PNJ J A.H S'accepter comme on est

PNJ Joker (1/12)
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Edwin Wellhister,
19 ans, futur 7ème année.
Serpentard, Né moldu.
Haut de son mètre 96.
Tenue & Cheveux tressés

Rue principale,
Aux alentours du Chaudron Baveur.
Un Samedi de Juillet 2051.
Milieu d'après midi.


Edwin se sentait... Lourd et léger à la fois. Lourd d'une angoisse qui, logée dans le creux de son estomac, rendait chaque pas difficile. Léger d'un sentiment qu'il ne ressentait pas souvent : l'idée obsédante d'être enfin à sa place. Enfin lui. Des années à chercher qui être, qui devenir et comment. Des moments d'angoisse, des nuits à rester éveillé dans l'appartement d'Owen, à se demander comment son frère faisait pour avoir l'air complet. Lui, il ne s'était jamais senti pareil. Il y avait toujours eu un creux en lui.

Au début, le Serpentard s'était imaginé que tout le monde avait cette impression de trou noir au fond de la poitrine. Ce petit monstre qui vivait entre ses poumons et qui suçait sa vie petit à petit. Et puis, il s'était rendu compte que, s'il n'était pas seul dans ce cas, la majorité des gens ne se posaient pas la question de savoir quelle partie d'eux manquait, et qu'elle partie était morte. Après s'être rendu compte que les élèves qui l'entouraient vivaient une vie à peu près légère, Edwin s'était senti bien seul et s'était mis en tête de comprendre ce qui, manifestement, n'allait pas chez lui.

La magie, en premier. Et puis, le fait d'être Né-moldu. La réalisation qu'il se voyait autant dans les bras d'un homme qu'entre le creux de ceux d'une femme. Tout avait été une excuse : s'il ne se sentait pas bien, c'était à cause de ça, ou de çi. Il ne lui était jamais venu à l'esprit qu'il puisse se sentir bien parce que toutes ces choses faisaient partie de lui. Il n'avait jamais même imaginé qu'un jour, il puisse se sentir différent de la bonne manière, et que cela lui fasse plaisir. Que cela guérisse quelque chose en lui.

Il ne s'agissait plus d'être différent parce que compter était difficile, et qu'écrire l'était tout autant. Ce n'était plus non plus parce qu'il était trop vieux, trop redoublant, trop paumé. Il était différent parce qu'il avait envie d'embrasser cette partie de lui, qui ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait pas maquiller ses ongles ou ses yeux.

Alors, il avait profité des quelques jours qu'il s'accordait seul à Londres - avec, évidemment, l'autorisation d'Owen - pour se balader du côté Moldu. Il avait marché, et puis marché, et traversé Londres du Chemin de Traverse jusqu'à son ancienne maison. Il avait regardé les anciennes ruines, détruites par le feu, nouvellement reconstituées, avec ce gamin qui courrait dans le jardin. Il en avait pleuré, de voir de la joie dans cet endroit qui ne lui rappelait que des mauvais souvenirs. Et puis, il s'était enfui comme un voleur quand le petit s'était approché. Il avait couru, comme à son habitude, à travers les jardins, à sauter par dessus des murets. Et il s'était senti vivant, comme jamais il ne se sentait à Poudlard.

L'idée avait germé dans son esprit à cet instant là. Pourquoi attendre encore, alors qu'il s'avait parfaitement la personne qu'il voulait être ? Pourquoi se forcer à porter ses vêtements dans lesquels il ne se sentait ni joli, ni heureux ? Et le Londres moldu regorgeait de petites boutiques et de jeunes gens prêts à passer quelques minutes à lui proposer des tenues, à l'aguiller sur quel maquillage acheté, et pour quoi faire. Il avait pu observer tout ça de ses yeux à lui, sans avoir peur du regard des autres parce qu'il était seul. Délicieusement seul avec ses envies et ses belles idées.

Il n'avait jamais été fait pour rester entouré tout le temps, Edwin, même s'il se sentait régulièrement déprimé quand il n'était pas entouré. Malgré cette angoisse qui le forçait à s'accrocher aux gens, il avait besoin de temps seul. Owen l'avait tout de suite compris, et avait accepté tout aussi vite que son frère aille passer quelques jours à Londres tout seul durant les vacances. Il semblait parfaitement comprendre que ce n'était pas une envie comme ça, mais un véritable besoin. Et, cette fois-ci, Edwin avait profité de ces quelques jours seul pour réfléchir et évoluer dans son coin, comme il le souhaitait.

Tout avait semblé naturel. Apprendre à faire un trait d'eyeliner qui ne bavait pas trop, et à ne pas faire déborder son vernis. Des dizaines d'essais, enfermé dans la petite salle de bain de sa chambre au Chaudron Baveur. Des heures à ne penser qu'à lui, à admirer sa forme dans les quelques nouveaux pantalons qu'il s'était acheté avec les nombreuses économies qu'il avait de côté, gracieuseté d'Owen pour ses anniversaires. Des heures à se dire qu'il aimait ses formes dans son pantalon plutôt que de chercher où il pouvait encore perdre quelques kilo pour se faire le plus petit possible. Car Edwin n'était pas petit et n'avait jamais réussi à se faire disparaître au regard des autres, peu importe le nombre de fois où il avait essayé d'être discret, invisible. Alors, il allait apprendre à être lui. Avec son mètre 96, et même un peu plus, vissé dans ses talons de quelques centimètres. De jolies bottines noires, qui étaient difficiles à trouver dans sa taille, d'ailleurs !

Tout avait semblé naturel et facile jusqu'à ce qu'il arrive dans la ruelle du Chemin de Traverse. Si se balader comme ça dans le monde moldu ne lui avait pas paru terrifiant... L'idée de le faire dans le monde sorcier l'était, elle.

Hésitant à faire demi tour, Edwin se força à avancer de quelques pas. Bientôt, il fut passé devant la Galerie de Travers et aucun éclair divin n'était venu le faire trépasser. Mais, toujours angoissé, le Serpentard fouilla rapidement dans la sacoche qu'il avait à la taille et en sorti une cigarette qu'il alluma d'une main experte. Les doigts tremblants, il la porta à sa bouche et enfonça ses mains dans ses poches pour les empêcher de trembler. Et si quelqu'un de Poudlard le voyait ? Et si, finalement, il n'était pas prêt à ce que quelqu'un le remarque ? Peut-être qu'il avait fait trop de pas d'un coup. A Poudlard, le maximum qu'il n'ait jamais fait c'était porter le chouchou à paillettes de Lily-Rose et la petite barrette en forme de fraise qu'il glissait tous les matins dans ses cheveux. Et aujourd'hui, non seulement le chouchou à paillettes était là, mais tout le reste aussi. Et perché sur ses talons, le monde lui paraissait encore plus petit qu'habituellement. Ce qui signifiait que, pour les autres, il était encore plus un Gratte-Ciel que d'habitude.

Il se tourna vers la vitrine de la Galerie et fit semblant d'en admirer l'intérieur, juste le temps de calmer son angoisse et qu'il puisse à nouveau reprendre son chemin sans avoir l'air d'un petit faon en train d'apprendre à marcher.

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Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon

PNJ J A.H S'accepter comme on est
Juillet 2051
Chemin de Traverse – Londres
4ème année


« Merci », dis-je en prenant la glace que me tend Natanaël.

Je lui rends le sourire qu'il m'adresse et nous nous engageons sur la rue principale du Chemin de Traverse. Présents pour nos achats annuels des vacances, nous avons temporairement abandonné nos parents, Valerian et Gwennaëlle qui, eux, ont aujourd'hui préféré se balader dans Londres. Mais le moindre prétexte est bon pour leur fausser compagnie et aujourd'hui – la seule journée entière que nous passons ici – était le meilleur moment pour nous dérober à leur présence.

À vrai dire, nous n'avons pas fait grand chose depuis qu'ils sont partis du Chaudron Baveur pour plonger dans les rues de la capitale moldue. Je pense que nous frôlons plus l'état d'escargots que de sorciers, mais il faut avouer qu'avec la chaleur, nous n'avions pas envie de faire une activité aussi épuisante que marcher dans les rues de la ville au milieu de la foule. La compagnie de mon frère me suffit largement à m'occuper pour toute la journée, et même des semaines entières. Hormis un tour chez Fleury & Bott, où j'ai pu apprendre avec tristesse la démission de Mr O'Barden (à qui je me suis promis d'écrire), nous n'avons fait que glander et marcher par-ci par-là. Florian Fortarôme fait partie de l'une de nos rares destinations depuis la fin du repas de ce midi. Mais une glace nous semblait être une étape obligatoire ; nous n'en avions pas pris une seule depuis le début de l'été et il fallait absolument y remédier.

« Tu veux goûter ? me demande Natanaël en me mettant sa glace sous les yeux.
– Surtout pas, je grimace en fronçant le nez.
Tu sais pas ce que tu rates. »

Il hausse les épaules et détourne la tête. Moi, au contraire, je sais ce que je rate ; et je ne rate rien du tout. Il a toujours la manie de prendre les pires goûts possibles. Triton au gingembre ? Sérieusement ? Il ne pourrait pas plus me dégoûter. Je le soupçonne secrètement de choisir des goûts étranges pour que personne ne veuille les essayer, mais quand je le vois apprécier autant sa glace, je me dis que c'est en réalité tout le contraire et qu'il les trouve sincèrement bon. Cela dépasse mon entendement.

« Rien ne vaut la glace italienne à la framboise. »

Il hausse à nouveau les épaules, l'air de penser Si tu le dis, et je lui tape affectueusement les côtes pour protester. Il s'écarte et me regarde l'air autant surpris qu'amusé. Un sourire m'échappe et j'accélère. Avec le soleil qui tape au-dessus de nos têtes, nos glaces ne vont pas tarder à fondre et je ne tiens pas à en avoir partout sur mes vêtements.

Soudain, Natanaël ralentit et tourne la tête. Je suis son regard, qu'il a posé sur une silhouette près de la Galerie de Travers. Nous nous arrêtons et je lève la tête pour regarder mon frère, l'air interrogatif.

« C'est Edwin Wellhister. Il est dans ma filière. »

Son visage, étrangement, s'éclaire. Sans me demander mon avis, il marche en direction de l'élève en train de fumer. Cela fait longtemps que je me suis réconciliée avec la cigarette. Si au début j'en étais dégoûtée, car toute ma famille ou presque fume, j'ai fini par m'y habituer – car, ironiquement, tout mon entourage continue de fumer. C'est quelque chose que je pourrais moi-même faire, et Swart... enfin, ce n'est pas le sujet. Je rattrape Natanaël en quelques pas au moment où il arrive au niveau de son camarade.

« Bonjour Edwin. »

Il sourit et je sens une pointe de jalousie percer dans mon cœur. C'est le sourire qu'il m'adresse habituellement, celui qui creuse la fossette de sa joue droite. C'est le sourire le plus sincère qu'il est capable de créer et il n'est normalement réservé qu'à moi. Pourquoi cet Edwin, alors ? Pourquoi est-ce qu'il a l'air si heureux de le voir, pourquoi est-ce que ses yeux brillent et son visage s'éclaire de la sorte ? Pourquoi faut-il que nous soyons là et que lui ne soit pas encore en voyage ? Morose, je m'approche à mon tour et salue le Wellhister d'un signe de la main.

« Tu vas bien ? Je te présente ma sœur, Ashley. »

Il me désigne de la main et je suis bien obligée de dire quelque chose.

« Enchantée... »

Natanaël lève un sourcil interrogateur que j'ignore royalement. À la place, je me tourne vers la vitrine de la Galerie, à la recherche d'un objet qui pourrait me détourner de la conversation à venir et me permettre d'ignorer ce voleur d'attention.

« Tu as vu quelque chose qui te plait ? » j'entends Natanaël demander avec une curiosité sincère qui me fait pincer les lèvres.

PNJ actif : Natanaël Houston
Mots en gras pour Au fil des mots

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

PNJ J A.H S'accepter comme on est
L'attention fixée sur la vitrine mais le regard dans le vide, Edwin observe son reflet. Il est flou, sûrement à cause de ses yeux qui louchent à moitié et pendant un instant, le jeune homme a l'impression de voir une image déformée de lui. Une image qu'il a bien souvent vue dans le miroir. Celle qui le fait se sentir étrange, bizarre. Dégoûtant, parfois. Et une image qu'il est ravi d'arriver à laisser derrière lui même si, manifestement, elle n'est jamais très loin.

Le Serpentard se force à cligner des yeux quelques fois pour laisser s'effacer cette vision de lui qui ne lui plait en rien et, quand enfin il se revoit lui-même dans le reflet de la vitre, il laisse échapper un petit sourire. Il va bien, et il ne va pas s'effondrer. De toute façon, ça fait bien longtemps qu'il ne s'effondre plus. En ce moment, il se contente surtout de quelques craquelures qui sont rapidement réparées par une bonne nuit de sommeil, un peu d'écriture dans son journal et des mots chuchotés à Piou, son fidèle Boursoufflet. Elle commence à vieillir mais elle est toujours aussi attentive qu'au premier jour, avec ses petits yeux brillants d'intelligence et cette manière qu'elle a de savoir quand il est temps de venir se blottir contre lui et quand, au contraire, il ne supporterait pas son contact.

Occupé à observer un des nouveaux coffrets de dessins au fusain qui viennent de sortir et qui sont donc alignés dans la vitrine, Edwin n'entend pas les deux autres arriver. Son angoisse s'est évaporée tout en douceur, le laissant calme et détendu. Presque un peu trop, d'ailleurs, parce que quand Natanaël se rapproche pour le saluer, Edwin manque presque de ne pas s'en rendre compte.

C'est le reflet de son visage dans la vitrine qui le sort de sa contemplation et Edwin manque de se donner un coup dans le visage alors qu'il se précipite pour retirer sa cigarette de ses lèvres. D'un geste rapide, il la camoufle légèrement derrière lui tandis qu'il se tourne vers son camarade de promotion. Aussitôt, son visage s'éclaire d'un sourire penché qui creuse ses joues et fait ressortir quelques dents blanches. En baissant les yeux sur l'autre, il remarque un sourire en réponse au sien qui a le mérite de faire doucement rosir ses joues. Natanaël, salut. répond-il d'une voix douce et chaleureuse. Sans y penser, il se tourne un peu sur le côté afin de camoufler au mieux sa tenue. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu, même s'il est ravi de voir son camarade. Les deux sont amis, enfin, Edwin aime à penser que oui. En tout cas, ils le sont au moins comme deux camarades de promotion qui partagent les mêmes cours peuvent l'être.

Ami ou pas, cependant, il est un sorcier de Poudlard et Edwin a du mal à ne pas laisser germer la graine de l'angoisse en lui. Et s'il racontait tout ça aux autres ? Et s'il trouvait ça hideux ? Techniquement, le jeune homme se fiche pas mal de ce que les gens peuvent savoir ou pas : ils finiront tous par le voir avec un style un peu différent d'avant mais... Mais il ne peut pas s'empêcher d'être un peu anxieux à l'idée qu'une image circule de lui et que celle-ci ne vienne pas de lui. Qu'elle soit erronée ou pas, l'idée que quelqu'un puisse discuter de lui avec les autres le met mal à l'aise. Cependant, il ne compte pas s'enfuir en courant alors autant faire comme si de rien n'était, même s'il se doute bien qu'il n'a pas l'air des plus à l'aise. Je vais bien et toi ? Mon frère m'autorise à passer quelques jours à Londres durant l'été, donc j'en profite pour me balader. Laisse-t-il échapper, sans trop savoir pourquoi il ressent le besoin de justifier sa présence ici. Et toi ? Vous êtes venus pour vos courses ? demande-t-il avant de tourner son attention vers Ashley.

Il l'a vu quelques fois dans Poudlard, mais ne lui a jamais parlé. Pas étonnant, d'ailleurs, puisqu'elle était bien plus jeune que lui. Cependant, Natanaël l'avait déjà mentionné et il n'était donc pas surprit de le voir en sa compagnie. Il lève sa main libre et agite les doigts vers elle avec un sourire qui se veut avenant. Enchanté Ashley. Bon choix de glace. Ajoute-t-il avec un sourire. Il n'aime pas tellement les sucreries, Edwin, mais les fruits ? Les fruits, et tout ce qui en est dérivé en terme de glaces et crèmes, ça n'a rien de meilleur.

Ouais. Lâche-t-il à la suite de la question du plus petit, le regard fixé sur lui. Au bout de quelques secondes, il semble se rendre compte qu'il le fixe et détourne les yeux vers la vitrine en rougissant. Eumh... Ouais, euh... Enfin, je me suis arrêté un peu par hasard mais... Enfin, t'as vu ce nouveau coffret ? Je regardais ça. Pour mes dessins, tu vois. Il avait toujours un carnet et quelques crayons dans son sac mais, à ses heures perdues, il aimait s'essayer à l'aquarelle ou au fusain, bien caché dans ses dortoirs ou dans un coin du parc assez calme. Cependant, trop dangereux de garder tout son matériel sur lui, surtout avec les dizaines de petits morceaux de métal qui se baladaient dans son sac et qu'il utilisait pour bricoler des animaux ou des petits objets. Alors il se contentait de garder un unique crayon au bout mangé qu'il avait toujours dans la main quand il avait du temps libre.

Et toi ? demande-t-il à l'autre alors que son regard se balade autour de lui mais jamais sur son visage. Un truc de tape dans l'œil ? Finalement, il se penche un peu pour apercevoir la plus jeune derrière son frère et lui demande : Tu vois un truc sympa, toi aussi ? Ca ne devait pas être très marrant d'être embarquée dans une discussion avec un inconnu. Edwin avait un peu de peine pour elle, sachant parfaitement qu'à sa place, il se serait senti mortifié et incapable de suivre quoi que ce soit des paroles des deux autres. Servir de troisième roue, ça ne finissait jamais bien pour lui et généralement, il faisait en sorte de s'éclipser discrètement dès qu'il le pouvait. Ce n'était pas qu'il était peu sociable, en fait il était même carrément extraverti avec ses proches amis mais la présence d'inconnus le mettait souvent mal à l'aise, voire sur les nerfs. Quelques restes de paranoïas qui avaient du mal à s'enfuir, voilà tout.

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Natanaël ne voulait pas faire sursauter Edwin. À son mouvement brusque pour cacher sa cigarette – que nous avons de toute façon vue très clairement – il lève les sourcils, puis les mains comme s'il montrait qu'il ne voulait pas lui faire peur. Mais son sourire le rassure et il le lui rend un peu plus, les joues rosies. Je plisse les yeux. Il rougit. Natanaël ne rougit normalement pas. Il a des regards timides, des coups d'œil discrets, il baisse la tête comme s'il était gêné et se balance parfois d'un pied sur l'autre pour montrer son malaise, mais jamais il ne rougit, jamais ses joues ne se teintent de la couleur des roses et jamais elles ne lui laissent sur le visage la sensation d'un picotement comme s'il se tenait contre le vent hivernal. Mais face à ce Edwin, il rougit comme un enfant qui se fait réprimander ou comme un amant à qui l'on fait un bisou inattendu sur la joue.

Je n'aime pas ça. D'ailleurs, je n'aime pas beaucoup cet Edwin. Il est trop grand, je suis obligée de me tordre le cou pour le regarder, et il met mon frère dans un état que je ne lui connais pas. Je ne le reconnais presque plus. S'il ne s'appelait pas Natanaël, je ne saurais même pas que c'est lui. Mais l'autre Serpentard, là, il fait ce que moi je suis supposée faire. C'est moi qui fais sourire mon frère, c'est moi qui le fais rire, c'est moi qui allume l'étincelle dans ses yeux et c'est moi qui creuse sa joue droite. Ce n'est pas lui et il n'en a pas le droit. Il n'est pas son frère, à ce que je sache, ni son meilleur ami, ni son copain, sinon j'en aurais entendu parler parce que Natanaël, à ce que je sache, ne m'a jamais rien caché. Et si c'est le cas, je ne suis pas au courant ; mais il ne sait jamais me garder un secret bien longtemps alors j'aurais bien fini par l'être.

« Je vais bien aussi. Ton frère est gentil, nous nous sommes venus avec nos parents et frères et sœurs. Enfin aujourd'hui ils ne sont pas avec nous, mais... »

Il s'interrompt d'un coup, laissant sa phrase fondre sur le bout de sa langue, en suspens. Je lui jette un coup d'œil, doublement étonnée. Déjà, il s'est auto-coupé la parole, comme s'il avait peur d'en dire trop. Ensuite, il en a trop dit. Ce n'est pas non plus dans ses habitudes d'autant parler, d'autant en dévoiler sur lui ou sur ce qu'il fait sans qu'on ne le lui demande précisément. À nouveau, cette sensation d'oppression sur mon cœur me saisit et je baisse les yeux. Mais je sens son regard sur moi, il me brûle et je me force à me redresser et à ignorer l'impression que j'ai de ne plus connaître mon frère.

« Ils visitent la ville.
On est là pour des courses, oui, pour la rentrée. T'as vu des choses sympas depuis que t'es à Londres ? »

Natanaël me sourit pour me remercier silencieusement de lui être venue en aide. J'hausse les épaules, n'ayant de toute façon pas eu le choix. C'était ça ou un silence prolongé pendant lequel mon frère pèserait le pour et le contre ; continuer de parler mais avoir peur d'ennuyer son camarade ou se taire et installer un malaise ? La réponse, pour moi, était vite choisie. Je ne suis pas contente d'avoir à parler à Wellhister mais je le serais encore moins si mon frère me faisait subir tout cela pour qu'au final, il change d'avis et se taise à tout jamais, souhaitant une bonne journée au Serpentard avant de m'emmener loin comme s'il venait de faire face à sa plus grande peur.

Ah oui, ma glace, pensé-je au compliment d'Edwin. Je l'avais presque oubliée. J'en prends quelques bouchées, remercie rapidement le grand et me détourne vers la vitrine de la galerie. De là, au moins, je n'ai plus à participer ni à subir les rougissements de Natanaël, et il ne m'apparait plus comme un inconnu. Je n'ai qu'à les ignorer et les laisser faire ce qu'ils veulent. Moi, ça ne me regarde pas de toute façon, je me fiche bien de ce qu'ils peuvent se raconter.

« Il est joli. »

Malgré moi, mon oreille se tend vers ce qu'ils disent. Et cela m'énerve qu'ils parlent d'art, parce que ça m'intéresse. Cela m'énerve encore plus qu'Edwin dessine car je perçois du coin de l'œil le corps de Natanaël se redresser d'intérêt. Moi aussi, ça m'intéresse, et pourtant je ne me grandis pas ; qu'est-ce qu'il y a chez le Serpentard qui m'échappe pour que mon frère soit aussi perturbé ?

« Tu sais, une fois- T'as des dessins sur toi ? »

Qu'il est difficile de ne pas tourner la tête vers eux ! Je ne rêve que de voir l'expression de Natanaël. Elle au moins pourrait me justifier un tel éparpillement de ses paroles. Que s'apprêtait-il à dire avant de changer de sujet ?

« Il y a un carnet sympa là-bas, il a une jolie reliure. »

Je l'imagine parfaitement pointer du doigt le coin de la vitrine qui l'intéresse. Je vois la légère moue sur son visage qui signifie qu'il est en train de réfléchir et je vois ses yeux qui papillonnent partout pour tenter d'apercevoir s'il n'y a pas autre chose qui attirerait plus son attention que le carnet qu'il mentionne. Je vois tout ça sans avoir besoin de le regarder. Edwin ne sait pas faire tout ça ; il ne connaît pas mon frère comme moi. Par conséquent, il ne peut pas se permettre d'accaparer autant son attention. Mais je n'ai pas le temps de médire plus longtemps qu'Edwin me parle à nouveau. Je cligne des yeux, forcée de me concentrer sur ce que je prétends regarder alors que depuis tout à l'heure, je regarde dans le vide.

« Ici il y a une palette d'aquarelle.
Oh ! Natanaël tourne la tête vers Edwin. Elle est très douée avec l'aquarelle. »

Je le fusille du regard. Pourquoi essaye-t-il de tourner l'attention vers moi ? Tente-t-il de nous faire oublier son éparpillement précédent ? Moi, je n'ai pas oublié ; j'ouvre même la bouche pour lui demander ce qu'il comptait dire. Mais je m'interromps en remarquant qu'il n'a d'yeux que pour Edwin, qu'il regarde directement tandis que lui n'ose pas poser son regard sur le visage du Serdaigle. Mes épaules s'affaissent ; je suppose que, lorsqu'on observe quelqu'un avec un regard rempli d'une telle sympathie, il n'y a rien qu'on puisse faire.

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Natanaël lève les mains, comme s'il avait été prit la main dans le sac en train de faire une connerie. Et, tout de suite, Edwin se sent un peu honteux. L'idée que son camarade puisse se sentir coupable pour quoi que ce soit en rapport avec lui lui envoie un petit pic dans la poitrine, même s'il ne comprend pas trop ce qu'il a pu faire pour que Natanaël se perçoive comme une menace pour lui. Edwin se demande un instant si son sourire qui s'intensifie, et ses jolies joues rouges, ne sont pas uniquement le signe de son malaise mais finalement, il abandonne l'idée. Personne ne sourit avec autant de joie dans les yeux s'il se sent mal. Enfin, Edwin n'est pas très doué pour comprendre les autres, alors peut-être que si, finalement.

C'est une question qu'il pourra se poser dans le creux de son lit, ce soir. Quand les lumières ne la rue marchante se seront éteintes et qu'il ne restera pour lui tenir compagnie que le son de sa propre respiration. Là, il réfléchira à tout ça avec un peu plus d'efforts mais à cet instant, il n'a pas envie de se torturer l'esprit avec des interrogations existentielles. Ce n'est pas le moment de disparaître dans son propre esprit pour aller se battre avec quelques uns de ses démons les mieux tapis.

Finalement, il se met à fouiller dans sa sacoche et en sort un petit cendrier personnel. Ensuite, il écrase sa cigarette dedans et l'y laisse avant de refermer la boite de métal et la glisser à sa place. Désolé. Pour l'odeur. dit-il ensuite doucement aux deux autres, les yeux baissés vers eux mais le regard loin d'être condescendant. S'il y a bien quelque chose qu'Edwin ne fait jamais, c'est regarder de haut les autres. D'ailleurs, sa taille le complexe parfois pour ça. Il a parfois l'impression d'être forcé à être hautain, avec sa taille, et il déteste l'idée de pouvoir renvoyer cette image de lui.

Mais ? demande-t-il la voix douce, en espérant que Natanaël finisse sa phrase. Mais il n'en fait rien, et c'est Ashley qui lui répond à la place. Il lui fait un sourire de remerciement et, tout de suite, son attention est à nouveau attirée par son camarade de promotion. Hmhm, fredonne-t-il finalement quand l'autre termine de parler. Owen est gentil. Il sait que j'étouffe parfois si je sors pas alors... Ouais. Il se coupe lui même, tout comme Natanaël. Il a l'impression que l'autre se force à en dire peu, et Edwin se demande un instant si c'est parce qu'il a hâte de terminer la conversation et de s'en aller. Pourtant, le brun ne bouge pas d'un iota. Qu'est-ce que ça doit être chouette, d'avoir plusieurs frères et soeurs dit-il, un peu rêveur. Lui, il avait toujours voulu être grand frère. Quelque chose en lui aspirait à pouvoir montrer le chemin à quelqu'un d'autre. Et, plus que tout, il souhaitait quelqu'un qui puisse le comprendre sans un mot et avec qui il pourrait faire tout un tas de choses. Dans les films, c'était toujours comme ça qu'étaient décrite les relations fraternelles et, pour Edwin qui avait grandi avec des films plutôt qu'avec de vraies relations, tout ça paraissait merveilleux.

La vie lui avait donné un grand frère et, bien qu'il ne l'échangerait pour rien au monde, l'idée d'être le dernier le rendait parfois triste. Surtout, Owen et lui n'avaient pas grandi ensemble et il était difficile d'imaginer deux enfances plus différentes que les leurs. Même si Edwin ne souhaitait à personne la vie qu'il avait mené jusqu'à quelques années de cela, il se demandait souvent ce que ça aurait pu changer de ne pas être seul à traverser ça. Si, en ayant quelqu'un à protéger, il n'aurait pas pu tenir tête plus tôt à sa mère au lieu de baisser les yeux quand les coups menaçaient de tomber.

Je ne me souvenais plus que tu avais plusieurs frères et sœurs. termina t-il doucement, comme s'il avouait une bêtise. Mais j'espère qu'ils apprécieront Londres aujourd'hui. La ville est toujours animée en été, alors ils ne vont pas s'ennuyer. Edwin avait de légers souvenirs d'un frère plus vieux, mais rien de plus.

Dans l'optique de mettre le Serdaigle plus à l'aise, Edwin reprit la parole pour parler un peu plus de sa visite de la ville. Peut-être que, comme cela, Natanaël se sentirait plus à l'aise pour finir ses phrases, qu'importe de quoi elles pouvaient bien parler. Ou peut-être qu'au contraire, il en profiterait pour sauter sur une des perches qu'Edwin lui tendaient pour s'enfuir de la conversation. J'ai surtout visité des.. euhm... Des boutiques de vêtements. Des friperies, c'est moins cher. Il se passa une main sur la nuque. Et puis j'ai re visité mon quartier d'avant, et le centre ville. Je fais ça chaque année, j'aime bien marcher et me balader un peu partout.

Se balançant finalement d'avant en arrière sur ses pieds, le bruit de ses talons frappant légèrement les pavés, Edwin pencha la tête sur le côté et demanda : Il vous reste beaucoup de courses à faire ? Je ne vous retient pas, j'espère. Mais, déjà, Natanaël reprenait la parole pour complimenter le coffret à dessin. Ce à quoi, évidemment, Edwin ne put s'empêcher d'hocher la tête avec énergie. Ce genre de coffrets, c'était un rêve éveillé, franchement. Il pourrait en demander un pareil, pour son anniversaire. Septembre arrivait à grands pas, et il fêterait bientôt ses 19 ans. C'était une date à fêter, et un anniversaire important d'après Owen. Mais bon, pour lui, tous les anniversaires de son petit frère l'étaient, ce qui rendait la journée vraiment spéciale pour Edwin. Ou peut-être qu'il pourrait demander de nouvelles cordes de Guitare ?

Un petit rire lui échappa finalement quand Natanaël se coupa à nouveau. Peut-être qu'il ne faisait pas ça pour s'échapper à la conversation, finalement. Je sais ? insista t-il doucement. Et puis, il hocha la tête avec un grand sourire, du genre qu'on lui prêtait peu souvent mais qui semblaient l'éclairer comme un sapin de Noël en période de fêtes. Oui, j'en ai ! De Londres, surtout. dit-il un peu précipitamment en fouillant dans sa sacoche pour en retirer un carnet donc la reliure avait clairement vécu des jours meilleurs. Mais l'usure, ça lui plaisait à Edwin. Cela montrait que le carnet avait vécu. Et pour vivre, il l'avait fait ! Et il avait voyagé tous les jours depuis son achat, fourré dans un sac de cours, une poche ou une sacoche. C'était pratiquement comme un doudou, à ce niveau là.

Il le tendit à l'autre d'une main aux ongles peints d'un violet foncé. Edwin avait passé quelques heures à choisir la couleur puis à se peindre les ongles jusqu'à ce que le tout soit parfait et sans bavure. Et une partie de lui se sentait un peu vaniteux, ayant envie d'agiter chacun de ses dix doigts sous le visage de Natanaël pour qu'il le couvre de compliment sur ce violet foncé qui semblait avoir quelques reflets bordeaux quand on le mettait à la lumière du soleil. Trop timide pour le faire, il se contenta de garder ses mains pour lui une fois que son camarade ait récupéré le carnet. Il les montrerait à Piou, en retournant à Dublin. Et à Owen, si son frère ne s'offusquait pas trop de ses nouvelles tenues. De celle qu'il pourrait, peut-être pas, mais Edwin avait caché dans sa valise une jupe et un joli haut qui laissait apercevoir l'intégralité de son ventre. Et ça, il n'était pas certain qu'Owen apprécie beaucoup.

Oh, oui, il est magnifique ! dit finalement Edwin en se tournant à nouveau vers la vitrine pour voir le carnet que lui pointait du doigt Natanaël. Le genre de carnet un peu trop cher, qu'on ose pas trop sortir de chez soi et qu'on pose toujours avec soin sur son bureau, limite à bien le tourner pour qu'il soit parfaitement droit. C'est vrai ? Enchaîne-t-il vers la jeune fille. C'est vraiment chouette ! Ce n'est pas facile, je suis admiratif. J'en utilise un peu, mais il me faut des heures pour arriver à un résultat que j'aime bien. Et, souvent, je me foire à la place ! dit-il avec un rire sonore.

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Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon

PNJ J A.H S'accepter comme on est
Natanaël hausse les épaules pour signifier que ce n'est pas très grave, pour l'odeur. Ce n'est pas comme si nous n'étions pas habitués. À la maison, tout le monde fume. Le jardin d'hiver est souvent enveloppé de volutes de fumée aux odeurs sucrées, souvent étouffantes. Quand on sort, Maman fume sa cigarette, Papa sa pipe, et lorsqu'il y a Grand-mère, c'est un cigarillo qu'elle tient entre ses longs doigts. Ne parlons pas de Gwennaëlle et Valerian. Alors la fumée ou l'odeur, on est habitués, et celle que dégage la cigarette d'Edwin est loin de pouvoir nous déranger d'une quelconque façon que ce soit. Nous serions de toute façon très mal placés pour juger.

Si la cigarette ne gêne pas Natanaël, ce n'est cependant pas le cas de savoir qu'Edwin a remarqué sa propre coupure dans la phrase qu'il avait commencée. Peut-être que le rouge de ses joues s'accentue un peu lorsque le Serpentard répète son "Mais", et peut-être qu'il baisse le regard vers moi pour ne pas avoir à affronter la douceur de son camarade. Je ne suis pas assez sûre de ce que je vois, car je suis en train de parler pour terminer sa phrase lorsqu'il froisse le pan de sa chemise comme pour se retenir de partir en courant à cause de la honte – ou de la gêne, lui-même ne sait pas trop – qu'il ressent. Il se cache un instant derrière sa glace pour reprendre contenance, puis à nouveau sa voix s'élève et il attend ensuite la réponse d'Edwin, avec une réelle curiosité que je lui connais particulièrement. Cette curiosité aussi, habituellement, elle m'est adressée. Il me pose toujours toutes sortes de questions. Certaines sont plus ennuyantes que les autres ; qu'as-tu fait aujourd'hui, qu'as-tu mangé, qui as-tu vu, etc. Mais lorsqu'elles creusent un sujet profond, oh Merlin, je pourrais lui parler des heures, et lui toujours trouver quelque chose à demander, et c'est dans ces moments que notre lien atteint ses zones les plus profondes, car alors plus rien au monde ne compte hormis lui et moi, plus rien ne peut franchir la bulle que nous formons et de nos conversations naissent des étoiles à en faire pâlir la Lune. Ces moments je les chéris de tout mon cœur et Wellhister n'a pas le droit de me les voler en éveillant le scintillement intéressé des yeux de Natanaël.

« Alors ? »

Je l'entends répéter lorsque l'autre se coupe, exactement comme il avait répété son "Mais". Mes lèvres se pincent à nouveau malgré mon regard fixé sur la vitrine. Natanaël n'est pas le genre de personne à insister, il laisse leur espace personnel aux autres. Il n'insiste pas sauf quand il veut vraiment savoir quelque chose. Mais je ne vois pas en quoi en apprendre plus sur Owen lui servirait ou lui apporterait quelque chose. Owen d'ailleurs, ce n'était pas le bibliothécaire de Poudlard avant Miss Pinehead ? Ce n'est sûrement qu'une coïncidence, il doit y avoir des milliers d'Owen à travers la Grande-Bretagne.

Le doux rire de Natanaël s'élève entre moi et ma jalousie à la nouvelle question d'Edwin. Avoir des frères et sœurs... J'aimerais dire que c'est chouette. Avec Natanaël, d'habitude, ça l'est. Mais dans des moments comme aujourd'hui, ou je me sens de trop et où je ne compte plus à ses yeux et où il devient un inconnu et où je souhaiterais ne plus le voir, ce n'est pas si chouette. Ce n'est pas si chouette non plus avec Gwennaëlle et Valerian. Il y a plus de bas que de hauts avec eux et je ne peux pas dire que je les apprécie tous les jours – loin de là. Parfois j'aimerais être fille unique, même si cela signifierait que je serais la seule sur qui Maman pourrait poser ses yeux et ses ambitions.

« Ça dépend des fois, j'entends dire Natanaël, et j'entends son sourire à travers ses mots. C'est parfois dur de trouver un moment de tranquillité et de solitude, surtout quand on est quatre, six avec nos parents. »

Comme il a raison ! Je n'ose compter le nombre de fois où j'ai été embêtée par l'un ou par l'autre, où j'ai dû supporter la présence de ma famille, où je n'ai pu réussir à m'isoler suffisamment longtemps pour retrouver ma paix. Natanaël est bien plus doué que moi pour se dérober aux obligations familiales. Je l'envie souvent pour ça.

« Ils nous raconteront Londres, c'est sûr. Je pense qu'ils vont aller dans des musées, il y fait frais. » termine-t-il avec douceur.

Après réflexion, je me dis que des musées, en plus de m'intéresser, n'auraient pas été si mal, s'ils m'avaient permis d'éviter de voir toute la relation avec mon frère, que je pourrais qualifier de privilégiée, s'effondrer en un battement de cils d'Edwin. Mes épaules s'affaissent à cette pensée, tandis qu'ils continuent de parler de la capitale anglaise.

« Des friperies ? Tu as acheté des vêtements sympas ? » Il marque une pause et ajoute : « Je ne savais pas que tu avais habité ici. Ça te manque pas trop ? »

C'est ensuite à mon tour de tourner la tête. Je ne peux pas m'en empêcher.

« Non, on avait presque fini. On n'est pas pressés. »

Je ne me laisse pas le temps de regretter mes paroles. Le large et lumineux sourire que m'adresse Natanaël me suffit à savoir que j'ai fait la bonne chose, de lui permettre de pouvoir continuer à discuter tranquillement avec son ami. Je n'en ressens aucune fierté et aimerais au contraire que l'on parte au plus vite, mais je ne suis pas assez égoïste pour lui imposer ça. Et si je suis honnête avec moi-même, cet Edwin n'est pas si désagréable que ça. En d'autres circonstances, je pourrais le trouver sympa. Un peu trop grand et trop poli, mais pas méchant ni détestable. La seule raison qui me fait le déprécier est qu'il rend mon frère étranger à mes yeux.

Celui-ci rougit d'ailleurs violemment lorsqu'à nouveau, Edwin répète la fin de sa phrase. Cette fois-ci, je ne peux pas lui venir en aide, puisque je ne sais pas de quoi il parle et je n'ai aucun moyen de deviner ce qu'il pouvait bien avoir envie de dire. Il est obligé de se débrouiller pour se sortir du pétrin dans lequel il s'est mis tout seul.

« Tu sais j'ai... un dessin... » il panique et s'arrête à nouveau, évitant avec grand soin le regard du Vert.

Je ne comprends pas beaucoup plus longtemps ce qu'il tente de dire mais le sujet change sur les dessins d'Edwin. Je les regarde à nouveau tandis que Natanaël prend avec une très grande délicatesse le carnet que lui tend son camarade. Soigneusement, il l'ouvre à la dernière page et regarde les dessins de Londres, d'un œil autant admiratif qu'expert. Je sais qu'il analyse automatiquement les traits du Serpentard et je fais pareil. Il est doué.

« C'est très beau. Tes ongles aussi. »

C'est ainsi que je remarque les ongles violets du futur septième année et je m'en étonne. Hormis Maman et Gwen je n'ai jamais vu personne mettre du vernis. Cela dit, ce n'est pas laid, je trouve ça original et plutôt réussi, rien ne dépasse. La main de Natanaël se lève comme pour prendre celle d'Edwin et en admirer les ongles de plus près, mais elle s'arrête et se fige au niveau du carnet. Il en profite d'ailleurs pour le lui rendre. Ça aussi, je ne l'apprécie pas. Natanaël n'est pas quelqu'un de tactile. Il ne me prend jamais dans ses bras ou ne pose jamais ses mains sur mes épaules. Ou peut-être ne le fait-il pas car je l'ai tant repoussé qu'il ne tente plus de faire ce qui est perdu d'avance ? Un instant je suis prise de remords car ce serait de ma faute, si nos contacts se réduisent à un tapotement sur l'épaule pour attirer l'attention de l'autre. Puis je me rappelle que lui non plus, n'aime pas être touché, alors ça m'énerve un peu que soudainement, il veuille prendre la main d'Edwin dans la sienne. Si je n'ai pas le droit de le faire, pourquoi le ferait-il au Serpentard ?

Je n'apprécie pas non plus comment il détourne l'attention sur moi et l'aquarelle. Je n'aime pas étaler mes talents devant tout le monde et lui, il me met sur le devant de la scène comme si c'était tout naturel. Mais ça ne l'est pas ; je ne veux pas qu'on m'intègre à la conversation.

« Il faut juste de l'entraînement », réponds-je en haussant les épaules, comme si ce n'était rien alors qu'il m'a fallu pas moins de sept ans d'entrainement avant d'être enfin satisfaite de mes œuvres. « Tu dessines avec quoi, toi ? Nat aime bien dessiner les gens. »

C'est fourbe, je le sais, je sais qu'il le sait lorsque je lui lance un regard plein de défi et qu'il se mord la joue pour se retenir de démentir mes propos. Mais il le mérite, je ne regrette absolument pas mes paroles. C'est mon tour de l'afficher un peu, pour tout ce qu'il a fait depuis qu'il a vu Edwin. Pour l'oubli auquel je fais face tandis que son esprit tout entier est occupé par le visage de son camarade.

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

PNJ J A.H S'accepter comme on est
Edwin agite la main face au haussement d'épaules de l'autre, l'air de dire "ce n'est rien de grave". Il n'aime pas l'idée d'empester l'air des gens et il a bien conscience que peu de monde aime l'odeur de la cigarette. Lui-même ne l'aime pas vraiment, quand il y réfléchit bien, alors il se voit mal l'imposer à son entourage. Ce n'est jamais très agréable, même quand on y est habitué pour une raison ou une autre. Et puis, Ashley est assez jeune, encore, elle n'a pas besoin d'avoir les poumons défoncés à cause de lui. Enfin, même si elle était vieille, ça ne changerait rien à l'argument. Même s'il ne fume que des cigarettes douces, de celles que fument les femmes distinguées sur les bords de la Tamise durant les soirs d'été, l'odeur n'est pas agréable pour autant.

Edwin semble attendre que l'autre termine sa phrase mais Natanaël n'a pas l'air décidé à finir sa pensée et, finalement, le jeune homme se désintéresse de l'idée. Enfin, il s'en désintéresse surtout parce qu'il est trop occupé à réfléchir ce qu'il peut bien répondre à sa question. Ce n'est que vengeance, se dit-il : S'il reprend le Serdaigle sur ses coupures, lui a le droit de faire la même chose. L'idée lui tire même un sourire penché et plein d'amusement. Sa propre arme utilisée contre lui, quel karma. C'est peut-être pour montrer à l'autre qu'il n'a pas à se retenir de parler que le brun décide de répondre, ou peut-être parce qu'il se fiche simplement de donner cette information sur lui. En fait, ce n'est pas quelque chose de secret, c'était surtout qu'il n'avait pas envie d'assommer son camarades avec des informations inintéressantes. Mais si Natanaël a envie d'être assommé par ses paroles, Edwin le laissera faire sans soucis. Du coup, pendant les vacances, je passe toujours quelques jours à Londres, tout seul. Il passe une main par dessus son épaule pour ramener sa tresse sur sa poitrine et jouer avec le bout. Tout en caressant la pointe de ses cheveux, il ajoute : Je préfère souvent rester dans des hôtels du côté moldu mais le Chaudron Baveur, c'est plutôt chouette aussi. Et puis Owen préfère, c'est moins flippant pour lui.

Edwin quant à lui, pourrait tout aussi bien dormir par terre à la belle étoile que ça ne changerait rien. Il n'a jamais été du genre à faire la gueule à une situation, même quand elle n'était pas du même standard que sa chambre à Poudlard. Mais Owen préférait le savoir en sécurité dans un lit sorcier plutôt qu'étalé dans une tente installée à la périphérie de Londres, alors Edwin dormait au Chaudron Baveur. Et force était d'avouer que c'était effectivement mieux que de jouer au vagabond, surtout quand on considérait la manière dont ça s'était terminé la dernière fois. Tomber sur un Harrison alors qu'il marchait seul après avoir fugué de chez sa mère, ça n'avait pas été un bon souvenir et il préférait largement se retrouver enfermé dans une chambre trop étroite pour son besoin de liberté plutôt que de tenter le diable et de finir enfermé dans bien pire.

Edwin hoche la tête à la remarque de l'autre, semblant complètement comprendre son point de vue. Et puis, avec un petit sourire taquin, il se rapproche jusqu'à pouvoir frapper légèrement son épaule avec la sienne. Tu n'auras qu'à venir au Chaudron Baveur toi aussi, si tu as envie de te retrouver un peu seul. Dans l'énergie du moment, il ajoute même un clin d'œil avant de lâcher un petit rire et de s'éloigner d'un pas pour reprendre sa position précédente. Ou alors, je pourrais t'apprendre à grimper aux arbres, si tu en as dans ton jardin ! ajoute-t-il avec un grand sourire amusé. Lui-même s'était bien souvent retrouvé en haut d'un arbre pour échapper à la pression de sa mère, de l'école et de tout le reste. Une pression monstrueuse qui semblait s'éteindre au fur et à mesure de son ascension, comme si le fait que ses pieds quittent le sol changeait tout.

J'espère qu'ils passeront au Victoria & Albert Museum. C'est un de mes préférés. termine-t-il doucement avant d'hésiter sur la suite. Finalement, il hoche la tête et fait un petit tour sur lui-même, comme pour lui montrer sa tenue plutôt qu'essayer de se faire le plus petit possible. Il s'est senti joli dans le miroir avant de sortir. Il sait que chacun des accessoires et chacun des vêtements est 100% lui, alors il ne devrait pas en avoir honte. Alors, il étouffe le sentiment qui menace de le submerger, celui qui lui hurle qu'il se ridiculise, et tourne sur lui-même comme uns de ces présentoirs à cartes postales qu'on retrouve dans les boutiques se souvenirs. Et, au fond de lui, il espère que Natanaël le trouvera aussi jolie que les quelques cartes à l'aquarelle qui se cachent au fond de quelques boutiques de papeterie.

Un peu tout ça chuchote-t-il presque après avoir terminé son tour. Surtout le foulard, j'étais parti chercher ça au départ mais... En fait, tout était trop joli donc j'ai craqué. Et puis, heureux de pouvoir se raccrocher à sa question suivante - dans le cas horrible où son camarade se dirait qu'il avait l'air d'un clown - Edwin continue d'une voix rapide, tellement qu'il bute presque sur ses mots : Si ! Tout me manque mais... Bah, je vis vachement mieux maintenant. Et Dublin est sympa aussi, même si c'est pas Londres évidemment. Heureusement, je peux continuer à venir ici et à faire des visites.

Londres avait été son échappatoire pendant tellement d'années que quitter la ville lui avait fait un trou dans la poitrine. Tout lui avait manqué durant les premières semaines. Les bruits de Dublin n'étaient pas les même, l'odeur non plus. Les villes qu'il avait passé des heures à parcourir et qu'il connaissait comme sa poche avaient disparues, remplacées par d'autres qu'il ne connaissait pas. Tout ça l'avait déstabilisé mais, à l'époque, il n'avait jamais osé se plaindre. Dire à Owen qu'il regrettait Londres, ça lui avait parût cruel, surtout après tout ce que l'ancien bibliothécaire avait fait pour lui.

Natanaël se coupe à nouveau, et Ashley ne finit pas non plus sa phrase, pour la deuxième fois de suite. Le tout commence à tendre légèrement Edwin qui se demande s'il n'empêche pas réellement l'autre de profiter de sa journée. Ou pire, qu'il parle trop et que l'autre s'ennuie. Le Serpentard s'empêche de se mordiller les ongles et, à la place, se remet à se bouffer les lèvres, presque sans y penser.

Mais le Serdaigle complimente ses ongles et ses dessins et Edwin semble fondre comme neige au soleil. Ses épaules se détendent et la petite ride d'inquiétude sur son front disparaît pour laisser place à celles qui apparaissaient quand il sourit. Natanaël lui rend son carnet mais Edwin n'a pas manqué le mouvement de sa main et, avant d'avoir pu vraiment y réfléchir et plus par réflexe qu'autre chose, il tend sa main libre vers son camarade et lui prend la sienne. Il a tellement l'habitude de tenir la main de Lili ou de Lily-Rose quand ils marchent ensemble que ça ne lui paraît pas étrange. La seule différence est la chaleur qui semble se propager le long de son bras et remonter jusqu'à son visage qu'il sait avoir prit quelques teintes rosées.

Il ne fait rien de cette main dans la sienne, à part la garder là. Et, dans une tentative de faire comme si son rythme cardiaque ne s'était pas accéléré, il se rapproche d'un pas pour pouvoir faire retomber son bras à ses côtés sans lâcher l'autre et se tourne vers sa petite sœur.

Eh bien, j'espère être aussi doué que toi un jour, alors dit-il doucement avec un sourire sincère. Il n'a jamais vu les dessins de l'autre mais a beaucoup de mal à apprécier les siens à l'aquarelle, alors il ne doute pas que la différence de talent joue en la faveur de la jeune Poufsouffle. Sa prochaine remarque l'enchante. Au fusain surtout, mais comme ce n'est pas pratique à transporter, je dessine aussi beaucoup avec des crayons ou des stylos moldus. Puis, il se tourne vers son camarade avec un sourire ravi et surprit aux lèvres. C'est vrai ? Je ne savais pas du tout ! Il n'est même pas certain d'avoir déjà vraiment remarqué le Serdaigle avec un crayon dans la main, mais c'est sans doute parce qu'il est trop occupé à gribouiller dans ses carnets à lui que parce que l'autre ne dessine pas. D'un coup, il se sent un peu triste de n'avoir jamais pu discuter d'art avec son camarade car cela aurait pu être un bon moyen de se rapprocher de quelqu'un de sa promotion qu'il appréciait beaucoup.

Tu me montreras un jour, dis ? Et puis, il lève le carnet qu'il tient toujours de son autre main et ajoute : Donnant donnant ?

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Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
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"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon