♦Écosse♦ ♦04.50♦ ♦PNJ♦ Parasite

MANOIR DES BAGANS
• 15 avril 2050 •
Écosse

PNJ : Evalia Bagans & Logan Bagans
Le calme était immense dans le jardin de la famille Bagans, et pourtant, Aaron l'appréciait, contrairement à l'agitation qui régnait à l'intérieur du manoir. La cause ? Le parasite qu'était Evalia paradait dans le salon. Elle profitait — en grande partie — de ce jour qu'ils partageaient tous les deux : leur anniversaire.

Mais Aaron ne souhaitait nullement être auprès d'elle, surtout pas après l'avoir entendue dire qu'elle avait invité une bonne vingtaine de personnes pour l'occasion. Une vingtaine de personnes pour lesquelles Aaron n'avait pu donner son avis quant à leur présence au manoir ; pour lui, les invités étaient tous les mêmes : des puristes du sang. Il savait que cela était la composante idéologique de leur famille, mais il ne supportait pas de pouvoir être ordinaire dans sa propre maison, ni même de voir sa mère être obligée d'agir dans le désintérêt des Moldus, dans une fausse haine viscérale... C'était voir sa mère souffrir pour le bien-être de leur famille, pour l'image parfaite de cette famille qui ne jurait que par le bon sang.

Pourtant, le bon sang n'existait pas : être né pur n'apportait rien à la puissance de la magie. Combien de sorciers impurs avaient été plus forts que des sorciers purs ? Un nombre incalculable : Harry Potter, Hermione Granger, et même Voldemort, le monstre du monde sorcier ; ils étaient impurs et avaient — pourtant — marqué l'histoire bien plus que des sang-pur. Et ces sorciers les haïssaient d'une manière ou d'une autre, ou — au contraire — les adoraient. Pour les Sang-Pur, Voldemort avait une telle haine des Moldus et une telle adoration du sang que tout le monde sorcier oubliait qu'il n'était qu'un Sang-Mêlé. Du moins, c'était ce que pensait Aaron dans sa toute neutralité.

Et pour le coup, le fait que son propre parasite déambulât autour de ces sorciers en le laissant profiter, seul, du jardin lui apportait un plaisir qu'il ne pouvait s'avouer : le jugement des puristes, le jugement de sa propre sœur. Au moins, personne n'allait pouvoir l'entendre. Enfin, c'était ce qu'il croyait.
Dernière modification par Aaron Bagans le 22 juil. 2026, 02:38, modifié 1 fois.

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Le grincement de la porte-fenêtre rompit brutalement le silence du jardin ; Aaron n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que son havre de paix venait d'être mis à l'exil par la seule personne qu'il refusait de voir en cet instant : son parasite. Le claquement sec de ses talons haute sur les dalles de pierre était bien trop distinctif — telle une musique agaçante qu'il ne connaissait que trop bien — pour ignorer qu'Evalia venait vers lui avec cette posture rigide des gens qui se croyaient nés pour dominer le reste du monde et qui croyaient en cet instant pouvoir régenter l'existence de son frère jumeau.

Je me doutais bien que je te trouverais ici avec un air aussi misérable. Les invités demandent après l'héritier mâle de la lignée, et ton isolement est d'un impoli, Aaron. Même pour toi.

Une lente prise de respiration, les yeux fixés sur la pelouse écossaise, Aaron s'avança de quelques pas vers sa sœur. Le vent frais du Nord fouettait son visage, mais pour lui, cela restait largement préférable à l'atmosphère étouffante dans laquelle Evalia souhaitait le faire plonger ; il refusait de se laisser intimider par celle qu'il considérait comme un fléau pour sa vie.

Dis-leur que je suis mort. Ou mieux encore, dis-leur que j'ai été contaminé par le bon sens. Cela les fera partir plus vite.

Un rire sec s'échappa des lèvres d'Evalia alors qu'elle diminuait — elle aussi — la distance vers son frère. Leurs yeux noisette se croisèrent, mais ceux de la jeune femme reflétaient un dédain naturel pour tout ce qu'ils observaient, comme si la nature elle-même n'était pas assez digne de son rang. Elle croisa les bras sur sa poitrine, s'attendant à donner une leçon à Aaron ; une chose qu'il exécrait par-dessus tout.

Tu es toujours aussi dramatique. On dirait un adolescent attardé. Nous fêtons nos trente-cinq ans, pas nos seize ans, Aaron. Il serait temps, pour toi, de dépasser cette phase de rébellion inutile et d'assumer pleinement ton nom. Je te rappelle que notre père s'est saigné pour que tu fasses de grandes études à la Magic Fac' Politique, et toi, tu as ensuite préféré passer tes journées à envoyer des excuses aux Moldus parce qu'un crétin de sang-mêlé faisait léviter son balai au-dessus d'une autoroute ; ce qui était pathétique. Tu as fait de la peine à notre famille parce que tu as préféré jouer au sorcier intègre ; donc remonte ton col et présente-toi comme un sorcier fier de son rang et de son sang.

Aaron releva son port de tête, le regard aussi noir que l'encre. Sa mâchoire contractée par une colère qu'il peinait à contenir ; la mention de son ancien emploi sonnait comme une insulte dans la bouche de sa sœur : une preuve de son ignorance crasse du monde qui les entourait. Evalia vivait en abondance dans sa bulle de privilèges, totalement amnésique des traumatismes récents qui avaient poignardé leur société.

Sans ce département et le travail que j'y fournissais, les sorciers seraient peut-être encore persécutés aujourd'hui. As-tu déjà oublié le conflit d'il y a six ans ? Les tensions qui en ont résulté ? Si les inventeurs d'excuses n'étaient pas là pour arrondir les angles, le gouvernement moldu aurait déjà réduit en cendres la presque totalité du monde magique avec leurs armées et leurs missiles. Mais c'est tellement plus simple de parader dans le salon avec des puristes qui passent leur temps à mesurer la hauteur de leur pedigree que de penser au monde qui vous entoure. Tu penses que tu es supérieure parce que tu te sens en sécurité derrière cette idéologie ? Je me suis toujours senti neutre dans cette politique, mais il y a des moments où ton idéologie dépasse les bornes...
Je préserve notre statut ! Contrairement à toi qui passes ton temps à mettre la réputation des Bagans dans la boue avec ton idée de préservation du monde magique en incluant les Sans-Statut ! Tu crois que cela fait plaisir à maman de te voir contredire le système ?
Ne mêle pas maman à ça ! Qui est-ce qui, en cet instant, l'oblige à jouer une comédie grotesque ? C'est toi et notre père. Vous la forcez à sourire à une idéologie qu'elle méprise bien plus que moi ; à jouer les parfaites hôtesses pour des personnes qu'elle sait ne jamais voir changer ! Tu sais combien maman apprécie les Moldus, leur technologie et leur manière de vivre et d'innover ; elle nous a élevés de manière à les prendre en considération dans nos réflexions, à ne jamais négliger l'autre revers de la médaille car ils peuvent nous apporter de bonnes ou de mauvaises choses, mais nous devons pouvoir nous adapter. Mais tu es aveugle, Evalia ; tu n'es pas plus brillante qu'un autre parce que nos ancêtres ont refusé de s'allier à des Moldus... Regarde juste l'Histoire.

Evalia fit un pas agressif vers lui, les yeux étincelants d'une rage froide qui déformait l'ensemble de ses traits ; elle semblait très irritée par les paroles d'Aaron comme si l'une de ses cordes sensibles avait été frappée sous son masque d'arrogance. Elle dévisageait Aaron avec un mépris viscéral, la tête haute pour continuer à percevoir son regard. Mais Aaron savait : un fossé idéologique infranchissable les séparait désormais, un bien plus profond que celui qui les avait mis en compétition pendant des années...

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Le silence qui suivit fut si lourd que l'on pouvait entendre le bruissement des feuilles de lierre provenant du jardin ; la réduction des derniers centimètres séparant Aaron de sa sœur fut un enfer à côté. Le visage tordu par une exaspération qu'Evalia ne cherchait même plus à dissimuler, elle agrippa — dans une violence rare envers son jumeau — de ses doigts manucurés le tissu sombre de la chemise qu'il portait ; froissant sans aucun ménagement l'étoffe fine dans son poing avec une force surprenante. La colère se lisait tant dans son regard.

Fais de maudits efforts, Aaron ! Tu ne comprends vraiment rien à la politique de nos jours !

Aaron ne cilla point, ses yeux noisette restant fermement ancrés dans ceux de sa sœur alors que la pression sur sa poitrine se faisait de plus en plus grande ; il ne tenta pas un mouvement de recul, ni même celui de lever les mains pour briser la prise. Au contraire, il affichait une impassibilité presque insultante face au tourbillon de colère qui rongeait Evalia ; son rythme cardiaque resta même étrangement régulier et sa posture stable sur les dalles de pierre. Aaron dégageait une assurance bien tranquille : un véritable calme olympien.

Je m'y connais bien plus que toi, Eva. Puisque j'ai, comme tu viens si gentiment de me le reprocher, fait mes études à la Magic Fac' Politique.

Mais cela ne servit à rien, Evalia ne lâcha pas sa prise pour autant ; ses ongles s'enfonçant un peu plus dans le tissu d'Aaron. Elle le secoua légèrement, le forçant à la regarder dans les yeux ; l'arrogance d'Aaron ainsi que sa rhétorique universitaire ne cessèrent pas d'alimenter sa rage. Elle estimait que les diplômes d'Aaron aveuglaient ce dernier sur la véritable structure du pouvoir qui s'était solidement installée depuis le conflit. Le Conseil des Sorciers — verrouillé par les plus grandes dynasties magiques comme les Malefoy ou les Nott — avait redessiné le paysage légal, et elle refusait de voir son jumeau ignorer cette nouvelle donne.

Tes diplômes de la Magic Fac' ne valent rien face à la réalité du Conseil, Aaron. Le monde a changé, réveille-toi ! Les grandes familles possèdent le pouvoir absolu maintenant, et ce ne sont pas tes théories humanistes qui vont y changer quoi que ce soit. Tu te dis Neutre, alors pourquoi les défends-tu avec tant de convictions ? Tu t'accroches à des illusions d'égalité alors que le système a déjà fait son choix.

Aaron soutint le regard furieux de sa sœur — son visage toujours aussi froid que le marbre — alors qu'elle le maintenait toujours sous la contrainte physique de sa poigne. Cette prise sur son col ne faisait qu'illustrer — selon lui — la brutalité d'une idéologie qui ne savait s'imposer que par la force ou l'exclusion. Il connaissait par cœur les nouvelles lois discriminatoires votées par le Conseil ; ces décrets qui avaient méthodiquement — sous couvert d'une soi-disant protection — dépouillé toute une catégorie de la population de leurs droits les plus fondamentaux.

La réalité du Conseil est bien plus terrible que tu ne le penses. C'est justement pour cela que je refuse de cautionner cette mascarade qu'est notre anniversaire. Ils relèguent les Né-Moldus au rang de Sans-Statut, en brisant leurs carrières et leurs vies. Des étudiants n'ont pas le droit d'être avocats ou juges sous couvert de leur naissance, qu'ils n'ont d'ailleurs pas cautionnée. Dois-je te rappeler qu'on ne naît pas parce qu'on a envie de naître, mais parce que c'est un choix de nos parents ? Ils n'ont pas demandé à naître, tout comme ils n'ont pas demandé à être des sorciers, alors pourquoi les punir pour un fait qu'ils n'ont pas eux-mêmes commis ? Comme les Cracmols d'ailleurs !

La prise se raffermit autour du col d'Aaron, alors qu'il se sentit tiré vers le visage de sa sœur dont les traits étincelaient d'un triomphe froid et implacable. Pour elle, cette version de la société n'était pas une injustice, mais une simple correction historique nécessaire à la survie et à la sécurité du monde magique après des siècles de traumatismes...

C'est l'ordre naturel des choses, Aaron ! Ils n'ont rien à faire sur les sièges de sorciers de sang. Ils n'ont pas le droit d'occuper le moindre poste à haute responsabilité hiérarchique et c'est une très bonne chose pour notre stabilité à tous... Le Conseil l'a compris, notre père l'a compris, et il n'y a que toi pour contredire cette vision pour des gens qui n'auraient jamais dû lever la tête et se croire supérieurs à des sorciers de sang. Alors... lâche tes grands airs, rentre à l'intérieur avec moi, lève la tête et comporte-toi comme le Bagans que tu es réellement au fond de toi. Ne sois pas le Aaron que notre mère a fabriqué avec ses lubies... s'il te plaît.
La stabilité dont tu parles est comme un château de cartes construit sur les fondations de la frustration et de la colère. Priver des sorciers sous prétexte de leur naissance ne fera que provoquer une nouvelle guerre civile. Tu appelles cela de la politique, Evalia ; moi, j'appelle cela de l'aveuglement...

D'un mouvement sec et précis, Aaron se saisit enfin du poignet de sa sœur afin de l'obliger à le relâcher et de reculer d'un pas pour lisser sa chemise froissée.

Le fossé était désormais inscrit sur leurs apparences.

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Le passage du seuil marqua — pour Aaron — la fin brutale de cette liberté que le jardin lui avait offerte, lui brisant ainsi l'illusion de sérénité dans laquelle il s'était réfugié ; il avait ainsi quitté le souffle venteux du Nord pour satisfaire Evalia et s'enfoncer dans les méandres d'une atmosphère suffocante, saturée de parfums coûteux, de rires feints et du brouhaha hypocrite des invités présents.
Le grand salon, dans ses dorures presque artificielles, transmettait l'opulence de la famille Bagans afin d'éblouir les invités présents pour la fête. Et Evalia y marchait dans une légèreté bien trop altière qu'Aaron détestait tant : un menton levé et la posture rigide ; savourant sa victoire d'avoir su ramener l'héritier récalcitrant au sein de la comédie sociale que la famille avait organisée pour leur trente-cinquième anniversaire tout en s'approchant de leur père afin de lui glisser quelques mots sur sa réussite.
Bien que refusant d'offrir sa soumission totale, Aaron se déplaça au milieu de cette mascarade ; avant de s'écarter afin de se réfugier dans la pénombre d'une alcôve cachée par une imposante bibliothèque en bois sombre.

Dans cet observatoire isolé, Aaron contempla cette assemblée hautement distinguée avec une amertume plus que grandissante pour le théâtre qui se jouait sous ses yeux ; sa mère — exécutant son élégance naturelle et de sa grâce — souriait à ces puristes influents, répondait aux flatteries sur sa tenue de l'habitat et sur la bonne éducation de sa fille. Et pourtant, Aaron connaissait bien trop sa mère pour se laisser leurrer par ce spectacle : il voyait sa peine et — surtout — sa fatigue s'accumuler dans ses yeux noisette. Aaron savait qu'elle était sous tension ; douloureusement résignée à dissimuler sa passion pour le monde Moldu pour préserver l'image d'une famille puriste aux yeux des hautes sphères et éviter aux Bagans le déshonneur d'avoir en ces membres des adeptes à la race dite inférieure.

Un pas lourd — mesuré et empreint d’assurance — claqua sur le parquet massif, s'approchant sans la moindre précipitation en sa direction ; Aaron n'eut pas besoin de détourner le regard pour identifier l'aura imposante de son père. Une aura si puissante qu'elle modifia considérablement l'air ambiant autour d'Aaron : celle de son père.
Logan avait toujours le regard ancré sur la foule des convives de la maison, mais sa main se posa sur l'épaule de son fils ; avec une force qui incarnait à elle seule la grandeur, la rigueur et les attentes d'un père qui s'efforçait de porter — sur ses épaules — le nom des Bagans ; et avec une dévotion totale pour la pureté du sang. Pourtant, contrairement au comportement fébrile et puéril d'Evalia, Logan laissait paraître une sévérité redoutable, teintée d'une déception très amère pour ce fils qu'il aimait ; et qui s'exprimait par une pression écrasante sur la clavicule d'Aaron.

Tu en as mis du temps avant de nous rejoindre, Rosemain.
J'avais besoin de prendre l'air, Père. Je n'arrivais pas à supporter la lourdeur de cette fête.

Les yeux noisette du père et du fils se croisèrent ; ceux de Logan possédant une intensité patriarcale qui refusait toute réfutation. Ce qui allait parfaitement avec la perte de distance entre eux, son visage s'approchant de celui d'Aaron prêt à lui faire comprendre qu'il lui interdisait simplement la désobéissance à son autorité.

Je suis au courant, Morag m'en a touché quelques mots, c'est pour cette raison que je venais te voir, Rosemain. Tu te penses très éclairé avec ta tolérance, Fiston, mais elle devient insupportable, surtout en ce moment. Dois-je te rappeler que je t'ai autorisé à étudier le Monde Moldu uniquement pour te protéger et non pour que tu en deviennes un adepte ? Cet apprentissage devait être une arme à aiguiser, une manière de connaître les faiblesses de ces déchets, et pas une excuse pour brader ta dignité et celle de notre famille, surtout devant tant d'invités. Regarde ta mère, mon Fils ! Regarde-la dans notre salon : tu commets la même erreur qu'elle ; elle pèche de cette passion absurde pour les Moldus et leurs futilités : elle t'a perverti l'esprit. Et pourtant, elle s'écrase ; elle se plie à nos traditions, elle tient à son rang et s'impose la discipline que notre nom exige parce qu'elle sait que c'est son devoir envers notre famille. Si ta mère est capable de cela pour nous représenter dignement, tu te dois de faire exactement la même chose : éviter à notre nom de disparaître dans le déshonneur. Je ne laisserai pas mon fils gâcher des siècles d'héritage parce qu'il refuse de grandir.

Aaron baissa les yeux tout en sentant la poigne de son père s'enfoncer dans sa chair : l'emprise était lourde et n'avait rien d'une caresse d'un père envers son fils ; c'était un ordre exécutif d'un patriarche à son successeur de trente-cinq ans. Bloqué par cette autorité, mais aussi par la vulnérabilité de sa mère — qui venait d'interrompre un rire mondain pour lui lancer un regard suppliant empli de tendresse —, Aaron ravala toute la rage qui lui brûlait la gorge. Il se sentait comme enfermé dans une cage dont les barreaux étaient formés par une violence psychologique pure ; qui ne souhaitaient qu’une seule chose : le voir soumis à sa famille tel un chien assujetti à l'autre bout d'une laisse.

Très bien, Père… Comme vous voudrez !

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Les mots du plus jeune des hommes Bagans s'étaient échappés avec une sécheresse glacée — une capitulation — qui avait immédiatement détendu la mâchoire de Logan ; sa main se retirant alors de l'épaule de son fils avec un sentiment du devoir accompli. Un soulagement mauvais d'avoir enfin su faire plier son héritier rebelle. Mais Aaron n'avait pas attendu de geste ou de paroles supplémentaires provenant de son père ; non, il s'était contenté de pivoter sur ses talons, tel l'héritier qu'il devait être, et de quitter l'alcôve pour se plonger de corps — et non d'esprit — auprès des convives ; il allait subir et enregistrer ce qui, pour lui, deviendrait des arguments pour le décrochage des idéologies radicales pour un ton plus acceptant ou neutre. Bien qu'intérieurement, Aaron ne se sentait pas en adéquation avec sa peau.

Le brouhaha des voix s'était légèrement étiré sur son passage, comme une invitation à la discussion ou à la possible moquerie de l'héritier anarchique. Mais ce ne fut que le silence qui leur répondit dans un premier temps ; puisqu'ils ne purent voir qu'un masque de marbre — une impassibilité parfaite — sur le visage d'Aaron. L'héritier des Bagans s'était donc glissé dans son rôle avec une aisance machinale ; commençant à échanger des poignées de mains rigides avec les hommes et quelques baise-mains aux dames avant d'échanger quelques paroles avec une courtoisie bien trop feinte ; celle qu'il exécrait pour seulement jouer la partition qu'on lui imposait depuis trente-cinq années avec une perfection désabusée qui fit plus que sourire l'organisatrice de ce désastre : Evalia.

Pourtant, au milieu de cette mascarade de pureté et de faux rires, les yeux noisette d'Aaron avaient traversé la foule pour s'accrocher à ceux de sa mère ; là-bas, elle lui semblait tellement prisonnière de ses propres sourires de composition. Cela lui faisait si mal, mais cela devait être nécessaire pour le bien de tous. Leurs regards s'étaient trouvés — par-delà les coupes de cristal et les conversations sur la suprématie du sang — dans cet échange muet ; le temps pour ces deux êtres semblait même s'être suspendu pour laisser place à une certaine tendresse. Non pas qu'il ait pu lire de la fierté dans ses yeux, mais elle comprit qu'il s'était abandonné aux dures lois de représentation de la famille. Elle savait qu'il avait accepté de porter ce masque pour l'épargner elle : son fils empruntait ce même chemin de compromission et d'effacement pour la soulager ne serait-ce que quelques instants.

Mais Aaron ne lui lança aucun mot, détournant même le regard dans un premier mouvement afin de reporter son attention sur un invité qui venait à lui pour le féliciter avec un sourire poli ; un de ceux pour lesquels Aaron ne pouvait répondre que par un rire de convention qui scellât immédiatement sa défaite pour les beaux yeux de cette cage dorée. Il n'était pas seul, il le savait. Il était uni à cette mère, dressant à ses côtés un rempart — fragile — pour ne serait-ce que survivre au naufrage de leur propre être pour cette famille faite de parasites.

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