Nous ne serons pas des leur(re)s
PNJ actif : Conor Farrow
Comment se prépare-t-on si l'on ne sait rien de ce qui nous attend ? Faut-il avaler les phrases toutes faites, toutes polies, les merci monsieur je vous sais gré de m'accueillir ici dans cette demeure à laquelle vous faites du bien et que la famille vous remercie de gérer avec autant de professionnalisme, on m'a dit beaucoup de bien de vous et de vos talents de divination et on m'a raconté des histoires — oh ! toutes à votre honneur ! — et je suis heureuse de vous revoir, oui le temps est passé si vite et ma mère et mon père sont vraiment désolés de ne pas pouvoir venir vous voir ici eux aussi, mais vous comprenez leur travail... et pourtant ils pensent à vous et ils vous remercient pour vos services et vous nous feriez un plaisir en nous rejoignant une après-midi à Godric's Hollow pour boire le thé, oui, oui, vraiment, et des mensonges qu'on tisse les uns sur les autres, c'est un véritable vêtement d'apparat, les apparences trompeuses ah c'est sûrement cela, une mascarade bien préparée qui suit les convenances, qui plaît et dissimule toute sensibilité et toute sincérité. Non, mon oncle, on ne m'a pas dit que je devais me méfier de vous, ni que vous étiez un sorcier égaré, troublé, ermite, on vous fait confiance dans la famille, évidemment, et on vous apprécie ; vous êtes des nôtres, non ?
Non non non
Je ne suis pas perdue, je ne suis pas inquiète, je sais où je vais.
Vraiment ?
C'est peut-être ma seule certitude. Je connais l'adresse, j'y suis déjà allée même si je ne m'en souviens qu'à peine. Il s'agit de ma demeure familiale, d'un grand bâtiment lié à mon nom depuis des générations et qui se transmettra à l'avenir à mes enfants, avec tous ses secrets et ses traces du passé, et ce « Farrow » qui peut parfois peser si lourd, lui, bien plus lourd qu'une bâtisse centenaire et immense. Alors je sais où je vais et pourtant je ne sais rien de ce que j'y trouverai, de ce que j'y ferai, car la raison de ma présence semble s'expliquer par le caprice un peu étrange d'un grand-oncle que je ne connais pas et que je ne vois plus depuis des années.
Mais je suis sage et non troublée, et j'obéis comme la fille, l'héritière qu'on veut que je sois.
Sans poser de questions, sans faire de bruit.
Je me place docilement au milieu de la cheminée, poudre en main.
« Demeure familiale des Farrow, au bout du chemin du pin brisé, près de Kinross, en Écosse. »
Je jette la poudre de chemisette à mes pieds et les flammes deviennent vertes. Une inspiration et me voilà emportée.
Comment se prépare-t-on si l'on ne sait rien de ce qui nous attend ? Faut-il avaler les phrases toutes faites, toutes polies, les merci monsieur je vous sais gré de m'accueillir ici dans cette demeure à laquelle vous faites du bien et que la famille vous remercie de gérer avec autant de professionnalisme, on m'a dit beaucoup de bien de vous et de vos talents de divination et on m'a raconté des histoires — oh ! toutes à votre honneur ! — et je suis heureuse de vous revoir, oui le temps est passé si vite et ma mère et mon père sont vraiment désolés de ne pas pouvoir venir vous voir ici eux aussi, mais vous comprenez leur travail... et pourtant ils pensent à vous et ils vous remercient pour vos services et vous nous feriez un plaisir en nous rejoignant une après-midi à Godric's Hollow pour boire le thé, oui, oui, vraiment, et des mensonges qu'on tisse les uns sur les autres, c'est un véritable vêtement d'apparat, les apparences trompeuses ah c'est sûrement cela, une mascarade bien préparée qui suit les convenances, qui plaît et dissimule toute sensibilité et toute sincérité. Non, mon oncle, on ne m'a pas dit que je devais me méfier de vous, ni que vous étiez un sorcier égaré, troublé, ermite, on vous fait confiance dans la famille, évidemment, et on vous apprécie ; vous êtes des nôtres, non ?
Non non non
Je ne suis pas perdue, je ne suis pas inquiète, je sais où je vais.
Vraiment ?
C'est peut-être ma seule certitude. Je connais l'adresse, j'y suis déjà allée même si je ne m'en souviens qu'à peine. Il s'agit de ma demeure familiale, d'un grand bâtiment lié à mon nom depuis des générations et qui se transmettra à l'avenir à mes enfants, avec tous ses secrets et ses traces du passé, et ce « Farrow » qui peut parfois peser si lourd, lui, bien plus lourd qu'une bâtisse centenaire et immense. Alors je sais où je vais et pourtant je ne sais rien de ce que j'y trouverai, de ce que j'y ferai, car la raison de ma présence semble s'expliquer par le caprice un peu étrange d'un grand-oncle que je ne connais pas et que je ne vois plus depuis des années.
Mais je suis sage et non troublée, et j'obéis comme la fille, l'héritière qu'on veut que je sois.
Sans poser de questions, sans faire de bruit.
Je me place docilement au milieu de la cheminée, poudre en main.
« Demeure familiale des Farrow, au bout du chemin du pin brisé, près de Kinross, en Écosse. »
Je jette la poudre de chemisette à mes pieds et les flammes deviennent vertes. Une inspiration et me voilà emportée.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Nous ne serons pas des leur(re)s
Le chemin est long et désagréable ; je sens déjà l'odeur de suie et de poussières qui me poursuivra jusqu'à la fin de la journée, car de toute évidence, cette route n'est pas empruntée régulièrement, et cela ne m'étonnerait pas qu'aucun sorcier n'y ait mis les pieds depuis des mois. Je serre les dents et la poignée de ma valise, inquiétude dissipée dans le voyage, avant d'être recrachée dans une jolie cheminée en pierre, à l'intérieur d'un petit salon encombré mais lumineux.
La demeure de ma famille.
Une quinte de toux me vide impitoyablement les poumons, me privant du soin de saluer et de me présenter. Toutes les phrases préparées partent en fumée dans ce foyer pourtant éteint. Mais même si cela avait été possible, je crois que je n'aurais jamais eu l'occasion d'articuler un mot avant mon grand-oncle, car l'homme âgé que j'imaginais discret me tombe dessus comme un orage, avec sa voix caverneuse et son accent prononcé, avalant avant même de me tendre la main l'air que je cherchais à conquérir.
« Oh ! Par Merlin ! À quoi bon faire venir quelqu'un pour déboucher toute cette tuyauterie si le résultat est toujours aussi terrible ? Bah, je sais, j'ai demandé à un voisin, mais j'aurais dû faire appel à un professionnel... Je pensais que cela suffirait ! Mais bon, je referai venir quelqu'un et... » Ses grands yeux qui me fixent s'arrondissent. « Et je te laisse dans ces tuyaux ! Mais viens, viens, j'ouvre les fenêtres, ça ira mieux, respire, calme-toi et ça passera. Vilaine quinte de toux... »
Il m'attrape délicatement le bras et m'aide à me tirer de là, agitant ensuite sa baguette pour faire s'ouvrir les fenêtres, laissant entrer l'air et le vent qui jettent des mèches de cheveux devant mes yeux et me donnent pourtant tout de suite l'impression d'aller mieux.
« Merci, ai-je l'occasion d'articuler, la gorge apaisée et les paupières papillotant.
– Ce n'est rien ! affirme-t-il en secouant la tête. Cela me fait tellement plaisir de t'accueillir, non pas que je t'attendais mais quand même, je ne pouvais pas m'empêcher de rester à traîner par ici au cas où et— Ah par Morgane ! Tu es toute jolie ! Tu n'as pas changé depuis la dernière fois que je t'ai vu. Des points communs avec ta mère, effectivement, on ne peut pas le nier... Mais des yeux de Farrow, c'est certain ! »
Des yeux de Farrow... Comme les siens, bleus. Ont-ils aussi cet éclat, cet air malicieux et énergique que rien ne saurait effacer ? Oh, comme je me sens troublée ! Le sorcier est si différent de celui que j'imaginais ! Je reconnais son visage, ses sourcils broussailleux, ses cheveux blancs, ses pommettes hautes, et même l'arête imposante de son nez. Mais ce bavardage ? Cette vitalité ? Mon regard doit être surpris, avant d'être bleu.
« Pardon, j'en oublie mes manières ! » Conor s'écarte de moi, sourit, et ouvre un bras, m'invitant à jeter mon attention sur la pièce qui m'entoure, et que j'ai à peine observée. « Bienvenue chez toi petite ! »
La demeure de ma famille.
Une quinte de toux me vide impitoyablement les poumons, me privant du soin de saluer et de me présenter. Toutes les phrases préparées partent en fumée dans ce foyer pourtant éteint. Mais même si cela avait été possible, je crois que je n'aurais jamais eu l'occasion d'articuler un mot avant mon grand-oncle, car l'homme âgé que j'imaginais discret me tombe dessus comme un orage, avec sa voix caverneuse et son accent prononcé, avalant avant même de me tendre la main l'air que je cherchais à conquérir.
« Oh ! Par Merlin ! À quoi bon faire venir quelqu'un pour déboucher toute cette tuyauterie si le résultat est toujours aussi terrible ? Bah, je sais, j'ai demandé à un voisin, mais j'aurais dû faire appel à un professionnel... Je pensais que cela suffirait ! Mais bon, je referai venir quelqu'un et... » Ses grands yeux qui me fixent s'arrondissent. « Et je te laisse dans ces tuyaux ! Mais viens, viens, j'ouvre les fenêtres, ça ira mieux, respire, calme-toi et ça passera. Vilaine quinte de toux... »
Il m'attrape délicatement le bras et m'aide à me tirer de là, agitant ensuite sa baguette pour faire s'ouvrir les fenêtres, laissant entrer l'air et le vent qui jettent des mèches de cheveux devant mes yeux et me donnent pourtant tout de suite l'impression d'aller mieux.
« Merci, ai-je l'occasion d'articuler, la gorge apaisée et les paupières papillotant.
– Ce n'est rien ! affirme-t-il en secouant la tête. Cela me fait tellement plaisir de t'accueillir, non pas que je t'attendais mais quand même, je ne pouvais pas m'empêcher de rester à traîner par ici au cas où et— Ah par Morgane ! Tu es toute jolie ! Tu n'as pas changé depuis la dernière fois que je t'ai vu. Des points communs avec ta mère, effectivement, on ne peut pas le nier... Mais des yeux de Farrow, c'est certain ! »
Des yeux de Farrow... Comme les siens, bleus. Ont-ils aussi cet éclat, cet air malicieux et énergique que rien ne saurait effacer ? Oh, comme je me sens troublée ! Le sorcier est si différent de celui que j'imaginais ! Je reconnais son visage, ses sourcils broussailleux, ses cheveux blancs, ses pommettes hautes, et même l'arête imposante de son nez. Mais ce bavardage ? Cette vitalité ? Mon regard doit être surpris, avant d'être bleu.
« Pardon, j'en oublie mes manières ! » Conor s'écarte de moi, sourit, et ouvre un bras, m'invitant à jeter mon attention sur la pièce qui m'entoure, et que j'ai à peine observée. « Bienvenue chez toi petite ! »
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Nous ne serons pas des leur(re)s
Chez-moi... Je n'ai jamais pensé à cette demeure comme étant la mienne. C'est à peine si je me souviens de ses pièces, alors comment pourrai-je la revendiquer mienne ? Pourtant, j'arrive à sourire à mon grand-oncle en gardant une main sur mon thorax, comme si son propos m'avait amusée alors qu'il a davantage jeté sur moi un trouble dans lequel je m'entortille comme dans la toile d'une araignée.
« Merci. Mais c'est la demeure de la famille avant d'être la mienne, ne puis-je m'empêcher de préciser.
– Oh, c'est tout à fait vrai ! Mais tu penses que la famille se préoccupe vraiment de cette vieille bâtisse à l'autre bout du pays ? » Il m'offre un sourire déséquilibrant. « Elle est à ceux qui l'aiment et en prennent soin. Et c'est à eux qu'elle se révèle. »
Qu'elle se révèle ? Ceux qui en prennent soin ? Je ne suis pas sûre de comprendre ses propos. Parle-t-il de moi ou de lui ? S'en affirme-t-il le propriétaire, celui qui a tout pouvoir sur cette maison à propos de laquelle mes parents et ma grand-mère ont pourtant leur mot à dire ? Mes sourcils manquent de se froncer mais j'essaye de ne rien laisser transparaître.
Le sorcier me tend la main.
« Laisse-moi prendre ta cape et ta valise pour les poser dans ta chambre. Je te rejoindrai après, comme ça tu peux faire le tour du propriétaire. Après, tu pourras remonter le couloir à gauche et m'attendre dans l'autre salon, au bout en prennant l'escalier. Il est plus chaleureux. Enfin, ce n'est que mon humble avis... Mais il y a aussi là-bas des petits biscuits que j'ai acheté pour toi ! » termine-t-il avec un clin d'œil.
Je lui dépose mes affaires avec un sourire, ne sachant que répondre et trouvant de nouveaux remerciements trop embarrassants. Je ne m'attendais pas à cet accueil. Cherche-t-il à me mettre à l'aise ou à gagner ma confiance ? Dans tous les cas, je doute qu'il y parvienne tout de suite ; je sens grandir en moi une prudence qui ne dit pas son nom.
L'homme, ma valise au bout du bras, s'éloigne pour ouvrir un tiroir, fouillant dedans en me tournant le dos. Je ne peux pas m'empêcher de rester immobile, droite, et d'attendre sagement, le surveillant du coin de l'œil. Comme s'il cachait un épouvantard.
« Vas-y, vas-y ! Je cherche les clefs... »
Les petits objets s'entrechoquent dans le tiroir.
« D'accord, confirmé-je précipitamment. Merci ! »
Je passe ainsi la porte pour m'enfuir dans le couloir, presque soulagée de me retrouver seule, et incapable de me faire un avis sur ce grand-oncle qu'on a souhaité me faire croire renfermé.
Le corridor est large et court, décoré de quelques tableaux représentant des paysages, et habillé au sol d'un grand tapis ocre. Il donne sur cinq portes, trois à droite et deux à gauche. Les fenêtres laissent à penser que nous sommes à l'étage, peut-être le premier ? Mes souvenirs s'étirent et baillent. Je me remémore des chambres... Une à moi — à droite —, une à mes parents, et aussi une salle d'eau... et peut-être un bureau ? J'avance sans oser pousser les portes et entrer sur de nouveaux seuils, j'ai la sensation de redécouvrir la maison dans laquelle je suis allée plus jeune. N'y avait-il pas également un balcon ? Et une véranda au rez-de-chaussée ? Oh, je crois l'apercevoir de la fenêtre ! Nous sommes au premier, et d'ici, j'ai une vue sur tout le jardin. La maison est implantée à l'écart de villes et villages, au beau milieu d'une plaine et invisible pour les moldus, mais l'espace vert développée autour est assez réjouissant. On y devine des arbres et un potager dont l'entretien laisse cependant à désirer. Aurai-je l'occasion d'y passer du temps durant ces deux jours chez mon grand-oncle ? Me le permettra-t-il ? Je jette un œil derrière moi. Mon ouïe m'indique qu'il est toujours dans la pièce dans laquelle je suis arrivée et où je l'ai laissé. Cherche-t-il autre chose que des clefs ?
Pressée par une inquiétude brusque et déraisonnable, je m'éloigne de la fenêtre pour prendre l'escalier.
« Merci. Mais c'est la demeure de la famille avant d'être la mienne, ne puis-je m'empêcher de préciser.
– Oh, c'est tout à fait vrai ! Mais tu penses que la famille se préoccupe vraiment de cette vieille bâtisse à l'autre bout du pays ? » Il m'offre un sourire déséquilibrant. « Elle est à ceux qui l'aiment et en prennent soin. Et c'est à eux qu'elle se révèle. »
Qu'elle se révèle ? Ceux qui en prennent soin ? Je ne suis pas sûre de comprendre ses propos. Parle-t-il de moi ou de lui ? S'en affirme-t-il le propriétaire, celui qui a tout pouvoir sur cette maison à propos de laquelle mes parents et ma grand-mère ont pourtant leur mot à dire ? Mes sourcils manquent de se froncer mais j'essaye de ne rien laisser transparaître.
Le sorcier me tend la main.
« Laisse-moi prendre ta cape et ta valise pour les poser dans ta chambre. Je te rejoindrai après, comme ça tu peux faire le tour du propriétaire. Après, tu pourras remonter le couloir à gauche et m'attendre dans l'autre salon, au bout en prennant l'escalier. Il est plus chaleureux. Enfin, ce n'est que mon humble avis... Mais il y a aussi là-bas des petits biscuits que j'ai acheté pour toi ! » termine-t-il avec un clin d'œil.
Je lui dépose mes affaires avec un sourire, ne sachant que répondre et trouvant de nouveaux remerciements trop embarrassants. Je ne m'attendais pas à cet accueil. Cherche-t-il à me mettre à l'aise ou à gagner ma confiance ? Dans tous les cas, je doute qu'il y parvienne tout de suite ; je sens grandir en moi une prudence qui ne dit pas son nom.
L'homme, ma valise au bout du bras, s'éloigne pour ouvrir un tiroir, fouillant dedans en me tournant le dos. Je ne peux pas m'empêcher de rester immobile, droite, et d'attendre sagement, le surveillant du coin de l'œil. Comme s'il cachait un épouvantard.
« Vas-y, vas-y ! Je cherche les clefs... »
Les petits objets s'entrechoquent dans le tiroir.
« D'accord, confirmé-je précipitamment. Merci ! »
Je passe ainsi la porte pour m'enfuir dans le couloir, presque soulagée de me retrouver seule, et incapable de me faire un avis sur ce grand-oncle qu'on a souhaité me faire croire renfermé.
Le corridor est large et court, décoré de quelques tableaux représentant des paysages, et habillé au sol d'un grand tapis ocre. Il donne sur cinq portes, trois à droite et deux à gauche. Les fenêtres laissent à penser que nous sommes à l'étage, peut-être le premier ? Mes souvenirs s'étirent et baillent. Je me remémore des chambres... Une à moi — à droite —, une à mes parents, et aussi une salle d'eau... et peut-être un bureau ? J'avance sans oser pousser les portes et entrer sur de nouveaux seuils, j'ai la sensation de redécouvrir la maison dans laquelle je suis allée plus jeune. N'y avait-il pas également un balcon ? Et une véranda au rez-de-chaussée ? Oh, je crois l'apercevoir de la fenêtre ! Nous sommes au premier, et d'ici, j'ai une vue sur tout le jardin. La maison est implantée à l'écart de villes et villages, au beau milieu d'une plaine et invisible pour les moldus, mais l'espace vert développée autour est assez réjouissant. On y devine des arbres et un potager dont l'entretien laisse cependant à désirer. Aurai-je l'occasion d'y passer du temps durant ces deux jours chez mon grand-oncle ? Me le permettra-t-il ? Je jette un œil derrière moi. Mon ouïe m'indique qu'il est toujours dans la pièce dans laquelle je suis arrivée et où je l'ai laissé. Cherche-t-il autre chose que des clefs ?
Pressée par une inquiétude brusque et déraisonnable, je m'éloigne de la fenêtre pour prendre l'escalier.
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Nous ne serons pas des leur(re)s
Le tapis déroulé sous mes chaussures s'anime à chacun de mes pas. La forêt est secouée tandis que les animaux représentés courent et galopent pour se cacher derrière arbres et buissons. Cela ralentit ma progression, je ne peux pas m'empêcher de m'arrêter pour me pencher sur cette magie. L'œuvre était-elle déjà là lorsque je suis venue, enfant ? Je n'en ai pas souvenir. D'où vient-elle alors ? Mon grand-oncle en a-t-il fait l'acquisition ?
Je descends doucement les marches, fascinée par ce qui s'offre à mon regard : les fenêtres de l'escalier sont des vitraux dont les dessins s'animent, laissant filtrer les derniers rayons du soleil en leur conférant des teintes vert et ocre, les murs ont des moulures et sont habillés de tapisserie aux motifs soignés, le bois paraît chargé de vie et le carrelage clair du rez-de-chaussée brille sous la lumière. Et ce serait chez-moi ? La demeure de ma famille, ma demeure ? Pourquoi ai-je l'impression que lors de ma dernière visite, tout était différent ? Je me remémore des toiles d'araignée, des taches, de la saleté qui donnait au visage de ma mère un rictus dégoûté. Pourquoi aujourd'hui mon regard ne se pose que sur des lieux soignés et lumineux, propres et entretenus ? Le temps a-t-il réparé les apparences ? Ou mes souvenirs ont-ils exagéré mes premières impressions ?
Je pose un pied sur le carrelage, quittant les animaux du tapis qui avaient fini par suivre mes pas. Où est le salon dont mon grand-oncle m'a parlé ? Il n'y a ici qu'un espace donnant sur d'autres portes, dont une double qui, de toute évidence, est celle par laquelle on entre en venant de l'extérieur.
Les tableaux accrochés aux murs, visages lointains de ma famille, portraits d'aïeux ou d'illustres inconnus, m'observent. Leurs yeux bougent à mesure que je me déplace. Que me veulent-ils ? Me jugent-ils ? Leurs regards me mettent mal à l'aise. C'est donc d'eux dont je suis l'héritière ? Le savent-ils ? Ces iris qu'ils appuient sur mes épaules sont-ils chargés de la responsabilité qu'ils posent sur moi ? Celle de transmettre notre nom et la pureté de notre sang ? Je frissonne.
C'est une jeune fille blonde aux yeux bleus comme les miens qui me libère en échappant à la poigne de sa mère et en s'approchant, levant ensuite silencieusement un bras vers la droite, m'indiquant la direction à suivre. Mon regard croise le sien, puis je m'enfuis à mon tour.
Le couloir est lumineux, et cette fois les quelques tableaux présents montrent des paysages des environs. Je ne m'attarde pas et pousse la première porte qui vient, pénétrant ainsi dans une large pièce éclairée par de nombreuses bougies. Des meubles imposants l'occupent : vaisseliers, buffets, vases, mais aussi quelques fauteuils et un canapé, ainsi qu'une petite table sur laquelle repose des biscuits. Me voici au bon endroit.
Je prends place dans l'une des assises — ma foi, assez confortable —, mais je n'ai pas à patienter longtemps avant de voir le vieux sorcier arriver ; il entre par une autre porte que celle empruntée et me rejoint rapidement.
« Oh, mais tu n'as touché à rien ? Sers-toi, je t'en prie ! Il ne faut pas m'attendre... » Ses grands gestes des mains m'obligent à me saisir d'un biscuit et à placer ce dernier dans ma bouche.
Merlin ! Il est au goût citron1.
Je descends doucement les marches, fascinée par ce qui s'offre à mon regard : les fenêtres de l'escalier sont des vitraux dont les dessins s'animent, laissant filtrer les derniers rayons du soleil en leur conférant des teintes vert et ocre, les murs ont des moulures et sont habillés de tapisserie aux motifs soignés, le bois paraît chargé de vie et le carrelage clair du rez-de-chaussée brille sous la lumière. Et ce serait chez-moi ? La demeure de ma famille, ma demeure ? Pourquoi ai-je l'impression que lors de ma dernière visite, tout était différent ? Je me remémore des toiles d'araignée, des taches, de la saleté qui donnait au visage de ma mère un rictus dégoûté. Pourquoi aujourd'hui mon regard ne se pose que sur des lieux soignés et lumineux, propres et entretenus ? Le temps a-t-il réparé les apparences ? Ou mes souvenirs ont-ils exagéré mes premières impressions ?
Je pose un pied sur le carrelage, quittant les animaux du tapis qui avaient fini par suivre mes pas. Où est le salon dont mon grand-oncle m'a parlé ? Il n'y a ici qu'un espace donnant sur d'autres portes, dont une double qui, de toute évidence, est celle par laquelle on entre en venant de l'extérieur.
Les tableaux accrochés aux murs, visages lointains de ma famille, portraits d'aïeux ou d'illustres inconnus, m'observent. Leurs yeux bougent à mesure que je me déplace. Que me veulent-ils ? Me jugent-ils ? Leurs regards me mettent mal à l'aise. C'est donc d'eux dont je suis l'héritière ? Le savent-ils ? Ces iris qu'ils appuient sur mes épaules sont-ils chargés de la responsabilité qu'ils posent sur moi ? Celle de transmettre notre nom et la pureté de notre sang ? Je frissonne.
C'est une jeune fille blonde aux yeux bleus comme les miens qui me libère en échappant à la poigne de sa mère et en s'approchant, levant ensuite silencieusement un bras vers la droite, m'indiquant la direction à suivre. Mon regard croise le sien, puis je m'enfuis à mon tour.
Le couloir est lumineux, et cette fois les quelques tableaux présents montrent des paysages des environs. Je ne m'attarde pas et pousse la première porte qui vient, pénétrant ainsi dans une large pièce éclairée par de nombreuses bougies. Des meubles imposants l'occupent : vaisseliers, buffets, vases, mais aussi quelques fauteuils et un canapé, ainsi qu'une petite table sur laquelle repose des biscuits. Me voici au bon endroit.
Je prends place dans l'une des assises — ma foi, assez confortable —, mais je n'ai pas à patienter longtemps avant de voir le vieux sorcier arriver ; il entre par une autre porte que celle empruntée et me rejoint rapidement.
« Oh, mais tu n'as touché à rien ? Sers-toi, je t'en prie ! Il ne faut pas m'attendre... » Ses grands gestes des mains m'obligent à me saisir d'un biscuit et à placer ce dernier dans ma bouche.
Merlin ! Il est au goût citron1.
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Nous ne serons pas des leur(re)s
Mon grand-oncle me sourit. « Ce doit être surprenant de revenir après toutes ces années, je me trompe ? Je vois bien comment tu regardes autour de toi. Tu te souvenais d'ici ? Je crois que ton père y avait passé du temps à lire ou à travailler... À moins que je ne confonde avec le bureau à l'étage ? Non, ça c'était Anastasia... Bah ! J'espère que tu as pu faire un peu le tour. Sinon, tu en auras l'occasion demain ! Je pourrais te laisser tranquille dans la maison, tu es grande maintenant, il n'est plus question de te surveiller ! »
Il semble ne pas tenir en place, les mains sur ses genoux puis sur les accoudoirs, comme s'il ne savait pas comment s'y prendre, qu'il était mal à l'aise ou perdu. Dans sa propre maison ? Devant moi ? Cela saute aux yeux et pourtant cela me trouble. Suis-je... intimidante ? Non, c'est trop étrange !
« Je me souviens de certains détails, mais ils reviennent petit à petit. La vue des escaliers, le buffet, et le regard des portraits à l'entrée... Mais j'ai l'impression que tout a beaucoup changé. Ou c'est peut-être moi, confié-je en baissant les yeux.
– Oh, vous avez tous les deux changé ! La maison comme toi. » Il sort de sa poche une vieille pipe en bois. « Ça ne te dérange pas si je l'allume, hein ? Ne t'en fais pas, ce n'est pas trop fort, et je ferai attention avec la fumée... Après ton voyage en cheminette, mieux vaut se montrer prudent ! » Il me sourit mais n'attend pas vraiment mon hochement de tête pour bourrer sa pipe et l'allumer, trouvant là enfin une occupation à ses mains.
Fumer à l'intérieur ! Fumer, un Farrow ! Je tente de dissimuler mon regard étonné. Jamais ma mère ou ma grand-mère ne l'aurait permis. Connaissent-elles l'activité de Conor ? Est-ce pour ce point au milieu d'autres qu'on m'a invitée à me méfier de lui ?
Il souffle sagement un rond de fumée.
« La dernière fois que tu es venue, tu passais aussi beaucoup de temps dans le bureau avec ta mère. »
Cela ne me revient pas. Pourquoi souligne-t-il ce détail ? Et pourquoi est-ce étrangement douloureux de l'apprendre ? Elle devait sûrement me confiner au silence, travail oblige, ne m'accordant que quelques regards tandis que je feuilletais les livres de la bibliothèque. Je me remémore les vieux ouvrages si lourds entre mes doigts, les notes prises directement sur les pages, et la magie qui donnait vie à certaines illustrations...
Mais pourquoi m'en reparler ? Mon grand-oncle cherche-t-il à mieux me cerner ? Ou est-ce de la tendresse que je devine dans son regard ?
« Peut-être... bredouillé-je comme réponse, cela me rappelle quelque chose, en effet, mais je n'y suis pas encore retournée. »
Le sorcier a un mouvement amusé. « Je m'en doute bien. »
Il fume, brusquement silencieux et pensif. Dois-je m'inquiéter ? Devrais-je parler à mon tour ? Mais pour dire quoi ?
« Tu n'es venue que parce que je t'ai invitée, n'est-ce pas ? Et parce que ta mère et Freya t'y ont incité, bien sûr. »
J'ouvre la bouche et la referme. Peut-être que parfois, il est plus prudent de ne rien dire.
Il semble ne pas tenir en place, les mains sur ses genoux puis sur les accoudoirs, comme s'il ne savait pas comment s'y prendre, qu'il était mal à l'aise ou perdu. Dans sa propre maison ? Devant moi ? Cela saute aux yeux et pourtant cela me trouble. Suis-je... intimidante ? Non, c'est trop étrange !
« Je me souviens de certains détails, mais ils reviennent petit à petit. La vue des escaliers, le buffet, et le regard des portraits à l'entrée... Mais j'ai l'impression que tout a beaucoup changé. Ou c'est peut-être moi, confié-je en baissant les yeux.
– Oh, vous avez tous les deux changé ! La maison comme toi. » Il sort de sa poche une vieille pipe en bois. « Ça ne te dérange pas si je l'allume, hein ? Ne t'en fais pas, ce n'est pas trop fort, et je ferai attention avec la fumée... Après ton voyage en cheminette, mieux vaut se montrer prudent ! » Il me sourit mais n'attend pas vraiment mon hochement de tête pour bourrer sa pipe et l'allumer, trouvant là enfin une occupation à ses mains.
Fumer à l'intérieur ! Fumer, un Farrow ! Je tente de dissimuler mon regard étonné. Jamais ma mère ou ma grand-mère ne l'aurait permis. Connaissent-elles l'activité de Conor ? Est-ce pour ce point au milieu d'autres qu'on m'a invitée à me méfier de lui ?
Il souffle sagement un rond de fumée.
« La dernière fois que tu es venue, tu passais aussi beaucoup de temps dans le bureau avec ta mère. »
Cela ne me revient pas. Pourquoi souligne-t-il ce détail ? Et pourquoi est-ce étrangement douloureux de l'apprendre ? Elle devait sûrement me confiner au silence, travail oblige, ne m'accordant que quelques regards tandis que je feuilletais les livres de la bibliothèque. Je me remémore les vieux ouvrages si lourds entre mes doigts, les notes prises directement sur les pages, et la magie qui donnait vie à certaines illustrations...
Mais pourquoi m'en reparler ? Mon grand-oncle cherche-t-il à mieux me cerner ? Ou est-ce de la tendresse que je devine dans son regard ?
« Peut-être... bredouillé-je comme réponse, cela me rappelle quelque chose, en effet, mais je n'y suis pas encore retournée. »
Le sorcier a un mouvement amusé. « Je m'en doute bien. »
Il fume, brusquement silencieux et pensif. Dois-je m'inquiéter ? Devrais-je parler à mon tour ? Mais pour dire quoi ?
« Tu n'es venue que parce que je t'ai invitée, n'est-ce pas ? Et parce que ta mère et Freya t'y ont incité, bien sûr. »
J'ouvre la bouche et la referme. Peut-être que parfois, il est plus prudent de ne rien dire.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Nous ne serons pas des leur(re)s
« Je suis venue parce que j'avais envie de revenir ici et de vous revoir », finis-je par répondre du bout des lèvres, sans conviction, et sans nier pour autant les hypothèses avancées contre moi.
Serais-je revenue de mon plein gré si l'on ne m'y avait pas invitée ? Je suis passée plusieurs fois dans les environs au cours des années précédentes, à balai ou en transplanant je me suis tenue non loin de ces lieux, assez proche pour m'y rendre sans souci, et pourtant jamais l'idée ne m'a traversée l'esprit d'y entrer, d'y retourner, parce que je pensais qu'il n'y avait là rien pour moi, si ce n'est l'histoire d'un grand-oncle isolé que je n'ai jamais appris à connaître. La demeure familiale est un mythe ; elle appartient aux apparences si soigneusement entretenues par les Farrow. En réalité, derrière, il n'y a rien à en attendre.
Mon grand-oncle m'observe sans articuler la moindre parole et je sens son regard lourd, lourd de toutes les poussières et de tous les meubles de cette maison, des récits qu'il entretient avec elle et de la vie solitaire qu'il y mène, peser sur moi comme un mensonge. Je manque presque de respirer.
« Ce n'est pas important », conclut-il en retirant sa pipe.
Le silence plane, terrifiant, entre nous, et je réalise que c'est là la première fois que Conor le conserve et le choisit. À quoi pense-t-il ? Devine-t-il mon mensonge ?
C'est un sorcier étrange, insaisissable, et très différent des autres membres de ma famille. Ceux qui le jugeraient idiot se méprennent. Il ne paraît ni froid ni indifférent, et l'éclat vif et chaleureux qu'il porte contraste avec tous les visages mornes et sobres des tableaux. Comment s'est-il retrouvé ici, coincé dans cette bâtisse et isolé ? Est-ce que mon grand-père lui ressemblait ? Je n'ai de lui qu'un souvenir vague et imprécis...
« Tu souhaites donc que les Farrow soient inscrits au registre ? Ou l'on t'y a forcée comme l'on t'a forcée à venir ? »
Le bleu de ses yeux me glace.
« Cette fois, ne me raconte pas ce qu'ils aimeraient que tu dises. On ne me la fait pas, ça ! Leurs jeux ne sont pas les miens, j'ai cessé depuis longtemps de soutenir leurs méthodes douteuses. Je n'y crois pas, moi, à leurs belles paroles qui font croire que tout le monde est d'accord, que tout le monde s'entend bien ; ce ne sont que des leurres dont je me suis lassé. Je sais qu'il n'est pas toujours bon de parler dans cette famille, et je le déplore. Si nous étions plus sincères, je suis certain que ce nom serait plus aisé à défendre et à porter qu'il ne l'est parfois. »
Son bleu transperçant, qui lit en moi comme dans un livre.
Il hausse les épaules et reglisse sa pipe dans sa bouche. « Mais je ne suis que le vieil oncle éconduit au fond des bois, dans la vieille maison », articule-t-il avec un sourire.
Serais-je revenue de mon plein gré si l'on ne m'y avait pas invitée ? Je suis passée plusieurs fois dans les environs au cours des années précédentes, à balai ou en transplanant je me suis tenue non loin de ces lieux, assez proche pour m'y rendre sans souci, et pourtant jamais l'idée ne m'a traversée l'esprit d'y entrer, d'y retourner, parce que je pensais qu'il n'y avait là rien pour moi, si ce n'est l'histoire d'un grand-oncle isolé que je n'ai jamais appris à connaître. La demeure familiale est un mythe ; elle appartient aux apparences si soigneusement entretenues par les Farrow. En réalité, derrière, il n'y a rien à en attendre.
Mon grand-oncle m'observe sans articuler la moindre parole et je sens son regard lourd, lourd de toutes les poussières et de tous les meubles de cette maison, des récits qu'il entretient avec elle et de la vie solitaire qu'il y mène, peser sur moi comme un mensonge. Je manque presque de respirer.
« Ce n'est pas important », conclut-il en retirant sa pipe.
Le silence plane, terrifiant, entre nous, et je réalise que c'est là la première fois que Conor le conserve et le choisit. À quoi pense-t-il ? Devine-t-il mon mensonge ?
C'est un sorcier étrange, insaisissable, et très différent des autres membres de ma famille. Ceux qui le jugeraient idiot se méprennent. Il ne paraît ni froid ni indifférent, et l'éclat vif et chaleureux qu'il porte contraste avec tous les visages mornes et sobres des tableaux. Comment s'est-il retrouvé ici, coincé dans cette bâtisse et isolé ? Est-ce que mon grand-père lui ressemblait ? Je n'ai de lui qu'un souvenir vague et imprécis...
« Tu souhaites donc que les Farrow soient inscrits au registre ? Ou l'on t'y a forcée comme l'on t'a forcée à venir ? »
Le bleu de ses yeux me glace.
« Cette fois, ne me raconte pas ce qu'ils aimeraient que tu dises. On ne me la fait pas, ça ! Leurs jeux ne sont pas les miens, j'ai cessé depuis longtemps de soutenir leurs méthodes douteuses. Je n'y crois pas, moi, à leurs belles paroles qui font croire que tout le monde est d'accord, que tout le monde s'entend bien ; ce ne sont que des leurres dont je me suis lassé. Je sais qu'il n'est pas toujours bon de parler dans cette famille, et je le déplore. Si nous étions plus sincères, je suis certain que ce nom serait plus aisé à défendre et à porter qu'il ne l'est parfois. »
Son bleu transperçant, qui lit en moi comme dans un livre.
Il hausse les épaules et reglisse sa pipe dans sa bouche. « Mais je ne suis que le vieil oncle éconduit au fond des bois, dans la vieille maison », articule-t-il avec un sourire.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Nous ne serons pas des leur(re)s
Faut-il que je parle, que je m'explique, que je sois sincère ? Sincère mais pour dire quoi ? La vérité ? Mais je n'ai aucune idée de ma réponse à sa question ! Si je veux que ma famille entre dans le registre... Oui, puisque c'est ce qui fait plaisir aux miens, puisque c'est ce qu'ils ont préparé, désiré depuis si longtemps, et qu'il serait terrible de ma part de leur refuser, que je ne peux pas leur refuser malgré ce que cela implique pour moi. Mais... Mais sacrifier mon choix, mon bonheur, clôre les chemins qui pouvaient s'ouvrir à moi avant de les emprunter... Filtrer mon avenir au risque de n'en garder qu'une amertume... Est-ce qu'un changement de statut vaut ce coût ? Ai-je seulement le choix ? Ils ont été si nombreux avant moi, à endosser ce rôle, à accepter ce devoir...
« Ce n'est pas à prendre à la légère, reprend mon oncle, c'est toi qui t'engage avant eux. C'est toi qui en assume les charges. »
Les charges... Se marier, avoir deux enfants. Devoir me lier à un autre de ces enfants bien élevés, d'une belle famille s'il-vous-plaît, avec un nom qui rendra fiers les miens de le savoir entrer dans l'arbre, un sang-pur éduqué dans le froid et dans le mépris et la peur des sans-statuts et des moldus. Un sorcier que je n'aimerais peut-être pas. Un mariage de raison qui ne dit pas son nom, comme cela est arrivé à ma grand-mère, je le sais.
C'est moi qui m'engage, mon bonheur qu'on est prêt à sacrifier pour l'intérêt commun. Je les connais, ces histoires.
Mais peut-être que ce sera heureux, que cela tombera bien, que ce sera choisi. Merlin, je l'espère tellement !
« Je... » l'incertitude me fait trembler. Que dire, que répondre ? Être sincère... Avouer, pour la première fois, sans crainte ni honte, confier les peines et les peurs, les terreurs qui me tiennent éveillée tard dans la nuit, qui se construisent sur des récits, des vérités qui pourraient devenir les miennes.
Es-tu prête à accepter ce que l'on exige de toi, Alyona ? Mettre sur la balance ton avenir. Ce sera un sorcier, un vrai, et aucune autre route n'existe. Si cela doit être contraint, cela le sera. Si cela doit être malheureux... C'est pour le nom qu'on porte si fièrement, le Farrow qui force respect. C'est pour lui, pour la famille, coûte que coûte.
« Je ne sais pas », confié-je dans un souffle, la voix lourde de sanglots qui n'osent même pas éclore.
Je détourne le regard et ferme les yeux avec force, comme si je pouvais retenir les larmes qui menacent de surgir. Pas ici, pas maintenant, pas comme cela. Pas pour ça ! Mais cette grande peine qui grimpe, qui grimpe, pourrai-je la cacher davantage ? Parviendrai-je un jour à l'avaler, à accepter, ce qu'on exige de moi et à en faire en sorte que ce ne soit pas douloureux ?
Mon grand-oncle pose une main légère sur mon genou qui me fait sursauter. Il tapote du bout des doigts cet angle de mon corps, comme pour me transmettre sa compassion.
« Rah, je... Excuse-moi... Tu es toute jeune... N'en parlons plus ce soir, d'accord ? C'est déjà beaucoup à penser pour toi... » Il m'offre un sourire contrit. « Et puis, ce n'est pas pour cela que tu es venue, n'est-ce pas ? Non ? Bon, bon... N'en parlons plus ce soir... »
« Ce n'est pas à prendre à la légère, reprend mon oncle, c'est toi qui t'engage avant eux. C'est toi qui en assume les charges. »
Les charges... Se marier, avoir deux enfants. Devoir me lier à un autre de ces enfants bien élevés, d'une belle famille s'il-vous-plaît, avec un nom qui rendra fiers les miens de le savoir entrer dans l'arbre, un sang-pur éduqué dans le froid et dans le mépris et la peur des sans-statuts et des moldus. Un sorcier que je n'aimerais peut-être pas. Un mariage de raison qui ne dit pas son nom, comme cela est arrivé à ma grand-mère, je le sais.
C'est moi qui m'engage, mon bonheur qu'on est prêt à sacrifier pour l'intérêt commun. Je les connais, ces histoires.
Mais peut-être que ce sera heureux, que cela tombera bien, que ce sera choisi. Merlin, je l'espère tellement !
« Je... » l'incertitude me fait trembler. Que dire, que répondre ? Être sincère... Avouer, pour la première fois, sans crainte ni honte, confier les peines et les peurs, les terreurs qui me tiennent éveillée tard dans la nuit, qui se construisent sur des récits, des vérités qui pourraient devenir les miennes.
Es-tu prête à accepter ce que l'on exige de toi, Alyona ? Mettre sur la balance ton avenir. Ce sera un sorcier, un vrai, et aucune autre route n'existe. Si cela doit être contraint, cela le sera. Si cela doit être malheureux... C'est pour le nom qu'on porte si fièrement, le Farrow qui force respect. C'est pour lui, pour la famille, coûte que coûte.
« Je ne sais pas », confié-je dans un souffle, la voix lourde de sanglots qui n'osent même pas éclore.
Je détourne le regard et ferme les yeux avec force, comme si je pouvais retenir les larmes qui menacent de surgir. Pas ici, pas maintenant, pas comme cela. Pas pour ça ! Mais cette grande peine qui grimpe, qui grimpe, pourrai-je la cacher davantage ? Parviendrai-je un jour à l'avaler, à accepter, ce qu'on exige de moi et à en faire en sorte que ce ne soit pas douloureux ?
Mon grand-oncle pose une main légère sur mon genou qui me fait sursauter. Il tapote du bout des doigts cet angle de mon corps, comme pour me transmettre sa compassion.
« Rah, je... Excuse-moi... Tu es toute jeune... N'en parlons plus ce soir, d'accord ? C'est déjà beaucoup à penser pour toi... » Il m'offre un sourire contrit. « Et puis, ce n'est pas pour cela que tu es venue, n'est-ce pas ? Non ? Bon, bon... N'en parlons plus ce soir... »
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Nous ne serons pas des leur(re)s
Conor a tenu sa promesse : nous n'avons pas reparlé de ce sujet froid et terrible qui me hante depuis des mois ; nous n'avons plus prononcé une seule fois le mot « registre » de toute la soirée, comme s'il avait été maudit. Ce n'était pas pour me déplaire.
Mon grand-oncle s'est affairé tandis que je redécouvrais ma chambre, puis nous avons dîné ensemble, l'un en face de l'autre, mais non pas silencieusement. Il m'a questionnée sur mes études, de Poudlard à l'Institut, mes passions, mes goûts, mes passe-temps, et s'est même intéressé à mes amis, sans me demander quoi que ce soit sur leur statut de sang. Au départ, je me méfiais, craignais qu'il ne se saisisse d'une de ces informations pour la retourner contre moi, mentionner mes devoirs envers la famille, ou pire, me parler de mariage. Il n'en a rien été. J'ai découvert le visage d'un Farrow curieux, bavard certes mais bienveillant à sa façon, ne s'offusquant pas de mon rejet de la recherche, s'intéressant à mes projets, à ce qui m'anime. C'est peut-être lors de cette conversation tardive et délivrée de tout poids que j'ai réellement découvert ce grand-oncle reclus. Pourtant, il ne m'a pas parlé une seule fois de lui, mais ses gestes, son comportement, ses interrogations s'en chargeaient à sa place. Il est parvenu à faire glisser le verrou de méfiance que ma mère avait installé autour de mon cœur.
Parce qu'il n'est pas comme le reste des Farrow. Il... me ressemble davantage. À moins que ce ne soit l'inverse ? Je m'en sens proche comme s'il n'était pas de la famille. Et c'est étrange, cela ne devrait pas être le cas, car nous ne nous connaissons pas vraiment, je n'ai pas grandi près de lui, nous n'avons véritablement pas grand-chose en commun, et puis, Merlin ! c'est un homme isolé, rejeté par les nôtres, qu'on n'invite plus, qu'on ne voit plus, dont on prend quelques nouvelles parfois pour la forme, mais sans conviction. C'est un sorcier au destin malheureux. Je ne veux pas être comme lui ! Je ne veux pas lui ressembler davantage ! Habiter seule une aussi grande demeure ? Être mise à l'écart sans égard pour celle que je suis ? Avoir dans le dos une cible, et être la cible de tous les maux de cette famille ? Je ne le pourrais pas, je n'y survivrais pas. J'ai besoin d'amour, j'ai besoin de présence. Comment pourrais-je survivre, repoussée, laissée pour compte, visitée par pitié plutôt que par envie ?
Je préfère encore, je crois, être malheureuse dans un mariage non désiré.
Pourtant, c'est ainsi qu'il vit, et cela le satisfait. Il me l'a dit : il se plaît dans ce mode de vie. Et je vais finir par croire qu'il l'a choisi, et qu'il s'en réjouit.
Nous avons discuté, moi timide et lui bavard, puis nous nous sommes séparés pour retrouver le sommeil et ses bras de velours. Pour la première fois depuis des années, je me suis endormie dans le creux du tronc de la famille Farrow, entre ses branches plus longues que des bras et son écorce plus solide que la peau, protégée du vent et du froid, et surtout, surtout !, des regards scrutateurs.
Mon grand-oncle s'est affairé tandis que je redécouvrais ma chambre, puis nous avons dîné ensemble, l'un en face de l'autre, mais non pas silencieusement. Il m'a questionnée sur mes études, de Poudlard à l'Institut, mes passions, mes goûts, mes passe-temps, et s'est même intéressé à mes amis, sans me demander quoi que ce soit sur leur statut de sang. Au départ, je me méfiais, craignais qu'il ne se saisisse d'une de ces informations pour la retourner contre moi, mentionner mes devoirs envers la famille, ou pire, me parler de mariage. Il n'en a rien été. J'ai découvert le visage d'un Farrow curieux, bavard certes mais bienveillant à sa façon, ne s'offusquant pas de mon rejet de la recherche, s'intéressant à mes projets, à ce qui m'anime. C'est peut-être lors de cette conversation tardive et délivrée de tout poids que j'ai réellement découvert ce grand-oncle reclus. Pourtant, il ne m'a pas parlé une seule fois de lui, mais ses gestes, son comportement, ses interrogations s'en chargeaient à sa place. Il est parvenu à faire glisser le verrou de méfiance que ma mère avait installé autour de mon cœur.
Parce qu'il n'est pas comme le reste des Farrow. Il... me ressemble davantage. À moins que ce ne soit l'inverse ? Je m'en sens proche comme s'il n'était pas de la famille. Et c'est étrange, cela ne devrait pas être le cas, car nous ne nous connaissons pas vraiment, je n'ai pas grandi près de lui, nous n'avons véritablement pas grand-chose en commun, et puis, Merlin ! c'est un homme isolé, rejeté par les nôtres, qu'on n'invite plus, qu'on ne voit plus, dont on prend quelques nouvelles parfois pour la forme, mais sans conviction. C'est un sorcier au destin malheureux. Je ne veux pas être comme lui ! Je ne veux pas lui ressembler davantage ! Habiter seule une aussi grande demeure ? Être mise à l'écart sans égard pour celle que je suis ? Avoir dans le dos une cible, et être la cible de tous les maux de cette famille ? Je ne le pourrais pas, je n'y survivrais pas. J'ai besoin d'amour, j'ai besoin de présence. Comment pourrais-je survivre, repoussée, laissée pour compte, visitée par pitié plutôt que par envie ?
Je préfère encore, je crois, être malheureuse dans un mariage non désiré.
Pourtant, c'est ainsi qu'il vit, et cela le satisfait. Il me l'a dit : il se plaît dans ce mode de vie. Et je vais finir par croire qu'il l'a choisi, et qu'il s'en réjouit.
Nous avons discuté, moi timide et lui bavard, puis nous nous sommes séparés pour retrouver le sommeil et ses bras de velours. Pour la première fois depuis des années, je me suis endormie dans le creux du tronc de la famille Farrow, entre ses branches plus longues que des bras et son écorce plus solide que la peau, protégée du vent et du froid, et surtout, surtout !, des regards scrutateurs.
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Nous ne serons pas des leur(re)s
26 FÉVRIER 2051, MATIN,
Je traverse le jardin en serrant ma cape autour de mes épaules, luttant pour ne pas ployer sous le vent. Malgré l'abri offert par la demeure, l'Écosse reste semblable à elle-même : rude, sauvage et imprévisible, c'est-à-dire qu'elle se joue des protections qu'on pourrait user contre elle, et qu'elle prend possession de votre corps en une respiration, sans demander permission. C'est l'Écosse, c'est le souffle qui se bat dans mon corps.
Le jardin de la maison est en partie laissé à la charge de Mère Nature, seuls quelques zones sont particulièrement entretenues, écrins pour les légumes, les fruits, et les autres plantations qui veulent bien s'épanouir sur cette terre difficile. Le reste, tous ces hectares qui nous appartiennent, ne sont que des lieux de vagabondage. C'est dans leur main que j'avance, la bouche fermée et les sourcils froncés, froide et déterminée, je marche là où plus jeune je courrais.
Mon grand-oncle est assis sur un vieux banc quelques centaines de mètres devant moi, calme et observateur comme un ovin qui connaît ses terres et s'y sent protégé. J'ai bien tenté de calmer mon esprit agité par les événements de la veille au soir, il m'a fallu cette nuit de nombreuses heures pour trouver le sommeil ; tout repassait en boucle, comme une Pensine dans laquelle on s'entêterait à replonger, une boucle temporelle insaisissable qui me rendait folle. Ce que j'ai fait, ce que j'ai dit ; ce qu'il a fait, ce qu'il a dit. Pourquoi parler de la famille en ces mots ? Des jeux ? Des belles paroles ? Un besoin de sincérité et d'expression que personne ne laisse naître, qu'on étouffe dans l'œuf avant de l'enterrer sous la cendre ? Mais ce sont mes braises qu'on secoue à ces paroles, mon indignation, ma fierté blessée. Ma famille, critiquée par l'un de ses membres ! Ma famille, froide et se moquant des uns et des autres ! C'est là toute la différence entre la possibilité d'être fière, et la volonté de l'être. Je souhaite que ce soit possible, mais je ne sais pas si je veux l'être. Ah, le paradoxe ! Mais médire dans le dos des miens ? Comment le tolérer ?
Et comment en vouloir à mon grand-oncle, lui que je devine clairvoyant et sincère, dur dans son jugement car désireux d'un avenir où tous pourraient choisir leur chemin ?
A-t-il choisi le sien, lui ? J'y crois de moins en moins. Mais pourquoi l'a-t-on mis là ? C'est une de ces questions qui demeure sans réponse.
Je m'approche du sorcier en ralentissant mon allure, attirée un instant par une espèce de plante au sol qui éclate dans mon œil professionnel, avant de reporter mon regard sur le sorcier.
« Me voilà, grand-oncle », m'annoncé-je.
« Grand-oncle »... Il est étrange de le nommer ainsi, lui qu'on m'a toujours désigné par son prénom, Conor, et auquel on ne m'a pas vraiment appris à penser comme un membre de la famille. Il y a dans cette formule quelque chose de maladroit et d'incommode. Mais quelle autre désignation choisir ? Devrais-je l'appeler par son prénom ? Même dans cette possibilité, il a de l'inconfort : c'est ainsi que mes parents et ma grand-mère l'appellent, eux qui le voient comme un sang-pur déchu, égaré et de ce fait isolé. Puis-je me permettre de me placer de leur côté ? C'est peut-être là la question la plus importante et la raison de mon séjour ici.
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Nous ne serons pas des leur(re)s
Le sorcier lève les yeux vers moi et me dévisage avec un sourire amusé, l'air paisible.
« Je vois ça. Assieds-toi, je t'en prie. »
Il bouge légèrement pour m'inviter à prendre place, et j'obéis docilement, sans un mot, dressée à l'acceptation. Je suis l'ombre-pantin qui jamais ne se rebelle, celle qui suit le soleil et s'aplatit sous la grandeur des monuments. Enfant sage qui ne fait pas de vague.
« Il y a bien du boulot dans le jardin, n'est-ce pas ? Je n'ai pas la main verte, et mes compétences sont limitées ; je fais bien appel à quelques personnes mais la superficie rend le travail difficile, et je ne suis pas un sorcier très rigoureux dans l'entretien de l'extérieur, je m'occupe du potager, c'est dans mes capacités, mais le reste. Cela demande du temps et de l'énergie que je ne parviens pas à consacrer à ça. C'est sûrement malheureux. »
Il laisse le silence me chatouiller le nez et flotter comme le pollen. Je retiens mes mouvements et mes envies de changer de position ; cela traduirait un malaise inévitable.
Sûrement malheureux ! Une absence d'entretien et un manque de volonté ! Mon grand-oncle laisse grandir autour de lui les chuchotements et il ne s'en protège pas. Prend-il plaisir à se cacher dans ces hautes herbes et ces mauvaises herbes ? Est-ce une manière pour lui de demeurer tranquille, de rester à l'écart ? Mais se plaît-il donc vraiment à vivre ainsi séparé ? Je ne le comprends pas encore tout à fait, il est comme un livre ouvert mais qu'il faut traduire.
« Vous n'étiez pas bon élève de botanique ? demandé-je avec politesse et curiosité.
– Oh non, pas vraiment. J'ai toujours été davantage dans la réflexion, les longs écrits médités et préparés scrupuleusement, les dissertations, les méthodes, l'analyse. J'aime les pensées abstraites, les réflexions sur l'avenir... C'est ce qui m'a mené vers la divination, ça et des prédispositions de la famille pour cette voie. Mais on a dû t'en parler, non ? Les Farrow tirent fierté de leurs affinités avec la légilimancie et la divination. On raconte beaucoup d'histoires à ce sujet. Mon arrière grand-mère aurait été une grande pratiquante, solide et clairvoyante. C'est elle qui a fait construire cette bâtisse au milieu de nul part, après — mais c'est ce qu'on raconte, bien sûr, c'est sûrement enjolivé —, après avoir fait fortune grâce à ses dons. »
L'homme roule un brin d'herbe entre ses doigts, perdu dans ses pensées. Il semble remonter le fil du temps vers un passé qui m'est inimaginable. Se souvient-il de cette aïeule lointaine ? Se remémore-t-il son visage, sa voix, ses mains ? Ou cherche-t-il dans son esprit embrumé par le temps des traces effacées, disparues ? Une Farrow... Née Farrow, comme moi. Mais pas héritière. Et elle a fait bâtir cette maison ! Elle a marqué l'histoire de notre famille !
Que léguerai-je à l'avenir, moi qui n'ai ni don, ni particularité, ni récit fabuleux ? Des enfants, peut-être, et quoi d'autres ? Des silences ?
« Je vois ça. Assieds-toi, je t'en prie. »
Il bouge légèrement pour m'inviter à prendre place, et j'obéis docilement, sans un mot, dressée à l'acceptation. Je suis l'ombre-pantin qui jamais ne se rebelle, celle qui suit le soleil et s'aplatit sous la grandeur des monuments. Enfant sage qui ne fait pas de vague.
« Il y a bien du boulot dans le jardin, n'est-ce pas ? Je n'ai pas la main verte, et mes compétences sont limitées ; je fais bien appel à quelques personnes mais la superficie rend le travail difficile, et je ne suis pas un sorcier très rigoureux dans l'entretien de l'extérieur, je m'occupe du potager, c'est dans mes capacités, mais le reste. Cela demande du temps et de l'énergie que je ne parviens pas à consacrer à ça. C'est sûrement malheureux. »
Il laisse le silence me chatouiller le nez et flotter comme le pollen. Je retiens mes mouvements et mes envies de changer de position ; cela traduirait un malaise inévitable.
Sûrement malheureux ! Une absence d'entretien et un manque de volonté ! Mon grand-oncle laisse grandir autour de lui les chuchotements et il ne s'en protège pas. Prend-il plaisir à se cacher dans ces hautes herbes et ces mauvaises herbes ? Est-ce une manière pour lui de demeurer tranquille, de rester à l'écart ? Mais se plaît-il donc vraiment à vivre ainsi séparé ? Je ne le comprends pas encore tout à fait, il est comme un livre ouvert mais qu'il faut traduire.
« Vous n'étiez pas bon élève de botanique ? demandé-je avec politesse et curiosité.
– Oh non, pas vraiment. J'ai toujours été davantage dans la réflexion, les longs écrits médités et préparés scrupuleusement, les dissertations, les méthodes, l'analyse. J'aime les pensées abstraites, les réflexions sur l'avenir... C'est ce qui m'a mené vers la divination, ça et des prédispositions de la famille pour cette voie. Mais on a dû t'en parler, non ? Les Farrow tirent fierté de leurs affinités avec la légilimancie et la divination. On raconte beaucoup d'histoires à ce sujet. Mon arrière grand-mère aurait été une grande pratiquante, solide et clairvoyante. C'est elle qui a fait construire cette bâtisse au milieu de nul part, après — mais c'est ce qu'on raconte, bien sûr, c'est sûrement enjolivé —, après avoir fait fortune grâce à ses dons. »
L'homme roule un brin d'herbe entre ses doigts, perdu dans ses pensées. Il semble remonter le fil du temps vers un passé qui m'est inimaginable. Se souvient-il de cette aïeule lointaine ? Se remémore-t-il son visage, sa voix, ses mains ? Ou cherche-t-il dans son esprit embrumé par le temps des traces effacées, disparues ? Une Farrow... Née Farrow, comme moi. Mais pas héritière. Et elle a fait bâtir cette maison ! Elle a marqué l'histoire de notre famille !
Que léguerai-je à l'avenir, moi qui n'ai ni don, ni particularité, ni récit fabuleux ? Des enfants, peut-être, et quoi d'autres ? Des silences ?
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