou de la maison, c'est que si je demande à l'emprunter, Mère ou Père demandera à voir le contenu de mon courrier. C'est pour ça que j'ai appris très tôt à Derek à glisser ses lettres pour moi dans le courrier hebdomadaire au dernier moment pour que nos parents n'aient pas le temps de le relire, ou alors d'envoyer Valerius en pleine nuit, quitte à se prendre une grosse remontrance s'il est pris sur le fait.

Aujourd'hui, je vais faire la même chose. Je descends en pleine nuit pour accrocher à sa patte le courrier que j'ai écrit et qui me tient à cœur depuis de longues semaines. J'ai passé les derniers mois à lire Derek me raconter tous les bons moments qu'il passe avec elle. Il la voit toutes les semaines pour des leçons, parfois plus quand elle le prend pour une sortie culturelle. Je remarque tout le bien que cela fait à mon frère. J'ai envie de ça, moi aussi. Des mots doux qui m'ont réconforté en décembre, de son regard tendre, de ses caresses. Elle me donne l'impression qu'être un enfant est normal, avec elle. Alors qu'importe si ça me donne des devoirs en plus ?

La chouette effraie s'envole dans un claquement d'ailes qui me fait frémir. Je me renfonce dans les ombres et rejoins l'étage en marchant à pas de loup sur les bonnes lattes pour ne pas les faire craquer. Si je réveille Père, ce sera fichu. C'est trop tôt pour m'en prendre une, trop tôt dans les vacances. Une fois arrivé à l'étage, au lieu d'aller vers ma chambre je choisis plutôt de pousser la porte de celle de Derek.

Sa chambre est plongée dans le noir. Il déteste l'obscurité. Je suis sûre que Daya, la cheffe des elfes de la maison, a éteint sa bougie alors qu'elle sait bien qu'il en a besoin pour s'endormir. J'aperçois sa petite forme recroquevillée au milieu de son immense lit. Je referme doucement la porte derrière moi et vais me glisser dans ses draps. Il se réveille aussitôt, sa main palpe le matelas pour me trouver tandis que de sa bouche s'échappe des petits gémissements craintifs.

« C'est moi, Tad, je murmure en me glissant contre lui.
Rod, gémit-il doucement. J'ai cru que c'était Père...
Ce n'est que moi, » je répète.

Derek se retourne sur le dos. Je laisse ma main sur mon bras car je sais que ça le rassure. Moi aussi ça me rassure de sentir son corps brûlant. Je ne le dirai pour rien autre monde, mais me rendormir avec lui sera bien moins difficile que seul dans ma grande chambre.

« T'as vécu une aventure ? » me demande mon petit frère, fidèle à ses habitudes.

C'est ce qu'il me dit toujours quand je viens le rejoindre dans sa chambre ou ce que je dis moi quand c'est lui qui viens dans la mienne. Il faut toujours qu'on soit très discrets quand on fait ça : quelle rouste on s'est pris le jour où Père nous a surpris dans le même lit ! Passer d'une chambre à l'autre nous paraissait être une folle aventure, quand on était petits. Comme celles que vivent Tad et Rod, le duo de justiciers sorciers, ces romans bien connus pour les enfants. Derek est Tad, le plus téméraire. Je lui répète souvent qu'il peut être comme lui, même si ce n'est pas le cas pour le moment. C'est pour lui donner du courage. Moi, je suis Rod, car c'est celui qui réfléchit le plus mais aussi car c'était le seul qui restait.

« Une très grande aventure, je confirme à voix basse en prenant un ton mystérieux. J'ai écrit une lettre secrète que j'ai confiée à notre messager. »

Je sens le rythme cardiaque de Derek s'emballer. Ça me fait sourire doucement.

« C'était quoi ? » chuchote-t-il, excité, sans vraiment chuchoter.

J'hésite un instant. Pas parce que je ne veux pas lui dire mais parce que je crains les conséquences de ce que j'ai fait cette nuit.

« Je lui ai demandé, confié-je finalement, le ton bas. À Mademoiselle Alice. Pour les cours de l'été. »

Derek se redresse subitement dans le lit. Je discerne dans la pénombre ses yeux brillants et son large sourire.

« Trop bien ! s'exclame-t-il de ce ton enfantin qu'il prend sans en avoir conscience à chaque fois qu'il est seul avec moi. On sera ensemble avec elle ! Tu verras, ça va être trop bien et même qu'on pourra... »

Il poursuit un long moment, sans se douter que derrière mon sourire et mon air calme se cache la crainte qu'elle n'accède pas à ma requête ou que Père la lui refuse. Ce n'est pas grave, son plaisir actuel est la seule chose qui compte. Et si je n'ai pas le droit de voir Mademoiselle Alice et que lui continue d'aller à leurs cours, ce ne sera pas grave non plus, tant que lui peut profiter de sa présence réconfortante.

En m'endormant dans les draps de Derek une fois qu'il s'est calmé et rendormi, je remets en question chaque phrase que j'ai écrite dans mon courrier. Ne me suis-je pas montré trop subtil ? Ou au contraire, ai-je été trop direct ? Et si elle lit entre les lignes et comprend que tout ce que je désire, c'est passer du temps avec elle ? N'aurais-je pas dû axer mon courrier davantage sur le côté scolaire ? Je passe un long moment à tout remettre en question et m'endors finalement, épuisé de toujours me demander si j'agis comme il le faut.


Le 6 juillet 2051
À Godric's Hollow

Bonjour Mademoiselle Sangblanc,

J'espère que votre stage s'est déroulé selon votre désir. J'ai emprunté des ouvrages sur la Pologne lorsque j'étais encore à Poudlard et j'ai découvert leur richesse culturelle. J'espère que vous avez pu en profiter malgré le rythme soutenu de votre stage. Il me semble que votre retour est très récent, je m'excuse de vous écrire aussi rapidement alors que vous devez être lasse de votre voyage.

La fin de ma seconde année s'est bien déroulée et je pense que mes résultats rendront fière ma famille. Si je vous écris aujourd'hui, c'est parce que je désire apprendre le français aux côtés de mon frère, avec vous. Même s'il y a à Poudlard des cours de langue, j'ai été redirigé vers d'autres apprentissages et n'ai pas pu avoir la chance d'apprendre votre langue maternelle. Je pense que ce serait un grand enrichissement pour mes études si je pouvais avoir une base dans ce domaine. Je pourrais également suivre des cours de piano ou tout autre chose que vous pourriez m'apprendre si vous le désirez. Je suis un bon élève, je ne rechigne pas devant l'effort. Je vous assure que je prendrai mes leçons très à cœur et que je serai pour vous un élève qui vous demandera peu d'effort. Et si c'est accepté, mon père vous paiera autant que pour les cours que vous donnez à mon frère.

Pourriez-vous parler à mon père de cette idée de me donner des leçons ? Si la demande vient de moi, je doute qu'il accepte car il n'aime pas que mon frère et moi exigions des choses. Je me disais que si la demande vient d'une professeure, de vous, il comprendra l'importance que ces cours pourraient avoir dans mon cursus scolaire.

Je vous souhaite un bon retour en Grande-Bretagne, ainsi que de belles retrouvailles avec vos proches.

Tendrem
Sincèr
Cordialement,

Clinton Hangoover
NB. Le texte barré est très mal barré, de sorte qu'Alice peut tout à faire lire au travers.

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La voilà enfin, la fameuse lettre ! @Alice Sangblanc

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
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